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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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24 juin 2015 3 24 /06 /juin /2015 18:02
189 - 1 - LA CONSTITUTION DU 10 DECEMBRE 1932.

Nous avons dans nos précédents articles (1) longuement parlé de ce coup d’état du 24 juin 1932 et de la constitution provisoire qui, quoique provisoire, recouvrait une évidente tentation totalitaire sur laquelle il était peut-être malséant de s’étendre (2) mais elle apparaitra surtout dans la seconde partie de cette étude. 

 

Voici donc le texte fondateur de la monarchie constitutionnelle au Siam, assorti de quelques commentaires nécessaires et des précisions essentielles apportées au texte initial et provisoire du mois de juin.

*** 

 

Elle est divisée en 7 chapitres articulés du début jusqu’à la fin : Préambule (articles 1 et 2), Chapitre 1er : le Roi (articles 3 à 11), Chapitre 2 : Droits et devoirs des Siamois (articles 12 à 15), Chapitre 3 : L'Assemblée des représentants du peuple, Chapitre 4 : Le Conseil d'Etat, Chapitre 5: Les Tribunaux, Chapitre 6 : Dispositions finales, Chapitre 7 : Entrée en vigueur de la Constitution et dispositions transitoires.

 

Notre étude comportera deux parties, la première concernant les acteurs principaux de la vie politique, ils font l’objet des deux premiers chapitre de la constitution, c’est un ordre lourd de symbole,  le Roi et les Siamois, la seconde, le rôle des organismes exerçant le pouvoir au nom du Roi, le pouvoir judiciaire et les conclusions.

 

Dispositions générales :

 

Article 1er : Le royaume du Siam est un et indivisible. Tous les Siamois, sans distinction de race ou de religion, ont un droit égal à la protection de cette constitution.

 

Article 2 : Le pouvoir souverain émane de la nation siamoise. Le Roi, qui est le chef de la nation, exerce le pouvoir conformément aux dispositions de la présente constitution.

 

Il proclame l'unité et l'indivisibilité du royaume. C’est une évidente évocation de la Révolution française dont Luang Pradit  (Pridi) en particulier connaissait parfaitement l'histoire et l'œuvre législative. 

189 - 1 - LA CONSTITUTION DU 10 DECEMBRE 1932.

Il y a une autre explication donnée par le Comité de rédaction (3) :

 

Le Siam était déjà un royaume unitaire mais il fallait abolir définitivement l'idée d'une irritante distinction de races au sein du peuple siamois et l'appellation de Malais ou de Laotiens qui s'y perpétuait. La différence de religions était un autre facteur possible de distinctions également odieuses et qu'il fallait absolument écarter. C'est pour bien marquer ce point  essentiel que le comité de rédaction a jugé nécessaire de mettre en tête de la constitution un article où il est nettement spécifié que « tous les Siamois, sans distinction de race et de religion, ont un droit égal à la protection de cette constitution ».

 

Mais Il est singulier de constater qu'à propos de la différence de races, les rédacteurs n'aient même pas prononcé le mot de « Chinois » qui, pourtant, devait leur brûler les lèvres. Il est des silences éloquents. Les hommes du « Jeune-Siam », auteurs et bénéficiaires du coup d'Etat de 1932, sont pour une grande majorité ce que l'on appelle des « Louk-chin », c'est-à-dire des fils ou des petits-fils de Chinois immigrés. Le problème irritant de la différence des races les concerne au premier chef.

 

Pourquoi, dans l'exposé des motifs dont  nous reparlerons, n’ont-ils nommé que les Malais et les  Laotiens et ont-ils évité de se nommer ? Est-ce la crainte de paraître avouer que, dans la cité siamoise, ils font encore figure de métèques comme on disait volontiers à l’époque ? Est-ce la pudeur de renier, dans un document officiel, une patrie d'origine à laquelle les rattachent tant d'affinités mentales, tant de relations familiales et corporatives ? Chine ? Siam ?... Indécision des consciences métissées. Le problème subsiste peut-être encore au XXIème siècle.

 

***

Le principe de la « souveraineté populaire » qui avait été inscrit en tête de la constitution provisoire est balayé d’un revers de plume au profit de la « souveraineté nationale ». Faut-il y voir (encore) un rappel aux principes du droit constitutionnel français étudiés par Pridi ? 

