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  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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21 novembre 2015 6 21 /11 /novembre /2015 18:05
A198 – LA RÉVOLTE DES TRAVAILLEURS THAÏS DU « CHEMIN DE FER DE LA MORT » DANS LE VILLAGE DE BAN PONG EN 1942.

Le contexte :

 

Tous les voyageurs connaissent – et un sur cinq paraît-il le visite – le célèbre « Pont de la rivière Kwaï » (en réalité kwènoï แควน้อย « le petit affluent ») immortalisé par le film du même nom réalisé en 1957 par David Lean basé sur le roman de Pierre Boulle écrit en 1952 (1). Le pont qui existe aujourd'hui est situé à Tha Makham (ท่ามะคาม), à environ cinq kilomètres de la ville de Kanchanaburi et à 40 kilomètres environ en amont sur la voie ferrée du village de Ban Pong (บ้านโป่ง) dont nous allons parler où se trouvait également un des nombreux camps de prisonniers de guerre.

A198 – LA RÉVOLTE DES TRAVAILLEURS THAÏS DU « CHEMIN DE FER DE LA MORT » DANS LE VILLAGE DE BAN PONG EN 1942.

Rappelons rapidement que les Japonais vainqueurs des Russes en 1904 et des Allemands en 1918, avaient alors traité humainement leurs prisonniers de guerre. Mais le Japon refusa de ratifier la Convention de Genève du 27 juillet 1929 au motif qu’elle impliquait que les prisonniers de guerre seraient mieux traités que leurs propres militaires. La militarisation grandissante et les poussées de nationalisme des années 1920 - 1930 changèrent complètement le comportement des militaires japonais. C’est une nouvelle interprétation du code du guerrier samouraï, le  Bushido. 

A198 – LA RÉVOLTE DES TRAVAILLEURS THAÏS DU « CHEMIN DE FER DE LA MORT » DANS LE VILLAGE DE BAN PONG EN 1942.

Les prisonniers n’ont aucun droit, sauf celui de travailler et de mourir pour l'empereur. Les officiers supérieurs ne s’abaissent pas à la surveillance des prisonniers, la tâche est confiée aux soldats incapables de se battre et souvent aux Coréens devenus sujets japonais, espèces de gardes-chiourme heureux de compenser leur frustration sur les prisonniers. Dès le début de la guerre, les Japonais connurent de fulgurantes victoires qui les surprirent, mal préparés en tous cas et submergés par le nombre d’ennemis qui se rendirent notamment à Singapour (la « forteresse imprenable » tombée en février 1942 en 8 jours) et dans les Indes néerlandaises (tombées en mars 1942), anglais, hollandais et indonésiens, indiens, malais mobilisés. Ils furent affectés à la construction de la ligne de chemin de fer devant relier la Thaïlande à la Birmanie (2). Mais cette main d’œuvre forcée s’avéra vite insuffisante et il fallut recourir à une main d’œuvre civile asiatique, les « romusha » (tout simplement des travailleurs forcés) avec des promesses de salaires élevés et de bonnes conditions de vie. Des familles entières écoutèrent le chant des sirènes, Hokkien chinois, Tamouls, Birmans, Thaïlandais, Vietnamiens, combien, on l’ignore, se retrouvèrent sans droits, sans salaire, sans médicaments et sans nourriture.

A198 – LA RÉVOLTE DES TRAVAILLEURS THAÏS DU « CHEMIN DE FER DE LA MORT » DANS LE VILLAGE DE BAN PONG EN 1942.

Ils reposent dans des tombes anonymes, peut-être 100.000 ? Des charniers sont découverts de temps à l’autre à l’occasion de travaux agricoles aux environs des anciens camps de prisonniers – il n’y a pas eu seulement celui que l’on continue à visiter. 

A198 – LA RÉVOLTE DES TRAVAILLEURS THAÏS DU « CHEMIN DE FER DE LA MORT » DANS LE VILLAGE DE BAN PONG EN 1942.

Ils sont les oubliés de l’histoire, peu d’ouvrages nous paraissent leur avoir été consacré (3).

