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  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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18 novembre 2015 3 18 /11 /novembre /2015 18:01
A 200. RÉINVENTER LE SIAM : IDÉES ET CULTURE EN THAÏLANDE 1920 - 1944.

Arjun Subrahmanyan dans sa thèse intitulée « Reinventing Siam : Ideas and Culture in Thailand, 1920-1944 » soutenue en 2013 à l’Université de Berkeley (Californie), nous donne sa version de la « révolution de 1932 », - une révolution incomplète, dit-il -, et nous invite à la repenser, en nous rappelant ce qu’était le Siam à cette époque. 

 

Repenser la révolution de 1932.

 

Arjun commence sa thèse en rappelant le récit de ce matin du 24 juin 1932, où des tanks et quelques camions militaires entourent palais et ministères à Bangkok, pour mettre fin en quelques heures à 150 ans de monarchie absolue au nom du « Parti du Peuple ». Des tracts sont distribués dénonçant le pouvoir inhumain des rois.

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Le roi, en villégiature à Hua Hin, décide de ne pas résister et accepte la demande des rebelles de fonder une monarchie constitutionnelle, sous la souveraineté du peuple, lui garantissant un parlement avec des droits et des libertés.

 

Mais Arjun indique que cette « révolution » n’est pas un mouvement de masse et a été fomenté par un petit groupe composé de civils et d’officiers qui de fait, malgré une constitution, deviendra une coquille vide. Assez vite, le Parti du Peuple se divisera en factions, pour voir triompher celle des militaires qui installeront en 1939, une dictature. Depuis 1932, on a assisté à une série de coups d’Etat où se jouaient les intérêts des militaires, des royalistes et des civils de la nouvelle bureaucratie. (Arjun ne donne aucun nom des principaux acteurs et reste à ce niveau de généralités.)

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La thèse précise que cette révolution ne fut pas politique mais intellectuelle et qu’elle fut précédée de  deux processus plus importants, à savoir le renforcement du pouvoir royal et de la bureaucratie dans les villes au détriment de la campagne maintenue dans la pauvreté et l’isolement, et l’arrivée d’un courant intellectuel moderne, basé sur l’esprit d’examen et sur la responsabilité individuelle, désirant plus d’égalité et s’affranchir du statut quo et de la hiérarchie installée ; et en 1932, aspirant à plus de démocratie. Cette nouvelle « intelligentsia » est différente des aristocrates, des officiers militaires et des juristes qui voulaient contrôler le gouvernement, et était composée de journalistes, d’écrivains, de critiques littéraires et de moines éclairés ou d’intellectuels laïcs.

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On pouvait donc voir deux cultures au Siam. L’une officielle, urbaine, de culture aristocratique et l’autre provenant d’une classe intermédiaire rurale autonome. Elles ne pouvaient qu’entretenir des relations conflictuelles, tant les nouveaux « démocrates » et la réaction royaliste étaient convaincus de leur supériorité et de la naïveté et de la docilité du peuple.

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En effet, l’élite de Bangkok avait une bonne image d’elle-même fondée depuis un siècle sur l’indépendance du pays préservée malgré les visées coloniales européennes et américaine. La génération née après  les réformes de 1892 avait pu bénéficier de la création d’une administration moderne qui offrait des postes et assuraient une carrière et la sécurité de l’emploi. Mais le modèle restait la famille royale et les aristocrates qui dirigeaient les différents ministères et départements de l’administration. D’ailleurs mêmes les leaders du Parti du Peuple auront soin de garder leur titre même après 1932.

 

(Par exemple Pridi et Phibun qui avaient été honorés du titre de noblesse de Luang (que l’on peut traduire par « honorable » หลวง) se gardèrent de l’abandonner et reçurent sans les refuser les médailles royales les plus prestigieuses, notamment le grand cordon de l’ « Éléphant blanc », ordre fondé par Rama IV, sans parler des princes, ainsi Sani Pramot conserva son titre de « momratchawong » (หม่อมราชวงศ์ – arrière-petit-fils de roi).)

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Toutefois, la modernisation de l’Etat, le développement du marché du livre, la diffusion des idées nationalistes et démocratiques auront forcément un impact sur les mentalités, surtout que certaines venaient du palais lui-même.

 

Alors que les jeunes intellectuels et des jeunes écrivains voulaient aussi des changements, en s’inspirant des modèles occidentaux, une nouvelle classe était en train de se former au contact par exemple de parlementaires ruraux qui n’avaient jusqu’alors jamais participer aux cercles du pouvoir, et qui désiraient le progrès et plus de démocratie pour les zones rurales.

 

L’éducation rendue obligatoire avait formé des instituteurs dont certains députés étaient d’ailleurs issus, qui ne pouvaient plus supporter l’autoritarisme, le modèle centralisé et le tutorat de Bangkok. 

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On vit aussi des jeunes moines de la région du Nord-Est ou un moine connu comme Buddhadasa Bhikkhu (พุทธทาสภิกขุ) plus au Sud par exemple s’organiser et développer un bouddhisme plus moderne et plus attentif aux préoccupations des gens. 

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Nous étions bien en présence d’une nouvelle génération qui aspirait au changement et à plus de liberté, ce qui ne voulait pas dire que la vieille aristocratie qui avait aussi intégré certains aspects de la culture occidentale, les idées de « progrès  » et de « civilisation moderne », la science et la technologie, avaient décidé  de renoncer à son pouvoir.

 

Le Siam n’est pas Bangkok, il faut découvrir les réalités de la campagne et du peuple ; soit de 90 % de la population.

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Arjun note évidemment le fossé qui existe entre Bangkok et le reste du pays surtout jusqu’à la guerre froide, où on verra la première tentative sérieuse d’intégration, et d’unification, qui laissera néanmoins beaucoup de régions isolées dans un royaume multi-ethnique. Mais ensuite Arjun est plus précis, en s’appuyant sur des travaux d’historiens thaïs et anglo-saxons, pour évoquer les régions – sans les nommer - qui sont restées sans investissement et celles qui ont été intégré aux marchés internationaux pour la production de riz, d’étain, de teck et qui ont pu connaître via des intermédiaires chinois, un stade semi-capitalistique avec un développement du commerce et des voies de communication.

 

Mais il ne faut pas oublier que les recensements de 1929 et de 1937, donnaient environ 6 millions de paysans dont 90 %  travaillaient dans les rizières ; qu’en 1930, la moitié du riz était exportée  et qu’avant la guerre, celui-ci composait 70 % des exportations.

