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  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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23 décembre 2015 3 23 /12 /décembre /2015 18:01
212. LE GOUVERNEMENT DU CONTRE – AMIRAL THAMRONG. (23 AOUT 1946-8 NOVEMBRE 1947)

ous avions vu dans l’article précédent (210) que Pridi qui avait alors toutes les cartes politiques en main (Il avait nommé tous les ministres, et avait la majorité dans les deux chambres) n’avait pas survécu politiquement à la mort du jeune roi Ananda Mahidol, découvert le 9 juin 1946, avec une balle dans la tête. 

212. LE GOUVERNEMENT DU CONTRE – AMIRAL THAMRONG. (23 AOUT 1946-8 NOVEMBRE 1947)

Gravement affecté par les insinuations et les rumeurs iniques de son opposition et des journaux conservateurs, il avait démissionné le 21 août 1946. Il n’avait été au pouvoir que 5 mois ; du moins comme 1er ministre, car il avait joué un rôle majeur dans l’histoire politique du pays depuis le coup d’Etat du 24 juin 1932.  

212. LE GOUVERNEMENT DU CONTRE – AMIRAL THAMRONG. (23 AOUT 1946-8 NOVEMBRE 1947)
Le gouvernement suivant sera d’ailleurs  un gouvernement Pridi sans Pridi.

 

On allait y retrouver 10 de ses anciens ministres sur 18, et c’est son ministre de la Justice, le contre-amiral ThawanThamrongnavaswadhi (ou Luang Thamrong ถวัลย์ ธำรงนาวาสวัสดิ์) qui sera chargé de diriger le 17ème cabinet (23 août 1946-30 mai 1947). Il devenait le 8ème ministre de la monarchie constitutionnelle. Le fidèle de Pridi, Direk Chainam (ดิเรก ชัยนาม) se retrouvait vice-premier ministre et ministre des affaires étrangères. (Ancien putshiste de 1932, ancien ministre des affaires étrangères de Phibun, ancien des Free Thais, c’est aussi un intime de Pridi et de Thamrong).  

212. LE GOUVERNEMENT DU CONTRE – AMIRAL THAMRONG. (23 AOUT 1946-8 NOVEMBRE 1947)

On pouvait remarquer l’arrivée de Tiang Sirikhan (Vous vous souvenez, notre Chef résistant des Free Thais à Sakhon Nakhon, ami de Pridi,  in notre article 203) Mais Direk démissionnera le 6 février 1947 et Thamrong prendra son poste. Le 10 avril 1947, Tiang Sirikhan sera désigné pour être le chef de la mission franco-thaïe de réconciliation. (Cf. Notre article 205 « La question des frontières de la Thaïlande avec l’Indochine française »)

212. LE GOUVERNEMENT DU CONTRE – AMIRAL THAMRONG. (23 AOUT 1946-8 NOVEMBRE 1947)

La déclaration de politique générale du premier ministre devant l’assemblée est pour la première fois dépourvue de toute équivoque :

 

« Le gouvernement considère les affaires étrangères comme sa première priorité …. Il doit agir avec sagesse pour bénéficier de la confiance internationale, et celle des souverainetés, qui constituent les Nations Unies (…) À cet égard, le gouvernement doit mettre en œuvre des mesures efficaces pour promouvoir de bonnes relations avec les Nations Unies et les autres souverainetés, collaborer avec ladite institution, respecter les obligations internationales ».

 

De fait, la priorité sera pour le Siam d’être admis comme membre aux Nations-Unies. Il fallait pour cela obtenir l’accord des puissances qui siégeaient au Conseil de sécurité.

212. LE GOUVERNEMENT DU CONTRE – AMIRAL THAMRONG. (23 AOUT 1946-8 NOVEMBRE 1947)
 

Auparavant, nous avions vu que  Les Etats-Unis ne posèrent pas de veto. Celui de la Grande Bretagne fut levé après la signature du traité signé à Singapour le 1er janvier 1946. (Cf. Notre article 208 sur les circonstances et les dispositions de ce traité.) Celui de la Chine fut également levé après le traité d’amitié sino-siamois le 21 janvier 1946, qui établissait  leur relation diplomatique. (Le Dr Li arrivera à Bangkok en ambassadeur, en septembre 1946 et en octobre, Sanguan Tularak (สงวน ตุลารักษ์) sera désigné comme le représentant du Siam auprès du gouvernement du Kuomintang.) .

