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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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6 mai 2015 3 06 /05 /mai /2015 18:00
182.1 La société siamoise à la veille du coup d’Etat de 1932.

1/ Le développement d’une économie monétaire.

 

La société siamoise à la veille du coup d’Etat de 1932 n’est plus la société traditionnelle du XIXème siècle, si l’on en croit Pierre Fistié étudiant « L’évolution de la Thaïlande contemporaine »*, et ceci pour deux raisons essentielles : le développement d’une économie monétaire** et le développement d’une classe de fonctionnaires et de militaires.

182.1 La société siamoise à la veille du coup d’Etat de 1932.

Mais auparavant,  il n’est pas inutile de rappeler les bouleversements qui ont aussi profondément transformé le Siam au XIXème et au début du XXème siècle. Bouleversements que nous avons déjà développés au fil de « notre » histoire.

 

Nous vous avons raconté comment les rois du Siam ont dû lutter et affronter les visées coloniales des Anglais et des Français, avec leurs conséquences sur la société siamoise. Les différents traités signés sont les étapes de leurs confrontations et des accords conclus, la résultante des rapports de force à la période considérée. Notre article intitulé « 176.  La fin du régime des capitulations au Siam en 1925. »  en fait l’historique.

 

Ainsi, si en 1822 Rama II reçut cavalièrement l’ambassade britannique Crawfurd, envoyée par le Gouverneur Général de l’Inde, 

182.1 La société siamoise à la veille du coup d’Etat de 1932.

Rama III (1824-1851) reçut l’ambassade du capitaine Burney qui débouchera sur un traité, le 20 juin 1826, avec en annexe un accord commercial. 

182.1 La société siamoise à la veille du coup d’Etat de 1932.

(Il faut dire que les Anglais venaient de vaincre les Birmans, les « ennemis » des Siamois)  Ce traité fut suivi en 1833 par un traité d’amitié et de commerce avec les Américains ou traité Roberts. (Pour faire contrepoids aux Anglais). Ces premiers accords établissaient la fin des monopoles royaux, installait  la liberté de commerce, sauf pour l’opium et le riz, mais n’établissaient pas encore de consulats et n’accordaient pas l’octroi de privilèges d’exterritorialité.

 

Mais, nous dit Fistié, Rama III remplaça la fin des monopoles par des taxes prohibitives sur les principaux produites d’exportation, et conserva son commerce personnel qui prit même un essor avec la construction de navires à voiles carrées. La conséquence fut qu’après 1838 aucun navire américain ne vint à Bangkok et que la firme anglaise dirigée par Hunter vit son activité diminuée après 1840. A la fin de son règne Rama III put encore résister et pratiquer une politique commerciale de fermeture du pays en refusant de recevoir en 1850, M. Ballestier, l’ambassadeur américain, ainsi que sir James Brooke, le plénipotentiaire de la reine Victoria. 

182.1 La société siamoise à la veille du coup d’Etat de 1932.

Mais sous Rama IV (le roi Mongkut) (1851-1868) la situation coloniale avait changé et le roi était plus ouvert à l’occident, à la science, à l’anglais. Il fut contraint (ou aura la « sagesse », disions-nous) de signer avec John Bowring le 18 avril 1855 (ratifié le 5 avril 1856), un traité d’amitié, de commerce et de navigation, avec la Grande Bretagne. 

182.1 La société siamoise à la veille du coup d’Etat de 1932.

Le traité limitait à 3% les taxes à l’importation, autorisait l’importation d’opium en franchise, prévoyait à l’exportation des droits négociés ; et aussi donnait aux Britanniques le droit d’acheter ou de louer des terrains autour de Bangkok en bénéficiant du droit d’exterritorialité et accordait le droit de juridiction civile et criminelle sur les sujets britanniques.

