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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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10 juin 2015 3 10 /06 /juin /2015 18:20
186 -  Avril 1932 : Rama VII fête le cent-cinquantième anniversaire  anniversaire de Bangkok.

Ces cérémonies somptueuses, en dépit de la crise économique, qui se sont déroulées au printemps de l’année 1932 n’ont pas eu d’écho dans la presse française, bien que tout ce que Bangkok compta de notabilités étrangères, diplomates, autorités religieuses, artistes, acteurs économiques et hommes d’affaire, y aient été conviés.

 

Nous devons toutefois à R. Lingat, correspondant de l’Ecole française d’extrême orient et lui-même chargé de mission auprès du gouvernement siamois, une longue description de ces festivités, (1) nous le citons évidemment d’abondance. Il ne nous dote malheureusement que deux photographies, nous les reproduisons mais nous avons tenté d’y suppléer. Sa transcription du vocabulaire siamois est toutefois consternante et nous a causé beaucoup de peine, c’est un juriste et non un linguiste, mais nous ne le trahissons pas en adoptant une transcription conforme aux normes actuelles.

 

En dépit d'une prédiction contemporaine de la fondation de la ville, Bangkok a paisiblement atteint sa cent-cinquantième année, et les fêtes et cérémonies projetées longtemps d'avance en vue de la célébration de cet anniversaire se sont déroulées jusqu'au bout sans la moindre catastrophe et ont revêtu tout l'éclat qu'on pouvait attendre en ces temps difficiles. L'idée de solenniser le jour de la fondation de la capitale est naturellement étrangère aux usages siamois.

 

L'achèvement de la construction même de la ville, c'est-à-dire de l'enceinte fortifiée, du Wat Phrakaeo  (วัดพระแก้ว - le temple du Bouddha d’émeraude), des principaux monastères et des palais, donna lieu, en mai 1785, à de grandes fêtes qui suivirent le second couronnement du roi Phra Phutthayotfa  พระพุทธยอดฟ้า premier de la dynastie.

 

 

 

186 -  Avril 1932 : Rama VII fête le cent-cinquantième anniversaire  anniversaire de Bangkok.

Ensuite, il faut attendre jusqu'au roi Chulalongkorn, cinquième de la dynastie, pour voir la ville honorée d'une seconde célébration.

 

En avril 1882, le centenaire de la capitale fut marqué par huit jours de réjouissances, suivis d'une foire qui se prolongea jusqu'à la mi-juin (2). Les fêtes eurent leur point culminant le 21 avril, anniversaire exact de la fondation de la ville, puisque c'est ce jour-là que fut, en 1782, planté la borne sacrée, le lak muang  (หลักเมือง)  où réside le génie tutélaire de la capitale (3) (4).

186 -  Avril 1932 : Rama VII fête le cent-cinquantième anniversaire  anniversaire de Bangkok.

La célébration de 1882 servit évidemment de modèle aux organisateurs des fêtes du 150e anniversaire.

 

Mais le jour choisi pour cette troisième célébration fut le 6 avril, anniversaire du jour où le roi Phra Phuthayotfa  monta sur le trône, en cette même année 1782.

 

Ce léger décalage s'explique aisément. Comme la plantation de la borne sacrée n'a, sauf en 1882, fait l'objet d'aucune commémoration, la date du 21 avril n'aurait rien signifié à la plupart des gens. Au contraire, le 6 avril est une date connue de tous, rappelée qu'elle est chaque année par une cérémonie officielle qui, bien que d'une institution toute récente (elle a eu lieu pour la première fois en 1920), jouit d'une grande popularité. Et puisque le fondateur de la dynastie des Chakri est aussi le fondateur de la capitale, il était tout indiqué de confondre les deux anniversaires dans une même célébration (5).

 

Les cérémonies qui se sont déroulées n'ont naturellement qu'un rapport artificiel avec la fondation da la capitale. La seule que la tradition ait imposée a été un wian thian (เวียนเทียน) passé presque inaperçu, autour du lak muang (6). 

186 -  Avril 1932 : Rama VII fête le cent-cinquantième anniversaire  anniversaire de Bangkok.