 

Aussi, de nombreux paysans de la plaine centrale ont-ils pu commencer à profiter de ces exportations, malgré l’indifférence des propriétaires vivant à Bangkok et du pouvoir central, plus apte à taxer qu’à soutenir son développement, et laissant le commerce aux migrants chinois, qui eux connaissaient les prix du marché. Le mode  de production restait ancien et le travail se faisait à la main. Le paysan devait s’auto-subsister.

 

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D’ailleurs comment développer, quand encore dans les années 1950, seulement 35 % des terres étaient cadastrées. De plus, en dehors de la plaine centrale où les rizières allaient de 30 à 300 raïs, dans le reste du pays, elles  n’avaient – en moyenne  - qu’une superficie de 20 raïs. Seul le district de Rangsit près de Bangkok bénéficia, à partir de 1889, d’un véritable développement « moderne » soutenu –un peu - par le gouvernement, sur deux millions de raïs. De plus les routes étaient souvent impraticables et l’insécurité était grande pour les nombreuses fermes isolées le long des canaux, comme dans le reste du pays où il n’était pas rare de voir des bandes  de 30 à 40 bandits opérer des pillages.

 

Arjun remarque, que même après 1932, la situation a peu changé, alors que pourtant le gouvernement a réduit les taxes, mais l’insécurité demeurait et les paysans étaient toujours endettés sous la coupe des commerçants chinois. Toutefois, il cite Zimmerman qui lui, estime qu’après la dépression, les propriétaires et fermiers du centre se sont tournés vers d’autres productions comme le tabac, le sucre et le coton pour leur usage personnel, et qu’on a pu observer dans l’entre-deux guerres ces produits et d’autres comme les cigarettes, remplacés par des produits importés de l’étranger. Mais cela restait limité.

 

Certes, cela avait changé depuis le XIXème siècle, mais Bangkok avait subi un développement chaotique et la majorité vivait parmi la saleté et l’insalubrité. Le gouvernement Phibun mena bien  une action conséquente, mais les mauvaises habitudes demeuraient : les cochons étaient sous les maisons, on continuait de cracher, d’uriner n’importe où, et  de déféquer dans le canal en public …

 

Peinture murale du temple de Suthat, photographie extraite de l'article de Chuttawadi Chitrabongs " The politics of defecation in the fifth reign" in Journal de la Siam Society 2011 :

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Des épidémies de choléra frappaient régulièrement. Ainsi en 1925 - 1926, on compta 8.000 morts sur 13.000 touchés, en 1935 - 1937, 9.000 morts sur 15.500 cas identifiés, sans compter la malaria, la dysenterie, la tuberculose, la pneumonie, qui touchaient tout le pays, sans oublier la peste et la lèpre. Et il y avait si peu de médecins, ainsi lors d’un débat en 1934, un parlementaire de Nong Khai signalait qu’il n’existait qu’un seul médecin dans sa province de 800.000 personnes. On estima que seulement 500 médecins pratiquaient dans tout le royaume de 12 millions d’habitants et encore étaient-ils concentrés dans la capitale. Dans ces conditions, on ne sera pas étonné d’apprendre que beaucoup de jeunes enfants ne passaient pas l’année. (Env. 100 pour 1000 à la fin des années 30). La médecine « moderne » n’était évidemment accessible qu’aux riches élites.

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De plus, les routes demeuraient peu praticables et le réseau ferré était peu étendu. La première ligne Bangkok /Ayutthaya fut inauguré en 1897 ; Korat en 1900 ; Lopburi en 1901 ; Paknampo, Nakhon Sawan en 1905 ; Au Sud, Petchburi en 1903 ; Chumpon en 1916 ; Sungai en 1921 ; Au Nord, Phitsalunok en 1908 ; Lampang en 1916 : Et Chiang Mai en 1922 ; Au Nord-Est, la ligne Korat/Nong Khaï commença en 1929 pour finir en 1941. Certes progressivement, cela modifia  les communications, alors qu’il fallait 2 semaines auparavant depuis Bangkok pour atteindre Khorat, 42 jours pour atteindre Chiang Mai ; 65 jours pour Luang Prabang.
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Mais ce réseau laissait encore beaucoup  de régions isolés, qui l’étaient davantage –on s’en doute – à la saison des pluies. Les paysans ne connaissaient même pas leur province et vivaient en autonomie dans leurs villages, ayant peu ou pas de véhicules. (En 1937, la province  de Mahasarakam par exemple n’avait encore que 9 véhicules.) Autant dire, citant un juge et député de Sakhon Nakon, qu’il faudra longtemps avant que la démocratie ait un visage pour les fermiers, et qu’une prise de conscience démocratique puisse avoir  lieu.

 

L’élite par contre, nous dit Arjun, en donnant l’exemple du  prince Purachatra (บุรฉัตร) un des fils du roi Chulalongkorn, était très enthousiaste à la technologie moderne et désirait l’introduire au Siam le plus rapidement possible. Ainsi le Prince n’hésita pas à prendre la direction des chemins de fer, puis en 1928 à diriger le ministère du commerce et des communications ; mais enfin dit-il, les princes voyageaient plus en touristes qu’en véritables entrepreneurs, et plus pour paraître « moderne » que pour réellement développer le pays.

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Un Siam morcelé, du Nord au Sud.

 

Ensuite Arjun, montre les obstacles et les difficultés que l’Etat (et Bangkok) a dû rencontrer pour contrôler de nombreuses provinces. Il prend pour exemple  la province de Chiang Mai, qui a été en partie jusqu’au début du XXème siècle, un pays Shan. Il rappelle la révolte Shan au début du XXème siécle à Phrae, alors que certains futurs leaders du Parti du peuple étaient enfants. Une province d’autant plus particulière qu’une partie de son économie avec le teck était sous la coupe des Anglais et Indiens et rattachée au commerce mondial, et cela dès 1880. Le département de la Forêt créé en 1896 fut d’ailleurs sous la domination étrangère jusqu’en 1952. Un autre signe d’extraterritorialité fut marqué par la monnaie indienne et birmane qui circulait principalement dans la région. 

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Une note signale qu’il faudra attendre la fin de la deuxième guerre mondiale pour voir apparaître des vrais changements quand on pense par exemple que la 1ère école gouvernementale fut construite en 1938 à Chiang Rai.

