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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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7 octobre 2015 3 07 /10 /octobre /2015 18:02
204 - LA QUESTION DES FRONTIÉRES DE LA THAILANDE AVEC L’INDOCHINE FRANÇAISE.

De Pibun à l’après-guerre.

 

Il est une constante de la politique étrangère siamoise, c’est le traumatisme causé après 1893 par le démembrement partiel de territoires sur lesquels le pays avait (ou prétendait avoir … c’est une autre question), des droits historiques au profit des deux puissances coloniales qui le cernent, la France et l’Angleterre. Une Alsace-Lorraine en quelque sorte, non pas une mais trois, les territoires du Laos, les territoires du Cambodge et les sultanats du nord de la Malaisie. C’est une réalité sous-jacente, selon le mot qu’aurait prononcé Gambetta, « Y penser toujours, n'en parler jamais. ». Cette pensée devait évidement s’exacerber avec l’arrivée au pouvoir d’un gouvernement ouvertement nationaliste.

204 - LA QUESTION DES FRONTIÉRES DE LA THAILANDE AVEC L’INDOCHINE FRANÇAISE.

Un bref retour en arrière s’impose :

 

Sans parler des accords passés au temps de Louis XIV avec le roi Naraï, devenus immédiatement obsolètes, le premier traité conclu avec la France est celui du 15 août 1856.

 

Il ne concerne pas la question frontalière mais révèle à tout le moins un certain état d’esprit de l’Empereur qui discute (ou feint de discuter) d’égal à égal avec le roi, ne donnons qu’un exemple significatif, l’article 22 :

 

 « Le présent traité ayant été rédigé en français et en siamois, et les deux versions ayant la même portée et le même sens, le texte français sera officiel et fera foi sous tous les rapports, aussi bien que le texte siamois ». C’est une disposition qui était conforme à la coutume internationale depuis que le français avait perdu sa qualité de langue universelle de la diplomatie.

 

Nous retrouvons la même disposition dans le traité de Paris du 15 juillet 1897 « réglant la position du royaume du Cambodge » qui constitue un premier démembrement, le roi du Cambodge ayant souhaité se placer sous la protection de l’empire français plutôt que de rester sous celle, plus ou moins formelle, du roi du Siam :

 

 

204 - LA QUESTION DES FRONTIÉRES DE LA THAILANDE AVEC L’INDOCHINE FRANÇAISE.

« Sa Majesté le Roi de Siam et Sa Majesté l'Empereur des Français, désirant régler définitivement, d'un commun accord, la position faite au Royaume du Cambodge par suite du traitée conclu a Oudon, entre la France et ce Royaume, le 11 aout 1863,

Article 1er : Sa Majesté le Roi de Siam reconnait solennellement le protectorat de Sa Majesté l’Empereur des Français  sur le Cambodge.

Article 4 : Les provinces de Battambang et d'Angkor (Nakhon Siemrap) resteront au .Royaume de Siam. Leurs frontières, ainsi que celles des autres provinces siamoises limitrophes du Cambodge, telles qu'elles sont reconnues de nos jours de part et d’autre, seront, dans le plus bref délai, déterminées exactement à l'aide de poteaux ou autres marques, par une commission d'officiers siamois et cambodgiens, en présence et avec le concours d'officiers français désignés par le Gouverneur de la Cochinchine.

Et les formes sont respectées dans les mêmes termes que précédemment par l’article 8 :

« Le présent traité ayant été rédigé en siamois et en français, et les deux versions ayant la même portée et le même sens, le texte français sera officiel et fera foi, sous tons les rapports, aussi bien que le texte siamois. ».

Ce traité sera suivi d’un acte additionnel signé à Saigon le 14 juillet 1870. Lorsque s’élevèrent des difficultés purement sémantiques, un autre acte additionnel signé à Bangkok le 7 juin 1872, les règles de façon bilatérale, par exemple, dans la version française, le mot « nature » est remplacé par le mot « espèce » dans un paragraphe concernant les droits de pêche.

Ces traités avaient été négociés et ne constituaient pas un diktat.

204 - LA QUESTION DES FRONTIÉRES DE LA THAILANDE AVEC L’INDOCHINE FRANÇAISE.

