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  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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20 juillet 2015 1 20 /07 /juillet /2015 03:25
169. Rama VI crée l’état-civil siamois.

Ils étaient classifiés en 4 catégories, par ordre de préséance,

1°) Ceux qui étaient issus du roi et d’une reine de sang royal, les « très excellents rejetons du sage seigneur ».

2°) Ceux qui étaient issus du roi et d’une princesse fille de roi, « les « enfants royaux de première classe ».

3°) Ceux qui étaient issus du roi et d’une princesse petite-fille de roi, les  « enfants royaux ».

4°) Ceux qui étaient issus du roi et d’une concubine, les « jeunes gens royaux » (1).

Un premier texte ponctuel intervint sous Rama V le 13 août 1900 (année 128 de l’ère Rathanakosin). Elle concerne l’établissement d’un registre de l’état civil (naissance et décès) dans la seule province de Bangkok. Elle prévoit que les naissances devront être déclarées dans les 15 jours et les décès dans les 24 heures mais les personnes de sang royal ne sont pas astreintes à ces formalités.

L’abolition de l’esclavage en 1905 va entraîner la nécessité d’attribuer en outre un nom à ces malheureux qui en étaient dépourvus (2). La question sera définitivement réglé, avons-nous vu, en 1913. Ne revenons pas sur les difficultés d’ordre technique que les fonctionnaires royaux durent résoudre.

Le choix du prénom (ชื่อ tchu) obéit à des règles traditionnelles complexes que nous avons partiellement abordées dans un précédent article (3) même si actuellement (paraît-il ?) certains se croient obligés d’affubler leur marmaille de prénoms tels que แจก (Jack). Il semble que la plupart de ces prénoms soient strictement intraduisibles ? Seuls les chrétiens attribuent à leur enfant un prénom compréhensible pour nous, les plaçant sous la protection de leur saint patron. Nous avons ainsi assisté au baptême catholique d’une petite Bernadette. Les musulmans s’en tiennent aux prénoms coraniques, nous avons un ami mahométan qui répond au prénom de Kacem qui n’a rien de siamois.

169. Rama VI crée l’état-civil siamois.

 

Le nom de famille, c’est นามสกุล (namsakoun) que nous préférons traduire par « lignage » plutôt que par « famille ». Le lignage, c’est la lignée mâle, bien sûr, la société n’est pas matriarcale ! Du jour au lendemain, les Siamois durent donc, non sans difficultés, aller déclarer leur namsakoun à l’amphoe en obéissant à de strictes consignes royales. Il fallait éviter les doublons, une personne de la lignée X ne peut être confondue avec celle de la lignée Y.

Comment éviter ces doublons à l’époque où l’informatique était inconnue ? Mystère ? (4)

Je peux au moins savoir avec une quasi-certitude, tout au moins à l’intérieur de mon amphoe que tous ceux qui ont le même nom que mon épouse sont de la même lignée (ญาติ yat) la parentèle, même si le lien de parenté « cousin-cousine », mais à quelle degré, n’est pas toujours facile à déterminer. Peut-être ces nouvelles dispositions permirent-elles d’éviter les unions consanguines dont l’on sait que, si elles sont mauvaises pour les lapins et les chevaux, le sont aussi pour les êtres humains ? 

169. Rama VI crée l’état-civil siamois.

Elles devaient pourtant être nombreuses à une époque où les villages vivaient en autarcie en l’absence de moyens de communication faciles et où l’endogamie devait être omniprésente. Toujours est-il que dès 1913 fut proclamé une interdiction du mariage entre tous les ascendants ou descendants légitimes ou naturels et les alliés dans la même ligne et en lignecollatérale, entre les frères et sœurs légitimes ou naturels, qu'ils soient ou non utérins ou consanguins, entre l'oncle et la nièce, la tanteet le neveu.

Ces dispositions sont présentes reprises dans le code civil actuel en son article 1450. Nul ne peut s’attribuer un namsakoun qui appartient à autrui (5). Le problème s’est évidemment posé dans une population illettrée probablement alors à plus de 90 % (6). Il y eut alors une attribution autoritaire de namsakoun sur une liste de plusieurs milliers de noms (« environ » 3.000) établie par les services royaux (7). La liste suit l’ordre alphabétique thaï de la lettre ก à la lettre อ la quarante-deuxième. Sa majesté poussa même la fantaisie jusqu’à donner la transcription romanisée du nom : le premier de la liste est กงกะนันทน์ transcrit Kankanandana et le dernier ไอศะนาวินtranscrit Aisanavin.