Le reste se résume en un hommage rendu à la mémoire du fondateur et associé à des actes de foi bouddhique. La forme directe de cet hommage a consisté dans un buang suang, (บวงสรวง) ou sacrifice propitiatoire accompli solennellement en public par le roi (7).

186 -  Avril 1932 : Rama VII fête le cent-cinquantième anniversaire  anniversaire de Bangkok.

En 1882, le roi Chulalongkorn avait célébré l'achèvement des travaux de reconstruction du Wat Phra Kaeo et posé la première pierre d'un bâtiment destiné à abriter les cours de justice, et d'un monument au roi Phra Phuthayotfa  (dont la construction fut abandonnée par la suite). En vue des fêtes du 150ème  anniversaire, le Wat Phra Kaeo a été de même l'objet, pendant plusieurs années, de grands travaux de restauration, entrepris à l'aide d'une souscription publique dont le montant s'élevait au 1er janvier 1922 à près de 240.000 ticals. Comme œuvre d'art propre à perpétuer le souvenir de cet anniversaire, on s'est arrêté à la construction d'un pont de 230 m. de long sur le Maenam,

186 -  Avril 1932 : Rama VII fête le cent-cinquantième anniversaire  anniversaire de Bangkok.

à la hauteur du Wat liap (วัดเลียบ)

186 -  Avril 1932 : Rama VII fête le cent-cinquantième anniversaire  anniversaire de Bangkok.

Les travaux commencés en janvier 1929, ont été terminés vers le milieu de 1931 (8).

 

Pour poursuivre le dessein du roi Chulalongkorn, il a été décidé de décorer l'entrée de ce pont sur la rive gauche d'un statue en bronze du roi Phra Phuthayotfa  dont l'exécution a été confiée à S. A. R. le prince Narit (9). Cette statue représente le fondateur de la dynastie assis sur un trône, une épée posée sur les genoux. Les dépenses entraînées par la construction de la statue et du pont s'élevèrent à trois millions de ticals environ et furent en partie couvertes par une contribution personnelle de S. M. le roi Prajadhipok et par une souscription publique.

 

Enfin, monument d'un autre genre, des sermons pour chaque jour d'uposatha (10) ont été composés à la demande du roi par différents dignitaires du clergé et imprimés sur feuilles de palmier au nombre de cent cinquante exemplaires destinés à être distribués aux principaux monastères du pays roi par différents dignitaires du clergé et imprimés sur feuilles de palmier au nombre de cent cinquante exemplaires destinés à être distribués aux principaux monastères du pays.

 

Le programme des fêtes et solennités comprirent donc trois parties :

 

1° la cérémonie du buang suang;

2° la célébration de l'achèvement des travaux de restauration du Wat Phra Kaeo ;

et 3 l'inauguration du nouveau pont et de la statue du roi Phra  Phutha Yot Fa.

 

 

La première partie du programme se déroula tout entière dans la soirée du 4 avril, sur la grande place des crémations royales.

Au milieu du côté Ouest de cette place, on avait érigé un pavillon pour le roi, les membres de la famille royale, le corps diplomatique et les hauts fonctionnaires. A droite et à gauche de ce pavillon, devant la façade de la Bibliothèque Nationale et jusque devant les grilles du Musée, avaient été dressées des tentes pour les fonctionnaires et les invités. En avant et un peu à droite du pavillon royal, c'est-à-dire dans la direction de la chapelle du Wat Phrakaeo, on avait construit une plateforme sur laquelle s'élevait une sorte de dais, formé par quatre piliers qui supportaient un toit ayant la forme d'un grand parasol circulaire à neuf étages décroissants. Cet élégant mandapa (11) entièrement revêtu d'étoffes blanches bordées de dorures, abritait un autel sur lequel avaient été disposés des offrandes de fleurs, des cierges et des bâtons d'encens. Il était relié au pavillon royal par une passerelle légèrement en contrebas de la plateforme. Quelques degrés permettaient d'accéder, à celle-ci et à, l'autel qui y était installé. Les côtés Est et Nord de la place étaient bordés par la foule, que de hauts parleurs allaient tenir au courant du développement des cérémonies. Le côté Sud, limité par les murs d'enceinte du palais et du Wat Phra kaeo, avait été, au contraire, complètement dégagé et interdit au public. Sur la place elle-même, face au pavillon royal, étaient alignés sur plusieurs rangs de profondeur des détachements des diverses unités militaires et navales, des boy-scouts et des enfants des écoles des deux sexes, au total plus de 16.000 personnes.

