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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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8 août 2015 6 08 /08 /août /2015 18:00
A190. CONSTANTIN PHAULCON IN « LE MINISTRE DES MOUSSONS » DE MADAME CLAIRE KEEFE-FOX.

Encore un article sur Constantin Phaulkon pourriez-vous dire si vous nous suivez dans « notre « Histoire du Siam. Mais Fernand D. - qu’il en soit remercié - nous a offert ce livre de 525 pages intitulé « Le Ministre des moussons » publié en 1998, chez Plon et de plus  Madame Claire Keefe-Fox nous avait déjà permis d’en savoir plus sur le roi Thaksin  (1767-1782), avec son autre roman « Le roi des rizières ».* Il nous fallait bien par amitié et en hommage pour elle, évoquer ce livre.

A190. CONSTANTIN PHAULCON IN « LE MINISTRE DES MOUSSONS » DE MADAME CLAIRE KEEFE-FOX.

Constantin Hiérakis donc, est né en Grèce, à Céphalonie ; il se fait engager à 12 ans comme mousse sur le navire du capitaine Howard. Il ne sait pas alors qu’il parviendra à devenir le 1er ministre du roi Naraï (1656-1688), et l’homme le plus puissant du Siam, avant d’être exécuté par le futur roi Petracha lors d’une révolution de palais en 1688. Une aventure peu commune !

 

Son roman vient après bien des ouvrages, multipliant les points de vue divergents avec, par exemple, ceux  des jésuites, des pères des Missions étrangères, des diplomates, des militaires, des chercheurs, des Siamois, … des romanciers, comme Aylwen (1988) et  Sportès (1993), dont nous vous avons présenté les romans. Il est même le seul Farang dont « les Annales royales d’Ayutthaya » évoque l’action au sein d’un gouvernement siamois. (Cf. Son portrait in  98**) Nous avons même consacré une dizaine d’articles aux deux ambassades françaises au Siam, avec leurs principaux protagonistes, et le rôle joué par Phaulkon durant cette période. (Cf. en note***) 

A190. CONSTANTIN PHAULCON IN « LE MINISTRE DES MOUSSONS » DE MADAME CLAIRE KEEFE-FOX.

Le roman de Madame Claire Keefe-Fox s’inscrit donc dans un contexte où les références sont multiples, même si dans sa préface, elle estime que :

 

« Ce récit n’est pas à proprement parler un roman. Tout – ou presque - tout - s’est déroulé ainsi que je l’ai relaté, tous les personnages ont réellement existé ».

 

Elle donne en effet à la fin de son roman ses sources et sa bibliographie ; ce qui est peu commun pour un roman.

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A190. CONSTANTIN PHAULCON IN « LE MINISTRE DES MOUSSONS » DE MADAME CLAIRE KEEFE-FOX.

Madame Claire Keefe-Fox a choisi de structurer son roman en 3 livres (intitulés  Livre I, II et III) et 40 chapitres. Presque tous les chapitres commencent avec un lieu et une date, qui permettent bien de suivre une  chronologie de l’aventure de Constantin et de nous  informer ainsi sur la place donnée aux différentes périodes de sa vie. (Constantin ? Il est ainsi désigné par Madame Claire Keefe-Fox ou Constance au cours de son roman) Les « livres » intègrent parfois, des lettres de différents auteurs/personnages, des extraits du Journal de l’abbé de Choisy, des « éditos » annuels du « Madras Intelligencer ».

 

(En rappelant que Bangkok s’écrit ici Bancoc ; Ayutthaya, Ayoudia ; et Lopburi, Louvo.)

 

Il est précédé du récit du capitaine Howard (pp.11-16), écrit à Bathwick, Somerset, Angleterre, en novembre 1676.

 

Le capitaine raconte dans quelles circonstances il a « engagé » Constantin comme mousse à l’âge de 12 ans, puis l’a adopté et éduqué comme un père, lui assurant de bonnes études (anglais, l’étude des classiques, calcul, latin, lecture des cartes marines, portugais, etc) au cours de ses pérégrinations commerciales en Méditerranée.  Mais ce qu’il aimait, dit-il, c’étaient les récits de voyage, tout connaître des grands conquérants et voyageurs comme Alexandre et Marco Polo. Il ne pensait qu’aux Indes, « conquérir un royaume »  qui pourrait lui faire oublier ses origines bâtardes.

 

On va ensuite au livre I, suivre son parcours, les différentes étapes de sa vie, de 1659  à Céphalonie (Grèce) à janvier 1680 à Ayoudia, au long de 16 chapitres et de 148 pages, de l’âge de 12 ans à 31-32 ans. (pp.19-167)

 

On le verra sillonner la méditerranée avec  le capitaine Howard jusqu’à sa retraite en 1670, se former, acquérir une expérience de marin, et rêver aux voyages lointains, puis s’engager à la Compagnie britannique des Indes Orientales ; y travailler  pendant un an comme greffier à Madras en 1671, puis trois ans à Bantam, port de l’île de Java , comme chef-greffier, qu’il quitte, après avoir reçu une récompense de 1.000 écus, pour avoir sauvé le comptoir en feu qui allait exploser, pour rejoindre Georges White qui l’avait invité à « faire des affaires » à Mergui au Siam, « le port le plus important du commerce côtier ». Il va  alors s’y installer, s’associer à Georges White, se plaire dans son nouveau mode de vie siamois, mais une affaire désastreuse en 1677 les ruine, et  pousse Constantin à accepter un contrat « clandestin » de ventes d’armes, de poudre et de riz pour le sultan de Singhor qui veut se révolter contre le roi du Siam. 

A190. CONSTANTIN PHAULCON IN « LE MINISTRE DES MOUSSONS » DE MADAME CLAIRE KEEFE-FOX.

Une expédition qui va le griller auprès des autorités siamoises et des commerçants de Mergui. En 1678, il joue son va-tout en décidant de monter à Ayoudia  rencontrer le Phra Khlang (Le 1er ministre du roi Naraï) pour se dédouaner et l’informer. Cette rencontre va changer sa vie. On va alors assister à son ascension.

 

Il deviendra Kha Luang « le responsable du commerce du Siam avec l’étranger »,  effectuera en 1679 une expédition commerciale en Perse au nom du roi. Il sera enfin présenté  au roi en janvier 1680, va l’impressionner en s’adressant à lui en ratchasap, le siamois de Cour, au point qu’il sera invité le soir même en audience privée. Il sauvera les finances de l’Etat en 1680 et remplacera les Maures qui en avaient le contrôle.

 

Mais son ascension n’était pas terminée.

 

Commence alors le livre II avec 17 chapitres (pp. 171-393, 222 pages) qui se déroule de janvier 1681 au 19 novembre 1685 (+  l’édition spéciale du  1er janvier 1686 du « Madras Intelligencer » et une lettre de Keyts de janvier 1686 adressée aux directeurs de l’honorable VOC de Batavia), qui sera suivi par le livre III avec 7 chapitres (pp. 397-523, 128 pages) qui va du 21 juin 1686 à Ayoudia au 8 septembre 1688 à Bancoc pour le dernier chapitre, avec le coup d’Etat de Petracha et la fuite des Français de Bancoc le 13 novembre 1688 sur L’Oriflamme, Le Siam, et Le Louvo, suivi d’une lettre du père de Bèze datée du 1er février 1690.

 

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A190. CONSTANTIN PHAULCON IN « LE MINISTRE DES MOUSSONS » DE MADAME CLAIRE KEEFE-FOX.

On pourrait alors continuer avec les livres II et III, chapitre par chapitre, suivre Constantin Phaulkon au cours des huit dernières années de sa vie. Vous auriez alors 45 pages de résumé à lire ; résumé que vous pouvez d’ailleurs lire en note.

 

Mais cette lecture linéaire ne permettrait peut-être pas de remarquer que la chronologie suivie par Madame Claire Keefe-Fox privilégie la partie consacrée au temps des deux ambassades françaises de Louis XIV envoyées au Siam, puisqu’elle y consacre 238 pages, de l’arrivée de la 1ère ambassade, le 23 septembre 1685 au départ forcé du général Desfarges et des Français le 13 novembre 1688.

 

Huit années disions-nous, mais dont certaines sont expédiées, comme celles de 1681, 1683, 1684 qui n’ont droit qu’à un seul chapitre ; alors que quatre chapitres par exemple  seront consacrés aux dates du 16, 17,18, et 20 octobre 1685, ou  au 17 novembre 1685 au chapitre 16, au 19 novembre 1685 au chapitre 17, voire au livre III, au 21 juin 1686 au chapitre 1.

 

Certes, rien de plus normal, l’auteur est libre de ses choix et en fonction des sources trouvées, travaille le temps comme il l’entend, le compressant, le dilatant, le résumant, le mettant « en scène », pouvant procéder à des retours en arrière ou à des ellipses, que nous avons remarqué dans notre lecture linéaire. (Cf. En note) Mais comme l’auteur commence son roman en nous promettant un ordre chronologique et « biographique » ; retenons donc les moments forts de cette vie hors du commun, en sachant que le roman traite non seulement des différentes étapes de son accession au pouvoir, mais aussi du développement de ses propres affaires commerciales qui feront sa fortune avec une vie familiale tumultueuse au milieu de ses concubines. Trois facettes de sa vie parfois différentes mais qui se combinent aussi souvent au milieu des intrigues de la politique siamoise. Un destin exceptionnel qu’il doit bien sûr à des qualités remarquables (culture, don des langues avec la maîtrise du siamois et du siamois de cour, sens des affaires, formation comptable, tacticien politique, etc)  mais aussi et surtout à la relation unique qu’il a pu entretenir avec le roi Naraï, un roi absolu.

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A190. CONSTANTIN PHAULCON IN « LE MINISTRE DES MOUSSONS » DE MADAME CLAIRE KEEFE-FOX.

 

Céphalonie 1659 / Londres 1667.

 

Madras, 1671.

 

Bantam de 1672 à 1674.

 

47 pages  consacrées à trois temps de sa vie, de 1659 à 1674 avant qu’il n’arrive à Mergui au Siam ; à savoir, comme nous l’avons déjà évoqué, sa formation et son expérience de marin auprès du capitaine Howard jusqu’à la retraite de ce dernier en 1670 ; puis son engagement à la Compagnie anglaise des Indes orientales, comme greffier, où il travaillera presque 4 ans ; un an à Madras en Inde en 1671, et 3 ans à Bantam (« un port dans l’île de Java tenu par les Hollandais » jusqu’en 1674, qu’il quitte, après avoir reçu une récompense de 1000 écus, pour avoir sauvé le comptoir en feu et qui allait exploser, avec laquelle il achète un bateau, pour rejoindre Georges White qui l’a invité à « faire des affaires » à Mergui au Siam, « le port le plus important du commerce côtier ».  

 

Constantin au Siam. Mergui, 1674-1678. 

A190. CONSTANTIN PHAULCON IN « LE MINISTRE DES MOUSSONS » DE MADAME CLAIRE KEEFE-FOX.

53 pages pour découvrir sa nouvelle vie à Mergui (le luxe, le mode vie siamois,  les esclaves et concubines), son association commerciale avec Georges White, sa connaissance du milieu pour réussir dans le commerce indépendant ; Le Shabandar (gouverneur) dont dépend en partie sa réussite future, avec  les négociants en place ( les familles portugaises, anglaises, hollandaises), le commerce japonais, les fonctionnaires du roi, la corruption, les alliances nécessaires … Constantin veut réussir et n’oublie pas d’apprendre le siamois et à penser comme un siamois.

 

Malheureusement, le nouveau gouverneur va retarder volontairement sa cargaison dans laquelle il avait investi toute sa fortune. (Poudre, fusils, pendules et surtout des draps rouges pour les caparaçons des éléphants destinés à la Cour), 

A190. CONSTANTIN PHAULCON IN « LE MINISTRE DES MOUSSONS » DE MADAME CLAIRE KEEFE-FOX.

L’expédition au sultanat de Singhor (25 pages)

 

Ruiné, il se croit contraint d’accepter un contrat quelque peu « interdit et clandestin » à savoir livrer poudre, armes et riz au sultan de Singhor, qui veut se révolter contre le roi du Siam. Constantin fera  le récit de cette aventure (fuite, naufrage, perte de leur navire). Mais s’il revient avec quatre barres d’or pour se refaire, il n’avait pas prévu les conséquences au retour : ils sont devenus des « lépreux » à Mergui, et les douanes, les services portuaires ne veulent plus leur donner d’autorisation d’embarquement, même leur principal fournisseur ne veut plus les livrer. Ils sont grillés et Constantin risque l’expulsion.

 

Constantin va alors prendre une décision qui va changer sa vie : informer le 1er ministre que la poudre livrée a été mouillée et que le Siam ne risque rien de la part du Sultan de Singhor.

A190. CONSTANTIN PHAULCON IN « LE MINISTRE DES MOUSSONS » DE MADAME CLAIRE KEEFE-FOX.

Ayoudia, 1678-1680.

 

Il obtient très rapidement par Thomas Ivatt’s, un indépendant qui a aidé la Cie et est bien introduit à la Cour, un rendez-vous auprès du  « Chao Phraya Khlang Kosathibodi » (le 1er ministre) à l’issue duquel il est heureux d’annoncer à Ivatt’s : « Thomas, vous n’allez pas me croire, et jamais je ne pourrai vous remercier assez ! Je rentre demain au service du Phra Khlang. »

 

Sans transition, on le retrouve deux ans plus tard Kha Luang « responsable du commerce du Siam avec l’étranger ». Outre son travail (vérification des marchandises, le courrier, a commencé un système d’archivage) ; on apprend qu’il étudie le « ratchasap » (le langage de la Cour) pendant quelques heures par jour avec un moine», et qu’il est étonné par la complexité de l’étiquette de la Cour. 

 

Une nouvelle étape dans l’ascension : Constantin chargé des finances royales         auprès du Phra Khlang après avoir évincé les Maures qui  « commerç(ai)ent exclusivement au nom du roi »  

 

 

Constantin va « sauver » un Phra Khlang désespéré qui vient d’apprendre qu’il est redevable pour la première fois de 40.000 écus aux Maures qui  ont clos les comptes de l’année. Constantin va prouver non seulement leurs fraudes et leurs escroqueries mais leur faire rembourser 60.000 écus.  Ils vont perdre le monopole du commerce royal, et les services de Constantin en seront chargés désormais.

       

Une nouvelle mission. Le Phra Khlang fait savoir à Constantin qu’il est appelé à diriger une expédition commerciale à Banda Abbas et au Shah à Ispahan, au nom du roi. Mission qu’il racontera et réussira. Nous sommes fin 1679. Ce succès lui vaut d’être enfin reçu par le roi.

A190. CONSTANTIN PHAULCON IN « LE MINISTRE DES MOUSSONS » DE MADAME CLAIRE KEEFE-FOX.

Une date importante : Janvier 1680. La 1ère rencontre de Constantin et du roi.

