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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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21 octobre 2015 3 21 /10 /octobre /2015 18:01
207. LE GOUVERNEMENT DE SENI PRAMOT DU 17 SEPTEMBRE 1945 AU 31 JANVIER 1946.

Le 13ème gouvernement de la monarchie constitutionnelle.

 

Le 15 août 1945, l’empereur Hiro Hito annonçait à la radio la reddition du Japon. 

207. LE GOUVERNEMENT DE SENI PRAMOT DU 17 SEPTEMBRE 1945 AU 31 JANVIER 1946.

Le 16 août 1945, le Régent Pridi, proclamait au nom du roi, que la déclaration de guerre faite par le Siam, le 25 Janvier 1942, contre le Royaume-Uni et les Etats-Unis, était nulle et non avenue en ce qu'elle avait été faite contrairement à la volonté du peuple siamois et en violation de la Constitution et des lois de Siam. Il affirmait également que le Siam était prêt à restituer les territoires annexés en Malaisie et en Birmanie. (Remarquons que Pridi utilise de nouveau « Siam » pour désigner son pays).

 

Avec la fin de la deuxième guerre mondiale, on se doute qu’une nouvelle page de l’histoire de la Thaïlande allait s’écrire, d’une part parce que le monde allait se réorganiser après les accords de Yalta et la création de l’ONU, et d’autre part par l’incertitude qui pouvait planer sur le sort que lui réserveraient les grandes puissances occidentales, surtout la Grande-Bretagne et la France qui n’avaient pas renoncé à retrouver leur empire colonial d’avant-guerre.

207. LE GOUVERNEMENT DE SENI PRAMOT DU 17 SEPTEMBRE 1945 AU 31 JANVIER 1946.
207. LE GOUVERNEMENT DE SENI PRAMOT DU 17 SEPTEMBRE 1945 AU 31 JANVIER 1946.

En effet, la Thaïlande avait été l’alliée du Japon, mais en même temps, un mouvement Free Thais aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne avait clairement pris position contre la politique de collaboration choisie par son pays, et s’était organisé pour combattre les Japonais avec l’aide des services secrets britannique, américain, et chinois. A l’intérieur, sous l’égide du régent Pridi et du Chef de la police Adun, une résistance à l’occupant avait été reconnue par les Alliés. (Cf. Nos articles précédents sur ce sujet.)

 

Et effectivement, «  Aussitôt connue la capitulation japonaise, l’amiral Mountbatten enjoignait à Pridi d’envoyer une délégation à Kandy (le Q.J. du South East Asia Command à Ceylan) », « qui se vit présenter (Avant même que Seni Pramot ait succédé à Thawee Bunyaket), par les militaires britanniques et leurs conseillers du Foreign Office des préliminaires de paix en 21 points. » qui n’étaient ni plus ni moins que la mainmise anglaise sur la réorganisation de son armée, la supervision alliée  sur les exportations de riz, de caoutchouc et d’étain, et la réparation des dommages causée aux biens alliés. (Fistié, p.195.)*

207. LE GOUVERNEMENT DE SENI PRAMOT DU 17 SEPTEMBRE 1945 AU 31 JANVIER 1946.

Il s’agissait bien pour Pridi le Régent,  les Free Thais, et pour tous ceux qui voulaient encore jouer un rôle politique de négocier au plus vite avec les Alliés un accord de paix, qui fasse oublier la politique de collaboration avec les Japonais, et qui redonne au Siam son indépendance.

 

Pour le Régent Pridi, un homme s’imposait pour mener à bien cette négociation : Seni Pramot.

