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  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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29 avril 2015 3 29 /04 /avril /2015 18:18
181. Le gouvernement de  Rama VII jusqu’à la crise mondiale de 1929.

Phrabatsomdet Phraporamintharamaha Prajadhipok Phrapokklao Chaoyuhua devient donc le roi Rama VII après la mort de son frère Rama VI, le 25 novembre 1925, même s’ « il est devenu roi », disions-nous,  « sans y avoir été destiné et sans en avoir ni la formation ni la vocation ». Il va devoir quitter son poste à l’état-major ainsi que sa vie tranquille avec son épouse dans leur palais au bord de la rivière. Il a alors 32 ans. (Cf. 180*)

 

Toutefois, on peut noter que bien avant le début de son règne, il a déjà prévu de changer la politique gouvernementale de son prédécesseur, puisque seulement trois jours après sa prise de pouvoir, Rama VII annonce la création du Conseil suprême  de l’Etat, composé de 5 princes, à savoir : trois de ses oncles, les princes Phanurangsi Savangwongse (ou Bhanurangsi เจ้าฟ้าภาณุรังษีสว่างวงศ์), 

 

181. Le gouvernement de  Rama VII jusqu’à la crise mondiale de 1929.

Damrong Rajanubhab (เจ้าฟ้าดำรงราชานุภาพ),

 

181. Le gouvernement de  Rama VII jusqu’à la crise mondiale de 1929.

Narit (ou Narisara Nuvadtivongse  เจ้าฟ้านริศรานุวัดติวงศ์),

 

 

 

 

181. Le gouvernement de  Rama VII jusqu’à la crise mondiale de 1929.

et ses demi-frères Kitiyakon (ou Kitiyakara Voralaksana เจ้าฟ้ากิติยากรวรลักษณ์)

 

 

 

 

181. Le gouvernement de  Rama VII jusqu’à la crise mondiale de 1929.

et Boriphat (ou Paribatra Sukhumbhand เจ้าฟ้าบริพัตรสุขุมพันธุ์)

181. Le gouvernement de  Rama VII jusqu’à la crise mondiale de 1929.

qui avaient tous une grande expérience gouvernementale du temps déjà du temps du roi Chulalongkorn, mais avaient été écarté progressivement par le roi Rama VI.

 

En effet, on se souvient que le Prince Phanurangsi, avait été le commandant en chef de l’Armée royale siamoise lors du règne de son frère le roi Chulalongkorn (11 janvier 1859-13 juin 1928). Le Prince Damrong (demi-frère de Chulalongkorn), avait été le ministre le plus important du roi Chulalongkorn, comme ministre de l’intérieur et de l’éducation (21 juin 1862- 1 décembre 1943) ; Le Prince Narit n’avait pas été ministre mais avait eu d’importantes fonctions aux travaux publics et à la planification du ministère de l’Intérieur et d’autres ministères (28 avril 1863 -10 mars 1957) ; Le demi-frère de Rama VII, Kitiyakon, Prince de Chantaburi, avait été ministre des finances en 1902 et ministre du commerce en 1920. (8 juin1874 – 27 mai 1931) ; (Grand-père paternel de la reine régnante Sirikit) ; et quant à Boriphat, Prince de Nakhon Sawan,  demi-frère de Rama VII, il  avait aussi un passé ministériel très important et servi comme chef d’état-major de l’Armée, commandant de la Marine royale, ministre de la Marine, ministre de l'Armée, de la Défense, ministre de l'Intérieur (29 juin 1881- 18 janvier 1944).

 

Ainsi donc, Rama VII, bien que Fistié le déclare «plein d’inexpérience et de modestie », avait préparé son arrivée au pouvoir et avait choisi des hommes d’expérience de la famille royale, pour créer le Conseil Suprême de l’Etat, et évincer  tous ceux qui ne devaient leur fonction qu’à la faveur de Rama VI. Le pouvoir passait à une autre « caste »  mais avec  une assise tout aussi étroite.

(Nos sources seront prises essentiellement dans les livres de  B. J. Terwiel « Thailand’s Political History », et  celui de Pierre Fistié « L’évolution de la Thaïlande contemporaine ». **)

181. Le gouvernement de  Rama VII jusqu’à la crise mondiale de 1929.

Une oligarchie allait gouverner.