Le ton va changer en 1893, la république a décidé d’exporter notre belle civilisation occidentale chez les sauvages, avec eux, elle ignore la courtoisie internationale. Le droit international n’existe qu’entre les nations civilisées. C’est alors purement et simplement la politique de la canonnière et de l’ultimatum (1) (2).

 

Menacé par les canonnières françaises braquées sur son palais, le roi s’incline.

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Ce qui est qualifié de « traité de paix » et qui est en réalité un diktat est signé le 3 octobre 1893. Ne citons que les articles qui concernent cette question frontalière :

Article 1er : Le Gouvernement siamois renonce à toute prétention sur l'ensemble des territoires de la rive gauche du Mékong et sur les îles du fleuve.

Article 8 : Le Gouvernement français se réserve d'établir des Consuls ou il le jugera convenable dans l'intérêt de ses ressortissants, et notamment à Korat et a Muang-Nan.

 

Pour le reste, l’ambiance a changée depuis la chute de l’empire :

 

Article 9 : « En cas de difficultés d’interprétation, le texte français fera seul foi ».

 

L’article 8 n’est pas innocent, mais sa portée n’a probablement pas dans l’immédiat  attiré l’attention des Siamois: nous allons dès 1894 trouver Charles Hardouin, l’homme-lige de Pavie, comme consul à Korat et en 1895 et 1896 à Nan… où lui succède Lugan, autre homme-lige de Pavie (3).

 

caricature siamoise :

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Pourquoi Nan et Korat ? Cette disposition a pu sembler anodine aux Siamois, elle ne l’était pas. Dans ces deux monthons, on trouve de nombreux nationaux installés : pour le tek à Nan mais surtout de nombreux Laotiens susceptibles de jouir de la « protection » française et à Korat de nombreux Khmers également susceptibles de devenir nos protégés. Nous savons que Hardouin, tout autant par exemple que le jeune Raphaël Réau ou Madame Massieu (4) sont de fervents partisans de la solution qui consiste pour la France à s’emparer du Siam non pas par les armes mais en multipliant le nombre des protégés, s’emparer du Siam sans en avoir les moyens. Le consulat de Nan en particulier, selon le Siam Observer, est devenu une « usine à fabriquer les protégés ».

 

On peut comprendre que les Siamois considèrent l’année 1893 comme la plus triste de leur histoire. Notons que dès que le drapeau français fut hissé à Chantaboun, le premier bâtiment édifié par l’armée fut la prison, elle est toujours là.

….. « Y penser toujours, n'en parler jamais. »…..

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Le choix du Mékong comme frontière a le mérite d’être clair, même si le fleuve n’est pas une frontière naturelle. L’attribution des iles à la France ainsi que la création d’une zone démilitarisée de 25 kilomètres tout au long de la rive droite, côté Siamois va aboutir à cette conséquence inéluctable que le parti colonial va considérer que le fleuve est propriété de la France, tout simplement, et que le Siam doit abandonner sa souveraineté sur la bande démilitarisée.

 

La "zone d'influence française" vue par le parti colonial (Eugène Picanon, 1901) :

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Or, le Mékong est sans conteste un « fleuve international », une notion dégagée par le droit international dès le XIXème siècle, prenant sa source dans les neiges du Tibet, à 4 000 mètres d'altitude et traversant successivement cinq pays de l’Asie du Sud- Est, la Birmanie, le Laos, le Siam, le Cambodge et l’Indochine. La question de la délimitation des  souverainetés dans les fleuves frontière est assurément complexe. On admet en général que la limite est le thalweg, c’est la solution « par défaut ». La question de l’attribution des îles est floue, l’attribution des iles à l’un des riverains, c’est le cas, est une solution mais ne résout pas des questions pratiques : elles sont soumises à l'action du courant, elles sont loin d'être immobiles, en constant mouvement et peuvent se réunir pour n'en former plus qu'une seule. Il va y avoir de toute évidence des difficultés d’interprétation mais là encore, les signataires siamois n’étaient probablement pas avisés des subtilités du droit international (5).

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Après l’échec de la convention Delcassé de 1902, la convention du 13 février 1904 (6) va tenter d’apporter quelques précisions.

