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  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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4 novembre 2015 3 04 /11 /novembre /2015 18:01
209. COMMENT DECOUPER L’HISTOIRE DE LA THAILANDE EN TRANCHES?

Pour paraphraser le titre du livre de Jacques Le Goff « Faut-il vraiment découper l’histoire en tranches ?», Seuil, 2014.

 

 

  

209. COMMENT DECOUPER L’HISTOIRE DE LA THAILANDE EN TRANCHES?

Dans son livre, Le Goff s’interroge sur « les diverses manières de concevoir les périodisations : les continuités, les ruptures, les façons de penser la mémoire de  l’histoire » de France, tout en justifiant sa façon de les penser. Cette justification indique qu’elles ont donc variées dans le temps (surtout en fonctions des pouvoirs en place et des nouvelles sources trouvées), et qu’ils en existaient plusieurs possibles.

Ainsi nous rappelle-t-il, que le premier modèle de périodisation fut celui de Daniel dans l’Ancien testament ; 

209. COMMENT DECOUPER L’HISTOIRE DE LA THAILANDE EN TRANCHES?

que l’autre modèle judéo-chrétien fut celui de saint Augustin qui distinguait six âges, dont le dernier allait de Jésus-Christ jusqu’à la fin des temps ; 

209. COMMENT DECOUPER L’HISTOIRE DE LA THAILANDE EN TRANCHES?

que le plus étonnant fut celui proposé par Voltaire, qui n’ignorait pas les héros, les politiques, les révolutions, les faits, mais qui estimait que « quiconque pense, et ce qui est encore plus rare, quiconque a du goût, ne compte que quatre siècles dans l’histoire du monde. Ces quatre âges heureux sont ceux où les arts ont été perfectionnés et qui, servant d’époque à la grandeur de l’esprit humain, sont l’exemple de la postérité ».

Il pensait aux auteurs de la Grèce antique, aux grands écrivains romains du siècle de César et d’Auguste, à l’Italie après la prise de Constantinople, et au siècle de Louis XIV. On était loin de l’Antiquité, du Moyen-Age, de la Renaissance et des Temps modernes. 

209. COMMENT DECOUPER L’HISTOIRE DE LA THAILANDE EN TRANCHES?

Le Goff explicitera ses choix, en rappelant que la périodisation est artificielle et provisoire et évolue avec l’histoire elle-même. (p.37)

 

Mais au début de « notre » histoire de la Thaïlande, nous n’avions pas de modèle et il a bien fallu proposer une chronologie, identifier des périodes, des événements, des acteurs, des intrigues, expliciter les sources.

 

La préhistoire et la  Thaïlande avant les Thaïs.

 

Nous avions bien vite appris que des peuples vivaient sur ce qui deviendra la Thaïlande, et qu’il y avait bien une Thaïlande avant les Thaïs, et même une préhistoire avec Ban Chiang et  d’autres communautés « préhistoriques ». (Cf. article 3 et notre Isan 9) 

209. COMMENT DECOUPER L’HISTOIRE DE LA THAILANDE EN TRANCHES?

Nous avions suivi ensuite l' expansion indienne dans la région correspondant  au Viêt Nam,  au Cambodge, à la Birmanie et au centre de la Thaïlande actuelle qui s'était traduite sur le plan politique par la formation de cités/Etats de type indien, avec le Champa, le Fou-nan, le Sri Ksetra, et le Dvaravati, du IIème au VIIème siècle, avec les Môns dans le sud du bassin de la Ménam, en ne cachant pas combien les sources étaient contestées, contradictoires et étaient le plus souvent des « reconstitutions » de tel ou tel chercheur.

209. COMMENT DECOUPER L’HISTOIRE DE LA THAILANDE EN TRANCHES?

Et puis, au XIème siècle, on avait assisté au déclin de la civilisation du Dvaravati et vu apparaître un monde nouveau avec le royaume de Pagan en Birmanie et l’expansion de l’empire Khmer dans la Thaïlande actuelle. Ils allaient rencontrer des Thaïs venus de Chine par vagues successives du Xème siècle au XIIIème siècle, dans le nord-est de la Birmanie, au Laos, dans les hautes terres du Nord-Vietnam,  dans le nord-est de l’Inde, et certains dans le Nord de la Thaïlande actuelle. (Articles 10 à 14)

 

L’origine des Thaïs.

 

Nous avions été étonnés de voir combien cette question, sommes-toutes légitime,  allait nous plonger dans une série d’articles, le plus souvent contradictoires, exposant différentes théories se perdant au milieu des légendes, des mythes, et des différents récits des voyageurs, linguistes, missionnaires, administrateurs, militaires, ethnologues et historiens … Nous en avions exposées quelques-unes.

 

209. COMMENT DECOUPER L’HISTOIRE DE LA THAILANDE EN TRANCHES?

Les migrations du Xème au XIIIème siècle.

 

Ils avaient formés des petites communautés (des muang) puis progressivement des cités,  des cités-états, en établissant des « relations «  avec les peuples montagnards déjà présents, les Laos et avec les Môns du royaume de  Hariphunchai.  Ensuite à la fin du XIIème et au début du XIIIème siècle, les Thaïs des montagnes étaient descendus dans les plaines, avaient « rencontré » les « civilisations » khmères (et les Môns de Lavo) et  birmanes  du royaume de Pagan, qui dominaient l’essentiel de l’Asie du Sud-Est. Et, avions-nous dit, au fil des migrations, conquêtes, alliances, occupations,  « greffage culturel » et «  mélange » une nouvelle identité thaïe s’était forgée dans la formation des principautés et la création des premiers royaumes. (17 articles y furent consacrés)

 

En 1022-1025, Lopburi devint une capitale provinciale de l’empire khmer ; en 1181-1218, une grande partie de ce qui sera la Thaïlande sera annexée (A l’exception du Nord et du royaume d’ Haripunchai).

209. COMMENT DECOUPER L’HISTOIRE DE LA THAILANDE EN TRANCHES?

Les Thaïs entrent dans l’Histoire : La période Sukhotaï. (1238-1438)

 

En 1220, les habitants thaïs de Sukhotaï vont chasser le gouverneur khmer. En 1238, le roi Si Intharathit fondait le royaume de Sukhotaï. (Article 18), alors qu’au Nord le roi Mangrai, fondera en 1262 Chiang Rai, la première capitale du royaume thaï du Lan Na (Cf. Article 27), et en 1287, ces deux royaumes réaliseront la première grande alliance avec le royaume thaï de Phayao contre les menaces des Birmans et des Mongols.

 

209. COMMENT DECOUPER L’HISTOIRE DE LA THAILANDE EN TRANCHES?
Le roi Mongkut (Rama IV), qui en 1833 avait découvert la stèle dite de Ramkhamhaeng datée de 1292, décidera que celle-ci devait être considérée comme  l'acte fondateur de la nation thaïe et que le royaume de Sukhotaï comme le 1er royaume du Siam. (Cf. Article 21)

****** Pierre Fistié in « L’évolution de la Thaïlande contemporaine », Armand Colin, 1967.Le roi Mongkut (Rama IV), qui en 1833 avait découvert la stèle dite de Ramkhamhaeng datée de 1292, décidera que celle-ci devait être considérée  comme  l'acte fondateur de la nation thaïe et que le royaume de Sukhotaï comme le 1er royaume du Siam. (Cf. Article 21)

Et pourtant d’autres royaumes et/ou citées thaïs ou apparentés avaient fait allégeance au roi Ramkhamhaeng (1239-1317 ou 1298), le 3ème roi de Sukhotaï. Ainsi pouvait-on lire sur la stèle dite de Ramkhamhaeng : « A l’est : Sra Luang, Song Kwae, Lambachaî, Sakha, les rives du Khong (Mékong), Wiangchan, Wiangkham. Au sud : Khonti, Phra Bang, Phraek, Suphannaphumi, ratchaburi, Phetchaburi, Sri Dhammaraja. A l’ouest : Muang Chot, Muang …n , Hongsawadi. Au nord : Muang Phrae, Muang Man, Muang N…, Muang, Phlua, et de l’autre côté du Khong, Muang Chawa. »

Mais faute de sources pour ces cités, nous avions poursuivi notre enquête sur l’histoire de Sukhotaï en 17 articles. On pense que 9 rois y régnèrent de 1240 à 1438, avant d’être annexé par le royaume d’Ayutthaya.