 

Des traités analogues furent signés le 29 mai 1856 avec l’émissaire américain Townsend Harris, 

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le 15 août 1856 avec la France, le 21 mai 1858 avec le Danemark, le 17 décembre 1860 avec les Pays-Bas, le 7 Février 1862 avec la Prusse agissant au nom des membres du Zollverein allemand (Union douanière),

 

182.1 La société siamoise à la veille du coup d’Etat de 1932.

le 18 mai 1868 avec la Suède-Norvège, le 3 octobre 1868 avec l'Italie, le 29 août 1868 avec la Belgique, le 10 février 1868 avec le Portugal, le 17 mai 1869 avec l’Autriche-Hongrie et le 23 février 1870 avec  l'Espagne.  (Cf. Le lien  de quelques-uns de nos  articles sur ce sujet *** )

 

Charles Maynard dans une étude**** remarquait : « Avant l'arrivée de M. de Montigny à Bangkok, on y recevait environ trente navires de commerce anglais et américains, par an; à la suite de la signature du traité (en 1856), il en vint, en moins d'un an, plus de deux cents de toutes les nations, dont vingt-cinq français, c'est-à-dire, pour ne parler que de ces derniers, plus qu'il n'en venait auparavant dans toute la Chine en l'espace de trois ou quatre ans. Cette extraordinaire expansion du commerce de Siam était due, on ne saurait le nier, à une modification que M. de Montigny avait apportée à l'article 8 des traités anglais et américain ».

182.1 La société siamoise à la veille du coup d’Etat de 1932.

Les traités ultérieurs avec les Français en 1867, 1893 et 1907,  et avec les Anglais le 10 mars 1909 ne changèrent pas les avantages acquis, mais de fait, le système postal était revenu aux Allemands, le système portuaire aux Anglais, la gendarmerie et la marine de guerre aux Danois, et le système judiciaire commercial aux Français.

 

Il faudra attendre la participation des Siamois auprès des Alliés lors de la 1ère guerre mondiale et que le Siam devienne un des membres fondateurs de la Société des Nations, en janvier 1920,

 

182.1 La société siamoise à la veille du coup d’Etat de 1932.

... pour que  le Siam de Rama VI retrouve tous ses droits souverains en 1925, et puisse librement établir ses droits à l'importation et à l'exportation, ainsi que ses taxes d'entrepôt. (Cf. Notre article 177 sur ce sujet **)

 

Parallèlement, nous avions étudié comment cette ouverture commerciale et cette confrontation avec la puissance occidentale avaient aussi conduit les différents rois depuis le roi Mongkut et surtout sous l’impulsion du roi Chulalongkorn (1868-1910) à réformer et moderniser le royaume dans tous les domaines : l'administration unifiée et centralisée, le système d’impôts, la justice, les codes du pénal et du commerce, les travaux publics et les infrastructures (canaux, chemin de fer, lignes télégraphiques et téléphoniques, eau, etc.), la poste, l’éducation, les écoles primaire, secondaire, les écoles de droit, de médecine, des mines, de gendarmerie, de police, des arts et métiers, de commerce, etc… Toutes ces réformes avaient été accomplies avec l’aide des experts occidentaux (plus de 300 sous Chulalongkorn) et les pratiques séculaires de l’esclavage et de la corvée avaient été abolies.

 

L’éducation anglaise reçue par Rama VI et Rama VII ne pouvait que renforcer le modèle occidental.

182.1 La société siamoise à la veille du coup d’Etat de 1932.

Nous avions vu combien, le roi Rama VI reconnaissait sa dette envers l’Occident et même son occidentalisation (Le roi parle anglais, français allemand, poursuit la modernisation de son Etat, traduit des pièces anglaises et françaises, lit les journaux anglais,  apprécie le style de vie des gentlemans, etc.), mais qu’il en savait aussi les limites, attaché qu’il était aux traditions de son pays et à la promotion de la Thainess (Avec son histoire, sa langue, son art, sa littérature, sa religion bouddhiste, son amour du roi, son esprit de guerrier libre). (Cf. nos articles 170 et 171). De plus, au XXème siècle, la famille royale et les hauts fonctionnaires enverront de plus en plus leurs enfants poursuivre leurs études en Europe et au Japon, ce qui ne pouvait que renforcer les modèles et les idées venues d’ailleurs.

 

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Mais la société traditionnelle sera également transformée par le développement d’une économie monétaire, avec le rôle prépondérant tenu par les Chinois, 

182.1 La société siamoise à la veille du coup d’Etat de 1932.

... et le développement d’une classe de fonctionnaires et de militaires.

 

1/ Le développement d’une économie monétaire.

