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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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18 juillet 2015 6 18 /07 /juillet /2015 18:01
A187. VISION DE L’ISAN DANS LE ROMAN POLICIER DE JEFF DE PANGKHAN « UN OS DANS LE RIZ ».

 

« Une enquête de l’inspecteur Prik ».

 

Jeff vit depuis de nombreuses années avec sa famille dans le village de Pangkhan en Isan ; 

A187. VISION DE L’ISAN DANS LE ROMAN POLICIER DE JEFF DE PANGKHAN « UN OS DANS LE RIZ ».

Une grande région du Nord-Est de la Thaïlande qui compte environ 23 millions d’habitants, 20 provinces et 27.440 villages ; une région particulière, avec son histoire et ses vagues successives de migrants venues du  Laos et du Cambodge, que nous avons déjà tentées de présenter à travers une quarantaine d’articles.* Une région avec des origines, des cultures différentes donc, comme l’exprime par exemple l’un des personnages : « (Il) pensait, lui aussi, que leur province d’origine Korat, était nettement plus civilisée que celle du Sud de l’Isan. Oh ! Tous les Isans le pensaient d’ailleurs, ceux de la frontière cambodgienne n’étaient que des moins que rien. » (p.182)

A187. VISION DE L’ISAN DANS LE ROMAN POLICIER DE JEFF DE PANGKHAN « UN OS DANS LE RIZ ».

Le roman, en tous cas, situera son action principale dans le village de Ban Hey, près de la petite ville de Selaphum, de la province de Roi Et, qui est peuplé essentiellement de Thaï Lao. 

A187. VISION DE L’ISAN DANS LE ROMAN POLICIER DE JEFF DE PANGKHAN « UN OS DANS LE RIZ ».

 

L’enquête de Prik se déroule explicitement en 2005, au temps où Thaksin « était premier ministre depuis cinq ans » (p.55), jusqu’à la cérémonie des fiançailles de Prik du 26 juillet 2005.

 

(Au fil du texte, nous trouverons des références à la politique de Thaksin et apprendons que la majorité des Isans ont toujours voté pour lui. (Cf. p.55 et la note de bas de page, et p.64, p.208, p. 259, p.340)

A187. VISION DE L’ISAN DANS LE ROMAN POLICIER DE JEFF DE PANGKHAN « UN OS DANS LE RIZ ».

Le roman de Jeff est le fruit d’une longue expérience en Isan et de l’exercice d’un blog, «  le Farang-Isan »**, qui depuis février 2010 nous fait découvrir chaque semaine, ce que peut être la vie des habitants du  village de Pangkhan et des environs ; leurs façons de travailler, d’aimer, de prier, de croire, de faire la fête, de se quereller, etc. ; leur culture et leurs us et coutumes, quoi ... Une vie qu’il partage avec eux, avec toujours la même sympathie et la bonne humeur.

A187. VISION DE L’ISAN DANS LE ROMAN POLICIER DE JEFF DE PANGKHAN « UN OS DANS LE RIZ ».

 

Et puis un jour,  Jeff se mit à imaginer un inspecteur Prik enquêtant au milieu des rizières. Ce fut un feuilleton dans son blog et en mars 2015 cela devenait un livre policier : « Un os dans le riz, Une enquête de l’inspecteur Prik » aux Editions Gope. On avait là un roman policier ethnologique qui nous faisait penser à Tony Hillerman avec ses enquêtes au milieu des coutumes et croyances navajos, James Melville avec son commissaire Otani de la police de Kobe qui nous introduit à la civilisation japonaise, Alexander Mc Call Smith au milieu de la vie quotidienne botswanaise, bref un « ethnopolar » qui au-delà de l’enquête elle-même pouvait nous donner une idée de l’Isan, même si notre inspecteur sera amené à séjourner dans la capitale Bangkok et dans la cité balnéaire de Pattaya.

A187. VISION DE L’ISAN DANS LE ROMAN POLICIER DE JEFF DE PANGKHAN « UN OS DANS LE RIZ ».

