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  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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3 octobre 2015 6 03 /10 /octobre /2015 18:02
R7. LA CORRUPTION EN THAÏLANDE EN 2015.

 

(Version remaniée et abrégée de l’article paru en 2012 sous le titre : « A80. La corruption made in Thaïlande. »)

 

Comme pour les filles “tarifées”, chaque expatrié  en Thaïlande a son avis sur la corruption et ses anecdotes. Celles-ci ne concernent le plus souvent que le billet glissé à l’agent de l’ immigration, au policier indélicat pour une infraction commise, ou au directeur d’une école privée pour inscrire son bambin … Ils savent que le milieu politique est corrompu, que les députés achètent leurs votes et certaines « UNES » des journaux nationaux thaïs sont là pour leur confirmer que « décidemment ce pays est corrompu ».

 

Certes.

 

Il ne s’agit pas d’une trouvaille, surtout que désormais existe depuis 1995, l’ONG Transparency International* qui publie chaque année un indice de perception de la corruption (CPI) classant les pays selon le degré de corruption perçu dans un pays. Selon cette ONG,  la Thaïlande se classerait  85 ème en 2014 sur 175 pays. 

R7. LA CORRUPTION EN THAÏLANDE EN 2015.

Autant dire que la Thaïlande n’a pas le monopole de la corruption.

 

On imagine qu’il ne doit pas être facile d’élaborer des indices objectifs à partir de données bien souvent subjectives faites à partir d’enquêtes « réalisées auprès d'hommes d'affaires, d'analystes de risques et d'universitaires résidant dans le pays ou à l'étranger » dans un pays, comme la Thaïlande où,  selon une enquête d’opinion de l’institut Abac (lié à l’université économique Assumption de Bangkok) réalisée en 2012, 68 % des Thaïlandais âgés entre 20 et 29 ans disent qu’ils accepteraient volontiers un gouvernement corrompu s’ils en retiraient des bénéfices.

R7. LA CORRUPTION EN THAÏLANDE EN 2015.

Cette tendance ne fait que confirmer plusieurs sondages effectués au cours des cinq dernières années. Au sein de la population adulte, la proportion de ceux qui plébiscitent la corruption est légèrement plus faible : 63 %. Les femmes (62,5 %) sont moins enthousiasmées par les pots-de-vin et la prévarication que les hommes (66 %).

 

Il est vrai qu’il est dit aussi : « Le sondage d’Abac s’est aussi intéressé aux sentiments des Thaïlandais vis-à-vis des militaires. 68 % des personnes interrogées ont dit être satisfaites du rôle des militaires, mais 71 % ont affirmé ne pas vouloir d’un nouveau coup d’Etat » (Cf. Thailander du 12 juin 2012).

R7. LA CORRUPTION EN THAÏLANDE EN 2015.

Autant dire que « l’indice de perception de la corruption » auprès des « experts » est en net décalage avec les jeunes Thaïlandais, et on peut douter d’un réel changement de la société thaïlandaise sur ce fléau, quand effectivement près de 70 % des jeunes Thaïlandais acceptent la corruption « gouvernementale » si celle-ci leur profite personnellement.

 

La corruption thaïlandaise est un système.

 

La corruption en Thaïlande n’est pas due à des indélicatesses de tel ou tel individu,  de tel ou tel groupe d’âge, ou de telle ou telle corporation, mais est un système généralisé, à l’œuvre dans les relations sociales, économiques, politiques … et religieuses, bref dans toutes les composantes de la société.

 

Plus (ou pire ?), nous venons de voir que l’énorme majorité des Thaïlandais acceptent le système, ce système. Mais quel système ?

 

Un article sérieux de Max Constant (du 30 septembre et du 7 octobre 2012)   intitulé Chronique de Thaïlande : petit manuel de la corruption in http://asie-info.fr/2012/09/30/chronique-thailande-corruption-i-510935.html  donne quelques éléments d’explication.

 

« Des éléments d’explication de cette vision bienveillante des pratiques de corruption peuvent être trouvés dans l’histoire. »  et de citer :

  • « les officiels étaient nommés par un supérieur dans la stricte hiérarchie sociale du Siam, mais ne recevaient pas de revenu fixe de cette source d’autorité : ils étaient censés “se payer sur la bête”, en prélevant sur les habitants des ponctions en nature ou, si cela était possible, en espèces. »
  • Le système du clientélisme.

