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  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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26 août 2015 3 26 /08 /août /2015 18:00
198.  LE GOUVERNEMENT PHIBUN SONGKHRAM (16 DÉCEMBRE 1938 - 1er AOȖT 1944)

1/ Le gouvernement Phibun (Cabinet IX) du 16 décembre 1938 au 6 mars 1942.

 

Le 16 décembre 1938,  le colonel Phibunsongkhram ou plus simplement Phibun était « élu » par l’Assemblée pour devenir le 1er ministre du troisième  gouvernement de la monarchie constitutionnelle. Il conservait le Ministère de la défense et prenait celui de l’intérieur.

 

Un régime militaire dirigé d’une main de fer par son leader allait  gouverner le pays, mais ouvert en son premier gouvernement à la « société civile avec Pridi qui sera son ministre des finances, et d’autres « libéraux » comme Nai Direk Chayanam (ancien vice-ministre des affaires étrangères de Pridi et futur vice-ministre des affaires étrangères de Phibun le 14 juillet 1939)

198.  LE GOUVERNEMENT PHIBUN SONGKHRAM (16 DÉCEMBRE 1938 - 1er AOȖT 1944)

 

Luang Thamrong, ministre de la justice et Khuang Aphaiwong, ministre des Communications, qui avaient joué le rôle d’agents de liaison entre les militaires et les civils ; tout en maintenant la vitrine du système parlementaire. Un gouvernement  qui sera composé de 15 militaires sur 25 membres et qui allait garder sa cohésion jusqu’au 7 décembre 1941.

 

(Mais il y eut de nombreux changements, promotions, arrivées, départs au fil de ce cabinet, pas moins de 22 mouvements jusqu’au 16 février 1942. On peut remarquer au 19 août 1941, l’arrivée du Vice-Amiral Luang Sindhu comme ministre de l’éducation et du colonel Prayoon comme vice-ministre de l’éducation, un germano-thaï connu pour ses idées d’inspiration nazie.)

 

En effet, ce jour-là,  les Japonais débarquent au Siam et mettent le gouvernement devant le fait accompli. La discussion s’engagera alors, mais le choix de Phibun sera en faveur d’un pacte d’alliance avec les Japonais le 21 décembre 1941, qui allait marquer une rupture politique avec Pridi … 

198.  LE GOUVERNEMENT PHIBUN SONGKHRAM (16 DÉCEMBRE 1938 - 1er AOȖT 1944)

 … et les « civils » et entrainer la Thaïlande dans la guerre contre la Grande –Bretagne et les Etats-Unis le  25 janvier 1942.

 

Pridi était éliminé à la demande des Japonais et nommé Régent et Phibun, le 7 mars 1942,  formait un nouveau gouvernement (Cabinet X) de 23 membres composé de 17 militaires, et intégrait de nouveau Wichit Wathakarn (Son plus zélé nationaliste et propagantiste antichinois) comme vice-ministre des affaires étrangères, et le 19 juillet 1942 lui cédait sa place comme ministre des Affaires étrangères. 

198.  LE GOUVERNEMENT PHIBUN SONGKHRAM (16 DÉCEMBRE 1938 - 1er AOȖT 1944)

La chute annoncée des Japonais, le refus des occidentaux de négocier avec lui, une action de l’Assemblée, vont contraindre Phibun de démissionner le 1er août 1944.

 

Ainsi, est-il nécessaire de bien distinguer ces deux périodes du gouvernement Phibun  (16 décembre 1938-1er août 1944), qui correspondent en fait à deux gouvernements très différents dans leur composition, leur politique, leur contexte.

198.  LE GOUVERNEMENT PHIBUN SONGKHRAM (16 DÉCEMBRE 1938 - 1er AOȖT 1944)

1/ Le gouvernement Phibun (Cabinet IX) du 16 décembre 1938 au 6 mars 1942.

 

 Il est bon de rappeler que Phibun, l’homme fort de la vie politique siamoise depuis octobre 1933, après avoir maté la rébellion royaliste de Borowadet, et devenu  en septembre 1934 le commandant en second de l’armée de terre et le ministre de la Défense, n’avait jamais caché ses opinions politiques.