La période du royaume d’Ayutthaya (1351-1767).

L’histoire du Siam allait se confondre alors avec l’histoire du royaume d’Ayutthaya et de ses 34 rois, jusqu’à la date tragique de 1767, où les Birmans prirent la capitale, la pillèrent, la rasèrent, l’incendièrent, et déportèrent tous les membres de la famille royale, des centaines de militaires, de fonctionnaires et plusieurs dizaines de milliers de« gens du commun », et … brûlèrent toutes les archives. Nous y consacrerons  plus de  70 articles.

Son histoire dépendra, là comme ailleurs, de la qualité des sources. Nous en ferons l’énoncé dans notre article 23 « Nos sources du Siam ancien », in http://www.alainbernardenthailande.com/article-23-notre-histoire-les-sources-du-siam-ancien-102401104.html)

Nous nous étions surtout appuyés sur le travail monumental accompli par Richard Cushman, “The Royal Chronicles of Ayutthaya” (Edited by David K. Wyatt, The Siam Society, Under Royal Patronage, 2006), qui avait traduit toutes les chroniques connues concernant le royaume d’Ayutthaya (1351-1767), à savoir les 7 versions et des fragments édités en thaï dans les années 60. (Qui sont la recension de textes de 1680, 1779, 1795, 1807 et 1855) (Cf. sa présentation dans notre article 41)

On y découvrait une chronologie incertaine (Cf. Notre article 59), des légendes, et aussi des « trous noirs ». Ces Annales par exemple n’avaient pu que « reconstituer » par exemple, 200 ans de l’histoire d’Ayutthaya et ses 16 premiers rois (1351-1548) en 23 pages. (Alors que le roi Naraï, (1656-1688) aura droit à 95 pages.)

Une histoire, mais une histoire peu historique ; une histoire écrite par des Thaïs pour les Thaïs.

Certes, nous avions  essayé de suivre une chronologie, de présenter le pouvoir royal ; l’absolutisme, le faste ; La Cour et sa hiérarchie ; L’importance et la place de la religion bouddhiste, la  « politique » des muang (les guerres, le système de vassalité, les alliances, les renversements d’alliance (et les trahisons) ; Les guerres contre les Birmans et les Cambodgiens ; Le problème des successions, etc. Mais ce n’était pas ce qui était écrit.

L’histoire pour les Thaïs était du registre du merveilleux, des légendes, des mythes, des présages, des divinations,  du surnaturel, du pouvoir des éléphants blancs … dans le cadre mythico-religieux du bouddhisme theravada, (avec les divinités indiennes Brahma, Vishnu, Shiva). Nous avions remarqué l’importance accordée à la cérémonie d’intronisation de chaque roi et des funérailles solennelles du roi précédent, au nom donné au roi et à ses titres, les audiences, les processions royales, les constructions de temples, de statues, la réception d’un éléphant blanc et le prestige qu’il attribuait au roi, etc. (Cf. Nos articles 92 et 93 sur la légitimation du pouvoir).

Le meilleur exemple, car vérifiable avait été notre article 97 sur « L’ambassade siamoise de Kosapan à la cour de Louis XIV en 1686, vue par les « Chroniques royales d’Ayutthaya » », qui en font un récit fabuleux, fantastique, magique, surnaturel, sans aucun rapport avec la moindre réalité. On y apprend, entre autres, que devant Louis XIV, 16 soldats siamois, portant des talismans gravés de sentences magiques s’assirent devant 500 soldats français à qui on ordonna de tirer, mais qu’aucune balle ne sortit des mousquets.

L’histoire « historique » ne commencera qu’avec l’arrivée des Européens et d’autres étrangers au royaume d’Ayutthaya.

Les Portugais et les Espagnols avaient pris contact au XVIème siècle avec le  Siam, des ambassades étaient venues, des traités avaient été signées, et certains missionnaires s’étaient installés ; d’autres étrangers comme des Japonais, des Maures étaient désormais dans les services royaux. Les Hollandais et les Britanniques étaient arrivés un siècle plus tard, des comptoirs avaient été créés dans la capitale ; des nouvelles ambassades échangées ; des « mercenaires » avaient été embauchés ; Les Français enfin avec leurs premiers missionnaires en 1662, le premier comptoir en 1680 et la première ambassade envoyée par Louis XIV en 1685, la deuxième en 1687 susciteront une énorme littérature … Et nous aurons alors accès aux différents récits des ambassadeurs, des militaires, des missionnaires, des savants, des « explorateurs », des romanciers, etc. multipliant les points de vue, les visions du Siam.  Nous vous en avons présenté de nombreux.

Mais cette histoire « occidentale » d’un royaume thaï n’avait rien à voir avec la vision siamoise.*

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Après la chute d’Ayutthaya en 1787, une autre période, un autre chapitre de l’histoire du Siam allait s’ouvrir avec la refondation du Siam par le roi Taksin (1767-1782) (La dynastie dite de Thonburi).

Un roi qui a sa fête nationale, et que depuis 1981, on appelle désormais « Taksin le Grand ». N’avait-il pas reconquis Ayutthaya le 7 novembre 1767,  8 mois après sa chute, réunifié le pays, refondé le royaume du Siam avec une nouvelle capitale à Thonburi, en lui  redonnant son prestige d’antan, vassalisant Chiang Maï, les royaumes laos, une grande partie du Cambodge, en moins de 15 ans.

Nous avions suivi ses aventures avec le bon roman « historique » de Claire Keefe-Fox « Le roi des rizières », basé sur des faits « vrais » et puisant aux meilleures sources. (Cushman, Gesik, Jacq-Hellgoualch, Launay, Nyen, Smithies, Wood, Wyatt, la thèse de doctorat de J. de Fels consacrée au roi de Thonburi, et les Archives des Missions Etrangères de Paris) Puis Taksin fut éliminé.

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Une nouvelle dynastie allait désormais régner sur le Siam; la dynastie actuelle des Chakri (1782 – à ce jour)

Nous vous avons « raconté» ces 150 ans de monarchie absolue, l’histoire des sept Rama en 70 articles (116 à 186), pour arriver en notre article 187 au coup d’Etat du 24 juin 1932 qui abolissait la monarchie absolue et instaurait une monarchie constitutionnelle. Que de transformations avions-nous constatées !

Nous avons montré, par exemple dans notre article 14** comment et pourquoi, à partir du roi Mongkut, les Thaïs ont écrit leur Histoire, avec leurs mythes, leurs symboles, leurs héros, pour magnifier leurs rois et légitimer leur grande Nation.

« UNE Histoire nationale, « une idéologie linéaire » qui veut faire croire à une continuité entre Sukhothaï considérée comme la « première capitale nationale », suivie par Ayutthaya, puis Thonburi et enfin l’actuelle Bangkok; UNE histoire que l’on a fait « accepter » aux peuples soumis avec le succès que l’on sait avec les Lao « siamois » et l’échec, avec les anciennes provinces malaises (et musulmanes)  du Sud. L’histoire de la Thaïness raconte cette formidable machine « idéologique » pour imposer cette vision de l’Histoire. L’école en fut le « média » le plus efficace. »**

Le Siam moderne.

