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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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22 juillet 2015 3 22 /07 /juillet /2015 18:02
193 - LE ROI RAMA VI DE SON ABDICATION À SA MORT ET AU RETOUR DE SES CENDRES EN THAÏLANDE.

Nous vous avons conté les voyages du roi en Europe (1). Le dernier, celui de 1934, fut sans retour. Nous vous avons également parlé de son abdication (2). Nous savons que ce monarque (3) n’était, pas plus que son frère et prédécesseur frappé de « théâtromanie », destiné au trône et n’avait reçu aucune éducation à cette fin. Ayant une vocation militaire contrariée par un triste état de santé, jardinier du dimanche et musicien goûtant la vie de famille, 33ème et presque dernier fils du roi Chulalongkorn, c’est une succession de décès prématurés qui le conduisirent sur le trône (4) jusqu’à son abdication le 2 mars 1935.

193 - LE ROI RAMA VI DE SON ABDICATION À SA MORT ET AU RETOUR DE SES CENDRES EN THAÏLANDE.

Pourquoi cette abdication ?

 

 

- Des motifs politiques :

Nous n’avons pas la prétention de répondre à une question qui est resté à ce jour au moins partiellement sans réponse. Ce monarque certainement rempli de bonne volonté (lors de son couronnement le 25 février 1926, il fit serment d’assurer « à son peuple justice et protection »),  de celles dont malheureusement l’enfer est pavé, fut la victime de deux coups d’état successifs qui le surprirent et le désemparèrent. Il semble pourtant qu’il était dans ses intentions intimes de réformer le pays en profondeur, fruit probable de l’expérience de son éducation anglaise et de son incontestable anglomanie. Nous devons à Prudhisan Jumbala, professeur de sciences politiques une analyse reposant sur un document de la main du roi, sans date, et probablement resté inédit donnant son opinion sur la dictature et la démocratie (5). 

193 - LE ROI RAMA VI DE SON ABDICATION À SA MORT ET AU RETOUR DE SES CENDRES EN THAÏLANDE.

Cet article est intéressant dans la mesure surtout où nous n’avons à ce jour trouvé que des extraits de sa lettre d’abdication.

 

Le roi écrit « … Il me semble que, s’il est admis que nous pourrions bien un jour être obligés d'avoir une certaine forme de démocratie au Siam, nous devons nous y préparer progressivement. Nous devons apprendre et nous devons nous éduquer. Nous devons apprendre et expérimenter de façon à avoir une idée de la façon dont un gouvernement parlementaire pourrait fonctionner. Nous devons essayer d'éduquer les gens à être politiquement conscients, à comprendre leurs intérêts réels de sorte qu'ils ne seront pas induits en erreur par des agitateurs ou de simples rêveurs utopiques. Si nous voulons avoir un parlement, nous devons enseigner les gens à voter et comment élire des représentants qui prennent leurs intérêts à cœur. » 

 

Si cette lettre a été écrite avant le coup d’état, sa vision est prémonitoire, si elle l’a été après elle vise expressément les « colonels » responsables des coups d’état successifs et Pridi dont les visions étaient effectivement utopistes (6).

 

193 - LE ROI RAMA VI DE SON ABDICATION À SA MORT ET AU RETOUR DE SES CENDRES EN THAÏLANDE.

Le roi est évidemment sceptique quand à l’application d’une démocratie « à l’occidentale » dans son  pays mais il est également conscient que les jours de l’autocratie étaient comptés, ce qui impliquait un changement progressif assurant la paix intérieure, évitant les effusions de sang (ce fut son soucis constant) et – le problème était récurrent dans cette région du monde - les interventions extérieures des puissances encore coloniales. A l’inverse des révolutionnaires qui prétendaient construire une démocratie « par le haut », le Roi, nous apprend Prudhisan Jumbala, a étudié de façon approfondie la possibilité d’élargir l'autonomie locale des municipalités pour accéder à une démocratie « par le bas » (7).

 

***

193 - LE ROI RAMA VI DE SON ABDICATION À SA MORT ET AU RETOUR DE SES CENDRES EN THAÏLANDE.

Mais le projet de loi municipale de 1931 est resté en sommeil après le coup d’état. Ni dans la première constitution, ni dans la seconde, nous ne trouvons rien autre que des grands principes vides de sens concret : reconnaissance des droits fondamentaux et des libertés du peuple, mais surtout de nombreuses dispositions destinées à préserver la domination de l’oligarchie militaire.