 

« Il était convaincu – disions - nous dans notre introduction - qu’un pays ne pouvait progresser que par sa puissance militaire, et par l’élaboration d’une doctrine qui s’appuyait sur les modèles de l’Italie fasciste, de l’Allemagne hitlérienne et de l’Empire du Japon », mais qui devait rester siamoise. ( in notre article 194)

 

La création en 1935 du mouvement du Yuwachon  confirmait pour lui, la nécessité de former la jeunesse à la discipline militaire, à la culture physique, pour œuvrer pour le bien et l’unité de la Nation, sous l’autorité d’un chef. (Cf. 192).

198.  LE GOUVERNEMENT PHIBUN SONGKHRAM (16 DÉCEMBRE 1938 - 1er AOȖT 1944)

De même, il avait manifesté au niveau de la politique extérieure la volonté de maintenir l’indépendance de son pays dans ses choix et décisions  politiques.

 

Une nation libre, forte et indépendante, qui ne voulait pas tomber sous aucune sphère d’influence.

 

(Nous avions ainsi déjà donné l’exemple du Japon, avec un rapprochement politique et commercial dès 1933 qui avait abouti à un traité signé en mars 1938 (qui accordait aux ressortissants japonais résidant au Siam les mêmes droits civils et économiques que ceux des Siamois), mais qui ne signifiait pas un alignement.)

 

Il n’est donc pas étonnant que ce même militaire – héros national - qui arrive à la tête de l’Etat – avec les pleins pouvoirs -  en étant le commandant en chef de l’armée et en prenant le ministère de l’Intérieur, va s’engager vers un militarisme croissant, mettre en œuvre une idéologie nationaliste et réprimer toute opposition et toute contestation. 

198.  LE GOUVERNEMENT PHIBUN SONGKHRAM (16 DÉCEMBRE 1938 - 1er AOȖT 1944)

Mais ce qu’il l’est moins - et qui fait la particularité de ce gouvernement -  est qu’il va ouvrir son gouvernement à neufs civils dont Pridi au ministère des finances, et d’autres comme Nai Direk Chayanam, un proche de Pridi, (vice-ministre et ministre des affaires étrangères), Luang Thamrong, (ministre de la justice) et Khuang Aphaiwong, (ministre des Communications).

198.  LE GOUVERNEMENT PHIBUN SONGKHRAM (16 DÉCEMBRE 1938 - 1er AOȖT 1944)

Un régime dictatorial ?

 

« Notre introduction » indiquait que :

 

«  Phibun manifesta d’entrée sa volonté d’éliminer toute contestation et opposition surtout – évidemment -  quand on s’en prenait à sa personne. Ainsi fin décembre 1938, Phibun échappa à deux tentatives d’assassinats qu’il régla par de multiples arrestations qui touchaient aussi bien des membres de la famille royale, des membres de l’Assemblée ou des rivaux militaires. En janvier 1939, le chef de la police affirmait avoir découvert un complot royaliste. Des « cours spéciales » furent établies « pour juger entre autres  Rangsit de Prayurasakdi, prince de Chainat (un des plus jeunes fils  du roi Chulalongkorn et futur Régent) ...

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1... et Phya Suradet, l’un des chefs militaires qui avaient participé au coup d’Etat de 1932. » (Fistié, pp. 169-170) Si certains furent autorisés à quitter le royaume (comme Phya Suradet), 36 furent condamnés à l’emprisonnement à vie, et dix-huit furent fusillés. La répression policière était implacable  et le message était clair : nulle opposition n’était désormais tolérée, aussi bien « civile » que royaliste. 

198.  LE GOUVERNEMENT PHIBUN SONGKHRAM (16 DÉCEMBRE 1938 - 1er AOȖT 1944)

Même l’’Assemblée nationale, malgré l’opposition manifestée par quelques députés isolés « ne se risqua plus jamais à prendre position contre le premier ministre, dans une affaire qu’il jugeait importante : au cours de l’année 1939 elle vota toutes les mesures que lui proposa le gouvernement. » (Fistié, p. 169) L’Assemblée n’hésita pas  le 17 septembre 1940 à prolonger pour une nouvelle période de dix ans, le système transitoire pour l’élection de la totalité des membres de l’Assemblée, prévue par  la Constitution du 10 décembre 1932 avant le 27 juin 1942.