« système de clientèles, où les plus faibles se plaçaient sous la protection d’un puissant en manifestant leur respect par l’octroi de cadeaux et où les “patrons” étendaient leur bienveillance sur les petits afin de renforcer leur position de pouvoir et maximiser leurs revenus. […] Les cadeaux pour services rendus, les pratiques de prélèvements à la source et les pots-de-vins sont, à tort ou à raison, considérés par beaucoup comme partie d’une certaine culture traditionnelle.

 

R7. LA CORRUPTION EN THAÏLANDE EN 2015.

Avec un changement dans l’histoire récente des années 1980.

 

  • La diversification des acteurs de la corruption, avec les politiciens.

 

Face aux bureaucrates et aux militaires qui monopolisaient jusqu’alors l’art de détourner les fonds publics, sont apparus des politiciens-affairistes aptes à utiliser des techniques plus raffinées de subtilisation et à déguiser leur quête intéressée sous le couvert d’un engagement pour la démocratie. Chatichai Choonhavan (Premier ministre de 1988 à 1991) et Thaksin Shinawatra (Premier ministre de 2001 à 2006) en sont de bonnes illustrations. Il est parlant que tous deux ont été renversés par des coups d’Etat après avoir bloqué des achats d’armements qui auraient probablement donné lieu au versement d’importantes commissions.

Pour bâtir leur base de pouvoir dans un système politique où les partis sont faibles et peu réglementés, ces politiciens ont dû recourir à des réseaux de clientèles, parfois même à des parrains mafieux, pour renforcer leur chance d’être élus.

 

  • La décentralisation à la fin des années 1990

a aussi créé de nouvelles opportunités de corruption au niveau des districts et des sous-districts. C’est le plus souvent en s’enrichissant par la corruption que des petits hommes d’affaires parviennent à conquérir des positions de pouvoir local, ce qui leur permet ensuite d’être dans une meilleure posture pour influencer l’octroi des contrats et imposer l’ampleur  des ristournes.

 

On pourrait rajouter d’autres explications :

  • Une société où le prestige de l’homme qui a du pouvoir et qui a de l’argent est dû au « mérite » acquis dans une vie antérieure.
  • Un système religieux bouddhiste revu et corrigé par la société de l’argent, où le fidèle intercède auprès de bouddha pour obtenir des avantages immédiats.
  • Une société hiérarchisée où « l’inférieur » doit « honorer » son supérieur et où le « supérieur » doit  montrer sa « générosité ». Une société de don et contre-don.
  • Une société  de consommation où pour obtenir les nouveaux objets « magiques » électroniques, de nombreux jeunes n’hésitent pas à « vendre leur corps ».
  • Etc.

R7. LA CORRUPTION EN THAÏLANDE EN 2015.

Peut-on lutter contre ce système généralisé de la corruption ?

La junte militaire qui a pris le pouvoir en mai 2014 a promis l’ordre, la réconciliation nationale et la lutte contre la corruption. Nul doute qu’à la fin de 2015, l’ONG Transparency International pourra constater les progrès réalisés en espérant que la Commission nationale anti-corruption est indépendante des autorités militaires en place ! (Ironie)

 

Elle pourra par exemple, réformer la police, qui était perçu comme le département gouvernemental le plus corrompu par les Thaïlandais.

 

Le constat des économistes Pasuk Phongpaichit et Sungsidh Piriyarangsan ** ne sera plus pertinent : « Force est de reconnaître que là où les politiciens font parfois preuve d’improvisation, les policiers ont progressivement mis en place un système solidement structuré de ponction directe sur les citoyens et de redistribution à l’ensemble des personnels du département. “A beaucoup d’égards, la police opère comme une entreprise de maximisation du profit”. Et de préciser l’achat des grades, « les primes de protection remises aux commissariats locaux par les marchands d’or, les propriétaires de casinos clandestins et les tenanciers de massages sexuels, en passant par les dessous-de-table payés par des suspects arrêtés pour éviter de passer devant le tribunal ».**

R7. LA CORRUPTION EN THAÏLANDE EN 2015.
Elle pourra réformer le système militaire, religieux, économique, politique en rappelant  aux occidentaux que ce qu’ils perçoivent comme corruption est souvent une spécificité culturelle, comme me l’avait appris autrefois, une collègue thaïe, lorsque j’étais alors jeune professeur à l’Université de Chulalongkorn.

