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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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22 novembre 2020 7 22 /11 /novembre /2020 22:05

 

Chaque individu à sa naissance vient au monde sous les auspices d'un animal que détermine l'année de sa naissance au sein du zodiaque duodénaire chinois (1). Il suit encore un signe astrologique qui dépend du mois lunaire de sa naissance et qui a son équivalent dans l'un des mois de notre zodiaque même s’il y a quelques divergences. Il doit enfin vénérer un bouddha qui se rapporte au jour de sa naissance, sachant qu' il y en a huit, deux pour le mercredi en fonction de l’heure de la naissance. Nous vous en avons déjà parlé (2).

 

 

Dans les sociétés bouddhistes Theravada d'Asie du Sud-Est, il existe un certain nombre de lieux saints que les fidèles pensent avoir été visités par Bouddha de son vivant et (ou) des sanctuaires contenant des reliques de l'Éclairé. Comme les rappels de Bouddha qui sont associés à sa personne physique, ces lieux saints sont considérés par ceux qui les connaissent comme des centres vers lesquels les pèlerinages doivent être effectués. Les lieux saints réellement choisis pour les pèlerinages dépendent de la tradition religieuse locale à laquelle adhèrent les fidèles.

 

 

Dans le nord, la région associée à la tradition du nord du bouddhisme Theravada, un certain nombre de centres de pèlerinage furent et sont peut-être encore été liés à une année du cycle de douze ans ou cycle animal : Rat – bœuf ou buffle – tigre – lièvre – dragon – serpent – cheval- chèvre – singe – coq - chien – cochon ou éléphant.

 

 

Dans cette région, cet ensemble de correspondances est exprimé dans la formulation « Il faut vénérer la relique du Bouddha abritée dans un temple correspondant à son année de naissance »

 

 

Quel est donc l’explication de ces correspondances entre un ensemble de centres de pèlerinage bouddhistes et les années du cycle de douze ans ?

 

Il s’agit de la formulation d’un code de conceptions d'ordre moral développé dans l'espace et dans le temps, prêtées (et peut-être encore) au monde habité par les habitants des principautés de Lanna-Thai et partiellement de l’actuel Isan, aujourd'hui les provinces du Nord et du Nord-est (3).

 

 

LE CONTEXTE

 

En 1968, l’anthropologue américaine Charles Keyes effectuait des recherches sur les pratiques religieuses dans le district de Mae Sariang dans la Province de Mae Hong Son. Il y observa un rituel censé assurer la protection d’un individu dans le cadre d’une vie propice.

 

 

Ce rituel était bouddhiste puisque les célébrants étaient des moines bouddhistes. Il est habituel que le rituel soit exécuté au jour anniversaire de la personne qui souhaite protection la même année du cycle de douze ans que l'année de sa naissance.

 

 

Ainsi, selon l'année du cycle animal dans lequel on est né, on doit accomplir certains actes de piété parmi lesquels un pèlerinage dans un sanctuaire bouddhiste particulier. Le chef religieux interrogé par Charles Keyes fut toutefois incapable de se souvenir de l'ensemble des sanctuaires associés au cycle de douze ans; cependant, il lui fit rencontrer une dévote âgée qui a pu se souvenir de onze des douze sanctuaires. D’autres chercheurs qu’il interrogea se heurtèrent à la même difficulté.

 

Le fait est que la correspondance entre le cycle animal et les douze sanctuaires associés à la personne de Bouddha à l’époque contemporaine n’a sociologiquement pas survécu au fil des années, mais était peut-être encore présente dans un passé plus ou moins récent.

 

 

Les recherches de Keynes lui ont permis d’en trouver la liste dans deux ouvrages d’érudits thaïs relatives aux coutumes du Lanna qui constituent en fait un voyage nostalgique vers les coutumes du temps passé.

 

 

L'ensemble des correspondances entre les années de naissance et les centres de pèlerinage était connu des habitants sous forme d’images, qu’ils gardaient chez eux pour leur faire des offrandes. Lorsque Keynes écrit le résultat de ses recherches en 1970, il y a 50 ans, ces images existaient toujours dans les zones rurales, mais il n’a pu s’en procurer un exemplaire. Elles étaient souvent encadrées et placées sur une étagère supportant les images de Bouddha au-dessus de la tête du lit. En sus de la correspondance entre le cycle l'animal et les sanctuaires associés à la personne de Bouddha, il lui est apparu que non seulement il fallait faire un pèlerinage à un sanctuaire particulier en fonction de son année de naissance, mais également, toujours selon l'année de naissance, offrir au Sangha local le texte d'un Jataka spécifique correspondant au jour de la semaine où l'on est né et demander à l’un de ses membres d’en faire la base d’un sermon.

