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  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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2 décembre 2015 3 02 /12 /décembre /2015 18:55
A 201. DE L’USAGE DU TEMPS  EN THAÏLANDE.

 

Chaque civilisation, chaque société, a sa façon d’appréhender le temps ; le temps des mythes et du sacré,  le temps religieux, le temps historique et politique, le temps de la ville et du village, le temps des familles … dans lesquels chaque individu vit son temps propre, son temps au quotidien.

 

Chaque expatrié occidental peut en faire l’expérience en Thaïlande devant certains usages qui nous laissent parfois perplexes et déconcertés.

 

De l’usage de  deux systèmes horaires.

 

Ainsi, si la Thaïlande a adopté l’heure calculée à partir du UTC/GMT (UTC « temps universel coordonné » et GMT « Greenwich Mean Time »), soit l’heure UTC/GMT+7h, et l’utilise de façon officielle pour les horaires des moyens de communication, travail, commerce, etc ; la majorité des Thaïlandais n’emploie pas ce système horaire dans leur vie quotidienne.

A 201. DE L’USAGE DU TEMPS  EN THAÏLANDE.

Nous vous avions présenté ce système traditionnel reposant avant tout sur des constatations d’expérience* :

 

 « La latitude de la Thaïlande la situe entre tropique nord et équateur, la durée de la journée entre lever et coucher du soleil y est donc d’une remarquable constance, de 6 heures du matin (lever du soleil) à 6 heures du soir (son coucher) avec des décalages dans l’année, bien sûr, mais que représente ce décalage d’une heure sur une journée de travail aux champs ? (…) Ce sont ces constatations qui ont conduit les anciens siamois à :

• prendre pour point de départ de la journée l’heure du lever du soleil (environ 6 heures), et à créer une première fraction de temps entre le lever du soleil  et le milieu de la journée quand le soleil est au plus haut et culmine,

• à créer une nouvelle fraction de temps entre le milieu de la journée (midi) et le coucher du soleil (environ 18 h).

• De 18 heures à 6 heures (du matin), la période est elle-même divisée en deux sous périodes : 18 heures – milieu de la nuit puis milieu de la nuit – lever du soleil.

 

Quatre périodes de 6 heures donc reposant sur des phénomènes astronomiques visibles à l’œil nu. C’est tout simplement vivre avec la lumière. (…)

A 201. DE L’USAGE DU TEMPS  EN THAÏLANDE.

La journée traditionnelle est donc divisée en quatre périodes de six heures, qui correspondent aux phases de la rotation de notre planète, chaque plage horaire a un nom spécifique (…) Le matin, c’est tchaô. On aura donc hôk mông tchaô  six heures du matin (nung) mông tchaô  sept heures du matin, (le หนึ่ง nung est  le plus souvent omis). C'est le début de la journée.... Nous allons avoir un premier décalage déconcertant, puisque les heures sont décomptées à partir de 6 heures ! song  mông tchaô huit heures du matin ,« 2 heures du matin» ; sam mông tchaô  neuf heures du matin ,« 3  heures du matin »;sii mông tchaô  dix heures du matin, « 4  heures du matin »; ha mông tchaô onze heures du matin , « 5 heures du matin »; thiang wan  midi ; klangwan le milieu du jour,  ou simplement thiang midi.

A 201. DE L’USAGE DU TEMPS  EN THAÏLANDE.

Pour les heures de l'après midi, deux mots sont utilisés, bàï l'après midi, et yén la soirée, ou la fin de l'après midi,  (yén c'est également froid, frais, ce sont les heures de la fraîcheur en fin de journée) nous aurons alors sans décalage : baï mông une heure de l'après midi; baï song mông deux heures de l'après midi; baï sam mông  trois heures de l'après midi; baï si mông  quatre heures de l'après midi ou encore si mông yén; ha mông yén  cinq heures de l'après midi; hôk mông yén ou encore หก ทุ่ม hôk thoum six heures de l'après midi (du soir) Venons en à la soirée, de dix neuf heures à minuit : les heures deviennent thoum  et nous aurons cette fois-ci un nouveau décalage : thoum  nung  sept heures du soir  ou plus volontiers nung thoumsong thoum  huit heures du soir; sam thoum neuf heures du soir; si thoum dix heures du soir; ha  thoum onze heures du soir. 

A 201. DE L’USAGE DU TEMPS  EN THAÏLANDE.

Et nous revoilà à minuit. khun : La nuit va de minuit thiangkhun à 6 heures du matin.

A 201. DE L’USAGE DU TEMPS  EN THAÏLANDE.

Ensuite, les heures, s'appellent, de minuit à l'aube, ti dont vous notez l'emplacement avant le chiffre. (Pas de décalage entre 1 heure et six heures du matin !) ti nung  une heure du matin ti song deux heures du matinti sam trois heures du matin ti si quatre heures du matin ; ti ha  cinq heures du matin. Les deux termes (thôum et ti) proviennent du son des cloches du temple, utilisées pour sonner les heures dans les temples, un peu le ding din dong du clocher de nos églises ou du beffroi de nos mairies que donnait l’heure à nos anciens qui n’avaient ni montre ni horloge et n’en avaient nul besoin.»  (Cf. * Notre article A33, qui explicite davantage cet horaire traditionnel )

A 201. DE L’USAGE DU TEMPS  EN THAÏLANDE.