 

L’article 1er (7) contient en germe la question de l’attribution future du temple de Preah Vihar, alors inaccessible du côté Cambodgien. 

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Il a donné lieu à de longs développements devant la Cour Internationale de Justice de La Haye qui l’a néanmoins attribué au Cambodge (d’où il n’y avait pas d’accès) dans des conditions à tout le moins douteuse.

L’article 2 (8) constitue un nouveau démembrement : il attribue à la France toute une province située sur la rive droite du Mékong, incontestablement siamoise, ce que ne prévoyait pas la convention de 1893. Un succès pour le parti colonial … et un oubli de Pavie ? C’est l’actuelle province laotienne de Sayaburi (ou Xayaburi). Mitoyenne de la province de Nan, on peut penser que le consul Lugan (sans interruption depuis 1897) l’avait peuplé de protégés français ?

 

En bleu, le cours du Mékong :

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Nous retrouvons encore le même article relatif à l’interprétation du traité, directement contraire aux principes les plus élémentaires du droit international dégagés depuis des siècles (9).

 

Le traité du 23 mars 1907 est un nouvel abandon conclu sous forme d’un échange équitable qui est un marché de dupe (10).

 

De l’aveu des commentateurs français de l’époque (11), les territoires rétrocédés au Siam ne présentaient aucun intérêt majeur : Le port de Trat (ตราด et non Kratt) situé à l’extrême sud-est du pays (rétrocédé à la France en 1904 en contrepartie de son évacuation de Chantaboun), le chapelet d’îles et d’ilots au sud du cap Lemling (en réalité แหลมสิงห์ lèmsing, un amphoe de la province de chonburi) ce qui signifie le cap du lion)  situées face à la côte, Koh Chang jusque et y compris Koh Kut (เกาะกูก) peuplées de quelques villages de pécheurs, ne présentaient aucun intérêt ni stratégique ni économique (8.000 habitants sur 2.000 km2

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pas plus que la pointe de territoire de Dan-Saï (ด่านซ้าย) actuellement amphoe de la province de Loei) sur la rive droite du Mékong au Sud du Luang-Prabang, enclave sans importance de 1.200 km2 peuplée de 8.000 Siamois,

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...... face à la cession de 40.000 kilomètres carrés et 250.000 habitants dans une région riche en production de riz, en produits de la pêche et en  minéraux, soigneusement décrit par Pavie qui en avait dressé la carte : 

 

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Ce n’est plus la fable du loup et de l’agneau qu’il faut citer mais celle du loup et du chien !

 

Naturellement nous retrouvons la clause sempiternelle sur l’interprétation du traité (12)

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Les Siamois ne se sont pas résolus à admettre l’abandon de leur suzeraineté sur le Cambodge et les muangs laotiens et encore moins à l’abandon de provinces qu’ils considéraient comme siamoises. Le désir de revenir à la situation précoloniale est permanent.

 

***

Lorsqu’éclate la guerre de 14, le roi  Vajiravudh clame la neutralité de son pays dans un conflit que ne le concerne guère. Ce fut fort tardivement qu’il invoqua « les grands principes » pour entrer en guerre aux côtés des alliés, se plaçant du côté des vainqueurs, puisqu’en juillet 1917, le sort des puissances centrales était irrémédiablement joué. En sus des « grands principes », probablement espérait-il en tirer quelques avantages pour le Siam tant en ce qui concerne la question épineuse des protégés français que celle des territoires perdus. Les avantages qu’en retira le pays dans l’immédiat ne furent que financier même s’ils furent considérables, avec l’attribution des avoirs allemands saisis conformément aux lois de la guerre telles qu’on les concevait à l’époque (13). Ce n’était pas un cadeau mais un droit. La question de la disparition des privilèges d’extraterritorialité ne fut réglée qu’en 1925 et définitivement qu’en 1937. Les revendications territoriales, pour autant qu’elles aient été abordées, ne reçurent aucune suite.

 

Le roi accueil le corps expéditionnaire revenu d'Europe (1919) :

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La question de la délimitation fut réglée de façon un peu plus précise par la convention du 25 août 1926 fixant (article 3) la limite frontalière au thalweg du fleuve et reconnaissant au Siam la propriété d’un certain nombre d’iles antérieurement propriété française mais rattachées par les alluvions à la rive siamoise sans qu’il soit rien touché aux acquisitions antérieures de la France au détriment du Siam.