 

On comprend que le développement d’une économie monétaire s’est effectué au rythme de l’insertion du Siam dans les marchés mondiaux. Fistié note qu’en 1850 le commerce extérieur du Siam était inférieur à 10 millions de baths (dont 5 600 000 pour les exportations) et qu’en 1927-1926, avant la crise mondiale, ce chiffre était de 477 millions de baths (dont 269 pour les exportations).

Les principales importations étaient les produits manufacturés (129 millions) et pour les exportations le riz représentait près du ¾ du total, dont la plus grande part venait de la plaine centrale (irrigation, canal, proximité avec Bangkok) ; 

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Le Nord et le Nord-Est produisant essentiellement du riz glutineux. 

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En 1931, le Nord-Est était encore dans une agriculture de subsistance, alors que le Nord était à un stade de transition entre l’économie de subsistance et l’économie commerciale, avec l’exportation de son surplus de riz les bonnes années et surtout l’exportation du bois de teck  (pour près de 10 millions de baths).  

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Le Sud exportait les matières premières (étain, (22 millions de baths), caoutchouc, coprah), mais la majorité de la population restait dans l’agriculture de subsistance, car la main d’œuvre pour l’étain n’excédait pas 15 000 travailleurs en 1926-27. (Fistié s’appuie sur les enquêtes de Zimmerman)

 

Il en ressort que seule la région centrale était touchée par le revenu monétaire et en 1930, celui-ci était trois fois supérieur à celui des familles du Nord-Est ; Avec 35 % de la population rurale, elle avait 60 % des recettes monétaires villageoises. Mais l’insertion du Siam dans  les marchés mondiaux et le développement de son  économie monétaire se fera essentiellement par les Chinois.

 

Le rôle et la place des Chinois.

 

Nous avons déjà consacré au moins trois articles aux Chinois de Thaïlande en nous appuyant sur des études de Jean Baffie, Arnaud Leveau et Stéphane Dovert, autant dire que nous n’ignorons ni leur rôle, ni leur place dans l’histoire de la Thaïlande. (Cf. *****)

 

Pour ne reprendre qu’Arnaud Leveau, on se rappellera que  la diaspora chinoise en Asie du Sud-Est représente 8 à 16 % de la population selon les pays et contrôlerait les 4/5 des capitaux sur le marché. 

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En Thaïlande, les Sino-Thaïs représenteraient 10 % de la population et contrôleraient 80% des capitaux (tenus en fait par 15, 20 familles). Il faut aussi savoir que 90% d’entre eux viennent de  3 provinces chinoises : le Fujian, 

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le Guandong

 

 

182.1 La société siamoise à la veille du coup d’Etat de 1932.

et l’île de Hainan

 

 

182.1 La société siamoise à la veille du coup d’Etat de 1932.

et que  plus que Chinois, ils sont avant tout Teochiu (56 %), Hakka, Hainanais, et Hokkien.

 

 

 

 

 

182.1 La société siamoise à la veille du coup d’Etat de 1932.

Ces communautés se définissent par leur origine (village, province, ancêtre), leur dialecte  (une dizaine de dialectes qui ne se comprennent pas entre eux), et ont une histoire particulière, induisant une émigration spécifique.

 

Revenons à Fistié.

 

Si les occidentaux sont à l’origine du développement d’une économie monétaire au Siam, les Chinois ont tenu le rôle principal, en étant tout au long du réseau d’exportation : gestion des entrepôts de Singapour, Pénang, Hong Kong, 62 % des maisons de commerce d’exportation tenues par des Chinois à Bangkok en 1890 (contre 26 % par les Britanniques. Cité par Skinner) ; Immigration massive (5,8 % en 1850, 9,5 % en 1910 et 12,2 % de la population en 1932) qui fournira la quasi-totalité de la main d’ouvre salariée dans  tous les secteurs.

 

Déjà, dans la deuxième moitié du XIXème siècle, les immigrants chinois fournirent la main d’œuvre salariée pour mener à bien les grands travaux publics, comme par exemple  en 1892, la construction de la voie ferrée de Bangkok à Korat. 

182.1 La société siamoise à la veille du coup d’Etat de 1932.

L’abolition de la corvée en 1899 ne fit que renforcer cette main-d’œuvre chinoise.  Mais elle était surtout présente en nombre dans les usines de décorticage du riz, ou comme dockers, ou encore dans le développement immobilier de Bangkok tenu par des centaines de firmes surtout cantonaises. Des estimations diront même que la population de Bangkok était à moitié chinoise. (Sur 630 000 en 1910, 900 000 en 1929 selon Skinner).