La majorité des Thaïlandais emploie donc ce système horaire traditionnel, mais tous vivent aussi selon deux calendriers annuels. Ils utilisent – pour faire court - le calendrier grégorien adopté en 1592, un calendrier solaire, calculé selon la date supposée de la naissance du christ qui s’est étendu à l'ensemble du monde au début du XXème siècle et le calendrier bouddhiste,  un calendrier luni-solaire basé sur le traité d'astronomie Surya Siddhanta  du IIIème siècle, et partant de la date supposée de la mort de Bouddha en - 543 avant J-C, ou plutôt de son entrée dans le nirvana.

A 201. DE L’USAGE DU TEMPS  EN THAÏLANDE.
L'année 2015 du calendrier grégorien correspond à l'année 2558 du calendrier bouddhiste (commencée en avril). Ainsi le Thaïlandais vivra ces deux calendriers selon - pour simplifier - les usages civils ou religieux ou traditionnels.

 

Si par exemple, le nouvel an « grégorien » est un jour férié en Thaïlande, le nouvel thaï bouddhiste, « Songkran » (En avril, mais  la date change chaque année selon le calendrier lunaire), est considéré comme le nouvel an Thaïlandais et est la fête la plus importante de l’année.

 

(Dans la partie traditionnelle de la fête, les Thaïs montrent leur respect en versant un peu d'eau sur les mains des anciens et sur des représentations de Bouddha. Cf. Nos articles A103. « Songkran, entre tradition et modernité », et A146. « Les fêtes de Songkran … il y a 100 ans. » http://www.alainbernardenthailande.com/article-a146-les-fetes-de-songkran-il-y-a-100-ans-123270061.html)

A 201. DE L’USAGE DU TEMPS  EN THAÏLANDE.

De même, les Sino-thaïs, fort nombreux en Thaïlande (env. 10 %), fêtent le nouvel an chinois en février. (Toujours entre le 21 janvier et le 20 février, lors de la seconde nouvelle lune depuis le solstice d'hiver quand le soleil se trouve dans le signe du verseau.) https://fr.wikipedia.org/wiki/Nouvel_an_chinois Ou bien  encore le nouvel musulman, fêté par 5,6% de la population dont la majorité vit dans les provinces du Sud, qui débute à la naissance du prophète Mahomet, correspondant à l'année 622 du calendrier occidental.

A 201. DE L’USAGE DU TEMPS  EN THAÏLANDE.

C’est vous dire que ce qui pouvait apparaître comme une évidence pour les Occidentaux se vit ici dans des temps multiples, en des religions différentes, et pour en rester aux Thaïlandais bouddhistes, avec des fêtes religieuses très importantes dans la vie des familles, comme le Makka Bucha (mars), 

A 201. DE L’USAGE DU TEMPS  EN THAÏLANDE.

le Visakha Bucha (juin), 

A 201. DE L’USAGE DU TEMPS  EN THAÏLANDE.

le Asahara Bucha (juillet),  

A 201. DE L’USAGE DU TEMPS  EN THAÏLANDE.

le Khao Phansa – (Le 31 juillet cette année. Début du carême bouddhique, période de retraite de trois mois pour les moines. C'est aussi l'occasion pour certains de prendre quelques bonnes résolutions (s'abstenir de fumer ou de consommer de l'alcool, adopter une meilleure hygiène de vie) et pour des jeunes gens de devenir moines pendant la durée du carême.), 

A 201. DE L’USAGE DU TEMPS  EN THAÏLANDE.

le  Awk Phansa (C'est la fin du carême bouddhique, le 27 octobre 2015), etc.

A 201. DE L’USAGE DU TEMPS  EN THAÏLANDE.

Sans oublier, l’une  des plus belles fêtes de Thaïlande, le Loikratong,  qui se déroule le premier jour de pleine lune du mois de novembre. (Cf. Notre article  A167.  Une des plus belles fêtes de Thaïlande : Le  Loikrathong. Republié le 25 novembre 2015)

A 201. DE L’USAGE DU TEMPS  EN THAÏLANDE.
Le temps des Thaïlandais est évidemment marqué par le bouddhisme, surtout dans les villages.

 

Nous avions montré dans notre blog comment  le bouddhisme marque profondément la société thaïe, l’espace et le temps, comment cette religion  donne sens aux pensées, aux mœurs et usages, au calendrier et aux fêtes,  au mode de vie, au quotidien des Thaïlandais. (Cf. par exemple nos articles 21 et 22**)

 

Chacun se rendra au temple à tous les moments importants de sa vie et aussi surtout, lors des cérémonies officielles dédiées à la vie de Bouddha et ses enseignements et aux fêtes traditionnelles du cru.  « Nous avons tous assistés à ces offrandes de boutons de lotus, d'encens et de bougies devant divers autels et reliquaires, à ces temps forts où on offre aussi de la nourriture au Sangha du temple (moines, religieuses et résidents laïcs). On écoute les moines chanter des sutras ou réciter des textes bouddhiques.»**

A 201. DE L’USAGE DU TEMPS  EN THAÏLANDE.

Non seulement la religion marque la vie des Thaïlandais, mais elle décide encore du temps, ainsi par exemple lors des mariages bouddhistes, où le moine – en fonction de vos dates de naissance respectives - vous donnera la date de la cérémonie. Ou, comme le dit  Chart Korbjiti dans  son roman « La chute du Fak » :

 

«  La pagode était au centre de la vie du village. Quand un enfant naissait on le portait à la pagode pour que le révérend père lui trouve un nom propice et conforme à sa date de naissance. Quand un fils ou un petit fils était en âge de devenir novice, c’est à la pagode qu’on le faisait ordonner et qu’il venait résider. Bien entendu, quand quelqu’un mourait, c’est à la pagode qu’on apportait le corps pour l’incinérer. »

 

Le religieux a été et veut rester le maître du temps.