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La souveraineté de la « Nation », ce n’est pas celle du « peuple », la  nuance est subtile mais de taille. Pridi a certainement lu ce qu’en a écrit Jean-Jacques Rousseau qui oppose le principe de la souveraineté nationale à celui de la souveraineté du peuple.

 

 

 

189 - 1 - LA CONSTITUTION DU 10 DECEMBRE 1932.

Chapitre premier, le Roi.

 

Article 3 : La personne du Roi est sacrée et inviolable.

 

Article 4 : Le Roi doit professer la foi bouddhique. Il est le mainteneur de la religion.

 

Article 5 : Le Roi est le chef des forces siamoises.

 

Article 6 : Le Roi exerce le pouvoir législatif sur l'avis et avec le consentement de l'assemblée des représentants du peuple.

 

Article 7 : Le Roi exerce le pouvoir exécutif par l’intermédiaire du Conseil d'Etat.

 

Article 8 : Le Roi exerce le pouvoir judiciaire par l'intermédiaire des tribunaux dûment établis par la loi.

 

Article 9 : Sous réserve de l'approbation de l'Assemblée des représentants du peuple, la succession au trône: aura lieu conformément à loi sur la succession de l'an 2467 de l'ère bouddhique (1924).

 

Article 10 : S'il se propose de s'absenter du royaume ou si, pour une raison quelconque, il est dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions, le Roi nomme un régent ou un conseil de régence avec l'approbation de l'assemblée des représentants du peuple. Si le Roi ne procède pas à cette nomination, ou s'il est dans l'impossibilité d'y procéder, l'Assemblée y procédera elle-même. En attendant la nomination d'un régent ou d'un Conseil de régence par l’Assemblée, le Conseil d'Etat exercera provisoirement les attributions du régent.

 

Article 11 : Les membres de la famille royale, à partir du rang de Mom Chao, par naissance ou par nomination, ne peuvent exercer de fonctions politiques.

 

La constitution provisoire, à la limite de l’outrage, qualifiait le roi de « de première personnalité du pays ». Nous retrouvons ici le sens inné des Siamois pour l'autorité monarchique. Le Roi est le « chef de la nation ».

 

Dans l’exposé des motifs (3), les rédacteurs nous affirment qu’ils ont souhaité faire cadrer la nouvelle position du monarque avec les vieilles traditions du peuple thaï, ce n'est pas autre chose qu'une renaissance des anciens usages du pays. Nous avons déjà longuement étudié dans nos articles antérieures les annales et les chroniques relatant les titres du monarque et les cérémonies du couronnement : selon le cérémonial qui délègue l’intronisation aux Brahmines et aux fonctionnaires du rang le plus élevé, le Roi monte sur le trône à « l'invitation du peuple » et non pas par droit divin bien que ces cérémonies traduisent bien plutôt la croyance immémoriale à l'incarnation d'une divinité brahmanique en la personne du Roi. Les rédacteurs nous donnent une interprétation moderniste qui ne peut évidemment que peut contribuer à affermir le trône.

 

***

 

Sa personne est redevenue « sacrée et inviolable » ce qu’elle ne fut pas entre le mois de juin et le mois de décembre !

189 - 1 - LA CONSTITUTION DU 10 DECEMBRE 1932.

Le Roi a l'obligation de professer la foi bouddhique, mais il est en même temps le soutien, le mainteneur de la religion. Par ce terme, dit toujours l'exposé des motifs (3), il faut entendre que le Roi est le soutien de toutes les religions professées par le peuple siamois. Le premier membre de phrase est une probable précaution contre une tentative de conversion analogue à celle que Louis XIV aurait conçue lors de son ambassade au Roi Naraï, la seconde est conforme à la politique de la dynastie, qui s'est toujours montrée d'une parfaite bienveillance à l'égard du christianisme, du brahmanisme et de l'islam (4).

 

***

 

Le Roi se retrouve investi de la plénitude de la souveraineté qui lui avait été totalement supprimée en juin, chef direct des armées de terre et de mer, il exerce les trois pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire par l’intermédiaire des organismes constitutionnels ; en cas de nécessité, il désigne le Régent ou le Conseil de Régence, d'accord avec l'Assemblée des Représentants. Il est encore investi d'autres prérogatives : prendre d'urgence des décrets, qui seront postérieurement soumis à l'Assemblée, proclamer la loi martiale, négocier les traités, déclarer la guerre sans autre restriction que de respecter le Pacte de la Société des Nations et de ne pas céder une portion du territoire national sans le consentement de l'Assemblé et enfin exercer son droit de grâce, tous pouvoirs régaliens qui avaient été totalement retirés par la Constitution provisoire.