 

Mais au moins cette définition coupe court aux éventuelles prétentions françaises sur une totale souveraineté sur le fleuve. C’est aussi la première mesure d’internationalisation du Mékong reconnaissant à l’une et l’autre partie la liberté de navigation qui en découle mais elle ne bénéficie alors  qu'aux deux riverains. Cette internationalisation restreinte était entièrement justifiée parle faible intérêt international présenté par le Mékong dans cette portion. De fait, les deux riverains étaient aussi ses deux seuls usagers (14).

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L’irrésistible ascension de Pibun va changer la donne :

 

Ministre de la défense en 1934 puis en 1937, premier ministre en 1938 jusqu’en 1944,  il n’attend pas le déclenchement de la guerre en 1939 pour asseoir de bien modestes revendications territoriales portant essentiellement sur quelques iles du Mékong à rajouter à la liste du traité de 1926, et ce probablement dès son accession au poste de premier ministre.

 

Le Siam clamera d’ailleurs son intention de respecter une stricte neutralité. Une note du ministre des colonies, à l’époque Georges Mandel sous gouvernement Daladier, datée du 27 octobre 1939 est significative. A cette date, nul ne peut encore penser que la France va s’écrouler en quelques jours devant l’offensive allemande. Le monde entier est persuadé, y compris le haut commandement militaire allemand (sauf Hitler) que son armée, forte de la victoire de 1918, reste invincible. « Nous vaincrons parce que nous sommes les plus forts » fut peut-être un mot de Paul Reynaud, député des Basses-Alpes (qui ont parfois eu les députés qu’elles méritaient) mais il reflétait une opinion unanime.

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Mandel fut peut-être un admirable défenseur des droits de l’homme mais sa note proprement méprisante sinon insultante pour les Siamois traduit une opinion dans la droite ligne de celle de Jules Ferry, nous sommes là pour apporter à ces populations inférieures les bienfaits de notre admirable civilisation occidentale. Si l’on en croit Réau, les documents diplomatiques transitant télégraphiquement de France vers l’ambassade de Bangkok et vice-versa étaient soigneusement recueillis par les Siamois. On peut évidemment penser que ce qui était vrai en 1900 l’était à fortiori en 1939 ? (15)

 

Mais l’effondrement de la défense française, et la signature de l’armistice de la France avec l’Allemagne le 22 juin 1940 allait changer les rapports de force.

 

Une divine surprise pour Pibun. Ne revenons pas sur l’histoire de la guerre franco-siamoise : Bangkok réclamera officiellement le 13 septembre 1940 au gouvernement de Vichy la rétrocession des territoires laotiens de la rive occidentale du Mékong  (mais non la rive gauche) et les trois provinces cambodgiennes de Sisophon, Siemrap, et Batambang, le gouvernement français refusa le 17 septembre.

 

La guerre éclate en janvier 1941, déclenchée par les Siamois « sans déclaration de guerre préalable » (16) et se termine sans vainqueurs ni vaincus. Les Japonais - qui ne sont « entrés » au Siam qu’en décembre 1941 – proposent sinon imposent – leur médiation qui aboutit le 9 mai 1941 à la convention de Tokyo. Victoire à la Pyrrhus pour Pibun, semi-défaite pour les Français. Il semble que la médiation japonaise ait calmé les appétits de Pibun qui, moyennant une indemnité à payer de 6 millions de piastres indochinoises (17) (qui ne seront évidemment jamais versées en totalité à la France), n’obtient pas la restitution des territoires de la rive gauche du Laos qu’il revendiquait (c’est-à-dire tout le Laos Français) mais une partie des territoires cambodgiens et la province de Sayaburi ou Xayaburi.

 

Pour les Français, ce sont des territoires « annexés » par le Siam, pour les Siamois, ce sont des territoires « récupérés ». 70.000 kilomètres carrés et 500.000 habitants.