A 201. DE L’USAGE DU TEMPS  EN THAÏLANDE.

Nous avions été surpris dans « Les Annales d’Ayutthaya » (Traduites par  Richard D. Cushman) de constater les erreurs, l’imprécision des chroniqueurs dans leur rapport au temps, mais aussi leur exactitude affichée quand il s’agissait de donner la date d’intronisation d’un roi, une date donnée par les Brahmanes. Ainsi par exemple pour le 1er roi d’Ayutthaya :

 

« En l’an 712 (une année du Tigre), au sixième jour du premier croissant du cinquième mois, un vendredi, à trois nalika et neuf bat après le lever du soleil - soit le vendredi 4 mars 1351, peu avant dix heures du matin -, une cérémonie avait lieu sur une île du Chao Phraya »,  où « devenait roi sous le nom de Ramadhibodi et Krung Thep Dvaravati Sri Ayutthaya devenait officiellement la capitale d’un royaume qui désormais porterait son nom ».

 

 

A 201. DE L’USAGE DU TEMPS  EN THAÏLANDE.

Mais il est encore d’autres usages du temps spécifiques à la culture thaïlandaise, ne serait-ce que pour évoquer le temps du travail, et leur rapport au rendez-vous donné.

 

Le temps de l’entreprise n’est pas le temps de l’ouvrier ou de l’employé thaïlandais.

 

Un exemple est donné par Jean Marcel dans ses « Lettres du Siam » (In pp. 90-92), pourtant dithyrambique sur les qualités supposées des Thaïs, mais qui reconnait l’instabilité de la main d’œuvre thaïlandaise et même des cadres supérieurs qui « n’attendent que la première occasion de reprendre leur liberté d’enfants de la jungle, souvent sans prévenir, pour revenir s’il le faut quelque temps plus tard et reprendre pour combien de temps encore le poste qu’on avait abandonné ou fui » et d’illustrer son propos par une anecdote sur son ami Yo, lui aussi instable et changeant souvent d’emploi pour des raisons parfois futiles,  qu’il commente par le «  Mai pen raï … ça ne fait rien … L’impermanence des choses : l’une des pensées fondamentales du bouddhisme … On l’imite du mieux qu’on peut ; on laisse tout derrière soi, sans penser pour autant à regarder devant ; on suit l’appel de l’instant … Cela vous fait une société difficile à harnacher, merci ! Tout cela dans une langue où le mot que l’on utilise pour désigner le travail (ngaan) se traduit par fête … » (Cf. notre article A195, présentant ce livre).

A 201. DE L’USAGE DU TEMPS  EN THAÏLANDE.

Le temps et la journée dans les champs

 

Nous nous trouvons l’un et l’autre par environ 16° 30’ de latitude nord. Pour cette année 2015, le jour le plus long fut le 29 juin, le soleil s’est levé à 5 h 42 et couché à  18 h 47. La journée aux champs a été de 13 heures. Le jour le plus court sera le 29 décembre, le soleil se lèvera à 6 h 38 et se couchera à 17 h 49, une journée de 11 heures. Moyenne : 12 heures. Au sud du pays (Hatyaï sous 7° de latitude) la journée du 29 juin commença à 6 h 06 pour se terminer à 18 h 37, un peu plus de 12 heures, et le jour le plus long, le 29 décembre durera de 6 h 28 à 18 h 12 un peu moins de 12 heures. Moyenne : 12 heures.

 

Comme nous pouvons le constater tous les jours, ici les travaux des champs suivent le rythme du jour.

 

 

Dans son étude « Village life in modern Thailand » publiée à Berkley en 1963 (publication de l’Université de Berkley) mais portant sur la vie dans les campagnes thaïe dans les années d’après-guerre, l’éthologue John E. de Young souligne les rapports étroits entre la nature, le religieux et la mesure du temps par phases relatives. N’ayant ni montres ni horloges les Thaïs n’ont pas acquis le vice de la ponctualité : position du soleil ou de la lune, cocorico de coqs, tambour du temple (qui parfois possède une horloge chinoise en bois) plus ou moins régulièrement battu à onze heures pour rappeler aux villageoises de préparer le repas des moines, tout cela leur suffisait.

A 201. DE L’USAGE DU TEMPS  EN THAÏLANDE.

Mais ils ont aussi une spécificité particulière quant au rapport aux rendez-vous donnés.

 

Chaque expatrié a ses anecdotes sur la façon des Thaïlandais d’appréhender le temps. Ils en auront sur des rendez-vous pris et sur leurs façons ou non de les respecter, sur leur sourire en guise de pardon de leur retard ; mais il faut dire que pour eux, il n’y a là nul mal, tant ils sont d’une patience « bouddhiste ». Ainsi récemment, je vis ma femme s’apprêter à 10 heures, car une amie devait  venir la chercher pour aller consulter un moine d’un village voisin, connu pour lire l’avenir dans la paume des mains ;  Je fus assez surpris de la voir encore attendre à midi, sans manifester la moindre récrimination ni saute d’humeur. Je lui demandais alors  si elle ne devrait pas lui téléphoner ; elle me répondit d’un « non » laconique. La dite amie arrivera finalement à 17h pour être reçue cordialement par ma femme, et lui apprendra que finalement elle avait décidé d’une autre occupation.