 

Notons que nous ne trouvons nulle part, ni dans le texte du pacte constitutionnel ni dans celui de l’exposé des motifs la moindre allusion au principe de la séparation des pouvoirs (législatif, exécutif et judiciaire) qu’il est pourtant d’usage de considérer, depuis Montesquieu, plus ou moins fictivement, qu’il est le fondement de tout système « démocratique », l’une des premières leçons pourtant que dut recevoir Pridi lorsqu’il étudiait le droit constitutionnel à l’Université de Paris.

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***

La question de la succession est réglée par un simple rappel à la loi successorale de 1924 que nous avons longuement étudiée (5), il permettra à Pridi lors de l’abdication du roi Prajadhipok d’imposer, en en faisant l’exégèse, l’attribution du trône à la lignée du Prince Mahidol Adulyadej qui n’avait pas le bénéfice de l’ainesse.

 

***

 

Nous avons parlé de l’épuration  (pacifique) qui suivit le coup d’état en faisant des coupes sombres parmi les membres de la famille royale titulaire de postes de responsabilité. D’éminentes personnalités furent ainsi éliminées de la scène politique, le Prince Damrong, « père de l’histoire thaïe », le prince Narit, grand architecte et grand artiste, le prince Mahidol Adulyadej qui ne s’intéressait qu’à la médecine pour n’en citer que trois.

 

La constitution définitive reprend les dispositions de la constitution provisoire qui interdisaient aux membres de la famille royale à partir du rang de « Mom Chao », d’exercer des fonctions politiques.

 

On peut trouver à cette disposition plusieurs motifs :

 

Le premier est un évident rappel de la constitution française de 1848 et surtout des conséquences de l’une de ses lacunes : lors des discussions à l’Assemblée constituante avait été soulevée la possibilité d’insérer un article interdisant aux membres des familles ayant régné sur la France (Bourbon de la branche aînée, Orléans et Bonaparte) de se soumettre au suffrage universel. L’amendement ne fut pas voté, avec les arrières pensées des élus orléanistes et bonapartistes, le Prince Louis-Napoléon Bonaparte fut élu Président, on connait la suite.

 

Il semblerait que cette disposition ait reçu l’agrément formel du roi dans le souci oh combien légitime de soustraire les princes aux polémiques et aux attaques personnelles inévitables en période électorale éclaboussant par ricochet le prestige de la dynastie. Cette exclusion se limite toutefois aux fonctions politiques et non aux fonctions administratives, diplomatiques ou militaires, le pays a nécessité de bénéficier des services de princes ayant reçu souvent une éducation supérieure et démontré parfois leurs talents mais aucun d'eux ne pourra être ni représentant du peuple ni membre du Conseil des Ministres (6). La famille royale des Chakkri doit défier les critiques des individus et des journaux, et maintenir son rang inattaquable, il était dès lors sage de l’écarter de la véhémence des tribunes politiques, ce qui ne signifie pas toutefois quelle ait été et soit incompétente à traiter les affaires de l’Etat.

 

Les princes doivent rester « au dessus des partis » écrit Lingat avec des accents gaulliens avant la lettre.

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on peut aussi et enfin y voir, sans faire de particulier mauvais esprit, le souci égoïste mais compréhensible des « révolutionnaires » de libérer des postes de haute responsabilité auxquels ils pouvaient prétendre par leurs compétences et qui leur restaient inaccessibles.

 

Chapitre second : droits et devoirs des Siamois.

 

 Article 12 : Sous réserve des dispositions de cette Constitution, tous les individus sont égaux devant la Loi. Les titres acquis par naissance, par concession, ou autrement, ne confèrent aucun privilège, quel qu'il soit.

 

Article 13 : Chacun est entièrement libre de professer toute religion ou croyance et d'exercer le genre de culte correspondant à sa propre, croyance, pourvu que celui-ci ne soit pas contraire aux devoirs d'un Siamois, à l'ordre public ou à la morale publique.

 

Article 14 : Sous réserve des dispositions de la loi, chacun jouit d'une entière liberté de la personne, du domicile, de la propriété, de parole, d'écrit, de publication, d'enseignement, de réunion publique, d'association ou de profession.