Le système, avons-nous vu, fut long à se mettre en place et ne fut probablement pas exempt de fantaisies, nous en avons cité quelques exemples criants datant de plus d’un siècle après la promulgation de la Loi (8).

 

169. Rama VI crée l’état-civil siamois.

Actuellement, nous le constatons tous les jours, les thaïs n’utilisent jamais, sauf dans les démarches strictement administratives, le nom de famille mais systématiquement le prénom. Cela n’a rien à voir avec les usages occidentaux.

Sur les affiches électorales par exemple, le prénom du candidat est inscrit avant son nom de famille et en caractères deux ou trois fois plus gros. La courtoisie fait qu’il peut être utilisé précédé du pronom personnel คุณ khoun que l’on peut à la rigueur considérer comme l’équivalent de « Monsieur » (Madame ou Mademoiselle). Les termes de นาย naï (Monsieur) นาง nang (Madame) et นางสาว nangsao (Mademoiselle) ne sont jamais utilisés dans le langage courant mais uniquement sur les documents administratifs.

Nul ne parle de ชินวัตร (Chinawat nom de famille) mais systématiquement de ทักษิณ (Thaksin, prénom) tout comme sa sœur est ยิ่งลักษณ์ Yingluk ! Plus familièrement, c’est le surnom qui est utilisé (ชื่อเล่น tchulén, littéralement « prénom-jouer »). Il est en général monosyllabique (mais pas toujours), nous connaissons ainsi les เล็ก lék(petit), น้อย noï(un petit peu) et autres นก nok (oiseau). L’aîné de la famille est volontiers baptisé หนึ่ง nung (un- 1

Thaksin dans l’intimité duquel nous ne sommes pas, est แม้ว Maeo (chat

169. Rama VI crée l’état-civil siamois.

Le roi lui-même n’échappe pas à la règle, s’il est formellement ทรงพระเจริณ songphracharoen(9), littéralement « Sa Majesté », il devient volontiers de façon familière ในหลวงnaïluang qui est strictement intraduisible (10).

***

Il est enfin un élément qui ne rapproche pas les usages thaïs des pratiques occidentales. 

 

Le nom de famille n’est pas immuable comme il l’est en principe en droit français (11). La famille de Thaksin, toujours elle, munie à l’origine d’un nom que nous n’avons pu retrouver, s’est fait attribuer en 1938 celui de ชินวัตร Chinawat (« habitué à faire le bien »), tout un programme ! Il en est un exemple plus récent et plus sympathique : La charmante championne olympique จันทร์พิมพ์ กันทะเตียน ChanphimKanthatian, médaillée d’or aux jeux olympiques de Pékin en 2008 après l’avoir été d’argent précédemment (12) avait en 2007 sur les conseils d’une diseuse de bonne aventure, changé ses prénom et nom en ประภาวดี เจริญรัตนธารากูล PraphawadiCharoenrattanatharakun. Bien lui en prit !  On peut traduire son prénom par « celle qui est bonne » et son  nom de famille par « heureuse pierre précieuse ». 

169. Rama VI crée l’état-civil siamois.

La procédure semble relativement simple, une simple déclaration enregistrée à l’amphoe. Celle qui suit en tous cas a été effectuée à l’amphoe de mon village dans la journée à l’aide évidemment d’un petit billet, beaucoup plus facile et moins onéreux (13) que la procédure française !  

169. Rama VI crée l’état-civil siamois.

Le système mis au point sous Rama VI permet donc d’individualiser les personnes sans difficultés.

Nous n’avons pu savoir combien il y avait au Siam de namsakoun disponibles mais leur complexité évite très certainement les risque de confusion. En France où il y aurait (13) 1.200.000 noms de famille disponibles mais tout de même, paraît-il, plus de 4.000.000 de Martin, le risque est limité par la pluralité des prénoms, phénomène qui surprend les Thaïs non habitués à fréquenter des occidentaux tout comme d’ailleurs les patronymes « à tiroir ».