 

On pourrait bien sûr multiplier les exemples sur ces différents usages du temps, qui intègrent deux systèmes horaires, le calendrier occidental et le calendrier bouddhiste, le calendrier des fêtes bouddhistes, chinoises, occidentales et des jours fériés « politiques » … avec leur rapport « élastique », « bouddhiste ( ?) » au temps du travail, des rendez-vous pris … vécu au rythme du « mai pen rai » et du « sanuk », sur lesquels il faudrait s’arrêter, tant ils sont constitutifs de l’esprit thaï.

A 201. DE L’USAGE DU TEMPS  EN THAÏLANDE.

Et encore, nous n’avons pas évoqué leur rapport  à l’astrologie, au voyant qui va leur communiquer les dates favorables aux actions et actes importants de leur vie …..

 

Le temps thaïlandais – décidemment - est loin d’être simple à appréhender.

A 201. DE L’USAGE DU TEMPS  EN THAÏLANDE.
A 201. DE L’USAGE DU TEMPS  EN THAÏLANDE.
Si ces différences n’ont plus guère d’influence que sur notre métabolisme, il n’en fut pas toujours ainsi : En France aussi, il n’y a guère plus d’un siècle, les paysans vivaient au rythme du soleil. Dans le sud, sous la latitude de 43° nord, il y a l’été des journées de plus de 15 heures (6  - 21 h 30) et l’hiver, de moins rudes, 9 heures (8 h – 17 h) mais la moyenne annuelle reste de 12 heures. Le statut des « ouvriers de ferme » qu’on appelle maintenant les « salariés agricoles » était alors généralement déterminé par les « usages locaux » auxquels renvoie le code civil de 1804. Variant d’arrondissement à arrondissement, au sein de l’arrondissement, de canton à canton, le statut de ces travailleurs par contre ne variait jamais : Employés généralement à l’année, ils doivent travailler « de l’aurore à la nuit » ou « du lever au coucher du soleil ». Ils ont droit à leur dimanche après-midi et aux jours fériés, à l’époque, il n’y en a que deux, le 1er janvier et le 14 juillet. (par exemple « Recueil des usages locaux de l’arrondissement de Digne » recensés en 1913).

 

Les Thaïs employés dans les champs travaillaient également 12 heures par jour, ils n’avaient pas « leur dimanche », mais bénéficiaient de ces multiples fêtes bouddhistes dont nous venons de parler, certaines, Songkran ou Loikratong, pouvant durer plusieurs jours, il n’est alors pas question de tenir un outil. L’un d’entre nous, plus « manuel » que l’autre, s’est fait courtoisement interpeler par le chef de village un « jour de Bouddha » quelconque alors qu’il maniait quelques outils au vu de tous.

 
A 201. DE L’USAGE DU TEMPS  EN THAÏLANDE.

L'année 2015 du calendrier grégorien correspond à l'année 2558 du calendrier bouddhiste (commencée en avril). Ainsi le Thaïlandais vivra ces deux calendriers selon - pour simplifier - les usages civils ou religieux ou traditionnels.

 

Si par exemple, le nouvel an « grégorien » est un jour férié en Thaïlande, le nouvel thaï bouddhiste, « Songkran » (En avril, mais  la date change chaque année selon le calendrier lunaire), est considéré comme le nouvel an Thaïlandais et est la fête la plus importante de l’année.

 

(Dans la partie traditionnelle de la fête, les Thaïs montrent leur respect en versant un peu d'eau sur les mains des anciens et sur des représentations de Bouddha. Cf. Nos articles A103. « Songkran, entre tradition et modernité », et A146. « Les fêtes de Songkran … il y a 100 ans. » http://www.alainbernardenthailande.com/article-a146-les-fetes-de-songkran-il-y-a-100-ans-123270061.html)

 

De même, les Sino-thaïs, fort nombreux en Thaïlande (env. 10 %), fêtent le nouvel an chinois en février. (Toujours entre le 21 janvier et le 20 février, lors de la seconde nouvelle lune depuis le solstice d'hiver quand le soleil se trouve dans le signe du verseau.) https://fr.wikipedia.org/wiki/Nouvel_an_chinois Ou bien  encore le nouvel musulman, fêté par 5,6% de la population dont la majorité vit dans les provinces du Sud, qui débute à la naissance du prophète Mahomet, correspondant à l'année 622 du calendrier occidental.

 

C’est vous dire que ce qui pouvait apparaître comme une évidence pour les Occidentaux se vit ici dans des temps multiples, en des religions différentes, et pour en rester aux Thaïlandais bouddhistes, avec des fêtes religieuses très importantes dans la vie des familles, comme le Makka Bucha (mars), le Visakha Bucha (juin), le Asahara Bucha (juillet),  le Khao Phansa – (Le 31 juillet cette année. Début du carême bouddhique, période de retraite de trois mois pour les moines. C'est aussi l'occasion pour certains de prendre quelques bonnes résolutions (s'abstenir de fumer ou de consommer de l'alcool, adopter une meilleure hygiène de vie) et pour des jeunes gens de devenir moines pendant la durée du carême.), le  Awk Phansa (C'est la fin du carême bouddhique, le 27 octobre 2015), etc.

 

Sans oublier, l’une  des plus belles fêtes de Thaïlande, le Loikratong,  qui se déroule le premier jour de pleine lune du mois de novembre. (Cf. Notre article  A167.  Une des plus belles fêtes de Thaïlande : Le  Loikrathong. Republié le 25 novembre 2015)

 

Le temps des Thaïlandais est évidemment marqué par le bouddhisme, surtout dans les villages.