 

Article 15 : Chacun a le devoir de respecter les lois, de défendre le pays, et d'aider le gouvernement par le paiement des impôts ou de toute autre manière, dans les conditions et de la façon prescrites par la loi.

 

Suivant le roi, ils précèdent donc dans l’ordre « protocolaire » leurs organes « représentatifs ». Dans ces articles sont proclamés un certain nombre de principes, égalité des individus entre eux, liberté de culte, liberté de réunion, d’association, d’écrits et de parole, respect de la propriété privée.

 

Ce chapitre n’existait pas dans la constitution provisoire, il faut y voir la griffe probable de Pridi, avocat et docteur en droit français qui a eu à la fois le souvenir de notre Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, mais aussi celui de la constitution française du 5 fructidor an III (22 août 1795) qui énonce dans son préambule une «  Déclaration des droits et devoirs de l’homme et du citoyen ». Il peut ne pas être superflu, aujourd’hui encore, de dresser les devoirs des citoyens face à leurs droits. C’est ce que fait sobrement l’article 15.

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Voir la suite de l’étude de la Constitution du 10 octobre 1932 dans notre prochain article 189 - 2

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La révolution de 1932 qui conduisit le Siam à devenir, le 12 décembre de la même année une monarchie constitutionnelle n’a pas fait à l’époque la « Une » de la presse française, le pays a suffisamment à faire avec ses difficultés économiques (la France subit alors le contrecoup direct de la crise de 1929) et les méandres de sa politique intérieure faite d’alliances de circonstance et de mésalliance, de chutes de ministère… Sans compter l’assassinat du président de la république Doumer par un russe blanc probablement déséquilibré ce qui n’empêcha pas certains d’y voir la « main de Moscou » bien que le pays eut alors, lui aussi, d’épouvantables difficultés puisqu’il subissait la plus grande famine de son histoire (8 ou 10 millions de morts ?). D’ailleurs, la presse « moscoutaire » en France, « l’Humanité » ne dit pratiquement pas, du moins tout au long de l’année 1932, le moindre mot sur les événements du Siam.

Cependant, n’oubliant pas que la France avait 2.000 kilomètres de frontières communes avec le Siam (dont 800 constituées par le Mékong), c’est surtout la presse « coloniale » qui s’est soucié à la fois de la constitution de décembre 1932 suivant celle, provisoire, du 27 juin et sur ses éventuelles conséquences sur « notre » Indochine  voisine. Ce n’est pas dans les revues juridiques françaises que nous en avons trouvé le texte et des commentaires avisés bien que partiellement obsolètes ! Nous avons souvent citée la revue « l’Eveil économique de l’Indochine » dirigée par l’infatigable Henri Cucherousset, défenseur des intérêts bien compris des colons et par ailleurs fondamentalement anti communiste.

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Citons maintenant la « Revue du Pacifique » qui, malgré son nom, concerne essentiellement l’Asie et l’Extrême-Orient (7). Nous lui devons la publication du texte de la constitution traduit en français par M. de Peyralade, directeur de la prestigieuse maison Sirey (dont la revue n’a toutefois pas publié le texte), spécialisée dans les ouvrages juridiques et M. Rémy de Planterose, membre de la Commission internationale de codification du gouvernement siamois. Nous avons extraits des numéros de la « Revue du Pacifique  » de 1932 et 1933 et de ceux de « l’Eveil économique de l’Indochine » de 1932 l’essentiel de ces renseignements, en particulier les explications donnés à la presse siamoise par le Comité de rédaction.

 

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Le texte, en sus de l'intervention personnelle du Roi, est dû à la collaboration principale de deux juristes siamois, Phya Manopakorn  (8) et Luang Pradit alias Pridi. (9) ; Il fut probablement un compromis inévitable en présence d'un conflit d'idées et d'écoles : Phya Manopakorn, plus âgé, plus « traditionaliste », est passé par les Universités anglaises ; 

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Luang Pradit, plus jeune, plus « révolutionnaire » est docteur en droit de l'Université de Paris.

 

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La « Revue du pacifique » sous la plume de son rédacteur en chef, nous décrit les cérémonies de la signature royale, elles sont lourdes de symboles tout comme la description que nous en fait Lingat (10).

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NOTES.

 

(1) Article 187 «  Le coup d’état du 24 juin 1932 au Siam » et 188 «  Un autre récit du coup d’état du 24 juin 1932 au Siam ».