 

Le nouveau régime n'avait pas fonctionné depuis une année, que le 1er avril 1933, le président du Conseil, Phraya Manopakonnitithada se livra à un putsch contre-révolutionnaire que le roi approuva. Son geste, bien plus que celui de son ministre, fut sévèrement apprécié par les classes  dirigeantes, auxquelles le nouveau régime constitutionnel avait donné d'appréciables satisfactions. Aussi bien, les factions s'agitèrent, les révolutionnaires échauffèrent les esprits, et, moins de deux mois plus tard, le 20 juin 1933, le colonel Phraya Pahon, suivi de quelques soldats et marins, faisait irruption dans le Palais Royal, et mettait fin à la dictature de Phraya Mano pour établir la sienne. Un Phraya « de gauche » se substituait à un Phraya « de droite », pour le plus grand malheur du Siam et de son peuple, qui n'avait rien à gagner à ces pronunciamientos successifs.

 

Le roi, cependant, avait encore le droit de nommer la moitié des membres de l'Assemblée législative. Il ne crut pas devoir en user et fit preuve, en la circonstance, d'une hautaine indifférence. De son côté, le peuple se désintéressait des élections : un dixième à peine des électeurs inscrits se présentèrent aux urnes. 

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L'Assemblée se réunit, mais Prajadhipok, invoquant de légitimes raisons de santé, avait quitté  le Siam et cherché refuge en Europe.

 

Nous sommes en 1934, le gouvernement de Bangkok est aux mains de ce qu’il faut bien appeler un dictateur militaire, le colonel Phraya Pahon, qui détient la présidence du Conseil depuis le soulèvement dont il eut l'initiative. Après lui, l'influence politique la plus considérable est exercée par M. Luang Pradit (Pridi), rédacteur de la constitution et l’un des fondateurs du Parti du Peuple. Cette junte militaire prétendait représenter « le peuple » alors que les masses siamoises s’en souciaient probablement moins que de leur bol de riz et restaient probablement aussi profondément attachées à leur roi et à leurs bonzes.

193 - LE ROI RAMA VI DE SON ABDICATION À SA MORT ET AU RETOUR DE SES CENDRES EN THAÏLANDE.

Depuis l'automne dernier, le roi résidait en Angleterre, à Knowle Park, près de Cranleigh.

 

 

 

 

193 - LE ROI RAMA VI DE SON ABDICATION À SA MORT ET AU RETOUR DE SES CENDRES EN THAÏLANDE.

De graves dissentiments s'étaient élevés entre lui et le gouvernement de son pays. Pour essayer de les aplanir, une délégation présidée par le président de l'assemblée nationale siamoise se rendit à Londres. Les négociations échouèrent, et le 2 mars le roi signait son acte d'abdication sous la forme d'une déclaration adressée au peuple siamois le même jour transmis au messager. Le roi explique très nettement les raisons de sa décision. « Lorsque Phraya Pahon et ses partisans s'emparèrent du pouvoir par la force des armes, le 24 juin 1932, ils m'invitèrent à conserver le pouvoir comme roi constitutionnel. J'acceptais cette invitation dans la pensée que Phraya Bahon et ses partisans établiraient une constitution analogue à celle des autres pays qui ont un gouvernement constitutionnel, de façon que le peuple eût son mot à dire dans l'administration et dans les questions politiques qui touchent au bien-être général. Cette idée était la mienne, et je songeais au moyen de la réaliser sans révolution. Puisqu'un coup d'Etat avait eu lieu, et que ses auteurs déclaraient n'avoir en vue que l'établissement d'une constitution, ce qui était conforme à mon propre vœu, je crus bon de me rendre à leurs désirs. »

 

Le roi déclare qu' « il fut déçu car le pouvoir demeura entre les mains des promoteurs de la révolution, et ne passa point aux représentants du peuple. La constitution temporaire donna tout le pouvoir à un parti. La constitution permanente, tout en concédant quelque chose aux représentations du roi, admit encore que la moitié des membres de l'Assemblée seraient choisis par les chefs de ce parti. En fait, ils furent choisis non en raison de leurs talents, mais en raison de leur docilité. Il fallut dissoudre l'Assemblée, suspendre la constitution Phraya Pahon fit un nouveau coup d'Etat, et les chances d'une heureuse solution s'éloignèrent.