 

L’ « incident » de Banpong (วิกฤตการณ์บ้านโป่ง) : en réalité une révolte

 

Les prisonniers arrivèrent de Singapour jusqu’au camp de Ban Pong (บ้านโป่ง) dans un voyage en train de cinq ou six jours. Les survivants furent affectés à la construction d'un camp à proximité de Nong Pladuk (นองปลาดุก), celui que l’on visite, tandis que des entrepreneurs thaïlandais avec de la main d’œuvre locale étaient chargés de la liaison ferroviaire entre Ban Pong à Thamakham (ท่ามะคาม) à l’emplacement du pont actuel (4). 

A198 – LA RÉVOLTE DES TRAVAILLEURS THAÏS DU « CHEMIN DE FER DE LA MORT » DANS LE VILLAGE DE BAN PONG EN 1942.

Mais ils constatèrent rapidement qu'ils ne pourraient pas maintenir les travailleurs thaïs très longtemps en raison des mauvais traitements par les Japonais entraînant de nombreuses fuites. Des prisonniers alliés détenus dans un camp situé à proximité ont témoigné des mauvais traitements subis par les Thaïs, battus pour la lenteur de leur travail ou tout simplement ne pas comprendre les ordres donnés en japonais. Les témoignages divergent sur les tortures et l'exécution de Thaïs soupçonnés d'avoir aidé les alliés.

 

Nous sommes en décembre 1942, la construction avait en plus été ralentie par les intempéries d’automne et peut être aussi par une résistance passive, seulement 13 kilomètres de voie avaient été réalisés (5). La tension entre les Japonais, les travailleurs thaïs et la population dont ils se méfiaient est vive. Le lieutenant de police thaï, Srisuk Mahinthorathep (ศรีสุข มหินทรเทพ) (cité par Reynolds) (6) ...

A198 – LA RÉVOLTE DES TRAVAILLEURS THAÏS DU « CHEMIN DE FER DE LA MORT » DANS LE VILLAGE DE BAN PONG EN 1942.

... rappela que la Kenpeitei (l’équivalent japonais de la Gestapo) voulut procéder à des arrestations de thaïs sans respecter la loi locale et que les japonais voulurent en outre prendre le contrôle de l’amphœ en entier au détriment des autorités civiles locales.

A198 – LA RÉVOLTE DES TRAVAILLEURS THAÏS DU « CHEMIN DE FER DE LA MORT » DANS LE VILLAGE DE BAN PONG EN 1942.

Ce qui est qualifié d’ « incident » (et de « crise » - วิกฤตการณ์ – par les Thaïs)  éclate le 18 décembre à la suite de mauvais traitements infligés par un Japonais à un moine : une sentinelle aurait giflé ce moine qui se serait trouvé dans une zone interdite aux civils, probablement pour donner des cigarettes à des prisonniers alliés. La population se déchaine et le japonais est tué à coups de bâton. Ses camarades demandent de l’aide. C’est le chaos. Le commandant thaï et le commandant japonais demandent alors l’aide de la Kempeitai pour rétablir l’ordre. En vain. Plusieurs centaines de manifestants massacrent alors au moins deux autres japonais. Srisuk, à la tête de la police, prend peur et redoute une intervention japonaise « musclée ». Il déploie alors trente hommes armés de fusils et deux mitrailleuses autour de ses bâtiments. 

A198 – LA RÉVOLTE DES TRAVAILLEURS THAÏS DU « CHEMIN DE FER DE LA MORT » DANS LE VILLAGE DE BAN PONG EN 1942.

Ils voient passer plusieurs camions de japonais armés se dirigeant en direction de Kanchanaburi. Mais un camion noir ralentit chargé de vingt hommes en armes qui se place devant le poste de police. Selon Srisuk, les japonais ont ouvert le feu. Les Japonais prétendent qu’ils se sont contentés de répondre aux tirs dont ils faisaient l’objet. Selon une enquête ultérieure, c’est probablement un thaï nerveux qui a ouvert le feu sur un japonais descendu du véhicule ? Les tirs continuent plusieurs minutes jusqu’à l’arrivée des officiels thaïs et du commandant japonais. Il y eut quatre morts japonais dont un médecin militaire et quatre blessés graves mais apparement aucune victime recensée chez les thaïs sinon des blessés ?