 

(2) N’en voulons pas à Robert Lingat, éminent juriste qui porte fièrement sur sa robe de professeur les trois rangs d’hermine, signes du grade universitaire le plus élevé pour un juriste, celui de titulaire de l’agrégation et titulaire d’une chaire magistrale, mais n’oublions pas qu’il est resté sans discontinuer au service des gouvernements siamois jusqu’en 1940 et qu’il était tenu à une obligation de réserve à l’égard de ses mandants. Il ferma volontiers les yeux, comme nous le verrons, sur certains aspects détestables de la constitution provisoire.

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(3) Explications détaillées dans un communiqué que le comité de rédaction de la Loi Constitutionnelle a fait publier dans la presse de Bangkok le 18 novembre 1932 longuement analysé par Archimbaud.

 

(4) Notons en particulier que la mission catholique déploya la pompe de ses cérémonies religieuses pour obtenir les bénédictions de Dieu sur la nation siamoise et sur le roi. Dans toutes les églises, pavoisées aux couleurs nationales, une messe solennelle fut chantée, suivie d’un Te Deum d’actions de grâces. Enfin, au moment même de la signature de la constitution par le roi, les cloches sonnèrent à pleine volée durant un quart d’heure, fait unique dans les fastes de l’église cathédrale de Bangkok. A la grand’messe pontificale du lundi 12 décembre, on remarquait la présence de l’ambassadeur de France et du personnel de la Légation, celle de S. E. l’aide de Camp Général de Sa Majesté, du Président du Sénat, du Président de l’Assemblée Nationale, du Comité de Rédaction de la Constitution, des deux tiers des membres du Sénat et d’un groupe très imposant d’éminentes personnalités siamoises. Dans son homélie, Mgr l’Archevêque de Bangkok tint les propos suivants : « En établissant la fête du Christ-Roi, Sa Sainteté Pie XI, qui, durant son existence, a vu se dissoudre plus de formes monarchiques et républicaines qu’aucun Pape depuis Saint Pierre, a magnifiquement établi la souveraine prééminence du Christ sur tous les régimes et leurs chefs. Roi des peuples du monde, de toute éternité, daigne Jésus-Christ dès lors diriger de plus en plus les idées et les actes du gouvernement siamois qui vient de naître, daigne sa divine puissance et sa bonté conduire tout le Siam à la connaissance de son Père, connaissance indispensable pour la réalisation parfaite du bonheur individuel et universel tant ici-bas que dans le céleste Royaume ».

 

(5) Article 175 « La loi du palais pour la succession royale en 1924 ».

 

(6) Il y a en 2014 encore représentées, et il y avait en 1932, 15 maisons princières descendant directement du roi Chulalongkorn, classées selon le rang d’âge et non selon la préséance. Les princes qui étaient morts à l’avènement du roi Prajadhipok avaient toutefois une descendance princière sous son règne, il en est de même des deux derniers de cette liste sur lesquels nous n’avons pas de renseignements précis. Le Prince Kitiyakara Voralaksana, Prince de Chanthaburi; (8 juin 1874 – 27 mai 1931) grand père de la reine Sirikit;  Le Prince Pravitra Vadhanodom, Prince de Prachin (27 mai 1875 – 9 décembre 1919) ; Le Prince Chirapravati Voradej, Prince de Nakhon Chaisi, (7 novembre 1876 – 4 février 1913) ; Le Prince Abhakara Kiartivongse, Prince de Chumphon (19 décembre 1880 – 19 mai 1923) ; Le Prince Purachatra Jayakara, Prince de Kamphaengphet (23 janvier 1881 – 14 Septembre 1936) ; Le Prince Paribatra Sukhumbhand, Prince de Nakhon Sawan (29 juin 1881 – 18 janvier 1944) ; Le Prince Yugala Dighambara, Prince de Lopburi (17 mars 1882 – 8 avril 1932) ; Le Prince Chakrabongse Bhuvanath, Prince de Phitsanulok; (3 mars 1883 – 13 juin 1920) ; Le Prince Vudhijaya Chalermlabha, Prince de Singha (5 décembre 1883 – 18 octobre 1947) ; Le Prince Benbadhanabongse, Prince de Phichai (13 septembre 1884 – 11 novembre 1909) ; Le Prince Rangsit Prayurasakdi, Prince de Chainat (12 novembre 1885 - 7 mars 1951) ; Le Prince Chudadhuj Dharadilok, Prince de Phetchabun (1892–1923) ; Le Prince Mahidol Adulyadej, Prince de Songkla (1er janvier 1892 – 24 septembre 1929), père des rois Rama VIII et Rama IX; Le Prince Rabhibhadhanasakdi, Prince de Ratchaburi (?);  Le Prince Suriyong Prayurabandh, Prince de Chaiya. Ils sont tous fils du roi Chulalongkorn et tous d’ailleurs à l’origine d’une nombreuse progéniture princière. Ils ont pratiquement tous occupé sous le roi Vajiravudh et sous le roi Prjadhipok des fonctions ministérielles ou administratives de haut niveau, du népotisme érigé en principe.