 

Constantin est présenté au roi dans la grande salle des Conseils. Il impressionne le roi en s’adressant à lui en ratchasap, le siamois de Cour. Le roi l’invite le soir même en audience privée. Ce qui est rare. Le roi est intrigué et le questionne pour savoir qui il est et ce qu’il recherche en son royaume. Constantin lui racontera alors sa vie et son parcours. Ce sera le début de multiples entretiens sur les affaires du royaume ; mais aussi sur les puissances anglaises, hollandaise et française, les grands rois et leurs batailles que le roi veut connaître. 

A190. CONSTANTIN PHAULCON IN « LE MINISTRE DES MOUSSONS » DE MADAME CLAIRE KEEFE-FOX.

Janvier 1681.

 

Un an plus tard. Constantin se sait assez fort pour accuser le  Phra Khlang, devant le roi et tout le Conseil des mandarins, de ne pas avoir obéi au roi pour établir des fortifications dans les villes stratégiques du royaume (Bancoc, Porcelouc, Korat),  et même d’avoir été acheté.

 

« Le roi était figé. Les mandarins interdits. » Le Phra Klang fut arrêté sur le champ et sa vie épargnée en souvenir de l’amitié passée avec le roi et de ses exploits antérieurs. Sur sa recommandation, Okya Wang,   grand amiral de la Flotte, est nommé Phra Khlang.

 

Constantin n’oublie pas ses propres affaires et a désormais quatre vaisseaux avec l’assistance de Georges White à Ayoudia et Samuel White à Mergui. 

 

1682. Constantin se voit confier une nouvelle mission : Il est chargé par le roi d’aller chercher auprès du roi du Cambodge le tribut annuel de vassalité. 

A190. CONSTANTIN PHAULCON IN « LE MINISTRE DES MOUSSONS » DE MADAME CLAIRE KEEFE-FOX.

Pendant cette période les intrigues vont bon train. Okya Wang a été destitué pour avoir calomnié Phaulkon, et Keyts, le chef du comptoir hollandais intrigue avec Petracha, (qui intrigue lui aussi pour se faire nommer Phra Khlang ), Sorasak,  Kosapan et Kosathibodi, (l’ex-Phra Khlang). (Constantin connait donc ses « ennemis » qui n’auront de cesse  de tenter de le nuire jusqu’à leur succès en 1688.)

 

Mais Constantin revient en triomphe de cette mission, avec surtout la statuette de bronze de Prajnâparamitâ volé à Pimaï qui  aux yeux du roi Naraï est le trésor le plus précieux qui soit, que les souverains précédents n’avaient jamais pu obtenir. « J’y vois le signe que tu es choisi pour être l’instrument de notre grandeur. »

 

Le roi propose alors à Constantin de devenir Phra Khlang, honneur qu’il décline, par stratégie politique,  afin  d’être moins exposé face à ses « ennemis » intrigants.

 

Ensuite, Naraï confie à Constantin la mission de préparer l’envoi d’une nouvelle ambassade auprès du roi de France (composée de Khun P’ichaï Walit et Khun P’ichitt Maïtri, avec quatre adolescents esclaves pour être formés à l’artisanat français et accompagnés par les missionnaires Vachet et Pascot, chargés d’acheter une longue liste d’objets dont des lunettes d’astronomie.)

A190. CONSTANTIN PHAULCON IN « LE MINISTRE DES MOUSSONS » DE MADAME CLAIRE KEEFE-FOX.

 

Et le roi décide de marier Constantin avec Maria Guimar, «  la petite fille du puissant Yamada, chef de la nation nippone d’Ayoudia » à qui il doit beaucoup d’argent, et  dont le Siam dépend pour le commerce. 

A190. CONSTANTIN PHAULCON IN « LE MINISTRE DES MOUSSONS » DE MADAME CLAIRE KEEFE-FOX.

 

1682. Une année importante pour Constantin : il a donc conquis la première place du pouvoir et a toute la confiance du roi Naraï. Ses affaires vont bien avec Georges White, surtout depuis qu’ils ont obtenu le monopole du poivre de Pattani, même si Samuel White à Mergui est accusé de vol et de piratage.

 

Quel parcours pour un commerçant ruiné qui arrivait pour la première fois à Ayoudia et rencontrait le premier ministre en 1678 ; voilà 4 ans !

A190. CONSTANTIN PHAULCON IN « LE MINISTRE DES MOUSSONS » DE MADAME CLAIRE KEEFE-FOX.

L’année 1683 sera traitée en un chapitre, ainsi que l’année 1684.

 

En 1683 est évoquée  la relation avec sa femme  qui ne s’était pas améliorée du fait de son infidélité assumée avec ses concubines et qu’il a eu un enfant. Il lui propose cependant une mission : gagner l’amitié de la Kromluang Yothatep sachant que celui qui l’épousera héritera de la couronne, d’où la nécessité pour Constantin de savoir ce qu’elle pense pour l’empêcher qu’elle puisse se marier avec Luang Sorasak, son « ennemi ».

 

Et en 1684, Constantin apprend  par une lettre du père Vachet que le roi Louis avait déjà lancé les préparatifs d’une ambassade française.

 

Constantin va alors, pour la 1ère fois, nous livrer la stratégie dans laquelle cette ambassade pouvait se situer pour assurer la sécurité et la prospérité du royaume, et … surtout ses intérêts.

 

Il s’agissait d’obtenir l’aide de la France pour faire face aux Hollandais et aux Anglais, qui de Java et de l’Inde pouvaient étouffer la position commerciale du Siam et pire, les annexer un jour … et de disposer de soldats français à son service.

A190. CONSTANTIN PHAULCON IN « LE MINISTRE DES MOUSSONS » DE MADAME CLAIRE KEEFE-FOX.

Si les années 1683 et 1684 n’avaient eu droit qu’à un seul chapitre chacune, l’année 1685 se déroulera sur 9 chapitres de 101 pages. (Du chapitre 9 (p. 273) à la fin du chapitre 17 (p. 393. Fin du livre II) de septembre 1685 au 1er janvier 1686.) Pourquoi ?

 

C’est en fait la période de la première ambassade de Louis XIV séjournant au Siam. Vous pouvez lire en note le résumé et lire ou relire les articles que nous avons consacrés aux deux ambassades françaises.

 

Les deux vaisseaux de l’ambassade française du chevalier de Chaumont secondé par l’abbé de Choisy, L’oiseau et La Maligne, arrivent donc à Bancoc, le 23 septembre 1685, pour repartir le samedi 22 décembre, deux heures après minuit. 

A190. CONSTANTIN PHAULCON IN « LE MINISTRE DES MOUSSONS » DE MADAME CLAIRE KEEFE-FOX.

Très vite, Constantin va apprendre que le but de cette ambassade est de vouloir convertir le roi, alors qu’il s’agissait pour lui d’obtenir un engagement de Louis XIV « à se porter aux côtés des Siamois si les Hollandais ou les Anglais se mêlaient de les vouloir attaquer. Et, pour se faire, une seule solution. Laisser en permanence ici une garnison d’officiers et de soldats français qui seraient sous ses ordres. Une garnison qui permettrait d’assurer l’ordre au moment de la succession. » (p. 352)

 

Le roman racontera les différentes étapes, les conflits entre les différents acteurs, les dialogues difficiles, et tout l’art diplomatique de Constantin pour proposer au chevalier de Chaumont la ville de Bancoc au roi de France qui impliquerait  que  « le roi de France (soit) prêt à envoyer des troupes, des ingénieurs, des chevaux, des vaisseaux et de l’argent à Bancoc, pour faire de la ville une citadelle française. Proposition qu’il refusera pour obtenir quand même du chevalier la proclamation devant le roi d’une ligue offensive et défensive entre la France et le Siam » et une garnison française qui restera à Bancoc, commandée par Forbin. Il aura en plus la surprise de voir le père Tachard, jésuite, proposer d’ être son « ambassadeur » auprès du père de la Chaize, confesseur de Louis XIV. 

A190. CONSTANTIN PHAULCON IN « LE MINISTRE DES MOUSSONS » DE MADAME CLAIRE KEEFE-FOX.

On arrivait au livre III, comme nous l’avons déjà dit avec 7 chapitres (pp. 397-523) 128 pages), mais essentiellement consacré à :

 

La révolte des Macassars de juillet 1686.

 

La révolte de Mergui du 14 juillet 1687.

 

La deuxième ambassade française de La Loubère-Céberet, de son arrivée le 26 septembre 1687 à son départ le 3 janvier 1688.

 

La période qui verra la chute de Constantin, le coup d’Etat de Petracha avec l’assassinat des prétendants royaux et de Constantin, le départ  forcé du général Desfarges et ce qui restait de la garnison française le 13 novembre 1688.  

 

Vous pouvez lire le résumé de tous ces événements en note, tout en sachant que d’autres témoins et écrivains en ont donné d’autres versions, comme l’abbé de Choisy, le comte de Forbin,  Jean Vollant des Verquains, Sportès, Aylwen, Forest. Nous leur avons consacré des articles. (Cf. en note)

 

Nous espérons surtout vous avoir donné envie de lire le roman de Madame Claire Keefe-Fox.

A190. CONSTANTIN PHAULCON IN « LE MINISTRE DES MOUSSONS » DE MADAME CLAIRE KEEFE-FOX.

 *115.1 et 115.2 « La représentation romanesque du règne du roi Taksin  (1767-1782) ».

 

Selon le roman « Le roi des rizières » de Claire Keefe-Fox, Plon, 2007.

 

L’auteur.  Née à Trieste, de père américain et de mère française, Madame Claire Keefe-Fox a vécu entre les Etats-Unis, la Suisse, la France et l'Italie.
Interprète, a été directrice de l’Alliance française de Bangkok.

 

Elle a déjà publié « Le Ministre des moussons, Plon, 1998,  et « L’atelier d’éternité », Plon, 2002

                                                ________________

 

NOTES ET REFERENCES.

 

**Article 98. « Un portrait de Phaulkon original, dressé par les annales siamoises. » (The Royal Chronicles of Ayutthaya: A Synoptic Translation Cushman, Richard D. & Wyatt, David K. 8.2 x 11.4", 556 pp., paper, Bangkok, 2000)

 

***Dans notre catégorie : « Les relations franco-thaïes » :

 

Article 6. « Les deux ambassades envoyées par Louis XIV à la Cour de Siam en 1685 et 1687, vues par le Comte de Forbin. »   http://www.alainbernardenthailande.com/article-6-les-relations-franco-thaies-les-deux-ambassades-de-louis-xiv-63639892.html

 

Article 8. « La première ambassade de 1685 envoyée par Louis XIV à la Cour de Siam, vue par l’Abbé de Choisy. » http://www.alainbernardenthailande.com/article-8-les-relations-franco-thaies-la-1ere-ambassade-de-1685-63771005.html

 

Article 10. « La deuxième ambassade envoyée par Louis XIV en 1687 au Siam, vue par Simon de la Loubère », In « Du Royaume de Siam ». http://www.alainbernardenthailande.com/article-10-les-relations-franco-thaies-la-2eme-ambassade-de-1687-63771843.html

« M. de La Loubère va profiter de cette Ambassade pour écrire « Du Royaume de Siam», un classique de la littérature de voyage sur la civilisation, la culture et la vie quotidienne  du Siam, publié en deux volumes en 1691.

Beaucoup s’accordent à dire que ce livre reste à ce jour une des meilleures études sur la culture et la civilisation du Siam au XVIIe siècle. »

 

Article 12. « La 1ère ambassade de Louis XIV, vue par Mme Pensri Duke, une historienne thaïe des années 1960. » http://www.alainbernardenthailande.com/article-12-la-1ere-ambassade-vue-par-une-historienne-thaie-64176235.html

 

Article 13. « La « Révolution » de 1688 au Siam, vue par Jean Vollant des Verquains, In Particularités de la révolution de Siam arrivées en l’année 1688 » http://www.alainbernardenthailande.com/article-13-les-relations-franco-thaies-la-revolution-de-pitracha-de-1688-64176423.html

 

14. Les relations franco-thaïes : « L’expédition de Phuket de 1689 du général Desfarges » http://www.alainbernardenthailande.com/article-14-les-relations-franco-thaies-l-expedition-de-phuket-de-1689-64176809.html

 

Point de vue d’Alain Forest évoqué, in 99.  La fin du règne du roi Naraï et la « révolution » de 1688. http://www.alainbernardenthailande.com/article-99-la-fin-du-regne-du-roi-narai-et-la-revolution-de-1688-120200350.html

 

In son Annexe1. Aperçu sur les relations franco-siamoises au temps de Phra Naraï et pp. 371-428, in « VII- Au Siam : vers la crise (1686-septembre 1687) » ; VIII- En France, une décision aberrante » « XIX- L’occupation française (septembre 1687 - début janvier 1688 »,  « X- La Révolution du Siam (1688) » et  « XI- Epilogue », In  « Les missionnaires français au Tonkin et au Siam. XVIIe- XVIIIe siècles », Analyse comparée d’un relatif succès et d’un total échec, préface de Georges Condominas, Livre I, II, et III, Histoires du Siam, L’Harmattan, 1998.

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Et puis encore :

 

A89. Louis XIV a voulu coloniser le Siam ? In Morgan Sportès,  « Pour la plus grande gloire de Dieu » http://www.alainbernardenthailande.com/article-a89-louis-xiv-a-t-il-voulu-coloniser-le-siam-113692980.html

 

A99. « Le Faucon du Siam » d’Axel Aylwen.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a99-le-faucon-du-siam-d-axel-aylwen-116169404.html

Axel Aylwen a publié en 1988 le roman le plus populaire consacré à Constance Phaulkon, un aventurier grec devenu le 1er ministre du roi du Siam Naraï (1656-1688), dans une trilogie de 1680 pages, intitulée Le Faucon du Siam, L'Envol du Faucon, et Le Dernier Vol du Faucon.*

 

Les 3 tomes du roman d’Aylwen présentent  un aventurier, Phaulcon, un personnage « réel » hors du commun, qui réussira à devenir le 1er ministre du roi Naraï (1647-1688) de 1682 à 1688, jusqu’au coup d’Etat du général Petracha, le futur roi. On pourra ainsi suivre un destin exceptionnel et une période historique de l’histoire du Siam, en profitant au passage des « charmes  exotiques » de ce pays asiatique, avec ses us et coutumes,  la vie de la Cour, du peuple, ses façons de vivre, d’aimer, de croire … de mêler un art de vivre, ses superstitions, son érotisme, le raffinement et la cruauté, les lumières et les ombres.

 

99.  La fin du règne du roi Naraï et la « révolution » de 1688.

 http://www.alainbernardenthailande.com/article-99-la-fin-du-regne-du-roi-narai-et-la-revolution-de-1688-120200350.html 

A190. CONSTANTIN PHAULCON IN « LE MINISTRE DES MOUSSONS » DE MADAME CLAIRE KEEFE-FOX.

Il est temps maintenant de repérer les différents épisodes de la vie plutôt étonnante de ce Constantin Phaulcon du roman de Madame Claire Keefe-Fox.

 

Le livre 1 avec 16 chapitres (pp.19-167. 148 pages) se déroule donc  de 1659 en Céphalonie à janvier 1680 à Ayoudia.

