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  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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1 août 2015 6 01 /08 /août /2015 18:13
A189 - DES COMMERÇANTS ROMAINS SONT-ILS VENUS AU SIAM AU DÉBUT DE NOTRE ERE ?

Nous savons que de tous temps un circuit commercial entre l’Empire romain et la Chine a existé pour fournir les gourmets en épices et les coquettes auxquelles la soie faisait tourner la tête, soieries dont seuls les Chinois avaient alors le secret. Malheureusement, la liste des historiens romains est brève, elle ne comporte guère que quatre noms César (mort en 44 avant J.C.), Salluste (contemporain de Jules-César), Tite-Live (mort en 17 après J.C.) et Tacite (mort probablement en 120 après J.C). Leurs successeurs ne sont pas méprisables mais n’ont pas élevé l’Histoire à la même hauteur. Nous connaissons donc bien l’histoire de la république et des premiers empereurs et bien moins celle de l’Empire (1).  Il a manqué un Marco-Polo romain pour rédiger une chronique sur la route de la soie et des épices à cette époque. Les recherches archéologiques sont dès lors une source précieuse, malheureusement l’archéologie est une science qui ne se pratique guère au Siam que depuis le début du siècle dernier. 

 

C’est à Georges Coedès que nous devons la première découverte « romaine » significative au Siam, il ne s’agit pas d’une démonstration, mais, sinon d’une preuve formelle,  du moins d’un début de preuve du passage de l’un de ces circuits par le Siam (2) :

C’est à Georges Coedès que nous devons la première découverte « romaine » significative au Siam, il ne s’agit pas d’une démonstration, mais, sinon d’une preuve formelle,  du moins d’un début de preuve du passage de l’un de ces circuits par le Siam (2) :

 

C’est à Georges Coedès que nous devons la première découverte « romaine » significative au Siam, il ne s’agit pas d’une démonstration, mais, sinon d’une preuve formelle,  du moins d’un début de preuve du passage de l’un de ces circuits par le Siam (2) :

 
A189 - DES COMMERÇANTS ROMAINS SONT-ILS VENUS AU SIAM AU DÉBUT DE NOTRE ERE ?

 

Une lampe à huile romaine est découverte dans la province de Kanchanaburi. Georges Coedès est  alors directeur de bibliothèque Vajiranana dBangkok. Il apprend  par la lecture du Daily Mail  du 28 juillet 1927 qu’un fermier de la province de  Ratchaburi avait, le 15 du mois, déterré un squelette « géant » parmi des statues de Bouddha d’or et d’argent situés dans une cavité découverte à l’occasion d’un labour. Cette découverte avait eu lieu dans le petit village de Phongtuk, actuel tambon de l’amphoe de Thamaka dans la province de Kanchanaburi, à environ 30 kilomètres à l’ouest de Nakhonpathon au bord de la rivière Maeklong

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Les villageois s’étaient alors précipité pour creuser (piller évidemment) tout alentours et tenter de trouver des trésors. L’attention du « Royal Institut » est attirée, tout le monde est sceptique (probablement en raison du squelette de géant ?)  mais le Prince Damrong, le premier à s’être soucié de reconstituer le patrimoine archéologique de son pays,  décide de tenter sa chance et demande à Coedès d’aller effectuer une enquête sur place. 

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Il y est le 12 août. Il commence par se rendre chez le chef de village qui lui apprend que cette découverte a déjà attiré beaucoup de monde mais qu’elle n’était pas la première : trente ans auparavant, un Chinois avait trouvé des statues de Bouddha en bronze qui avaient fait sa fortune. Il avait lui-même trouvé une statuette de Bouddha en bronze, de style pré-khmer et une tablette votive qu’il avait présenté au Prince Damrong, et peu de temps auparavant  une coupelle en terre cuite. Il donne à Coedès le nom de plusieurs paysans ayant découvert des statuettes de Bouddha. Celui-ci se rend alors sur les lieux ; le squelette avait d’ores et déjà disparu, mais il y découvre quelques vestiges archéologiques sur l’origine et la datation desquels il ne se prononce alors pas. Il se fait ensuite présenter par les découvreurs les statuettes de Bouddha (elles sont en bronze, s’il en fut en or ou en argent, elles avaient évidemment disparu comme le squelette) et entend parler de la découverte d’une lampe au même endroit. Il demande à la voir, le propriétaire la lui présente, il reconnait sans difficultés une lampe à huile « gréco-romaine » auquel il manque la poignée, que le propriétaire à sa demande retrouve sans difficultés. Ce n’est pas tous les jours que l’on découvre une lampe romaine au Siam, nous dit-il. Après discussions et quelques ticals, il entre en possession de la lampe qu’il souhaite envoyer à Bangkok.