 

Nous avions montré dans notre blog comment  le bouddhisme marque profondément la société thaïe, l’espace et le temps, comment cette religion  donne sens aux pensées, aux mœurs et usages, au calendrier et aux fêtes,  au mode de vie, au quotidien des Thaïlandais. (Cf. par exemple nos articles 21 et 22**)

 

Chacun se rendra au temple à tous les moments importants de sa vie et aussi surtout, lors des cérémonies officielles dédiées à la vie de Bouddha et ses enseignements et aux fêtes traditionnelles du cru.  « Nous avons tous assistés à ces offrandes de boutons de lotus, d'encens et de bougies devant divers autels et reliquaires, à ces temps forts où on offre aussi de la nourriture au Sangha du temple (moines, religieuses et résidents laïcs). On écoute les moines chanter des sutras ou réciter des textes bouddhiques.»**

 

Non seulement la religion marque la vie des Thaïlandais, mais elle décide encore du temps, ainsi par exemple lors des mariages bouddhistes, où le moine – en fonction de vos dates de naissance respectives - vous donnera la date de la cérémonie. Ou, comme le dit  Chart Korbjiti dans  son roman « La chute du Fak » :

 

«  La pagode était au centre de la vie du village. Quand un enfant naissait on le portait à la pagode pour que le révérend père lui trouve un nom propice et conforme à sa date de naissance. Quand un fils ou un petit fils était en âge de devenir novice, c’est à la pagode qu’on le faisait ordonner et qu’il venait résider. Bien entendu, quand quelqu’un mourait, c’est à la pagode qu’on apportait le corps pour l’incinérer. »

 

Le religieux a été et veut rester le maître du temps.

 

Nous avions été surpris dans « Les Annales d’Ayutthaya » (Traduites par  Richard D. Cushman) de constater les erreurs, l’imprécision des chroniqueurs dans leur rapport au temps, mais aussi leur exactitude affichée quand il s’agissait de donner la date d’intronisation d’un roi, une date donnée par les Brahmanes. Ainsi par exemple pour le 1er roi d’Ayutthaya :

 

« En l’an 712 (une année du Tigre), au sixième jour du premier croissant du cinquième mois, un vendredi, à trois nalika et neuf bat après le lever du soleil - soit le vendredi 4 mars 1351, peu avant dix heures du matin -, une cérémonie avait lieu sur une île du Chao Phraya »,  où « devenait roi sous le nom de Ramadhibodi et Krung Thep Dvaravati Sri Ayutthaya devenait officiellement la capitale d’un royaume qui désormais porterait son nom ».

 

Mais il est encore d’autres usages du temps spécifiques à la culture thaïlandaise, ne serait-ce que pour évoquer le temps du travail, et leur rapport au rendez-vous donné.

 

Le temps de l’entreprise n’est pas le temps de l’ouvrier ou de l’employé thaïlandais.

 

Un exemple est donné par Jean Marcel dans ses « Lettres du Siam » (In pp. 90-92), pourtant dithyrambique sur les qualités supposées des Thaïs, mais qui reconnait l’instabilité de la main d’œuvre thaïlandaise et même des cadres supérieurs qui « n’attendent que la première occasion de reprendre leur liberté d’enfants de la jungle, souvent sans prévenir, pour revenir s’il le faut quelque temps plus tard et reprendre pour combien de temps encore le poste qu’on avait abandonné ou fui » et d’illustrer son propos par une anecdote sur son ami Yo, lui aussi instable et changeant souvent d’emploi pour des raisons parfois futiles,  qu’il commente par le «  Mai pen raï … ça ne fait rien … L’impermanence des choses : l’une des pensées fondamentales du bouddhisme … On l’imite du mieux qu’on peut ; on laisse tout derrière soi, sans penser pour autant à regarder devant ; on suit l’appel de l’instant … Cela vous fait une société difficile à harnacher, merci ! Tout cela dans une langue où le mot que l’on utilise pour désigner le travail (ngaan) se traduit par fête … » (Cf. notre article A195, présentant ce livre).

 

Mais ils ont aussi une spécificité particulière quant au rapport aux rendez-vous donnés.

 

Chaque expatrié a ses anecdotes sur la façon des Thaïlandais d’appréhender le temps. Ils en auront sur des rendez-vous pris et sur leurs façons ou non de les respecter, sur leur sourire en guise de pardon de leur retard ; mais il faut dire que pour eux, il n’y a là nul mal, tant ils sont d’une patience « bouddhiste ». Ainsi récemment, je vis ma femme s’apprêter à 10 heures, car une amie devait  venir la chercher pour aller consulter un moine d’un village voisin, connu pour lire l’avenir dans la paume des mains ;  Je fus assez surpris de la voir encore attendre à midi, sans manifester la moindre récrimination ni saute d’humeur. Je lui demandais alors  si elle ne devrait pas lui téléphoner ; elle me répondit d’un « non » laconique. La dite amie arrivera finalement à 17h pour être reçue cordialement par ma femme, et lui apprendra que finalement elle avait décidé d’une autre occupation.

 

On pourrait bien sûr multiplier les exemples sur ces différents usages du temps, qui intègrent deux systèmes horaires, le calendrier occidental et le calendrier bouddhiste, le calendrier des fêtes bouddhistes, chinoises, occidentales et des jours fériés « politiques » … avec leur rapport « élastique », « bouddhiste ( ?) » au temps du travail, des rendez-vous pris … vécu au rythme du « mai pen rai » et du « sanuk », sur lesquels il faudrait s’arrêter, tant ils sont constitutifs de l’esprit thaï.