 

Le Conseil suprême  des cinq princes allait constituer une oligarchie, et concentrer le pouvoir, tel qu’aucun Conseil privé n’en eut dans l’histoire. Pour ce faire, ils nommèrent fils et frères aux principaux postes de l’administration et de l’armée. Il allait se réunir toutes les semaines sous la présidence du roi  et assister de droit aux réunions du Conseil des ministres. 

 

De plus, certains des membres du  Conseil suprême  de l’Etat avaient également un ministère comme le prince Boriphat devenu ministre de la guerre. Il s’imposera d’ailleurs comme l’homme fort de ce Conseil, et sera le régent pendant les nombreux voyages du roi et prendra le portefeuille de l’intérieur en mars 1928, ce qui faisait de lui un premier ministre. Le prince Boworadet (เจ้าบวรเดช) – écarté sous Rama VI- se verra alors confier le ministère de la guerre.(1er avril 1928-19 juin 1931)

 

 

 

 

 

181. Le gouvernement de  Rama VII jusqu’à la crise mondiale de 1929.

L’oligarchie pouvait ainsi tout contrôler, et gouverner de fait le royaume, même s’ils devaient respecter la bienséance et les volontés du roi. ***

 

Les premières mesures.

 

Le roi et son Conseil suprême allaient agir, dès leur entrée en fonction, en remplaçant tous les favoris de Rama VI, et en promulguant une loi sur le personnel de l’administration et les pensions, si attendue.

La nouvelle réforme prévoyait le recrutement aux différents postes par concours  pour changer le système de clientèles étagées, qui réservait les postes supérieurs au bon vouloir des  ministres. Mais nul ne fut dupe et la réforme restera théorique. Le système demeurera verrouillé et empêchera tout avancement aux nouveaux fonctionnaires et militaires formés.

 

Mais la priorité fut de faire face à la situation financière difficile léguée par Rama VI.

 

On décida de pratiquer des économies budgétaires conséquentes pour le budget de 1926, avec une réduction  de 8,6 millions de baths avec une liste civile ramenée de 9 millions de baths à 6,82 millions. « Le corps royal des pages » (qui dans le Siam traditionnel jouait le rôle de pépinière pour l’administration) vit ses effectifs ramenés de 3000 à 300. (…) en 1925 les deux ministères du Commerce et des Communications fusionnèrent pour constituer un département ministériel unique. En ce qui concerne l’administration provinciale, le nombre de monthon  (มณฑล) fut réduit l’année suivante de 18 à 14 » avec de nombreux postes supprimés.  

 

181. Le gouvernement de  Rama VII jusqu’à la crise mondiale de 1929.

Cette politique fut assez efficace : « C’est ainsi que l’augmentation de tarifs (douaniers) jointe à une succession de bonne récoltes et à des rentrées d’impôts accrues dues à une meilleure administration donnèrent au gouvernement la possibilité d’éponger ses dettes et de procéder à des investissements sans devoir contracter de nouveaux emprunts » (Fistié).

Terwiel signale un changement profond, une nette coupure avec le règne précédent de Rama VI. Le nombre des ministères fut divisé par deux, désormais 7 princes et 4 nobles dirigeaient les nouveaux ministères ; Chaophraya Yomarat (เจ้าพระยายมราช) fut écarté et il ne fut gardé que trois ministres de l’ancienne équipe ministérielle. L’heure était à l’équilibre budgétaire et donc  aux économies.

181. Le gouvernement de  Rama VII jusqu’à la crise mondiale de 1929.

La préparation du budget 1926-1927 fut l’occasion de le constater.

 

Tous les budgets furent à la baisse, tous  les départements encourager à démettre des fonctionnaires ; et cela ne se fit pas, on s’en doute, sans conflits, arbitrages, ni mécontentement. Toutefois Terwiel remarque que le roi était consciencieux, attentif aux avis des experts et des « pétitions »  qui lui étaient communiqués, savait présenter et défendre des  options,  mais que toutes les décisions étaient prises au sein du Conseil suprême. On était, dit-il, en présence d’une oligarchie royale de fait, mais cela ne fut jamais reconnu officiellement.