 

Nous avions vu dans les articles précédents le rôle joué par Seni Pramot, pendant la deuxième guerre mondiale, alors qu’il était ambassadeur de son pays aux Etats-Unis à Washington. Dès le 9 décembre 1941, il avait exprimé son désaccord à la radio  sur la décision de son gouvernement de collaborer avec les Japonais et avait refusé de transmettre la déclaration de guerre du 25 janvier 1942 de la Thaïlande aux Etats-Unis. Il avait alors fondé le mouvement Free Thais, avec son  attaché militaire le Lt- colonel Khap Khunchon (Kharb Kunjara) et la majorité des étudiants siamois alors en étude aux Etats-Unis et dirigé avec les Free Thais de Londres la résistance de l’extérieur, avec l’appui des services secrets britannique, la  Special Operations Executive (SOE), et américain, l’Office of Stratégic Services (OSS).

 

Durant toute la guerre, non seulement le gouvernement américain le reconnaîtra toujours comme l’ambassadeur de la Thaïlande, mais comme le chef de la résistance extérieure thaïlandaise contre les Japonais.

 

Aphaiwong (ควง อภัยวงศ์qui avait dirigé le gouvernement depuis la chute de Phibun, le 1er août 1944 remettait au Régent sa démission le 16 août 1945, qui sera officialisée le 31.** (Cf. Notre article 201 sur ce gouvernement). 

207. LE GOUVERNEMENT DE SENI PRAMOT DU 17 SEPTEMBRE 1945 AU 31 JANVIER 1946.

Tawee Bunyaket (ทวี บุณยเกตุ parfois transcrit de façon erronée Tawee Punyaketu), ministre de l’éducation dans le précédent gouvernement et membre actif du mouvement Free Thais était nommé par le Régent  Pridi pour assurer l’intérim jusqu’au retour à Bangkok de Seni Pramot.

 

Tawee Bunyaket,  le 1er septembre 1945 annonçait la couleur : le pays veut rejoindre « le concert des nations » : « Le gouvernement doit coopérer avec les Nations Unies, en toutes circonstances, pour les relations internationales et de collaborer avec elle pour établir la stabilité mondiale, dans le respect de la Charte de San Francisco ». (In note 2, notre article 205)

207. LE GOUVERNEMENT DE SENI PRAMOT DU 17 SEPTEMBRE 1945 AU 31 JANVIER 1946.

Le 17 septembre 1945,  M.R. (Mom Rachawang) Seni Pramot (หม่อมราชวงศ์เสนีย์ ปราโมช) se voyait confier la direction du 13ème gouvernement de la monarchie constitutionnelle. Il n’accepta qu’à la condition que sa mission se termine à la conclusion du traité de paix avec les Alliés.*

 

Tous les membres du cabinet seront désignés par Pridi représenté par le président de la chambre des représentants, le Phraya Manawarachasewi, à l’exception du Phraya Nolarachawasuwachana, ministre de la justice, choisi par Seni Pramot.  (Ancien et très temporaire ministre des finances dans le gouvernement de Pahon du 22 septembre 1934 au 1er août 1935). On retrouvait dans ce gouvernement des hommes que nous avons déjà évoqués parmi les Free Thais, comme le général Adun, Direk, Sanguan,  Prajua Bunnag, Tawee, Tiang Sirikhan, Chamrong … 

 

Le mercredi 19 septembre 1945, la déclaration de politique générale en 11 points était lue à l’Assemblée.

 

Les buts prioritaires de ce gouvernement sont en premier lieu « de rétablir un régime démocratique, de gouverner en allégeance avec les institutions de la nation, de la religion, du roi et de la constitution,  d’établir une séparation entre les politiques et les administratifs pour aboutir à une véritable démocratie, de restaurer la morale et l’éthique du peuple thaï qui ont été détériorés en, ces temps de guerre …. » Le onzième objectif étant : « Le gouvernement doit suivre la proclamation royale de paix du 16 Août 1945 (lancée par Pridi au nom du roi), et collaborer avec les Nations Unies, afin que la stabilité du monde doit être fermement établie » 

207. LE GOUVERNEMENT DE SENI PRAMOT DU 17 SEPTEMBRE 1945 AU 31 JANVIER 1946.

Il s’agissait bien pour Seni, qui avait pris aussi le portefeuille des Affaires étrangères, non seulement de négocier la paix avec les Alliés, mais aussi d’installer un régime vraiment démocratique.