 

Le site avait été évidemment bouleversé. Vont alors commencer des fouilles systématiques sur autorisation royale. Il apparaitra que les vestiges architecturaux datent de l’époque du Dvaravati, le site de Phongtuk se révélera par la suite l’un des sites majeurs du royaume qui a duré du cinquième au septième siècle de notre ère. 

A189 - DES COMMERÇANTS ROMAINS SONT-ILS VENUS AU SIAM AU DÉBUT DE NOTRE ERE ?

Le site avait été évidemment bouleversé. Vont alors commencer des fouilles systématiques sur autorisation royale. Il apparaitra que les vestiges architecturaux datent de l’époque du Dvaravati, le site de Phongtuk se révélera par la suite l’un des sites majeurs du royaume qui a duré du cinquième au septième siècle de notre ère. 

A189 - DES COMMERÇANTS ROMAINS SONT-ILS VENUS AU SIAM AU DÉBUT DE NOTRE ERE ?

 

Revenons à l’analyse faite par Coedès de cette lampe  qu’il va tenter de dater.

 

Il s’agit d’une lampe à huile en bronze, assez semblables à celles découverts dans les ruines de Pompéi ou d’Herculanum, nous dit-il. Elle a la forme habituelle des lampes gréco-romaines, munies d’un  bec ou d’une buse dans laquelle la brûle la mèche, une ouverture sur le dessus pour verser l'huile dans le réservoir et une poignée pour la porter. Ces lampes étaient utilisées soit suspendues par une chaîne soit fixées un trépied ou un chandelier ce qui est le cas de la lampe qui comporte une mortaise dans sa partie inférieure.

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Elle est de très belle facture et en parfait état : Le manche est en forme de palmette entre deux dauphins. Ce sont des motifs classiques de l’art décoratif gréco-romain. Le dauphin est l’emblème des villes maritimes, et sa présence n’a rien de surprenant sur un objet qui a probablement été apporté dans cette partie du monde par un commerçant navigateur. Dans la mythologie grecque, les dauphins sont également censés transporter vers les îles paradisiaques les bienheureux mortels auxquels les dieux ont conférés immortalité. 

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Cette constatation incite Coedès à considérer assez logiquement qu’il s’agit d’une lampe  sépulcrale : en Grèce et à Rome, des lampes à huile étaient utilisés en liaison avec le culte des morts, elles étaient allumées à intervalles réguliers sur les tombes des défunts. Cette opinion est confortée par la figure gravée sur le couvercle, il s’agit d’une tête de Silène couronnée de lierre, parfois considéré dans la mythologie comme un fils de la Terre, ce qui explique qu’il soit associé aux culte des morts et souvent représenté sur une  lampe sépulcrale.

 

A189 - DES COMMERÇANTS ROMAINS SONT-ILS VENUS AU SIAM AU DÉBUT DE NOTRE ERE ?

Cette constatation incite Coedès à considérer assez logiquement qu’il s’agit d’une lampe  sépulcrale : en Grèce et à Rome, des lampes à huile étaient utilisés en liaison avec le culte des morts, elles étaient allumées à intervalles réguliers sur les tombes des défunts. Cette opinion est confortée par la figure gravée sur le couvercle, il s’agit d’une tête de Silène couronnée de lierre, parfois considéré dans la mythologie comme un fils de la Terre, ce qui explique qu’il soit associé aux culte des morts et souvent représenté sur une  lampe sépulcrale.