 

L’heure n’était plus à la démocratie, d’ailleurs l’avait-elle déjà été ?

 

Le régime reposait sur l’armée, et la propagande était explicite qui montrait dans tout le pays, nous dit Fistié (citant Landon, p. 170), une affiche  où était représenté « un soldat brandissant le poing et portait en légende que le royaume était la maison et que les forces armées en étaient la clôture. » 

 

Phibun, comme chef des armées, se devait dans la logique du système, consolider sa légitimité et sa popularité auprès des cadres de l’armée.

 

Les crédits furent augmentés et passèrent par exemple de 25 % du budget (1//4/ 1938- 31/3/1939) à 31 % (1/4/1939-30/9/1939). (Il est vrai aussi que les « hostilités » avec la France commencèrent à partir de décembre 1940); une trentaine de généraux furent promus (Grade nouvellement créé), des milliers de décorations distribués (8.000 pour la seule année 1941). 

198.  LE GOUVERNEMENT PHIBUN SONGKHRAM (16 DÉCEMBRE 1938 - 1er AOȖT 1944)

Il se fit appeler le « Guide » de la nation. Il fit remplacer la photo du roi par la sienne, et « son image était projetée avant chaque séance sur les écrans  de cinéma ».  (Fistié, p.185) Un culte de la personnalité en somme, assez commun à cette époque parmi les chefs de gouvernement.

198.  LE GOUVERNEMENT PHIBUN SONGKHRAM (16 DÉCEMBRE 1938 - 1er AOȖT 1944)

Une réforme fiscale audacieuse en faveur du peuple.

 

Si Phibun fit augmenter les crédits militaires, il permit à Pridi, ministre des finances, « d’opérer une réforme fiscale allégeant la charge qui pesait sur les agriculteurs. (Fistié, p. 172) ».  « Le nouveau code des impôts, voté en mars 1939, supprima en effet purement et simplement la capitation » et presque complétement l’impôt foncier (qui reviendra en 1943 et surtout en 1944). Ils furent remplacés par un impôt sur le revenu sur les entreprises commerciales et les professions libérales. Ces mesures furent d’autant plus populaires que – nous le savons -  les commerçants étaient avant tout Chinois.

 

Mais, nous dit Fistié, ces nouveaux impôts directs ne compensaient pas les anciens et il fallut instaurer des impôts indirects, qui passèrent de 44.463. 394 bath en 1938-1939 à 71.169.556 bath en 1941, et dont l’essentiel provenait des douanes (45. 000.000 bath).

198.  LE GOUVERNEMENT PHIBUN SONGKHRAM (16 DÉCEMBRE 1938 - 1er AOȖT 1944)

Un régime autoritaire caractérisé par un nationalisme ouvertement discriminatoire pour les Chinois et les autres peuples vivant en Thaïlande et impérialiste (doctrine pan-thaïe incarnée par l’idéologue Luang Vichiter Vadhakarn).

 

Il faut auparavant – pour comprendre - resituer le nationalisme siamois dans son histoire et le contexte de l’époque, qui n’eut depuis  Rama III (1824-1851) que la volonté légitime de préserver l’indépendance du pays face aux velléités colonisatrices des Hollandais, des Anglais et des Français. Nous vous avons  raconté comment les différents rois, selon leur personnalité, leur formation, ont fait face à cette « modernité occidentale » et à cette volonté colonisatrice hollandaise, anglaise et française, et comment ils ont essayé de trouver les moyens pour défendre leur pays, leur nation, comment ils ont âprement négocié les différents traités.

 

Ainsi quand Phibun arrive au pouvoir fin 1938, lui « le révolutionnaire » de 1932, peut mesurer les dangers qui s’annoncent pour son pays. Phibun connait l’Europe, il s’y est formé « militairement ». Il a en son « patrimoine » la même conviction du prince Damrong, premier conseiller du roi Prajaddhipok», qui dans les années 1920, popularisait  le slogan  « Le Siam aux Siamois » (Cf. Dovert***, pp. 231-232). Il apprécie certes, les modèles de l’Italie fasciste, de l’Allemagne hitlérienne et de l’Empire du Japon, mais il veut un nationalisme thaïlandais.  