212. LE GOUVERNEMENT DU CONTRE – AMIRAL THAMRONG. (23 AOUT 1946-8 NOVEMBRE 1947)
Il fallait désormais convaincre la France, sur ces questions des frontières. (Cf. Nos articles 204 et 205 : « La question des frontières de la Thaïlande avec l’Indochine française ».) Cela fut fait le 17 novembre 1946 avec la signature de l’ « accord de règlement franco-siamois » à Washington. L’article 1er annulait purement et simplement le traité de Tokyo de mai 1941 au terme duquel la Siam et la France considéraient les frontières entre le Siam et l’Indochine comme définitivement établies. Il avait été l’œuvre du Prince Wan Waithyakon (วรรณไวทยากร) qui sera le premier représentant permanent du Siam aux Nations-Unies...
212. LE GOUVERNEMENT DU CONTRE – AMIRAL THAMRONG. (23 AOUT 1946-8 NOVEMBRE 1947)
... et de Khuang Aphaiwong (ควง อภัยวงศ์).
212. LE GOUVERNEMENT DU CONTRE – AMIRAL THAMRONG. (23 AOUT 1946-8 NOVEMBRE 1947)

Ce fut le prix à payer pour l’admission du Siam aux Nations-Unies par la 13ème résolution du 12 décembre 1946 à l’unanimité des membres du Conseil de sécurité.et par le vote de l’Assemblée générale, le 15 décembre.

 

Le Siam était admis officiellement aux Nations-Unies le 16 décembre 1946.

Mais, sur le plan intérieur, la vie  politique était très mouvementée.

 

Certes, Pridi avait été écarté, et Thamrong avait la majorité, mais l’opposition parlementaire demeurait virulente, et les journaux « conservateurs » n’étaient pas tendres. L’armée de terre supportait de moins en moins d’avoir été écartée du pouvoir après la chute de Phibun en août 1944, et les gros propriétaires terriens de Bangkok faisaient entendre leurs craintes.

 

La scission intervenue au sein des 59 membres du Parti Démocrate de l’Assemblée ne pouvait qu’exacerber les passions, avec la formation du Prachachon (Parti du peuple) sous la direction de Nai Liang Chayakan, et avec un conseiller, Thawi Tawetkun, ami de Pridi. Les Démocrates (พรรค ประชาธิปัตย์ Pak Prachatipat) prétendirent que Pridi les avait achetés. (In Fistié, p.206*)

212. LE GOUVERNEMENT DU CONTRE – AMIRAL THAMRONG. (23 AOUT 1946-8 NOVEMBRE 1947)
En mai 1947, à la suite de débats  âpres à l’Assemblée, Thamrong donne sa démission. Il se  succède à lui-même et forme le 18 ème cabinet  (Il prend également le portefeuille du ministre de la justice) (30 mai 1947-8 novembre 1947). On remarque l’arrivée du demi-frère de Pridi, Nai Atthakit Phanomyong, précédemment ambassadeur en Suisse et en Suède, au poste de ministre des affaires étrangères
Durant l’été, l’atmosphère politique ne s’était pas améliorée.

 

Quatre attentats eurent lieu contre un journaliste et des personnalités démocrates. (Fistié ne donne ni dates, ni noms). La corruption ne faisait qu’empirer. Les journaux annonçaient des arrestations, des enquêtes, des mutations, mais peu de jugements. Il se disait que chaque politicien avait un parent ou un ami dans la contrebande du riz.

 

Rappelons que le 6 mai 1946, un accord tripartite avec les Britanniques et les Américains établissait  que désormais le Siam devait vendre  1.200.000 tonnes de riz à la Grande-Bretagne au prix de 12 livres 14 shillings la tonne. (Cf. Notre article 206)  Mais ce commerce était  tenu par les grossistes chinois qui préféraient le vendre en contrebande vers Singapour ou Hong Kong plutôt que de le livrer au gouvernement. En payant un fonctionnaire des douanes (ne gagnant que 100 £ env. par an), avions-nous dit, on pouvait aisément faire un profit supplémentaire de 300 £ la tonne.

 

Mais la corruption était de fait généralisée.