 

Les incidents vont continuer les jours suivant, la population détruisit un kilomètre ou deux de voie ferrée, des japonais isolés seront attaqués par des thaïs armés de gourdins et les femmes leur jetteront des pierres. Un déploiement de forces japonaises ramène le calme mais l’ambiance reste pesante. Mais, nous dit Reynolds, les détails divergent selon les sources, même la date est incertaine.

A198 – LA RÉVOLTE DES TRAVAILLEURS THAÏS DU « CHEMIN DE FER DE LA MORT » DANS LE VILLAGE DE BAN PONG EN 1942.

Un étrange compromis

 

On pouvait s’attendre à une réaction nippone du genre de Lidice ou d’Oradour ?

A198 – LA RÉVOLTE DES TRAVAILLEURS THAÏS DU « CHEMIN DE FER DE LA MORT » DANS LE VILLAGE DE BAN PONG EN 1942.

Il faut probablement louer les talents diplomatiques du maréchal Plaek Phibun Songkram. Les Japonais, sans parler de punition collective, exigèrent d’abord de lui l’exécution des « criminels » y compris le moine qu’ils accusaient d’avoir été le meneur des attaques, le transfert des policiers, le versement d’une indemnité de 20.000 bahts pour chaque mort, de 3.000 pour chaque soldat blessé, des excuses formelles et un durcissement des sanctions à l’égard de toute attitude « anti japonaise ». On allait droit au mur.

 

Mais l’ « incident » avait servi de sérieux avertissement à Tokyo sur la possibilité de graves incidents en Thaïlande. Le commandement militaire de Bangkok va être changé, c’est le général Nakamura Aketo qui est nommé, c’est un ami de l’amiral Tojo mais surtout un diplomate de formation. 

A198 – LA RÉVOLTE DES TRAVAILLEURS THAÏS DU « CHEMIN DE FER DE LA MORT » DANS LE VILLAGE DE BAN PONG EN 1942.

Sa capacité à comprendre la perspective thaïe, combinée avec sa personnalité affable, va considérablement contribuer à améliorer les relations nippo-thaïlandaise. Contrairement à ses collègues arrogants et brutaux, il a laissé le souvenir d’un homme à la nature chaleureuse et serviable. Après de longues discussions, Nakamura, convint que les réparations pécuniaires devraient être réciproques : des Thaïs avaient été tués lors de l'invasion initiale de de la Thaïlande, ce qui compensait les pertes des Japonais à Ban Pong. Pour tenter de désamorcer la situation, Nakamura prit d'autres mesures : Il fit ouvrir des bordels pour l'armée japonaise ce qui laisse à penser que les militaires prenaient quelques liberté avec les femmes locales.

A198 – LA RÉVOLTE DES TRAVAILLEURS THAÏS DU « CHEMIN DE FER DE LA MORT » DANS LE VILLAGE DE BAN PONG EN 1942.
Il fit diffuser une brochure à l’attention de ses troupes sur la façon de se comporter en Thaïlande en en respectant les coutumes comme par exemple ne pas pisser en public ou ne pas se montrer nu en public par exemple en se baignant. Cette prise de position plus conciliante survint aussi à un moment où la marée commençait à se retourner contre le Japon, ce que beaucoup au sein du gouvernement thaïlandais reconnaissaient. 

 

Les travaux sur le chemin de fer purent reprendre, les travailleurs furent remplacés par des « romushas » tamouls qui n’avaient aucune protection à attendre de la loi thaïlandaise et aucun secours à espérer de la population locale.

A198 – LA RÉVOLTE DES TRAVAILLEURS THAÏS DU « CHEMIN DE FER DE LA MORT » DANS LE VILLAGE DE BAN PONG EN 1942.