 

C’est donc une lecture particulière que nous proposons ici, qui évite volontairement de vous révéler l’enquête de l’inspecteur Prik pour découvrir l’origine des ossements trouvés lors des labours de mai dans une rizière, pour présenter un Isan « romanesque ».

A187. VISION DE L’ISAN DANS LE ROMAN POLICIER DE JEFF DE PANGKHAN « UN OS DANS LE RIZ ».

 

Prik est un métis, « un Farang noï », de père français et de mère thaïe, qui a dû quitter le village isan de Ban Hey à l’âge de 11 ans avec ses parents, pour poursuivre ses études à Paris.  Il deviendra officier de police à 24 ans, et après 15 ans de « bons et loyaux services » il sera « obligé » de démissionner pour avoir voulu protéger sa mère endettée  auprès d’un réseau mafieux « chinois » de casino clandestin qu’il était chargé de surveiller. Toute la famille décida alors de retourner vivre au village.

A187. VISION DE L’ISAN DANS LE ROMAN POLICIER DE JEFF DE PANGKHAN « UN OS DANS LE RIZ ».

La vie au village. Le travail des rizières.

 

On retrouve Prik au début du roman, 5 ans après, heureux « à faire le fermier », « satisfait de sa nouvelle vie » dans son village isan de Ban Hey, auprès de ses deux cousins Sout et Sou, qu’il apprécie. (« ça, c’est des mecs ! ») Ils comptabilisaient à eux trois plus de 50 raï (plus de 8 hectares) de rizières, qu’ils travaillaient ensemble.

 

Le roman décrira ces rizières qui « s’étendaient à perte de vue telle une plaine sans fin, (où) seuls de grands arbres droits et hauts comme des géants feuillus et verts tout au long de l’année, parsemaient l’horizon, venant ainsi briser cette monotonie » et  racontera « la journée d’un paysan d’Isan », au temps du labour. 

A187. VISION DE L’ISAN DANS LE ROMAN POLICIER DE JEFF DE PANGKHAN « UN OS DANS LE RIZ ».

 

Le lever à 5 heures, le petit déjeuner, la parcelle chargée d’argile, qu’on attaque avec le motoculteur Honda de Prik, « pendant que les deux autres, presque à quatre pattes, enlevaient les cailloux ». Un vrai travail physique. La pause vers dix heures où on prend un en-cas ou pour déjeuner de poulet frit, d’un peu de salade de papaye verte bien pimentée et d’une soupe de poisson avec une bière, une Chang ou une Archa (Sout ayant renoncé au lao khao (alcool de riz local) ), que l’on déguste en fumant une Krong Thip, suivi d’un verre d’eau et d’un café. 

 

 

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On en profite pour papoter, pour se moquer. On décidera ensuite si on fait ou non une petite sieste en fonction du travail en cours, ou de la pluie menaçante.

Nous sommes effectivement dans une période d’orages, qui annoncent le début de la saison du riz. (p.124) Prik, malgré son enquête, sait bien qu’il faut  « s’occuper en priorité des travaux agricoles ». Il faut discuter du programme de la journée, s’organiser ; « appeler de la main-d’oeuvre supplémentaire » ; engager des journaliers ou demander un coup de main aux potes et voisins, à charge de revanche, et aller voir Dunlop pour qu’il puisse dégager un temps avec son tracteur.

 

 

A187. VISION DE L’ISAN DANS LE ROMAN POLICIER DE JEFF DE PANGKHAN « UN OS DANS LE RIZ ».

 

Le roman confirme : « Toute la semaine se passa ainsi. Les voisins, comme prévu, donnèrent un coup de main. Tous vinrent avec leur motoculteur. Dunlop avait réussi à réorganiser le planning des labours et vint, lui aussi, tous les jours avec le tracteur, pour retourner la terre. Les orages se firent fréquents et les rizières ressemblèrent à des marécages. » (p.130). Cette année, les cousins avaient innové et semer une nouvelle parcelle de riz bio grâce à Sou qui avait « suivi deux formations » et qui allait recevoir l’aide d’un expert japonais qui viendrait vérifier le respect du cahier des charges. (p.131)

 

 

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L’entraide et la solidarité.