212. LE GOUVERNEMENT DU CONTRE – AMIRAL THAMRONG. (23 AOUT 1946-8 NOVEMBRE 1947)
La cause fondamentale  de ce système généralisé de corruption « était l’énorme disparité entre le coût de la vie (qui avait augmenté 12 fois) et les traitements qui  avaient seulement doublé ou triplé) ». Fistié en donne quelques exemples qui ne manquent pas de saveur en s’appuyant sur l’ouvrage de John Coast, « Some Aspects of Siamese politics », 1953 (pp. 206-207). Ainsi des députés à qui on avait remis des instruments aratoires pour les distribuer à leurs mandants n’hésitaient pas à les vendre ; Ainsi, un criminel de guerre notoire fut découvert dans la maison du chef de la police militaire avec plusieurs millions de baths et se voyait confier la direction de la police civile. Ainsi fallait-il payer un pot de vin aux chefs de gare pour obtenir un wagon disponible pour expédier ses marchandises ou plus cocasse, il n’était pas rare de voir un train de voyageurs s’arrêter en pleine nature et repartir une fois que le chauffeur et son mécanicien avaient estimé avoir reçu une somme suffisante. On égarait – par hasard - des rapports compromettants dans  l’administration contre un cadeau ; Les télégraphistes s’abstenaient de transmettre un télégramme sans l’avoir surfacturé, etc. Bref chacun, au poste qui était le sien, essayait d’améliorer la paye insuffisante.

 

Le coût de la vie, la pénurie de riz, le mécontentement des militaires de l’armée de terre, et des gros propriétaires terriens, les rumeurs sur un coup d’Etat proche, auront raison du gouvernement Thamrong.

212. LE GOUVERNEMENT DU CONTRE – AMIRAL THAMRONG. (23 AOUT 1946-8 NOVEMBRE 1947)
Le coût de la vie, le système de corruption généralisé, l’impunité des principaux fraudeurs de l’administration ne pouvaient qu’augmenter le mécontentement des cadres de l’armée de terre, qui avaient été écartés de la vie politique après la chute du maréchal Phibun le 1er août 1944. Depuis, Pridi avait nommé aux plus hauts postes des hommes de confiance ou sur qui il pouvait compter, comme le général Luang Adun (หลวง อดุลย์)  qui était devenu le chef des Armées. (Le général Adun, alors chef de la police, avait joué un rôle prépondérant au sein des Free Thais de l’intérieur. Cf. Notre article 202 sur la résistance)
212. LE GOUVERNEMENT DU CONTRE – AMIRAL THAMRONG. (23 AOUT 1946-8 NOVEMBRE 1947)

Les cadres de cette armée de terre ne pouvaient qu’ambitionner de vouloir « rétablir l’ordre » et de retrouver leur pouvoir d’antan. Surtout que le maréchal Phibun, emprisonné pour crimes de guerre, avait été relaxé par la Cour Suprême le 23 mars 1946, et en mars 1947 avait fini de rédiger le programme d’un nouveau parti qui devait porter le nom de « Phak Thammathipat » (พรรคธรรมาธิปัตย์). (In Fistié, p. 206) 

212. LE GOUVERNEMENT DU CONTRE – AMIRAL THAMRONG. (23 AOUT 1946-8 NOVEMBRE 1947)

De plus, ils allaient obtenir le soutien des grands propriétaires terriens résidant à Bangkok avec leur nouveau « porte-parole » - en mal de clientèle politique -, le populaire Khuang Aphaiwong, président du parti Démocrate, mais grand propriétaire terrien lui-même. (Une note de Fistié (p.208) rappelle qu’il avait d’immenses terres dans les provinces cambodgiennes dont son père avait été le dernier gouverneur avant 1907.)

 

Les grands propriétaires terriens avaient conservé leurs privilèges économiques après la révolution de 1932,  mais la situation de crise qui prévalait, la pénurie de riz dans certaines provinces, la crainte du communisme,  leur désir après 15 ans de rejouer de nouveau un rôle politique majeur les inciteront à alimenter la rumeur – avec d’autres - de la nécessité d’un coup d’Etat. 

212. LE GOUVERNEMENT DU CONTRE – AMIRAL THAMRONG. (23 AOUT 1946-8 NOVEMBRE 1947)
De fait, en ce début novembre 1947, les bruits les plus divers circulaient sur un futur coup d’Etat sans qu’on sache trop s’il allait venir de l’armée, du général Luang Adun, de la marine, du Parti Démocrate … sur fond d’une  démission probable de Thamrong.

 

Le 8 novembre 1947, le général Phin Chunhawan (ผิน ชัยชุณหะวัญ),  commandant le corps d’armée de Bangkok ....