 Le roi Mongkut (Rama IV,1851-1868) s’ouvrit à l’occident (sa science, ses langues, l’éducation européenne de ses enfants, etc) et fut le roi de transition entre le Siam ancien et le Siam moderne qu’inaugura le roi Chulalongkorn (Rama V,1868-1910) qui lui, s’inspirera de l’Europe, aidé par des centaines de conseillers occidentaux pour transformer son pays et en faire un état moderne. Nous lui avons consacré 16 articles exposant ses réformes (Un état centralisé avec des fonctionnaires, création de l’éducation nationale, abolition de l’esclavage, code pénal), ses voyages en Europe (1897 et 1907), où à travers ses lettres, on voit un roi ouvert, curieux de toutes les nouveautés, de tous les savoirs, de la technique, et même de son art de vivre. (Cf. 148 et 151) Il y enverra presque tous ses fils y étudier. Le futur Rama VI recevra une éducation anglaise pendant 11 ans ; Le futur Rama VII étudiera également en Angleterre, (A Eton Collège et à l’Académie militaire de Woolwich, et en poste à l’Artillerie Royale  basée à Aldershot). Il sera de bon ton désormais pour la famille royale et les élites d’y envoyer leurs enfants.

Toutefois, Chris Baker et Pasuk Phongpaichit, dans leur histoire de la Thaïlande***, considèrent que la transition entre l’ordre ancien et l’ordre nouveau s’effectua entre 1760 et 1860. ***

Nous avons montré ensuite comment Rama VI (1910-1925) sut conjuguer le modèle « occidental » et le modèle « siamois », après avoir fait toutes ses études en Angleterre.**** Un roi poète, écrivain traducteur de Shakespeare et de Molière, mais un roi qui poursuivit les réformes (Imposa les noms de famille ; rendit l’école obligatoire et gratuite ;  fonda la 1ère université de style « occidental , mis fin du régime des capitulations au Siam en 1925 (Cf. Article 176) ». Il fut un ardent nationaliste. Chris Baker et Pasuk Phongpaichit, consacreront dans leur histoire un chapitre aux nationalismes de 1910 à 1940, tandis que Terwiel, dans sa « Thailand’s Political History » en son chapitre 10 verra pour le règne de Rama V, « Le nationalisme et la réorganisation de la bureaucratie (1910-1925) ».

Il prendra surtout la décision historique le 22 juillet 1917, de déclarer la guerre à l'Allemagne et à l'Autriche-Hongrie. Une décision qui aura des conséquences très importantes pour la souveraineté du Siam, et qui lui permettra  de confisquer tous les avoirs allemands et de devenir en janvier 1920, un des membres fondateurs de la Société des Nations, assurant ainsi une garantie internationale pour l’indépendance et  l’intégrité du Siam.

Rama VII (1925-1935) devenait donc roi le 25 novembre 1925, après la mort de son frère Rama VI.  Il changea la politique gouvernementale, mais en s’appuyant sur une oligarchie, le Conseil suprême  des cinq princes qui allait  concentrer le pouvoirtel qu’aucun Conseil privé n’en eut dans l’histoire. Ils nommèrent fils et frères aux principaux postes de l’administration et de l’armée, bloquant ainsi toute ascension sociale.

Le coup d’Etat du 24 juin  1932 et l’instauration de la monarchie constitutionnelle.

Rama VII était ouvert aux idées « démocratiques » mais demeura un monarque absolu jusqu’au coup d’Etat du 24 juin 1932, qui allait mettre fin à 694 ans de monarchie absolue, et instaurer une monarchie constitutionnelle qui impliquait que désormais la politique du pays sera menée par un  gouvernement présidé par un 1er ministre.

Un autre Siam allait surgir, une autre Histoire allait désormais s’écrire.

La société siamoise à la veille du coup d’Etat de 1932 n’était plus la société traditionnelle du XIXème siècle, à cause du développement d’une économie monétaire et d’une classe de fonctionnaires et de militaires qui vont transformer le pays.  Au niveau international, « la révolution chinoise avait eu lieu en 1911, et la république de Chine avait été proclamée le 1er janvier 1912. La révolution soviétique aura lieu en 1917Le communisme devenait une menace ou un espoir pour de nombreux Etats. Il va constituer pour les nationalistes asiatiques, un cadre de pensée et un projet de modernisation et de libération nationale. Certains (on pense à Ho Chi Minh) rejoignirent  des filières « révolutionnaires » soutenues par le Komintern. D’autres, comme des étudiants Siamois en France, vont créer en février 1927, le Ratsadon Khana, qui aura un rôle déterminant dans le coup d’Etat de 1932. […] Mais l’oligarchie princière nommée par Rama VII n’était pas disposée à partager son pouvoir. Le roi était convaincu que l’opinion siamoise n’était pas encore prête pour avoir une Constitution, un premier ministre, un conseil législatif, comme le lui avait suggéré, l’un de ses plus prestigieux conseillers, l’américain Francis B. Sayre. » (Cf. In notre article 182.2, qui, avec l’aide de Fistié analyse ces changements ******)

Le coup d’Etat du 24 juin  1932 sera de fait une révolution pour le Siam.

Son histoire ne se fondera plus sur l’histoire des rois – même s’ils jouaient encore un rôle - mais sur les différents gouvernements, identifiés par les Thaïlandais eux-mêmes, comme les différents cabinets, à l’épreuve du monde dans lequel, ils devaient se confronter.

Nous avions déjà signalé en notre article 178, que  « B. J. Terwiel dans son « Thailand’s Political History » estimait que l’histoire du Siam de 1925 à 1945 pouvait être divisé en deux périodes : la première de 1925 à 1932 et la seconde de 1932 à 1945. (21 pages) La première abordait la restauration ; Le nouveau roi et son Conseil et montrait les changements fondamentaux, puis les voyages du roi, la crise économique commençant en 1930, les célébrations des 150 ans  de Bangkok.

La seconde, la révolte et l’ascension des militaires avec le Coup d’Etat ; La rébellion royaliste d’octobre 1933 du Prince Boworadet (En fait, une tentative de coup d’Etat) ; La position du roi après cette tentative (avec son abdication ) ; La création d’un gouvernement stable ;  La bonne image du Japon ; Les composantes civiles et militaires (du gouvernement) ; Le régime militaire de 1938 (1er gouvernement Phibun 16/12/38 – 1/08/44) ; La confrontation avec la France (1939-41) ; Les années de guerre ( Fin 1941- démission de Phibun fin juillet 1944) et deux pages sur la période après-guerre jusqu’au coup d’Etat du 8 nov. 1947 avec le retour au pouvoir de Phibun. Pierre Fistié dans « L’évolution de la Thaïlande contemporaine » allait de 1932 à la chute du second gouvernement Phibun en 1957 (Mais en 200 pages) »

Bref désormais, avec l’instauration de la monarchie constitutionnelle en 1932, l’histoire de la Thaïlande se confondait avec l’histoire de ses différents gouvernements (appelés cabinets officiellement), l’histoire de la région et du monde. Et après avoir examiné le rôle de Rama VII et ses relations  avec le nouveau pouvoir jusqu’ à son abdication, le 2 mars 1935, nous avons présenté l’action des différents gouvernements jusqu’à la deuxième guerre mondiale.

Là encore, un nouveau monde allait naître, une nouvelle période de l’histoire, après Yalta et la création de l’ONU, et avec ce qui allait devenir «  la guerre froide » et la décolonisation, l’arrivée des Américains …

Nous en étions là, avec le gouvernement de Seni Pramot, le 13ème gouvernement de la monarchie constitutionnelle (17 septembre 1945-31 janvier 1946), chargé de négocier -au mieux- la paix avec les « Alliés », dans un contexte qui ne lui était pourtant pas favorable, après avoir  été – occupé par le Japon le  8 décembre 1941 et la décision de Phibun de collaborer avec les Japonais et de déclarer la guerre aux Américains et aux Britanniques le 25 janvier 1942. 