 

Et encore, nous n’avons pas évoqué leur rapport  à l’astrologie, au voyant qui va leur communiquer les dates favorables aux actions et actes importants de leur vie …..

 

Le temps thaïlandais – décidemment - est loin d’être simple à appréhender.

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NOTES

  *http://www.alainbernardenthailande.com/article-a33-le-système-horaire-traditionnel-thaï-77533386.html

**http://www.alainbernardenthailande.com/article-22-notre-isan-bouddhiste-ou-animiste-78694708.html

http://www.alainbernardenthailande.com/article-20-le-bouddhisme-thailandais-et-d-isan-78694128.html

Constitution day : http://www.alainbernardenthailande.com/article-article-5-une-tradition-thaie-chartes-et-coups-d-etats-65017684.html

Le temps et la journée dans les champs

Nous nous trouvons l’un et l’autre par environ 16° 30’ de latitude nord. Pour cette année 2015, le jour le plus long fut le 29 juin, le soleil s’est levé à 5 h 42 et couché à  18 h 47. La journée aux champs a été de 13 heures. Le jour le plus court sera le 29 décembre, le soleil se lèvera à 6 h 38 et se couchera à 17 h 49, une journée de 11 heures. Moyenne : 12 heures. Au sud du pays (Hatyaï sous 7° de latitude) la journée du 29 juin commença à 6 h 06 pour se terminer à 18 h 37, un peu plus de 12 heures, et le jour le plus long, le 29 décembre durera de 6 h 28 à 18 h 12 un peu moins de 12 heures. Moyenne : 12 heures.

Comme nous pouvons le constater tous les jours, ici les travaux des champs suivent le rythme du jour.

Dans son étude « Village life in modern Thailand » publiée à Berkley en 1963 (publication de l’Université de Berkley) mais portant sur la vie dans les campagnes thaïe dans les années d’après-guerre, l’éthologue John E. de Young souligne les rapports étroits entre la nature, le religieux et la mesure du temps par phases relatives. N’ayant ni montres ni horloges les Thaïs n’ont pas acquis le vice de la ponctualité : position du soleil ou de la lune, cocorico de coqs, tambour du temple (qui parfois possède une horloge chinoise en bois) plus ou moins régulièrement battu à onze heures pour rappeler aux villageoises de préparer le repas des moines, tout cela leur suffisait.

Si ces différences n’ont plus guère d’influence que sur notre métabolisme, il n’en fut pas toujours ainsi : En France aussi, il n’y a guère plus d’un siècle, les paysans vivaient au rythme du soleil. Dans le sud, sous la latitude de 43° nord, il y a l’été des journées de plus de 15 heures (6  - 21 h 30) et l’hiver, de moins rudes, 9 heures (8 h – 17 h) mais la moyenne annuelle reste de 12 heures. Le statut des « ouvriers de ferme » qu’on appelle maintenant les « salariés agricoles » était alors généralement déterminé par les « usages locaux » auxquels renvoie le code civil de 1804. Variant d’arrondissement à arrondissement, au sein de l’arrondissement, de canton à canton, le statut de ces travailleurs par contre ne variait jamais : Employés généralement à l’année, ils doivent travailler « de l’aurore à la nuit » ou « du lever au coucher du soleil ». Ils ont droit à leur dimanche après-midi et aux jours fériés, à l’époque, il n’y en a que deux, le 1er janvier et le 14 juillet. (par exemple « Recueil des usages locaux de l’arrondissement de Digne » recensés en 1913).

Les Thaïs employés dans les champs travaillaient également 12 heures par jour, ils n’avaient pas « leur dimanche », mais bénéficiaient de ces multiples fêtes bouddhistes dont nous venons de parler, certaines, Songkran ou Loikratong, pouvant durer plusieurs jours, il n’est alors pas question de tenir un outil. L’un d’entre nous, plus « manuel » que l’autre, s’est fait courtoisement interpeler par le chef de village un « jour de Bouddha » quelconque alors qu’il maniait quelques outils au vu de tous.

 

L'année 2015 du calendrier grégorien correspond à l'année 2558 du calendrier bouddhiste (commencée en avril). Ainsi le Thaïlandais vivra ces deux calendriers selon - pour simplifier - les usages civils ou religieux ou traditionnels.

 

Si par exemple, le nouvel an « grégorien » est un jour férié en Thaïlande, le nouvel thaï bouddhiste, « Songkran » (En avril, mais  la date change chaque année selon le calendrier lunaire), est considéré comme le nouvel an Thaïlandais et est la fête la plus importante de l’année.

 

(Dans la partie traditionnelle de la fête, les Thaïs montrent leur respect en versant un peu d'eau sur les mains des anciens et sur des représentations de Bouddha. Cf. Nos articles A103. « Songkran, entre tradition et modernité », et A146. « Les fêtes de Songkran … il y a 100 ans. » http://www.alainbernardenthailande.com/article-a146-les-fetes-de-songkran-il-y-a-100-ans-123270061.html)

 

De même, les Sino-thaïs, fort nombreux en Thaïlande (env. 10 %), fêtent le nouvel an chinois en février. (Toujours entre le 21 janvier et le 20 février, lors de la seconde nouvelle lune depuis le solstice d'hiver quand le soleil se trouve dans le signe du verseau.) https://fr.wikipedia.org/wiki/Nouvel_an_chinois Ou bien  encore le nouvel musulman, fêté par 5,6% de la population dont la majorité vit dans les provinces du Sud, qui débute à la naissance du prophète Mahomet, correspondant à l'année 622 du calendrier occidental.