 

Le 15 octobre 1945, l’Assemblée du temps de guerre fut dissoute et la date des élections fut fixée au 12 janvier 1946.  Une nouvelle constitution devait être élaborée, dans laquelle les restrictions qui interdisaient aux membres de la famille royale de participer à la vie politique devaient être levées. (Elle sera soumise à l’Assemblée en mars 1946.) On allait assister à une recomposition politique avec le retour des royalistes, qui vont se regrouper sous la forme d’un « Parti Progressiste », réuni autour de Kukrit Pramot, le frère cadet de Seni, avec le souci de se démarquer des velléités supposées de Pridi de ressortir son plan économique de 1933.

 

Le traité anglo-siamois du 1er janvier 1946. (Analysé dans l’article suivant)

 

Mais pour l’heure, la priorité était pour Seni de négocier les exigences britanniques sur son pays. La délégation siamoise était revenue de Kandy avec les 53 demandes exigées par l’amiral Mountbatten. Le soutien des Etats-Unis à la délégation siamoise avait fait renoncer les Britanniques aux « 21 points » initiaux qui leur auraient assuré la mainmise sur le Siam.

207. LE GOUVERNEMENT DE SENI PRAMOT DU 17 SEPTEMBRE 1945 AU 31 JANVIER 1946.

Avant d’analyser dans l’article suivant, le traité anglo-siamois du 1er janvier 1946, rappelons que dans celui-ci,  les Britanniques exigeaient la livraison gratuite de 1.500.000 tonnes de riz (soit le montant annuel moyen des exportations d’avant-guerre), pour faire face à la situation dramatique de certains territoires britanniques et en particulier la Malaisie. « D’après ce texte, tout le surplus de riz accumulé dans le pays à la date du traité devait être remis gratuitement à un organisme dont les membres étaient désignés par la Grande-Bretagne et, jusqu’à la date du 1er septembre 1947, tout l’excédent de la production sur la consommation locale  devait être mis à la disposition du même organisme à un prix convenu. ». Fistié (Note 11. Notons au passage que ce traité comportait en outre l’engagement par le Siam de ne pas creuser de canal au travers de l’isthme de Kra.) Nous verrons que ce traité  se révélera inapplicable du moins dans ses clauses relatives aux livraisons gratuites de riz.

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La négociation pour l’exportation de son étain était très différente.

 

En effet, la production de l’étain était en grande partie dans les mains des sociétés anglaises et australiennes, et celles-ci voulaient en limiter son exportation pour obtenir des compensations de guerre. Mais sous la pression des Etats-Unis, grand importateur d’étain, un accord tripartite signé entre le Siam, les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et l’Australie aboutit le 7 décembre 1946. L’accord sur la base d’un stock évalué à 16.000 tonnes d’étain  du 8 décembre 1941 à la fin de la guerre allait prévoir une compensation financière. Il mettait en place une commission jusqu’en septembre 1947 chargée d’activer les exportations d’étain ; Les concentrés d’étain étant mis en part égale pour les Etats-Unis et la Grande-Bretagne, au prix du marché malaisien. Par la suite, les Américains développeront leurs achats de concentrés d’étain pour leurs fonderies du Texas ; ce qui causera une réduction de la quantité de l’étain siamois pour la fonderie anglaise de Penang. (Cf. Fistié)

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Il est évident que ces traités et surtout les livraisons de riz ne pouvaient qu’aggraver les difficultés du gouvernement siamois, surtout que les marchands chinois qui commerçaient le riz « préféraient le faire sortir en fraude vers la Malaisie ou vers Hong-Kong où la pénurie permettait de le vendre à un prix infiniment plus élevé que le prix officiel. » (Fistié)
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L’admission du Siam à l’ONU.