 

Il est précédé du récit du capitaine Howard (pp.11-16), écrit à Bathwick, Somerset, Angleterre, novembre 1676. 

A190. CONSTANTIN PHAULCON IN « LE MINISTRE DES MOUSSONS » DE MADAME CLAIRE KEEFE-FOX.

Il apprend à Georges White, dans quelles circonstances, il a rencontré Constantin à Céphalonie, qui avait alors 12 ans et qui l’a supplié de le prendre comme mousse à bord de son bateau. Il a eu pitié de sa misère et l’a élevé comme son enfant. Il a assuré son éducation (l’anglais, les classiques, le calcul, le récit de ses voyages). Constantin, lui-même a appris le Portugais pour mieux comprendre un marin portugais qui racontait l’Inde et ses récits fantastiques.  Il avait la passion de ces récits, voulait tout savoir sur Alexandre le Grand et autres « voyageurs » ; Il retenait tout. Il rêvait des Indes, de conquêtes, qui lui auraient fait oublier ses origines bâtardes.

 

On va voir ensuite sur 47 pages  trois épisodes de sa vie, de 1659 à 1674, de Céphalonie, à Madras, Bantam et son arrivée au Siam. 

 

Ch 1. Céphalonie 1659. 

A190. CONSTANTIN PHAULCON IN « LE MINISTRE DES MOUSSONS » DE MADAME CLAIRE KEEFE-FOX.

 

Constantin a 12 ans et s’embarque comme mousse sur le navire du capitaine Howard.

 

Ch 2. Londres 1667. 

A190. CONSTANTIN PHAULCON IN « LE MINISTRE DES MOUSSONS » DE MADAME CLAIRE KEEFE-FOX.

Constantin a 20 ans. Le capitaine Howard a pris sa retraite. Constantin se fait engager par la Compagnie anglaise des Indes orientales, avec un coup de pouce de Georges White, en partance pour Madras. Le chapitre se termine avec deux lettres de Constantin destinées au capitaine Howard ; l’une de Madras de 1671, l’autre de Bantam de 1672. (« Bantam, un port dans l’île de Java tenu par les Hollandais ». Il signale que Sir Josiah Child lui a confié la comptabilité du comptoir.

 

Ch 3. Bantam 1674.  

A190. CONSTANTIN PHAULCON IN « LE MINISTRE DES MOUSSONS » DE MADAME CLAIRE KEEFE-FOX.

Voilà 4 ans qu’il est au service de la Compagnie anglaise des Indes orientales. Il raconte son travail, sa vie à Bantam. Il fait profil bas, ressent l’humiliation vis-à-vis des autres Européens. Il sauve le comptoir en flammes qui alIait sauter. Le directeur, reconnaissant, lui offre 1000 écus. Il voit là sa liberté, la possibilité d’acheter un petit bateau et de faire du commerce. De fait, au chapitre 4 suivant, on le voit à Mergui, royaume de Siam, en 1674 (p.48). Il s’est souvenu d’une lettre que Georges White lui avait envoyée un an auparavant  l’invitant à venir à « Mergui (est) le port le plus important du commerce côtier » propice pour faire des affaires.

 

Madame Claire Keefe-Fox a donc consacré 38 pages à Constantin de son départ à 12 ans de Céphalonie, une île grecque, une colonie de la république de Venise  …….. à son arrivée à Mergui au Siam en 1674. Il a alors 26 ans.

 

Constantin au Siam.

A190. CONSTANTIN PHAULCON IN « LE MINISTRE DES MOUSSONS » DE MADAME CLAIRE KEEFE-FOX.

Au ch.4, Mergui, royaume du Siam, 1674. (pp.48- 52)

 

Nous sommes donc à Mergui, où il rejoint Georges White, qui lui présente la ville, son emplacement stratégique pour le commerce,  son mode de vie (les belles servantes et concubines), le pouvoir tenu par les Maures (Mahométans de l’Inde) et les indigènes (Pégouans et Birmans) …

A190. CONSTANTIN PHAULCON IN « LE MINISTRE DES MOUSSONS » DE MADAME CLAIRE KEEFE-FOX.

Ch. 5. (Aucune indication de date et de lieu) (pp. 53-59)

 

Georges White lui fait « découvrir » la vie à Mergui  et ce qu’il faut savoir pour réussir : le luxe, le mode vie siamois ; l’esclave personnelle de Georges White offert par le Shabandar, le gouverneur de la ville ; les traits principaux du commerce pour un indépendant (Le commerce japonais, la route difficile jusqu’à Ayoudia) ; la prise en compte du milieu, avec le Shabandar dont dépend en partie sa réussite future, avec  les négociants en place (les familles portugaises, anglaises, hollandaises), les fonctionnaires du roi, la corruption, les alliances nécessaires … 

 

Ch. 6, Mergui, 1677. (pp. 60-69)

 

Nous sommes donc en 1677 toujours à Mergui. « Deux  ans, nous dit Madame Claire Keefe-Fox, se sont déjà écoulés ». Qu’a-t-il fait ? appris ?

 

Il s’est associé avec Georges White. Un moine lui apprend le  Siamois et à penser comme un Siamois (la religion, le cœur froid, le jai yen) ; Il est curieux et sait écouter les gens du peuple et discute souvent au marché avec un marchand de nouilles.  Il a appris la querelle entre les jésuites et les Missions étrangères. La femme de White arrivant, il a acheté la maison de White avec I-Bun (Une belle esclave)  et la plupart des autres esclaves ; il n’a aucune affinité avec les Anglais et les Portugais ; a mesuré l’importance du gouverneur persan, surtout du nouveau, le neveu, qui va entraver leur commerce, en retardant une cargaison (poudre, fusils, pendules) et surtout des draps rouges pour les caparaçons des éléphants destinée à la Cour. Toute sa fortune y  était investie.

 

Les chapitres 7,8, et 9 seront consacrés à l’expédition au sultanat de Singhor (pp.70-104) 

A190. CONSTANTIN PHAULCON IN « LE MINISTRE DES MOUSSONS » DE MADAME CLAIRE KEEFE-FOX.

Ch. 7. (pp.70-81)

 

Constantin sent la ruine prochaine car il n’a pu vendre ses draps rouges et n’est pas convaincu par Georges White qui essaye de le rassurer.  (Mais qui a l’argent de sa famille, la dot de sa femme, et un frère à Madras bien placé dans la Compagnie des Indes). Et puis vient « l’étrange offre » qu’il accepte : « fournir un sultan d’une principauté de Malaisie qui avait un besoin urgent de poudre, de mousquets et de riz » contre huit barres d’or. Il se doit aussi d’acheter une esclave qui servira de couverture. Georges lui montre sa folie, car il voit qu’il est très difficile d’acheter des barils de poudre en toute discrétion. Il pense à circonvenir Richard Burnaby, chef du petit comptoir anglais.

A190. CONSTANTIN PHAULCON IN « LE MINISTRE DES MOUSSONS » DE MADAME CLAIRE KEEFE-FOX.

Ch.8. (pp. 82-90)

 

On apprend qu’un accord a pu se faire avec Burnaby sur 500 mesures de riz, 150 mousquets et 100 barils de poudre. Constantin, seul, mènera l’expédition jugé fort périlleuse et très incertaine, en pleine période de mousson en plus.

Ch.9, Mergui, 1678 (pp.91-104)

 

Nous sommes toujours à Mergui. Georges, inquiet, attend le retour de l’expédition. On va vite apprendre par Constantin lui-même  le récit de l’expédition. Le naufrage et la perte du « Le Valiant » la destination (Singhor (Songkla)) ; le sultan à moitié fou qui veut attaquer le Siam, et sa fuite ; Ils n’ont que 4 barres d’or pour se refaire, mais ils sont devenus des « lépreux » à Mergui, car de nombreuses rumeurs circulent sur leur expédition. Les douanes, les services portuaires ne veulent plus leur donner d’autorisation d’embarquement, même leur principal fournisseur ne veut plus les livrer. Il risque de plus l’expulsion.

 

Constantin alors va jouer un quitte ou double : informer le 1er ministre  siamois que la menace du sultan de Singhor est une chimère, car la poudre est mouillée. Il doit dons aller à Ayoudia.

 

Au chapitre 10, Constantin est pour la première fois à Ayoudia. Nous sommes toujours en 1678. Une autre étape dans la vie de Constantin. Sa dernière carte ?

A190. CONSTANTIN PHAULCON IN « LE MINISTRE DES MOUSSONS » DE MADAME CLAIRE KEEFE-FOX.

Ch. 10, Ayoudia, 1678. (pp. 105-116)

 

Un voyage difficile de quatre semaines (montagne, jungle, fauves) de Mergui à Ayoudia (3 jours de Bancoc à Ayoudia), avec ses premières impressions (pense à Venise, la vie sur l’eau, le palais. Il va  au siège de la Cie anglaise dirigé par Elihu Yale, où Georges lui a dit qu’il doit rencontrer Thomas Ivatt’s, un indépendant qui a aidé la Cie et est bien introduit à la Cour, un « original » (vit à la siamoise et est homo). Constantin y voit des anciens de Madras et de Bantam dont un certain William Strangh, dont nous reparlerons. Entretien entre Constantin et  Ivatt’s, qui lui obtient deux jours plus tard une entrevue avec « Chao Phraya Khlang Kosathibodi » (le 1er ministre) qui se fera lors d’une chasse au tigre. Ivatt’s est étonné que Constantin ne sache rien ni des titres ni des usages de la Cour. Il lui donne des conseils pour son entrevue (concision, honnêteté (il fera vérifier tous vos dires), et l’informe que le Phra Khlang le prendra sur son éléphant. On n’apprend rien de l’entrevue, mais le chapitre se termine par :

 

« Thomas, vous n’allez pas me croire, et jamais je ne pourrai vous remercier assez ! Je rentre demain au service du Phra Khlang. »

A190. CONSTANTIN PHAULCON IN « LE MINISTRE DES MOUSSONS » DE MADAME CLAIRE KEEFE-FOX.

Chapitre 11,  Ayoudia, 1680. (pp. 117-127)

 

Deux ans ont passé. Que s’est-il passé ? On le retrouve Kha Luang « responsable du commerce du Siam avec l’étranger ». Il aide en sous-main Georges White, resté à Mergui.

 

Dans une lettre de trois pages (pp.118-120) adressée à George White, il fait le point :

 

Il lui demande  de vendre sa maison de Mergui ; de disposer d’I-Bun, d’assurer le retour d’Aungnua chez sa mère ; lui dit que son « maître » est émerveillé par ses connaissances comptables ; qu’il a contre lui les Maures qui « commercent exclusivement au nom du roi » ; que le Phra Khlang se plaint que l’argent rentre de moins en moins alors que le Siam exporte de plus en plus. Constantin se doute que les Maures fraudent, mais qu’il ne peut agir pour l’instant car sa position ne tient que par la faveur du Phra Khlang. Il l’informe ensuite sur son travail (vérification des marchandises, le courrier, a commencé un système d’archivage) ; qu’il apprend pendant quelques heures par jour avec un moine le « ratchasap », le langage de la Cour ; qu’il est étonné par l’étiquette royale très stricte, et que les Européens mènent une vie mondaine, mais qu’il n’a pas encore d’amis réels. Il lui confie qu’il veut se faire connaître par une belle jeune portugaise orpheline (Antonia Mendès).

 

La fin du chapitre est consacrée à sa stratégie pour rencontrer Antonia. (Visite du Don Fernao, directeur de la Cie portugaise, qu’il est prêt à mentir sur ses sentiments religieux évoquant son salut ; le « je vous aime » en début de messe, etc ;) bref, un Constantin amoureux ; Il constate qu’il entre dans un milieu religieux où s’affrontent les Jésuites et les  Missions étrangères. 

A190. CONSTANTIN PHAULCON IN « LE MINISTRE DES MOUSSONS » DE MADAME CLAIRE KEEFE-FOX.

Ch.12, Ayoudia, 10 avril 1680. (pp.128-135)

 

(Pourquoi une date aussi précise ?)

 

Le Phra Khlang est désespéré. Les Maures, selon le protocole, apporte les registres pour clore les comptes de l’année mais la couronne, pour la 1ère fois, était redevable de 40 000 écus ; une somme énorme que le trésor n’avait pas. Constantin lui montre avec quelques exemples que les Maures l’escroquent, que les comptes sont un tissu de tromperies. Il apprend aussi que le  Phra Khlang n’a jamais vérifié les comptes. Ils voient là un complot pour les faire destituer ; Constantin demande 2, 3 jours pour vérifier les comptes, avec l’aide d’ Ivatts.

 

On apprend que Constantin est parvenu à ses fins et qu’Antonia est enceinte.

A190. CONSTANTIN PHAULCON IN « LE MINISTRE DES MOUSSONS » DE MADAME CLAIRE KEEFE-FOX.

Ch. 13, Ayoudia, avril 1679 (1680 ?)

 

(Le roman indique avril 1679. Disons plutôt avril 1680, puisque le roman dit que nous sommes 4 jours après). (pp. 136-144.)

 

Nous sommes donc  4 jours après, avec le Phra Khlang, accompagné du Maure Aqa Muhammad présentant au roi, les comptes révisés par Constantin, qui a   découvert les « erreurs » ; « Les Maures devaient à la couronne royale 60 000 écus. » Le roi est furieux ; les Maures perdent le monopole du commerce royal, et les services de Constantin en sont chargés désormais. Le Phra Khlang fait savoir à Constantin qu’il est appelé à diriger une expédition commerciale à Banda Abbas et au Shah à Ispahan, au nom du roi.

 

Il est exaspéré par le comportement d’Antonia. (Toutefois avant de partir, on apprendra au chapitre suivant, qu’il a promis devant le père Suarez de l’épouser à son retour et de reconnaître l’enfant.)

A190. CONSTANTIN PHAULCON IN « LE MINISTRE DES MOUSSONS » DE MADAME CLAIRE KEEFE-FOX.

Ch. 14, Ayoudia, fin décembre 1679 (pp.145-152)

 

Une lettre de Constantin adressée à Georges.

 

Il lui apprend son succès de sa mission à Ispahan ; que le Phra Khlang est ravi car il a fait des bénéfices considérables et  revient avec des commandes plus importantes que l’année précédente. Il va décrire en deux pages les difficultés de l’expédition (comme par exemple un mois de route à dos de chameaux) et les merveilles d’Ispahan et l’accueil chaleureux. Il était le représentant du roi de Siam !

 

On apprend aussi, qu’il a obtenu les registres des cinq dernières années pour se protéger des Maures et qu’Aqa Muhammad est mort pendant son absence; qu’il invite Georges, une fois de plus, à le rejoindre, alors que son frère Samuel White est arrivé à Mergui. Il termine sa lettre en annonçant à Georges, avec fierté, que le roi va le recevoir.

 

« Aurais-tu pensé qu’un jour l’étranger tremblant que tu as secouru dans les bureaux de la Compagnie serait reçu par le roi du Siam ? » (p. 152)

A190. CONSTANTIN PHAULCON IN « LE MINISTRE DES MOUSSONS » DE MADAME CLAIRE KEEFE-FOX.