 

 

LE CYCLE ANIMAL DE DOUZE ANS

 

Le calendrier basé sur un cycle duodénaire d'années, chaque année étant associée à un animal, était utilisé dans le nord de la Thaïlande depuis au moins le XIIIe siècle, quand les Thaïs sont devenus le peuple dominant de la région, mais très probablement bien avant.

 

 

Ce cycle est-il d’origine chinoise ? La question est discutée par les érudits. Dans ce calendrier local par exemple l’année du dernier cycle n’est pas le cochon mais l’éléphant et le bœuf devient le buffle, différent en cela de l’année zodiacale des Khmers qui associent à chaque année une constellation du Zodiaque. Nous avons un système complexe, un cycle sexagénaire, basé sur la combinaison d'un cycle duodénaire avec un cycle dénaire (1).

 

Il faut y voir une représentation du cosmos même si la correspondance de ces animaux ne s’emboite pas totalement avec les signes du zodiaque. Le cycle duodénaire serait probablement d’origine totémique selon Lévi-Strauss. (5)

 

 

Le cycle de douze ans permet alors de rattacher la croyance bouddhiste à des éléments cosmologiques.

 

 

LES DOUZE SANCTUAIRES

 

Les douze sanctuaires sont tous étroitement associés à la présence et à la personne physique de Bouddha. L’histoire légendaire de ces sanctuaires est systématiquement d’ailleurs rapportée sur les panneaux explicatifs situés à leur entrée. Selon elles, sept d'entre eux sont associés à des visites faites par Bouddha de son vivant :

 

Phra That Takong (Shwe Dagon) (พระธาตุตะโก้ง - ต้นพระศรีมหาโพธิ์) à Rangoon en Birmanie, associé au cheval

 

 

Phra That Phanom (พระธาตุพนม), que nous connaissons bien, nous lui avons consacré deux articles (6), il n’est pas formellement dans le Lanna, nous nous en expliquerons.

 

 

Phra That Doi Tung, à Chiangsen dans la province de Chiangrai (พระธาตุดอยตุง), associé à l’éléphant, le dernier du cycle animal qui remplace le cochon.

 

 

Phra That Cho Hae (วัดพระธาตุช่อแฮ) à Phrae, associé au tigre.

 

 

Phra That Lampang Luang (วัดพระธาตุลำปางหลวง) à Lampang, associé au bœuf.

 

 

Phra That Hariphunchai à Lamphun (วัดพระธาตุหริภุญชัยวรมหาวิหาร), associé au coq,

 

 

Phra That Chom Thong à Chiang Mai (วัดพระธาตุศรีจอมทอง), associé au rat.

 

 

Chacun de ces sanctuaires contiendrait également une relique de Bouddha qui, dans la plupart des cas, a été apportée au sanctuaire par les émissaires du célèbre roi Asoka. Selon d'autres légendes, le roi Asoka est censé avoir envoyé ses émissaires distribuer les reliques de Bouddha dans le sud-est de l'Asie au IIIe siècle avant Jésus Christ. Deux sanctuaires, Phra That Phanom et le Shwe Dagon, sont aussi censés contenir des reliques des trois bouddhas antérieurs à Gautama Bouddha.

 

 

Les sanctuaires de Phra That Doi Suthep près de Chiang Mai (วัดพระธาตุดอยสุเทพ), associé au cheval

 

 

et le Phra That Chae Haeng (วัดพระธาตุแช่แห้ง) dans la province de Nan est associé au lièvre, contiennent une relique.

 

 

Le sanctuaire de Wat Phra Sing dans la province de Chiang Mai (วัดพระสิงห์วรมหาวิหาร), associé au dragon, contient une représentation de Bouddha qui serait l’objet de la vénération et selon d’autres sources on viendrait y vénérer des reliques contenues de son Phra That qui a été construit au XIVe siècle.

 

 

Un certain nombre de sanctuaires auraient été fondés peu après la disparition de Bouddha, La construction proprement dite des sanctuaires Phra Ket Kaeo Culamani (พระแกดกุลามานี) associé au chien mais qui serait situé dans l’un des paradis bouddhistes sur le Mont Meru

 

 

et celui de Si Maha Pho Bodhi tree (พระศรีมหาโพธิ์ข) à Bodh Gaya aux Indes, associé au serpent serait plus tardive.