 

Il poursuit « Je ne puis pas admettre que le pouvoir soit exercé en mon nom par un parti. Je veux bien remettre mon ancien pouvoir au peuple, mais non pas à une personne ou à un parti qui l'exerceront d'une façon autocratique. »

 

Et il termine, le ciel ne l’a pas entendu : « Je suis prêt à remettre les pouvoirs que j’ai exercés autrefois au peuple dans son ensemble, mais je ne suis pas prêt à les remettre à toute personne ou tout groupe qui les utilisera d'une manière autocratique sans écouter la voix du peuple » (8).

193 - LE ROI RAMA VI DE SON ABDICATION À SA MORT ET AU RETOUR DE SES CENDRES EN THAÏLANDE.

Les points précis sur lesquels portèrent les négociations du roi avec la délégation siamoise ne sont que l'application de ces idées, le roi aurait voulu faire abroger la disposition en vertu de laquelle la moitié des membres de l’Assemblée étaient choisis et non élus, il aurait voulu que les délits politiques fussent jugés publiquement, par les tribunaux ordinaires, il aurait voulu enfin mettre un terme à l'action politique des officiers.  Elles furent longues et difficultueuses. Le peuple siamois réclamait son monarque ; celui-ci mettait, à son retour, certaines conditions,  choix des députés par des fonctionnaires, éloignement des officiers de la politique, amnistie des condamnés politiques, réintégration des fonctionnaires destitués, confirmation de son droit de grâce et certaines assurances tendant à sa sécurité personnelle, réellement menacée. Une tentative d'assassinat sur la personne de Luang Pibunsonggram, ministre de la défense du Siam et l'un des responsables de l'éloignement du roi, permit d'espérer que de telles conditions seraient acceptées. Elles ne le furent point.

 

C'est ainsi que S. M. Prajadhipok abdiqua le plus simplement du monde. Il n’avait pas vocation d’être la marionnette de Phraya Pahon, ce que Victor-Emmanuel III était entre les mains de Mussolini.

 

193 - LE ROI RAMA VI DE SON ABDICATION À SA MORT ET AU RETOUR DE SES CENDRES EN THAÏLANDE.

C'est seulement le 7 mars que furent proclamées à Bangkok l'abdication du roi Prajadhipok et par l’Assemblée nationale l'accession au trône de son neveu Ananda et pour éviter l'apparence d'interrègne les actes ont été antidatés du 2. Le nouveau roi  était un enfant, qui poursuivait ses études à Lausanne. Il bénéficiait de la légitimité dynastique et son éloignement était d’une grande commodité pour les militaires en poste.

 

193 - LE ROI RAMA VI DE SON ABDICATION À SA MORT ET AU RETOUR DE SES CENDRES EN THAÏLANDE.

La question s’est posée de savoir pour quelles raisons le roi n’a pas désigné son successeur, elle reste posée. La « loi du palais de 1924 » lui conférait quelques latitudes à ce sujet, elle était expressément visée dans la constitution de décembre 1932 (9).

 

Il y avait effectivement plusieurs de ses frères ou cousins susceptibles de lui succéder indépendamment des questions très juridiques consécutives à la loi du palais, le prince Paribatra, son frère préféré mais exilé après le coup d’état, les héritiers du prince Chakrabongsee écartés comme porteur de sang russe-orthodoxe et Ananda, le fils de feu le prince Mahidol dont il est possible que Prajadhipok soit allé consulter la veuve lors d’un voyage en Suisse (1). Soucieux toujours d’éviter un bain de sang, il a soigneusement évité de désigner un frère, demi-frère ou cousin qui aurait pu apparaître comme le « Philippe-Égalité » de la dynastie. L’exemple de trois guerres carlistes qui ensanglantèrent l’Espagne au siècle précèdent ne lui avait probablement pas échappé pas plus que celui de la France déchirée au lendemain de la guerre de 1870 par les querelles entre les orléanistes, les légitimistes et les bonapartismes qui conduisirent directement à l’instauration de la république.

193 - LE ROI RAMA VI DE SON ABDICATION À SA MORT ET AU RETOUR DE SES CENDRES EN THAÏLANDE.

Il est incontestable que ce désir de faire le bonheur de son peuple, comme il fut celui de son père et de son frère, même s’ils agissaient en « despotes éclairés », et l’incapacité de faire quoique ce soit face à des régimes militaires successifs dont ce fut le dernier des soucis fut une raison suffisante pour qu’il abandonne un trône du haut duquel il ne régnait ni ne gouvernait (10).