 

Autant dire que la province ne vivait pas au temps de Bangkok et n’était pas intégrée à l’Etat siamois, fort d’ailleurs d’une histoire culturelle propre, et des multiples minorités qui la peuplaient. Kaeo, un supporter enthousiaste au nouveau régime signalait ce fait dans une longue lettre au gouvernement en 1934, en précisant qu’à Mae Hong Son par exemple, que  sur 55.000 habitants, 28.000 étaient composés de minorités, des Ngiao (Shan ou Thai yai) principalement. L’intégration était d’autant plus difficile, rajoutait-il, que les moines voulaient conserver leur monopole et que les gens fuyaient en Birmanie quand l’action publique voulait sévir, et que beaucoup d’entre eux pratiquaient le nomadisme. A cela, il fallait encore ajouter les difficiles communications : 3 à 5 semaines pour aller à Bangkok ; et pas de télégraphe, ni de poste.

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Il en était de même au Sud.

 

Les provinces du Sud étaient aussi fort différentes, culturellement et économiquement, et loin de Bangkok. Ainsi l’île de Phuket, qui au XIXème siècle avait été transformée en une vaste mine, dominée et gérée par le capital et la main d’œuvre chinoises, dans  de terribles conditions d’exploitation. Bangkok se contentait de prendre des conseillers étrangers pour superviser et pour prélever des taxes. Il trouva même plus simple d’anoblir des grands entrepreneurs chinois, dont certains devinrent même des gouverneurs. De plus, le gouvernement thaï ne chercha pas à développer le processus de raffinage et laissa  la production envoyée en Malaisie alors dominée par les Anglais. En 1930, 90 % de l’étain étaient exportés dans la Malaisie britannique.

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Toutefois au début du XXème siècle, une fois les mines épuisées, de nombreux Chinois quittèrent l’île. De 40 à 50.000 en 1884, ils n’étaient plus que 12.000, 15 ans plus tard ; pour atteindre 24.600 en 1919 et 16.000 en 1929 sur une population de 242.000 habitants dans la Province.

 

Quoi qu’il en soit Arjun signale qu’un fonctionnaire gouvernemental avait écrit en 1934 qu’il n’avait pas le sentiment d’être au Siam, tant par les produits étrangers vendus, que par toutes les langues qui y étaient parlées. De plus, les écoles chinoises n’enseignaient pas le thaï et l’élite chinoise envoyait ses enfants suivre le secondaire à Penang et Singapour. Dans tout le sud, le commerce se faisait sud-sud et peu avec Bangkok, le fret étant moins cher par bateau ; la monnaie était principalement anglaise et mexicaine. Il faudra attendre 1932, pour que commence la construction de routes pour mieux contrôler le pays. En attendant, Singapour demeurait le centre culturel et commercial de la Région et absorbait 37 % des produits thaïs et 46 % des importations thaïes provenaient des colonies britanniques.

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Il en ressort qu’ il faut prendre conscience de ce qu’était le Siam avant 1932, pour mesurer que le nouvel ordre dit « démocratique » du Parti du peuple sera quelque peu limité et cela : 

 

  • Parce qu’il ne faut pas confondre l’élite de Bangkok et la plaine centrale avec le reste du pays, avec ses provinces éloignées du centre, plutôt autonomes, dans leur culture, leur langue, leur économie, et leurs particularités historiques quant-à la présence dominante des capitaux et des technologies étrangères (surtout anglaises) au Nord et au Sud, et la présence des Chinois dans certaines industries d’extraction (à Phuket par exemple) et dans le commerce du riz et dans les prêts aux paysans.
  • Parce que le pays était composé de provinces isolées, faute de routes ou de routes peu praticables et interrompues en saison de pluies, et de communications (Peu de télégraphe), d’éducation, de langue commune …
  • Parce que le nouveau régime a voulu imposer la démocratie sur le même modèle culturel despotique royal, et que sous le prétexte de la démocratie et de l’égalité, il a installé une nouvelle élite qui a voulu remplacer l’ancienne élite.

 

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Arjun va donc revenir ensuite sur la stratégie de la monarchie royale pour soutenir l’élite.

 

Auparavant,  le temple assurait une éducation et apprenait aussi à respecter la hiérarchie sociale installée. Quand l’Etat se mit à développer une éducation moderne, il développa surtout les  enseignements qui servaient son pouvoir et sa sécurité (et donc surtout l’armée et le ministère de l’intérieur) ; en cela, dit Arjun, il était analogue aux empires coloniaux, pensant à leurs intérêts.

 

Et Arjun de citer les écoles créées par Chulalongkorn pour former l’élite royale : Suan Kulap (1880), 

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l’Académie militaire des cadets (1887), l’Ecole de droit (1896), le Collège royal  Ratchawitthayalai (1897), l’Ecole des Pages royaux (1899) … On ne va pas refaire ici l’histoire due l’éducation au Siam, ce qu’il ne fait d’ailleurs pas (Traité par ailleurs in notre article 147), mais on se doute qu’il fallut bien des décennies pour que cet enseignement de base primaire ait un effet dans les campagnes, après la création de l’éducation nationale en 1921 et qu’il se fit toujours dans le respect du pouvoir royal et de ses représentants. L’élite pouvait accéder aux filières publiques et privées du système du secondaire et des grandes écoles, sans oublier la formation complémentaire à l’étranger, quand ce ne fut pas toute leur formation comme Rama VI par exemple. Rappelons  quand même, que 1.300 écoles furent construites entre 1923 et 1932 pour arriver à un total de 6.330 dans le royaume, alors qu’il n’y avait que 182 collèges, et très peu consacrés à l’enseignement de l’agriculture. Toutefois l’enseignement dispensé permit à la population de passer de 90%  d’illettrés en  1921 à 37 % en 1931.

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Arjun  note ensuite que pendant l’ancien régime, l’économie n’était pas enseignée - le roi Vajiravudh (Rama VI) par exemple ne voyant pas son utilité -, ni – bien sûr - la politique. Même après 1932, seule une petite minorité sera apte à parler de politique.

 

L’éducation du peuple ?

 

Evidemment le nouveau régime déclarera que tout le peuple avait droit à l’éducation et la constitution de 1932 indiquera qu’elle était une nécessité pour que le peuple puisse voter. Elle précisera qu’un vote national ne pourra être effectué que lorsque la moitié de la population aura atteint une éducation de base. Pour ce faire, le gouvernement dut avoir recours aux fonctionnaires de l’ancien régime et fit appel à l’expert Thammasakmontri qui lui proposa un plan en août 1932 pour passer du grade 1 au grade 4, et de permettre à tous les enfants de suivre deux années de scolarité. Il y en eut d’autres (1935 et 1938), mais de nombreux observateurs signalèrent au gouvernement que le budget était insuffisant surtout en Province pour donner un enseignement digne de ce nom à tout le monde. Le nombre d’écoles doubla quand même entre 1930 et 1939 pour atteindre 11.500 établissements pendant que les élèves passaient de 678.000 à 1, 45 million et les instituteurs de 14.000 à 32.000.