Mais ce seront des raisons politiques internes qui pousseront Seni Pramot à démissionner le 31 janvier 1946. Il n’avait gouverné que 4 mois ! (Cf. Notre article précédent 207)

Une autre période qui nécessitait une autre chronologie que nous avions présentée en notre article 206, basée sur les différents cabinets, qui du 31 janvier 1946  au 8 avril 1948, allait voir 7 gouvernements avant le retour du maréchal Phibun, qui allait « régner » de nouveau pendant 9 ans et 5 mois jusqu’au 16 septembre 1957, avec 6 gouvernements (du 21 au 26), avant de subir lui-même un coup d’Etat le 16-21 septembre 1957 du Maréchal Sarit Thanarat.

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*Notre bilan de « notre histoire du royaume d’Ayutthaya. (1351-1767), in  http://www.alainbernardenthailande.com/article-112-1-le-royaume-d-ayutthaya-1351-1767-122070155.html http://www.alainbernardenthailande.com/article-112-2-le-royaume-d-ayutthaya-1351-1767-122070212.html

**http://www.alainbernardenthailande.com/article-14-les-nouveaux-mythes-thais-les-heros-nationaux-98679684.html

*** “A history of Thailand”, Cambridge University press, 1ère edition 2005,  3ème edition 2014

****http://www.alainbernardenthailande.com/2015/02/170-rama-vi-face-a-deux-modeles-le-modele-occidental-et-le-modele-siamois.html

***** River Books, 2011

****** Pierre Fistié in « L’évolution de la Thaïlande contemporaine », Armand Colin, 1967.

Le roi Mongkut (Rama IV), qui en 1833 avait découvert la stèle dite de Ramkhamhaeng datée de 1292, décidera que celle-ci devait être considérée  comme  l'acte fondateur de la nation thaïe et que le royaume de Sukhotaï comme le 1er royaume du Siam. (Cf. Article 21)

Et pourtant d’autres royaumes et/ou citées thaïs ou apparentés avaient fait allégeance au roi Ramkhamhaeng (1239-1317 ou 1298), le 3ème roi de Sukhotaï. Ainsi pouvait-on lire sur la stèle dite de Ramkhamhaeng : « A l’est : Sra Luang, Song Kwae, Lambachaî, Sakha, les rives du Khong (Mékong), Wiangchan, Wiangkham. Au sud : Khonti, Phra Bang, Phraek, Suphannaphumi, ratchaburi, Phetchaburi, Sri Dhammaraja. A l’ouest : Muang Chot, Muang …n , Hongsawadi. Au nord : Muang Phrae, Muang Man, Muang N…, Muang, Phlua, et de l’autre côté du Khong, Muang Chawa. »

Mais faute de sources pour ces cités, nous avions poursuivi notre enquête sur l’histoire de Sukhotaï en 17 articles. On pense que 9 rois y régnèrent de 1240 à 1438, avant d’être annexé par le royaume d’Ayutthaya.

La période du royaume d’Ayutthaya (1351-1767).

L’histoire du Siam allait se confondre alors avec l’histoire du royaume d’Ayutthaya et de ses 34 rois, jusqu’à la date tragique de 1767, où les Birmans prirent la capitale, la pillèrent, la rasèrent, l’incendièrent, et déportèrent tous les membres de la famille royale, des centaines de militaires, de fonctionnaires et plusieurs dizaines de milliers de« gens du commun », et … brûlèrent toutes les archives. Nous y consacrerons  plus de  70 articles.

Son histoire dépendra, là comme ailleurs, de la qualité des sources. Nous en ferons l’énoncé dans notre article 23 « Nos sources du Siam ancien », in http://www.alainbernardenthailande.com/article-23-notre-histoire-les-sources-du-siam-ancien-102401104.html)

Nous nous étions surtout appuyés sur le travail monumental accompli par Richard Cushman, “The Royal Chronicles of Ayutthaya” (Edited by David K. Wyatt, The Siam Society, Under Royal Patronage, 2006), qui avait traduit toutes les chroniques connues concernant le royaume d’Ayutthaya (1351-1767), à savoir les 7 versions et des fragments édités en thaï dans les années 60. (Qui sont la recension de textes de 1680, 1779, 1795, 1807 et 1855) (Cf. sa présentation dans notre article 41)

On y découvrait une chronologie incertaine (Cf. Notre article 59), des légendes, et aussi des « trous noirs ». Ces Annales par exemple n’avaient pu que « reconstituer » par exemple, 200 ans de l’histoire d’Ayutthaya et ses 16 premiers rois (1351-1548) en 23 pages. (Alors que le roi Naraï, (1656-1688) aura droit à 95 pages.)

Une histoire, mais une histoire peu historique ; une histoire écrite par des Thaïs pour les Thaïs.

Certes, nous avions  essayé de suivre une chronologie, de présenter le pouvoir royal ; l’absolutisme, le faste ; La Cour et sa hiérarchie ; L’importance et la place de la religion bouddhiste, la  « politique » des muang (les guerres, le système de vassalité, les alliances, les renversements d’alliance (et les trahisons) ; Les guerres contre les Birmans et les Cambodgiens ; Le problème des successions, etc. Mais ce n’était pas ce qui était écrit.

L’histoire pour les Thaïs était du registre du merveilleux, des légendes, des mythes, des présages, des divinations,  du surnaturel, du pouvoir des éléphants blancs … dans le cadre mythico-religieux du bouddhisme theravada, (avec les divinités indiennes Brahma, Vishnu, Shiva). Nous avions remarqué l’importance accordée à la cérémonie d’intronisation de chaque roi et des funérailles solennelles du roi précédent, au nom donné au roi et à ses titres, les audiences, les processions royales, les constructions de temples, de statues, la réception d’un éléphant blanc et le prestige qu’il attribuait au roi, etc. (Cf. Nos articles 92 et 93 sur la légitimation du pouvoir).

Le meilleur exemple, car vérifiable avait été notre article 97 sur « L’ambassade siamoise de Kosapan à la cour de Louis XIV en 1686, vue par les « Chroniques royales d’Ayutthaya » », qui en font un récit fabuleux, fantastique, magique, surnaturel, sans aucun rapport avec la moindre réalité. On y apprend, entre autres, que devant Louis XIV, 16 soldats siamois, portant des talismans gravés de sentences magiques s’assirent devant 500 soldats français à qui on ordonna de tirer, mais qu’aucune balle ne sortit des mousquets.

L’histoire « historique » ne commencera qu’avec l’arrivée des Européens et d’autres étrangers au royaume d’Ayutthaya.

Les Portugais et les Espagnols avaient pris contact au XVIème siècle avec le  Siam, des ambassades étaient venues, des traités avaient été signées, et certains missionnaires s’étaient installés ; d’autres étrangers comme des Japonais, des Maures étaient désormais dans les services royaux. Les Hollandais et les Britanniques étaient arrivés un siècle plus tard, des comptoirs avaient été créés dans la capitale ; des nouvelles ambassades échangées ; des « mercenaires » avaient été embauchés ; Les Français enfin avec leurs premiers missionnaires en 1662, le premier comptoir en 1680 et la première ambassade envoyée par Louis XIV en 1685, la deuxième en 1687 susciteront une énorme littérature … Et nous aurons alors accès aux différents récits des ambassadeurs, des militaires, des missionnaires, des savants, des « explorateurs », des romanciers, etc. multipliant les points de vue, les visions du Siam.  Nous vous en avons présenté de nombreux.

Mais cette histoire « occidentale » d’un royaume thaï n’avait rien à voir avec la vision siamoise.*

                                        ----------------------------------

Après la chute d’Ayutthaya en 1787, une autre période, un autre chapitre de l’histoire du Siam allait s’ouvrir avec la refondation du Siam par le roi Taksin (1767-1782) (La dynastie dite de Thonburi).