 

Ils avaient même répondu favorablement au père de Pim (la « fiancée » de Prik) venu solliciter leurs concours. Ce fut l’occasion de faire une petite fête pour remercier tous les voisins qui les avaient aidé et donné leur accord pour travailler au  labour des rizières de la famille de Pim.  Il y eut encore un dur labeur (plus d’une semaine) pour venir à bout de toutes les parcelles de chacun. (p.157)

 

Les labours étaient enfin finis, mais il y avait encore toutes les bordures des rizières à tailler, car l’herbe poussait vite en cette saison. (p. 277)

 

Certes en fin de journée, on était fourbu, mais qu’il était beau le soleil rouge quand il déclinait sur la rizière en cette saison, que les buffles et zébus retournaient à l’étable, que les grillons, insectes, crapauds et grenouilles préparaient leur concert. Prik pouvait penser : « C’est un beau moment, une petite tranche de vie magique ! »

 

Plusieurs semaines plus tard,  on procéderait à un autre  travail « dur et fastidieux », où « enfoncés dans la boue jusqu’aux genoux, sous les averses cataclysmiques de mousson », on repiquerait les belles pousses de riz, qu’on avait préparées dans les pépinières. (p. 345)

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On pouvait enfin prendre du bon temps. Ainsi pour les trois amis, on aimait « boire et se restaurer en regardant la vie qui passe », chez Mamie Nin « propriétaire d’un petit resto sur le bord de la départementale ».

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Les querelles.

 

Si la solidarité joue encore son rôle dans le village isan de Ban Hey, le roman  ne cache pas les querelles, les animosités, « les rancoeurs tenaces ». « Une querelle de voisinage pour des broutilles survenues des années en arrière et la guerre était aux portes du quartier, encore aujourd’hui. » Prik reviendra sur celle de sa mère avec la mère de Pim dont il était amoureux, et sur la haine que lui portait son frère cadet Tchit, pourtant marié et  père de deux enfants, mais qui ne pouvait supporter que Prik veuille lui « prendre sa  sœur ». Le roman s’arrêtera alors un moment sur la situation de cette famille et du sort réservé à la fille ainée. (p.47) Une situation familiale particulière que l’on retrouve souvent au sein des villages.

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Le sort des filles ?

 

Ici, la mère de Lin (la sœur aînée de Pim) avait quitté son travail à Bangkok, et était revenue au village avec un corps brisé, « au moment où Lin était partie travailler dans une usine de Chonburi, car c’était au tour de la sœur ainée de trimer pour la famille ». (p.47)

 

Un peu plus loin, le roman nous apprendra l’histoire de Lin, qui avait espéré se marier avec Prik et aller le rejoindre en France. Déçue, elle avait commencé à sortir et à boire du côté de Roi Et. Le père avait cherché en vain à la marier, et la pressait de ramener de l’argent à la maison, « ce qui signifiait, nous dit l’auteur, en langage isan, qu’elle se trouve un mari ». (p.52) Elle avait choisi d’aller travailler dans une usine de chaussures à Chonburi, mais deux mois plus tard, « elle avait déménagé dans la ville voisine de Pattaya, pour y empocher parfois en une soirée ce qu’elle gagnait en un mois dans l’usine (…) Elle était jolie et avait eu tout de suite beaucoup de succès, elle était devenue une des stars d’un des nombreux bars qui longeaient le fameux soï 8. » Elle avait eu de nombreux amants exclusivement européens ; Elle avait fait la connaissance d’un Italien Graziano Vitello, qui était fou d’elle et très généreux puis il avait disparu ; Elle avait alors rencontré Walter, un Allemand …  (Cf. p. 209 et pp. 332-334)

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(Le roman reviendra sur ce Graziano Vitello et Walter, qui vont jouer un rôle important dans cette histoire).