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L’effort était peut être conséquent, mais laissait de nombreux élèves en dehors. En 1934, le ministère estimait que sur 1,75 million devant suivre l’école primaire, 1 million devait attendre, et moins de 45.000 étaient au secondaire ;  ce qui renvoyait à beaucoup plus tard, le projet gouvernemental d’éduquer la moitié de la population. Encore en 1939, le  Prince Rajadapisek Sonakul, qui était à la tête du ministère du département de la recherche, avait estimé que seulement 5.400 élèves avaient atteint le dernier niveau du secondaire (mathayom six), et encore on peut se douter que la majorité était à Bangkok. Ainsi en 1939, Bangkok avait 27.000 élèves dans le secondaire (62 % du royaume) enseignés par 1.650 instituteurs ; A titre de comparaison, à Ubon Rajathani, dans les années 30, 66 instituteurs enseignaient 1.950 élèves dans le secondaire.

 

De nombreux observateurs avaient de plus remarqué que les conditions d’enseignement étaient déplorables (classes surchargées, peu de livres scolaires, pas de matériel, de sanitaires, d’hygiène), et que souvent on utilisait les salas des temples, qui étaient repris lors des prières ou des cérémonies des moines.

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Il fallut attendre 1937 pour que le gouvernement puisse diffuser les nouveaux programmes avec les nouvelles valeurs du nouveau régime (droits et devoirs du citoyen, la constitution, le parlement, l’élection, l’importance des fêtes nationales, etc.) si bien que la série des vieux manuels Thammacariya de Thammasakmontri fut longtemps utilisée.

 

Ces nouveaux programmes ne critiquaient d’ailleurs pas la monarchie, ils la présentaient comme une monarchie sous la loi et la souveraineté du peuple. Ils expliquaient comment le peuple devait évaluer et choisir ses représentants, attachés au bien commun, mais la morale et les « bonnes manières » demeuraient les mêmes que celles des  vieux manuels Thammacariya. On parlait certes de démocratie mais sans apprendre à en discuter ou à développer son esprit critique. Pour l’essentiel, on était encore dans le cadre ancien, surtout avec les vieux cadres de l’éducation qui étaient demeurés à leur poste. En 1933, il y eut pourtant des protestations signées par des enseignants citant nommément les « coupables », mais nul ne fut inquiété par le Parti et le gouvernement. (Arjun donne des exemples)

 

Et puis la plupart des instituteurs étaient jeunes et avaient une formation insuffisante. On pouvait enseigner à 15 ans et avec seulement 3 ans de primaire et après avoir obtenu un certificat (mais peu l’avait). Pour le secondaire, il fallait avoir 20 ans et avoir obtenu le 6ème grade (Fin du secondaire).  Ceux qui étaient en mesure d’insuffler les nouvelles idées « démocratiques » comme l’ascension sociale par le mérite et non par la naissance – si souvent répétés au sein du Parti du Peuple -  buttaient contre la hiérarchie et la déférence due à l’Autorité.

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Si bien que l’on peut penser, après avoir pris conscience de tous ces obstacles, que l’idéologie démocratique que le gouvernement voulait promouvoir par l’école n’était qu’une propagande qui servait surtout les intérêts politiques du Parti du Peuple, qui chacun sait, comportait peu d’adhérents.

 

La radio ne modifia pas réellement  l’état d’esprit du peuple.

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La radio apparaît à la fin des années 20 et le gouvernement « constitutionnel » le voit comme un  excellent moyen pour transmettre son idéologie dans un pays, où les voies de communication sont difficiles. Aussi, dès mai 1933, le prince Sakon Voravan dirige un bureau auprès du 1er ministre, qui deviendra un département avec 20 personnes en 1934, qui sera chargé de promouvoir les nouvelles idées démocratiques, et sa propagande. Le plan initial est écrit par Issaraphakdi en 1933, sur le modèle nazi de propagande dirigé par Goebbels.

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Mais, comme pour les livres, les radios seront surtout concentrées dans la capitale. On estime leur nombre à 16.000 en 1933, et 25.000 l’année suivante, mais  seulement 2,5 % sont en province. La division radio proposera d’en acheter pour les écoles et de faire des programmes pour les instituteurs. Mais plusieurs officiels de Province déploreront leur prix trop chers et le gouverneur de Chumphon en 1933 par exemple,  avouera même que les instituteurs ne comprenaient pas trop les programmes transmis, surtout que les transmissions n’étaient pas bonnes. Arjun nous dit que les programmes dans les stations provinciales concernaient surtout la santé, l’histoire provinciale, la religion, la morale, les sports et les divertissements comme la musique ou la photo. Seuls certains représentants du gouvernement pouvaient aborder des questions politiques. Au milieu des années 30, on vit le département des arts y organiser des débats publics. Mais on n’y permettait pas des critiques gouvernementales. Seuls certains journaux osaient le faire.

 

Arjun donne des exemples où certains députés avaient beaucoup de difficultés pour expliquer certaines lois du gouvernement, à la fois parce que le peuple avait peu d’instructions, et aussi parce que la majorité ne comprenait pas la nouvelle idéologie. Il faut dire qu’avant 1932, aucun paysan n’avait eu une fonction dans l’administration et qu’il ne devait pas être facile pour les intervenants d’expliquer la constitution comme par exemple  la notion d’égalité dans une société qui sortait à peine de l’esclavage. (Arjun n’évoque pas l’esclavage). Des comités sillonnaient les provinces en saison sèche. Des spectacles étaient organisés, la constitution distribuée avec la photo du roi, mais l’ensemble avait eu peu d’impact.

 

A la fin des années 30, la constitution était devenue un mythe, et relevait du sacré comme le roi et la religion. La démocratie pour la majorité du peuple demeurait un mot vide de sens. C’est pourquoi Arjun va conclure avec ce titre :

 

La révolution incomplète.

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Avant 1932, le pouvoir royal était absolu, après 1932, une nouvelle classe de fonctionnaires (il dit bureaucrates) et de militaires vont s’affronter pour contrôler les affaires de l’Etat. Mais il ne faut pas occulter, dans le même temps,  la naissance d’une classe moyenne.

 

Arjun finira en rappelant les rôles joués par les rois Mongkut (r. 1851-1868), Chulalongkorn (1868-1910) et Vajiravudh (1910-1925) qui, ouverts aux nouvelles idées modernes, au libéralisme,  à l’Etat nation, pour réformer le pays, n’étaient  pas allés jusqu’à remettre en cause leur pouvoir absolu.