Nous ne voyons pas qu’il souhaitait le rétablissement du « droit de vie et de mort sur ses sujets », certes, le droit de grâce lui avait été supprimé par la première constitution, il lui avait été à nouveau conféré par la seconde du mois de décembre (11) aux termes d’un article 55 sans équivoque : « Le droit de grâce appartient au Roi ». Cette affirmation a été répandue par la presse française (« l’Humanité » en particulier, faut-il s’en étonner ?). Depuis longtemps la justice quoique rendue au nom du roi l’était par des tribunaux. Que le roi ait souhaité conservé ce beau privilège ne signifie nullement qu’il ait souhaité retourner à la justice telle qu’elle était rendue au temps du Roi Naraï.

***

193 - LE ROI RAMA VI DE SON ABDICATION À SA MORT ET AU RETOUR DE SES CENDRES EN THAÏLANDE.

Des motifs personnels :

 

Ils ne sont pratiquement jamais évoqués mais n’ont probablement pas été étrangers au fait qu’une fois débarqué à Marseille en janvier 1934, le roi soit resté en Europe sans espoir de retour pour y finir ses jours dans sa thébaïde anglaise.

 

Il est certain tout d’abord, évident même, qu’il avait tout à craindre pour sa vie et n’avait nulle envie de terminer sa carrière comme certains de ses lointains prédécesseurs, enfermé dans un sac de soie, battu à mort avec un bâton de santal et jeté dans la Chaophraya.

 

Nous savons aussi que sa santé était précaire (il est mort à 47 ans) et qu’il avait des problèmes de vision particulièrement graves puisqu’atteint de cataracte, ce trouble de la vision qui conduit irrémédiablement un homme jeune à la cécité, qu’il avait tenté de faire soigner aux Etats-unis, en France avant de se confier en Angleterre à l’habileté du Dr Sir Stewart Duke qui était alors le spécialiste mondial de l’ophtalmologie à l' « Hôpital Clinic » de Londres. Ce souci n’était certainement pas un « prétexte », quels que soient les progrès qu’avait pu effectuer la médecine au Siam depuis Rama V, on peut penser que le traitement de la cataracte n’y était peut-être pas parfaitement au point.

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Le roi enfin, dans l’incapacité physique de satisfaire à sa vocation militaire, avait une dilection marquée pour une calme vie de famille en sacrifiant à ses goûts agrestes et musicaux plus forts qu’une vocation d’autocrate pour laquelle il n’avait pas été formé.

 

193 - LE ROI RAMA VI DE SON ABDICATION À SA MORT ET AU RETOUR DE SES CENDRES EN THAÏLANDE.

De l’abdication jusqu’à la mort (12)

 

Le roi passa le reste de sa vie en compagnie de sa reine Rambhai Barni en Angleterre.  Il vivait alors  à Knowle House, dans le Surrey, un comté jouxtant la ville de Londres. 

 

Il se déplaça ensuite à Glen Pammant, toujours dans le Surrey.  

 

193 - LE ROI RAMA VI DE SON ABDICATION À SA MORT ET AU RETOUR DE SES CENDRES EN THAÏLANDE.

Ils allèrent ensuite à Vane Cour, une vieille maison dans le village de Biddenden dans le Kent. Ils y menèrent une paisible de vie de couple partageant leur temps entre la marche à pied, le jardinage et la musique (13).

 

 

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À ses loisirs, le roi commença à écrire l’histoire de sa vie. Ils s’installèrent ensuite en 1938, Compton House, dans le village de Wentworth, à Virginia Water dans le comté de Surrey.  De juillet 1940 jusqu’en juin 1941, c’est le « blitz », le bombardement massif de Londres par la Luftwafe. Le couple fait comme des millions d’habitants de Londres et des environs, il s’installe dans une petite maison dans le Devon, puis à Lake Vyrnwy Hôtel à Powys dans le pays de Galles (14), où le roi est victime d’une première crise cardiaque. Le roi sentant probablement sa fin prochaine souhaite retourner à Compton House pour y mourir. Il succombe à un arrêt cardiaque le 30 mai 1941 à seulement 47 ans. Il a malheureusement laissé sa biographie inachevée (15). 

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La crémation a eu lieu le 3 juin au Golders Green Crematorium au nord de Londres, une cérémonie toute simple en présence de la seule présence de la reine et d’une poignée de proches parents (16).