Un roi qui a sa fête nationale, et que depuis 1981, on appelle désormais « Taksin le Grand ». N’avait-il pas reconquis Ayutthaya le 7 novembre 1767,  8 mois après sa chute, réunifié le pays, refondé le royaume du Siam avec une nouvelle capitale à Thonburi, en lui  redonnant son prestige d’antan, vassalisant Chiang Maï, les royaumes laos, une grande partie du Cambodge, en moins de 15 ans.

Nous avions suivi ses aventures avec le bon roman « historique » de Claire Keefe-Fox « Le roi des rizières », basé sur des faits « vrais » et puisant aux meilleures sources. (Cushman, Gesik, Jacq-Hellgoualch, Launay, Nyen, Smithies, Wood, Wyatt, la thèse de doctorat de J. de Fels consacrée au roi de Thonburi, et les Archives des Missions Etrangères de Paris) Puis Taksin fut éliminé.

                                        ------------------------------

Une nouvelle dynastie allait désormais régner sur le Siam; la dynastie actuelle des Chakri (1782 – à ce jour)

Nous vous avons « raconté» ces 150 ans de monarchie absolue, l’histoire des sept Rama en 70 articles (116 à 186), pour arriver en notre article 187 au coup d’Etat du 24 juin 1932 qui abolissait la monarchie absolue et instaurait une monarchie constitutionnelle. Que de transformations avions-nous constatées !

Nous avons montré, par exemple dans notre article 14** comment et pourquoi, à partir du roi Mongkut, les Thaïs ont écrit leur Histoire, avec leurs mythes, leurs symboles, leurs héros, pour magnifier leurs rois et légitimer leur grande Nation.

« UNE Histoire nationale, « une idéologie linéaire » qui veut faire croire à une continuité entre Sukhothaï considérée comme la « première capitale nationale », suivie par Ayutthaya, puis Thonburi et enfin l’actuelle Bangkok; UNE histoire que l’on a fait « accepter » aux peuples soumis avec le succès que l’on sait avec les Lao « siamois » et l’échec, avec les anciennes provinces malaises (et musulmanes)  du Sud. L’histoire de la Thaïness raconte cette formidable machine « idéologique » pour imposer cette vision de l’Histoire. L’école en fut le « média » le plus efficace. »**

Le Siam moderne.

 Le roi Mongkut (Rama IV,1851-1868) s’ouvrit à l’occident (sa science, ses langues, l’éducation européenne de ses enfants, etc) et fut le roi de transition entre le Siam ancien et le Siam moderne qu’inaugura le roi Chulalongkorn (Rama V,1868-1910) qui lui, s’inspirera de l’Europe, aidé par des centaines de conseillers occidentaux pour transformer son pays et en faire un état moderne. Nous lui avons consacré 16 articles exposant ses réformes (Un état centralisé avec des fonctionnaires, création de l’éducation nationale, abolition de l’esclavage, code pénal), ses voyages en Europe (1897 et 1907), où à travers ses lettres, on voit un roi ouvert, curieux de toutes les nouveautés, de tous les savoirs, de la technique, et même de son art de vivre. (Cf. 148 et 151) Il y enverra presque tous ses fils y étudier. Le futur Rama VI recevra une éducation anglaise pendant 11 ans ; Le futur Rama VII étudiera également en Angleterre, (A Eton Collège et à l’Académie militaire de Woolwich, et en poste à l’Artillerie Royale  basée à Aldershot). Il sera de bon ton désormais pour la famille royale et les élites d’y envoyer leurs enfants.

Toutefois, Chris Baker et Pasuk Phongpaichit, dans leur histoire de la Thaïlande***, considèrent que la transition entre l’ordre ancien et l’ordre nouveau s’effectua entre 1760 et 1860. ***

Nous avons montré ensuite comment Rama VI (1910-1925) sut conjuguer le modèle « occidental » et le modèle « siamois », après avoir fait toutes ses études en Angleterre.**** Un roi poète, écrivain traducteur de Shakespeare et de Molière, mais un roi qui poursuivit les réformes (Imposa les noms de famille ; rendit l’école obligatoire et gratuite ;  fonda la 1ère université de style « occidental , mis fin du régime des capitulations au Siam en 1925 (Cf. Article 176) ». Il fut un ardent nationaliste. Chris Baker et Pasuk Phongpaichit, consacreront dans leur histoire un chapitre aux nationalismes de 1910 à 1940, tandis que Terwiel, dans sa « Thailand’s Political History » en son chapitre 10 verra pour le règne de Rama V, « Le nationalisme et la réorganisation de la bureaucratie (1910-1925) ».

Il prendra surtout la décision historique le 22 juillet 1917, de déclarer la guerre à l'Allemagne et à l'Autriche-Hongrie. Une décision qui aura des conséquences très importantes pour la souveraineté du Siam, et qui lui permettra  de confisquer tous les avoirs allemands et de devenir en janvier 1920, un des membres fondateurs de la Société des Nations, assurant ainsi une garantie internationale pour l’indépendance et  l’intégrité du Siam.

Rama VII (1925-1935) devenait donc roi le 25 novembre 1925, après la mort de son frère Rama VI.  Il changea la politique gouvernementale, mais en s’appuyant sur une oligarchie, le Conseil suprême  des cinq princes qui allait  concentrer le pouvoirtel qu’aucun Conseil privé n’en eut dans l’histoire. Ils nommèrent fils et frères aux principaux postes de l’administration et de l’armée, bloquant ainsi toute ascension sociale.

Le coup d’Etat du 24 juin  1932 et l’instauration de la monarchie constitutionnelle.

Rama VII était ouvert aux idées « démocratiques » mais demeura un monarque absolu jusqu’au coup d’Etat du 24 juin 1932, qui allait mettre fin à 694 ans de monarchie absolue, et instaurer une monarchie constitutionnelle qui impliquait que désormais la politique du pays sera menée par un  gouvernement présidé par un 1er ministre.

Un autre Siam allait surgir, une autre Histoire allait désormais s’écrire.

La société siamoise à la veille du coup d’Etat de 1932 n’était plus la société traditionnelle du XIXème siècle, à cause du développement d’une économie monétaire et d’une classe de fonctionnaires et de militaires qui vont transformer le pays.  Au niveau international, « la révolution chinoise avait eu lieu en 1911, et la république de Chine avait été proclamée le 1er janvier 1912. La révolution soviétique aura lieu en 1917Le communisme devenait une menace ou un espoir pour de nombreux Etats. Il va constituer pour les nationalistes asiatiques, un cadre de pensée et un projet de modernisation et de libération nationale. Certains (on pense à Ho Chi Minh) rejoignirent  des filières « révolutionnaires » soutenues par le Komintern. D’autres, comme des étudiants Siamois en France, vont créer en février 1927, le Ratsadon Khana, qui aura un rôle déterminant dans le coup d’Etat de 1932. […] Mais l’oligarchie princière nommée par Rama VII n’était pas disposée à partager son pouvoir. Le roi était convaincu que l’opinion siamoise n’était pas encore prête pour avoir une Constitution, un premier ministre, un conseil législatif, comme le lui avait suggéré, l’un de ses plus prestigieux conseillers, l’américain Francis B. Sayre. » (Cf. In notre article 182.2, qui, avec l’aide de Fistié analyse ces changements ******)

Le coup d’Etat du 24 juin  1932 sera de fait une révolution pour le Siam.

Son histoire ne se fondera plus sur l’histoire des rois – même s’ils jouaient encore un rôle - mais sur les différents gouvernements, identifiés par les Thaïlandais eux-mêmes, comme les différents cabinets, à l’épreuve du monde dans lequel, ils devaient se confronter.