 

« Je venais de lui monter une amende due à une infraction routière. Le lendemain, rendez-vous fut pris. Elle prit alors le papier et me demanda de la suivre. Nous sommes allés au commissariat. J’avais remarqué un cadeau sur la banquète arrière. Elle me demanda de rester dans la voiture. Elle revint, pris le paquet, et retourna au commissariat. De retour, elle me demanda ce que j’avais vu. Vous vous doutez de ma réponse.

Elle me répondit alors : « Pas du tout, et elle m’expliqua alors qu’elle était venue demander un service au commissaire au nom de sa famille (une famille connue et riche au demeurant). Le commissaire savait, implicitement, qu’en retour il pourrait lui demander un autre service « équivalent ». Elle rajouta que ce « service » était un acquis, qu’il pourrait même le transmettre à ses enfants, s’il ne l’avait pas utilisé. Le cadeau, contrairement à ce que j’avais cru, n’était pas le prix de la corruption, mais un remerciement du service rendu. Il n’en avait  jamais été question. Avec un petit sourire, elle conclut alors avec « C’est votre 1ère leçon. Ne jugez pas avec vos yeux d’Occidental. En Thaïlande, tout est différent. Les choses ne seront jamais comme vous l’entendez chez vous. »

 

Elle avait peut-être raison, mais tous les Thaïlandais ne pensent pas ainsi.

 

 Et nul doute que ce que rappelait Max Constant, à savoir :

 «  que selon les confidences d’un vice-président d’une grande entreprise publique à Asie-Info, les décisions du conseil d’administration des sociétés publiques ne sont pas prises en fonction d’une «logique stratégique», mais de la répartition des prébendes. Une étude avait montré en 2011 que 80 % des hommes d’affaires du secteur privé avaient déjà payé des dessous-de-table durant leur carrière. »***

est aujourd’hui, grâce à la junte, de l’histoire ancienne.

 

 

R7. LA CORRUPTION EN THAÏLANDE EN 2015.

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http://www.transparency.org/news/pressrelease/indice_de_perceptions_de_la_corruption_2014_des_ombres_a_la_croissance

**Corruption and Democracy in Thailand, Pasuk Phonpaichit et Sungsidh Piriyarangsan, The Political Economy Centre, Université de Chulalongkorn, 1994

Un autre extrait : Une fois qu’une partie des officiers supérieurs se sont servis, l’argent est redistribué à travers le département chacun recevant une portion proportionnée à son rang. Une partie de l’argent sert aussi à l’organisation de cérémonies dans les commissariats, à la réparation des locaux, à l’équipement des unités, voire à des oeuvres de charité – car le budget de la police est totalement inadéquat et les salaires très bas.

Certains observateurs tendent à adopter une vision bénigne de cette corruption : elle renforcerait la cohésion du corps policier et ne ferait que compenser l’insuffisance de leur budget.

C’est là fermer les yeux devant l’impact désastreux de ces conduites sur la société : la corruption légitimise le crime, favorise l’inégalité et, tout simplement, freine le développement politique, économique et social du pays.

*** Max Constant  cite aussi Chatichai Choonhavan, Premier ministre de Thaïlande de 1988 à 1991Sous Chatichai, la possibilité pour le Premier ministre et les ministres de décider de l’octroi d’importants projets d’infrastructures (voies express, télécommunications) sans demander l’avis du Parlement a multiplié les opportunités et fortement augmenté l’étendue de la corruption. Et Thaksin Shinawatra, Premier ministre entre 2001 et 2006, pour arriver à des techniques plus sophistiquées. Déjà richissime lors de son accession au pouvoir, Thaksin a négligé les “pourcentages” et les dessous de table. C’est en profitant de sa position à la tête du pays pour influencer la politique économique du gouvernement qu’il parvint à favoriser son conglomérat de télécommunications Shin Corp. Aux petites combines, il a préféré la corruption stratégique.

 
R7. LA CORRUPTION EN THAÏLANDE EN 2015.

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Manek 07/10/2015 15:22

Salut, je viens de tomber sur ton blog, un ami me l'a conseillé, très très bon blog, avec des articles plutôt intéressant.
J'avais lu sur un blog anglophone que la taxe sur l'alcool était aussi de la corruption, qu'un grand patron avait demandé à son ami premier ministre dans les année 1980 pour pouvoir avoir un monopole.
De la corruption stratégique comme tu l'as écrit.

grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-b 08/10/2015 01:50

Merci pour l'appréciation.

Et tant mieux si vous trouvez des articles intéressants.