 

 

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N’ayant pas d’enfants, le couple avait adopté un petit neveu, le prince Chirasakdi, petit fils du roi Chulalongkorn (17).

 

Celui-ci va constituer un deuxième grand chagrin dans la vie de la reine : engagé comme pilote dans le service des transports aériens auxiliaires de la Grande-Bretagne, son avion s’écrase en 1942.

 

La Reine reste encore à Compton House pendant huit ans avant de revenir en Thaïlande en 1949, portant les cendres de son défunt mari.

 

***

 

Disons quelques mots de cette reine qui fut une grande reine et un support constant pour son mari tout au long de leur vie commune.

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La reine Rambai Barni Svasti (รำไพพรรณี สวัสดิวัตน์) était née le 20 décembre 1904 d’un Prince fils du roi Mongkut. Elle fut selon la tradition élevée au palais par la Reine régente Sri Bajarindra (ศรีพัชรินทรมาตา), mère de son futur époux.

 

Elle souhaita, après la déclaration de guerre aux puissances centrales en 1917 participer aux services de santé partis sur le front occidental mais n’en obtint pas l’autorisation, pas plus que son futur époux auquel le roi Vajiravudh avait ordonné de démissionner de son grade dans l'armée britannique et de retourner à Siam pour y prendre ses fonctions d’héritier du trône après son passage dans un temple comme moine temporaire.

 

Nous savons (3) que le mariage royal eut lieu le 26 août 1918 en présence de roi Rama VI au Palais de Sukhothai, un cadeau de mariage du roi. Il est le premier mariage monogame de la dynastie bien avant que soit adoptée le code civil de 1925 prohibant l’usage des épouses « mineures ».

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La Reine est restée en Angleterre pendant la guerre mondiale. Sans que les difficultés de communication avec son pays devenu la Thaïlande lui permettent de participer directement au mouvement antijaponais des « Thaïs libres » (Serithai เสรีไทย), elle l’aurait soutenu au moins financièrement, participant à l’organisation des Thaïlandais vivant au Royaume-Uni, la plupart étudiants, et usant de son influence auprès des membres du gouvernement britannique et des membres de la famille royale pour soutenir le Mouvement  des « Thaïs libres ».

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Rien ne la prédisposait à avoir la moindre affinité avec le gouvernement alors en place qui s’opposa par tous les moyens à son retour en Thaïlande. Sa demeure (le Palais de Sukhothai) avait été confisquée par ce gouvernement qui en avait fait l’immeuble du ministère de la Santé. Après avoir obtenu au bout de trois ans l’autorisation de retour, à l’instigation du jeune roi Ananda et de sa mère, elle fut accueillie par la Princesse Mère, au Sra Patum Palace (วังสระปทุม). 

193 - LE ROI RAMA VI DE SON ABDICATION À SA MORT ET AU RETOUR DE SES CENDRES EN THAÏLANDE.

Le Palais Sukhothai fut en définitive attribué à la propriété de la Couronne mais sa jouissance lui en fut accordée à titre viager. Elle consacra le reste de ses jours à s’occuper d’organisations caritatives et de représenter la famille royale à ce multiples occasions. Elle mourut le 22 mai 1984 à l’âge de 79 ans. Son enterrement fut celui d'une reine, l’incinération eut lieu  le 9 avril 1985 à Sanam Luang (สนามหลวง), face au Grand Palais, endroit où sont effectuées les crémations royales. Elle avait une dévotion pour son époux, manifestant comme lui sa volonté d'adopter des manières « occidentales », abandon de la polygamie, adoption systématique des vêtements occidentaux au lieu des vêtements traditionnels ... 

193 - LE ROI RAMA VI DE SON ABDICATION À SA MORT ET AU RETOUR DE SES CENDRES EN THAÏLANDE.

.... assouplissement du protocole, commune détestation de l'atmosphère à Bangkok, tous deux préférant passer leur temps dans le palais d'été de Hua Hin.

 

Il émerge de ce roi une image positive, déterminé à étudier les courants politiques circulant alors en Europe à l’époque de la crise mondiale avant les turbulences de la Seconde Guerre mondiale. Il exerça avec le soutien de son épouse sa charge avec conscience jusqu’à son abdication, affirmant, parfaitement lucide que la « Monarchie absolue, comme la démocratie, peut devenir nuisible à tout moment, parce que les deux principes reposent sur la perfection de la nature humaine, un concept très fragile. Une démocratie saine dépend de la solidité de la population, et une monarchie absolue bienveillante dépend des qualités du roi » (18).