 

Dans le Nord,  même si après la 1ère guerre mondiale, les occidentaux vont contrôler la source pour l’exploitation du teck, les Chinois auront trois des neuf scieries modernes de Bangkok en 1924 ; et les autres petites scieries sans force motrice. On observera, nous dit Fistié, le même phénomène pour la production d’étain dans la péninsule et l’île de Phuket, qui au début du XXème siècle, était entièrement entre les mains des Chinois (79.000 piculs de 60 kilos), pour voir à partir de 1907, les sociétés occidentales utiliser des dragues (1 en 1907, 13 en 1921, 38 en 1930) ;

 

 

 

 

182.1 La société siamoise à la veille du coup d’Etat de 1932.

Mais les entreprises chinoises résistèrent avec leur méthode traditionnelle pour avoir encore par exemple en 1926-1927, 85.000 piculs contre 38.000 avec les dragues des 25 sociétés occidentales. Mais de toute façon, dans les deux cas, la main-d’œuvre était essentiellement chinoise. Leur esprit d’entreprise se manifestera aussi dans les plantations de caoutchouc, 

182.1 La société siamoise à la veille du coup d’Etat de 1932.

avec les Hakkas dans les plantations et les Hokkien pour la transformation et l’exportation, même si les propriétaires étaient Thaïs. (En 1929, était à ses débuts avec 60 000 ha).

 

Mais leur prépondérance sera indéniable dans le commerce.

 

Le commerce du riz – qui représentait 70 % des exportations siamoises- était entre leurs mains ; ils avaient également quasiment le monopole  comme acheteurs et vendeurs auprès des paysans thaïs. Ils leur vendaient aussi les produits manufacturés importés par les maisons de commerce européennes. Après avoir posé les voies ferrées, certains s’installaient comme commerçants dans les villes reliées. Cela leur était d’autant plus facile que tout le commerce de détail était chinois à Bangkok, et que tous pouvaient compter sur des « compradores » chinois, - des intermédiaires - qui avaient su se rendre indispensables auprès des maisons de commerce et des banques  européennes installées à Bangkok. 

182.1 La société siamoise à la veille du coup d’Etat de 1932.

Les intermédiaires devinrent les égaux de leurs homologues européens.

 

Un système se mit en place basé sur « un maillage d’entreprises familiales interconnectées», une culture de réseaux, dont « le réseau de base (est) d’autant plus efficace qu’il s’inscrit aussi dans une concentration géographique, ethnique, avec donc un système familiale de gouvernance. La famille dans un quartier donné, va faire des prêts, contrôler le comportement, faciliter l’information aux membres du réseau familial (investir dans les activités rentables, réactivité, rapidité) » (Leveau. Cf. **** L’explication détaillée dans notre article A.67)

 

Les Chinois étaient devenus de fait, avec les Occidentaux, les artisans et les principaux bénéficiaires de la transformation du Siam en un pays d’économie monétaire. « Mais, nous dit Fistié, ceci  ne veut pas dire que les Thaïs eux-mêmes et surtout l’Etat n’aient pas joué dans cette évolution un rôle au moins aussi important »

 

Les Thaïs.

 

Fistié toutefois cherche les raisons qui ont fait que les Thaïs aient  laissé à d’autres les meilleures places dans la nouvelle économie monétaire. Il met en avant la faible densité de la population et leur force d’inertie qui les maintient dans leur vie traditionnelle de riziculteur avec le wat qui en constituait le centre, et qui leur enseignait un idéal de vie où la recherche de l’argent n’avait pas cours. L’explication est ici limitée et nous n’allons pas de nouveau réexpliquer le muang qui est le concept essentiel pour comprendre l’histoire et le modèle d’organisation sociale thaïe. (Cf. Notre article 15. Le  muang ?******)

Une chose est sûre, les  Thaïs pratiquaient essentiellement une économie de subsistance et ont laissé les immigrants chinois s’investir dans les nouvelles activités qui dégageaient des revenus monétaires beaucoup plus conséquents que les revenus de la production du riz. 