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Bref, Arjun a voulu montré les limites de la « révolution » politique de 1932, qui a surtout « profité » à une nouvelle classe de fonctionnaires et de militaires, qui loin d’installer la démocratie, s’est intégré à l’ordre royal ancien, pour diriger le pays.

 

Une révolution « incomplète » qui a peu touché les conditions de vie du peuple durant cette période, dans un pays qui était néanmoins en train de changer pas à pas, avec l’éducation qui commençait à arriver aux villages, l’amélioration des communications, du moins entre les villes, et l’apparition d’une nouvelle classe moyenne éduquée, dont certains provenaient des provinces.

 

 Arjun a aussi rappelé qu’il ne fallait pas limiter le Siam à Bangkok, et que le royaume était composé de multiples provinces, avec leurs histoires, leurs langues, leur économie, leurs spécificités, et dont la culture, les idées étaient fort loin de ceux que les politiques leur prêtaient.

 

Il y avait bien, dans les années 30, plusieurs Siam, et plusieurs classes sociales dont les intérêts divergeaient, et il ne fallait pas oublier que le peuple, c’est-à-dire 90 % de la population, étaient avant tout des paysans pauvres.  

A 200. RÉINVENTER LE SIAM : IDÉES ET CULTURE EN THAÏLANDE 1920 - 1944.

PS. La seconde partie de la thèse « L’extérieur et la Sangha et le défi régional ; Fiction et conscience sociale ; La science salvifique et le bouddhisme cosmopolitain dans les années  1930 », n’a pas ici été prise en compte.

 

On pouvait donc voir deux cultures au Siam. L’une officielle, urbaine, de culture aristocratique et l’autre provenant d’une classe intermédiaire rurale autonome. Elles ne pouvaient qu’entretenir des relations conflictuelles, tant les nouveaux « démocrates » et la réaction royaliste étaient convaincus de leur supériorité et de la naïveté et de la docilité du peuple.

 

En effet, l’élite de Bangkok avait une bonne image d’elle-même fondée depuis un siècle sur l’indépendance du pays préservée malgré les visées coloniales européennes et américaine. La génération née après  les réformes de 1892 avait pu bénéficier de la création d’une administration moderne qui offrait des postes et assuraient une carrière et la sécurité de l’emploi. Mais le modèle restait la famille royale et les aristocrates qui dirigeaient les différents ministères et départements de l’administration. D’ailleurs mêmes les leaders du Parti du Peuple auront soin de garder leur titre même après 1932.

 

(Par exemple Pridi et Phibun qui avaient été honorés du titre de noblesse de Luang (que l’on peut traduire par « honorable » หลวง) se gardèrent de l’abandonner et reçurent sans les refuser les médailles royales les plus prestigieuses, notamment le grand cordon de celle de l’ « Éléphant blanc », ordre fondé par Rama IV, sans parler des princes, ainsi Sani Pramot conserva son titre de « momratchawong » (หม่อมราชวงศ์ – arrière-petit-fils de roi).)

 

Toutefois, la modernisation de l’Etat, le développement du marché du livre, la diffusion des idées nationalistes et démocratiques auront forcément un impact sur les mentalités, surtout que certaines venaient du palais lui-même.

 

Alors que les jeunes intellectuels et des jeunes écrivains voulaient aussi des changements, en s’inspirant des modèles occidentaux, une nouvelle classe était en train de se former au contact par exemple de parlementaires ruraux qui n’avaient jusqu’alors jamais participer aux cercles du pouvoir, et qui désiraient le progrès et plus de démocratie pour les zones rurales.

 

L’éducation rendue obligatoire avait formé des instituteurs dont certains députés étaient d’ailleurs issus, qui ne pouvaient plus supporter l’autoritarisme, le modèle centralisé et le tutorat de Bangkok. On vit aussi des jeunes moines de la région du Nord-Est ou un moine connu comme Buddhadasa Bhikkhu (พุทธทาสภิกขุ) plus au Sud par exemple s’organiser et développer un bouddhisme plus moderne et plus attentif aux préoccupations des gens. Nous étions bien en présence d’une nouvelle génération qui aspirait au changement et à plus de liberté, ce qui ne voulait pas dire que la vieille aristocratie qui avait aussi intégré certains aspects de la culture occidentale, les idées de « progrès  » et de « civilisation moderne », la science et la technologie, avaient décidé  de renoncer à son pouvoir.

 

Le Siam n’est pas Bangkok, il faut découvrir les réalités de la campagne et du peuple ; soit de 90 % de la population.

 

Arjun note évidemment le fossé qui existe entre Bangkok et le reste du pays surtout jusqu’à la guerre froide, où on verra la première tentative sérieuse d’intégration, et d’unification, qui laissera néanmoins beaucoup de régions isolées dans un royaume multi-ethnique. Mais ensuite Arjun est plus précis, en s’appuyant sur des travaux d’historiens thaïs et anglo-saxons, pour évoquer les régions – sans les nommer - qui sont restées sans investissement et celles qui ont été intégré aux marchés internationaux pour la production de riz, d’étain, de teck et qui ont pu connaître via des intermédiaires chinois, un stade semi-capitalistique avec un développement du commerce et des voies de communication.

 

Mais il ne faut pas oublier que les recensements de 1929 et de 1937, donnaient environ 6 millions de paysans dont 90 %  travaillaient dans les rizières ; qu’en 1930, la moitié du riz était exportée  et qu’avant la guerre, celui-ci composait 70 % des exportations.

 

Aussi, de nombreux paysans de la plaine centrale ont-ils pu commencer à profiter de ces exportations, malgré l’indifférence des propriétaires vivant à Bangkok et du pouvoir central, plus apte à taxer qu’à soutenir son développement, et laissant le commerce aux migrants chinois, qui eux connaissaient les prix du marché. Le mode  de production restait ancien et le travail se faisait à la main. Le paysan devait s’auto-subsister.

 

D’ailleurs comment développer, quand encore dans les années 1950, seulement 35 % des terres étaient cadastrées. De plus, en dehors de la plaine centrale où les rizières allaient de 30 à 300 raïs, dans le reste du pays, elles  n’avaient – en moyenne  - qu’une superficie de 20 raïs. Seul le district de Rangsit près de Bangkok bénéficia, à partir de 1889, d’un véritable développement « moderne » soutenu –un peu - par le gouvernement, sur deux millions de raïs. De plus les routes étaient souvent impraticables et l’insécurité était grande pour les nombreuses fermes isolées le long des canaux, comme dans le reste du pays où il n’était pas rare de voir des bandes  de 30 à 40 bandits opérer des pillages.