 

Le Musée qui lui est consacré, inauguré en 2001, en donne une bonne et souvent émouvante image (19).

 

193 - LE ROI RAMA VI DE SON ABDICATION À SA MORT ET AU RETOUR DE SES CENDRES EN THAÏLANDE.

Notes

 

(1) Voir notre article 183 – « Le roi Rama VII, un grand voyageur ».

 

(2) Voir notre article 192 – « Le deuxième gouvernement de la monarchie constitutionnelle au Siam de Phraya Phahon (24 juin1933 - 11 septembre 1938) ».

 

(3) Voir notre article 180 – « De l’enfance, aux études en Europe, et la vie au Siam du futur Rama VII. (1893-1925) ».

 

(4) Est-ce une constante de la vie politique siamoise au cours du siècle dernier ? Rama VI, homme de théâtre, est monté sur le trône par hasard, il en fut de même pour Rama VII. Son neveu qui lui succéda en 1935 ne s’intéressait, vivant à Lausanne, qu’à son cher piano et rien ne le prédestinant au trône. Il en fut de même de notre roi actuellement régnant qui ne devint roi qu’à la suite du décès tragique de son frère aîné qui l’arracha à son cher saxophone ?

 

193 - LE ROI RAMA VI DE SON ABDICATION À SA MORT ET AU RETOUR DE SES CENDRES EN THAÏLANDE.

(5) « King Prajadhipok and democracy in Siam » publié dans le Bangkok Post du 22 février 2014.

(6) Prudhisan Jumbala date cette note de 1927.

(7) Gardons-nous de gloser sur le terrain particulièrement glissant  de la philosophie du droit constitutionnel : la démocratie « par le haut » c’est à la fois le « centralisme démocratique » défini et mis en place par Lénine, mais aussi, du moins le prétend-t-il, celui de l’actuel régime Birman, la démocratie « par le bas », c’est la « démocratie directe » chère à Rousseau, la démocratie athénienne ou les  Landsgemeinde de certains cantons suisses, opposée aux systèmes de démocratie représentative habituellement pratiqué dans les pays occidentaux.

193 - LE ROI RAMA VI DE SON ABDICATION À SA MORT ET AU RETOUR DE SES CENDRES EN THAÏLANDE.

(8) Cité in « Affaires étrangères. Revue mensuelle de documentation internationale et diplomatique » n° 1 de 1935 pages 182 s.

« … ข้าพเจ้ามีความเต็มใจที่จะสละอำนาจ อันเป็นของข้าพเจ้าอยู่แต่เดิมให้แก่ราษฎรโดยทั่วไป แต่ข้าพเจ้าไม่ยินยอมยกอำนาจทั้งหลาย ของข้าพเจ้าให้แก่ผู้ใด คณะใดโดยเฉพาะ เพื่อใช้อำนาจนั้นโดยสิทธิขาดและ โดยไม่ฟังเสียงอันแท้จริงของประชาราษฎร” ข้าพเจ้าและพระชายาขอขอบใจรัฐบาลที่แสดงความหวังดีมา ข้าพเจ้ามีความเสียใจที่ข้าพเจ้าและรัฐบาลไม่สามารถที่จะตกลงกันได้ในปัญหาต่างๆ ซึ่งเรามีความเห็นแตกต่างกัน ข้าพเจ้าขอให้รัฐบาลมั่นใจว่า ข้าพเจ้ามิได้มีความโกรธขึ้งหรือแค้นเคือง เนื่องด้วยเหตุการณ์ที่ได้เกิดขึ้นเลย และขอให้คณะรัฐบาลจงบรรลุความสำเร็จทุกประการ... »

Cité sur le blog http://kingprajadhipokstudy.blogspot.com/

 

(9) Voir nos articles 189-1 et 189-2 sur « La constitution du 10 décembre 1932 ».