 

Une ouverture démocratique ? 

Le roi était ouvert, à l’écoute des avis des experts certes, et avait demandé aux ministères que l’on lui soumette les pétitions reçues. Terwiel cite celle émanant du père de Pridi (Pridi Banomyong ปรีดีพนมยงค์) sollicitant une bourse pour son fils afin qu’il puisse continuer ses études à Paris. L’ambassadeur siamois à Paris mit  en garde  le roi sur le danger qu’il représentait du fait de ses idées « politiques ». Le roi passa outre, estimant qu’il ne représentait pas un sérieux danger pour le gouvernement. Quelle clairvoyance ! (Nous verrons ultérieurement le rôle fondamental tenu par Pridi dans le coup d’Etat de 1932)

181. Le gouvernement de  Rama VII jusqu’à la crise mondiale de 1929.

Beaucoup d’autres, nous dit Terwiel, réclamaient des changements « démocratiques ». L’un des plus prestigieux conseillers, l’américain Francis B. Sayre, avait défendu auprès du roi, la nécessité pour le Siam d’avoir une Constitution, un premier ministre, un conseil législatif, mais le roi lui avait répondu que l’opinion siamoise n’était pas  encore prête pour cela. Mais au début de 1927, devant la pression et les critiques exprimées, notamment dans les journaux, il nomma  une commission dirigée par le Prince Boriphat, pour étudier la possibilité de créer  une instance plus représentative que celle du Conseil suprême.

Il fut nommé un Conseil privé de 200 membres et un Comité plus restreint de 40 membres qui pouvaient « discuter » des lois, ou des sujets livrés par le roi. Ils étaient censés refléter l’opinion générale et acquérir l’expérience du débat parlementaire.

Il fut aussi développé, dès 1926, le concept de prachaphiban (ประชาภิบาล) ou municipalité. L’idée était d’accorder à certaines municipalités  d’élire certains représentants, avec le droit de lever des taxes pour établir un budget propre, qui servirait surtout à l’assainissement et à l’hygiène. Mais beaucoup (enfin, on peut penser à l’élite royale de Bangkok) estimaient que les provinces n’avaient encore assez de compétences pour mener à bien  cette réforme, et avaient peur que les représentants élus de Bangkok soient dominés par les Chinois. Le projet s’enlisa … jusqu’au coup d’Etat de 1932.

 

 

 

 

181. Le gouvernement de  Rama VII jusqu’à la crise mondiale de 1929.

Il est vrai que le roi et le Conseil suprême n’ignoraient pas la politique nationaliste mis en œuvre par Rama VI et les dangers que pouvaient constituer au Siam les sociétés secrètes chinoises, sensibles à la proclamation de la République de Chine le 1er janvier 1912.**** Ils avaient été informés de la création de l’Association des étudiants siamois en France, dont Pridi était le président, et de leurs idées  progressistes. D’ailleurs après le retour de Pridi au Siam en 1927, l’Association fut dissoute. Pridi obtint une chaire à l’Université de Chulalongkon et ne cacha pas ses idées « démocratiques ». 

181. Le gouvernement de  Rama VII jusqu’à la crise mondiale de 1929.

Et l’oligarchie n’était pas disposée à partager son pouvoir. Le roi, quant-à-lui, avait une santé fragile et était souvent en « voyage ».

Il voyagea dans le Nord durant janvier et février 1927. Le train royal passa par Phitsalunok, Phrae et de Lampang à Chiengmai ; Le roi et la reine durent prendre le car pour aller à Chiang Rai et Chiang Saen. Son voyage prévu en juin 1928 à Singapour et aux Indes néerlandaises  dut être repoussé à la mi-1929 du fait de la mort  du Prince Phanurangsi du 13 juin 1928. Il en fit un autre en Indochine d’avril à mai 1930 et un long  voyage en 1931 de 6 mois au Japon, Canada, et aux USA. (Il devait se faire opérer des yeux aux USA).