 

Le roi sortit du palais à cinq heures en landau escorté d'un détachement de lanciers. Il se rendit d'abord au pavillon, où S. E. le Chao Phraya Yomarat  (เจ้าพระยายมราข) lui adressa la parole au nom du peuple siamois (12). Après avoir répondu, le roi se dirigea vers le mandapa et s'approcha de l'autel. Il avait revêtu par-dessus l'uniforme qu'il portait à son arrivée un manteau de tulle blanc galonné d'or. Tourné dans la direction de la chapelle royale, où se trouve le Buddha d'émeraude, il alluma les cierges et les bâtons d'encens qui garnissaient l'autel, et dont les uns étaient dédiés aux Trois Joyaux, tandis que les autres consacraient le buang suang offert à la mémoire du roi Phra  Phuthayotfa. Cependant, un concert de conques, de tambours et de gongs accompagnait ces rites et en soulignait la solennité.

Quand ce concert eut pris fin, le roi se retira un peu en arrière, sous un dais attenant au mandapa, et là, le visage toujours tourné vers la chapelle royale, il se tint debout, les mains jointes. A ce moment, les troupes et les divers détachements assemblés sur la place firent un quart de tour pour se trouver, comme le roi, face à la chapelle royale. Tout ce monde, la tête nue et les mains jointes, après s'être prosterné trois fois, se mit à chanter à l'unisson des stances en siamois composées, dit-on, par un aumônier militaire, et qui formaient deux hymnes successifs, glorifiant, l'un les Trois Joyaux, l'autre la dynastie des Chakri. Le roi, du haut de la plateforme, présidait à ce service, tantôt debout, tantôt agenouillé, comme l'ensemble des participants. Cette cérémonie, empreinte d'une gravité toute religieuse, encore que le clergé n'y ait pris aucune part, a laissé une profonde impression chez tous ceux qui y ont assisté.

 

Photographie extraite de l’article de Lingat :

 

 

 

 

 

186 -  Avril 1932 : Rama VII fête le cent-cinquantième anniversaire  anniversaire de Bangkok.

Elle se prolongea une bonne heure. La fin en fut marquée par un nouveau concert d'instruments rituels. Le roi retourna au pavillon où il distribua de nouveaux drapeaux aux troupes avant de remonter dans le landau qui l'avait amené.

 

La seconde partie du programme, destinée à célébrer la restauration du Wat Phrakaeo, commença aussitôt après.

 

Le roi se rendit au Wat en faisant le tour de la place des crémations au milieu de hourras prolongés. 

186 -  Avril 1932 : Rama VII fête le cent-cinquantième anniversaire  anniversaire de Bangkok.

Dans la chapelle avaient été placées les statues bouddhiques commémoratives des sept règnes successifs de l'époque de Bangkok, ainsi que les collections de sermons imprimées à l'occasion du 150e anniversaire. En outre, dans la galerie qui entoure le Wat, on avait dressé des autels garnis de porcelaines et de cuivres anciens provenant de collections privées. On avait disposé aussi tout autour de la cour des lanternes décoratives à la construction desquelles les particuliers avaient exercé à l'envi leur ingéniosité.

 

A son arrivée devant la chapelle, le roi fut accueilli par des bonzes chinois et annamites qui lui présentèrent des bâtons d'encens et des fleurs d'or. Il assista ensuite à un service célébré dans la chapelle par trente-cinq dignitaires du clergé siamois, sous la présidence du sangharacha. Au moment de quitter le Wat Phrakaeo, vers 7 h 30, le roi mit le feu à une fusée qui déclencha des centaines de feux d'artifice en dehors de l'enceinte du Wat. Cependant, tous les bâtiments publics situés autour de la place des crémations avaient été illuminés, de même que la chapelle et les autres édifices du Wat Phrakaeo. Sur des estrades dressées devant le Ministère de la guerre et le palais Saranrom, (พระราชวังสราญรมย์) 

186 -  Avril 1932 : Rama VII fête le cent-cinquantième anniversaire  anniversaire de Bangkok.

en face de l'entrée du Wat, des orchestres et des troupes d'acteurs jouèrent jusqu'au milieu de la nuit. Ces réjouissances devaient se prolonger trois jours durant.