Nous avions déjà signalé en notre article 178, que  « B. J. Terwiel dans son « Thailand’s Political History » estimait que l’histoire du Siam de 1925 à 1945 pouvait être divisé en deux périodes : la première de 1925 à 1932 et la seconde de 1932 à 1945. (21 pages) La première abordait la restauration ; Le nouveau roi et son Conseil et montrait les changements fondamentaux, puis les voyages du roi, la crise économique commençant en 1930, les célébrations des 150 ans  de Bangkok.

La seconde, la révolte et l’ascension des militaires avec le Coup d’Etat ; La rébellion royaliste d’octobre 1933 du Prince Boworadet (En fait, une tentative de coup d’Etat) ; La position du roi après cette tentative (avec son abdication ) ; La création d’un gouvernement stable ;  La bonne image du Japon ; Les composantes civiles et militaires (du gouvernement) ; Le régime militaire de 1938 (1er gouvernement Phibun 16/12/38 – 1/08/44) ; La confrontation avec la France (1939-41) ; Les années de guerre ( Fin 1941- démission de Phibun fin juillet 1944) et deux pages sur la période après-guerre jusqu’au coup d’Etat du 8 nov. 1947 avec le retour au pouvoir de Phibun. Pierre Fistié dans « L’évolution de la Thaïlande contemporaine » allait de 1932 à la chute du second gouvernement Phibun en 1957 (Mais en 200 pages) »

Bref désormais, avec l’instauration de la monarchie constitutionnelle en 1932, l’histoire de la Thaïlande se confondait avec l’histoire de ses différents gouvernements (appelés cabinets officiellement), l’histoire de la région et du monde. Et après avoir examiné le rôle de Rama VII et ses relations  avec le nouveau pouvoir jusqu’ à son abdication, le 2 mars 1935, nous avons présenté l’action des différents gouvernements jusqu’à la deuxième guerre mondiale.

Là encore, un nouveau monde allait naître, une nouvelle période de l’histoire, après Yalta et la création de l’ONU, et avec ce qui allait devenir «  la guerre froide » et la décolonisation, l’arrivée des Américains …

Nous en étions là, avec le gouvernement de Seni Pramot, le 13ème gouvernement de la monarchie constitutionnelle (17 septembre 1945-31 janvier 1946), chargé de négocier -au mieux- la paix avec les « Alliés », dans un contexte qui ne lui était pourtant pas favorable, après avoir  été – occupé par le Japon le  8 décembre 1941 et la décision de Phibun de collaborer avec les Japonais et de déclarer la guerre aux Américains et aux Britanniques le 25 janvier 1942. 

Mais ce seront des raisons politiques internes qui pousseront Seni Pramot à démissionner le 31 janvier 1946. Il n’avait gouverné que 4 mois ! (Cf. Notre article précédent 207)

Une autre période qui nécessitait une autre chronologie que nous avions présentée en notre article 206, basée sur les différents cabinets, qui du 31 janvier 1946  au 8 avril 1948, allait voir 7 gouvernements avant le retour du maréchal Phibun, qui allait « régner » de nouveau pendant 9 ans et 5 mois jusqu’au 16 septembre 1957, avec 6 gouvernements (du 21 au 26), avant de subir lui-même un coup d’Etat le 16-21 septembre 1957 du Maréchal Sarit Thanarat.

--------------------------------------------------------------------------------------------

*Notre bilan de « notre histoire du royaume d’Ayutthaya. (1351-1767), in  http://www.alainbernardenthailande.com/article-112-1-le-royaume-d-ayutthaya-1351-1767-122070155.html http://www.alainbernardenthailande.com/article-112-2-le-royaume-d-ayutthaya-1351-1767-122070212.html

**http://www.alainbernardenthailande.com/article-14-les-nouveaux-mythes-thais-les-heros-nationaux-98679684.html

*** “A history of Thailand”, Cambridge University press, 1ère edition 2005,  3ème edition 2014

****http://www.alainbernardenthailande.com/2015/02/170-rama-vi-face-a-deux-modeles-le-modele-occidental-et-le-modele-siamois.html

***** River Books, 2011

****** Pierre Fistié in « L’évolution de la Thaïlande contemporaine », Armand Colin, 1967.

209. COMMENT DECOUPER L’HISTOIRE DE LA THAILANDE EN TRANCHES?
Et pourtant d’autres royaumes et/ou citées thaïs ou apparentés avaient fait allégeance au roi Ramkhamhaeng (1239-1317 ou 1298), le 3ème roi de Sukhotaï. Ainsi pouvait-on lire sur la stèle dite de Ramkhamhaeng : « A l’est : Sra Luang, Song Kwae, Lambachaî, Sakha, les rives du Khong (Mékong), Wiangchan, Wiangkham. Au sud : Khonti, Phra Bang, Phraek, Suphannaphumi, ratchaburi, Phetchaburi, Sri Dhammaraja. A l’ouest : Muang Chot, Muang …n , Hongsawadi. Au nord : Muang Phrae, Muang Man, Muang N…, Muang, Phlua, et de l’autre côté du Khong, Muang Chawa. »
 

Mais faute de sources pour ces cités, nous avions poursuivi notre enquête sur l’histoire de Sukhotaï en 17 articles. On pense que 9 rois y régnèrent de 1240 à 1438, avant d’être annexé par le royaume d’Ayutthaya.

209. COMMENT DECOUPER L’HISTOIRE DE LA THAILANDE EN TRANCHES?

La période du royaume d’Ayutthaya (1351-1767).

 

L’histoire du Siam allait se confondre alors avec l’histoire du royaume d’Ayutthaya et de ses 34 rois, jusqu’à la date tragique de 1767, où les Birmans prirent la capitale, la pillèrent, la rasèrent, l’incendièrent, et déportèrent tous les membres de la famille royale, des centaines de militaires, de fonctionnaires et plusieurs dizaines de milliers de« gens du commun », et … brûlèrent toutes les archives. Nous y consacrerons  plus de  70 articles.

209. COMMENT DECOUPER L’HISTOIRE DE LA THAILANDE EN TRANCHES?

Son histoire dépendra, là comme ailleurs, de la qualité des sources. Nous en ferons l’énoncé dans notre article 23 « Nos sources du Siam ancien », in http://www.alainbernardenthailande.com/article-23-notre-histoire-les-sources-du-siam-ancien-102401104.html)

 

Nous nous étions surtout appuyés sur le travail monumental accompli par Richard Cushman, “The Royal Chronicles of Ayutthaya” (Edited by David K. Wyatt, The Siam Society, Under Royal Patronage, 2006), qui avait traduit toutes les chroniques connues concernant le royaume d’Ayutthaya (1351-1767), à savoir les 7 versions et des fragments édités en thaï dans les années 60. (Qui sont la recension de textes de 1680, 1779, 1795, 1807 et 1855) (Cf. sa présentation dans notre article 41)

On y découvrait une chronologie incertaine (Cf. Notre article 59), des légendes, et aussi des « trous noirs ». Ces Annales par exemple n’avaient pu que « reconstituer » par exemple, 200 ans de l’histoire d’Ayutthaya et ses 16 premiers rois (1351-1548) en 23 pages. (Alors que le roi Naraï, (1656-1688) aura droit à 95 pages.)

209. COMMENT DECOUPER L’HISTOIRE DE LA THAILANDE EN TRANCHES?

 

Une histoire, mais une histoire peu historique ; une histoire écrite par des Thaïs pour les Thaïs.

 

Certes, nous avions  essayé de suivre une chronologie, de présenter le pouvoir royal ; l’absolutisme, le faste ; La Cour et sa hiérarchie ; L’importance et la place de la religion bouddhiste, la  « politique » des muang (les guerres, le système de vassalité, les alliances, les renversements d’alliance (et les trahisons) ; Les guerres contre les Birmans et les Cambodgiens ; Le problème des successions, etc. Mais ce n’était pas ce qui était écrit.