 

C’est vous dire que ce qui pouvait apparaître comme une évidence pour les Occidentaux se vit ici dans des temps multiples, en des religions différentes, et pour en rester aux Thaïlandais bouddhistes, avec des fêtes religieuses très importantes dans la vie des familles, comme le Makka Bucha (mars), le Visakha Bucha (juin), le Asahara Bucha (juillet),  le Khao Phansa – (Le 31 juillet cette année. Début du carême bouddhique, période de retraite de trois mois pour les moines. C'est aussi l'occasion pour certains de prendre quelques bonnes résolutions (s'abstenir de fumer ou de consommer de l'alcool, adopter une meilleure hygiène de vie) et pour des jeunes gens de devenir moines pendant la durée du carême.), le  Awk Phansa (C'est la fin du carême bouddhique, le 27 octobre 2015), etc.

 

Sans oublier, l’une  des plus belles fêtes de Thaïlande, le Loikratong,  qui se déroule le premier jour de pleine lune du mois de novembre. (Cf. Notre article  A167.  Une des plus belles fêtes de Thaïlande : Le  Loikrathong. Republié le 25 novembre 2015)

 

Le temps des Thaïlandais est évidemment marqué par le bouddhisme, surtout dans les villages.

 

Nous avions montré dans notre blog comment  le bouddhisme marque profondément la société thaïe, l’espace et le temps, comment cette religion  donne sens aux pensées, aux mœurs et usages, au calendrier et aux fêtes,  au mode de vie, au quotidien des Thaïlandais. (Cf. par exemple nos articles 21 et 22**)

 

Chacun se rendra au temple à tous les moments importants de sa vie et aussi surtout, lors des cérémonies officielles dédiées à la vie de Bouddha et ses enseignements et aux fêtes traditionnelles du cru.  « Nous avons tous assistés à ces offrandes de boutons de lotus, d'encens et de bougies devant divers autels et reliquaires, à ces temps forts où on offre aussi de la nourriture au Sangha du temple (moines, religieuses et résidents laïcs). On écoute les moines chanter des sutras ou réciter des textes bouddhiques.»**

 

Non seulement la religion marque la vie des Thaïlandais, mais elle décide encore du temps, ainsi par exemple lors des mariages bouddhistes, où le moine – en fonction de vos dates de naissance respectives - vous donnera la date de la cérémonie. Ou, comme le dit  Chart Korbjiti dans  son roman « La chute du Fak » :

 

«  La pagode était au centre de la vie du village. Quand un enfant naissait on le portait à la pagode pour que le révérend père lui trouve un nom propice et conforme à sa date de naissance. Quand un fils ou un petit fils était en âge de devenir novice, c’est à la pagode qu’on le faisait ordonner et qu’il venait résider. Bien entendu, quand quelqu’un mourait, c’est à la pagode qu’on apportait le corps pour l’incinérer. »

 

Le religieux a été et veut rester le maître du temps.

 

Nous avions été surpris dans « Les Annales d’Ayutthaya » (Traduites par  Richard D. Cushman) de constater les erreurs, l’imprécision des chroniqueurs dans leur rapport au temps, mais aussi leur exactitude affichée quand il s’agissait de donner la date d’intronisation d’un roi, une date donnée par les Brahmanes. Ainsi par exemple pour le 1er roi d’Ayutthaya :

 

« En l’an 712 (une année du Tigre), au sixième jour du premier croissant du cinquième mois, un vendredi, à trois nalika et neuf bat après le lever du soleil - soit le vendredi 4 mars 1351, peu avant dix heures du matin -, une cérémonie avait lieu sur une île du Chao Phraya »,  où « devenait roi sous le nom de Ramadhibodi et Krung Thep Dvaravati Sri Ayutthaya devenait officiellement la capitale d’un royaume qui désormais porterait son nom ».

 

Mais il est encore d’autres usages du temps spécifiques à la culture thaïlandaise, ne serait-ce que pour évoquer le temps du travail, et leur rapport au rendez-vous donné.

 

Le temps de l’entreprise n’est pas le temps de l’ouvrier ou de l’employé thaïlandais.

 

Un exemple est donné par Jean Marcel dans ses « Lettres du Siam » (In pp. 90-92), pourtant dithyrambique sur les qualités supposées des Thaïs, mais qui reconnait l’instabilité de la main d’œuvre thaïlandaise et même des cadres supérieurs qui « n’attendent que la première occasion de reprendre leur liberté d’enfants de la jungle, souvent sans prévenir, pour revenir s’il le faut quelque temps plus tard et reprendre pour combien de temps encore le poste qu’on avait abandonné ou fui » et d’illustrer son propos par une anecdote sur son ami Yo, lui aussi instable et changeant souvent d’emploi pour des raisons parfois futiles,  qu’il commente par le «  Mai pen raï … ça ne fait rien … L’impermanence des choses : l’une des pensées fondamentales du bouddhisme … On l’imite du mieux qu’on peut ; on laisse tout derrière soi, sans penser pour autant à regarder devant ; on suit l’appel de l’instant … Cela vous fait une société difficile à harnacher, merci ! Tout cela dans une langue où le mot que l’on utilise pour désigner le travail (ngaan) se traduit par fête … » (Cf. notre article A195, présentant ce livre).

 

Mais ils ont aussi une spécificité particulière quant au rapport aux rendez-vous donnés.