212. LE GOUVERNEMENT DU CONTRE – AMIRAL THAMRONG. (23 AOUT 1946-8 NOVEMBRE 1947)

et le colonel Luang Kat Songkram, effectuaient le coup d’EtatIls bénéficieront du soutien du colonel Sarit Thanarat (สฤษดิ์ ธนะรัชต์), à la tête d’un régiment de blindés et autre vétéran de l’occupation des états shans...

212. LE GOUVERNEMENT DU CONTRE – AMIRAL THAMRONG. (23 AOUT 1946-8 NOVEMBRE 1947)

..  du général de la police  Phao Sriyanond (เผ่า ศรียานนท์), 

212. LE GOUVERNEMENT DU CONTRE – AMIRAL THAMRONG. (23 AOUT 1946-8 NOVEMBRE 1947)

du colonel Thanom Kittikachon (ถนอม กิตติขจร) ... 

212. LE GOUVERNEMENT DU CONTRE – AMIRAL THAMRONG. (23 AOUT 1946-8 NOVEMBRE 1947)

...du lieutenant-colonel Praphat Charusathien (ประภาส จารุเสถียร), 

212. LE GOUVERNEMENT DU CONTRE – AMIRAL THAMRONG. (23 AOUT 1946-8 NOVEMBRE 1947)

du capitaine Chatichai Choonhawan (ชาติชาย ชุณหะวัณ) (le fils du général Phin). 

212. LE GOUVERNEMENT DU CONTRE – AMIRAL THAMRONG. (23 AOUT 1946-8 NOVEMBRE 1947)

Ils se nommèrent eux-mêmes le Comité National des soldats. (คณะทหารแห่งชาติ)

(Le général Phin Chumhawan avait commandé pendant la guerre les armées ayant occupé les états shans et Kat Songkram, avait participé au coup d’état de 1932 aux côtés de Phibun et avait été résistant Free Thai, mais pas dans le mouvement organisé par Pridi).

Phin et Kat avaient dévoilé leur projet au général Adun, alors chef des Armées, espérant qu’il prendrait alors la tête du coup d’Etat. Celui-ci avait refusé et fait prévenir Pridi et Thamrong et les membres du gouvernement. Ils s’étaient alors tournés vers Phibun, qui avait également refusé, pensant aux réactions américaine et anglaise.  Par contre, Phibun accepta de redevenir chef des Armées et d’appliquer l’Etat d’urgence qui avait été proclamé pour 90 jours. Le 9 septembre au matin, nous dit Fistié, la radio annonçait « qu’un coup d’Etat venait d’avoir lieu et que le maréchal Phibun avait installé son quartier général au Ministère de la Défense et qu’il était chargé de l’application de l’état d’urgence ».

Pridi s’était réfugié au quartier général de la marine, espérant une réaction de la marine. Constatant qu’elle ne voulait pas bouger, il s’est fait alors exfiltré depuis l’attaché naval britannique, puis l’attaché naval américain qui le conduisit à bord d’un vapeur anglais qui l’amena à Singapour.

C’était la fin politique de Pridi, malgré un retour clandestin en 1949, pour tenter en vain un coup d’Etat contre Phibun, le 26 février 1949. Il dut s’enfuir de nouveau, pour ne plus revenir en Thaïlande jusqu’à sa mort  le 2 mai 1983 en France.)

Le contre-amiral Thamrong s’était également réfugié auprès de la Marine et comptait bien comme Pridi et son frère ministre fuir à l’étranger. Quelques députés proclamèrent, lors d’une réunion,  le nouveau gouvernement inconstitutionnel,  et furent tous arrêtés. (Fistié ne donne  ni noms, ni nombre) L’ancien ministre des Finances Wichit Lulitanon fut arrêté. Nai Thong In Phuriphat, l’ancien leader de l’opposition d’avant-guerre se cacha. Les anciens  Free Thais furent mis hors-jeu.

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Le général Phin et le colonel Kat proclamèrent une constitution provisoire dans laquelle un Conseil suprême d’Etat devait remplacer l’ancien Conseil de Régence. Le prince Rangsit (รังสิต) se maintenait à sa présidence, 

 

 

 

 

212. LE GOUVERNEMENT DU CONTRE – AMIRAL THAMRONG. (23 AOUT 1946-8 NOVEMBRE 1947)
les autres membres étaient le prince Thani, le prince Alongkut et Luang Adun, qui n’accepta, qu’une fois que Khuang Aphaiwong ** eut formé le nouveau gouvernement.