 

De par sa facture enfin, Coedès se dit convaincu qu’il s’agit d’une œuvre réalisée dans la région méditerranéenne et non d’une copie indienne, lesquelles sont de toute autre forme, de mauvaise facture et ne comportent jamais les mêmes éléments décoratifs (Silène et Dauphins).

 

Elle a donc été amenée d’Italie, de Grèce ou du Proche-Orient romain, ce qui soulève évidemment la question des relations entre le Siam et l'Empire romain au cours du second et peut-être du premier siècle de notre ère.

 

C’est au deuxième siècle que Ptolémée a composé sa Géographie, dont les chapitres sur l’Inde et la Chine sont basés sur des informations provenant d'un certain commerçant nommé Alexandre, qui aurait longé ces côtes au cours du premier siècle. C’est à cette époque aussi qu’un pilote grec d’Alexandrie nommé Hippalos aurait découvert le rythme périodique des moussons dans l’Océan indien au cours de son périple l’ayant conduit depuis le porte de Bérénice (sur la mer rouge) jusqu’au sud des Indes (ce que l’on appelle le Périple de la mer Erythrée). Par ailleurs, nous apprend encore Coedès, les Annales chinoises  font mention de la venue de commerçants occidentaux. Ainsi, en l’an 166 de notre ère nous apprend l'histoire de la dynastie des Han : « Pendant le règne de l'empereur de Houan, la 9ème année de son règne (i.e. 166), An-tun, roi de Ta T'sin a envoyé un ambassadeur qui a offert de l’ivoire, des cornes de rhinocéros et des coquilles de tortue ». 

 

Ta-T'sin est le nom donné à l'empire romain par les historiens chinois de cette époque. En 166, règne Marcus Aurelius AntoninusMarc Aurèle, dont les Chinois transcrivent le nom par deux idéographes An-tun.  Il s’agirait de la première trace écrite d’une communication entre les deux pays (3) S’agissait-il d’une ambassade officielle ? C’est peu probable pense Coedès, il est plus vraisemblable que ce fut un commerçant grec ou romain, qui, venant des Indes avec du fret ait utilisé le nom de l’empereur pour s’assurer un meilleur accueil de la part des autorités chinoises et peut-être tenté de ramener le secret de la soie ? La seule certitude est que cette « ambassade » était venue par mer.

 

Compte tenu de ces relations commerciales entre des commerçants et des aventuriers venus de la Méditerranée et cette régions depuis l'aube de l'ère chrétienne, la découverte d'un objet de gréco-romaine ou de facture hellénistique n'avait donc d'extraordinaire en soi. Il est même étonnant, pense Coedès, qu’il n’y ait eu aucune découverte antérieure (n’oublions pas qu’il écrit en 1927) au moins à Ceylan que les navires romains atteignaient avec certitude (sans devoir aller jusqu’en Chine) pour y rejoindre acheteurs ou vendeurs chinois. Mais pourquoi cette arrivée des navigateurs sur les côtes ouest du Siam ?

 

La raison est de bon sens, Coedès en fait preuve, venant de l'Europe et de l'Inde à destination de la Chine,  ils voulaient échapper au vaste détour par la péninsule malaise,  700 miles nautiques, 1.300 kilomètres et  des journées de navigation, compte non tenu de la piraterie malaise endémique, préférant  après le long voyage en mer, utiliser la voie terrestre en traversant la péninsule dans sa partie étroite. Certes, Phong tuk est beaucoup plus au nord de l’Isthme de Kra, 400 kilomètres environ, mais il se trouve le long d'un itinéraire d'une grande importance historique, qui venant de Basse-Birmanie traverse la chaîne de montagnes au Phra Chedi Sam Ong, (พระเจดีย์สามองค์) le fameux col des Trois Pagodes qui depuis toujours, constitue la principale route terrestre entre le sud de la Birmanie et l'ouest du Siam, route des envahisseurs Birmans et  route par laquelle le bouddhisme a probablement pénétré au Siam au IIIème siècle.

 

***

 

Les mêmes Annales chinoises  font encore mention, nous apprend encore Coedès, en l’année 120 (sous le règne de l’empereur Hadrien) de la venue d’une compagnie de musiciens et acrobates grecs ou romains originaires de Ta-T'sin, venus de Birmanie, qui avaient rejoint la Chine par la mer. Il est tout à fait possible que, eux aussi,  au lieu de faire le tour de la péninsule malaise, aient suivi la même route, le long de la rivière Meklong et se soient embarqués dans un port du golfe de Siam.