 

Version française :

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Version anglaise : 

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Chacun écrit l’histoire à sa façon mais il est plus confortable de l’écrire du côté du vainqueur. C’est tout de même pour Pibun un retentissant succès. De toute sa politique d'expansion nationaliste, la récupération des territoires perdus en Indochine, fut la partie la plus populaire. Elle a été acceptée par tout le pays et a mobilisé une immense majorité de la population derrière le régime.

 

Le monument de la victoire, toujours en place, fut immédiatement érigé (bien que certains le considèrent comme « politiquement incorrect ») 

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et une série de timbres commémoratifs émise.

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Par la suite, tout en maintenant l’affirmation qu’il veut conserver la neutralité de son pays et refuse systématiquement d’adhérer au pacte anti-Kominterm, Pibun entre en guerre contre l’Angleterre et les Etats-Unis le 25 janvier 1942. Si en 1917, Rama VI avait délibérément choisi le bon camp, le choix de Pibun fut malheureux.

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Nous y trouvons plusieurs raisons qui l’expliquent même si elles ne le justifient moralement pas :

 

• Sa sympathie pour les régimes des puissances de l’axe est certaine, mais comme nous venons de le préciser, elle n’est pas allé jusqu’à l’adhésion à l’internationale anti-communiste et les proclamations de neutralité bien après l’entrée des Japonais au Siam, contre laquelle il était impuissant à lutter (pour autant qu’il l’ait souhaité) son constantes. Il déclare à diverses reprises que « le Siam ne sera pas la Pologne de l’Asie-du-Sud-est ».

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• En janvier 1942, les forces de l’Axe sont maitresses de l’Europe et d’une partie de l’Afrique du nord, elles sont aux portes de Moscou,

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.... un bataillon de SS plante très symboliquement le drapeau à croix gammée au sommet de l’Elbrouz aux portes de l’Asie. 

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Londres résiste mais noyée sous une pluie de bombes. Les Japonais pour leur part, après s’être rendus maîtres de la Corée, d’une partie de la Chine, de la Mandchourie ont envahi les Philippines, la Malaisie, Singapour, les Indes néerlandaises et les iles du Pacifique. 

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Ce choix malheureux fut temporairement payant puisque, à la suite de la visite du général Tojo à Bangkok, en juillet 1943, un nouvel accord nippo-thaï fut signé, la Thaïlande obtenait une partie des conquêtes de l'armée nippone, annexant deux États shans de Birmanie sur lesquels elle avait (ou prétendait avoir) des droits historiques, au total 31.000 kilomètres carrés, 

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et quatre États de Malaisie (Kedah, Perlis, Kelantan et Trengganu) rétrocédés par le Japon, qu’elle avait dû céder sous la force en 1909 à la Grande-Bretagne, 38.000 kilomètres carrés.

 

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Mais plus dure sera la chute. Pibun doit quitter le pouvoir le 1er août 1944.

 

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Notes et références

 

(1)  « Ultimatum du 20 juillet »

« Le Gouvernement français exige :

La reconnaissance formelle par le Siam des droits de l’Empire d'Annam et du Royaume du Cambodge sur la rive gauche du Mékong et sur ses iles ;

L'évacuation des postes siamois établis sur la rive gauche du Mékong, dans un délai qui ne pourra excéder un mois ;

Les satisfactions que comportent les incidents de Tong-Xieng-Kham et de Kammoun, et les agressions dont nos navires et nos marins ont été l'objet dans la rivière du Menara ;

Le châtiment des coupables et les réparations pécuniaires dues aux familles des victimes ;

Une indemnité de deux millions de francs pour les divers dommages causés à nos nationaux ;

Le dépôt immédiat d'une somme de trois millions de francs en piastres pour garantir ces réparations pécuniaires et ces indemnités, ou, à défaut, la remise à titre de gage de la perception des fermes et revenus des provinces de Battambang et de Siem-Reap.

Le  Gouvernement siamois devra faire connaitre dans un délai de quarante-huit heures s'il accepte ces conditions »

Et on en rajoute dix jours plus tard avec un certain sens de l’humour noir (probablement à la suite d’un oubli de Pavie) :

 

« Conditions additionnelles du 30 juillet 1893

«  Désireux de donner une nouvelle preuve des sentiments de modération qui l'ont constamment inspire, le Gouvernement français se contentera, comme garantie indispensable de l'exécution pratique des clauses de l’ultimatum, d'occuper la rivière et le port de Chantaboun jusqu'à la complète et pacifique évacuation des postes établis par les Siamois sur la rive gauche du Mékong ».