 

Un « drôle de travail ».

 

Mais Lin n’est pas la seule à faire ce « drôle de travail », pour reprendre un mot de l’auteur. Elles sont nombreuses dans les bars et karaokés à « pêcher » le client pour aider leur famille, en espérant « que l’argent coule à flot et ainsi elles pourraient rentrer chez elle plus vite que prévu (…) retrouver leur famille au village » ou bien « trouver l’âme sœur en la personne d’un farang qui les mettrait à l’abri pécuniaire pour le reste de leur vie ». (p. 193)

Malheureusement, le prix à payer pour certaines est lourd, comme pour Lin par exemple qui décédera du sida. Le roman évoquera cette terrible réalité qui sévissait particulièrement dans cette population à risque, comme on dit, surtout dans cette période où la tri-thérapie n’existait pas, et quand il était trop onéreux de se faire soigner. (Cf. pp. 333-334)

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Mais toutes les filles n’allaient pas dans les bars de Bangkok ou des stations balnéaires, et  certaines préféraient, si on peut dire, gagner leur vie dans les karaokés.

 

Les karaokés.

 

Le karaoké est une institution en Thaïlande. Il est bien sûr un endroit où l’on peut venir chanter les succès à la mode entre amis, mais il est aussi souvent un lieu où l’on peut choisir des filles tarifées. Ainsi, nous ne sommes pas étonnés qu’un ami du père de Prik, Amnat, ex-chef de la police de Selaphum, qui gardait « une grande influence sur les  karaokés, bars et bordels du district »  puisse inviter quelques filles pour participer à une fête au village. D’ailleurs Sou, l’un des deux cousins de Prik, « reconnut une des filles avec laquelle il était « parti » une fois, il y a quelque temps. » (p.80) Ils « sympathisèrent » et plus loin dans le roman (p.92), on apprendra que Sou et Noï envisageront même de se marier ; une occasion pour nous d’en savoir un peu plus sur le sort réservé aux filles des karaokés.

 

 

A187. VISION DE L’ISAN DANS LE ROMAN POLICIER DE JEFF DE PANGKHAN « UN OS DANS LE RIZ ».

Sou devait en effet venir au karaoké pour négocier le départ de Noï avec le boss, qui n’était autre qu’Amnat, qui avait gardé ce petit karaoké discret, « protégé » par le nouveau chef de la police locale (« En clair, rajoute le narrateur, il soudoyait le nouveau chef de la police locale »). « Amnat avait vraisemblablement recruté cette fille en acquittant une dette qu’elle avait dû contracter auprès d’un quelconque usurier et maintenant elle devait travailler à fonds perdu pour les rembourser. » (Nous vous laissons la surprise d’en lire l’issue). Et le travail impliquait aussi de picoler. « Avaient-elles le choix ? Pour supporter tous les soirs la viande saoule qui fréquentait ces établissements, il fallait mieux avoir un petit coup dans le nez. En plus, elles étaient là, la plupart du temps, contre leur gré. Encore une histoire d’argent, de dettes évidemment. ». (p.120)

 

On remarque –ici- que l’existence des karaokés en Isan (Et dans toute la Thaïlande), n’a rien à voir avec la moralité corruptrice supposée occidentale et est bien révélatrice du mode de vie masculin et du moyen utilisé par de nombreuses filles pour payer les « dettes » ou soutenir la famille. Les Isan aiment s’amuser entre hommes et fréquenter les karaokés. Ils aiment aussi « tromper » leur femme, si on en juge par les milliers de Love Hôtels en ville et en cambrousse. Une scène du roman policier aura même lieu dans l’un d’eux. 

A187. VISION DE L’ISAN DANS LE ROMAN POLICIER DE JEFF DE PANGKHAN « UN OS DANS LE RIZ ».