198.  LE GOUVERNEMENT PHIBUN SONGKHRAM (16 DÉCEMBRE 1938 - 1er AOȖT 1944)

Nous avions déjà avec Dovert donner certains éléments de cette politique (In ***A163.) : « La politique nationaliste mise en place par Phibun sera d’autant plus efficace, qu’il aura pratiquement tous les pouvoirs le 20 décembre 1938. Il avait déjà lancé « les jeunesses militaires » calquées sur celui des « Tigreaux » (ลูกเสือ louk sua littéralement les « enfants tigres ») de Rama VI, et dès 1937 proclamé « que l’exemple du développement allemand, japonais, et italien serve de source d’inspiration. » Il définira sa modernité par rapport à l’Occident (vêtement occidental, interdiction des chiques de bétel), tout en fixant « le contenu d’une tradition nationale « purement thaïe » ». 

198.  LE GOUVERNEMENT PHIBUN SONGKHRAM (16 DÉCEMBRE 1938 - 1er AOȖT 1944)

Dans notre article A177****, nous précisions : «  Le nationalisme de Phibun s’exerça aussi de façon autoritaire dans le pays afin d’ « élever l'esprit national et la moralité de la nation », par un certain nombre de lois qui définiront « la tradition nationale » par une série de 12 décrets d’Etat (ou mandats culturels ou « coutumes » d’Etat) émis entre 1939 et 1942.

 

(On y verra d’ailleurs curieusement certains éléments occidentaux.)

 

Le 1er mandat  du 24 juin 1939, changea le nom du pays, qui devenait désormais Prathet Thai  (« pays des (hommes) Libres ») ou Thaïlande.

 

Ce 1er mandat était important car il manifestait la volonté de Phibun non seulement d’intégrer les différentes populations non-Thaïes du Nord et du Nord Est et du Sud du pays, mais il déclarait la primauté des Thaïs.

 

Le deuxième mandat du 3 juillet 1939 portait sur la prévention de danger pour la nation et des rapports à avoir avec les étrangers.

 

Le troisième mandat  du 2 août 1939 visait l’unité du pays et disait qu’il ne  fallait désormais  n’utiliser que le nom de « Thai » pour désigner tous les Thaïlandais. (Exit l’appellation Thaïs du nord, Isan, Thais musulmans)

 

Le quatrième mandat du 8 Septembre 1939 portait sur le respect dû au drapeau national, l’hymne national, et l’hymne royal.

 

Le cinquième mandat  du 1er novembre 1939 invitait les Thaïlandais à consommer thaïlandais et à faire un effort pour améliorer la qualité de la production thaïlandaise. 

198.  LE GOUVERNEMENT PHIBUN SONGKHRAM (16 DÉCEMBRE 1938 - 1er AOȖT 1944)

Le sixième mandat  du 10 décembre 1939 portait sur la musique écrite par Phra Chenduriyang et les paroles de l’hymne national. (Cet hymne national est le même aujourd’hui)

198.  LE GOUVERNEMENT PHIBUN SONGKHRAM (16 DÉCEMBRE 1938 - 1er AOȖT 1944)

Le septième mandat du 21 mars 1940 indiquait que chaque personne thaïlandaise devait avoir une carrière stable pour être utile à la nation.

 

Le huitième mandat du 26 avril 1940 portait sur l’hymne royal  raccourcissait les paroles de l’hymne royal, et remplaçait le mot « Siam » par le mot « Thaï ».

 

Le neuvième mandat du 24 juin 1940  portait essentiellement  sur le respect dû à la langue thaï, et sur l’honneur de l’apprendre, de l’enseigner et de la parler.

 

Le onzième mandat du 8 septembre 1941 était plutôt curieux et portait sur les activités quotidiennes. Il expliquait comment gérer une journée et comment se comporter au travail, pendant le temps de loisir et de la nuit.