 

(2) Il y aurait beaucoup à dire sur les « incidents » visés par le texte de l’ultimatum, systématiquement montés en épingle par la presse coloniale et solennellement contredits par la presse siamoise, le Siam observer notamment qui cite volontiers la fable du loup et de l’agneau. Réalité ou prétexte ? Il est un magnifique exemple de l’attitude de la presse française dix ans plus tard (mais évidemment gardons-nous de généraliser). Le 5 avril 1903, Le Petit Journal, le plus fort tirage de la presse française (jusqu’à 2 millions d’exemplaires) affiche dans tous les kiosques de France et de Navarre une image retentissante :

 

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Des soldats siamois curieusement vêtus d’uniforme européens ? Il n’existe pas de Photoshop  mais le journal a de bons dessinateurs. Il faut tourner la page pour connaître ce qui semble être la vérité. L’incident a eu lieu dans la ville de Thafa (บ้านท่าฟ้า) dans la province de Phayao  (พะเยา) à la limite des états shans : l’armée siamoise s’est avancée pour réprimer une révolte ou une insurrection. Il n’y a pas eu de français tués mais deux laotiens dont il n’est nullement justifié qu’ils aient été nos protégés ? Cet événement avait  été diffusé par le Courrier d’Haïphong, du 23 mars 1903 que  «…quatre Français et deux Anglais employés à la Compagnie La Bombay Burmah Trading furent pris et fusillés » En réalité, il n’y eut ni Européens ni Français ni protégés français tués.

 

On a fait mieux depuis, en 1989, avec l’affaire de charniers de Timisoara qui ne fut pas à l’honneur de notre presse.

 

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(3) Après avoir participé à toutes les expéditions de l’ « explorateur aux pieds nus », il fut récompensé par un poste de Consul à Luang-Prabang précédemment occupé par Pavie avant de finir sa carrière à Nan. Le consulat de Nan avait compétence territoriale sur Le Vice-consul à Nan avait  compétence sur les villes suivantes : Chiangraï, Chiangsaen, Chiangmaï, Lampang, Lampun, Phrai, Tak, Kampaengphet, Phichai et Sukhothai. Celui de Korat sur tous les territoires des circonscriptions laotiennes et cambodgiennes situés sur la rive gauche du Mékong. Hardouin s’est distingué par son zèle à Korat et à Nan. Le ministre britannique à Bangkok écrit à son gouvernement « beaucoup d’embarras avaient été causés par la pratique suivie par M. Hardouin, le consul français, dans la délivrance des certificats d'immatriculation française, non seulement aux indigènes venant réellement de la rive gauche du Mékong mais à leurs enfants et petits-enfants qui n'y avaient jamais en réalité jamais mis les piedsThe Bangkok Times  écrivait en décembre 1898 : « Le consul M. Hardouin, ne cache nullement son désir d'affaiblir le gouvernement siamois par la création de très grand nombre de protégés». (The Bangkok Times Weekly Mail du 27 décembre p.134)

 

(4) Voir nos articles 144 et 145 « Raphaël Réau, Jeune Diplomate Français Au Siam. (1894-1900) » et A 192 – « A LA DÉCOUVERTE DU SIAM PAR MADAME MASSIEU, UNE « AVENTURIÈRE FRANÇAISE » DE LA FIN DU XIXÈME »

 

 

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(5) Voir le très savant et très juridique article de François Schroeter « Le système de délimitation dans les fleuves internationaux » In  Annuaire français de droit international, volume 38, 1992. pp. 948-982.

 

(6) Voir notre article A 90 « Les dessous des traités de 1902 et de1904 entre la France et le Siam ».