 

(10) Constatons, sans émettre le moindre jugement de valeur, que le premier gouvernement à prendre d’énergiques mesures en faveur de la « Thaïlande d’en bas » fut le gouvernement de Thaksin plus ou moins régulièrement issu d’élections libres, renversé par un coup d’état militaire, suivi par celui de sa sœur, elle-même plus ou moins régulièrement élue et également renversée par un coup d’état militaire, l’un et l’autre, gouvernements « populistes » avec tout ce que ce qualificatif recouvre de vices et de vertus. Cette constatation ne contredit en rien l’immense quantité d’actions ponctuelles d’ordre « caritatif » accomplies par le roi et sa famille auxquelles ils consacrent une partie de leur fortune mais qui relèvent d’une autre philosophie, un paternalisme qui, tout autant que le populisme, a ses vices et ses vertus.

 

Nous vous épargnerons des discussions oiseuses d’ « experts es-Thaïlande » le plus souvent auto-proclamés sur le montant de la fortune de la couronne. Celle-ci est gérée par le สำนักงานทรัพย์สินส่วนพระมหากษัตริย์ (Crown Property Bureau) créé en 1936. Cet organisme n’a pas honte de préciser que ces avoirs sont « considérables » : pour 2010 et pour la seule partie facilement chiffrable, 6,7 milliards de dollars, et pour la partie difficilement chiffrable, 8.300 raïs dans la capitale (évalués à 33 milliards de dollars procurant d’énormes revenus locatifs) et 33.000 raïs dans le reste du pays. Les avoirs incluent de judicieux investissements (par exemple la célèbre Siam cement, bénéfices 2010 : 2,5 milliards de baths). Nous n’avons pas l’intention de détailler une comptabilité d’épicier mais tout simplement de préciser à nos « experts » qu’il suffit de prendre la peine d’aller consulter le site Internet du CPS (http://www.crownproperty.or.th/เรื่องเด่น/บทสัมภาษณ์) dont l’essentiel est d’ailleurs en thaï, pour avoir tous détails sur les propriétés de la couronne et encore plus de détails sur l’affectation de ces énormes revenus à des dépenses d’intérêt général. Une simple comparaison, la fortune de Thaksin, l’ancien premier ministre évincé, a, lors de son blocage par la justice thaïe, été évaluée à « seulement » 2,3 milliards de dollars. 

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(11) Voir notre article 189-2 « La constitution du 10 décembre 1932 – suite et fin ».

 

(12) Tous ces détails sur la vie et la mort du roi et sur la reine proviennent des sites Internet :

http://www.soravij.com/royalty/rama7/rama7.html

http://www.soravij.com/royalty/indi/bhanurangsri.html

http://madmonarchist.blogspot.com/2012/07/consort-profile-queen-rambai-barni-of.html

 

(13) Nous connaissons la passion du roi pour le jardinage : il a dessiné et offert un magnifique jardin arboré à l’Université d’Eton en 1929 (notre article 180 : « De l’enfance, aux études en Europe, et la vie au Siam du futur Rama VII. (1893-1925) »

 

(14) Cet hôtel de grand luxe est toujours en activité : http://www.lakevyrnwy.com/the-hotel.html

193 - LE ROI RAMA VI DE SON ABDICATION À SA MORT ET AU RETOUR DE SES CENDRES EN THAÏLANDE.

(15) Sans doute, s’il n’a pas été égaré, ce manuscrit dort-il dans les collections du « King Prajadhipok Museum » créé en 2001 à Bangkok ?

 

(16) L’Eglise anglicane a admis la crémation en 1885. Le Golders Green Crematorium fut le premier crématorium du pays et se flatte (!!!) d’avoir « accueilli » tout ce que le pays compte de distingué ! L’église catholique romaine ne la tolère (sous conditions) que depuis 1963, l’église catholique orthodoxe et l’Islam la réprouvent

193 - LE ROI RAMA VI DE SON ABDICATION À SA MORT ET AU RETOUR DE SES CENDRES EN THAÏLANDE.

(17) Nous savons malheureusement peu de choses sur ce garçon. Il est le fils du Prince Benbadhanabongse (เพ็ญพัฒนพงศ์), né en 1882, 38ème fils du roi Chulalongkorn. Le prince étant mort en 1909, on peut évidemment dire que ce fils a une bonne trentaine d’années à la mort de son père adoptif. Son père a eu deux enfants d’une union légitime mais celui-ci n’apparait pas des généalogies officielles. (12). On peut supposer qu’il était né « d’une liaison » de son père ?

 

(18) cité sur le blog http://kingprajadhipokstudy.blogspot.com/

 

(19) King Prajadhipok Museum –  situé à Panfa Bridge Intersection.


 

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Published by grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-b - dans "Notre" Histoire de la Thaïlande
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