Il est difficile de savoir combien de Thaïs ont péri dans la construction de la ligne de chemin de fer car s’il ne faut pas oublier les résistants, il ne faut pas non plus oublier les morts. De temps à autre, à l’occasion de labours, des charniers sont découverts par des paysans. Les Japonais eurent devant eux deux semaines pour brûler les documents relatifs à la construction du chemin de fer avant que les forces alliées occupent la Thaïlande. Le général Mac Arthur avait interdit tout mouvement des forces de Mountbatten depuis Ceylan en Asie du Sud-Est jusqu'à ce qu'il ait organisé la mise en scène mégalomane des cérémonies de son triomphe personnel, la reddition spectaculaire à bord d'un navire dans la baie de Tokyo (7). 

A198 – LA RÉVOLTE DES TRAVAILLEURS THAÏS DU « CHEMIN DE FER DE LA MORT » DANS LE VILLAGE DE BAN PONG EN 1942.

Pendant les deux semaines qui suivirent selon les témoins thaïlandais, de la fumée provenant de la combustion de documents pouvait être vue tout au long des camps de chemin de fer. Les Japonais reconnurent aux soldats alliés qu'ils avaient détruit tous les documents relatifs aux travailleurs asiatiques. Leur gouvernement n’avait pas non plus ratifié la Convention de Genève concernant les prisonniers de guerre et signé aucun traité concernant les travailleurs civils. La question de cette main-d’œuvre civile était, par conséquent, considérée comme une question interne, le Japon n’étant pas lié par des traités. Pour ces travailleurs asiatiques, la situation était pire que celle des prisonniers alliés. Beaucoup savaient à peine lire et étaient évidemment incapables de parler anglais ou japonais alors que les prisonniers alliés ont réussi à maintenir leur propre structure militaire dans les camps : ils n’étaient pas séparés de leurs amis, les officiers réglaient la discipline et l'hygiène du camp et, bien sûr, ils avaient leurs propres médecins militaires. Cette structure permis d’enregistrer les circonstances de la mort et de l'enterrement de presque chaque prisonnier. Mais il n'y eut pas de tombes pour les travailleurs asiatiques décédés; ils étaient juste enterrés où ils sont morts et oubliés.

 

 

A198 – LA RÉVOLTE DES TRAVAILLEURS THAÏS DU « CHEMIN DE FER DE LA MORT » DANS LE VILLAGE DE BAN PONG EN 1942.

Aucune tombe mais aucun monument non plus à une seule exception paradoxale, le monument érigé par l'armée japonaise à l’achèvement du chemin de fer en mars 1944, près du pont rendu célèbre par le film. Il n’est pas particulièrement attrayant étant faite de béton brut, mais il est en tous cas le seul. Le pilier central du monument est entouré de petites structures, chacun portant une inscription dans une autre langue : anglais, thaïlandais, chinois, malais, indonésien, tamoul et vietnamien. Une plaque détruite par les bombardements alliés n'a jamais été remplacée et était probablement en birman. Ces inscriptions manifestent les remerciements de S.M. l’empereur du Japon à l’égard de tous les ouvriers morts lors de la construction du chemin de fer (8). Les Japonais morts à Ban Pong victimes de la colère des villageois, ont leur monument, un stupa qui porte l’inscription (en thaï) « à la mémoire des soldats japonais qui ont perdu la vie dans l’amphoe de Ban Pong, province de Rachaburi, au cours de la seconde guerre mondiale, 1941 – 1943, édifié en 1991 » (dans la chapelle du Wat Dom Tum).

 

A198 – LA RÉVOLTE DES TRAVAILLEURS THAÏS DU « CHEMIN DE FER DE LA MORT » DANS LE VILLAGE DE BAN PONG EN 1942.

L’histoire officielle ne retient que le mouvement des « free thais » qui a pour l’essentiel « géré » la résistance depuis ses salons de Londres et de New-York sans avoir - apparemment du moins – accompli la moindre action sur le terrain (9)

A198 – LA RÉVOLTE DES TRAVAILLEURS THAÏS DU « CHEMIN DE FER DE LA MORT » DANS LE VILLAGE DE BAN PONG EN 1942.