 

Est-ce à dire que cette lampe a été effectivement laissée à Phong Tuk par l’un de ces comédiens ou par un membre de l'ambassade romaine, ou sur la tombe de l’un d’entre eux, ce n’est pas une affirmation mais une question, et le fait que la lampe ait été découverte au milieu d’ossements (donc dans les vestiges d’une tombe) est un élément permettant de penser qu’il s’agissait bien d’une lampe sépulcrale.

 

***

 

Les découvertes archéologiques ultérieures vont nous donner de nouveaux indices de ce passage par voie terrestre par le centre du Siam.

 

Le site Dvaravati de U-Thong  dans la province de Suphanburi a fait l’objet de fouilles menées à partir du début des années 60 au cours desquelles fut découvert un double denier en bronze de l’empereur gaulois Victorinus qui a régné de 269 à 271 (4).

 
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Il n’est pas exclu (plausible mais mais pas certain) que certaines des découvertes sur site portuaire de Khaosamkaeo (เขาสามแก้ว) près de l’actuelle ville de Chumpon n’aient pas été d’origine romaine, point de départ de navires marchands vers l’est (5).

 

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Les navires pouvaient partir de ce port pour rejoindre celui d’Oc-éo avant de partir pour la Chine. Cette ville découverte dans les années 1940 au sud de la province vietnamienne d’An Giang, située un peu au sud du delta du Mékong aurait été la ville portuaire la plus importante du royaume du Fou-nan et aurait existé entre le premier  et le septième siècle ? Le passage des Romains y est attesté par la découverte de nombreuses monnaies, notamment une médaille d'Antonin-le-pieux qui mourut en 161 après J.C. (6).

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Le passage de commerçants romains ou gréco-romains plus ou moins aventuriers venus d’occident au travers du Siam est une possibilité qui pourra peut-être être confortée par des découvertes archéologiques à venir. Mais comme chacun sait, il n’y a jamais de consensus entre les experts. Si la découverte de Coedès  n’est pas contestée pour n’être d’ailleurs pas contestable, pas plus que celles d’autres traces de passage des gréco-romains, ses bons confrères vont en contester la datation. Ce sont en réalité trois datations différentes couvrant plus de la moitié d'un millénaire qui ont été suggérées.

 

On en trouve une synthèse dans l’article de la jeune archéologue allemande Brigitte Borell (7).

 

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Elle a justement le mérite d’en faire la synthèse, ce que fait moins un article très critique de 1977 ROBERT L. BROWN et ANNA M. MACDONNELL (8).  La contestation a débuté en 1955 par un article de l’archéologue C. Picard qui suggère une date plus ancienne, de l'époque hellénistique, à savoir dans le courant du troisième siècle avant le début de notre ère (9).  Brown et Macdonnel considèrent cette datation comme encore plus précoce que celle de Coedès. Ils la situent  à la période byzantine que l’on place en général au quatrième siècle de notre ère.

 

L’argument de Picard se fonde sur une décoration exclusivement païenne (les Silènes sont les disciples de Bacchus). Mais Madame Borell affirme, preuves à l’appui, qu’une décoration purement païenne (les silènes) peut être jointe à une décoration d’inspiration chrétienne, la croix et les dauphins apparaissent dans la symbolique chrétienne comme symbole de résurrection. 

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Madame Borell incline aussi pour la période byzantine au vu d’arguments qui semblent solides : elle a eu effet le privilège d’accéder  à une collection privée de Munich contenant deux lampes pratiquement identiques mais cumulant les symboles païens et le symbole chrétien par excellence, la croix. Or, l’origine des deux lampes de Munich est assurée, elles viennent d’Egypte, d’Alexandrie plus exactement,  et de l’époque Byzantine (ou copte) de l’époque postérieure à la chute des Ptolémée et antérieures à l’invasion arabe (au milieu du septième siècle). Les similitudes entre les trois lampes est telle qu’elle en déduit qu’elles proviennent probablement du même atelier, celle de Phong Tuk constituant il est vrai un chef d’œuvre.