 

Au niveau international, il était impératif pour le Siam de se faire reconnaître comme un membre des Nations-Unies (ONU).

 

Si les Etats-Unis et la Grande-Bretagne accordèrent leur soutien au Siam, trois autres pays, membres du Conseil de Sécurité, à savoir la Chine, l’URSS et la France, posèrent leurs conditions.

Seni eu la satisfaction de pouvoir signer un traité d’amitié sino-siamois le 21 janvier 1946, qui établissait  leur relation diplomatique. (Le Dr Li arrivera à Bangkok en ambassadeur, en septembre 1946 et en octobre,  Sanguan Tularak sera désigné comme le représentant du Siam auprès du gouvernement du Kuomintang.) .

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(Mais sa démission du 31 janvier 1946  et sa place comme ministre des affaires étrangères jusqu’au  24 mars 1946, l’empêchera d’obtenir personnellement l’accord avec les Soviétiques en 1946 et de signer le traité du 17 novembre 1946 avec la France. Ce sera lors du gouvernement du contre-amiral « Thamrong » (Le 17ème gouvernement du 23 août 1946 au 30 mai 1947) que le Siam sera admis officiellement aux Nations-Unies le 16 décembre 1946. Nous y reviendrons.)

Les difficultés du gouvernement Seni furent aussi d’ordre économique et social, avec les séquelles de la guerre et de l’occupation japonaise.

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Les exportations de riz avaient considérablement chuté. Elles étaient passées de 31,5 millions de picul en 1939-1940 (1.890.000 tonnes), à 19,4 millions de picul en 1941 (1.164.000 tonnes), 12,5 millions en 1942 (750.000 tonnes), 9 millions en 1943 (540.000 tonnes), et 5,1 millions en 1944 (301.000 tonnes), à cause bien sûr des détériorations, comme le dit Fistié, des  communications maritimes nippones ; le Japon était devenu le principal client avec 7,3 millions de picul en 1941 (394.200 tonnes), 8,6 en 1942 (464.400 tonnes), 4,1 en 1943 (221.400 tonnes), et 0,22 en 1944 (11.880 tonnes). Mais le Siam ne souffrait pas de pénurie alimentaire, même si 34 % de la superficie plantée avait été endommagée par les conditions atmosphériques en 1942, car la superficie plantée avait crû, passant de 21,6 millions de rai en 1939-1940 à 26,5 millions en 1944-1945.

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Outre le réseau ferroviaire sérieusement endommagé (Souvenons-nous que 18.500 bombes avaient été largués durant le conflit et tués 8.700 personnes et détruits 9.600 bâtiments.), la principale difficulté fut l’énorme inflation qui avait réduit le bath au dixième de sa valeur, inflation évidemment due aux exigences japonaises. Elle avait provoqué une baisse importante du pouvoir d’achat des fonctionnaires et aggravé le climat social.

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Les Japonais avaient tout d’abord imposé une dévaluation du bath pour l’amener à une parité avec le  yen. Ils avaient ensuite fait des emprunts, qui étaient en fait des « frais d’occupation » payés en grande partie par la Thaïlande par des emprunts nationaux. Mais à part le milliard de bath supplémentaire demandé par les Japonais pour la période allant de du 1er juillet au 31 décembre 1945, Fistié ne nous donne pas de chiffres pour ces emprunts, à moins qu’il ne faille les trouver dans le tableau (p.200) qu’il nous donne consacré aux « Dépenses extraordinaires » et au « Fonds pour la défense du royaume » qui donnent par exemple 10,09 millions de bath en 1943, 108,20 en 1944 pour les « Dépenses extraordinaires »  et 44,60 millions de bath en 1943 et 73,20 en 1944 pour le « Fonds pour la défense du royaume », alors que le budget pour le ministère de la Défense était de 75 millions de  bath (29% du budget) en 1944, et de 47 millions en 1945 (17% du budget) pour nous donner une idée de l’effort consenti. Mais le tableau (p.201) sur l’évolution du coût de la vie sera plus parlant pour les non-économistes (que nous sommes) :

 

Sur une base 100 de 1937, nous avons :

 

1939 … 103 ;

1940 …113 ;

1942 … 177 ;

1943 … 222 ;

1945 … 905 ;

1946 … 1072 ;

1947 … 1247. 