Notes

 

(1) Le film a fait l’objet de critiques acerbes, de la part (notamment) d’anciens prisonniers anglais prétendant qu’il sous-estime les mauvais traitements dont ils furent l’objet. Il mélange évidemment la réalité et la fiction en présentant le lieutenant-colonel Nicholson, bénéficiant de l’interprétation somptueuse d’Alec Guiness, comme un magnifique exemple d'officier qui a mis en avant les intérêts de ses hommes mais n'a jamais oublié son devoir envers son pays, l'armée et son roi. 

Ce sont d’injustes critiques puisque c’est oublier que Pierre Boulle avait « payé pour voir » : technicien dans une plantation de caoutchouc en Malaisie, il rejoint les Français Libres à Singapour lors de la chute de la France en 1940, pour participer à la résistance en Indochine, en Birmanie et en Chine. Après un périple mouvementé pour échapper aux poursuites des japonais, il est capturé par les forces fidèles à Vichy, livré aux Japonais et connait un emprisonnement dans des conditions difficiles et plus encore. Si « Le pont de la rivière Kwaï » est un roman, les souvenirs de l’auteur (« Aux sources de la rivière Kwaï » publié en 1966) est un livre de souvenirs, ceux d’un homme qui connaît bien les lieux et qui a connu d’expérience les conditions de détention exceptionnellement mauvaises des prisonniers de guerre des Japonais.
A198 – LA RÉVOLTE DES TRAVAILLEURS THAÏS DU « CHEMIN DE FER DE LA MORT » DANS LE VILLAGE DE BAN PONG EN 1942.

(2) Il y eut une autre ligne de chemin de fer également oubliée de l’histoire, celle devant traverser l’isthme de Kra, de Chumphon à Kawthung (à l’extrême pointe sud de la Birmanie, que certains persistent à appeler « Victoria Point ») où furent affectés quelques dizaines de milliers de Malais et de Tamouls dont un grand nombre périt du fait surtout des bombardements anglais.

A198 – LA RÉVOLTE DES TRAVAILLEURS THAÏS DU « CHEMIN DE FER DE LA MORT » DANS LE VILLAGE DE BAN PONG EN 1942.

(3) « Asian Labor in the Wartime Japanese Empire: Unknown Histories: Unknown Histories  » par Paul H. ùtoskam un auteur japonais - « The silenced voices of history: Asian workers on the Death Railway » (Les voix réduites au silence de l'histoire: les travailleurs asiatiques sur le chemin de fer de la mortin Third World Resurgence No. 278, October 2013, pp 44-47). On ne sait trop à puiser dans ces sources s’il y en eut 270.000 (estimation « basse » ou 1.000.000 estimation « haute ».

 

(4) Ban pong (บ้านโป่ง) est un amphoe qui comprend actuellement 15 tambons et 18.000 habitants situé, à 70 kilomètres à l’ouest de Bangkok, dans la province de Rachaburi. C’est aussi un nœud ferroviaire.

A198 – LA RÉVOLTE DES TRAVAILLEURS THAÏS DU « CHEMIN DE FER DE LA MORT » DANS LE VILLAGE DE BAN PONG EN 1942.

(5) La description la plus précise de cet « incident » est celle de Bruce Reynolds « Thailand and Japan’s southern advance » 1994.

 

(6) Il termina sa carrière policière comme chef de la police à Bangkok en 1975.

 

(7) Il souhaitait probablement faire oublier sa totale incurie lors de l’attaque de Pearl-Harbour consécutif à son refus de respecter les ordres du général George Marshall, et d'exécuter par anticipation le plan de guerre existant, appelé plan orange, destiné à affronter une attaque de l'Empire du Japon. N’épiloguons pas sur ce personnage aussi contestable que contesté.

A198 – LA RÉVOLTE DES TRAVAILLEURS THAÏS DU « CHEMIN DE FER DE LA MORT » DANS LE VILLAGE DE BAN PONG EN 1942.

(8) Ce monument existait encore en 2000 et semble – politiquement incorrect – avoir été remplacé ce jour ?