 

Arjun remarque, que même après 1932, la situation a peu changé, alors que pourtant le gouvernement a réduit les taxes, mais l’insécurité demeurait et les paysans étaient toujours endettés sous la coupe des commerçants chinois. Toutefois, il cite Zimmerman qui lui, estime qu’après la dépression, les propriétaires et fermiers du centre se sont tournés vers d’autres productions comme le tabac, le sucre et le coton pour leur usage personnel, et qu’on a pu observer dans l’entre-deux guerres ces produits et d’autres comme les cigarettes, remplacés par des produits importés de l’étranger. Mais cela restait limité.

 

Certes, cela avait changé depuis le XIXème siècle, mais Bangkok avait subi un développement chaotique et la majorité vivait parmi la saleté et l’insalubrité. Le gouvernement Phibun mena bien  une action conséquente, mais les mauvaises habitudes demeuraient : les cochons étaient sous les maisons, on continuait de cracher, d’uriner n’importe où, et  de déféquer dans le canal en public …

 

Des épidémies de choléra frappaient régulièrement. Ainsi en 1925 - 1926, on compta 8.000 morts sur 13.000 touchés, en 1935 - 1937, 9.000 morts sur 15.500 cas identifiés, sans compter la malaria, la dysenterie, la tuberculose, la pneumonie, qui touchaient tout le pays, sans oublier la peste et la lèpre. Et il y avait si peu de médecins, ainsi lors d’un débat en 1934, un parlementaire de Nong Khai signalait qu’il n’existait qu’un seul médecin dans sa province de 800.000 personnes. On estima que seulement 500 médecins pratiquaient dans tout le royaume de 12 millions d’habitants et encore étaient-ils concentrés dans la capitale. Dans ces conditions, on ne sera pas étonné d’apprendre que beaucoup de jeunes enfants ne passaient pas l’année. (Env. 100 pour 1000 à la fin des années 30). La médecine « moderne » n’était évidemment accessible qu’aux riches élites.

 

De plus, les routes demeuraient peu praticables et le réseau ferré était peu étendu. La première ligne Bangkok /Ayutthaya fut inauguré en 1897 ; Korat en 1900 ; Lopburi en 1901 ; Paknampo, Nakhon Sawan en 1905 ; Au Sud, Petchburi en 1903 ; Chumpon en 1916 ; Sungai en 1921 ; Au Nord, Phitsalunok en 1908 ; Lampang en 1916 : Et Chiang Mai en 1922 ; Au Nord-Est, la ligne Korat/Nong Khaï commença en 1929 pour finir en 1941. Certes progressivement, cela modifia  les communications, alors qu’il fallait 2 semaines auparavant depuis Bangkok pour atteindre Khorat, 42 jours pour atteindre Chiang Mai ; 65 jours pour Luang Prabang.

 

Mais ce réseau laissait encore beaucoup  de régions isolés, qui l’étaient davantage –on s’en doute – à la saison des pluies. Les paysans ne connaissaient même pas leur province et vivaient en autonomie dans leurs villages, ayant peu ou pas de véhicules. (En 1937, la province  de Mahasarakam par exemple n’avait encore que 9 véhicules.) Autant dire, citant un juge et député de Sakhon Nakon, qu’il faudra longtemps avant que la démocratie ait un visage pour les fermiers, et qu’une prise de conscience démocratique puisse avoir  lieu.

 

L’élite par contre, nous dit Arjun, en donnant l’exemple du  prince Purachatra (บุรฉัตร) un des fils du roi Chulalongkorn, était très enthousiaste à la technologie moderne et désirait l’introduire au Siam le plus rapidement possible. Ainsi le Prince n’hésita pas à prendre la direction des chemins de fer, puis en 1928 à diriger le ministère du commerce et des communications ; mais enfin dit-il, les princes voyageaient plus en touristes qu’en véritables entrepreneurs, et plus pour paraître « moderne » que pour réellement développer le pays.

 

Un Siam morcelé, du Nord au Sud.

 

Ensuite Arjun, montre les obstacles et les difficultés que l’Etat (et Bangkok) a dû rencontrer pour contrôler de nombreuses provinces. Il prend pour exemple  la province de Chiang Mai, qui a été en partie jusqu’au début du XXème siècle, un pays Shan. Il rappelle la révolte Shan au début du XXème siécle à Phrae, alors que certains futurs leaders du Parti du peuple étaient enfants. Une province d’autant plus particulière qu’une partie de son économie avec le teck était sous la coupe des Anglais et Indiens et rattachée au commerce mondial, et cela dès 1880. Le département de la Forêt créé en 1896 fut d’ailleurs sous la domination étrangère jusqu’en 1952. Un autre signe d’extraterritorialité fut marqué par la monnaie indienne et birmane qui circulait principalement dans la région. Une note signale qu’il faudra attendre la fin de la deuxième guerre mondiale pour voir apparaître des vrais changements quand on pense par exemple que la 1ère école gouvernementale fut construite en 1938 à Chiang Rai.

 

Autant dire que la province ne vivait pas au temps de Bangkok et n’était pas intégrée à l’Etat siamois, fort d’ailleurs d’une histoire culturelle propre, et des multiples minorités qui la peuplaient. Kaeo, un supporter enthousiaste au nouveau régime signalait ce fait dans une longue lettre au gouvernement en 1934, en précisant qu’à Mae Hong Son par exemple, que  sur 55.000 habitants, 28.000 étaient composés de minorités, des Ngiao (Shan ou Thai yai) principalement. L’intégration était d’autant plus difficile, rajoutait-il, que les moines voulaient conserver leur monopole et que les gens fuyaient en Birmanie quand l’action publique voulait sévir, et que beaucoup d’entre eux pratiquaient le nomadisme. A cela, il fallait encore ajouter les difficiles communications : 3 à 5 semaines pour aller à Bangkok ; et pas de télégraphe, ni de poste.

 

Il en était de même au Sud.

 

Les provinces du Sud étaient aussi fort différentes, culturellement et économiquement, et loin de Bangkok. Ainsi l’île de Phuket, qui au XIXème siècle avait été transformée en une vaste mine, dominée et gérée par le capital et la main d’œuvre chinoises, dans  de terribles conditions d’exploitation. Bangkok se contentait de prendre des conseillers étrangers pour superviser et pour prélever des taxes. Il  trouva même plus simple d’anoblir des grands entrepreneurs chinois, dont certains devinrent même des gouverneurs. De plus, le gouvernement thaï ne chercha pas à développer le processus de raffinage et laissa  la production envoyée en Malaisie alors dominée par les Anglais. En 1930, 90 % de l’étain étaient exportés dans la Malaisie britannique.