 

(7) Article 1er « La frontière entre le Siam et le Cambodge part, sur la rive gauche du Grand Lac, de l'embouchure de la rivière Stung Roluos, elle suit le parallèle de ce point dans la direction de l'Est jusqu'à la rencontre de la rivière Pré Ivompong Tiam, puis, remontant vers le Nord, elle se confond avec le méridien de ce point de rencontre jusqu'à la chaine de montagnes Pnom Dang Rek. De là elle suit la ligne de partage des eaux entre les bassins du Nam Sen et du Mékong, d'une part, et du Ammon, d'autre part, et rejoint la chaine Phnom Padang dont elle suit la crête vers l'Est jusqu'au Mékong. En amont de ce point, le Mékong reste la frontière du Royaume de Siam, conformément à l’article 1 du traité du 3 octobre 1893. »

 

(8) Article 2 « Quant à la frontière entre le Luang Prabang, rive droite, et les provinces de Muang Phichai et Muang Nan, elle part du Mékong a son confluent avec le Nam Huong et, suivant le thalweg de cette rivière jusqu'à son confluent avec le Nam Tang, remontant ensuite le cours du dit Nam Tang, elle atteint le ligne de partage des eaux entre les bassins du Mékong, et celui de la Ménam en un point situe près de Pou Dene Dine. À partir de ce point, elle remonte vers le Nord, suivant la ligne de faite entre les deux bassins jusqu'aux sources de la rivière Nam Kop dont elle suit le cours jusqu'à sa rencontre avec le Mékong ».

 

(9) Article 15 « En cas de difficultés d’interprétation de la présente Convention, rédigée en français et en siamois, le texte français fera seul foi. »

 

(10) Article 1er « Le Gouvernement siamois cède à la France le territoire de Battambang, Siem-Reap et Sisophon …. »

Article 2 « Le Gouvernement français cède au Siam les territoires de Dan-Sai et de Kratt …  ainsi que toutes les iles situées au sud du cap Lemling jusques et y compris Koh Kut ».

 

Les trois cartes officielles annexées au traité : 

 

 

204 - LA QUESTION DES FRONTIÉRES DE LA THAILANDE AVEC L’INDOCHINE FRANÇAISE.
204 - LA QUESTION DES FRONTIÉRES DE LA THAILANDE AVEC L’INDOCHINE FRANÇAISE.
204 - LA QUESTION DES FRONTIÉRES DE LA THAILANDE AVEC L’INDOCHINE FRANÇAISE.

(11) par exemple Maurice Zimmermann « Traité du 23 mars 1907 avec le Siam » In Annales de Géographie, t. 16, n°87, 1907. pp. 277-278.).

 

L’enclave cédée de Dan Saï ne constituait probablement que la partie nord jouxtant le Mékong de l’actuel amphoe qui comporte 1.732 km2.

 

204 - LA QUESTION DES FRONTIÉRES DE LA THAILANDE AVEC L’INDOCHINE FRANÇAISE.

 

(12) Article 8 « En cas de difficultés d'interprétation du présent traité rédigé en français et en siamois, le texte français fera seul foi ».

 

(13) Traité de Versailles : Article 136 «  Tous biens et propriétés de l'Empire ou des États allemands au Siam, à l'exception des bâtiments employés comme résidences ou bureaux diplomatiques ou consulaires, seront acquis de plein droit au Gouvernement siamois, sans indemnité. Article 137 « L'Allemagne renonce à toute réclamation, pour elle ou ses nationaux, contre le Gouvernement siamois relativement à la saisie des navires allemands, à la liquidation des biens allemands ou à l'internement des ressortissants allemands au Siam….. »

 

(14) Quoc Dinh Nguyen « L'internationalisation du Mékong » In Annuaire français de droit international, volume 8, 1962. pp. 91-115.

 

(15) Mandel considère que toutes les discussions avaient été réglées par le traité de 1926, qu’il n’était pas question de revenir sur l’article 1er du traité de 1893, qu’il n’était pas question de revenir sur la propriété française d’iles devenues presque-iles, que la France avait bien assez de concessions en admettant la notion de « thalweg-frontière », que la concession de huit iles au Siam en 1926 constituait déjà un sacrifice. Il faisait sienne la réaction du gouverneur général de l’Indochine du 30 juillet selon laquelle la demande présentée par les négociateurs siamois ne devait être admise sous aucun prétexte. « Admettre la possibilité de révision de frontière et d’une nouvelle délimitation, même s’il ne s’agit que de quelques iles du Mékong, serait un acte de faiblesse que le Siam ne manquerait pas d’exploiter. Il est indispensable que nous voisins soient persuadés que, dans ce domaine, nous nous maintenons strictement aux textes en vigueur et qu’ils ne peuvent compter de notre part, sur aucune concession ». Pire qu’un refus, c’est un refus d’ouvrir seulement des discussions.