A198 – LA RÉVOLTE DES TRAVAILLEURS THAÏS DU « CHEMIN DE FER DE LA MORT » DANS LE VILLAGE DE BAN PONG EN 1942.

(9) Voir en particulier nos articles 202 « La résistance des Thaïlandais et des Free Thai pendant la seconde guerre mondiale » et 203 « Tiang Sirikhan, le guerrier de Phupan » …..

Mais les anciens du village se souviennent .................

 

Il fit diffuser une brochure à l’attention de ses troupes sur la façon de se comporter en Thaïlande en en respectant les coutumes comme par exemple ne pas pisser en public ou ne pas se montrer nu en public par exemple en se baignant. Cette prise de position plus conciliante survint aussi à un moment où la marée commençait à se retourner contre le Japon, ce que beaucoup au sein du gouvernement thaïlandais reconnaissaient. 

 

Les travaux sur le chemin de fer purent reprendre, les travailleurs furent remplacés par des « romushas » tamouls qui n’avaient aucune protection à attendre de la loi thaïlandaise et aucun secours à espérer de la population locale.

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Il est difficile de savoir combien de Thaïs ont péri dans la construction de la ligne de chemin de fer car s’il ne faut pas oublier les résistants, il ne faut pas non plus oublier les morts. De temps à autre, à l’occasion de labours, des charniers sont découverts par des paysans. Les Japonais eurent devant eux deux semaines pour brûler les documents relatifs à la construction du chemin de fer avant que les forces alliées occupent la Thaïlande. Le général Mac Arthur avait interdit tout mouvement des forces de Mountbatten depuis Ceylan en Asie du Sud-Est jusqu'à ce qu'il ait organisé la mise en scène mégalomane des cérémonies de son triomphe personnel, la reddition spectaculaire à bord d'un navire dans la baie de Tokyo (7). Pendant les deux semaines qui suivirent selon les témoins thaïlandais, de la fumée provenant de la combustion de documents pouvait être vue tout au long des camps de chemin de fer. Les Japonais reconnurent aux soldats alliés qu'ils avaient détruit tous les documents relatifs aux travailleurs asiatiques. Leur gouvernement n’avait pas non plus ratifié la Convention de Genève concernant les prisonniers de guerre et signé aucun traité concernant les travailleurs civils. La question de cette main-d’œuvre civile était, par conséquent, considérée comme une question interne, le Japon n’étant pas lié par des traités. Pour ces travailleurs asiatiques, la situation était pire que celle des prisonniers alliés. Beaucoup savaient à peine lire et étaient évidemment incapables de parler anglais ou japonais alors que les prisonniers alliés ont réussi à maintenir leur propre structure militaire dans les camps : ils n’étaient pas séparés de leurs amis, les officiers réglaient la discipline et l'hygiène du camp et, bien sûr, ils avaient leurs propres médecins militaires. Cette structure permis d’enregistrer les circonstances de la mort et de l'enterrement de presque chaque prisonnier. Mais il n'y eut pas de tombes pour les travailleurs asiatiques décédés; ils étaient juste enterrés où ils sont morts et oubliés.

 

Aucune tombe mais aucun monument non plus à une seule exception paradoxale, le monument érigé par l'armée japonaise à l’achèvement du chemin de fer en mars 1944, près du pont rendu célèbre par le film. Il n’est pas particulièrement attrayant étant faite de béton brut, mais il est en tous cas le seul. Le pilier central du monument est entouré de petites structures, chacun portant une inscription dans une autre langue : anglais, thaïlandais, chinois, malais, indonésien, tamoul et vietnamien. Une plaque détruite par les bombardements alliés n'a jamais été remplacée et était probablement en birman. Ces inscriptions manifestent les remerciements de S.M. l’empereur du Japon à l’égard de tous les ouvriers morts lors de la construction du chemin de fer (8). Les Japonais morts à Ban Pong victimes de la colère des villageois, ont leur monument, un stupa qui porte l’inscription (en thaï) « à la mémoire des soldats japonais qui ont perdu la vie dans l’amphoe de Ban Pong, province de Rachaburi, au cours de la seconde guerre mondiale, 1941 – 1943, édifié en 1991 ».