« Toujours est-il que ces motels de cambrousse se ressemblaient tous, constata Vihar : deux rangées de bungalows climatisés de part et d’autre d’une allée centrale, équipés de frigo, télévision, douche chaude, ouverts 24/24 h avec, sur le côté, l’inévitable garage individuel protégé d’un rideau pour que personne ne puisse voir et identifier le véhicule du couple illégitime (…) Si on venait seul les responsables vous trouvaient une « couverture », des filles étaient toujours disponibles pour la bagatelle. (pp. 322-323)

 

Il est d’ailleurs de bon ton pour les hommes de montrer leur réussite par le nombre de maîtresses, voire d’avoir une ou plusieurs mia noï, que l’on va entretenir. « Question de standing » affirmait Prakash, l’ami policier de Prik, commandant de la police scientifique d’Isan. (Cf. aussi p.83 pour Amnat ou Vihar, p. 220, qui aura des sérieux ennuis avec sa mia noï)

 

 

 

 

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Ainsi le roman de Jeff, au fil de l’enquête de l’inspecteur Prik, nous plonge dans les différentes « réalités » de l’Isan. Après le travail des rizières, la pauvreté rurale qui obligent certain(e)s à trouver un travail en ville (Voir Prik prenant place dans des taxis dont les chauffeurs sont originaires de Roi Et et de Kalasin ; pp. 224-226)), ou à envoyer les filles dans les bars et karaokés, il est une autre réalité spécifique qui donne sens à la vie des habitants de l’Isan et auquel nul n’échappe, même si Prik ne voit là que des « bondieuseries », à savoir le rapport au temple, au bouddhisme, aux croyances.

 

Le temple, le  bouddhisme, les croyances.

 

Le roman de Jeff se situant au sein de la vie d’un village ne pouvait ne pas, à un moment ou à un autre, croiser le temple, ses moines, évoquer une cérémonie … On pensait à Chart Korbjiti qui dans  son roman « La chute du Fak » évoquait :

 

«  La pagode était au centre de la vie du village. Quand un enfant naissait on le portait à la pagode pour que le révérend père lui trouve un nom propice et conforme à sa date de naissance. Quand un fils ou un petit fils était en âge de devenir novice, c’est à la pagode qu’on le faisait ordonner et qu’il venait résider. Bien entendu, quand quelqu’un mourait, c’est à la pagode qu’on apportait le corps pour l’incinérer. Pour quiconque voulait faire des rencontres, c’est à la pagode qu’il fallait se rendre. C’est à la pagode que le chef du village réunissait les villageois, que les officiels du district venaient établir les cartes d’identité individuelles et les services sanitaires vacciner contre les épidémies. Les vieux allaient à la pagode faire leurs dévotions et les policiers à la poursuite de malfaiteurs s’arrêtaient à la pagode pour prendre des renseignements. Individuellement et collectivement, tout le monde dépendait de la pagode. » 

A187. VISION DE L’ISAN DANS LE ROMAN POLICIER DE JEFF DE PANGKHAN « UN OS DANS LE RIZ ».

De fait, Prik (p.138) avait aperçu un matin, le doyen Phra Souwit qui faisait l’aumône quotidienne. Une occasion pour rappeler en trois pages (pp.138-140), l’histoire de Souwit, le doyen du temple (l’épicier, sa décision de vivre au temple, la mort de sa femme, l’ordination, puis était devenu le doyen, le « témoin de la vie du village, de l’évolution de cette petite société »), de décrire le temple (Avec les stoupas, l’enceinte en face du bot avec sa statue de Bouddha, le sala, point d’orgue de la vie monastique et de la vie communautaire du village lors des cérémonies ou des spectacles itinérants du likay ou des concerts de molam) et d’exposer les critiques de Prik –laïc- sur les temples d’Isan devenus trop clinquants et sur les « pratiques qu’il jugeait obsolètes », et qui lui faisait éviter les célébrations du calendrier bouddhique, sauf quand il voulait faire plaisir à sa mère.