 

Le lendemain 5 avril, à 10 h 30 du matin, le roi fut de nouveau à la chapelle pour offrir des aliments aux bonzes et oindre les volumes imprimés à l'occasion du 150ème anniversaire de la capitale. Les prières terminées, il se rendit au Phrasat Phra thep bidon  (ประสาทพระเทพบิดร), le Panthéon, édifice voisin de la chapelle qui renferme les statues de ses six prédécesseurs sur le trône de Bangkok, et il y procéda aux rites qui ont généralement lieu le 6 avril, en souvenir de l'avènement de la dynastie des Chakri.

186 -  Avril 1932 : Rama VII fête le cent-cinquantième anniversaire  anniversaire de Bangkok.

A 4 h. on disposa à l'entrée de la chapelle trois plateaux respectivement de cristal, d'or et d'argent, et les fonctionnaires présents furent invités à se ranger autour de la chapelle pour accomplir la cérémonie du wian thian, laquelle, comme on sait, consiste essentiellement à se passer de la main à la main des cierges allumés, en dirigeant la fumée vers la personne ou la chose qui fait l'objet de ce rite. Le wian thian marqua la fin des cérémonies relatives à l'achèvement des travaux du Wat phrakaeo. A partir de ce moment jusqu'à minuit, les portes de l'enceinte royale restèrent ouvertes au public qui eut accès à la chapelle, au Panthéon et à la cour même du palais. Les visiteurs, après avoir fait leurs dévotions au Buddha d'émeraude et aux six statues des rois défunts, s'arrêtèrent surtout devant les fresques nouvellement repeintes du Ramayana qui décorent l'intérieur de la galerie du Wat Phrakaeo.

186 -  Avril 1932 : Rama VII fête le cent-cinquantième anniversaire  anniversaire de Bangkok.

Les cérémonies relatives à l'inauguration de la statue du roi Phra Phttha Yot  Fa et du nouveau pont sur le Maenam commencèrent le 5 avril par des services religieux préparatoires qui eurent lieu presque simultanément au Wat Suthat (วัดสุทัศ) et devant la statue à inaugurer. 

186 -  Avril 1932 : Rama VII fête le cent-cinquantième anniversaire  anniversaire de Bangkok.

Le roi se rendit d'abord à 5 h. au Wat Suthat, le dernier des monastères fondés par le roi Phra Phutha Yot  Fa, et fit ses dévotions à la grande statue appelée Çri Sakyamuni que le même roi, à la fin de son règne, fit transporter de Sukhothaï à Bangkok. Le service fut célébré par 120 bonzes appartenant à 12 monastères de la capitale, sous la présidence de l’abbé du Wat Suthat. Le roi, avant la fin du service, se rendit à l'entrée du nouveau pont. Là, sur la place aménagée devant la statue monumentale du roi Phra Phutha Yot  Fa, entre les deux rampes qui permettent d'accéder au pont, avaient été installés, de chaque côté de la statue, deux pavillons se faisant vis-à-vis, réservés, l'un au roi, aux membres de la famille royale et au corps diplomatique, l'autre aux fonctionnaires et aux invités. Au fond du pavillon royal, situé à droite de la statue, on avait placé, sous un grand parasol à étages, une selle d'éléphant servant d'autel pour les deux statues bouddhiques commémoratives du premier règne et du règne actuel (ce sont de petites statues en samrit (13) de factures différentes, qui représentent un religieux assis, tenant devant son visage un éventail). La statue à inaugurer était cachée par des rideaux de brocart. Le service, spécialement dédié, comme celui du Wat Suthat, à la consécration de la statue et du pont, fut conduit par trente bonzes présidés par le sangharacha.

 

Le lendemain 6 avril, jour anniversaire de la fondation de la dynastie, les cérémonies furent entourées d'une pompe imposante.