L’histoire officielle ne retient que le mouvement des « free thais » qui a pour l’essentiel « géré » la résistance depuis ses salons de Londres et de New-York sans avoir - apparemment du moins – accompli la moindre action sur le terrain (9)

 

Notes

 

(1) Le film a fait l’objet de critiques acerbes, de la part (notamment) d’anciens prisonniers anglais prétendant qu’il sous-estime les mauvais traitements dont ils furent l’objet. Il mélange évidemment la réalité et la fiction en présentant le lieutenant-colonel Nicholson, bénéficiant de l’interprétation somptueuse d’Alec Guiness, comme un magnifique exemple d'officier qui a mis en avant les intérêts de ses hommes mais n'a jamais oublié son devoir envers son pays, l'armée et son roi. Ce sont d’injustes critiques puisque c’est oublier que Pierre Boulle avait « payé pour voir » : technicien dans une plantation de caoutchouc en Malaisie, il rejoint les Français Libres à Singapour lors de la chute de la France en 1940, pour participer à la résistance en Indochine, en Birmanie et en Chine. Après un périple mouvementé pour échapper aux poursuites des japonais, il est capturé par les forces fidèles à Vichy, livré aux Japonais et connait un emprisonnement dans des conditions difficiles et plus encore. Si « Le pont de la rivière Kwaï » est un roman, les souvenirs de l’auteur (« Aux sources de la rivière Kwaï » publié en 1966) est un livre de souvenirs, ceux d’un homme qui connaît bien les lieux et qui a connu d’expérience les conditions de détention exceptionnellement mauvaises des prisonniers de guerre des Japonais.

(2) Il y eut une autre ligne de chemin de fer également oubliée de l’histoire, celle devant traverser l’isthme de Kra, de Chumphon à Kawthung (à l’extrême pointe sud de la Birmanie, que certains persistent à appeler « Victoria Point ») où furent affectés quelques dizaines de milliers de Malais et de Tamouls dont un grand nombre périt du fait surtout des bombardements anglais.

(3) « Asian Labor in the Wartime Japanese Empire: Unknown Histories: Unknown Histories  » par Paul H. ùtoskam un auteur japonais - « The silenced voices of history: Asian workers on the Death Railway » (Les voix réduites au silence de l'histoire: les travailleurs asiatiques sur le chemin de fer de la mortin Third World Resurgence No. 278, October 2013, pp 44-47). On ne sait trop à puiser dans ces sources s’il y en eut 270.000 (estimation « basse » ou 1.000.000 estimation « haute ».

(4) Ban pong (บ้านโป่ง) est un amphoe qui comprend actuellement 15 tambons et 18.000 habitants situé, à 70 kilomètres à l’ouest de Bangkok, dans la province de Rachaburi. C’est aussi un nœud ferroviaire.

(5) La description la plus précise de cet « incident » est celle de Bruce Reynolds « Thailand and Japan’s southern advance » 1994.

(6) Il termina sa carrière policière comme chef de la police à Bangkok en 1975.

(7) Il souhaitait probablement faire oublier sa totale incurie lors de l’attaque de Pearl-Harbour consécutif à son refus de respecter les ordres du général George Marshall, et d'exécuter par anticipation le plan de guerre existant, appelé plan orange, destiné à affronter une attaque de l'Empire du Japon. N’épiloguons pas sur ce personnage aussi contestable que contesté.

(8) Ce monument existait encore en 2000 et semble – politiquement incorrect – avoir été remplacé ce jour ?

(9) Voir nos articles …..

 

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commentaires

pelegry 24/11/2015 08:47

Merci pour ce travail ,car il ne faut pas oublier !

grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-b 24/11/2015 23:26

... Ils sont bien oubliés !

Jacky 22/11/2015 07:01

Merci pour cet article historique très intéressant

grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-b 22/11/2015 08:16

... un épisode malheureusement peu connu ... ainsi écrit-on l'histoire !