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  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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2 mai 2015 6 02 /05 /mai /2015 18:00
R3. « Thaïlande, Aux origines d’une crise ».

Nous avons décidé, après plus de 4 ans de blog, de republier des articles, (les corrigeant éventuellement), perdus au milieu de plus de 450 autres,  que nous apprécions  à des titres divers, comme vous avez pu le constater pour le premier qui envisageait la venue des Vikings au Siam, le second qui nous embarquait sur Le Soleil d’Orient et qui essayait de nous faire réfléchir et rêver sur «  le trésor englouti de la 1ère Ambassade du Roi Naraï auprès de Louis XIV en 1681 »,  et aujourd’hui sur un sujet plus politique, qui a l’ambition de nous éclairer sur « les origines d’une crise » qui avait ensanglanté la Thaïlande en 2010.

R3. « Thaïlande, Aux origines d’une crise ».

Cet article – qui fut notre premier article - présentait en fait le carnet de l’IRASEC  intitulé « Thaïlande, Aux origines d’une crise ».* Sa relecture nous semble, non seulement toujours d’actualité, pour comprendre la crise de 2010, mais permet de resituer le dernier coup d’Etat  militaire du 22 mai 2014 dans la lutte historique qui opposent les forces « démocratiques » du Nord et du Nord-Est au pouvoir des militaires et des élites urbaines de Bangkok.

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R3. « Thaïlande, Aux origines d’une crise ».

L’article rappelle que derrière le « combat» entre les «chemises  rouges» et les «chemises jaunes» ou plus récemment, les «événements sanglants » d'avril 2010 se profilait une «révolution  politique et sociale» qui remettait en cause fondamentalement le pouvoir politique et économique mis en place par les élites urbaines depuis les années 60 et « habillé » par l'idéologie de la Thainess, qui définit ce qui est thaïlandais et ce qui ne l’est pas.**

R3. « Thaïlande, Aux origines d’une crise ».

Il nous a permis de mieux comprendre comment Thaksin (et parfois malgré lui) et « l’ère Thaksin » avaient contribué à rendre obsolète ce verrou idéologique qui imposait le silence aux « paysans » du Nord et du Nord-Est et à les aider à prendre conscience de leur force politique et de leur désir légitime de participer au « pouvoir », afin de mieux bénéficier de la croissance et de ne plus être considérés comme des citoyens de seconde zone.


Ce carnet décrit également la multiplicité des forces en présence, avec l’Armée et ses luttes internes, le gouvernement et ses coalitions, le Conseil du Roi... et de la Reine, les différents réseaux, cercles du pouvoir, partis, qui se forment et se recomposent, les alliances qui se font et se défont, les quatre groupes du PAD (jaunes), 

R3. « Thaïlande, Aux origines d’une crise ».

les courants à l’intérieur des « rouges»***, 

R3. « Thaïlande, Aux origines d’une crise ».

les trois tendances des classes moyennes (écolo, sociétés caritatives et royales et « l’Assemblée des Pauvres », les potentats locaux, etc... qui ne font qu’ajouter de la difficulté à comprendre ce qui se joue.

Le carnet invite aussi  à lire le tableau des principaux groupes ethnolinguistiques (p.22), car la Thaïlande compte de nombreux peuples, ce que semblent oublier parfois les Thaïs Siamois du Centre. Ils ne représentent en effet que 40 % de la population, mais ils ont su imposer leur norme linguistique à l'ensemble du territoire, ainsi que leur idéologie, la Thainess, qui les présente comme les vrais Thaïs, et considère les autres comme des « cadets »  voire des citoyens de seconde zone (paysans, pauvres, non éduqués, « noirs » de peau…). Comme les Isan par exemple qui ont une autre langue et qui représentent quand même 31 % de la population, voire les Muang (ou Yuans) des zones montagneuses du Nord, (10 %), sans oublier les Thaïs du sud, les Pak Tai (10 %), et les sino-thaïs ....

R3. « Thaïlande, Aux origines d’une crise ».

Nous avions été étonnés d’apprendre que seulement 10% env. d’entre eux parlent les deux langues et que de nombreux dialectes coexistent aussi. L’intercompréhension demeure donc difficile. 

R3. « Thaïlande, Aux origines d’une crise ».

On découvrait donc la Thainess, avec  ses 3 piliers : le roi, le bouddhisme, la nation. Depuis- que d’articles, de références à cette idéologie avons-nous écrits pour comprendre l’histoire de la Thaïlande.***


La Thainess

 

Nous notions alors que l'article d’Ollivier et de Narumon Hinshiranan Arunotai était essentiel  pour saisir la nature ambiguë de ce concept et pour comprendre le caractère «révolutionnaire» de ce qui se joue aujourd'hui.