 

A 6 h. 30 du matin, le roi, habillé d'un riche costume de soie verte (la couleur convenant au jour de la semaine, mercredi), couvert d'un manteau de même couleur brocha d'or, chaussé de babouches et coiffé d'un chapeau de feutre à larges bords garni d'une plume blanche, fut conduit en palanquin à travers les rues de la ville, du palais à l'entrée du pont. Le cortège proprement dit, précéda de troupes à pied et à cheval, comprenait plus de 900 personnes, aides de camp, gardes du corps, pages, musiciens, porteurs de parasols, d'oriflammes et d'autres insignes, etc., qui marchaient dans l'ordre accoutumé. Arrivé devant la place aménagée comme il a été dit plus haut, le roi se rendit d'abord au pavillon et alluma des cierges devant l'autel. S.A.R. le prince de Nakhon Sawan, (14) à titre de président du Comité chargé de la construction du monument, lut au roi un rapport sur l'exécution des travaux. Après avoir répondu, le roi alla prendre place sous un dais tendu d'étoffes blanches, érigé en face de la statue. Au moment propice, fixé entre 8 h. 5 et 8 h. 21, le chef des astrologues royaux fit retentir le « gong de la victoire ». Le roi découvrit alors la statue. Les bonzes se mirent à réciter des stances de bénédiction. Diverses fanfares se firent entendre. Vingt et un coups de canon furent tirés à bord des bateaux de guerre. Et sur les deux rives du fleuve, des théâtres en plein air commencèrent à jouer pour le public. Ensuite, le roi monta jusqu'au pied de la statue, l'aspergea et l'oignit d'eau consacrée

 

Photographie extraite de l’article de Lingat :

186 -  Avril 1932 : Rama VII fête le cent-cinquantième anniversaire  anniversaire de Bangkok.

Après quoi, il alla allumer des cierges et des bâtons d'encens sur un petit autel disposé devant la statue où il se tint agenouillé quelques instants. Puis il revint au pavillon et offrit des présents aux bonzes. Pendant la récitation des prières, la reine alla s'agenouiller à son tour devant l'autel. Les prières terminées, le roi remonta en palanquin et le cortège royal s'engagea sur le pont. Le roi prit place dans un pavillon aménagé sur la rive droite, au bord du fleuve. Les tabliers du pont furent relevés pour permettre aux bateaux de guerre de défiler devant le roi. Puis ce fut un défilé de barques analogue à celui qui forme la procession du kathin (15). Quarante-huit embarcations y prirent part, dont les deux grandes barques royales qui fermaient le cortège. L'une, celle dont la proue se termine par une tête de hamsa (16)

186 -  Avril 1932 : Rama VII fête le cent-cinquantième anniversaire  anniversaire de Bangkok.

..... accosta devant le pavillon royal. Le roi s'y embarqua et tout le cortège se mit en marche vers le palais, salué de nouveau par les canons de la marine.

 

A 10 h. 30, un wian thian en eut lieu autour du petit édifice qui abrite le lak muang, situé dans le coin Sud-Est de la place des crémations, non loin du palais. Devant l'autel avaient été placés des offrandes de fleurs et de fruits disposées en bai si, des cierges et des bâtons d'encens allumés. Les personnes présentes, des fonctionnaires et des gens du peuple, se rangèrent dans la cour étroite qui entoure l'édifice et se passèrent de l'une à l'autre les cierges que leur distribuèrent des brahmanes.

 

A 5 h. la même cérémonie du wian thian fut célébrée, mais avec un concours de monde beaucoup plus imposant, autour de la statue du roi Phra Phutha Yot  Fa devant laquelle avaient été placés les bai si de cristal, d'or et d'argent. Une fois cette cérémonie terminée, une foule innombrable défila devant la statue, au pied de laquelle s'amoncelèrent les couronnes et les fleurs. Le wian thian fut répété à la même heure les deux jours suivants. A la nuit, la statue et le pont furent illuminés. Sur les deux rives, les théâtres en plein air jouèrent jusqu'au milieu de la nuit. Dans toute la ville, les édifices publics, les maisons de commerce et beaucoup de maisons  particulières avaient été décorées et furent illuminées trois nuits durant. Le motif de décoration le plus répandu était le cakra, insigne de la dynastie, souvent accompagné du trident. Ces fêtes prirent fin dans la nuit du 8 avril.

 

A la suite des fêtes relatives au 150e anniversaire de Bangkok, la circulaire officielle du Ministère du Palais donne encore le programme de deux autres cérémonies qui prirent place le 9 et le 23 avril.