 

 

Le Phra That Phanom aurait été construit pour la première fois dans la période protohistorique entre les sixième et dixième siècles, bien que sa forme actuelle il a été établie par le Rois laotiens de Vientiane au XVe ou XVIe siècle. Il semble difficile de dissocier l’histoire de ce sanctuaire de celle du Lanna plutôt que de le rattacher à celle de l’Isan.

 

 

Il est de tous ces temples le plus important, associé au singe. Il est le palladium du Laos et de l’Isan.

 

Le Shwe Dagon birman serait également très ancien mais il ne semble pas être devenu célèbre avant le quatorzième siècle.

 

 

Le Phra That Hariphunchai à Lamphun a apparemment été construit pour la première fois au onzième siècle

 

 

et Phra That Lampang Luang à Lampang au douzième.

 

 

Les autres sanctuaires sont associés à la domination des peuples de langue taï dans le nord de la Thaïlande.

 

Phra That Dôi Tung a probablement été construit la première fois au XIIIe siècle.

 

 

Phra That Doi Suthep,

 

 

Phra That Chae Haeng à Nan,

 

 

Phra That Cho Hae

 

 

et Phra That Wat Phra Sing

 

 

...  datent tous du quatorzième siècle. Phra That Chom Thong date du XVe siècle.

 

 

Il est significatif que certains de ces sanctuaires soient liés, selon leur légende, aux royaumes antérieurs et étaient probablement des lieux sacrés avant de devenir des sanctuaires pour les reliques du Bouddha et peut être même avant Bouddha.

 

Un certain nombre semblent être associés aux sièges traditionnels des anciennes puissances dans le nord de la Thaïlande : Phra That Hariphunchai avec Lamphun, l'ancienne capitale du royaume de Hariphunchai qui dominait la vallée de la rivière Ping avant l'émergence de royaumes taïophones dans cette région; Phra That Dôi Tung avec Chiang Saen, qui était la première capitale du peuple de langue Tai dans la région; Phra That Doi Suthep et Phra That Wat Phra Sing avec Chiang Mai; Phra That Lampang Luang avec Lampang; Phra That Cho Hae avec Phrae; et Phra That Chae Haeng avec Nan. Chiang Mai est exceptionnellement bien loti en étant associé non seulement à deux sanctuaires, dans et au-dessus de la capitale, mais aussi avec un troisième sanctuaire, Phra That Chom Thong situé à une soixantaine de kilomètres de la ville mais toujours dans la vallée de la Ping.

 

 

Le dernier sanctuaire de l'ensemble, celui de Bodh Gaya en Inde, ne contient pas de relique mais il est associé au lieu où le Bouddha a atteint l'illumination assis sous l'arbre Bodhi. C'est l'un des quatre endroits mentionnés dans les écritures bouddhistes.

 

 

En plus de visiter Bodhi à Bodh Gaya, les bouddhistes dévots devaient également faire des pèlerinages au lieu de naissance du Bouddha à Lumpini au Népal,

 

 

lieu où le Bouddha a prêché le premier sermon à Sarnath, près de Bénarès dans l'Uttar Pradesh, en Inde, et au lieu où Bouddha est décédé, aussi situé dans l'Uttar Pradesh.

 

 

 

Le sanctuaire de l'arbre Bodhi a pu représenter pour le nord de la Thaïlande les quatre sanctuaires associés à la vie du Bouddha au Népal et en Inde. Compte tenu de l'association des sanctuaires avec la personne du Bouddha, en tant que lieux où il a vécu ou visité et où une relique est enchâssée, ces sanctuaires sont dignes de pèlerinages des fidèles. De tels pèlerinages devraient être effectués au moment de la pleine lune dans le huitième mois lunaire, c'est-à-dire vers le 30 mai. Celui qui est né une année donnée doit aller présenter des offrandes à n'importe quel reliquaire de bon augure ; ce qui lui permettra de renforcer sa force vitale lui assurant une longue vie car il y recevra e nombreux bénédictions.

 

Si quelqu'un toutefois avait la chance d'être né l'année du chien, il lui serait impossible de remplir cette obligation, car Culamani est situé dans le mythique paradis de Daowadüng.