 

L’histoire pour les Thaïs était du registre du merveilleux, des légendes, des mythes, des présages, des divinations,  du surnaturel, du pouvoir des éléphants blancs … dans le cadre mythico-religieux du bouddhisme theravada, (avec les divinités indiennes Brahma, Vishnu, Shiva). Nous avions remarqué l’importance accordée à la cérémonie d’intronisation de chaque roi et des funérailles solennelles du roi précédent, au nom donné au roi et à ses titres, les audiences, les processions royales, les constructions de temples, de statues, la réception d’un éléphant blanc et le prestige qu’il attribuait au roi, etc. (Cf. Nos articles 92 et 93 sur la légitimation du pouvoir).

 

209. COMMENT DECOUPER L’HISTOIRE DE LA THAILANDE EN TRANCHES?
Le meilleur exemple, car vérifiable avait été notre article 97 sur « L’ambassade siamoise de Kosapan à la cour de Louis XIV en 1686, vue par les « Chroniques royales d’Ayutthaya » », qui en font un récit fabuleux, fantastique, magique, surnaturel, sans aucun rapport avec la moindre réalité. On y apprend, entre autres, que devant Louis XIV, 16 soldats siamois, portant des talismans gravés de sentences magiques s’assirent devant 500 soldats français à qui on ordonna de tirer, mais qu’aucune balle ne sortit des mousquets.

 

L’histoire « historique » ne commencera qu’avec l’arrivée des Européens et d’autres étrangers au royaume d’Ayutthaya.

209. COMMENT DECOUPER L’HISTOIRE DE LA THAILANDE EN TRANCHES?

Les Portugais et les Espagnols avaient pris contact au XVIème siècle avec le  Siam, des ambassades étaient venues, des traités avaient été signées, et certains missionnaires s’étaient installés ; d’autres étrangers comme des Japonais, des Maures étaient désormais dans les services royaux. Les Hollandais et les Britanniques étaient arrivés un siècle plus tard, des comptoirs avaient été créés dans la capitale ; des nouvelles ambassades échangées ; des « mercenaires » avaient été embauchés ; Les Français enfin avec leurs premiers missionnaires en 1662, le premier comptoir en 1680 et la première ambassade envoyée par Louis XIV en 1685, la deuxième en 1687 susciteront une énorme littérature … Et nous aurons alors accès aux différents récits des ambassadeurs, des militaires, des missionnaires, des savants, des « explorateurs », des romanciers, etc. multipliant les points de vue, les visions du Siam.  Nous vous en avons présenté de nombreux.

 

Mais cette histoire « occidentale » d’un royaume thaï n’avait rien à voir avec la vision siamoise.*

                                      

209. COMMENT DECOUPER L’HISTOIRE DE LA THAILANDE EN TRANCHES?

Après la chute d’Ayutthaya en 1787, une autre période, un autre chapitre de l’histoire du Siam allait s’ouvrir avec la refondation du Siam par le roi Taksin (1767-1782) (La dynastie dite de Thonburi).

 

Un roi qui a sa fête nationale, et que depuis 1981, on appelle désormais « Taksin le Grand ». N’avait-il pas reconquis Ayutthaya le 7 novembre 1767,  8 mois après sa chute, réunifié le pays, refondé le royaume du Siam avec une nouvelle capitale à Thonburi, en lui  redonnant son prestige d’antan, vassalisant Chiang Maï, les royaumes laos, une grande partie du Cambodge, en moins de 15 ans.

 

Nous avions suivi ses aventures avec le bon roman « historique » de Claire Keefe-Fox « Le roi des rizières », basé sur des faits « vrais » et puisant aux meilleures sources. (Cushman, Gesik, Jacq-Hellgoualch, Launay, Nyen, Smithies, Wood, Wyatt, la thèse de doctorat de J. de Fels consacrée au roi de Thonburi, et les Archives des Missions Etrangères de Paris) Puis Taksin fut éliminé.

                                       

209. COMMENT DECOUPER L’HISTOIRE DE LA THAILANDE EN TRANCHES?

Une nouvelle dynastie allait désormais régner sur le Siam; la dynastie actuelle des Chakri (1782 – à ce jour)

209. COMMENT DECOUPER L’HISTOIRE DE LA THAILANDE EN TRANCHES?

Nous vous avons « raconté» ces 150 ans de monarchie absolue, l’histoire des sept Rama en 70 articles (116 à 186), pour arriver en notre article 187 au coup d’Etat du 24 juin 1932 qui abolissait la monarchie absolue et instaurait une monarchie constitutionnelle. Que de transformations avions-nous constatées !

 

Nous avons montré, par exemple dans notre article 14** comment et pourquoi, à partir du roi Mongkut, les Thaïs ont écrit leur Histoire, avec leurs mythes, leurs symboles, leurs héros, pour magnifier leurs rois et légitimer leur grande Nation.

 

« UNE Histoire nationale, « une idéologie linéaire » qui veut faire croire à une continuité entre Sukhothaï considérée comme la « première capitale nationale », suivie par Ayutthaya, puis Thonburi et enfin l’actuelle Bangkok; UNE histoire que l’on a fait « accepter » aux peuples soumis avec le succès que l’on sait avec les Lao « siamois » et l’échec, avec les anciennes provinces malaises (et musulmanes)  du Sud. L’histoire de la Thaïness raconte cette formidable machine « idéologique » pour imposer cette vision de l’Histoire. L’école en fut le « média » le plus efficace. »**

209. COMMENT DECOUPER L’HISTOIRE DE LA THAILANDE EN TRANCHES?

Le Siam moderne.

 

 Le roi Mongkut (Rama IV,1851-1868) s’ouvrit à l’occident (sa science, ses langues, l’éducation européenne de ses enfants, etc) et fut le roi de transition entre le Siam ancien et le Siam moderne qu’inaugura le roi Chulalongkorn (Rama V,1868-1910) qui lui, s’inspirera de l’Europe, aidé par des centaines de conseillers occidentaux pour transformer son pays et en faire un état moderne. Nous lui avons consacré 16 articles exposant ses réformes (Un état centralisé avec des fonctionnaires, création de l’éducation nationale, abolition de l’esclavage, code pénal), ses voyages en Europe (1897 et 1907), où à travers ses lettres, on voit un roi ouvert, curieux de toutes les nouveautés, de tous les savoirs, de la technique, et même de son art de vivre. (Cf. 148 et 151) Il y enverra presque tous ses fils y étudier. Le futur Rama VI recevra une éducation anglaise pendant 11 ans ; Le futur Rama VII étudiera également en Angleterre, (A Eton Collège et à l’Académie militaire de Woolwich, et en poste à l’Artillerie Royale  basée à Aldershot). Il sera de bon ton désormais pour la famille royale et les élites d’y envoyer leurs enfants.

 

Toutefois, Chris Baker et Pasuk Phongpaichit, dans leur histoire de la Thaïlande***, considèrent que la transition entre l’ordre ancien et l’ordre nouveau s’effectua entre 1760 et 1860. ***

 

Nous avons montré ensuite comment Rama VI (1910-1925) sut conjuguer le modèle « occidental » et le modèle « siamois », après avoir fait toutes ses études en Angleterre.**** Un roi poète, écrivain traducteur de Shakespeare et de Molière, mais un roi qui poursuivit les réformes (Imposa les noms de famille ; rendit l’école obligatoire et gratuite ;  fonda la 1ère université de style « occidental , mis fin du régime des capitulations au Siam en 1925 (Cf. Article 176) ». Il fut un ardent nationaliste. Chris Baker et Pasuk Phongpaichit, consacreront dans leur histoire un chapitre aux nationalismes de 1910 à 1940, tandis que Terwiel, dans sa « Thailand’s Political History » en son chapitre 10 verra pour le règne de Rama V, « Le nationalisme et la réorganisation de la bureaucratie (1910-1925) ».