 

 Toutefois au début du XXème siècle, une fois les mines épuisées, de nombreux Chinois quittèrent l’île. De 40 à 50.000 en 1884, ils n’étaient plus que 12.000, 15 ans plus tard ; pour atteindre 24.600 en 1919 et 16.000 en 1929 sur une population de 242.000 habitants dans la Province.

 

Quoi qu’il en soit Arjun signale qu’un fonctionnaire gouvernemental avait écrit en 1934 qu’il n’avait pas le sentiment d’être au Siam, tant par les produits étrangers vendus, que par toutes les langues qui y étaient parlées. De plus, les écoles chinoises n’enseignaient pas le thaï et l’élite chinoise envoyait ses enfants suivre le secondaire à Penang et Singapour. Dans tout le sud, le commerce se faisait sud-sud et peu avec Bangkok, le fret étant moins cher par bateau ; la monnaie était principalement anglaise et mexicaine. Il faudra attendre 1932, pour que commence la construction de routes pour mieux contrôler le pays. En attendant, Singapour demeurait le centre culturel et commercial de la Région et absorbait 37 % des produits thaïs et 46 % des importations thaïes provenaient des colonies britanniques.

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Il en ressort qu’ il faut prendre conscience de ce qu’était le Siam avant 1932, pour mesurer que le nouvel ordre dit « démocratique » du Parti du peuple sera quelque peu limité et cela : 

 

  • Parce qu’il ne faut pas confondre l’élite de Bangkok et la plaine centrale avec le reste du pays, avec ses provinces éloignées du centre, plutôt autonomes, dans leur culture, leur langue, leur économie, et leurs particularités historiques quant-à la présence dominante des capitaux et des technologies étrangères (surtout anglaises) au Nord et au Sud, et la présence des Chinois dans certaines industries d’extraction (à Phuket par exemple) et dans le commerce du riz et dans les prêts aux paysans.
  • Parce que le pays était composé de provinces isolées, faute de routes ou de routes peu praticables et interrompues en saison de pluies, et de communications (Peu de télégraphe), d’éducation, de langue commune …
  • Parce que le nouveau régime a voulu imposer la démocratie sur le même modèle culturel despotique royal, et que sous le prétexte de la démocratie et de l’égalité, il a installé une nouvelle élite qui a voulu remplacer l’ancienne élite.

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Arjun va donc revenir ensuite sur la stratégie de la monarchie royale pour soutenir l’élite.

 

Auparavant,  le temple assurait une éducation et apprenait aussi à respecter la hiérarchie sociale installée. Quand l’Etat se mit à développer une éducation moderne, il développa surtout les  enseignements qui servaient son pouvoir et sa sécurité (et donc surtout l’armée et le ministère de l’intérieur) ; en cela, dit Arjun, il était analogue aux empires coloniaux, pensant à leurs intérêts.

 

Et Arjun de citer les écoles créées par Chulalongkorn pour former l’élite royale : Suan Kulap (1880), l’Académie militaire des cadets (1887), l’Ecole de droit (1896), le Collège royal  Ratchawitthayalai (1897), l’Ecole des Pages royaux (1899) … On ne va pas refaire ici l’histoire due l’éducation au Siam, ce qu’il ne fait d’ailleurs pas (Traité par ailleurs in notre article 147), mais on se doute qu’il fallut bien des décennies pour que cet enseignement de base primaire ait un effet dans les campagnes, après la création de l’éducation nationale en 1921 et qu’il se fit toujours dans le respect du pouvoir royal et de ses représentants. L’élite pouvait accéder aux filières publiques et privées du système du secondaire et des grandes écoles, sans oublier la formation complémentaire à l’étranger, quand ce ne fut pas toute leur formation comme Rama VI par exemple. Rappelons  quand même, que 1.300 écoles furent construites entre 1923 et 1932 pour arriver à un total de 6.330 dans le royaume, alors qu’il n’y avait que 182 collèges, et très peu consacrés à l’enseignement de l’agriculture. Toutefois l’enseignement dispensé permit à la population de passer de 90%  d’illettrés en  1921 à 37 % en 1931.

 

Arjun  note ensuite que pendant l’ancien régime, l’économie n’était pas enseignée - le roi Vajiravudh (Rama VI) par exemple ne voyant pas son utilité -, ni – bien sûr - la politique. Même après 1932, seule une petite minorité sera apte à parler de politique.

 

L’éducation du peuple ?

 

Evidemment le nouveau régime déclarera que tout le peuple avait droit à l’éducation et la constitution de 1932 indiquera qu’elle était une nécessité pour que le peuple puisse voter. Elle précisera qu’un vote national ne pourra être effectué que lorsque la moitié de la population aura atteint une éducation de base. Pour ce faire, le gouvernement dut avoir recours aux fonctionnaires de l’ancien régime et fit appel à l’expert Thammasakmontri qui lui proposa un plan en août 1932 pour passer du grade 1 au grade 4, et de permettre à tous les enfants de suivre deux années de scolarité. Il y en eut d’autres (1935 et 1938), mais de nombreux observateurs signalèrent au gouvernement que le budget était insuffisant surtout en Province pour donner un enseignement digne de ce nom à tout le monde. Le nombre d’écoles doubla quand même entre 1930 et 1939 pour atteindre 11.500 établissements pendant que les élèves passaient de 678.000 à 1, 45 million et les instituteurs de 14.000 à 32.000.

 

L’effort était peut être conséquent, mais laissait de nombreux élèves en dehors. En 1934, le ministère estimait que sur 1,75 million devant suivre l’école primaire, 1 million devait attendre, et moins de 45.000 étaient au secondaire ;  ce qui renvoyait à beaucoup plus tard, le projet gouvernemental d’éduquer la moitié de la population. Encore en 1939, le  Prince Rajadapisek Sonakul, qui était à la tête du ministère du département de la recherche, avait estimé que seulement 5.400 élèves avaient atteint le dernier niveau du secondaire (mathayom six), et encore on peut se douter que la majorité était à Bangkok. Ainsi en 1939, Bangkok avait 27.000 élèves dans le secondaire (62 % du royaume) enseignés par 1.650 instituteurs ; A titre de comparaison, à Ubon Rajathani, dans les années 30, 66 instituteurs enseignaient 1.950 élèves dans le secondaire.

 

De nombreux observateurs avaient de plus remarqué que les conditions d’enseignement étaient déplorables (classes surchargées, peu de livres scolaires, pas de matériel, de sanitaires, d’hygiène), et que souvent on utilisait les salas des temples, qui étaient repris lors des prières ou des cérémonies des moines.