 

Ce serait aussi difficile, bien que physiquement possible, pour ceux qui sont nés l'année du serpent ou l'année du cheval pour faire leurs pèlerinages obligatoires à Bodh Gaya et au Shwe mais pour eux, il y une possibilité de substitution :

 

L'arbre de la Bodhi au Wat Phra That Doi Suthep ou tout arbre Bodhi dans n'importe quel wat pourrait remplacer l'arbre de Si Maha Pho à Bodh Gaya en Inde.

 

 

 

La relique de Phra Ket Kaeo Culamani pourrait être honorée au Wat Daowadung à Chiang Mai. Il en est de même pour le Wat Phottharam (maintenant Wat Chet Yôt) à Chiang Mai (วัดโพธาราม –วัดเจ็ดยอด) est un sanctuaire construit sur le modèle du Bodh Gaya est un substitut possible au sanctuaire de Bodh Gaya. Il est un lieu de pèlerinage pour les personnes nées l’année du serpent lui aussi.

 

 

Il apparait toutefois que des pèlerinages étaient encore organisés dans la première moitié du siècle dernier en direction du sanctuaire Shwe Dagon dans un passé « relativement récent », mais les observations de Keynes ont été effectuées en 1968.

 

 

Comment interpréter le culte à l'ensemble des douze sanctuaires ? Il faut y voir deux interprétations complémentaires sinon contradictoires, la conception bouddhiste du karma (kam - กรรม) et la croyance au destin (chata - ชะตา).

 

Dans la tradition bouddhiste du nord et du nord-est de la Thaïlande, comme dans d'autres traditions bouddhistes Theravada, le degré relatif de souffrance d'une personne est déterminé par son karma, c'est-à-dire par ses actes humains et leurs conséquences. Les bonnes actions produisent des mérites et les actes pervers produisent le « démérite ».

 

 

À la naissance, nous sommes dotés d’un destin karmique qui est la conséquence de nos actes passés, bons et mauvais, commis dans nos existences antérieures. Il est impossible de savoir si ces actes ont été bons ou mauvais jusqu'à ce que leur fruit de l'acte ait mûri et que la conséquence s’en soit manifestée.

 

Un dévot bouddhiste espère échapper à la règle du karma pour atteindre le nirvana, imitant ainsi le Bouddha. Il peut récolter plus immédiatement des avantages sous forme de réduction de la souffrance dans cette existence ou la suivante, grâce à la poursuite des mérites. Un moyen essentiel pour produire des mérites est de faire un pèlerinage dans un sanctuaire associé à la personne réelle du Bouddha, que ce soit sa personne physique ou ses reliques. Le parallèle avec le régime des indulgences de l’Eglise catholique ne peut être évité.

 

 

Si toutefois le destin karmique d’une personne à la naissance ne peut jamais être connu avec certitude, son chata peut être calculé avec précision si les informations requises, l'heure et le lieu de naissance sont connues.

 

 

Alors que le karma conduit l'individu à accomplir de bonnes actions, son destin le condit à accomplir des actes rituels dirigés vers les éléments cosmiques.

 

L'ensemble des douze sanctuaires fait référence à ces deux croyances, karma et chata.

 

Ils peuvent donc accueillir des pèlerins bouddhistes qui cherchent acquérir des mérites. Comme ils sont liés au cycle cosmique et à la présence physique de Bouddha, mieux accomplir les rituels dans ces sites sacrés que dans le modeste temple du village. Combien de catholiques fervents pensent qu’il vaut mieux prier la Vierge Marie à Lourdes ou à Fatima plutôt que devant sa statue dans leur église de village.

 

 

LE TRAÇAGE DANS L’ESPACE 

 

La carte établie par Keynes fait référence à la numérotation des années duodénaires à partir du premier animal, le rat jusqu’au douzième, éléphant ou cochon.

 

 

Le premier site dans l’espace géographique au sud est That Phanom. Vers le nord-ouest, nous nous dirigeons vers la Birmanie et ensuite vers les Indes. Un retour vers l’Est nous ramène vers huit des douze points sacrés dans un espace de forme ovale et relativement restreint. Ne parlons évidemment pas de l’envol vers le paradis ! De Lamphun à Nan, grand axe presque horizontal de l’ellipse, est d’environ 190 kilomètres. De Lampang à Chiang Saen, axe vertical direction nord-nord-est, elle est d’environ 300 kilomètres.