 

Il prendra surtout la décision historique le 22 juillet 1917, de déclarer la guerre à l'Allemagne et à l'Autriche-Hongrie. Une décision qui aura des conséquences très importantes pour la souveraineté du Siam, et qui lui permettra  de confisquer tous les avoirs allemands et de devenir en janvier 1920, un des membres fondateurs de la Société des Nations, assurant ainsi une garantie internationale pour l’indépendance et  l’intégrité du Siam.

209. COMMENT DECOUPER L’HISTOIRE DE LA THAILANDE EN TRANCHES?
 

Rama VII (1925-1935) devenait donc roi le 25 novembre 1925, après la mort de son frère Rama VI.  Il changea la politique gouvernementale, mais en s’appuyant sur une oligarchie, le Conseil suprême  des cinq princes qui allait  concentrer le pouvoirtel qu’aucun Conseil privé n’en eut dans l’histoire. Ils nommèrent fils et frères aux principaux postes de l’administration et de l’armée, bloquant ainsi toute ascension sociale.

 

Le coup d’Etat du 24 juin  1932 et l’instauration de la monarchie constitutionnelle.

 

Rama VII était ouvert aux idées « démocratiques » mais demeura un monarque absolu jusqu’au coup d’Etat du 24 juin 1932, qui allait mettre fin à 694 ans de monarchie absolue, et instaurer une monarchie constitutionnelle qui impliquait que désormais la politique du pays sera menée par un  gouvernement présidé par un 1er ministre.

209. COMMENT DECOUPER L’HISTOIRE DE LA THAILANDE EN TRANCHES?

Un autre Siam allait surgir, une autre Histoire allait désormais s’écrire.

 

La société siamoise à la veille du coup d’Etat de 1932 n’était plus la société traditionnelle du XIXème siècle, à cause du développement d’une économie monétaire et d’une classe de fonctionnaires et de militaires qui vont transformer le pays.  Au niveau international, « la révolution chinoise avait eu lieu en 1911, et la république de Chine avait été proclamée le 1er janvier 1912. La révolution soviétique aura lieu en 1917Le communisme devenait une menace ou un espoir pour de nombreux Etats. Il va constituer pour les nationalistes asiatiques, un cadre de pensée et un projet de modernisation et de libération nationale. Certains (on pense à Ho Chi Minh) rejoignirent  des filières « révolutionnaires » soutenues par le Komintern. D’autres, comme des étudiants Siamois en France, vont créer en février 1927, le Ratsadon Khana, qui aura un rôle déterminant dans le coup d’Etat de 1932. […] Mais l’oligarchie princière nommée par Rama VII n’était pas disposée à partager son pouvoir. Le roi était convaincu que l’opinion siamoise n’était pas encore prête pour avoir une Constitution, un premier ministre, un conseil législatif, comme le lui avait suggéré, l’un de ses plus prestigieux conseillers, l’américain Francis B. Sayre. » (Cf. In notre article 182.2, qui, avec l’aide de Fistié analyse ces changements ******)

209. COMMENT DECOUPER L’HISTOIRE DE LA THAILANDE EN TRANCHES?

1Le coup d’Etat du 24 juin  1932 sera de fait une révolution pour le Siam.

 

Son histoire ne se fondera plus sur l’histoire des rois – même s’ils jouaient encore un rôle - mais sur les différents gouvernements, identifiés par les Thaïlandais eux-mêmes, comme les différents cabinets, à l’épreuve du monde dans lequel, ils devaient se confronter.

 

Nous avions déjà signalé en notre article 178, que  « B. J. Terwiel dans son « Thailand’s Political History » estimait que l’histoire du Siam de 1925 à 1945 pouvait être divisé en deux périodes : la première de 1925 à 1932 et la seconde de 1932 à 1945. (21 pages) La première abordait la restauration ; Le nouveau roi et son Conseil et montrait les changements fondamentaux, puis les voyages du roi, la crise économique commençant en 1930, les célébrations des 150 ans  de Bangkok.

 

La seconde, la révolte et l’ascension des militaires avec le Coup d’Etat ; La rébellion royaliste d’octobre 1933 du Prince Boworadet (En fait, une tentative de coup d’Etat) ; 

209. COMMENT DECOUPER L’HISTOIRE DE LA THAILANDE EN TRANCHES?

La position du roi après cette tentative (avec son abdication ) ; La création d’un gouvernement stable ;  La bonne image du Japon ; Les composantes civiles et militaires (du gouvernement) ; Le régime militaire de 1938 (1er gouvernement Phibun 16/12/38 – 1/08/44) ; La confrontation avec la France (1939-41) ; Les années de guerre ( Fin 1941- démission de Phibun fin juillet 1944) et deux pages sur la période après-guerre jusqu’au coup d’Etat du 8 nov. 1947 avec le retour au pouvoir de Phibun. Pierre Fistié dans « L’évolution de la Thaïlande contemporaine » allait de 1932 à la chute du second gouvernement Phibun en 1957 (Mais en 200 pages) »

 

Bref désormais, avec l’instauration de la monarchie constitutionnelle en 1932, l’histoire de la Thaïlande se confondait avec l’histoire de ses différents gouvernements (appelés cabinets officiellement), l’histoire de la région et du monde. Et après avoir examiné le rôle de Rama VII et ses relations  avec le nouveau pouvoir jusqu’ à son abdication, le 2 mars 1935, nous avons présenté l’action des différents gouvernements jusqu’à la deuxième guerre mondiale.

 

Là encore, un nouveau monde allait naître, une nouvelle période de l’histoire, après Yalta et la création de l’ONU, et avec ce qui allait devenir « la guerre froide », l’arrivée des Américains et la décolonisation,  …

209. COMMENT DECOUPER L’HISTOIRE DE LA THAILANDE EN TRANCHES?

Nous en étions là, avec le gouvernement de Seni Pramot, le 13ème gouvernement de la monarchie constitutionnelle (17 septembre 1945-31 janvier 1946), chargé de négocier -au mieux- la paix avec les « Alliés », dans un contexte qui ne lui était pourtant pas favorable, après avoir  été – occupé par le Japon le  8 décembre 1941 et la décision de Phibun de collaborer avec les Japonais et de déclarer la guerre aux Américains et aux Britanniques le 25 janvier 1942. 

 

Mais ce seront des raisons politiques internes qui pousseront Seni Pramot à démissionner le 31 janvier 1946. Il n’avait gouverné que 4 mois ! (Cf. Notre article précédent 207)

 

Une autre période qui nécessitait une autre chronologie que nous avions présentée en notre article 206, basée sur les différents cabinets, qui du 31 janvier 1946  au 8 avril 1948, allait voir 7 gouvernements avant le retour du maréchal Phibun, qui allait « régner » de nouveau pendant 9 ans et 5 mois jusqu’au 16 septembre 1957, avec 6 gouvernements (du 21 au 26), avant de subir lui-même un coup d’Etat le 16-21 septembre 1957 du Maréchal Sarit Thanarat.

209. COMMENT DECOUPER L’HISTOIRE DE LA THAILANDE EN TRANCHES?

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*Notre bilan de « notre histoire du royaume d’Ayutthaya. (1351-1767), in  http://www.alainbernardenthailande.com/article-112-1-le-royaume-d-ayutthaya-1351-1767-122070155.html http://www.alainbernardenthailande.com/article-112-2-le-royaume-d-ayutthaya-1351-1767-122070212.html

**http://www.alainbernardenthailande.com/article-14-les-nouveaux-mythes-thais-les-heros-nationaux-98679684.html

*** “A history of Thailand”, Cambridge University press, 1ère edition 2005,  3ème edition 2014

****http://www.alainbernardenthailande.com/2015/02/170-rama-vi-face-a-deux-modeles-le-modele-occidental-et-le-modele-siamois.html

***** River Books, 2011

****** Pierre Fistié in « L’évolution de la Thaïlande contemporaine », Armand Colin, 1967.

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