Ch. 15, Ayoudia,  janvier 1680. (pp. 153-163)

 

Constantin est présenté au roi dans la grande salle des Conseils. Il assiste pour la première fois au rituel. Il impressionne le roi en s’adressant à lui en ratchasap, le siamois de Cour. Le roi l’invite le soir même en audience privée. Ce qui est rare. Le roi est intrigué et le questionne pour savoir qui il est et ce qu’il recherche en son royaume. Constantin lui racontera alors sa vie et son parcours. Le roi souhaite qu’il l’informe sur les puissances anglaise, hollandaise et française.

 

Ch. 16, (Pas de date) (pp. 164-167)

 

On tombe en pleine conversation entre le roi et Constantin qui vient de raconter la bataille de Texel qui a vu la victoire de Louis XIV sur les Provinces-Unies. Le roi est admiratif de ce roi guerrier et non marchand. Et puis curieusement,  le roi lui dit « en passant » : « Tu sais que je  lui ai envoyé une ambassade, il y a quelques semaines à peine. » pour obtenir son amitié (p. 164) Et Constantin acquiesce, en lui disant que les missionnaires ne veulent que faire du bien et gagner son appui, et que le seul et récent comptoir français du sieur Deslandes n’est pas une menace.

 

On apprend alors que la frégate française «le « Soleil d’Orient »a embarqué  l’ambassade siamoise  accompagnée du missionnaire Gayme, avec des présents somptueux. Le roi s’inquiètera pour savoir si les présents sont à la hauteur. Constantin, pensant à l’inventaire (vases d’or, porcelaines de Chine, laques, etc.) le rassurera en rappelant leur beauté sans pareille.

 

On peut noter –ici- comment cette 1ère ambassade siamoise envoyée à Louis XIV  est expédiée en une trentaine de lignes, et que Constantin ne semble  rien an attendre. (Manque de sources pour notre auteur ?)

 

Ensuite –sans transition-, le roi lui demande de l’accompagner aux écuries vérifier si Monsieur Vincent a examiné l’éléphant blanc malade. C’est un grand honneur que peu de farangs ont connu.

 

(Cf. notre article « 55. Ayutthaya en guerre pour deux éléphants blancs.» pour comprendre l’importance jouée par les éléphants blancs à cette époque. Ici, le prince Petracha, Grand Eléphantier en titre et  le chef adjoint de l’ éléphanterie, Luang Sorasak.

A190. CONSTANTIN PHAULCON IN « LE MINISTRE DES MOUSSONS » DE MADAME CLAIRE KEEFE-FOX.

Constantin rencontre le chef adjoint de l’ éléphanterie, Luang Sorasak. (p.165)

 

On apprend qu’il serait le fils naturel du roi qu’il aurait eu d’une princesse de Lan Na, fille prisonnière du roi Saen Luang vaincu ; Il aurait confié l’enfant à son frère de lait, le prince Petracha, Grand Eléphantier en titre, pour l’élever.

 

Le roi demande à Constantin des nouvelles de son fils, âgé d’un mois. On apprend que le roi lui avait offert un collier de rubis, et on le voit ici lui donner une énorme bague ornée d’un saphir birman. Le chapitre et le livre I se terminent sur un crachat par terre de Sorasak devant Constantin et du conseil de Vincent de se méfier de lui.

 

Fin du livre I. (p.168)

A190. CONSTANTIN PHAULCON IN « LE MINISTRE DES MOUSSONS » DE MADAME CLAIRE KEEFE-FOX.

Livre II.

 

Le livre II avec 17 chapitres (pp. 171-393. 222 pages) se déroule de janvier 1681 au 19 novembre 1685 (chapitre 17)  (+ un extrait du Journal de Choisy (du jeudi 22 novembre au samedi 22 décembre 1685) + l’édition spéciale du  1er janvier 1686 du « Madras Intelligencer » et une lettre de Keyts de janvier 1686 adressée aux directeurs de l’honorable VOC de Batavia ).

 

Cinq années de la vie et de l’aventure de Constance. (1681-1685)

 

Le chapitre 1 sera consacré à l’année 1681. (13 pages)

 

Ch.1, Ayoudia, janvier 1681 (pp. 171-183 + une lettre de  Keyts (directeur du comptoir hollandais d’Ayoudia) aux directeurs du comptoir de l’honorable VOC de Batavia de juin 1682.

 

Constantin est heureux de recevoir Georges White et sa charmante femme venus s’installer à Ayoudia. Ils sont venus avec l’esclave Aungnua avec qui il vivait à Mergui ! Constantin l’informe de la situation, de son différend avec Ivatt’s et surtout avec Phra Khlang à propos de la volonté royale de fortifier les villes stratégiques du royaume ( Bancoc, Porcelouc, Korat, et peut-être Mergui) en repensant au blocus hollandais du fleuve Chao Phraya. Le roi lui a demandé de dresser les plans des futurs remparts, mais le Phra Khlang ne veut pas en entendre parler, et répand des rumeurs sur Constantin.

 

Après une description d’une réception fastueuse chez Constantin, on va, lors d’une audience royale assister à un événement incroyable :

 

Devant tout le roi et le Conseil des mandarins, Constantin va accuser le  Phra Khlang de ne pas avoir obéi au roi pour établir les fortifications et d’avoir été acheté.

 

« Le roi était figé. Les mandarins interdits. » Le Phra Klang fut arrêté sur le champ et sa vie épargnée en souvenir de l’amitié passée avec le roi et de ses exploits antérieurs.

 

A la sortie Luang Sorasak et Constantin échangent des mots plein de  sous-entendus belliqueux.

 

Une lettre de  Keyts (directeur du comptoir hollandais d’Ayoudia) aux directeurs du comptoir de l’honorable VOC de Batavia de juin 1682, nous apprend que Phaulcon est parti en campagne au Cambodge, qu’Okya Wang, grand amiral de la Flotte, un moment nommé barcalon a été destitué pour avoir calomnié Phaulkon, que Keyts intrigue avec Petracha, qui intrigue lui aussi pour se faire nommer barcalon.

A190. CONSTANTIN PHAULCON IN « LE MINISTRE DES MOUSSONS » DE MADAME CLAIRE KEEFE-FOX.

Ch. 2, Ayoudia, juin 1682 (pp. 186-197)

 

Ce chapitre est important, et concerne les intrigues menées contre Constantin, le succès (relatif) de sa campagne au Cambodge. Et surtout l’offre du roi de nommer Constantin Phra Khlang, nomination qu’il décline.

 

( Quel chemin parcouru en 8 ans, en se souvenant que Constantin avait débarqué au Siam, à Mergui en 1674 !)

 

Les intrigues contre Constantin. Pendant que Constantin est parti au Cambodge  à Angkor, chercher le tribut annuel de vassalité, Okya Wang, grand amiral de la Flotte, qui avait pourtant été nommé barcalon par le roi, sur la proposition de Constantin, tente maladroitement de le faire tomber pour trahison avec une fausse lettre envoyée au roi de Pegou que Constantin aurait écrite. Le faux est si grossier, que le roi destitue Okya Wang et fait trancher la tête du lieutenant faussaire. Le roi ne supporte plus les attaques contre Constantin et fait même bastonner le jeune Sorasak. On a également la confirmation que Petracha et Keyts intriguent. On assiste à une scène avec Kosapan, Petarcha, Sorasak et Kosathibodi (l’ex-Phra Khlang) qui montre bien leur volonté de se débarrasser de Constantin.

 

Constantin donc a été chargé par le roi d’aller chercher auprès du roi du Cambodge le tribut annuel de vassalité.

 

Le pays traverse une crise grave, car le demi-frère du roi, lui conteste le pouvoir, soutenu par le Tonkin, avec des velléités  des Cochinchinois et du Champa qui ont des visées sur le pays. Le chapitre décrit son retour triomphal, et son regret d’annoncer au roi que s’il a obtenu l’or et les pierres précieuses, il n’a pu obtenir du riz d’un pays exsangue. Le roi du Cambodge par contre a rendu la statuette de bronze de Prajnâparamitâ volé à Pimaï et confié comme gage son fils Nac Lon.

 

Cette statuette est très importante aux yeux du roi Naraï qui y voit  le trésor le plus précieux, que les souverains précédents n’avaient jamais pu obtenir. « J’y vois le signe que tu es choisi pour être l’instrument de notre grandeur. Béni sois-tu, mille fois. » 

 

Le roi lui proposera alors de devenir  Phra Khlang, « mais la prudence lui dicta de refuser. » (p. 196)

 

(Le chapitre consacre aussi quelques pages à la curiosité de Constantin profitant du voyage pour apprendre les croyances, les coutumes, le récit généalogique, le déclin d’Angkor …)

A190. CONSTANTIN PHAULCON IN « LE MINISTRE DES MOUSSONS » DE MADAME CLAIRE KEEFE-FOX.

Ch. 3. (pp. 198-203) + une lettre de Keyts aux directeurs de l’Honorable VOC Batavia du 7 décembre 1681 et le N°1 du « Madras Intelligencer » du 1er janvier 1682.

 

Constantin aborde différents sujets lors d’un repas privé avec le roi.

 

Le roi revient sur son passé, lui rappelle sa victoire sur le Lan Na, son impossibilité de reconnaître une alliance officielle avec la mère de son fils Sorasak, ce qui l’a obligé à le confier à son frère de lait Petracha ; et ensuite l’adoption du prince Mom Pi « afin qu’épouse (sa) fille et hérite de la Couronne à (sa) mort ». Mais celle-ci ne le veut pas car « il n’aime ni les femmes, ni la chasse, ni la guerre ». Le roi lui demande alors s‘il a des nouvelles de l’ambassade siamoise à la cour de France, s’il faut organiser une crémation symbolique ; Un moment pour parler religion. Constantin  ensuite suggère que l’Oya Phra Sedet, le ministre chargé des monastères et des moines ferait un bon Phra Klang, mais le roi lui dit préférer Petracha. Constantin lui rétorque que Petracha n’aime pas les farangs qui seraient alors obligé de se retirer et que de plus, Petracha « est un guerrier qui ne croit pas à l’importance du commerce ». Le roi lui répond qu’il y réfléchira.

 

La lettre de Keyts aux directeurs de l’Honorable VOC Batavia du 7 décembre 1681, confirme la perte de la frégate française « Soleil d’Orient »  et que Phaulcon a répandu la rumeur qu’il aurait été coulé par un vaisseau hollandais ; que Petracha demande de faire profil bas pour le moment ; qu’enfin, Constantin a désormais quatre vaisseaux avec l’assistance de Georges White à Ayoudia et de Samuel White à Mergui.

 

Le N°1 du « Madras Intelligencer » du 1er janvier 1682, signale une frégate, le « New Jerusalem » piraté –dit-on – par des sujets britanniques travaillant pour le roi du Siam.

A190. CONSTANTIN PHAULCON IN « LE MINISTRE DES MOUSSONS » DE MADAME CLAIRE KEEFE-FOX.

Ensuite les chapitres 4, 5 et 6 seront consacrés à l‘année 1682.

 

Ch. 4. Ayoudia, 1682. (pp.207-215)

 

Un chapitre très varié, avec au début la confirmation que le « Soleil levant » a bien sombré et l’ordre de Naraï donné aux astrologues pour choisir la date de la crémation rituelle afin de libérer l’âme des trois ambassadeurs, Luang Sri Wisan, Khun Nakhon Vicchaï et  son ami Pya Pipat Kosa qui avait déjà conduit trois ambassades auprès de l’empereur de Chine. Puis Constantin va apprendre la mort de nombreuses personnes, Kosathibodi (l’ex-Phra Khlang), son père, le capitaine Howard, qui lui avait laissé tous ses biens, et son jeune fils Pedro.

 

Ensuite Constantin se rend chez Georges Whithe pour évoquer leurs affaires qui vont bien depuis qu’ils ont obtenu le monopole du poivre de Pattani, monopole qui fait réagir les autres compagnies hollandaise, anglaise et portugaiss déjà exacerbées par sa concurrence. Il s’agit de calmer le jeu, et il lui demande de rappeler à l’ordre son frère Samuel à Mergui, dont il a confirmation par une lettre de Burnaby qu’il est bien avec Coates le responsable du pillage et de l’incendie du « New Jerusalem » de Pegou.

 

Côté privé, Constantin doit faire face à Antonia devenue « folle » après la mort de son fils Pedro et qui ne supporte plus ses concubines esclaves comme Catona, Aungnua et une nouvelle Mai-Thip offerte par Yothatep, la fille du roi.

 

Ensuite, on se retrouve avec Naraï qui a décidé d’envoyer une nouvelle ambassade auprès du roi de France composée de Khun P’ichaï Walit et Khun P’ichitt Maïtri, avec quatre adolescents esclaves pour être formés à l’artisanat français et accompagnés par les missionnaires Vachet et Pascot, chargés d’acheter une longue liste d’objets dont des lunettes d’astronomie. Il charge Constantin de leur trouver un bateau. Celui-ci sollicite Strangh qui veut obtenir en échange un avantage commercial ;  Une violente dispute s’ensuit à l’issue de laquelle Constantin lui dit qu’il va doubler ses droits de douane.

 

Plus tard, dans un autre entretien, le roi exprime quelques inquiétudes à son sujet : relate une conversation avec Yothathep et Petracha qui émette des doutes sur sa loyauté ; remarque qu’il n’a aucun appui avec les autres nations et a donc décidé de le marier avec Maria Guimar, «  la petite fille du puissant Yamada, chef de la nation nippone d’Ayoudia. »

 

Il lui donne les raisons : il lui doit beaucoup d’argent, et  le Siam dépend du commerce des peaux de cerf dont les Japonais ont le monopole et ils leur achètent tout leur cuivre.   Yamada lui a fait comprendre en outre qu’ils se sentent menacés depuis l’arrivée de Constantin avec le commerce européen. Ivatt’s plus loin lui racontera l’histoire de la mère Ursule Yamada (qui a eu son enfant avec un père jésuite couvert par le mariage avec le vieux maître Phanik) et lui fera miroiter l’héritage de la famille Yamada.

 

A190. CONSTANTIN PHAULCON IN « LE MINISTRE DES MOUSSONS » DE MADAME CLAIRE KEEFE-FOX.

Ch.5, Ayoudia, mai 1682. (pp. 216- 230)

 

La chapitre commence en évoquant le faste du « mariage de Constantin Phaulkon –Okya Vichayen, mandarin de troisième rang en titre (et Phra Khlang de fait)- avec Maria Guimar de Yamada. » devant toute la communauté catholique, pour revenir ensuite sur les longues négociations qui avaient eu lieu en vue d’un contrat qui allait inclure outre la liste des biens ; le départ d’Antonia dans un couvent de Macao, sa séparation avec ses concubines notoires (Catona, Aungnua, Mai-Thip), sa résidence dans le camp japonais, sa profession de foi catholique.

 

On apprendra aussi que le différend avec Strangh a encore monté d’un cran et que Georges White a décidé de rejoindre la Compagnie anglaise en Angleterre.