 

En effet, après le refus de Phibun, Khuang Aphaiwong, après une entrevue avec ce même Phibun, forma le nouveau gouvernement le 12 novembre 1947, le 19ème  cabinet, son troisième gouvernement. On y voyait Seni Pramot, vice-premier ministre et ministre de la justice, le retour de Phya Siwisan Wacha aux Affaires étrangères, le prince Wiwat, qui avait dirigé la délégation siamoise à Kandy en août 1945, aux finances ; il était assisté de Kukrit Pramot ; le général Luang Sinat Yotharat, qui  avait été commandant en second de l’armée à l’époque du gouvernement Aphaiwong en temps de guerre, devenait le ministre de l’Intérieur et le général Chat Nakhrop, ministre de la Défense.

 

Ce nouveau gouvernement Aphaiwong allait-il enfin pouvoir gouverner dans de bonnes conditions?

212. LE GOUVERNEMENT DU CONTRE – AMIRAL THAMRONG. (23 AOUT 1946-8 NOVEMBRE 1947)

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* Pierre Fistié, « Lévolution de la Thaïlande contemporaine », Armand Colin, 1967

**Le major Khuang Aphaiwong,  vous vous en souvenez - a déjà une longue carrière derrière lui, (membre du parti du Peuple dès 1932, ministre de Phahon et de Phibun, 1er ministre à la chute de Phibun le 1er août 1944, comme compromis entre les partisans de Pridi et de Phibun, cède le pouvoir  au Régent Pridi le 16 août 1945, pour que le 17 septembre 1945, le représentant des Free Thais, Seni Pramot, puisse négocier au mieux auprès des alliés, pour démissionner le 31 janvier 1946, en désaccord avec Pridi, et redevenir 1er ministre moins de deux mois jusqu’au  24 mars 1946, après une nouvelle crise ministérielle qui « obligera » Pridi à prendre officiellement le pouvoir.

***Pour la rébellion musulmane au sud la Thaïlande  : Rebellion in Southern Thailand: Contending Histories https://books.google.fr/books?isbn=9812304746 - Thanet Aphornsuvan - 2006 - Malays

 

 

 

 

 

 

 

Le gouvernement suivant sera d’ailleurs  un gouvernement Pridi sans Pridi.

 

On allait y retrouver 10 de ses anciens ministres sur 18, et c’est son ministre de la Justice, le contre-amiral ThawanThamrongnavaswadhi (ou Luang Thamrong ถวัลย์ ธำรงนาวาสวัสดิ์) qui sera chargé de diriger le 17ème cabinet (23 août 1946-30 mai 1947). Il devenait le 8ème ministre de la monarchie constitutionnelle. Le fidèle de Pridi, Direk Chainam (ดิเรก ชัยนาม)se retrouvait vice-premier ministre et ministre des affaires étrangères. (Ancien putshiste de 1932, ancien ministre des affaires étrangères de Phibun, ancien des Free Thais, c’est aussi un intime de Pridi et de Thamrong).  On pouvait remarquer l’arrivée de Tiang Sirikhan (Vous vous souvenez, notre Chef résistant des Free Thais à Sakhon Nakhon, ami de Pridi,  in notre article 203) Mais Direk démissionnera le 6 février 1947 et Thamrong prendra son poste. Le 10 avril 1947, Tiang Sirikhan sera désigné pour être le chef de la mission franco-thaïe de réconciliation. (Cf. Notre article 205 « La question des frontières de la Thaïlande avec l’Indochine française »)

 

La déclaration de politique générale du premier ministre devant l’assemblée est pour la première fois dépourvue de toute équivoque :

 

« Le gouvernement considère les affaires étrangères comme sa première priorité …. Il doit agir avec sagesse pour bénéficier de la confiance internationale, et celle des souverainetés, qui constituent les Nations Unies (…) À cet égard, le gouvernement doit mettre en œuvre des mesures efficaces pour promouvoir de bonnes relations avec les Nations Unies et les autres souverainetés, collaborer avec ladite institution, respecter les obligations internationales ».

 

De fait, la priorité sera pour le Siam d’être admis comme membre aux Nations-Unies. Il fallait pour cela obtenir l’accord des puissances qui siégeaient au Conseil de sécurité.