 

Il fallut attendre 1937 pour que le gouvernement puisse diffuser les nouveaux programmes avec les nouvelles valeurs du nouveau régime (droits et devoirs du citoyen, la constitution, le parlement, l’élection, l’importance des fêtes nationales, etc.) si bien que la série des vieux manuels Thammacariya de Thammasakmontri fut longtemps utilisée.

 

Ces nouveaux programmes ne critiquaient d’ailleurs pas la monarchie, ils la présentaient comme une monarchie sous la loi et la souveraineté du peuple. Ils expliquaient comment le peuple devait évaluer et choisir ses représentants, attachés au bien commun, mais la morale et les « bonnes manières » demeuraient les mêmes que celles des  vieux manuels Thammacariya. On parlait certes de démocratie mais sans apprendre à en discuter ou à développer son esprit critique. Pour l’essentiel, on était encore dans le cadre ancien, surtout avec les vieux cadres de l’éducation qui étaient demeurés à leur poste. En 1933, il y eut pourtant des protestations signées par des enseignants citant nommément les « coupables », mais nul ne fut inquiété par le Parti et le gouvernement. (Arjun donne des exemples)

 

Et puis la plupart des instituteurs étaient jeunes et avaient une formation insuffisante. On pouvait enseigner à 15 ans et avec seulement 3 ans de primaire et après avoir obtenu un certificat (mais peu l’avait). Pour le secondaire, il fallait avoir 20 ans et avoir obtenu le 6ème grade (Fin du secondaire).  Ceux qui étaient en mesure d’insuffler les nouvelles idées « démocratiques » comme l’ascension sociale par le mérite et non par la naissance – si souvent répétés au sein du Parti du Peuple -  buttaient contre la hiérarchie et la déférence due à l’Autorité.

 

Si bien que l’on peut penser, après avoir pris conscience de tous ces obstacles, que l’idéologie démocratique que le gouvernement voulait promouvoir par l’école n’était qu’une propagande qui servait surtout les intérêts politiques du Parti du Peuple, qui chacun sait, comportait peu d’adhérents.

 

La radio ne modifia pas réellement  l’état d’esprit du peuple.

 

La radio apparaît à la fin des années 20 et le gouvernement « constitutionnel » le voit comme un  excellent moyen pour transmettre son idéologie dans un pays, où les voies de communication sont difficiles. Aussi, dès mai 1933, le prince Sakon Voravan dirige un bureau auprès du 1er ministre, qui deviendra un département avec 20 personnes en 1934, qui sera chargé de promouvoir les nouvelles idées démocratiques, et sa propagande. Le plan initial est écrit par Issaraphakdi en 1933, sur le modèle nazi de propagande dirigé par Goebbels.

 

Mais, comme pour les livres, les radios seront surtout concentrées dans la capitale. On estime leur nombre à 16.000 en 1933, et 25.000 l’année suivante, mais  seulement 2,5 % sont en province. La division radio proposera d’en acheter pour les écoles et de faire des programmes pour les instituteurs. Mais plusieurs officiels de Province déploreront leur prix trop chers et le gouverneur de Chumphon en 1933 par exemple,  avouera même que les instituteurs ne comprenaient pas trop les programmes transmis, surtout que les transmissions n’étaient pas bonnes. Arjun nous dit que les programmes dans les stations provinciales concernaient surtout la santé, l’histoire provinciale, la religion, la morale, les sports et les divertissements comme la musique ou la photo. Seuls certains représentants du gouvernement pouvaient aborder des questions politiques. Au milieu des années 30, on vit le département des arts y organiser des débats publics. Mais on n’y permettait pas des critiques gouvernementales. Seuls certains journaux osaient le faire.

 

Arjun donne des exemples où certains députés avaient beaucoup de difficultés pour expliquer certaines lois du gouvernement, à la fois parce que le peuple avait peu d’instructions, et aussi parce que la majorité ne comprenait pas la nouvelle idéologie. Il faut dire qu’avant 1932, aucun paysan n’avait eu une fonction dans l’administration et qu’il ne devait pas être facile pour les intervenants d’expliquer la constitution comme par exemple  la notion d’égalité dans une société qui sortait à peine de l’esclavage. (Arjun n’évoque pas l’esclavage). Des comités sillonnaient les provinces en saison sèche. Des spectacles étaient organisés, la constitution distribuée avec la photo du roi, mais l’ensemble avait eu peu d’impact.

 

A la fin des années 30, la constitution était devenue un mythe, et relevait du sacré comme le roi et la religion. La démocratie pour la majorité du peuple demeurait un mot vide de sens. C’est pourquoi Arjun va conclure avec ce titre :

 

La révolution incomplète.

 

Avant 1932, le pouvoir royal était absolu, après 1932, une nouvelle classe de fonctionnaires (il dit bureaucrates) et de militaires vont s’affronter pour contrôler les affaires de l’Etat. Mais il ne faut pas occulter, dans le même temps,  la naissance d’une classe moyenne.

 

Arjun finira en rappelant les rôles joués par les rois Mongkut (r. 1851-1868), Chulalongkorn (1868-1910) et Vajiravudh (1910-1925) qui, ouverts aux nouvelles idées modernes, au libéralisme,  à l’Etat nation, pour réformer le pays, n’étaient  pas allés jusqu’à remettre en cause leur pouvoir absolu.

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Bref, Arjun a voulu montré les limites de la « révolution » politique de 1932, qui a surtout « profité » à une nouvelle classe de fonctionnaires et de militaires, qui loin d’installer la démocratie, s’est intégré à l’ordre royal ancien, pour diriger le pays.

 

Une révolution « incomplète » qui a peu touché les conditions de vie du peuple durant cette période, dans un pays qui était néanmoins en train de changer pas à pas, avec l’éducation qui commençait à arriver aux villages, l’amélioration des communications, du moins entre les villes, et l’apparition d’une nouvelle classe moyenne éduquée, dont certains provenaient des provinces.

 

 Arjun a aussi rappelé qu’il ne fallait pas limiter le Siam à Bangkok, et que le royaume était composé de multiples provinces, avec leurs histoires, leurs langues, leur économie, leurs spécificités, et dont la culture, les idées étaient fort loin de ceux que les politiques leur prêtaient.

 

 Il y avait bien, dans les années 30, plusieurs Siam, et plusieurs classes sociales dont les intérêts divergeaient, et il ne fallait pas oublier que le peuple, c’est-à-dire 90 % de la population, étaient avant tout des paysans pauvres.  

 

PS. La seconde partie de la thèse « L’extérieur et la Sangha et le défi régional ; Fiction et conscience sociale ; La science salvifique et le bouddhisme cosmopolitain dans les années  1930 », n’a pas ici été prise en compte.

 

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