 

Ch. 6, Ayoudia,  juillet 1682  (pp. 231-242) + Une lettre de Louis, évêque de Métellopolis (Mgr Laneau), de août 1682 adressée au « séminaire des Missions étrangères de Paris, concernant les instructions complémentaires pour messieurs Vachet et Paschot qui accompagnent les envoyés du roi de Siam » et  l’éditorial du 1er janvier 1683 du « Madras Intelligencer » n°34.

 

Discussion au séminaire de la Société des Missions étrangères à Ayoudia entre Mgr Laneau, le père Duchesne, l’abbé Artus de Lionne sur leur approche différente de leur mission et Nicolas Gervaise, plongé dans ses pensées pour la rédaction de son « Histoire naturelle et politique du royaume de Siam ». (On ne comprend pas que Mgr Laneau s’habille en moine alors que lui, le justifie par son amitié avec le roi)

 

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Arrivée le 4 juillet de Mgr Pallu, en transit pour la Chine, avec dix nouveaux missionnaires, chargé de lettres du pape et du roi Louis XIV pour le roi du Siam. Mgr Pallu informe Mgr Laneau que les difficultés entre leur Société et les jésuites sont aplanies, et que le roi inspiré par Mme de Maintenon espère une conversion du roi de Siam. Mgr Laneau lui en indique l’impossibilité, vu déjà le peu de conversions opérées dans  le royaume.

 

Mgr Pallu rencontre Constantin pour obtenir une audience royale afin d’avoir un sauf-conduit pour la Chine. Constantin, inspectant les cadeaux (des tableaux) du pape lui conseille de les présenter de sa part, vu leur peu de valeur. Lors de l’audience à Louvo, le roi annonce à Mgr Pallu qu’il pourra choisir un terrain pour construire une église dont la couronne paiera les frais de construction. Le roi de plus, accorde à la Compagnie française l’autorisation de s’établir à Johore, afin de satisfaire la France. Mgr Pallu estime que ces offres sont le fait de Constantin et pense même qu’il contribuera à ce que le roi se fasse chrétien.

 

Une lettre de Louis, évêque de Métellopolis (Mgr Laneau), de août 1682 adressée aux Missions étrangères de Paris, annonce l’ambassade envoyée et du rôle que peuvent jouer les pères Vachet et Paschot pour faire connaître les libéralités du roi du Siam (construction du séminaire), ses remerciements pour les présents du roi Louis, et de l’importance de  ramener les commandes de Naraï dont la lunette pour voir les éclipses. Il dit aussi qu’on a quelque raison d’espérer,  du fait que le roi a ôté beaucoup de pouvoir aux Mahométans au profit d’un catholique, qu’il embrassera peut-être la foi, « s’il vient à recevoir quelque marque d’amitié de la part du roi de France. »

 

Le chapitre se termine avec l’éditorial du 1er janvier 1683 du « Madras Intelligencer » n°34 ; Il nous apprend des mauvaises nouvelles pour la Cie anglaise : Ils ont été chassés de Batavia par un édit du 22 août ; Le comptoir d’Ayoudia a été détruit par un incendie dont on dit que la responsabilité incombe à Daniel Yale qui a remplacé son frère Eliju Yale, muté comme directeur à Madras ; Et en plus les Français se sont vus attribuer un comptoir à Johore que la Compagnie briguait.

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L’année 1683 sera traitée en un seul chapitre : le chapitre 7, de même  l’année 1684 au seul chapitre 8.

 

Ch. 7, Ayoudia, 1683. (pp.247- 256 + l’éditorial du 1er janvier 1684 du  « Madras Intelligencer ».

 

La relation de Constantin avec Maria est plutôt orageuse. Constantin a peu d’égard pour elle ; il est froid et distant et la quitte au bout d’une semaine, sans rien lui dire pour réapparaître dix jours après. Il ne peut supporter ses jérémiades, sa jalousie (il continue de voir Aungnua), au regard de ses soucis (l’héritier du Cambodge avait disparu et les 500 siamois venus le soutenir ont été massacrés ; Les marchands anglais et hollandais ne cessent de comploter et Strangh l’accuse partout d’avoir mis le feu à l’entrepôt anglais.)

 

Deux pages ensuite pour arriver à : « Et, plus d’un an plus tard, rien n’avait vraiment changé » (p. 251), sauf qu’il avait eu un fils Jorge ou Georges. La relation avec sa femme  ne s’était pas améliorée du fait de son infidélité assumée avec ses concubines. Toutefois il lui propose cependant une mission : gagner l’amitié de la Kromluang Yothatep pour l’empêcher qu’elle puisse se marier avec Luang Sorasak, son « ennemi ».

 

Ensuite il est  fait un portrait de Yothapet sachant que celui qui l’épousera héritera de la couronne, d’où la nécessité pour Constantin de savoir ce qu’elle pense. Naraï avait refusé Chao Fa Noi, celui qu’elle aimait et elle ne voulait pas de Mom Pi son fils adoptif (Studieux, mais laid, petit, voûté). Yothapet avait accepté de recevoir Maria pour mieux connaître Constantin et de trouver le moyen de le perdre aux yeux du roi.

 

Le chapitre se termine avec  l’éditorial du 1er janvier 1684 du  « Madras Intelligencer ». On y apprend que les cas de piraterie opérés par Coates continuent et que le Shahbandar de Mergui lui-même semble  impuissant. 

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Ch. 8, Louvo, janvier 1684. (pp. 259-269) + une lettre de Strangh à M. Constance Phaulcon du 2 décembre 1684 et l’éditorial du « Madras Intelligencer »  du 1er janvier 1685.Mgr Laneau a reçu une lettre du père Vachet et en livre le contenu à Constantin qui va apprendre que l’ambassade siamoise est bien arrivée, mais que l’accueil ne s’est pas très bien passé, car l’ambassade venait de Londres avec un bateau anglais ; le marquis de Seignelay, ministre du roi crut à une supercherie alimentée par une rumeur hollandaise, surtout que la Cour n’avait pas été informée du naufrage de la 1ère ambassade. De plus, les deux ambassadeurs avaient refusé de respecter l’étiquette. Mais la lettre contenait une nouvelle qui allait réjouir Constantin : le roi Louis avait déjà lancé les préparatifs d’une ambassade française.

 

Constantin va alors, pour la 1ère fois, nous livrer la stratégie dans laquelle cette ambassade pouvait se situer pour assurer la sécurité et la prospérité du royaume.

 

Il s’agissait d’obtenir l’aide de la France pour faire face aux Hollandais et aux Anglais, qui de Java et de l’Inde pouvaient étouffer la position commerciale du Siam et pire, les annexer un jour. 

 

Constantin allait aussi apprendre que le Père de La Chaise, jésuite et confesseur du roi allait lui envoyer six jésuites astronomes et mathématiciens, conformément à sa demande. Nous les verrons discuter et croire que peut-être cette ambassade les aiderait à convertir le roi.

 

Ensuite, on peut lire une  lettre violente de Strangh adressée à M. Constance Phaulcon du 2 décembre 1684, où il l’insulte, le traite de Grec sorti du ruisseau, l’accuse d’avoir incendié la factorie anglaise, lui reproche d’avoir mis Potts à la cangue pour l’avoir en privé qualifié de petit mousse et de valet. Il termine en le menaçant d’une action future de sa Compagnie. 

 

Le chapitre s’achève avec  l’éditorial du 1er janvier 1684 du  « Madras Intelligencer », où on apprend que Sir Josiah, après Bantam, Hoogly et Madras avait été nommé directeur de la Compagnie à Londres ; son frère Elihu Yale l’avait remplacé. Il signalait également avec satisfaction que Samuel White avait été nommé au poste de Shahbandar de Mergui et que M. Bunarby, alors représentant de la Compagnie, l’assistait comme gouverneur. (Ils allaient en fait surtout travailler pour Constantin) Il espérait qu’ils seraient à même de faire cesser les exactions de piratage de Coates basé à Mergui.

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Si les années 1683 et 1684 n’avaient eu droit qu’à un seul chapitre chacune, l’année 1685 se déroulera sur 9 chapitres de 101 pages. (Du chapitre 9 (p. 273) à la fin du chapitre 17 (p. 393) de septembre 1685 au 1er janvier 1686.) Pourquoi ?

 

C’est en fait la période de la première ambassade de Louis XIV séjournant au Siam.

 

Ch. 9, Ayoudia, début septembre 1685. (pp.273-286)

 

Constantin est heureux d’apprendre à Mgr Laneau que « les vaisseaux de l’ambassade de France, L’oiseau et La Maligne, doivent avoir quitté Batavia depuis plus de quinze jours ». Il aimerait également connaître le contenu de la lettre que le père Vachet a reçue, afin de mieux connaître les personnes de l’ambassade. Devant la réticence de Mgr Laneau, Constantin se calme et lui confie sa fatigue à veiller le roi malade la nuit, et à préparer les détails de la réception et des négociations et à s’occuper de la guerre dans le nord-est du Cambodge occupé par les Cochinchinois. Il lui demande son aide tant le roi veut la réussite de cette ambassade, que son avenir en dépend et rajoute-t-il, « la position de votre pays et de votre religion  (…) également. » (p. 275)

 

On assiste ensuite à deux entretiens entre le roi et Constantin.

 

Dans le premier le roi lui reproche sa vie dissolue, l’informe que Yothapet a été choquée par la situation humiliante de Maria (concubines, son palais de Louvo qui lui est interdit), lui rappelle qu’il a besoin du soutien des Japonais. Le lendemain, il veut obtenir du roi souffrant, l’autorisation de négocier la paix au Cambodge avec le prince Nac Non ; ce que le roi refuse énergiquement. Constantin lui annonce enfin l’arrivée prochaine des deux navires de l’ambassade française avec ce qu’il a demandé (astrologues, mathématiciens, les glaces avec les artisans pour les monter).

 

Le chapitre se termine sur la colère de Constantin à qui Mgr Laneau vient de communiquer le contenu de la lettre de Vachet, qui  l’informe que l’ambassade veut convertir le roi et qu’elle est menée, par un hérétique converti et imbécile, et un abbé déguisé en fille. Constantin doute alors de son projet de demander à Paris « des troupes pour défendre Bancoc et Mergui contre une attaque des Anglais et des Hollandais. » (p. 285)

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Ch. 10. Ayoudia, septembre 1684. (pp.287-302)

 

(Erreur, il s’agit de septembre 1685 )

 

Les deux vaisseaux de l’ambassade française, L’oiseau et La Maligne, arrivent à Bancoc. Constantin, à Ayoudia, est furieux car les préparatifs ne sont pas terminés (provisions, habitations). Il lui faut réagir, alors qu’Ivatts entre dans son bureau, lui présente des magnifiques objets (porcelaines). Occupé, il l’invite à passer le soir chez lui, et Ivatts se dit porteur d’une lettre de Georges White.  Dans sa maison, Constantin lui apprendra la mort en couche de Mai-Thip l’une de ses concubines et qu’il a confié la petite Nhu (sa fille) au pensionnat dont s’occupe sa femme. Ivatts lui apprendra que la Compagnie a forcé Georges à la quitter à cause des exactions de piratage de son frère Samuel et de son âme damnée Coates à Mergui. Constantin essayera de relativiser, mais Ivatt’s le mettra en garde sur le danger que cela fait courir au commerce de la Région, et lui rappellera la puissance de la Compagnie à Madras, de de méfier de son directeur Yale qui complote avec Keyts (directeur du comptoir hollandais à Ayoudia)  et Petracha qui tire les ficelles.

 

Constantin jugea qu’il était temps d’aller voir par lui-même à Bancoc l’allure que pouvaient avoir les «  Français en qui il plaçait tant d’espoir, malgré leur intention ridicule de convertir Sa Majesté » (p. 294) A Bancoc, il les observe mais ne voit que le gouverneur ; Il apprend que les provisions sont arrivées et qu’il serait bien d’installer un cabaret à filles, pour éviter que les soldats importunent les habitantes. (Il n’oublie pas de dire au gouverneur qu’il prendra 15% sur les bénéfices)

 

Le roi, de retour à Ayoudia, convoqua Mgr Laneau et le père Vachet, impatient qu’il était de les « informer d’une décision d’une importance considérable pour l’avenir du Siam », à savoir envoyer une véritable ambassade à son cousin « digne en tout point de celle qui était venue ici ».

 

Mais Constantin eut ensuite un entretien privé avec Mgr Laneau et le père Vachet moins diplomatique. Il dénonça avec colère cette prétention de vouloir convertir le roi et reprocha à Vachet de s’être « glorifié de l’avancement du christianisme dans le royaume, simplement pour mettre les Missions étrangères en avant, aux dépends des Jésuites, furieux que vous étiez d’en voir six envoyés ici ». Il termina toutefois en leur proposant de faire construire un collège catholique. Il passa la nuit auprès d’Aungnua.

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Ch. 11, Ayoudia, octobre 1685. (pp. 303-310)

 

L’ambassade se morfond à Bancoc attendant que les astrologues de la Cour aient choisi la date d’audience royale. Kosa Pan et d’autres mandarins viennent leur rendre visite régulièrement et les informer des usages ; Constantin leur a envoyé une lettre d’accueil et chacun s’interroge sur ce mystérieux Vichayen ou Constantin. Pendant ce temps, celui-ci aménage leur résidence luxueusement à Ayoudia et a même pensé à y construire une petite chapelle. Les pères jésuites mathématiciens  et géomètre Joachim Bouvet, Claude de Visdelou, et Guy Tachard ont pu néanmoins rejoindre Ayoudia et se présenter à Constantin. Les autres avec leur supérieur, le père de Fontaney sont restés à bord de La Maligne. Constantin ne réagit pas quand il les entend « gémir sur l’ignorance et l’aveuglement de ce pauvre peuple ». Il est heureux de leur annoncer que l’audience royale aura lieu dans 10 jours, le 17 octobre. Le chapitre se termine sur une conversation entre de Chaumont qui rappelle à Monsieur Veret, le nouveau chef de comptoir français, -désirant pouvoir retirer le maximum d’avantages commerciaux et de faire des affaires-, que sa mission est « d’apporter le message du Christ au roi de Siam. » 

 

Les quatre chapitres suivants (12 13, 14, 15) (pp. 311- 366 ; 55 pages), seront concentrés sur les dates du 16, 17,18, et 20 octobre 1685.

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Ch.12. Ayoudia, 16 octobre 1685. (pp. 311-326)

 

Nous commençons ce chapitre avec une longue lettre de cinq pages de Constantin, datée donc du 16 octobre 1685, adressée à son ami Georges White, où il l’informe  que si la Compagnie des Indes envisageait de saisir les vaisseaux du roi de Siam, cela équivaudrait à une déclaration de guerre. Il lui rappelait et espérait le voir un jour auprès de lui, et il faisait le point sur l’ambassade française, qui allait être reçue demain par le roi, et qui était le pivot de sa nouvelle politique.

 

Mais il ne cache pas les obstacles, car déjà dit-il, le but réel de l’ambassade est de « proposer au roi de se faire  chrétien » et rien d’autre, comme lui a précisé le premier ambassadeur Alexandre de Chaumont, « un homme buté ». Un homme qui veut imposer l’étiquette de Versailles à la Cour de Siam, comme par exemple, ne pas se déchausser, ne pas enlever le chapeau, ne pas ôter l’épée, ne pas s’agenouiller, comment donner la lettre au roi, etc. Heureusement que le coadjuteur, l’abbé de Choisy (surnommé l’abbé Franfreluche à Versailles, dit-il) les a amené à accepter certaines concessions.