 

Comme nous l'avons vu, huit de ces sanctuaires sont associés aux sièges traditionnels des principautés du Lanna Thai. Deux seulement situés dans les capitales (Phra That Hariphunchai à Lamphun et Phra That Wat Phra Sing à Chiang Mai), les autres à plusieurs kilomètres des capitales et les quatre autres sanctuaires ne sont pas dans le nord du tout. Keynes estime, ce qui semble assez logique que la topographie politique du nord a été fragmenté en un certain nombre de petites principautés de petite taille liée à la topographie sacrée, marquée par les douze sanctuaires et unissait les peuples habitants dans une communauté spirituelle plus large.

 

Quatre de ces sanctuaires sont situés dans le bassin de la rivière Ping qui traverse le mueang dont la capitale était Chiang Mai. Le rajout de That Phanom dans l’ensemble des sanctuaires sacrés tient au fait qu’il était et est toujours le sanctuaire le plus sacré pour les adeptes du bouddhisme lao - peuples lao du nord-est de la Thaïlande et du Laos proprement dit. Relevons encore que l’utilisation de l’écriture traditionnel sacrée Lao-Isan, actuellement d’ailleurs en cours de renaissance est étroitement liée à l’écriture sacrée du Lanna (7).

 

L’intégration du sanctuaire de Shwe Dagon à Rangoon laisse à penser, toujours selon Keynes, que le bouddhisme du grand nord de la Thaïlande a plus d’affinités avec celui des Mons, des Birmans et de Shans de Birmanie pour lequel le sanctuaire est l’un des lieux les plus sacrés. Aucun sanctuaire n'est situé au centre ou au sud, bien que plusieurs à Sukhothai, Nakhon Pathom et Nakhon Sithamarat en particulier auraient pu se qualifier.

 

Le sanctuaire de l'arbre Bodhi à Bodh Gaya par contre est sacré pour tous les bouddhistes, son inclusion relie les bouddhistes du nord aux bouddhistes du monde connu.

 

Enfin, avec l'inclusion symbolique dans l'ensemble du sanctuaire Phra Ket Kaeo Culamani, rappelle que les dieux et les créatures célestes sont également liés par la loi du karma et pouvaient aussi recevoir le message de Bouddha.

 

Keynes le traduit dans un schéma significatif.

 

 

Ce lien archaïque entre les sanctuaires serait plus fort dans la tradition du nord de la Thaïlande que dans d'autres traditions Theravada partiellement au nord-est et surtout au centre, au sud et au Laos.

 

Lorsque le nord et le nord-est furent définitivement inclus dans l'État-nation au début du siècle dernier, les us et coutumes bouddhistes furent soumises aux nouvelles règles centralisatrices de la réforme – que Keynes considère à juste titre comme protestante - initiée par le roi Mongkut et les réformes du Sangha mis en œuvre par le prince Wachirayan (วชิรญาณวโรรส), 47e enfant du roi Mongkut, prince patriarche suprême de 1910 à 1921.

 

 

Les porte-étendards culturels de la tradition du nord de la Thaïlande, dirigés par Khru Ba Siwichai (ครูบาศรีวิชัย) en conflit systématique avec le sangha et les autorités centrales, ce qui le conduisit à de longues années de prison, menèrent un combat d’arrière-garde d’un conservatisme qui ne subsiste probablement plus guère que dans l’esprit de moines-vieillards dans les zones les plus retirées.

 

 

Si le lien entre les pèlerinages et le rapport cosmique avec le cycle duodénaire s’est probablement perdu, ces sanctuaires tout au long de l’année attirent des myriades de fidèles. Par contre, les représentations des Bouddhas du jour restent omniprésentes, et pas le moindre temple, fut-il le plus modeste, qui n’abrite leur représentation.

 

Si beaucoup de temples de ce pays abritent trop souvent les « marchands du temple » procurant un certain malaise,

 

Rayon de vente des fruits et légumes dans l'enceinte de l'un des temples les plus visités de l'île de Samui

 

 

il en est incontestablement d’autres dont nous pourrions dire en citant Maurice Barrès Il est des lieux qui tirent l’âme de sa léthargie, des lieux enveloppés, baignés de mystère, élus de toute éternité pour être le siège de l’émotion religieuse.