 

Auparavant, nous avions vu que  Les Etats-Unis ne posèrent pas de veto. Celui de la Grande Bretagne fut levé après la signature du traité signé à Singapour le 1er janvier 1946. (Cf. Notre article 208 sur les circonstances et les dispositions de ce traité.) Celui de la Chine fut également levé après le traité d’amitié sino-siamois le 21 janvier 1946, qui établissait  leur relation diplomatique. (Le Dr Li arrivera à Bangkok en ambassadeur, en septembre 1946 et en octobre,  Sanguan Tularak (สงวน ตุลารักษ์) sera désigné comme le représentant du Siam auprès du gouvernement du Kuomintang.) .

 

Il fallait désormais convaincre la France, sur ces questions des frontières. (Cf. Nos articles 204 et 205 : « La question des frontières de la Thaïlande avec l’Indochine française ».) Cela fut fait le 17 novembre 1946 avec la signature de l’ « accord de règlement franco-siamois » à Washington. L’article 1er annulait purement et simplement le traité de Tokyo de mai 1941 au terme duquel la Siam et la France considéraient les frontières entre le Siam et l’Indochine comme définitivement établies. Il avait été l’œuvre du Prince Wan Waithyakon (วรรณไวทยากร) qui sera le premier représentant permanent du Siam aux Nations-Unies et de Khuang Aphaiwong (ควง อภัยวงศ์).

Ce fut le prix à payer pour l’admission du Siam aux Nations-Unies par la 13ème résolution du 12 décembre 1946 à l’unanimité des membres du Conseil de sécurité.et par le vote de l’Assemblée générale, le 15 décembre.

 

Le Siam était admis officiellement aux Nations-Unies le 16 décembre 1946.

 

Mais, sur le plan intérieur, la vie  politique était très mouvementée.

 

Certes, Pridi avait été écarté, et Thamrong avait la majorité, mais l’opposition parlementaire demeurait virulente, et les journaux « conservateurs » n’étaient pas tendres. L’armée de terre supportait de moins en moins d’avoir été écartée du pouvoir après la chute de Phibun en août 1944, et les gros propriétaires terriens de Bangkok faisaient entendre leurs craintes.

 

La scission intervenue au sein des 59 membres du Parti Démocrate de l’Assemblée ne pouvait qu’exacerber les passions, avec la formation du Prachachon (Parti du peuple) sous la direction de Nai Liang Chayakan, et avec un conseiller, Thawi Tawetkun, ami de Pridi. Les Démocrates prétendirent que Pridi les avait achetés. (In Fistié, p.206*)

 

En mai 1947, à la suite de débats  âpres à l’Assemblée, Thamrong donne sa démission. Il se  succède à lui-même et forme le 18 ème cabinet  (Il prend également le portefeuille du ministre de la justice) (30 mai 1947-8 novembre 1947). On remarque l’arrivée du demi-frère de Pridi, Nai Atthakit Phanomyong, précédemment ambassadeur en Suisse et en Suède, au poste de ministre des affaires étrangères.

 

Durant l’été, l’atmosphère politique ne s’était pas améliorée.

 

Quatre attentats eurent lieu contre un journaliste et des personnalités démocrates. (Fistié ne donne ni dates, ni noms). La corruption ne faisait qu’empirer. Les journaux annonçaient des arrestations, des enquêtes, des mutations, mais peu de jugements. Il se disait que chaque politicien avait un parent ou un ami dans la contrebande du riz.

 

Rappelons que le 6 mai 1946, un accord tripartite avec les Britanniques et les Américains établissait  que désormais le Siam devait vendre  1.200.000 tonnes de riz à la Grande-Bretagne au prix de 12 livres 14 shillings la tonne. (Cf. Notre article 206)  Mais ce commerce était  tenu par les grossistes chinois qui préféraient le vendre en contrebande vers Singapour ou Hong Kong plutôt que de le livrer au gouvernement. En payant un fonctionnaire des douanes (ne gagnant que 100 £ env. par an), avions-nous dit, on pouvait aisément faire un profit supplémentaire de 300 £ la tonne.

 

Mais la corruption était de fait généralisée.