 

Dans le reste du chapitre, on voit Constantin observer l’ambassade, écouter leurs propos sur le pays qu’ils ne comprennent pas, qu’ils méprisent même comme de Chaumont, crachant un durian et s’exclamant «  C’est tout à l’image du reste de leur pays ». Constantin ira leur rendre visite, leur communiquera la joie du roi de les recevoir, tentera de les rassurer sur l’implantation du catholicisme mais essayera d’amener de Chaumont sur la nécessité de défense commune des deux pays ; il apprendra qu’il avait été nommé chevalier de l’ordre du Saint Esprit par Louis XIV. Il tentera de séduire Forbin, le major de l’ambassade, dont il avait perçu les réticences

 

Mais pour Constantin, -c’est écrit- il s’agissait d’obtenir un engagement de Louis XIV « à se porter aux côtés des Siamois si les Hollandais ou les Anglais se mêlaient de les vouloir attaquer. Et, pour se faire, une seule solution. Laisser en permanence ici une garnison d’officiers et de soldats français qui seraient sous ses ordres à lui. Une garnison qui permettrait d’assurer l’ordre au moment de la succession. » (p. 352)

 

La fin du chapitre est réservée à la tentative de séduction de Constantin sur Forbin qui lui a offert l’hospitalité en son palais et mit à sa disposition de  belles servantes.

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Ch. 13, Ayoudia, 18 octobre 1685 (dont un extrait du journal de l’abbé de Choisy daté du 17 octobre), (pp. 327-334).

 

Nous retrouvons Forbin au lever avec un Constantin aux petits soins pour lui, mais ce chapitre est surtout composé d’un extrait du journal de l’abbé de Choisy daté du 17 octobre adressé à monsieur l’abbé de Dangeau, dans lequel l’abbé raconte les principales étapes de l’audience royale qui l’ont marqué ; avec tous les égards et respect dus  à la lettre du roi Louis XIV qu’on a mise, seule, sur un balon (barque) ; suivi par un  cortège d’autres balons magnifiques de l’ambassade, des représentants des autres nations,  avec leurs dorures et leurs 60 rameurs de chaque côté ; la lettre qu’on a mise ensuite sur un char de triomphe ; les différentes cours du palais royal avec des centaines de chevaux, éléphants, la salle d’audience avec de grandes troupes de mandarins, la face en terre, le cérémonial convenu avec la délégation de l’ambassade, la harangue de De Chaumont, invitant le roi « à se faire instruire dans la religion chrétienne » ; comment l’ambassadeur a forcé le roi à se baisser pour prendre la lettre qui était sur une coupe d’or ; et comment ensuite ils furent bien accueillis au palais de Constance, en qui il voit un « maître homme ».

 

Au chapitre 14, daté également du 17 octobre (pp. 335-345), donne surtout les réactions diverses à propos de l’audience.

 

On a la réaction de Constantin, « livide de rage » à propos de l’attitude de l’ambassadeur qui a obligé le roi de Siam à se pencher pour prendre la lettre et de sa harangue, dont heureusement il a pu changer la traduction. Par contre le roi le félicita et était ravi, et il retrouva une ambassade en train de rire tant elle avait vu des choses comiques.

 

Constantin put ensuite se remettre à ses affaires ; Convoquer Samuel White ; lire les inventaires de marchandises, les missives du Cambodge ;  les rapports, courriers comme celui sur l’ambassade du Shah de Perse arrivée à Mergui, qu’il faudrait faire patienter ; sans oublier « sa » traduction de la lettre de Louis XIV adressée au roi de Siam, datée du 21 janvier 1685.

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Ch.15,  Ayoudia, 20 octobre 1685. (pp. 346-366) (Dont pp. 363-365, extrait du journal de l’abbé de Choisy, daté du jeudi 1er novembre, dimanche 4 novembre, lundi 5 novembre)

 

Là encore le chapitre se compose de nombreuses scènes et commence avec une conversation entre le roi et Constantin, qui est étonné de voir que  le roi n’est pas offensé qu’on veuille le faire chrétien ; il va alors expliciter sa stratégie au roi dans laquelle un traité de défense avec la France (à  qui on avait donné Singhor) était nécessaire ; un traité qui inclurait les avantages donnés aux missionnaires.

 

On retrouvera ensuite Constantin discuter avec le chevalier de Chaumont sur les garanties que le  futur traité donnerait aux missionnaires et aux chrétiens, et « à force de flatteries, de compliments, et de vagues promesses » insinuer dans l’esprit de Chaumont l’idée du projet de défense, à charge plus tard, d’aborder fort naturellement l’idée de laisser « un détachement de soldats en garnison à Bancoc pour garantir le commerce de la soie et des épices.»

 

Ensuite, fort habilement Constantin  réussira à faire inviter de Chaumont, l’abbé de Choisy et Mgr Laneau, et l’abbé de Lionne dans le jardin privé du roi ; ce qui est fort rare. De Chaumont confirmera sa mission de lui proposer sa conversion, mais le roi l’invitera à finaliser avec Constance un traité de commerce qui offrirait de grands privilèges à la Compagnie française, confirmerait l’octroi de Singhor et le protégerait du danger hollandais. Malgré les réticences du chevalier de Chaumont, on verra Constance poursuivre, lors d’autres entretiens, repas,  visites,  son travail de persuasion.

 

Le chapitre donnera un extrait du journal de l’abbé de Choisy, daté du jeudi 1er novembre,où celui-ci évoquera la fête grandiose donnée chez M. Constance ; précédée d’une comédie à la chinoise, finissant avec une tragédie chinoise ; Il exprimera son admiration de la sortie du roi en balon le dimanche 4 novembre, tant le cortège de deux cents balons était magnifique passant devant deux cent mille personnes les mains jointes et le visage contre terre. Il évoquera à la date du lundi 5 novembre, un autre grand repas bien arrosé offert pat Constantin en l’honneur de la fête du roi d’Angleterre.

 

L’abbé de Choisy est sous le charme de l’habileté et de la bonne foi de Constance, surtout qu’il lui a fait un beau cadeau de la part du roi. Il note aussi des nouvelles de Tenasserim (L’arrivée de l’ambassadeur de Perse ; qu’un vaisseau du roi de siam a pris un vaisseau de Golconde ; que le roi de Siam a déclaré la guerre au roi de Golconde et a fait armer six vaisseaux).

 

Toutes ces nouvelles de Tenasserim préoccupaient également Constance.

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Ch.16, Louvo, 17 novembre 1685. (pp. 367-381)

 

Après l’audience royale Constantin sut distraire les membres de l’ambassade à Ayoudia jusqu’à leur arrivée à Louvo où elle avait été invitée par le roi et où devait être signé le traité. Chaumont laissa  la négociation « religieuse » à l’abbé de Choisy et la question commerciale à Véret, le nouveau directeur du comptoir français. Elle fut ensuite confiée au Père Tachard sur la recommandation de l’abbé ; celui-ci devant faire une retraite avant de se faire prêtre.

 

Mais  la veille de l’audience du roi, Constantin fit alors une proposition étonnante pour de Chaumont :

 

le roi voulait donner la ville de Bancoc au roi de France ! Mais il faudrait alors que Bancoc soit fortifiée, des troupes siamoises formées, lui dît-il,  « le roi de France serait-il prêt à envoyer des troupes, des ingénieurs, des chevaux, des vaisseaux et de l’argent à Bancoc, pour faire de la ville une citadelle française ? » (p. 377)

 

On imagine les réticences de Chaumont, qui n’avait pas –dit-il- le pouvoir de s’engager sur une telle proposition. Mais Constantin sut l’amener sur son terrain, à force de compliments et de gloire à recevoir, et put faire accepter à Chaumont de propager l’idée « qu’une ligne offensive et défensive avait été signée entre la France et le Siam » afin que les Hollandais puissent le croire. Il ajouta qu’en laissant monsieur de Forbin et quelques officiers à Bancoc, ce faux accord serait plus crédible.

 

Le lendemain, l’ambassadeur et sa suite étaient reçus dans les appartements privés du roi. Un immense honneur.

 

Le roi était heureux de confier l’amitié qu’il éprouvait pour la France, de sa satisfaction  de la présence missionnaire. Naraï fut surpris, étonné, d‘entendre ensuite de Chaumont offrir « de publier partout la nouvelle d’une ligue offensive et défensive entre la France et le Siam » et d’être même prêt à convoquer le chef de la Compagnie hollandaise. Après avoir salué l’aptitude de Chaumont de venir « pour de vraies affaires », le roi voulut savoir si l’abbé de Choisy avait vraiment rencontré le pape et s’il pouvait lui confier une mission. De Choisy était aux anges.

(Constantin avait vraiment bien manœuvré)

 

Fin du livre II avec le Ch. 17,  « Louvo, 19 novembre 1685 », avec un extrait du Journal de Choisy (du jeudi 22 novembre au samedi 22 décembre 1685), l’édition spéciale du 1er janvier 1686  du « Madras Intelligencer », et une lettre de Keyts de janvier 1686 adressée aux directeurs de l’honorable VOC de Batavia.  (pp. 382- 394).

 

Constantin était satisfait et pouvait se montrer amoureux avec sa femme et raconter avec plaisanterie la balade à dos d’éléphant de l’ambassadeur et sa suite, en faisant remarquer toutefois que l’abbé de Choisy était à l’aise, comme en toutes circonstances, ajoutant qu’il était un homme « dangereux » car « il ne craint pas de dire et d’écrire ce qu’il pense »  (p.383) et qu’il s’inquiétait de ce qu’il avait écrit dans son Journal. Il fut ravi d’entendre sa femme lui conseiller de l’emprunter et de le recopier.

 

On retrouve ensuite Constance négociant avec l’ambassadeur Chaumont qui se refuse encore à accepter pour la France l’offre de Bancoc, rappelant, une fois de plus qu’il n’était venu au Siam que pour traiter de la religion du roi de Siam. C’est ainsi qu’il lui donna le traité rédigé par l’abbé de Choisy sur la religion qui devait être intégré au projet siamois. Mais le père Tachard qui avait été fier d’être inclus dans la discussion surtout pour prendre des notes et pouvoir ainsi informer le général des Jésuites, put murmurer à Constance, à la fin de l’entretien : « Lepère de la Chaize serait sans nul doute intéressé par l’offre que je vous ai entendu faire. », ajoutant peu après, « Que le père de la Chaise, le confesseur de sa Majesté de France voudrait sûrement en savoir plus sur cette forteresse de Bancoc. » (pp. 385-386) 

 

Constance y vit une opportunité et le père Tachard, un projet -enfin- à la hauteur de son ambition et de celle de sa Compagnie de jésuites de pouvoir augmenter son influence et  de contrer celle « des hérétiques d’Amsterdam ». « Ensemble, ils étaient convenus qu’il rentrerait en France avec l’ambassade, chargés de lettres : une pour le père de la Chaise, une pour monsieur Colbert de Croissy », en espérant l’année prochaine le revoir avec les ambassadeurs siamois et … accompagné des troupes françaises.

 

(Une page importante pour la sécurité du commerce du Siam, le projet de Constantin et l’ambition du père Tachard. (p.386) )

A190. CONSTANTIN PHAULCON IN « LE MINISTRE DES MOUSSONS » DE MADAME CLAIRE KEEFE-FOX.

Suit ensuite un extrait du Journal de Choisy (du jeudi 22 novembre au samedi 22 décembre 1685), où on apprend qu’il a été nommé sous-diacre, diacre et prêtre ; que la nuit du 10 décembre, ils ont observé une éclipse de lune avec le roi ; que le 12 il y eut l’audience de congé ; que le 13, il avait retrouvé son Journal « égaré » ;  que le 17, la lettre du roi et les ambassadeurs sont arrivés à La Maligne  avec Constance et qu’ ils ont eu droit à 21 coups de canons, ; que le 20, Constance est revenu à bord ; que le samedi 22 décembre « Nous avons mis à la voile deux heures après minuit. »

 

Nous avions ensuite un extrait de l’édition spéciale du 1er janvier 1686  du « Madras Intelligencer », avec l’avènement d’un nouveau roi en Angleterre et les inquiétudes sur ses appuis catholiques pour réprimer les révoltes ; sur les actes de piraterie de Coatès qui continuent protégés par le Shahbandar de Mergui et Constance ; et sur l’interdiction fait par le Parlement d’importer vers Londres des soieries et calicots peints et imprimés ; Bref une édition morose qui ne cache pas les troubles politiques en Angleterre et une nouvelle politique commerciale qui fait douter de la puissance de la Compagnie face aux Hollandais.

 

Hollandais justement.

 

Le livre II se termine donc  avec une lettre de Keyts de janvier 1686 adressée aux directeurs de l’honorable VOC de Batavia, où celui-ci les informe qu’un traité a été signé entre le Siam et les Français, que des soldats français sont restés au Siam, qu’ « un ingénieur a été affecté à la fortification des villes principales. Dont Bancoc », que le Prince Petracha « fait de son mieux pour agiter l’opinion du peuple contre les Français », mais qu’il ne peut agir qu’avec discrétion car le roi « malheureusement (sic), ( il ) semble aller mieux » ; Il demande aussi qu’on lui rembourse les cadeaux offerts au prince Petracha.

 

(Rien n’avait été dit sur l’ambassade siamoise envoyée auprès de Louis XIV ou si peu)

C’était la fin du livre II.

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Le livre III avec 8 chapitres (pp. 397-523. 126 pages) va se dérouler du 21 juin 1686 à Ayoudia au 8 septembre 1688 à Bancoc (avec la fuite  de Desfarges et de la garnison qui était restée le 13 novembre 1688) , suivi d’un extrait du « The Madras Intelligencer » du 31 juillet 1689. Vient ensuite un autre chapitre encore numéroté 7 ( ?) où nous sommes avec le père de Bèze, en « prison de Middleburg, Province-Unies, 1er février 1690 ». (pp. 521-523). Et le livre se termine sur un « Epilogue » d’une page (p. 525) donnant les dernières nouvelles sur le général Desfarges, Mgr Laneau, et Maria, et de  Constantin. « Mais de Constantin, plus rien ne sera jamais dit à Ayoudia. Ce fut comme s’il n’avait jamais existé. » (C’est la dernière phrase du roman.)

 

Une rapide observation des titres des chapitres permet de constater que ce livre III est essentiellement consacré du chapitre 3 (p. 430) au chapitre 7 (p.518), soit env. 90 pages, à la deuxième ambassade française de La Loubière-Céberet, de son arrivée le 26 septembre 1687 à son départ le 3 janvier, avec ensuite la lutte pour le pouvoir, la révolution de palais de Petracha, la fin de Constantin, et la fuite de Desfrages et des Français, le 13 novembre 1688.

A190. CONSTANTIN PHAULCON IN « LE MINISTRE DES MOUSSONS » DE MADAME CLAIRE KEEFE-FOX.