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Cette évolution du cout de la vie toucha exclusivement les titulaires de revenus fixes comme les fonctionnaires. Cette situation encouragea la corruption, qui devenait pour certains le seul moyen de survivre, voire pour d’autres de s’enrichir. On pense à ceux qui étaient par exemple dans le circuit de l’exportation du riz. Fistié cite Reeve qui expose ce mécanisme  qui montrait tout l’intérêt à sortir du riz en fraude, plutôt que de le livrer au gouvernement, quand on pouvait faire un profit supplémentaire de 300 £ la tonne. On peut imaginer la tentation du fonctionnaire des douanes ne gagnant que 100 £ env. par an. 

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On peut également mesurer cette corruption « par la discordance entre l’évolution de la production de riz et celle des exportations « officielles ». Les exportations « contrôlés » étaient passées de 3,2 millions de picul en 1945 (218.300 tonnes), à 7,5 en 1946 (511.600 tonnes), pour redescendre à 6,4 en 1947 (436.500 tonnes), alors que la moyenne d’avant-guerre était de 25,5 millions de picul et que la production avait augmentée (90 millions de picul - 6.1400.000 tonnes). Un contrôle des changes tenté en 1946 avait aussi échoué.

En 1947, la banque du Siam admettait : « L’expérience acquise en 1946 a indiqué clairement que les contrôles des changes et du commerce tels qu’ils étaient appliqués récemment étaient inefficaces et pouvaient même retarder le rétablissement de l’économie du pays. » L’aveu de l’échec était clair. (Fistié p.200,  citant Reeve « in « Public administration in Siam »)

207. LE GOUVERNEMENT DE SENI PRAMOT DU 17 SEPTEMBRE 1945 AU 31 JANVIER 1946.

Les désaccords entre Seni et Pridi commencèrent dès son entrée en fonction. Si Seni acceptait les interventions de Pridi dans la politique intérieure, il n’apprécia pas que celui-ci intervienne dans les négociations avec les Alliés. Ainsi dès septembre, Pridi avait voulu que Seni acceptât rapidement « les 53 points » soumis au Siam par la Grande- Bretagne, alors que celui-ci voulait négocier point par point. Rapidement, il se rendit compte que les pressions de Direk et de Thawi Bunyaket (les ministres des Finances et de l’Intérieur) pour hâter la signature du traité provenaient de Pridi. Il avait quelque peu le sentiment d’avoir été utilisé.

 

De plus, les désaccords politiques vont accentuer leurs divergences.

 

N’oublions pas que Seni Pramot est de la famille royale, descendant de Rama II (Il porte le titre de Mom Rachawan attribué aux arrière-petits-fils de roi). C’est un traditionnaliste qui a tenté de réintroduire le phanung (« pantalon » traditionnel thaï) imposé par Phibun. 

207. LE GOUVERNEMENT DE SENI PRAMOT DU 17 SEPTEMBRE 1945 AU 31 JANVIER 1946.

Il est évidemment proche de son frère Kukrit Pramot qui a formé un « Parti progressiste » avec les royalistes libérés et ceux rentrant d’exil, qui estiment que les partisans de Pridi sont inefficaces et corrompus. La dissolution de l’Assemblée du temps de guerre le 15 octobre et la décision des élections fixées au 12 janvier 1946 ne pouvaient qu’accentuer ces différences « idéologiques ».