182.1 La société siamoise à la veille du coup d’Etat de 1932.

Toutefois, la  nécessité pour l’Etat de trouver des revenus d’exportation, ne pouvait que l’encourager à développer une riziculture d’exportation auprès des paysans de la plaine centrale, qui virent là, une source de revenu conséquente, et un moyen de payer l’impôt.

 

En effet, toute la population était soumise, depuis 1899, à l’impôt direct qui était de 27 baths par famille dans la plaine centrale (contre 9 dans le Nord et 7 dans  le Sud, et 4 dans le Nord-Est) en 1928-1929. La population paysanne du Centre subissait seule les aléas du prix du riz, et des mauvaises récoltes dues aux intempéries ou aux insuffisances des précipitations. La majorité des familles s’était endettée auprès des intermédiaires chinois qui étaient à la fois acheteur, vendeur de produits fabriqués et prêteur à des taux élevés. Le propriétaire thaï était également prêteur. « La charge de l’intérêt des emprunts en 1930 a été évaluée par Zimmerman à 23,34 baths par famille dans le Centre (soit 6,5% des dépenses totales) contre 4,48 baths dans le Nord ( 2,36%), 1,51 bath dans le Sud (1,12%), et 2,45 baths dans le Nord-Est (2,66%).» (Cité par Fistié)  Cette situation des paysans sera  encore plus précaire pour ceux qui n’avaient pas de terre (36 % des familles dans la plaine centrale,  27% dans le Nord, 18% dans le Nord-Est en 1930).

 

Cette riziculture d’exportation eut des profondes conséquences sociales et fit de la terre un placement capitaliste possible pour une nouvelle classe de propriétaires thaïs (surtout venant de Bangkok et dont 30 % avaient déjà des terres affermées) avec une catégorie de fermiers spécifiques. Les exploitations  s’agrandirent, et nécessitèrent l’embauche d’une main-d’œuvre salariée aux moments surtout du repiquage et de la récolte.

 

L’Etat siamois va également jouer un rôle dans le développement de l’économie monétaire.

 

Nous avons vu que l’Etat siamois n’avait retrouvé qu’à la fin de1925 sa capacité de décider des taxes d’importation, réduites à 3 % depuis les traités signés en 1855-56. L’Etat s’était retrouvé dans la nécessité de trouver d’autres ressources. Ainsi les rois Mongkut et Chulalongkorn encouragèrent l’immigration chinoise et les soumirent à une taxe triennale minime de 4,25 baths qui restera inchangée de 1828 à 1909. Ils trouvèrent des ressources plus importantes avec les impôts indirects tirés de l’opium, 

182.1 La société siamoise à la veille du coup d’Etat de 1932.

des jeux, de la loterie, dont les Chinois étaient les principaux pourvoyeurs. La réorganisation de l’Etat après 1892, et surtout l’abolition de la corvée en 1899 et son remplacement par une capitation annuelle de 4 à 6 baths, puis en mars 1909, la décision de soumettre les Chinois au régime commun, amenèrent les impôts directs à représenter jusqu’en 1926 de 20 à 25% des recettes de l’Etat (soit le double des années 1890). (Cf. La réaction chinoise dans notre article 167.  La grève générale  des Chinois de  1910 au Siam.)

 

Mais c’est évidemment, après les nouveaux traités de 1926 (même s’ils prévoyaient une période transitoire de 10 ans pour relever le tarif douanier de 3% à 5 %) , que le nouveau tarif permit d’augmenter le revenu des droits d’importation et de passer de 7,16 millions de baths en 1926-1927 à 16,03 millions en 1927-1928, soit 13,7 % des recettes totales.

 

La contribution de l’Etat au développement de l’économie monétaire se fit aussi par ses propres dépenses dispensées en argent, par exemple pour payer ses fonctionnaires dès la fin du XIXème siècle et pour payer les salariés (essentiellement chinois) des grands chantiers (canaux, chemin de fer, irrigations).

 

Mais le budget des travaux publics venait loin derrière les dépenses destinées à l’administration civile et à la défense nationale. Une nouvelle classe de fonctionnaires et de militaires était apparue. C’est ce que nous nous proposons d’étudier avec Fistié dans notre prochain article.

________________________________________________________

 

NOTES.