En Espagne où il existe beaucoup moins de nom patronymiques disponibles qu’en France et où le concept de pluralité de prénoms est inconnu, il y est remédié en attribuant un double nom, celui du père suivi du premier de la mère précédé du pronom y (et) : L’ancien roi Juan Carlos est de Borbón y Borbón, Borbón puisque son père était Borbón et sa mère Borbón y Orleans. Son fils Felipe est lui estFelipe de Borbón y Grecia puisque sa mère est de Grèce.La précision n’est pas inutile si l’on sait que la descendance de Philippe V, fils de France devenu roi d’Espagne, ce qu’il est convenu d’appeler les « Bourbons d’Espagne », divisés en une multitude de branches et de lignes est présentement innombrable en Espagne.

169. Rama VI crée l’état-civil siamois.

Nous nous posons enfin la question de savoir comment font nos voisins Viets ? Il y aurait (13) 120 noms de famille différents dans ce pays où 40 % de la population (quelques dizaines de millions) porte  le nom de Nguyen. Consultez simplement pour vous en convaincre l’annuaire téléphonique de Paris ! Celui d’Internet, site officiel de la poste, nous en dénombre 1.518 pour seulement (si l’on peut dire) 3.029 Martin !

Si Rama VI est allé chercher un modèle, mais en avait-il besoin, il l’aurait trouvé chez les Romains mais il est permis de penser que ni lui ni ses maîtres anglais ne lui ont appris l’histoire romaine, où tout individu (sauf évidement les esclaves) était individualisés par trois paramètres, le praenomen, le prénom, en général celui d’un ancêtre, le nomen, le nom, non pas de la famille mais de la phratrie, la gens et enfin un cognomen, un surnom. Ainsi Cicéron était Marcus Tullius Cicero, Marcus de son prénom, Tullius, de la gens des Tullius, et Cicero (pois-chiche) puisque sa branche des Tullius aurait gagné sa fortune dans la culture de cet excellente légumineuse !

Tout individu appartient pas sa naissance et par droit du sang à un groupe, que ce soit la phratrie des Grecs, la gens de Romains, un clan ou une tribu et éventuellement à un groupe plus restreint et étriqué, celui de la famille bourgeoise de la France du XIXème siècle, celle que haïssait André Gide (« Familles, je vous hais, foyers clos, porte refermées, possessions jalouse du bonheur »). Il y est sans difficultés défini par son appartenance au groupe et à l’intérieur du groupe, ce que l’on appelle un prénom !

Puisque nous sommes chez les Romains, rendons-donc à César ce qui est à César et cessons de considérer Rama VI comme le singe de l’occident.

169. Rama VI crée l’état-civil siamois.

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L’introduction des noms de famille héréditaire s’est étendu en France lorsque la hausse de la démographie ne permet plus de différencier les individus par leur prénom à une époque où les prénoms s'appelaient d'ailleurs « noms » et suffisaient largement à l'identification des personne dans des espaces géographiques restreints. Antérieurement, seuls les nobles portaient un nom de famille héréditaire. Pour distinguer les personnes « du commun » portant le même prénom (dans le cadre relativement limité des Saints du calendrier ou de la Bible pour les protestants) on y assortissait un surnom ou un pseudonyme indiquant tantôt sa provenance (Dupont), tantôt le nom de son père (Dejean), tantôt une singularité physique : Anatole France raconte l’histoire de la famille Tricouillard (14), 

169. Rama VI crée l’état-civil siamois.

tantôt ses malheurs (Cocu) ou son métier (Les Fabre sont des forgerons en Provence), les Martin – le nom le plus porté en France – ont probablement un lointain aïeul qui s’est placé sous la protection de grand Saint Martin de Tour. Ces appellations ont naturellement été choisies lorsqu’il fallu fixer un nom de famille quand Louis XI interdit les changements de nom et François Ier impose dans l’Ordonnance de Villers-Cotteret en 1539 la tenue des registres de baptême en langue française. Mais l’usage des noms de famille était depuis longtemps entré dans les mœurs.

***

Notes

 

(1) Voir « La famille royale de Siam » par Eugène Gibert, à Paris, 1886.