 

La première consista dans une célébration exceptionnelle de l'accession de S. M. Prajadhipok dont l'anniversaire avait déjà été solennisé, le 25 février, de la manière accoutumée. Cette cérémonie fut calquée sur celle qui a lieu, pour le présent règne, à l'occasion de l'anniversaire de la naissance du roi (8 novembre), sauf qu'elle se déroula au palais Chakri. Elle comporta essentiellement un ondoiement brahamanique, précédé et suivi de services bouddhiques. Elle se termina par un wian thian autour du palais Chakri qui, comme le Wat Phra Kaeo, qui venait d'être l'objet d'importants travaux. Pour l'après-midi, on avait projeté une revue militaire qui fut supprimée au dernier moment, en raison du décès de S. A. R. le prince de Lopburi, frère du roi.

 

La cérémonie du 23 avril fut la répétition pure et simple d'une cérémonie qui a lieu chaque année immédiatement avant la commémoration de l'avènement du roi actuel et qui consiste dans un service bouddhique consacré à la mémoire des six prédécesseurs du roi actuel et des cinq reines mères. Le service, comme à sa date habituelle, fut célébré au palais Amarin (un autre édifice de l'ancien palais) par 85 bonzes en présence des onze urnes contenant les cendres royales accompagnées des statuettes bouddhiques - et des regalia (17) appropriés.

Cette cérémonie mit un terme à l'ensemble des solennités organisées pour le 150e anniversaire de Bangkok.

 

***

Après ces cérémonies, le roi partit se reposer à Hua Hin où il fut surpris par le coup d’état. A moins de trois mois d'intervalle, le Siam avait successivement fêté le cent- cinquantième anniversaire de la fondation de Bangkok et de l’avènement de la dynastie Chakri, et obtenu du roi l'octroi d'une constitution modifiant profondément le régime gouvernemental. Cela sera le sujet de l’article suivant.

186 -  Avril 1932 : Rama VII fête le cent-cinquantième anniversaire  anniversaire de Bangkok.

 

Notes

 

(1) Publiée dans le « bulletin de l’école française d’extrême orient » 1933, tome 33, pages 536-541 avec de rares photographies.

 

(2) C’est une petite erreur de Lingat, en réalité, les cérémonies ne se terminèrent que le 16 juillet).

 

(3) Nous connaissons le détail de ces cérémonies, sur plus de 75 pages : « Bangkok centennial held at Bangkok, Siam - programme of the centennial exhibition held at Bangkok , Siam, from april 26th until july 16th, 1782 » publié à Bangkok la même année. Cet ouvrage n’est malheureusement pas illustré. Quelques paragraphes plus modestes lui sont consacrés dans « FAIRS AND EXHIBITIONS IN BANGKOK IN 1882-1925 : A note on the growth of Bangkok city » par Kanthika SRIUDOM (2006)

186 -  Avril 1932 : Rama VII fête le cent-cinquantième anniversaire  anniversaire de Bangkok.

(4) Le sanctuaire où se trouve ce pilier est situé au cœur de Bangkok, en face du Grand Palais dans le coin sud-est du Sanam Luang สนามหลวง, à proximité du ministère de la défense. Il a été conçu pour être un centre spirituel pour les citoyens thaïlandais. « Il est des lieux où souffle l’esprit » écrivait Barrès !

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(5) C’est le wan chakri (วันจักรี)  le jour de la fête de la dynastie, qui est toujours célébré le 6 avril.

186 -  Avril 1932 : Rama VII fête le cent-cinquantième anniversaire  anniversaire de Bangkok.

(6) Le rituel du « wian thian » (passage de cierges allumés dans un cercle : wian = tourner, thian = chandelle), est bien connu et partie intégrante de plusieurs cérémonies importantes au Siam. Il est utilisé dans des cérémonies brahmaniques et bouddhistes pour protéger des personnes, des objets ou des bâtiments que l'on souhaite pour se protéger contre les influences démoniaques… par exemple lors de l’acquisition d’une nouvelle automobile !

 

(7) Cette cérémonie est d’origine non pas bouddhiste mais brahmanique et hindouiste. Le mot n’est d’ailleurs pas thaï mais sanscrit.