 

(16) Ce sont évidemment aux vaincus que l’on reproche, en poussant des cris d’orfraie, d’avoir engagé des hostilités armées sans déclaration préalable comme au temps des guerres en dentelle. Ce n'est guère que depuis la paix de Paris de 1763 qu'une déclaration de guerre expresse et solennelle a cessé d'être tenue pour indispensable. 

 

(12) Article 8 « En cas de difficultés d'interprétation du présent traité rédigé en français et en siamois, le texte français fera seul foi ».

 

204 - LA QUESTION DES FRONTIÉRES DE LA THAILANDE AVEC L’INDOCHINE FRANÇAISE.

Voir à ce sujet l’article de Michel Voelckel « Faut-il encore déclarer la guerre ? » In Annuaire français de droit international, volume 37, 1991. pp. 7-24. Il n’y a pas une guerre depuis le milieu du siècle dernier, pour en rester là sans remonter aux guerres napoléoniennes ou à la guerre du feu, qui ait été engagée après une déclaration en bonne et due forme.  Mais n’est-il pas plus simple d’imputer la responsabilité à quelques dirigeants du pays vaincu – vae victis ! Formellement d’ailleurs et pour autant que Pibun ait eu connaissance de la note de Mandel, on peut parfaitement la considérer comme un casus belli. 

 

(17) Si on peut évaluer pour 1941 la valeur d’une piastre indochinoise à 4 francs et le franc de 1941 à environ un tiers d’euro, l’indemnité  de 24 millions de francs représenterait 8 millions d’euros 2015 ?

 

(18) Nous en trouvons de multiples exemples dans la presse française de l’époque qui, si elle est localement inféodée au gouvernement du Maréchal, est singulièrement beaucoup plus libre en ce qui concerne les événements d’Asie…. Tout au long de l’année 1941, elle fait état d’agissements en général anglais, le plus souvent sur la foi de renseignements émanant d’agences de presse américaines ce qui les rend plausibles : Le 9 janvier puis le 9 aout 1941 des troupes britanniques sont massées massivement à la frontière siamoise, plusieurs dizaines de milliers d’hommes et des centaines d’avions au nord de la Malaisie. En juillet et octobre 1941, la Grande-Bretagne « exerce des pressions » pour changer le gouvernement. Le 15 aout 1941, le Siam  refuse d’accorder des bases navales aux anglais qui répondent par des bombardements sporadiques. Ce refus est consécutif à une première demande anglaise du mois de février offrant en contrepartie les Etats Shans à la Thaïlande. Le 6 août, l’Associated Press annonce que les Anglais se livrent à des préparatifs tendant à leur assurer le contrôle de bases importantes en Thaïlande notamment Bangkok et l'isthme de Kra. Le 21 août, on parle de 73.000 hommes dont 42.000 hindous et 250 avions. Pour les Anglais, si nous devons envoyer des troupes au Siam, c’est pour défendre le Siam lui-même. C’est la reproduction mot pour mot du discours du délégué Japonais à la Société de Nations lorsqu’il expliqua l’invasion de la Chine en 1937 !

 

 

 

 

204 - LA QUESTION DES FRONTIÉRES DE LA THAILANDE AVEC L’INDOCHINE FRANÇAISE.

Pibun répond à la radio que la Thaïlande ne reculera pas, que les Thaïs défendront leur pays jusqu'à la dernière goutte de leur sang Ce n'est plus le Siam du siècle dernier, c'est une Thaïlande nouvelle qui résistera à toute atteinte à ses droits souverains. Etc…etc…

(Journaux consultés, des dizaines de numéros : Le Figaro, le Journal des débats, Le Matin, La Croix, Le temps, Ouest éclair, Paris soir, Le petit parisien).

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Published by grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-b - dans "Notre" Histoire de la Thaïlande
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