 

Le douzième mandat du 28 janvier 1942  portait sur la protection des enfants, des personnes âgées et des handicapés.

 

Le Prathet Thai  (« pays des (hommes) Libres ») ou Thaïlande reposait désormais sur la notion de « peuple thaï », une réalité ethnique (ชนชาติ chonchat thai), la « race thaïe » qui reléguait les minorités en « non-thaïes » ou « moins thaïes » et qui marginalisait les élites indiennes et chinoises. 

198.  LE GOUVERNEMENT PHIBUN SONGKHRAM (16 DÉCEMBRE 1938 - 1er AOȖT 1944)

« Mais c’est surtout la communauté chinoise qui sera visée ».

 

« Elle subira une politique discriminatoire qui réduira sa place dans la vie publique. Dovert donnera comme exemples : les prix des permis de séjour augmentés de 600 % en cinq ans ; des conditions plus contraignantes pour l’accès à la nationalité et à la terre ; la fermeture de la  quasi-totalité des journaux et des écoles chinoises (230 en 1937-38 et plus que 2 en 1944) ; et l’interdiction d’exercer 27 activités (transformation du riz, la pêche, la marine marchande, la boucherie, le commerce de détail, etc). » (A163.)

 

Une politique antichinoise qu’il faut comprendre comme une volonté de contrôler leur immigration, de limiter leur puissance économique, en tentant de « thaïfier » l’économie, précise Fistié, qui se traduira par la création d’entreprises d’Etat dont les résultats seront décevants voire illusoires. 

198.  LE GOUVERNEMENT PHIBUN SONGKHRAM (16 DÉCEMBRE 1938 - 1er AOȖT 1944)

Une doctrine qui va se traduire sur le plan intérieur par une politique d’assimilation.

Ainsi la minorité malaise, quant-à elle, verra abrogées les dispositions particulières les concernant dans le Code civil et de commerce de 1934, pour être soumise à de nouvelles règles juridiques qui la soumettaient au droit commun thaïlandais et leur refusaient désormais les juges islamiques, de porter des vêtements « islamiques », et  lui imposaient un enseignement en thaï rendu obligatoire.

 

A l’extérieur, l’idéologie panthaï incarnée par l’idéologue Luang Vichiter Vadhakarn affichera l’ambition de se réapproprier les terres sur lesquelles le roi de Siam avait ou aurait jadis exercé des droits de suzeraineté, ainsi que  les territoires (Laos, Cambodge, Malaisie) annexés illégalement ensuite par les puissances européennes et même certaines régions d’Inde, de Chine, de Birmanie, voire du Tonkin et du Tibet habités par des peuples de race ou de langue thaïe.

 

Mais cette doctrine se confronta aux exigences de la réalité politique et de la nécessité de négocier avec les grandes puissances.

 

« A la fin de juin 1939, une conférence militaire franco-britannique s’était tenue à Singapour pour envisager les mesures à prendre dans le cas d’un conflit généralisé en Extrême-Orient. » (Fistié, p. 175) Les négociations qui suivirent aboutirent à deux pactes de non-agression, qui furent signés le 12 juin 1940 à Bangkok,  tandis qu’à Tokyo était signé un accord entre la Thaïlande et le Japon, qui portait le titre, nous dit Fistié de « traité concernant la continuation des relations amicales et le respect mutuel de l’intégrité territoriale ».

 

Mais l’effondrement de la défense française, et la signature de l’armistice avec l’Allemagne le 22 juin 1940 allait changer les rapports de force en Orient. 

198.  LE GOUVERNEMENT PHIBUN SONGKHRAM (16 DÉCEMBRE 1938 - 1er AOȖT 1944)

Si le gouvernement japonais profita de la défaite française en Europe  pour adresser un ultimatum au gouvernement général français d’Indochine, la Thaïlande verra là une occasion de suspendre la ratification de l’accord signé et de revendiquer des territoires que la France lui avait pris au Laos et sur la rive droite du Mékong. (Revendications encouragées en sous-main par le gouvernement japonais, avec lequel un traité d’amitié avait été signé le 12 juin.)