 

Seni pouvait être satisfait de la signature du traité le 1er janvier 1946  avec les Britanniques, mais les résultats des élections du 12 janvier 1946 remportées certes à une large majorité par les anciens Free Thais, partisans de Pridi, ne pouvaient qu’accentuer  le fossé politique.

 

En effet, on put constater, que si les partis n’étaient pas encore formés officiellement, 57 députés se regrouperont au sein d’un nouveau parti, le  « Parti Sahacheep » fondé par Thongin Phuripat (accusé aux côtés de Tiang Sirikhan de communisme et de séparatisme), et que le « Parti progressiste », réuni autour de Kukrit Pramot n’avait obtenu que 18 sièges, alors que 7 députés restaient indépendants.***

 

(Nous verrons que des élections  complémentaires qui auront lieu le 5 août 1946 dans 45 provinces pour augmenter le nombre de députés, selon la nouvelle constitution, équilibreront le rapport de force entre le parti démocrate fondé le 6 avril avec Kuang Aphaiwong et les frères Pramot, et la formation du « Front constitutionnel regroupant avec le Parti Sahacheep  tous les partisans de Pridi.)

 

Mais en ce mois de janvier 1946, surtout après les résultats des élections,  la crise était inévitable, et Seni ne pouvait que constater qu’il n’était plus le chef du gouvernement. (Mais l’avait-il été ?) Il donna donc  sa démission le 31 janvier 1946.

 

Il n’avait gouverné que 4 mois !

 

Mais Seni poursuivra son engagement politique au sein du parti démocrate, fondé le 6 avril, aux côtés de son frère et dont la présidence fut confiée à Khuang Aphaiwong, après que celui-ci eut accepté de prendre la direction du 14 ème gouvernement, mais dut aussi renoncer, moins de deux mois plus tard, le 24 mars 1946, ouvrant une nouvelle crise ministérielle, qui « obligera » Pridi à prendre officiellement le pouvoir. Ce sera notre prochaine étude.

 

On  retrouvera Seni Pramot dans des cabinets ministériels et comme 1er ministre du 15 février 1975 au 13 mars 1975  et du 20 avril 1976 au 6 octobre 1976.  (Et chef de l’opposition à la maison des représentants du 22 mars 1975 au 12 janvier 1976.)

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*Pierre Fistié, restera notre fil rouge avec  « L’évolution de la Thaïlande contemporaine », Armand Colin, 1967

**Khuang Aphaiwong. (17 mai 1902-15 mars 1968) sera de nouveau premier ministre, après la démission de Seni Pramot,  du 31 janvier 1946 au 18 mars 1946, puis du 10 novembre 1947 au 6 février 1948, et encore du 21 février 1948 au 8 avril 1948. C’est dire qu’il fut un homme politique majeur ; Il sera de plus l’un des principaux fondateurs du Parti démocrate.

207. LE GOUVERNEMENT DE SENI PRAMOT DU 17 SEPTEMBRE 1945 AU 31 JANVIER 1946.

2*** Wikipédia. General elections for the National Assembly were held in Siam on 6 January 1946. In the first elections since the Second World War, a total of 2,091,788 votes were cast and voter turnout was 32.5%. A second round of elections was held in 47 provinces on 5 August in order to increase the number of MPs to the number set in the constitution.

 

At the time there were no political parties,so all candidates ran as independents. There were unofficial affiliations. Supporters of Pridi Banomyong (Sahachip Party and the Constitutional Front) took 57 seats, the Democrat Party took 18 seats and a further seven seats went to unaffiliated representatives.

 

http://en.wikipedia.org/wiki/Siamese_general_election,_1946

 

 

 

Il est évident que ces traités et surtout les livraisons de riz ne pouvaient qu’aggraver les difficultés du gouvernement siamois, surtout que les marchands chinois qui commerçaient le riz « préféraient le faire sortir en fraude vers la Malaisie ou vers Hong-Kong où la pénurie permettait de le vendre à un prix infiniment plus élevé que le prix officiel. » (Fistié)

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