La Thainess  a servi aux «aristocrates» et aux élites urbaines des Thaïs siamois à construire « l’unité » de la Nation thaïe et à légitimer leur pouvoir sur le dos des identités régionales, que l’on considérait comme « cadettes » dans le meilleur des cas mais le plus souvent inférieures, incultes, « paysannes ».*** Encore aujourd’hui, à Bangkok un Isan est perçu comme un « paysan » rustre et inculte. En 2009 le dirigeant des jaunes, Sondhi Limthongkul « proposait de restreindre le droit de vote aux personnes éduquées, excluant ainsi la masse paysanne ».

R3. « Thaïlande, Aux origines d’une crise ».

La Thainess a d’autant plus « fonctionné » qu’elle s’appuyait sur le caractère «sacré» du roi, le bouddhisme, et les médias qui la véhiculaient.


Tout le monde a observé le respect dû au Roi (des photos partout, l’hymne et la photo du roi au début des séances de cinéma, les émissions quotidiennes médiatiques sur ses talents et ses bienfaits, le Roi est un Exemple pour tous.) Le respect de la « sacralité » du roi est toutefois aussi assuré par les  différents gouvernements qui ont toujours  multiplié les arrestations ou censuré des opposants, fermant au besoin des sites internet, au nom du crime de « lèse-majesté».

R3. « Thaïlande, Aux origines d’une crise ».

Le bouddhisme est bien sûr un facteur d’unité pour 90 % des Thaïs et joue un rôle fondamental pour donner une forme aux croyances et aux particularismes locaux. (Avec la croyance aux esprits, aux Phis)

 

R3. « Thaïlande, Aux origines d’une crise ».

Et les médias présentent l'exemple de la population urbaine comme un modèle à suivre, un modèle de vie idéale, « supérieur ». La théâtralité des cérémonies royales, les films et séries télévisées rendent « naturels » cette vision idéologique.

Si la Thainess a donc joué un rôle fondamental dans la création de la Nation thaïlandaise, et « l’unité » du pays. Elle a aussi  assuré le pouvoir politique, économique et culturel aux élites royales, militaires et urbaines, et a rejeté de l’Histoire 60% de la population. Jusqu’à l’arrivée de Thaksin.

R3. « Thaïlande, Aux origines d’une crise ».

Thaksin.

 
L'arrivée au pouvoir de Thaksin comme 1er ministre en janvier 2006 va bouleverser l’échiquier politique et social, mieux, délégitimer la Thainess et remettre en cause les pouvoirs installés.

 

Il ne s’agit pas ici de juger la fortune colossale acquise, ni des moyens qu’il a dû employer pour l’acquérir, mais des effets de ses actions, contre la hiérarchie installée depuis des lustres (certains ont même vu une remise en cause du pouvoir royal), 

R3. « Thaïlande, Aux origines d’une crise ».

et pour la fierté retrouvée du peuple du Nord et du Nord-Est.

Son action reconnue (remboursement du FMI, reprise en main des jeunes, lutte contre la drogue, accessibilité aux soins, gel des dettes, prix soutenu du riz, certains médias enfin favorables, majorité au Parlement…)  leur permettait d’oser enfin aborder des questions taboues, de briser le consensus, de prendre en main leur «destinée», de prendre leur « revanche », ou plus simplement de ne plus accepter qu’on leur confisque leurs « votes ».

 

Mais les militaires alliés aux pouvoirs financiers n’avaient pas disparu pour autant.


On assistera à un nouveau  coup d’ Etat militaire le 19 septembre 2006

R3. « Thaïlande, Aux origines d’une crise ».

qui sera suivi par une nouvelle victoire des pro-Thaksin aux élections législatives du 23 décembre 2007, puis de nouveau à la réaction du Conseil constitutionnel qui « démissionnera » les 1ers ministres Samak le 9 septembre 2008, et Somchaï, beau-frère de Thaksin Shinawatra, le 17 septembre 2008 ensuite, pendant que le PAD (Les chemises jaunes) continuait ses manifestations. On se souvient des 20.000 manifestants qui encercleront le parlement le 24 novembre 2008 et occuperont l’aéroport de Don Muang et fermeront le 25 novembre 2008 l’aéroport de Suvarnabhumi.

 

 

 

 

 

R3. « Thaïlande, Aux origines d’une crise ».

La Cour constitutionnelle frappera encore le 2 décembre 2008 et proclamera  la dissolution de trois partis politiques de la coalition gouvernementale pour fraude électorale (Parti du pouvoir du peuple (PPP), Chart Thai et Matchima. Le Premier ministre Somchai Wongsawat démissionnera.

 

 

 

R3. « Thaïlande, Aux origines d’une crise ».

Chavarat Charnvirakul deviendra Premier ministre par intérim, jusqu’à la chute du gouvernement.

 

 

R3. « Thaïlande, Aux origines d’une crise ».

Le 15 décembre 2008, le parti Démocrate obtenait une majorité au Parlement,  après des tractations avec les petits partis anciennement liés à Thaksin Shinawatra, et Abhisit Vejjajiva, était élu Premier ministre par les députés.