(2) Le problème s’était posé en France lors de l’abolition de l’esclavage dans les colonies en 1848 et définitivement dans tous les états aux Etats-Unis en 1865. En Guadeloupe en particulier, les officiers d’état civil manifestèrent leur rogne en attribuant volontiers aux esclaves libérés des noms « saugrenus ou dégradants ». Il suffit de consulter un annuaire téléphonique ce département pour s’en convaincre.

(3) Voir notre article A 34 « Le choix du prénom en Isan »

(4) A ce jour, expérience vécue non pour une personne physique mais pour une société « personne morale » : lors de la constitution de la société, l’administration demande à l’impétrant de proposer une liste de noms (raisons sociales) pour procéder en quelques secondes à une vérification informatique.

(5) Disposition que nous retrouvons dans l’article 18 de l’actuel code civil thaï.

(6) Cette difficulté était pratiquement inconnue en France lors de la généralisation de l’état civil au XVI° siècle. Tous ceux qui ont farfouillé dans les registres subsistants ont constaté que les actes signés d’une simple croix (souvent les femmes) sont une rare exception. Peu ou prou, les français de cette époque savaient au moins écrire leur nom… Une pierre dans la mare de l’histoire officielle « à la Jules Ferry ».

169. Rama VI crée l’état-civil siamois.

(7) Consultable sur le site (en thaï évidemment) :

http://phyathaipalace.org.a33.readyplanet.net/นามสกุลพระราชทาน

Nous n’avons pas eu la patience de les compter tous mais il doit effectivement y en avoir approximativement 3.000 sur près de 800 pages.

(8) Notre article A 126 « Jacques Vergès et l’état civil siamois »… Plus d’un siècle après la promulgation de l’édit royal ! 

(9) Voir par exemple les arcs de triomphe dressés à l’entrée des villes.

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(10) Voir par exemple les bandeaux souvent apposés sur les automobiles เรารักในหลวง raoraknaïluang « Nous aimons le roi ».

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(11) Il faut pour changer de nom et éventuellement de prénom en France, justifier d’un « intérêt légitime ». La procédure de changement de prénom est relativement simple (Juge de la famille). Il s’agit le plus souvent de franciser des prénoms d’origine étrangère. 

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Celle de changement de nom est lourde, longue et onéreuse. Le motif principal est de sa débarrasser d’un nom ridicule, la demande étant publiée au Journal officiel, nous ne trahissons aucun secret, c’est ainsi que Monsieur Bordel par exemple, demande à s’appeler dorénavant lui et ses enfants Borde ou Bordas. Viennent ensuite les demandes concernant le désir de mieux s’intégrer à la communauté nationale, ce fut et c’est encore le cas de beaucoup de naturalisés italiens, espagnols ou polonais ainsi que de français de souche musulmane (Mohamed Belkacem souhaite devenir Michel Belle). 

169. Rama VI crée l’état-civil siamois.

Il y a enfin les demandes de pure vanité favorisée par certaine complaisance du Garde des sceaux et éventuellement du Conseil d’état. Ne citons pas le nom d’un ancien président de la république dont le grand-père réussit à se faire « particuler » en ajoutant à son nom celui d’une arrière-arrière-arrière-arrière-arrière- etc … grand-mère qui ne s’appelait d’ailleurs non pas « d’E … » mais vulgairement « De… » 

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Contentons nous de citer Molière dans « l’Ecole des femmes » :

 

« Quel abus, de quitter le vrai nom de ses pères,

« Pour en vouloir prendre un bâti sur des chimères !

« De la plupart des gens c’est la démangeaison : Et sans vous embarrasser de la comparaison,

« Je sais un paysan qu’on appelait Gros-Pierre,

« Qui n’ayant pour tout  bien qu’un seul quartier de terre,

« y fait tout à l’entour faire un fossé bourbeux,

« Et de Monsieur de l’Isle en prit le nom pompeux ».

 

La lecture du chapitre des demandes de changement de nom publiées au J.O est l’une des seules où cette lecture peut arracher un sourire.

(12) Née en 1984, cette frêle thaïe de 53 kg a arraché à Pékin 223 kilos, près de 5 fois son poids.

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(13) Selon le site généanet.

(14) Dans « L’orme du mail ».

 

 

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