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Les incontestables compétences culturelles du Prince Narit en firent un bon ministre de la culture. Les compétences d’historien du Prince Damrong étaient aux antipodes de ses fonctions de ministre de l’intérieur.

 

***

Cette disposition semble avoir depuis lors disparu du droit positif thaï ? Le très médiatique et atypique gouverneur de Bangkok (nous écrivons en 2015) est Sukhumbhand Paribatra, petit-fils du prince Paribatra et donc cousin du roi, qui ne semble pas porter son titre princier au quotidien.

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(7) Fondé en 1922 et disparue avant la guerre, cette très érudite revue éditée à Paris est dirigée par Léon Archimbaud. Né en 1880 dans la Drôme, étudiant en théologie, il fut député radical du petit arrondissement de Die au sein du « bloc des gauches » et, spécialiste des questions coloniales, il fut un temps sous-secrétaire d’état aux colonies.

 

(8) Phraya Manopakorn (พระยามโนปกรณ์นิติธาดา) est né le 15 Juillet 1884 à Bangkok de parents tous deux d’extraction chinoise (ou annamite ?) : Huad et Kaew Hutasingha (นายฮวด et นางแก้วหุตะสิงห์). Il débute sa scolarité primaire à Suankularb Wittayalai School (โรงเรียนสวนกุหลาบวิทยาลัย) à Bangkok, l’une des plus prestigieuses écoles du pays, fondée par le roi Chulalongkorn en 1882. Il poursuit ensuite des études de droit au collège de l’assomption (โรงเรียนอัสสัมชัญ), collège catholique fondé en 1885 puis à l’école de droit dépendant du ministère de la justice. Nous le retrouverons ensuite au « Middle temple hall » de Londres, une espèce de très confidentiel club privé fréquenté par tout ce que le monde judiciaire anglais compte de distingué. De retour au Siam, il entre au service du ministère de la justice, gravit un à un les échelons jusqu’à obtenir en 1918 un siège au sein du Conseil privé du roi Vajiravudh.

 

(9) Le second acteur, plus jeune et qui a la réputation d’être plus « révolutionnaire », c’est Pridi Banomyong (ปรีดี พนมยงค์), né le 11 mai 1900. Il est avec certitude d’origine chinoise.  Il reçut une bourse du gouvernement pour étudier le droit et l'économie politique à la Sorbonne, où il a ou aurait acquis le titre de docteur en droit, et revint au Siam en 1927 pour entrer lui aussi au service du ministère de la Justice où il ravit rapidement les échelons de la hiérarchie.

 

(10)

Revue du Pacifique :

« Le 7 décembre avait lieu au Palais une cérémonie curieuse et bien représentative du caractère siamois, aussi bien dans le fond, que dans la forme. Trente membres du Sénat - ceux qui avaient pris l'initiative et la responsabilité du coup d'Etat - étaient introduits chez le Roi par Phraya Manopakorn. Le colonel Phraya Bahon, qui avait soulevé le 21 juin la garnison de Bangkok, présentait au souverain une offrande réconciliatoire de fleurs, de cierges et d'encens ; puis Luang Pradit, l'auteur, de l'ultimatum insurrectionnel, lisait une supplique- où, reconnaissant les bienfaits dont le Siam était redevable à la dynastie des Chakkri et aux princes de la famille royale, il demandait humblement le pardon du Roi pour des paroles ou des écrits qui avaient pu échapper aux réformateurs dans la fièvre de la grande journée. Le Roi répondait qu'il était touché de l'esprit « sportif » (sic) de la démarche et qu'oubliant l'erreur commise, il appelait sur tous les membres du Parti du Peuple,  admis à cette audience, la bénédiction du ciel. Le 12 décembre, dans l'après-midi, eut lieu enfin la cérémonie solennelle de la promulgation. Dans la grande salle du Trône, S. M. Prajadhipok, en costume d'apparat et assis sur le trône que surmontait le parasol blanc aux neuf étages, présidait une magnifique assemblée où, en face des princes, des ministres et dignitaires, du Sénat et du corps diplomatique, figuraient pour la première fois les représentants de la presse et les auteurs, jadis condamnés, du coup d'Etat manqué de 1911. A l'heure propice choisie par les astrologues, exactement à 2 h. 53, le manuscrit de la Constitution, richement relié et orné, était présenté au Roi qui y apposait sa signature, aussitôt contresignée par le Président du Comité Exécutif. Le manuscrit était alors remis au Président du Sénat qui, le soulevant à bout de bras, le montrait au peuple. Puis, pendant que le Roi paraissait au balcon de la Salle du Trône, acclamé par la foule, le précieux document, déposé dans un coffret, était descendu dans le parc du palais et placé sous un baldaquin, auprès duquel le public fut admis. Des réjouissances populaires, des services religieux de toutes confessions, des illuminations marquèrent cette journée désormais historique. »