 

Mais Prik aura besoin de consulter le doyen pour son enquête et lui demander les dates propices pour la cérémonie de ses fiançailles avec Pim. Le roman, là encore en 6 pages (pp. 145-150) va décrire le repas des moines, non sans critique de Prik qui  soupçonnait certains « de venir se retrancher au temple lors de la saison du riz pour se soustraire à ce dur labeur », le rituel face au doyen, l’offrande, l’accord pour leur union future, la promesse de trouver la meilleure date en fonction de leurs dates de naissance, la place des femmes qui avaient prononcées leurs vœux, le rappel du don de Lin qui avait remis une grosse enveloppe pour racheter ses erreurs.

 

Plus loin dans le roman on évoquera la dot, la nécessité d’aller revoir le doyen pour connaître les dates des fiançailles (p.274), pour enfin apprendre (p.276) les trois dates idéales, parmi lesquelles, ils avaient choisi le 28 juillet.

 

 

A187. VISION DE L’ISAN DANS LE ROMAN POLICIER DE JEFF DE PANGKHAN « UN OS DANS LE RIZ ».

Le livre, avec l’épilogue (pp.343-350) se terminera d’ailleurs sur cette journée consacrée surtout à la cérémonie : avec l’arrivée des invités venant de différentes régions, la majorité du village qui avait arrêté de travailler le riz deux jours auparavant ; le cortège avec la coutume de l’accueil  du futur marié par la famille de la future mariée ; le recueillement autour du Sage, qui récitera des mantras en pali, annoncera ensuite les arrangements négociés du futur mariage, devinera avec des baguettes de bambous gravés la date du mariage (Ce sera le 24 novembre), puis récitera encore de nouveaux mantras, pour enfin les libérer pour la fête, qui fut, comme toutes les fêtes en Isan bien arrosée.

A187. VISION DE L’ISAN DANS LE ROMAN POLICIER DE JEFF DE PANGKHAN « UN OS DANS LE RIZ ».

Si le roman policier n’est pas un guide et n’est pas là pour présenter toutes les croyances et  tous les rituels des habitants de ce village, on peut néanmoins signaler qu’il n’évoque pas le rapport aux esprits, aux Phis, alors qu’un « mort » a été découvert dans une rizière.

A187. VISION DE L’ISAN DANS LE ROMAN POLICIER DE JEFF DE PANGKHAN « UN OS DANS LE RIZ ».

Il  dit peu sur l’animisme, même si toutefois une scène (pp. 192-193) décrit le petit rituel que font les filles  -qui venaient principalement de l’Isan-  en arrivant au bar 70’s. Elles saluaient un petit autel situé en hauteur, où étaient placés un bouddha, une statue de Rama V à cheval, Nang Kwak, la Déesse de la Richesse, et un énorme pénis multicolore en bois peint. Elles procédaient ensuite aux offrandes (bâtons d’encens, guirlandes de fleurs, petits verres d’alcool, quelques cigarettes, et assiettes de friandises) en priant, demandant chance, fortune, un bon mari, un retour au village réussi, etc. On avait bien là un syncrétisme religieux si caractéristique de la mentalité de l’Isan.

A187. VISION DE L’ISAN DANS LE ROMAN POLICIER DE JEFF DE PANGKHAN « UN OS DANS LE RIZ ».

Mais il ait un autre marqueur, qui nous situe en Isan, nous  pensons à sa cuisine, même si certains plats peuvent se dire thaïlandais, comme le somtam, cette salade de papaye verte pimentée. Mais on voit aussi en notes de bas de page ce que peuvent être le pathongko (p.33), le lap pét (p.50), le khao niao (p.127) ; on fait aussi référence au lao khao  (alcool de riz local) que Sout a bien du mal à abandonner. On est avec Pim qui prépare le matin pour Prik le khao niao, riz gluant, cuit à la vapeur dans un faitout à col évasé. (Le narrateur précise « en Isan, une cuisine se devait d’avoir cet ustencile » (p.137) ; avec mamie Nin qui prépare le petit déjeuner dans son échoppe vendant du café chaussette accompagné de pathongkos (longs beignets huileux) ; avec Nok qui est heureuse d’offrir son sac de d’œufs de fourmis rouges ; avec Dunlop qui a un business d’insectes congelés qu’il expédie régulièrement à la capitale. D’ailleurs, Prik voulant annoncer sa date de fiançailles à ses deux cousins lors d’un petit souper festif,  sait que Sout viendra avec son fameux lap pét, qu’il y aura du tom yam pla et que sa mère préparera sûrement un somtam. « Tout cela serait suffisant et forcément éblouissant ». (p. 275)

A187. VISION DE L’ISAN DANS LE ROMAN POLICIER DE JEFF DE PANGKHAN « UN OS DANS LE RIZ ».