 

Revenons aux notes chapitre par chapitre du livre III.

 

 Ch.1, Ayoudia, 21 juin 1686. (pp.397-413)

 

Nous retrouvons en ce jour du 21 juin 1686, Constantin tout heureux  de voir son fils Juan, baptisé par Mgr Laneau. Mais ses pensées vont vers l’ambassade partie depuis six mois et surtout vers le père Tachard, dont il attend avec impatience une lettre. Mais il sait que l’attente serait longue et il se doutait que ce n’était pas de Forbin, furieux d’avoir été retenu et bien que récemment promu Grand Amiral de la Flotte, qui allait pouvoir l’aider en cas de succession.

 

En attendant, il avait toujours des affaires à traiter.  Il avait convoqué Samuel White et Coatès. Tous les rapports confirmaient leurs escroqueries, « bateaux rançonnés, cargaisons pillées, équipages enlevés » depuis Mergui. Constance fut même contraint de faire approuver les comptes de Samuel par la commission ; bien qu’il le volait. Il le menaça, mais avait encore besoin de lui, « il avait trop d’argent investi dans les navires qui faisaient le commerce du Japon et transitaient par Mergui. » (p.405)

 

Il dut aussi faire face à une cabale animée par les marchands musulmans qui étaient privés de commerce par ses propres offices. Mais un espion lui révéla une autre affaire plus séreuse : Les Macassars s’apprêtaient à se révolter contre le roi et contre lui.

 

La révolte des Macassars.

 

« Ce groupe de mahométans malais s’était réfugié au Siam voilà plusieurs années, lorsque les Hollandais avaient pris les Célèbes  ». (p. 409) Un signe dans le ciel les avait convaincus que le roi et Constantin voulaient s’en prendre à leur religion. Constantin soupçonna un complot où Keyts et Petracha avaient dû jouer un certain rôle, mais il n’avait pas de preuve. Il prévint le roi et le Conseil et les décida à le laisser négocier leur départ.

 

Ch. 2, Bancoc, 27 juillet 1686. (pp. 414-429)

 

(La révolte des Macassars)

 

On retrouve Constantin à Bancoc, le  27 juillet 1686,  en train d’expliquer à Forbin les mesures prises pour déjouer la conspiration des Macassars. On apprend qu’il a fait exécuter neufs conjurés et négocié avec Dai, le chef des Macassars, le départ des autres (Une cinquantaine). Forbin réagit fort violemment et lui expliqua que ses méthodes lui auraient permis d’obtenir la reddition de tous ces « nègres », mais qu’un royaume gouverné par « un marchand » ne pensant qu’aux compromis et aux arrangements ne pouvait comprendre l’action d’un gentilhomme.

 

Constantin resta calme et essaya vainement de lui faire entendre que ces Macassars étaient d’un courage et d’une force redoutable surtout quand ils étaient dans l’état d’amok. Il lui demanda d’ouvrir la chaine qui fermait le fleuve quand ils passeraient en les saluant. Forbin lui promit plutôt de les faire passer au fil de son épée. De fait, quand ils arrivèrent, il voulut les désarmer et provoqua leur révolte.

 

5 jours plus tard, Constantin apprit à Ayoudia que la garnison avait perdu 200 hommes contre seulement 20 Macassars tués. Les autres Macassars s’étaient répandus dans la campagne et remontaient sur la capitale.

 

Ce fut la panique ; les paysans se terraient, les communautés étrangères s’armèrent, le palais mis en sécurité. Constantin tenta une ultime négociation en envoyant un messager qui revint, la langue arrachée et le deux mains coupées. Il décida l’attaque. Cinq pages (pp.418-423) décrivent les combats sanglants : Coatès et de Rohan furent tués, Constantin fut sauvé in extrémis par un garde, les maisons incendiées, les enfants égorgés. La bataille dura plus de quatre heures. Daï, le prince indomptable mourut un des derniers ; seuls une quinzaine de Macassars furent prisonniers.

 

Le roi informé par Constantin, fut choqué d’apprendre que sa capitale avait été dévastée et décida alors que les survivants macassars seraient châtiés de façon exemplaire. (Ils furent livrés à des tigres affamés.) Constantin n’hésita pas à évoquer des mandarins complices et suggéra habilement les noms du demi-frère du roi, le prince Chaofa Apphaïtot  et de Petracha, mais sans les accuser formellement. 

A190. CONSTANTIN PHAULCON IN « LE MINISTRE DES MOUSSONS » DE MADAME CLAIRE KEEFE-FOX.

Ensuite on pouvait lire une  lettre du père Tachard envoyée de Paris le 30 juin 1686, qui allait enfin donner des bonnes nouvelles à Constance. (pp.425-426) Il y apprenait surtout que le père de la Chaize avait été intéressé par son projet d’installer une garnison française dans la citadelle de Bancoc et était convaincu que le roi ne pouvait qu’ « approuver toute action pour diminuer la puissance commerciale des huguenots hollandais » (surtout depuis la révocation de l’Edit de Nantes le 22 octobre 1685). Il avait bon espoir que l’ambassade siamoise soit accompagnée au retour par des troupes françaises, surtout rajoutait Tachard que Constance était « l’appui le plus ferme de la religion et de la France au Siam. »

 

La fin du chapitre se terminait sur un éditorial du « Madras Intelligencer » du 1er janvier 1687, qui donnait des « Nouvelles du Siam ». La gazette se félicitait de la politique de fermeté de sir Josiah qui avait « donné ordre d’arraisonner tous les navires siamois et d’exiger la reddition des sujets britanniques qui sont employés par la couronne siamoise. » et même d’arrêter « le dénommé Constantin Phaulcon, ce vicieux personnage ». Les nouvelles faisaient référence à la révolte des Macassars et du regret que Phaulcon ait échappé « par miracle » à la mort. Elles signalaient que Phaulcon avait donné les pleins pouvoirs à Samuel White et Richard Burnaby pour défendre Mergui.

 

Ch. 3, Bancoc, 26 septembre 1687. ( pp.430- 449)

 

Une date importante qui voit le vaisseau royal L’Oiseau, avec son bord, la deuxième ambassade française menée par les deux Envoyés de La Loubère et son second, Monsieur Claude Céberet (Un des directeurs de la Compagnie royale de Brest)  jeter l’ancre devant la citadelle de Bancoc, avec 240 soldats à bord, ayant distancé Le Dromadaire, la Gaillard, La Normande et La Loire, avec 300 soldats. « En tout, douze escadrons. » (p. 430)

 

Mais de suite, nous sommes au sein de conflits. De la Loubère va vite se rendre compte que ses pouvoirs sont limités et  que le père Tachard a reçu une lettre de créance qui le rend maître de la négociation à venir.

 

Tachard sait qu’il va falloir négocier avec Constance alors que de La Loubère est déjà prêt à attaquer Bancoc (« en dernière extrémité, nous attaquerons Bancoc et nous en rendront maîtres par la force ») et à prendre Mergui car  « il a instruction de poster à Mergui un détachement de soldats français pour assurer notre commerce sur la côte de Coromandel ».

 

Ceberet essaye de calmer le jeu, et rappelle que la menace n’est pas le meilleur moyen mais que Tachard serait avisé de ne rien dire à Constance sur leur pouvoir d’user de la force et sur la présence à bord des mortiers et des bombardiers. Ce à quoi Tachard répondra : «  Monsieur Constance est mon ami, et pour lui je n’ai pas de secrets. » (p. 433) De La Loubère était furieux d’apprendre qu’avec Céberet, il n’était chargé en fait que de la religion et du commerce.

 

La situation était d’autant plus explosive, que les ambassadeurs siamois avaient entendu durant la traversée les intentions françaises de prendre Bancoc, la « clé du royaume »,  ce qu’ils ne pouvaient accepter en aucune façon.

 

Toutefois, Tachard sera surpris lors de sa première rencontre avec Constantin, qu’il a trouvé « sombre et tendu », que celui-ci lâche si facilement Mergui. « Bonne chance aux Français …  je m’en lave les mains. »

 

Et Constantin « lui raconta la révolte survenue à Mergui le 14 juillet dernier» avec ses conséquences. (p.434-436). (Avec La trahison et la fuite de Samuel White avec sa fortune, l’assassinat des Anglais, la mort de Burnaby ; la déclaration de guerre du roi Naraï à la Compagnie des Indes Orientales.)

 

« Un vaisseau envoyé par la Compagnie anglaise, La Curtana, commandé par un nommé Weltden » était venu pour ordonner à Samuel White de se rendre,  lui livrer Mergui, et obtenir réparations des pertes subies (65 000 livres). Les marins anglais parlèrent trop, les rumeurs allèrent bon train, et les mandarins siamois virent là une occasion de se révolter. Aidés par des Pégous, ils mirent en pièces La Curtana et tuèrent l’équipage. Ensuite la foule excitée égorgea Burnaby, mis le feu à sa maison et « s’attaqua à tous les comptoirs anglais », tuant une soixantaine d’Anglais. Samuel put s’enfuir  avec l’un de ses bâteaux, la Doroty, accompagné de Weltden. Il avait pu y mettre toute sa fortune. Il avait déjà envoyé en Angleterre tout l’argent que Constantin lui avait transmis pour fortifier la ville et acheter des vivres et des canons.

 

Tachard put comprendre ainsi pourquoi Constantin avait cédé si facilement. Il avait d’ailleurs déjà envoyé Beauregard, le major de Forbin. Constantin avait dû informer le roi, qui lui pardonna mais lui recommanda de ne plus le tromper désormais, et déclara la guerre à la Compagnie des Indes Orientales qui avait osé attaquer Mergui.

 

Lors de cet entretien avec Tachard, Constantin apprit le rôle de chacun, l’existence des mortiers et des bombardiers, la volonté des Français de prendre Bangkok, l’exigence posée par les Envoyés de ne quitter leur navire, que lorsque leur troupe aurait pris possession de Bancoc, et l’attitude hostile des trois ambassadeurs siamois.

 

Constantin ressentit pour la première fois des doutes sur son pouvoir, « l’avenir lui semblait menaçant ».

 

La révolte des Macassars, celle de Mergui,  l’hostilité de nombreux mandarins, dont certains n’avaient plus peur de  critiquer publiquement la politique favorable aux étrangers, de proclamer la religion menacée, de rejeter la faute sur lui, pendant que Petracha agissait dans les pagodes. Constantin devait agir.

 

Le 5 octobre, de La Loubère et Céberet recevaient une lettre qui confirmait les cessions de Bancoc et de Mergui, mais une clause imposait une condition avant d’avoir l’autorisation de débarquer : Desfarges, le commandant des troupes devait faire un serment d’obéissance au roi du Siam. Mais Tachard rajouta qu’il s’agissait d’obéir aux ordres du roi de Siam, tels que les transmettrait son ministre Constantin. De La Loubère réagit avec violence et proclama que cette condition était inacceptable et qu’il n’accepterait jamais. (p. 445)

 

Le lendemain, Le Gaillard arrivait avec le général Desfarges, accompagné de ses deux fils,  et des trois ambassadeurs siamois. Beaucoup voyaient dans le nouveau général, « Un véritable personnage de comédie, un matador ; vaniteux, le verbe haut. Bel homme, … friand d’honneur et de gloire », prêt à se  sacrifier pour son roi ou « pour le roi de Siam, et lui seul ». Il ne fut pas difficile à Tachard de le convaincre d’obéir à Constance « lorsqu’il vous commandera au nom de son roi ».

 

Le 17 octobre, le père Tachard revenait de la capitale avec une autre lettre, qui modifiait l’accord initial puisqu’il imposait de cantonner des troupes siamoises au sein des garnisons françaises de Bancoc et de Mergui, et mettait l’ensemble sur les seuls ordres de Constantin. Certes cela était inacceptable pour tous, mais Céberet demanda alors au général Desfarges » s’il était faisable de prendre Bancoc ».  Après une rodomontade, le général ne put qu’admettre que cela était impossible, vu l’état des troupes. La Loubére se vit donc contraint de signer.

A190. CONSTANTIN PHAULCON IN « LE MINISTRE DES MOUSSONS » DE MADAME CLAIRE KEEFE-FOX.

 

Ch. 4, Louvo, 6 novembre 1687. (pp.450- 479)

 

Le chapitre commence avec un Constantin irrité, ne trouvant pas le sommeil, en pensant à l’audience de l’ambassade française devant le roi, aux exigences d’étiquette posées par de La Loubère;  à Mgr Laneau qui s’était même permis de le reprendre lors de sa traduction de la lettre de Louis XIV. Mais enfin, se disait-il, une étape avait été franchie, le traité de commerce était en bonne voie et il avait les troupes françaises sous son commandement. Il avait pu retrouver le plaisir auprès de sa femme qui s’était inspirée d’ « un livre d’oreiller ».

 

Suit une lettre de La Loubère à mademoiselle de Scudéry, datée du 12 novembre 1687, où il évoque, entre autre, Louvo, Constance, « un Grec de nation, qui est bien le plus roué intrigant que l’on puisse imaginer » ; sa femme ; une fête magnifique ; les notes abondantes qu’il a prises sur le Siam, et qu’il doit remettre dans quelques jours à Constance, le brevet de comte et le faire chevalier de l’ordre de saint Michel. Lettre que Constance va subtiliser et lire avec satisfaction et fierté.

 

« Lui, l’enfant du port, le fils de la bâtarde et du cabaretier (serait) comte français », alors que La Loubère ne l’était pas. (p.459)

 

Mais les conflits continuaient.  Le 27 novembre de La Loubère écrivait une missive pour Constance, dans laquelle il indiquait qu’il ne voulait pas rendre la lettre du 16  octobre remise à bord par Tachard. Kosapan et les deux autres mandarins qui avaient été à Paris manifestaient leur opposition à la présence des troupes françaises au sein du Conseil des Khunnang. Lors d’une audience, le roi rapporta à Constance que ces mêmes Khunnang lui avait dit que les Hollandais ne s’intéressait pas au Siam ; Constance s’était surpris à accuser Petracha d’être acheté par Keyts. Le roi avait demandé des preuves.

 

 Ensuite il avait dû expliquer à de La Loubère pourquoi le traité signé sur la religion avec de Chaumont n’avait pas été appliqué. De plus, il dut aller lui-même à Bancoc vérifier si  les rumeurs de réactions hostiles aux Français se multipliaient. Il put constater que l’état des troupes françaises était lamentable (Quinze hommes étaient morts de dysenterie la semaine précédente, les soldats désoeuvrés ), avec un Desfarges préférant parader à Louvo …

 

Pour la première fois, il se demanda s’il ne valait pas mieux tout abandonner et rentrer en France, maintenant qu’il était comte, riche, et avait investi  300 000 livres dans les bateaux de la Compagnie royale française.

 

Le chapitre comprenait aussi l’éditorial du « The Madras Intelligencer » du 1er janvier 1688 (pp. 476-477), dans lequel était confirmé, par des survivants de l’émeute de Mergui, arrivés le mois dernier que de nombreux Anglais avaient été tués, le Curtana brûlé, ainsi que tous les comptoirs et entrepôts anglais, que Samuel White avait pu s’enfuir avec un butin important en prenant en otage Weltden ; qui avait pu s’échapper et était de retour à Madras avec M. Davenport depuis une semaine. M. Eilhu  affirmait bien haut que le vrai responsable de ces malheurs était bien l’exécrable Phaulcon.