 

(8) En anglais le pont est communément connu comme « Memorial Bridge », mais en thaï il est plus communément connu comme Phra Phutta Yodfa Bridge (สะพาน พระพุทธยอดฟ้า). Il est l’œuvre de la société anglaise Dorman Long, de MiddlesbroughIl était comportait à l’origine un mécanisme de levage de type bascule double-feuille, aujourd'hui désaffecté. Il fut la cible d’une escadrille américaine de superforteresses B-29, les bombes sont tombées plus de deux kilomètres de distance « sans endommager des structures civiles » (version évidemment politiquement correcte puisque les bombes sont tombées sur un hôpital militaire)

 

186 -  Avril 1932 : Rama VII fête le cent-cinquantième anniversaire  anniversaire de Bangkok.

(9) Le Prince Narisara Nuvadtivongs (นริศรานุวัดติวงศ์) connu sous son nom « d’artistes » de Prince Narit est un propre oncle du roi, fils de Rama IV, un grand artiste, musicien, auteur de l’hymne national en vigueur depuis 1903 jusqu’en 1932 

186 -  Avril 1932 : Rama VII fête le cent-cinquantième anniversaire  anniversaire de Bangkok.

et architecte concepteur en particulier du Wat Benchamabophit (วัดเบญจมบพิตรดุสิตวนาราม), le temple de marbre

186 -  Avril 1932 : Rama VII fête le cent-cinquantième anniversaire  anniversaire de Bangkok.

La construction de ce monument est toutefois attribuée à l’artiste italien Corrado Feroci considéré comme le « père de l’art moderne en Thaïlande »ce fut la première de ses œuvres sculptées au Siam. Il n’y a pas de contradiction, il est probable que l’œuvre fut fondue par Feroci mais sur une maquette et des dessins du prince qui n’était pas fondeur de bronze. La statue est de style traditionnel et ne correspond guère aux œuvres créatrices de Feroci tel le « monument de la démocratie ».

186 -  Avril 1932 : Rama VII fête le cent-cinquantième anniversaire  anniversaire de Bangkok.

(10) Ce sont les jours d’observance où les membres de la sangha doivent intensifier leur pratique, approfondir leurs connaissances et exprimer leur l'engagement communautaire. Ils doivent faire un effort pour respecter les cinq préceptes. Il y en a en général un par semaine en conformité avec les quatre phases lunaires : nouvelle lune, pleine lune, et les deux lunes intermédiaires.

 

(11) Ce terme est peut-être inapproprié, le mandapa est propre à l’architecture religieuse hindouiste. Ce nous semble au vu de la photographie tout simplement un luxueux sala.

 

(12) Le prince qui est l’un de ses cousins est lors gouverneur de Bangkok.

 

(13) Il s’agit tout simplement de bronze, le mot est surtout utilisé pour le bronze archaïque des monuments du Cambodge angkorien d’une qualité esthétique exceptionnelle. (« Samrit, étude de la métallurgie du bronze dans le Cambodge angkorien – fin du XIème début du XIIIème », thèse de Brice Vincent soutenue en 2012). La composition de ce bronze était un secret dont les Siamois s’étaient probablement emparé en envahissant le Cambodge (mélange d’étain, d‘argent et de cuivre : 85,11 % de cuivre, 12,76 % d’étain et 2,13 % d’argent et beaucoup de sueur). La beauté de ces bronzes vient probablement d’une très forte proportion de cuivre rouge et d’une petite proportion d’argent.

186 -  Avril 1932 : Rama VII fête le cent-cinquantième anniversaire  anniversaire de Bangkok.

Rien à voir avec celui des épées de nos ancêtres les Gaulois, 60 % de cuivre et 40 % d’étain ou de plomb.

 

(14) Il s’agit du prince Paribatra, l’un de ses demi-frères et plusieurs fois ministre, à cette époque ministre de l’intérieur.

 

(15) La procession du kathin est la procession des barges royales

 

(16) Un cygne, la monture mythique de Brahma.

 

 

 

186 -  Avril 1932 : Rama VII fête le cent-cinquantième anniversaire  anniversaire de Bangkok.

(17) Les regalia sont les objets symboliques de la royauté.

Série de timbres commémoratifs emise le 1er avril 1932

Série de timbres commémoratifs emise le 1er avril 1932

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