 

*Pierre Fistié, « L’évolution de la Thaïlande contemporaine », Armand Colin, 1967.

 

**« Économie monétaire » ? Voilà un bien grand mot utilisé par les spécialistes de la « science » économique

182.1 La société siamoise à la veille du coup d’Etat de 1932.

pour marquer le contraste entre une économie fondée sur la monnaie donc le profit (économie « capitaliste » tout simplement) d’avec les économies dites traditionnelles, économies « de ménage », économies « de troc » 

182.1 La société siamoise à la veille du coup d’Etat de 1932.

ou économie de « suffisance ».

*** Les traités.

  • 128. Le traité « Bowring » de 1855 entre le Siam et la Grande-Bretagne.
  • 129. Le traité de 1856 entre la France et le Siam de Rama IV. (1851-1868)
  • 132. Le Traité de 1867 entre le Siam et la France.
  • 135. La politique étrangère du roi Chulalongkorn. (Cf. L’étude du traité signé avec la France le 3 octobre 1893, dans lequel en son article 1 : « Le Gouvernement siamois renonce à toute prétention sur l’ensemble des territoires de la rive gauche du Mékong et sur les îles du fleuve ».
  • Et le Traité du 23 mars 1907, dans lequel  les articles 5 et 6 établissaient les statuts juridiques des Asiatiques sujets et protégés des Français.

 

164. Le Siam participe à la 1ère Guerre mondiale. Avec les conséquences pour le Siam, qui devenait  en janvier 1920, un des membres fondateurs de la Société des Nations.

 

177. Le Siam de Rama VI retrouve tous ses droits souverains en 1925.

Le 1er septembre 1920, les États-Unis abandonnèrent leurs droits d’extraterritorialité au Siam. Après cinq années de négociation, la France  (février1925) et la Grande-Bretagne (juillet 1925) renonçaient aussi à leurs droits d’extraterritorialité, aux traités inégaux  leur accordant le « Droit de Protection consulaire » qui donnaient (par exemple l’article 7 du traité de 1893) aux Français mais aussi  à ceux qui dépendaient du « Protectorat français »comme les Annamites, les Laotiens, les  Cambodgiens (Cf. les Chinois et Japonais inscrits), la liberté de circuler et de commercer librement sans payer de droits de douanes. Le 14 février 1925, la France et le Siam signaient un traité d’amitié, de commerce et de navigation. 

 

A 38. La Thaïlande n’a jamais été colonisée ?

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a38-la-thailande-n-a-jamais-ete-colonisee-vous-en-etes-sur-81581652.html

 

**** Cf. « Le second empire en Indochine, Siam, Cambodge, Annam. L’ouverture du Siam au commerce et la convention du Cambodge » de Charles Maynard, Paris, 1891.

 

***** Les Chinois.

  •  
  • Article 45. Les Chinois de Thaïlande sont-ils intégrés ?

Lecture du livre de Jean BAFFIE, La « resinisation » des Chinois de Thaïlande, Sociologue, Institut de Recherches sur le Sud-Est Asiatique (IRSEA), Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS), Université de Provence Aix-Marseille I 2ème Congrès du Réseau Asie / 2nd Congress of Réseau Asie-Asia Network 28-29-30 sept. 2005, Paris, France, http://www.reseau-asie.com/

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a45-les-chinois-dethailande-sont-ils-integres-84959962.html

 

  • A67.  L’influence de la communauté chinoise en Thaïlande.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a67-l-influence-de-la-communaute-chinoise-en-thailande-106337871.html

Lecture du livre d’Arnaud Leveau, « Le Destin des fils du dragon », « L’Influence de la communauté chinoise au Viêt Nam et en Thaïlande », L’Harmatan, IRASEC, collection Un certain regard, 2003.

  • A163. L’usage des étrangers dans un processus de construction nationale en Thaïlande.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a163-l-usage-des-etrangers-dans-un-processus-de-construction-nationale-en-thailande-124589511.html

2ème partie. De Rama VII (1925-1935) à Abhisit (2010), InThaïlande contemporaine, Sous la direction de Stéphane Dovert et Jacques Ivanoff, IRASEC, Les Indes Savantes, 2011, pp. 201-258.

******  http://www.alainbernardenthailande.com/article-15-le-muang-selon-michel-bruneau-99865623.html

 

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