 

R3. « Thaïlande, Aux origines d’une crise ».

C’était la victoire du PAD et des chemises jaunes.

 

De nouveau, les rouges et les pro-Thaksin se voyaient contraint de manifester pour obtenir de nouvelles élections. (Cf. notre article sur les chemises rouges ***)

 

Nous en étions là en notre article de 2011, constatant :

 

« Les 86 morts lors des affrontements de mi-mars /mai 2010, l’assassinat du général Seh Daeng, 

R3. « Thaïlande, Aux origines d’une crise ».

le couvre-feu, la liste noire de 125 personnes du CRES, l’arrestation des principaux leaders rouges, la répression des sites internet jugés pro-rouge, le mandat d' « arrêt pour terrorisme contre Thaksin… risquent de « retarder » la tenue de prochaines élections. », disions-nous alors.

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Depuis, l’histoire s’est répétée.

 

Le 3 juillet  2011, la sœur de Thaksin, avec le Pheu Thai remportaient les législatives et obtenaient la majorité absolue (265 sur 500 sièges) ; Elle devenait alors la 1ère ministre. 

R3. « Thaïlande, Aux origines d’une crise ».

Mais à la fin de 2013 et jusqu’en mai 2014, Bangkok va être « occupé » par des manifestants antigouvernementaux (royalistes, jaunes, et paysans du sud venant du fief du parti démocrate) et soutenus par le People’s Democratic Reform Committee (PDRC), dirigé par l’ancien vice-premier ministre Suthep Thaugsuban du gouvernement Abhisit,

 

 

 

R3. « Thaïlande, Aux origines d’une crise ».

pour réclamer la destitution du gouvernement et provoquer, diront certains, un coup d’Etat judiciaire et militaire.

 

Le gouvernement ne bougera pas et l’armée refusera de prendre position.

 

Mais, la 1ère ministre va dissoudre le parlement et organiser des élections pour le 2 février 2014. Les opposants  vont perturber les élections et bloquer quelques 10.000 bureaux de vote, alors que les pro et antigouvernementaux vont s’affronter dans les rues de Bangkok.

 

La Cour Constitutionnelle invalidera les élections le 24 mars 2014,

 

 

 

 

R3. « Thaïlande, Aux origines d’une crise ».

et destituera la première ministre le 6 mai 2014.

Le 20 mai, la loi martiale sera proclamée. Le 22 mai 2014, l’armée, commandée par le général Prayuth Chan-ocha  prendra le pouvoir une fois de plus « pour assurer l’unité et la sécurité de la nation et préserver la monarchie ».

 

 

 

R3. « Thaïlande, Aux origines d’une crise ».

On pourrait penser que ce putsch est une réédition de celui de 2006, mais la junte est bien décidée à empêcher tout retour au pouvoir de Thaksin et de son parti qui ont gagné toutes les élections depuis  2001. Elle se tient prête dans la succession qui s’annonce, pour maintenir son pouvoir, ainsi  que celui des élites royales, et des hommes d’affaires de Bangkok.

         

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Nous avions terminé notre article en 2011 en disant « qu’on était en train d’assister à une véritable « révolution » politique, culturelle et sociale, qui a brisé le consensus, la Thainess, et le statut-quo » et qu’ « Une nouvelle Thaïlande était en train de naître … qui ne pourra plus ignorer les peuples du Nord, du Nord-Est et du Sud. »

Il semble que nous ayons été trop optimistes à l’époque.

 

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*Olivier Ferrari, Narumon Hinshiranan Arunotai,Jacques Ivanoff & Arnaud Leveau, « Thaïlande, Aux origines d’une crise », Carnet n°13 de l’Institut de recherche sur l’Asie du sud-est (IRASEC), 120 p.

http://www.irasec.com/ouvrage9

 

**Cf. Un bon rappel des faits du « Petit journal » :

http://www.lepetitjournal.com/bangkok/accueil/actualite/118248-crise-politique-thailandaise-rappel-des-faits

*** Rappel de quelques articles :

Article 9 : Vous avez dit «  nationalisme thaï »

?http://www.alainbernardenthailande.com/article-article-9-vous-avez-dit-nationalisme-thai-66849137.html

Article 30 du 3 juin : les élections du 3 juillet 2011 en Thaïlande. L’Histoire va-t-elle se répéter ?

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a30-les-elections-du-3-juillet-2011-en-thailande-75353534.html

A 50. Clés pour comprendre la politique en Thaïlande.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a-50-cles-pour-comprendre-la-politique-en-thailande-90647687.html

 

A.57 Qui est Thaï ? Qui est Thaïlandais ?

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a-57-qui-est-thai-qui-est-thailandais-99435771.html

 

A124. Les chemises rouges de Thaïlande. 1  

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a123-les-chemises-rouges-de-thailande-1-119487000.html

 

A125. Les chemises rouges de Thaïlande. 2

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a125-les-chemises-rouges-de-thailande-2-119590962.html

 

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