 

La cause fondamentale  de ce système généralisé de corruption « était l’énorme disparité entre le coût de la vie (qui avait augmenté 12 fois) et les traitements qui  avaient seulement doublé ou triplé) ». Fistié en donne quelques exemples qui ne manquent pas de saveur en s’appuyant sur l’ouvrage de John Coast, « Some Aspects of Siamese politics », 1953 (pp. 206-207). Ainsi des députés à qui on avait remis des instruments aratoires pour les distribuer à leurs mandants n’hésitaient pas à les vendre ; Ainsi, un criminel de guerre notoire fut découvert dans la maison du chef de la police militaire avec plusieurs millions de baths et se voyait confier la direction de la police civile. Ainsi fallait-il payer un pot de vin aux chefs de gare pour obtenir un wagon disponible pour expédier ses marchandises ou plus cocasse, il n’était pas rare de voir un train de voyageurs s’arrêter en pleine nature et repartir une fois que le chauffeur et son mécanicien avaient estimé avoir reçu une somme suffisante. On égarait – par hasard - des rapports compromettants dans  l’administration contre un cadeau ; Les télégraphistes s’abstenaient de transmettre un télégramme sans l’avoir surfacturé, etc. Bref chacun, au poste qui était le sien, essayait d’améliorer la paye insuffisante.

 

Le coût de la vie, la pénurie de riz, le mécontentement des militaires de l’armée de terre, et des gros propriétaires terriens, les rumeurs sur un coup d’Etat proche, auront raison du gouvernement Thamrong.

 

Le coût de la vie, le système de corruption généralisé, l’impunité des principaux fraudeurs de l’administration ne pouvaient qu’augmenter le mécontentement des cadres de l’armée de terre, qui avaient été écartés de la vie politique après la chute du maréchal Phibun le 1er août 1944. Depuis, Pridi avait nommé aux plus hauts postes des hommes de confiance ou sur qui il pouvait compter, comme le général Luang Adun (หลวง อดุลย์)  qui était devenu le chef des Armées. (Le général Adun, alors chef de la police, avait joué un rôle prépondérant au sein des Free Thais de l’intérieur. Cf. Notre article 202 sur la résistance)

 

Les cadres de cette armée de terre ne pouvaient qu’ambitionner de vouloir « rétablir l’ordre » et de retrouver leur pouvoir d’antan. Surtout que le maréchal Phibun, emprisonné pour crimes de guerre, avait été relaxé par la Cour Suprême le 23 mars 1946, et en mars 1947 avait fini de rédiger le programme d’un nouveau parti qui devait porter le nom de « Phak Thammathipat » (พรรคธรรมาธิปัตย์). (In Fistié, p. 206) De plus, ils allaient obtenir le soutien des grands propriétaires terriens résidant à Bangkok avec leur nouveau « porte-parole » - en mal de clientèle politique -, le populaire Khuang Aphaiwong, président du parti Démocrate, mais grand propriétaire terrien lui-même. (Une note de Fistié (p.208) rappelle qu’il avait d’immenses terres dans les provinces cambodgiennes dont son père avait été le dernier gouverneur avant 1907.)

 

Les grands propriétaires terriens avaient conservé leurs privilèges économiques après la révolution de 1932,  mais la situation de crise qui prévalait, la pénurie de riz dans certaines provinces, la crainte du communisme,  leur désir après 15 ans de rejouer de nouveau un rôle politique majeur les inciteront à alimenter la rumeur–avec d’autres- de la nécessité d’un coup d’Etat. De fait, en ce début novembre 1947, les bruits les plus divers circulaient sur un futur coup d’Etat sans qu’on sache trop s’il allait venir de l’armée, du général Luang Adun, de la marine, du Parti Démocrate … sur fond d’une  démission probable de Thamrong.

 

Le 8 novembre 1947, le général Phin Chunhawan (ผิน ชัยชุณหะวัญ),  commandant le corps d’armée de Bangkok et le colonel Luang Kat Songkram, effectuaient le coup d’EtatIls bénéficieront du soutien du colonel Sarit Thanarat (สฤษดิ์ ธนะรัชต์), à la tête d’un régiment de blindés et autre vétéran de l’occupation des états shans, et du général de la police  Phao Sriyanond (เผ่า ศรียานนท์), du colonel Thanom Kittikachon (ถนอม กิตติขจร), et du lieutenant-colonel Praphat Charusathien (ประภาส จารุเสถียร), du capitaine Chatichai Choonhawan (ชาติชาย ชุณหะวัณ) (le fils du général Phin). Ils se nommèrent eux-mêmes le Comité National des soldats. (คณะทหารแห่งชาติ)

 

(Le général Phin Chumhawan avait commandé pendant la guerre les armées ayant occupé les états shans et Kat Songkram, avait participé au coup d’état de 1932 aux côtés de Phibun et avait été résistant Free Thai, mais pas dans le mouvement organisé par Pridi).