 

La presse dénoncera les traités signés avec la France en 1907, et  avec l’Angleterre en 1908, et alimentera le courant nationaliste.

 

L’amiral Decoux signalera qu’ « au lendemain de l’armistice, une violente campagne anti-française se déclenchait tout au long du Mékong. Des tracts, à tendance irrédentiste, réclamant en termes agressifs la rétrocession du Cambodge et du Laos étaient, dès le début du mois d’août 1940, diffusés clandestinement en territoire indochinois » *****

 

Bref, la Thaïlande allait s’engager dans un processus qui allait aboutir à ce qu’on a appelé la guerre franco-thaïlandaise d’octobre 1940 au 9 mai 1941. C’est ce que nous  vous proposons d’étudier dans notre prochain article.

198.  LE GOUVERNEMENT PHIBUN SONGKHRAM (16 DÉCEMBRE 1938 - 1er AOȖT 1944)

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*Notre principale source :

Pierre Fistié, in « L’évolution de la Thaïlande contemporaine », Armand Colin, 1967

 

**Sur le nationalisme.

Nous avons consacré de nombreux articles. Citons-en quelques-uns :

 

Article 9 : Vous avez dit «  nationalisme thaï » ?

http://www.alainbernardenthailande.com/article-article-9-vous-avez-dit-nationalisme-thai-66849137.html

 

Notre Isan 14 :   Le nationalisme thaï ?

http://www.alainbernardenthailande.com/article-notre-isan-13-le-nationalisme-thai-73254948.html

 

A.57 « Qui est Thaï ? Qui est Thaïlandais ? »

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a-57-qui-est-thai-qui-est-thailandais-99435771.html

 

*** Rappel. Sur les Chinois, nos articles :

L’article de Dovert : « « La Thaïlande prête pour le monde » ou de l’usage intensif des étrangers dans un processus de construction nationale», in Thaïlande contemporaine, Sous la direction de Stéphane Dovert et Jacques Ivanoff, IRASEC, Les Indes Savantes, 2011, pp. 201-258.

Présenté dans deux de nos  articles :

 

A162. De l’usage des étrangers dans un processus de construction nationale en Thaïlande.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a162-de-l-usage-des-etrangers-dans-un-processus-de-construction-nationale-en-thailande-124549105.html

 

A163. L’usage des étrangers dans un processus de construction nationale en Thaïlande.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a163-l-usage-des-etrangers-dans-un-processus-de-construction-nationale-en-thailande-124589511.html

 

« A67.  L’influence de la communauté chinoise en Thaïlande », d’après « Le Destin des fils du dragon », « L’Influence de la communauté chinoise au Viêt Nam et en Thaïlande », L’Harmatan, IRASEC, collection Un certain regard, 2003.

 

« A45. Les Chinois de Thaïlande », d’après l’article «  La « resinisation » des Chinois de Thaïlande» de Jean Baffie, qui dénonce le mythe de la « thaïsation des Chinois de Thaïlande.

 2ème Congrès du Réseau Asie / 2nd Congress of Réseau Asie-Asia Network, 28-29-30 sept. 2005, Paris, France, http://www.reseau-asie.com/

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a45-les-chinois-dethailande-sont-ils-integres-84959962.html

 

****A177.  « Les seins nus de  Thaïlande qu’on ne saurait voir. »

http://www.alainbernardenthailande.com/2015/03/a177-les-seins-nus-de-thailande-qu-on-ne-saurait-voir.html

 

***** Decoux (Amiral), A la barre de l’Indochine. Histoire de mon gouvernement général (1940-1945). Paris, Plon, 1949.

198.  LE GOUVERNEMENT PHIBUN SONGKHRAM (16 DÉCEMBRE 1938 - 1er AOȖT 1944)

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commentaires

Marc Geoffroy 26/08/2015 19:12

Bonjour,
Pour info, A LA BARRE DE L'INDOCHINE de l'amiral Decoux dont vous publiez la couverture est disponible aux Editions Soukha http://www.soukha-editions.fr/livre/a-la-barre-de-lindochine/
Bien cordialement,

grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-b 27/08/2015 02:48

Merci.