 

Le chapitre s’achevait sur une lettre de Johannes Keyts du 28 janvier 1688, adressée aux directeurs de l’honorable VOC de Batavia. (pp. 478-479)

 

Dans cette lettre,  Keyts évoque l’envoi en annexe d’ un projet d’accord avec Petracha lui allouant une part des bénéfices des exportations de poivre et d’étain et la jouissance de Juncelang s’il devient premier ministre, accord qu’il a pu obtenir grâce au chirurgien français Daniel, qu’il faudra aussi rémunérer. Il leur recommande d’être prudents  car la situation est critique depuis le départ des Envoyés du roi  Louis de France. Petracha fait circuler des rumeurs dénonçant la volonté des Français de détruire la religion ; le roi est affaibli et a confié la charge du palais à sa fille, et les affaires du royaume à Phaulcon, assisté de Petracha au nom du Conseil des mandarins. Mais il ajoute que le sort s’acharne sur Phaulkon qui a vu son fils mourir il y a 10 jours et sa femme faire un fausse-couche, et la foudre tombée sur sa maison, l’incendiant.

 

Ch. 5, Louvo, mars 1688. (pp. 480- 496)

 

Le début du chapitre confirme que le sort semble s’acharner sur Phaulcon (La mort de son enfant, sa femme qui après sa fausse couche ne voulait plus partager son lit, la foudre tombée sur la maison). Il y voit un signe « la première des épreuves qu’il va connaître ». Il se sent désespéré :

 

« Que de malheurs, que de malheurs, Seigneur, depuis ce soir du 3 janvier (1688), où il avait salué à la barre La Loubère et Tachard qui rembarquaient sur Le Gaillard. » (p. 481) 

A190. CONSTANTIN PHAULCON IN « LE MINISTRE DES MOUSSONS » DE MADAME CLAIRE KEEFE-FOX.

 

Il avait le sentiment que ce départ s’était mal passé, avec la colère de La Loubère et pourtant il avait réussi à conserver Laric et ses bombardiers. Il n’avait même plus confiance en Tachard. Il avait même entendu que le bruit courait parmi le peuple « qu’il se produirait en mars ou en avril une grande révolution ».

 

(On peut noter que curieusement, le roman ne fait aucune référence aux traités signés, à la fuite de Forbin, au départ de Céberet avant de La Loubère, sur Mergui, après l’audience royale de congé du 13 décembre)

 

Et ce n’est pas sa dernière entrevue avec le roi qui pouvait lui remonter le moral. Le roi en effet non seulement lui annonçait sa mort prochaine, mais était angoissé à l’idée de ne pas pouvoir se réincarner, ses demi-frères ayant dit à Petracha et au prince Mom Pi qui lui refuseraient des funérailles et l’incinération. Ainsi Constantin apprenait que le fils adoptif de Naraï avait choisi de s’allier avec Petracha.

 

La lutte pour le pouvoir.

 

Il lui fallait agir vite. Il confia au roi qu’il allait faire venir les troupes françaises à Louvo et assigner à résidence ses deux demi frères. En sortant, il rencontra Petracha, l’informa de son intention, et celui-ci  lui dit qu’il connaissait le complot des demi-frères royaux Chaofa Noï et Chaofa Aphaïtot, mais qu’ils n’avaient aucune chance d’obtenir l’appui du Conseil des mandarins pour ceindre la couronne ainsi d’ailleurs que le fils adoptif du roi Mom Pi, bègue et maladroit. Petracha, sans crainte, lui avoua aussi qu’il avait assez d’hommes dévoués à Louvo pour assurer, si nécessaire, la succession. Constantin n’avait plus aucun doute sur la conspiration en cours.

 

Mais dans le dernier jour de mars, il eut la désagréable surprise de voir arriver Desfarges avec seulement une escorte de dix hommes. Constantin dut le convaincre de l’urgence de la situation (Alors que Desfarges pensait encore à placer ses deux fils à la Cour). Il repartit donc. Le jeudi saint, le 14 avril, il était avec ses troupes à Ayoudia. Constantin estimait que dans deux jours, en tenant Bancoc et le palais, il tenait le pays (p. 485).

 

Mais Veret, le chef du comptoir français, allait  faire changer d’avis Desfarges en lui annonçant la mort du roi, la prise de pouvoir par Petracha et Constantin fait  prisonnier.

 

Il lui montrait qu’il ne pouvait pas avec dix officiers et 90 hommes, et dix officiers auprès de Constance venir à bout d’une foule immense déchainée. Desfarges vit Mgr Laneau et Mgr de Lionne, hésitants. Mgr Laneau proposa alors à Desfarges d’envoyer un éclaireur à Louvo avant de se retirer sur Bancoc. Le capitaine Leroy put constater que Louvo était calme ; il rencontra Constantin qui lui remit une missive pour Desfarges ; mais celui-ci bien que rassuré par Constantin décida, malgré tout, de retourner sur Bangkok.

 

Le 10 mai, voyant son état empiré, le roi décida, devant le Conseil ; de donner la régence à sa fille la Kromluang Yotahtep à sa mort, sous la tutelle de Constance, Petracha et de Mom Pi. La Couronne reviendrait au prince qu’elle choisirait.

 

Le 18 mai, dans un moment de répit le roi fit appeler Mom Pi, qui lui avoua la conspiration menée par Petracha, et  qu’il  voulait le tuer. Il lui avait en fait faussement promis le trône, et répandu la fausse nouvelle que ses deux demi-frères lui avaient refusé les honneurs funéraires. Naraï convoqua alors Constance, qui lui confirma que le palais était contrôlé par les hommes de Petracha, mais qu’il comptait sur Desfarges pour arrêter les conjurés, et qu’il allait arrêter demain avec ses amis anglais et autres européens et les officiers français présents, Petracha et les conjurés rassemblés en Conseil des mandarins  (Dix officiers et 60 européens en tout à Louvo !)

 

Mais Petracha mit en action le plan élaboré à la pagode Wat Mahatat.

 

Vers midi, les paysans en nombre, venant de différents villages,  préparés, se massèrent devant les portes du palais, hurlant, invectivant les farangs. Le plus haut dignitaire des moines, le Sancrat de Louvo fut amené en cortège et déclara à la foule qu’il fallait chasser Constantin qui asservissait le Siam et voulait imposer sa religion au roi ; il les exhortait à prendre le palais. L’un des conjurés ouvrit l’un des accès.

 

Pendant ce temps, Constantin n’avait pu rassembler que 22 Européens, lorsqu’un messager vint le prévenir que sa Majesté avait exigé sa venue immédiatement. Tous virent le piège et le père de Bèze le supplia de ne pas y aller. Il passa outre après avoir dit au revoir à sa femme. Le major de Beauchamp et M. de Fretteville et le fils du général  Desfarges tinrent à l’escorter.

 

Constantin rencontra Petracha dans la première cour, qui le rassura sur la foule qui était partie et sur la présence de Mom Pi auprès du roi. Constantin libéra alors son escorte et Sorasak l’accompagna jusqu’aux appartements royaux. Il lui demanda alors ses armes et Constantin lui  dit qu’il n’en avait pas ; Sorasak l’immobilisa et découvrit deux pistolets dans ses poches. Il le fit arrêter. Petracha, prudent, pensa même à le faire revenir à la première porte pour qu’il puisse rassurer les trois officiers français qui l’avaient attendu.

 

Ch. 6, Louvo, fin mai 1688. (pp.497- 505)

 

Constantin était donc prisonnier et Petracha avait pris le pouvoir. 

 

Il le fit torturer pour savoir où était ses trésors. Sorasak vint le narguer avec des bijoux que portait sa femme Maria et en murmurant qu’elle lui appartiendrait bientôt. Il lui dit à une autre visite qu’il avait pris Aungnua comme concubine.  On multiplia les tortures, le feu aux pieds, le fouet  au dos, la faim, la soif, on mit même à son cou la tête tranchée de Mom Pi. Petracha le garda vivant car il pensait encore pouvoir le monnayer.

 

Phaulkon prisonnier, restait les troupes françaises.

A190. CONSTANTIN PHAULCON IN « LE MINISTRE DES MOUSSONS » DE MADAME CLAIRE KEEFE-FOX.

 

A Bancoc, une fois de plus, Desfarges était dans l’indécision. Il était venu à Louvo, avait été reçu avec cérémonie par Petracha qui lui avait demandé de soumettre ses troupes à son commandement et avait gardé ses deux fils en otage. Une lettre de Véret lui conseillait de se soumettre à Petracha, qui désormais gouvernait le pays. Mgr de Lionne, pensant à l’avenir des chrétiens lui avait aussi conseillé l’obéissance. Desfarges avait décidé de ne pas bouger malgré l’avis de son second M. de Vertesalle qui voulait monter sur Louvo, voyant bien les leurres tendus par Petracha qui voulait gagner du temps pour rassembler ses forces et  les assiéger ensuite.

 

Constantin après trois semaines de tortures afin d’apprendre où était son trésor, dut encore subir la cruauté de voir sa maison pillée, lacérée, détruite et sa femme au sol couchée sur la paille des écuries, sale, la robe déchirée, avec des traces de coups sur l’épaule et avec entre ses bras son enfant terrorisé qui ne le reconnaissait pas. Il dut encore subir le crachat de sa femme lui disant « tu n’es plus son père ». (p. 503)

 

Le 6 juin, le père de Bèze annonçait la mort de Constantin à Maria. Il avait été fendu en deux par une épée, puis avait été coupé en petits morceaux et jeté dans une fosse. Maria s’effrondra. Le père l’encouragea à vivre,  pour élever son enfant, mais Maria lui rétorqua que le prix à payer serait de devenir la concubine de Sorasak. Elle hurla son désespoir, hystérique, agité de convulsions.

 

Ch. 7, Bancoc, 8 septembre 1688. ( + « The Madras Intelligencer » du 31 juillet 1689.) (pp. 506- 520)

 

On se retrouve à la forteresse de Bancoc assiégée.

 

Dès la mort du roi en juillet, « les soldats siamois avaient déserté le fort pour se mettre aux ordres du nouveau souverain ». Veret avait été chargé par Petracha de négocier la reddition des Français. Desfarges était prêt à se rendre mais à la condition de lui fournir des bateaux pour quitter le pays. Kosapan, le nouveau Phra Khlang avait refusé. Mais le riz venait à manquer, des hommes mouraient chaque jour. Lorsque, une vision incroyable apparut : « L’Oriflamme, vaisseau du roi de France, sept cent cinquante tonneaux, soixante-quatre pièces de canon ». (Avec 200 marins à l’origine, mais il en avait perdu plus de cent après sept mois de mer) La donne changeait.

 

Petracha envoya Kosapan négocier, qui proposa à Desfarges la location de deux frégates siamoises pour aller jusqu’à Pondichéry, avec en otage Mgr Laneau, M. Véret et l’un de ses fils. 

 

Petracha voulait le départ des Français pour récupérer ses soldats pour conforter son nouveau pouvoir à Ayoudia.

 

Certes, deux jours après la mort du roi, il avait fait exécuter par Sorasak les deux demi-frères du roi ; fait légitimer son pouvoir par le Conseil ; épouser Yothatep, la fille du roi Naraï ; fait prisonnière en ses appartements la princesse-reine ; fait exécuter quarante-huit de ses fidèles mandarins avec un « raffinement de cruauté » devant sa femme qu’il dut battre pour qu’elle put voir douze conjurés se faire empaler et éventrer et les autres petit à petit découpés en morceaux, « que des suppliciés durent manger »

 

Sainte- Marie accompagné du père de Bèze vinrent à Ayoudia pour signer le traité de départ avec Kosapan. Ils purent grâce à la princesse-reine qui avait soudoyé ses gardes, embarquer clandestinement Madame Constance et son fils. A leur retour à Bancoc Desfarges était hors de lui, car il voyait là un risque de se faire massacrer et donna l’ordre de la renvoyer. Sainte-Marie s’y opposa et fut menacé par Desfarges d’être cassé et mis aux fers au retour. Mais de fait, neuf jours après, Sorasak dans une rage aveugle obtint de Petracha, d’envoyer Kosapan à Bancoc afin d’obtenir Madame Constance et son fils sous peine de rompre le traité. Evidemment, Madame Constance ne voulait pas rester au Siam,  craignant pour sa sécurité (dont la jalousie de la princesse-reine), Desfarges pensait au sac d’or que lui avait confié Constantin pour sa femme. Finalement, elle fut rendue aux autorités, après qu’elle eut le temps d’accuser Desfarges de vol, de trahison et d’avoir « sur la conscience la mort du plus grand ami de la France aux Indes. » (p. 517)

 

« Le 13 novembre 1688, L’Oriflamme, Le Siam, et Le Louvo levèrent l’ancre, emmenant avec eux le jeune Desfarges et Véret qui s’étaient échappés » « sans s’inquiéter du sort de Maria, ni de celui de Mgr Laneau et des quelques autres Français qui n’avaient pu embarquer, livrés sans protection à la furie de Petracha. » Le chapitre se terminait sur  une nouvelle fanfaronnade du général Desfarges. (p. 518)

 

« The Madras Intelligencer » du 31 juillet 1689, nous apprenait ensuite que la France était de nouveau en guerre avec tous ses voisins européens et confirmait la fin de Phaulcon et de la Compagnie française au Siam.

 

A190. CONSTANTIN PHAULCON IN « LE MINISTRE DES MOUSSONS » DE MADAME CLAIRE KEEFE-FOX.

Enfin le roman se terminait au chapitre 8, par des informations données par le père de Bèze, datée du 1er février 1690 depuis la prison de Middleburg (Provinces-Unies). (pp. 521-523)

 

Le père de Bèze avec un autre jésuite,  le père Comilh avait été arraisonné par les Hollandais sur un bateau parti depuis Pondichéry et mis en prison à Batavia. Il y était depuis 4 mois et avait appris par le gouverneur que la France et la Hollande était en guerre, que les Français et leur religion étaient maintenant haïs au Siam ; les églises saccagées ; que Madame Constance était esclave aux cuisines du palais ; que Mgr Laneau était à la cangue depuis six mois, exposé « au soleil, à la pluie, aux insultes et aux crachats du peuple. »

 

Et le roman se terminera sur  Claude de Bèze qui avait entrepris d’écrire ses souvenirs des troubles du Siam et les derniers jours de monsieur Constance. Il songeait à cet homme, qui avait joué un si grand rôle dans ce lointain royaume et « qui s’était élevé à en devenir comte de France et chevalier de l’ordre de Saint-Michel. » ll se demandait si Constance savait qu’il allait à sa mort ce soir de mai ou s’il se croyait invulnérable.

 

 

 

 

A190. CONSTANTIN PHAULCON IN « LE MINISTRE DES MOUSSONS » DE MADAME CLAIRE KEEFE-FOX.

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