 

 

NOTES

 

(1) Ce calendrier est d’une extrême complexité et ne se limite pas aux calembredaines que l’on trouve dans une certaine presse du style « votre horoscope chinois ». Il s’agit d’un cycle sexagénaire, basé sur la combinaison d'un cycle duodénaire avec un cycle dénaire. La meilleure analyse qui en a été faire est de Georges Coédès et a été publié dans la revue Toungpao de 1934 sous le titre « L'ORIGINE DU CYCLE DES DOUZE ANIMAUX AU CAMBODGE » mais il concerne tout autant le Siam. Selon lui, il fut utilisé bien avant la stèle de Ramakhamhaeng. Les années ne correspondent pas aux années du calendrier grégorien. Nés l’un et l’autre au tout début de l’année 1946, notre signe serait celui du coq allant du 13 février 1945 au soir du 1er février 1946. Notre signe astrologique est celui du capricorne couvrant la période du 22 décembre au 20 janvier.

 

 

(2) A 237 - LES SOIXANTE-SIX REPRÉSENTATIONS RITUELLES DE BOUDDHA

http://www.alainbernardenthailande.com/2017/08/a-237-les-soixante-six-representations-rituelles-de-bouddha.html


 

(3) Le Lanna Thai se composait d'un certain nombre de principautés majeures : Chiang Mai, Lamphun, Lampang, Phrae, Nan, et Chiang Saen - et leurs dépendances qui se trouvaient principalement dans ce qui est aujourd'hui le nord de la Thaïlande. Alors que ces principautés jouissaient d'une indépendance périodique, elles étaient souvent tributaires de la Birmanie du XVIe au XVIIIe siècle et, après le début du XIXe siècle, sont devenus tributaires du Siam. Au début du XXe siècle, les derniers vestiges de l'autonomie politique locale ont été éliminés suite à la mise en œuvre des réformes provinciales instituées par le roi Chulalongkorn et ses conseillers. A l’époque de sa plus grande extension, il descendait le long de la vallée du Mékong jusqu’à l’actuelle province Isan de Nakhon Phanom incluant le site religieux de That Phanom.

 


 

(4) Ils sont l’un et l’autre datés des années 60 : ประเพณีไทยภาคเหนืย Traditions du nord de la Thaïlande - Prapheni Thai Phaknuea) et ประเพณีสิบสองเดือนล้เนนาไทย (Tradition des douze mois dans le Lanna thaï - Prapheni Sip Song Duean Lanna Thai).

 

 

L’article de Charles Keynes « BUDDHIST PILGRIMAGE CENTERS AND THE TWELVE-YEAR CYCLE: NORTHERN THAI MORAL ORDERS IN SPACE AND TIME » a été publié en 1975 dans la revue « History of Religions »,

 

Les histoires légendaires des sanctuaires de Doi Tung, Hariphunchai, Lampang Luang, Chô Hae, Dôi Suthep, Chae Haeng et That Phanom, tirés de textes écrits sur des feuilles de palmier et maintenant conservés à la Bibliothèque nationale à Bangkok, ont été publiés dans Prachum tamnan phra analysées par François Lagirarde en 1970 : « Temps et lieux d'histoires bouddhiques. À propos de quelques « chroniques » inédites du Lanna » In: Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient. Tome 94, 2007. pp. 59-94;

 

(5) Claude Lévi-Strauss «La Pensée sauvage », 1962.

 

 

(6) Voir nos deux articles

A 251- LA LÉGENDE DU TRÉSOR ENFOUI DU PHRA THATPHANOM SUR LES RIVES DU MÉKONG, LE LIEU LE PLUS SACRÉ DU BOUDDHISME DANS LE NORD-EST.

http://www.alainbernardenthailande.com/2018/02/a-251-la-legende-du-tresor-enfoui-du-phra-thatphanom-sur-les-rives-du-mekong-le-lieu-le-plus-sacre-du-bouddhisme-dans-le-nord-est.ht

A 307- ประวัติศาสตร์พระธาตุพนม - LA LÉGENDE DE PHRA THAT PANOM : « LE TEMPLE DU RESPECT » - SYMBOLE DE L’IDENTITÉ DU NORD-EST DE LA THAÏLANDE (ISAN) ET DU LAOS.

http://www.alainbernardenthailande.com/2019/03/a-307-la-legende-de-phra-that-panom-le-temple-du-respect-symbole-de-l-identite-du-nord-est-de-la-thailande-isan-et-du-laos.html

 

(7) Voir notre article A 304 - VERS UNE RENAISSANCE DE L’ANCIENNE ECRITURE ISAN ?

lainbernardenthailande.com/2019/02/a-304-vers-une-renaissance-de-l-ancienne-ecriture-isan.html

 


 

 

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