Bref, on peut reconnaître l’Isan, un Isan vivant, vécu, au son du molam (musique traditionnelle de l’Isan), que l’on entend au fil de l’enquête. Un Isan multiple qui peut être vu sous différentes facettes et avec les préjugés. Ainsi, Michel l’ami de Prik, qui lors de son séjour de deux semaines au village a été sensible à la nonchalance, et « cette bienveillance et ce bonheur des gens qui t’enveloppent en un rien de temps. » (p. 306)

 

 

Ou Vihar, à l’opposé, certes en colère, qui ne voit qu’un « Putain de pays d’arriérés ! (…) il avait toujours pensé que les gens du Nord-est étaient des abrutis, lui, le garçon qui avait reçu une éducation exemplaire de ses parents originaires de Bangkok et de la plaine centrale. Un autre pays, oui ! Ici, ce n’était pas la Thaïlande ! (…) Eh bien, qu’ils la fondent leur nation Isan, qu’ils se rassurent, nous les Thaïs, nous nous passerons de ces incapables. » (p. 374)

 

 

A187. VISION DE L’ISAN DANS LE ROMAN POLICIER DE JEFF DE PANGKHAN « UN OS DANS LE RIZ ».

Eh oui, chacun a son expérience, sa vision de l’Isan, et le roman policier de Jeff de Pangkhan « Un os dans le riz » ; nous en propose une ; avec un Isan « romancé » en français, mais « authentique », où l’enquête de l’inspecteur Prik trouve son originalité.

 

Les lecteurs de romans policiers et les curieux de l’Isan trouveront ici leur bonheur.

 

 

A187. VISION DE L’ISAN DANS LE ROMAN POLICIER DE JEFF DE PANGKHAN « UN OS DANS LE RIZ ».

 

*Cf. La quarantaine d’articles que nous avons consacrés à sa présentation ou sa version courte, dont :

 

  • 2. In « Notre Isan : découvrir l’Isan via les blogs », 2.4 Le Blog  «  le Farang-Isan », de Jeff de Pangkhan 

Pour Dubus, les Isan se caractérisent par leur joie de vivre et leur insouciance, « pendant de  leur endurance ».

 

**Sur le bouddhisme et l’Isan : Cf. « 20. Notre Isan : le bouddhisme thaïlandais et d’Isan ? »

http://www.alainbernardenthailande.com/article-20-le-bouddhisme-thailandais-et-d-isan-78694128.html

Interview de Jeff : http://unosdansleriz.blogspot.

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Jeff de Pangkhan 20/07/2015 13:28

Merci pour cette mise en avant de mon premier roman (pas facile des fois, la diffusion) mais surtout un grand merci pour cette analyse anthropologique de "Un os dans le riz" ! Jeff

Alain T. 19/07/2015 02:46

Venez que je vous embrasse,
superbe article, indispensable "aux âmes bien nées" . Encore une vision, d'un superbe personnage, qui me fera aimer plus encore l'Isan et surtout ses habitants.
Merci aussi de faire une synthèse du boulot de Jeff de ... , je suis pas fan des romans pour le moment. Un grand merci, et c'est bien fait, il me semble.
ps. Alain se plaît-il à Udon, je pense parfois qu'il a été trop vite ... . Enfin, c'est mon ressenti !

grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-b 20/07/2015 13:29

Si cela vous a plu, tant mieux.

PS. Il vaut mieux utiliser notre boite mail pour les messages personnels. Merci.