(Et sa tournée en Europe (Allemagne, Portugal, Suisse, Irlande, Danemark) en 1933-1934. Nous reviendrons bien sûr sur tous ces voyages) 

Certes Rama VII estimait que tous ces voyages à l’intérieur de son pays et à l’étranger étaient nécessaires, et certains avaient aussi la fonction de remédier à de graves  problèmes de santé, surtout oculaires, mais ces longues absences ne pouvaient que conforter le pouvoir de l’oligarchie du Conseil Suprême, surtout qu’ils avaient frères et fils aux principaux postes de l’administration et de l’Armée, et un nouveau président en 1928, Boriphat et régent du royaume lors des voyages du roi, et qui avait pris le portefeuille de l’Intérieur.

Le Conseil suprême avait certes le pouvoir absolu ; ce qui ne veut pas dire qu’il n’y avait pas de conflits en son sein, comme celui par exemple en 1930, alors que le roi était aux USA, entre le Prince Purachatra (เจ้าบุรฉัตร), 

181. Le gouvernement de  Rama VII jusqu’à la crise mondiale de 1929.

le ministre du commerce et de la communication et  le Prince  Boworadej, le ministre de la Défense, qui demandait une augmentation de salaire pour le personnel de la Défense, qui aboutit à sa résignation.

De  fait, la nécessité de poursuivre une politique budgétaire rigoureuse, passait par des économies à réaliser dans tous les départements, et des impôts nouveaux. Il  ne pouvait que créer un mécontentement chez cette nouvelle classe de fonctionnaires et de militaires, dont on n’avait pas encore pris la mesure. La crise mondiale de 1929 ne pouvait qu’aggraver la situation économique et sociale du Siam et allait bouleverser son histoire.

C’est ce que nous allons étudier dans les articles suivants.

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* 180. « De l’enfance, aux études en Europe, et la vie au Siam du futur Rama VII (1893-1925) ».

 

** Nos sources : Les livres de  B. J. Terwiel dans son « Thailand’s Political History », River Books, 2011 ;

 

 

 

 

181. Le gouvernement de  Rama VII jusqu’à la crise mondiale de 1929.

et  celui de Pierre Fistié dans « L’évolution de la Thaïlande contemporaine », Armand Colin, 1967.

 

*** Un  roi consciencieux certes qui suscite commentaires et avis d'experts, mais qui peut avouer par exemple  en 1932 lors d’une réunion de hauts fonctionnaires où il tentait d’expliquer les réductions nécessaires : « Je ne connais rien du tout au sujet des finances, et tout ce que je peux faire est d'écouter les opinions des autres et de choisir le meilleur. » (In  Fistié)

 

**** Cf. Nos articles :

 

  • 167.  La grève générale  des Chinois de  1910 au Siam.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-167-la-greve-generale-des-chinois-de-1910-au-siam-125257905.html

  • 168. Le « nationalisme » de Rama VI. 1910-1925).

http://www.alainbernardenthailande.com/article-168-le-nationalisme-du-roi-rama-vi-1910-1925-125257916.html

 

Note : Vous avez remarqué l’existence de transcriptions différentes pour les noms des princes (Boriphat ou Paribatra ?). La raison en est simple (voir nos articles 91 « la romanisation du thaï » et 165 « Rama VI et la romanisation du thaï ») : il existe une romanisation officielle élaborée sous l’égide de l’Académie royale  (Boriphat) et une romanisation du palais spécifique en particulier aux noms propres de la famille royale ou des familles princières (Paribatra). Cette dernière devrait être utilisée systématiquement ce que font les Thaïs mais ne font malheureusement pas certains auteurs contemporains, ce qui est une erreur et peut-être même discourtois. Il ne vient à personne l’idée (saugrenue) de nommer « Sirinthon » (transcription de l’Académie) la bien-aimée fille du roi, la princesse Sirindhorn (transcription du palais). 

181. Le gouvernement de  Rama VII jusqu’à la crise mondiale de 1929.

La princesse Marsi Paribatra signait ses œuvres écrites en français et ses peintures de ce nom, il ne lui est jamais venu à l’idée de les signer « Manrasi Boriphat » (transcription de l’Académie). 

181. Le gouvernement de  Rama VII jusqu’à la crise mondiale de 1929.

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