 

189 - 1 - LA CONSTITUTION DU 10 DECEMBRE 1932.

Lingat

 

« Le vote de la Constitution définitive parut rétablir l'harmonie entre les différentes classes de la société siamoise. Les promoteurs du mouvement du 24 juin, au nombre de 53, se présentèrent le 7 décembre devant le roi avec des offrandes de réconciliation, cierges, bâtonnets d'encens et fleurs posés sur un plateau d'or, et obtinrent du roi un pardon complet pour les imputations dont ils avaient chargé la dynastie et la famille royale et dont ils reconnurent l'injustice. Le 10 décembre, la Constitution fut solennellement remise à la nation par le roi. Ce fut l'occasion d'une émouvante cérémonie, ordonnée suivant le protocole des grandes audiences royales. Au début de l'après-midi, les membres de la famille royale, le corps diplomatique, les membres du Conseil d'Etat, les ministres, les membres de l'Assemblée et les hauts fonctionnaires, tous en grand uniforme, se rendirent à la Salle du Trône  et prirent place dans les trois ailes Nord, Sud et Est du bâtiment. L'aile Ouest était fermée par un grand rideau de brocart qui cachait le Trône. Quand ce rideau s'ouvrit, le roi apparut vêtu d'un somptueux costume de soie brochée d'or, coiffé de la haute couronne pointue, assis sous un parasol à neuf étages et ayant à ses côtés des pages portant tous les regalia. Le président du Conseil d'Etat lui présenta le texte de la Constitution écrit dans la forme des anciennes lois du royaume sur un volume « en accordéon ». Le roi apposa sa signature sur laquelle fut ensuite appliqué un sceau unique à l'effigie du garuda. Un scribe lut une proclamation annonçant la volonté du roi d'accorder la Constitution au pays. Le président du Conseil d'Etat présenta de nouveau la Constitution au roi, et, au moment propice, marqué par le battement du Gong de la Victoire, le roi remit le volume au Président de l'Assemblée. Au même moment, les conques retentirent, la Garde présenta les armes, sous les fenêtres du Palais, plusieurs fanfares éclatèrent à la fois, les canons commencèrent à tonner, et dans tous les monastères du royaume, on battit les gongs ou les tambours pendant dix minutes, tandis que les bonzes se mettaient à réciter les prières. La cérémonie se termina par une adresse de remerciements au Roi lue par le Président de l'Assemblée. Le Roi se présenta ensuite de l'un des balcons de la Salle du Trône devant la foule assemblée à l'extérieur, et un scribe lut de nouveau en public la proclamation par laquelle le Roi accordait la Constitution. Les deux jours suivants, des prières furent dites dans la Salle du Trône devant un autel où l'on avait placé la statue du Buddha fondue à l'occasion du présent règne, et près duquel se trouvait la Constitution portée sur un double plateau d'or. Les offrandes furent présentées aux religieux officiants par les ministres et les membres du Conseil d'Etat, sous la conduite du roi. Après le wian thian rituel, la Constitution fut ointe par le roi. Les trois jours furent naturellement marqués par de grandes réjouissances publiques, notamment dans les jardins de Saranrom, mis à la disposition du Parti du Peuple. La Constitution, placée sous un dais et gardée par des soldats en armes, fut exposée au public dans le parc attenant à la Salle du Trône »

 

 

 

189 - 1 - LA CONSTITUTION DU 10 DECEMBRE 1932.

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