 

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Mais que nous dit-elle sur le circuit qui a conduit cette lampe au cœur du Siam ?

 

Elle serait alors partie d’Alexandrie par le canal de Trajan d’abord (ancêtre du canal de Suez) pour rejoindre le port de Bérénice sur la mer rouge et ensuite les Indes puis le Sri Lanka (Ceylan) centre commercial alors très actif entre l’Orient et l’Occident de par sa position centrale. Elle trouve la justification de l’existence de ces longs périples dans la topographie chrétienne de Kosmas Indikopleustes, écrite en grec, probablement entre 547 et 550. Voyageurs, ambassadeurs, soldats ou marchands, les Byzantins ont parcouru toutes les routes et toutes les mers du monde de leur époque, mais ils n’ont laissé qu’un ouvrage géographique original, la Topographie chrétienne. Kosmas, probablement originaire d'Egypte, était un marchand de la première partie du sixième siècle et a écrit ce livre après s’être reconverti comme moine à Alexandrie. Au cours de ses voyages depuis la Méditerranée, la mer rouge et le golfe Persique,  il a atteint le Sri Lanka d’où il importait des épices (aloès, clous de girofle) et de la soie. Kosmas parle des terres situées à l'est de l'Inde comme de la « terre des gousses »  au-delà de laquelle se situait  le « terre de la soie plus reculée vers l'est.  Il mentionne les deux moyens de transporter la soie de Chine vers l'ouest, l'un par terre, l'autre par mer. La description que fait Kosmas du commerce à longue distance à son époque donne une très bonne image du réseau de liens commerciaux reliant les deux extrémités du monde (10). 

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Les fouilles effectuées dans les gisements romains de Berenice, datant de la fin du quatrième au cinquième siècle, ont conduit à la découverte de fragments de tissus de coton teint probablement importés des Indes, de restes de bois de teck provenant de navires démantelés venus d’Asie et d’une jarre contenant des grains de poivre (en fouillant les poubelles !).

 

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Mais revenons à notre lampe : elle est la preuve de la poursuite de ces liens commerciaux de longue distance entre l’ Asie du Sud-Est avec des régions aussi éloignées que l'Egypte et la Méditerranée même après l'apogée du commerce indo-sino-romain. Son intérêt est justement de ne pas être une monnaie d’échanges, si ceux-ci étaient payés en or, les pièces ont depuis longtemps été refondues et ne subsistent que des monnaies en bonze sans valeur intrinsèque à l’époque. C’est probablement parce qu’elle se situait dans un monument funéraire qu’elle a échappé au pillage, les Siamois respectent les morts et que le bronze n’avait pour les paysans aucune valeur intrinsèque.

 

***

 

La question de la datation ne présente en définitive guère d’intérêt dans le cadre de ces quelques modestes pages.  La datation des statuettes de Bouddha par Coedès a d’ailleurs également été critiquée. Il fait la comparaison avec les dizaines et les dizaines de lampes à huile qui ont été exhumées de Pompéi et d’Herculanum enfouies sous les cendres du Vésuve  l’année 79 de notre ère (11). Frau Borell a eu le mérite d’être prudente dans ses conclusions (la lampe date en tous cas d’avant l’invasion arabe en Egypte au milieu du VIIème siècle), le privilège d’avoir eu accès à des collections particulières permettant effectivement des comparaisons troublantes et celui enfin d’avoir examiné la lampe là où elle se trouve, Le Musée national de Bangkok, de pouvoir en prendre de très belles photographies, ce que n’a pas pu faire Coedès dont la photographie est médiocre, et d’en faire des mesures précises. Seule une datation scientifique permettrait de départager ces experts (12).

 

***

 

Nous n’en tirons qu’une conclusion, les Romains faisaient venir leur soie et leurs épices par l’une des « routes de la soie » qui utilisait une voie terrestre au travers du Siam. D’autres découvertes archéologiques sont certainement à venir. Nous conservons enfin le terme de « lampe romaine » puisque, que la lampe soit arrivée de l’empire d’occident, de Byzance ou d’Alexandrie, elle est arrivée d’une terre romaine, probablement de l’ « empire romain d’Orient » dont dépendait l’Egypte (13).