 

Phin et Kat avaient dévoilé leur projet au général Adun, alors chef des Armées, espérant qu’il prendrait alors la tête du coup d’Etat. Celui-ci avait refusé et fait prévenir Pridi et Thamrong et les membres du gouvernement. Ils s’étaient alors tournés vers Phibun, qui avait également refusé, pensant aux réactions américaine et anglaise.  Par contre, Phibun accepta de redevenir chef des Armées et d’appliquer l’Etat d’urgence qui avait été proclamé pour 90 jours. Le 9 septembre au matin, nous dit Fistié, la radio annonçait « qu’un coup d’Etat venait d’avoir lieu et que le maréchal Phibun avait installé son quartier général au Ministère de la Défense et qu’il était chargé de l’application de l’état d’urgence ».

 

Pridi s’était réfugié au quartier général de la marine, espérant une réaction de la marine. Constatant qu’elle ne voulait pas bouger, il s’est fait alors exfiltré depuis l’attaché naval britannique, puis l’attaché naval américain qui le conduisit à bord d’un vapeur anglais qui l’amena à Singapour.

 

(C’était la fin politique de Pridi, malgré un retour clandestin en 1949, pour tenter en vain un coup d’Etat contre Phibun, le 26 février 1949. Il dut s’enfuir de nouveau, pour ne plus revenir en Thaïlande jusqu’à sa mort  le 2 mai 1983 en France.)

 

Le contre-amiral Thamrong s’était également réfugié auprès de la Marine et comptait bien comme Pridi et son frère ministre fuir à l’étranger. Quelques députés proclamèrent, lors d’une réunion,  le nouveau gouvernement inconstitutionnel,  et furent tous arrêtés. (Fistié ne donne  ni noms, ni nombre) L’ancien ministre des Finances Wichit Lulitanon fut arrêté. Nai Thong In Phuriphat, l’ancien leader de l’opposition d’avant-guerre se cacha. Les anciens  Free Thais furent mis hors-jeu.

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Le général Phin et le colonel Kat proclamèrent une constitution provisoire dans laquelle un Conseil suprême d’Etat devait remplacer l’ancien Conseil de Régence. Le prince Rangsit se maintenait à sa présidence, les autres membres étaient le prince Thani, le prince Alongkut et Luang Adun, qui n’accepta, qu’une fois que Khuang Aphaiwong ** eut formé le nouveau gouvernement.

 

En effet, après le refus de Phibun, Khuang Aphaiwong, après une entrevue avec ce même Phibun, forma le nouveau gouvernement le 12 novembre 1947, le 19ème  cabinet, son troisième gouvernement. On y voyait Seni Pramot, vice-premier ministre et ministre de la justice, le retour de Phya Siwisan Wacha aux Affaires étrangères, le prince Wiwat, qui avait dirigé la délégation siamoise à Kandy en août 1945, aux finances ; il était assisté de Kukrit Pramot ; le général Luang Sinat Yotharat, qui  avait été commandant en second de l’armée à l’époque du gouvernement Aphaiwong en temps de guerre, devenait le ministre de l’Intérieur et le général Chat Nakhrop, ministre de la Défense.

 

Ce nouveau gouvernement Aphaiwong allait-il enfin pouvoir gouverner dans de bonnes conditions?

 

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* Pierre Fistié, « L’évolution de la Thaïlande contemporaine », Armand Colin, 1967

 

**Le major Khuang Aphaiwong,  vous vous en souvenez - a déjà une longue carrière derrière lui, (membre du parti du Peuple dès 1932, ministre de Phahon et de Phibun, 1er ministre à la chute de Phibun le 1er août 1944, comme compromis entre les partisans de Pridi et de Phibun, cède le pouvoir  au Régent Pridi le 16 août 1945, pour que le 17 septembre 1945, le représentant des Free Thais, Seni Pramot, puisse négocier au mieux auprès des alliés, pour démissionner le 31 janvier 1946, en désaccord avec Pridi, et redevenir 1er ministre moins de deux mois jusqu’au  24 mars 1946, après une nouvelle crise ministérielle qui « obligera » Pridi à prendre officiellement le pouvoir.

 

***Pour la rébellion musulmane au sud la Thaïlande  : Rebellion in Southern Thailand: Contending Histories https://books.google.fr/books?isbn=9812304746 - Thanet Aphornsuvan - 2006 - ‎Malays

 

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