 

Chaque expatrié a ses anecdotes sur la façon des Thaïlandais d’appréhender le temps. Ils en auront sur des rendez-vous pris et sur leurs façons ou non de les respecter, sur leur sourire en guise de pardon de leur retard ; mais il faut dire que pour eux, il n’y a là nul mal, tant ils sont d’une patience « bouddhiste ». Ainsi récemment, je vis ma femme s’apprêter à 10 heures, car une amie devait  venir la chercher pour aller consulter un moine d’un village voisin, connu pour lire l’avenir dans la paume des mains ;  Je fus assez surpris de la voir encore attendre à midi, sans manifester la moindre récrimination ni saute d’humeur. Je lui demandais alors  si elle ne devrait pas lui téléphoner ; elle me répondit d’un « non » laconique. La dite amie arrivera finalement à 17h pour être reçue cordialement par ma femme, et lui apprendra que finalement elle avait décidé d’une autre occupation.

 

On pourrait bien sûr multiplier les exemples sur ces différents usages du temps, qui intègrent deux systèmes horaires, le calendrier occidental et le calendrier bouddhiste, le calendrier des fêtes bouddhistes, chinoises, occidentales et des jours fériés « politiques » … avec leur rapport « élastique », « bouddhiste ( ?) » au temps du travail, des rendez-vous pris … vécu au rythme du « mai pen rai » et du « sanuk », sur lesquels il faudrait s’arrêter, tant ils sont constitutifs de l’esprit thaï.

 

Et encore, nous n’avons pas évoqué leur rapport  à l’astrologie, au voyant qui va leur communiquer les dates favorables aux actions et actes importants de leur vie …..

 

Le temps thaïlandais – décidemment - est loin d’être simple à appréhender.

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NOTES

  *http://www.alainbernardenthailande.com/article-a33-le-système-horaire-traditionnel-thaï-77533386.html

**http://www.alainbernardenthailande.com/article-22-notre-isan-bouddhiste-ou-animiste-78694708.html

http://www.alainbernardenthailande.com/article-20-le-bouddhisme-thailandais-et-d-isan-78694128.html

Constitution day : http://www.alainbernardenthailande.com/article-article-5-une-tradition-thaie-chartes-et-coups-d-etats-65017684.html

Le temps et la journée dans les champs

Nous nous trouvons l’un et l’autre par environ 16° 30’ de latitude nord. Pour cette année 2015, le jour le plus long fut le 29 juin, le soleil s’est levé à 5 h 42 et couché à  18 h 47. La journée aux champs a été de 13 heures. Le jour le plus court sera le 29 décembre, le soleil se lèvera à 6 h 38 et se couchera à 17 h 49, une journée de 11 heures. Moyenne : 12 heures. Au sud du pays (Hatyaï sous 7° de latitude) la journée du 29 juin commença à 6 h 06 pour se terminer à 18 h 37, un peu plus de 12 heures, et le jour le plus long, le 29 décembre durera de 6 h 28 à 18 h 12 un peu moins de 12 heures. Moyenne : 12 heures.

Comme nous pouvons le constater tous les jours, ici les travaux des champs suivent le rythme du jour.

Dans son étude « Village life in modern Thailand » publiée à Berkley en 1963 (publication de l’Université de Berkley) mais portant sur la vie dans les campagnes thaïe dans les années d’après-guerre, l’éthologue John E. de Young souligne les rapports étroits entre la nature, le religieux et la mesure du temps par phases relatives. N’ayant ni montres ni horloges les Thaïs n’ont pas acquis le vice de la ponctualité : position du soleil ou de la lune, cocorico de coqs, tambour du temple (qui parfois possède une horloge chinoise en bois) plus ou moins régulièrement battu à onze heures pour rappeler aux villageoises de préparer le repas des moines, tout cela leur suffisait.

Si ces différences n’ont plus guère d’influence que sur notre métabolisme, il n’en fut pas toujours ainsi : En France aussi, il n’y a guère plus d’un siècle, les paysans vivaient au rythme du soleil. Dans le sud, sous la latitude de 43° nord, il y a l’été des journées de plus de 15 heures (6  - 21 h 30) et l’hiver, de moins rudes, 9 heures (8 h – 17 h) mais la moyenne annuelle reste de 12 heures. Le statut des « ouvriers de ferme » qu’on appelle maintenant les « salariés agricoles » était alors généralement déterminé par les « usages locaux » auxquels renvoie le code civil de 1804. Variant d’arrondissement à arrondissement, au sein de l’arrondissement, de canton à canton, le statut de ces travailleurs par contre ne variait jamais : Employés généralement à l’année, ils doivent travailler « de l’aurore à la nuit » ou « du lever au coucher du soleil ». Ils ont droit à leur dimanche après-midi et aux jours fériés, à l’époque, il n’y en a que deux, le 1er janvier et le 14 juillet. (par exemple « Recueil des usages locaux de l’arrondissement de Digne » recensés en 1913).

Les Thaïs employés dans les champs travaillaient également 12 heures par jour, ils n’avaient pas « leur dimanche », mais bénéficiaient de ces multiples fêtes bouddhistes dont nous venons de parler, certaines, Songkran ou Loikratong, pouvant durer plusieurs jours, il n’est alors pas question de tenir un outil. L’un d’entre nous, plus « manuel » que l’autre, s’est fait courtoisement interpeler par le chef de village un « jour de Bouddha » quelconque alors qu’il maniait quelques outils au vu de tous.

 

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