 

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NOTES

 

 

  1. Voir l’excellente étude de Nisard « Etudes sur l’antiquité – les historiens romains » parue dans la Revue des Deux-mondes, tome XVII de 1847, pages 383 s.).
  2. « The excavations at Phong Tuk and their importance for the ancient history of Siam » article de Georges Coedès publié dans le journal de la Siam societyannée 1927-1928, volume III, pages 194-209. En ce qui concerne l’état actuel des fouilles, longtemps continuées par Coedès, voir « Return to P’ong Tuk : Preliminary Reconnaissance of a Seminal Dvaravati Site in West-central Thailand » (« A thesis presented to the faculty of the Center for nternational Studies of Ohio University In partial fulfillment of the requirements for the degree Master of Arts ») par Wesley S. Clarke, Mars 2012.
  3. Voir  Chavannes, « Les pays d'Occident  d’après le Heou Han Chou » T'oung-Pao, 1907, p. 185).
  4. Voir en particulier l’article de Jean Boisselier « Recherches archéologiques en Thaïlande. Rapport sommaire de la mission 1965 (26 juillet-28 novembre) » in Arts asiatiques, Tome 20, 1969. pp. 47-98).
  5. Voir notre article 146 « Pourquoi le Roi Chulalongkorn a refusé le projet du canal de Kra » avec de nombreuses références en particulier : « Le port protohistorique de Khao Sam Kaeo en Thaïlande péninsulaire » In « Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient ». Tome 89, 2002. pp. 329-343.
  6. Voir de nombreuses références dans notre article rappelé ci-dessus.
  7. « The Early Byzantine Lamp from Pong Tuk »  publié dans le journal de la Siam Society  en 2008.
  8. «  THE PONG TUK LAMP : A RECONSIDERATION » dans le journal de la Siam society de la même année.
  9. C. Picard  « La lampe alexandrine de P’ong Tuk (Siam) » in Artibus Asiae 18,2, pages 137–149. Ancien directeur de l’Ecole français d’AthènesPicard était un éminent spécialiste de l’archéologie grecque.
  10. Cet ouvrage dont le manuscrit somptueusement illustré se trouve au Vatican, a fait l’objet de nombreuses traductions, en Allemand notamment, probablement celle à laquelle notre archéologue a eu accès.
  11. Nous en trouvons des reproductions sur près de 200 pages dans « Antiquités d’Herculanum, gravées par F. et P Piranesi frères avec une explication par S. Ph. Chaudé, et publiées par F. et P Piranesi frères – tome VI : Lampes et candélabres », Paris 1806, et sur près de 600 pages dans le tome VI de « Herculanum et Pompei – recueil général des peintures, bronzes, mosaïques etc… » par Roux Ainés, Paris 1870.
  12. La datation par thermoluminescence est évidemment possible mais nécessite, pour être précise (plus ou moins 5 pour cent), d’être effectuée sur le site, l’objet restant dans son environnement, ce qui est présentement impossible, faute de quoi l’erreur peut-être de plus ou moins 20 pour cent. Telles sont du moins les explications très techniques données par le CIRAM, (laboratoire d'analyse pour les objets d'art et le patrimoine culturel)
  13. Le terme est préférable puisque celui d‘ « empire byzantin » : Les empereurs de Constantinople ne se sont jamais considérés comme des « byzantins » mais comme des empereurs romains, successeurs légitimes du grand empire romain. Clovis, en recevant le titre honorifique de consul romain que lui décerna l’empereur Anastase  se reconnaissait formellement comme son subordonné. Les habitants se considéraient et se décrivaient eux-mêmes comme « Romains ». Ne nous étonnons par ailleurs pas que Coedès utilise le terme de « gréco-romain », la langue grecque est alors la langue universelle,  les Romains ont vaincu les Grecs par les armes mais les Grecs ont vaincu le monde méditerranéens par leur culture :

« Graecia capta ferum victorem cepit » a écrit Horace (La Grèce vaincue a vaincu son farouche vainqueur)

 
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