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  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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20 janvier 2016 3 20 /01 /janvier /2016 18:03
215. LE NOUVEAU RÉGIME DU MARÉCHAL PHIBUN DU 8 AVRIL 1948 AU 24 MARS 1952.

Rappel.  

 

Nous avons vu que le maréchal Phibun, qui avait été arrêté à la fin de la 2ème guerre mondiale en 1945, jugé et acquitté par la Cour Suprême le 23 mars 1946 avait donc pu redevenir chef des armées après le coup d‘Etat du 8 novembre 1947, dirigé par le général Phin Chunhawan,  commandant le corps d’armée de Bangkok et le colonel Luang Kat Songkram, pour choisir de ne plus être que le chef de l’armée de terre en décembre et profiter d’un autre coup d’Etat pacifique, le 8 avril 1948, qui ne laissait d’autre choix au prince Rangsit, président du Conseil suprême d’Etat, de lui  demander de former le nouveau gouvernement. 

215. LE NOUVEAU RÉGIME DU MARÉCHAL PHIBUN DU 8 AVRIL 1948 AU 24 MARS 1952.

Phibun aurait bien voulu intégrer dans son gouvernement Kuang Aphaiwong et plusieurs ministres de son cabinet, surtout que les Démocrates avaient obtenu la majorité absolue à la Chambre lors des élections du 29 janvier 1948 (Le Thammathipat de Phibun n’avait obtenu que 5 sièges), mais ils déclinèrent tous son offre.

 

Phibun forma donc le 21ème  gouvernement (8 avril 1948- 25 juin 1949),  dans lequel il prit aussi le ministère de l’intérieur. (On peut noter l’arrivée de Pote Sarasin comme vice-ministre des Affaires étrangères, qui deviendra 1er ministre à la chute de Phibun le 21/9/1957). Phibun n’obtint l’approbation des deux Chambres qu’avec seulement 70 voix contre 26 sur 200 membres, avec 67 abstentions et 17 absents. Autant dire que la légitimité « démocratique » de Phibun était quelque peu fragile

215. LE NOUVEAU RÉGIME DU MARÉCHAL PHIBUN DU 8 AVRIL 1948 AU 24 MARS 1952.

Une nouvelle page de l’histoire de la Thaïlande allait s’ouvrir dominée par un régime dictatorial, dirigé par le maréchal Phibun, appuyé par l’armée et la police, pendant 9 ans et 5 mois dans un monde d’après-guerre qui va s’installer dès 1947 dans ce qu’on appellera « la guerre froide ». Une période marquée par une activité communiste accrue dans le Sud-Est asiatique, qui imposera à la Grande-Bretagne d’aider le gouvernement Phibun dès le milieu de 1949, et les Etats-Unis à partir de l’automne 1950. Cette aide américaine augmentera lorsque la Thaïlande participera à la force multinationale des Nations Unies lors de la guerre de Corée. (25 juin 1950 au 27 juillet 1953) et lorsqu’elle deviendra son allié officiel avec son entrée à l'Organisation du traité de l'Asie du Sud-Est (SEATO dans son sigle anglais) en 1954.

215. LE NOUVEAU RÉGIME DU MARÉCHAL PHIBUN DU 8 AVRIL 1948 AU 24 MARS 1952.

Nous verrons que l’aide américaine va accroître le pouvoir des militaires et de la police, qui deviendront les deux piliers du régime (Exit la démocratie),  mais aussi bouleverser le développement du pays comme jamais dans son histoire.

 

Au niveau intérieur, le nouveau régime du maréchal Phibun, devra faire face à un complot et trois coups d’Etat, du 8 avril 1948 au 24 mars 1952, qui lui permettra d’éliminer tous les opposants, surtout après le  coup d’Etat « interne » du 29 novembre 1951, qui va « militarisé » le gouvernement et mettre sur la touche le jeune roi (arrivé le 2 décembre 1951 à Bangkok, après avoir terminé ses études en Suisse, pour régner), et des élections truquées par une loi électorale et la nouvelle constitution du 8 mars 1952, qui va « légaliser » la dictature. La politique du nouveau régime sera déterminée par une doctrine anticommuniste et antichinoise. 

215. LE NOUVEAU RÉGIME DU MARÉCHAL PHIBUN DU 8 AVRIL 1948 AU 24 MARS 1952.

Pierre Fistié, avec « L’évolution de la Thaïlande contemporaine » sera notre principale source. (Cf. Autres sources**)

 

Les caractéristiques du nouveau régime. (Cf. Fistié, pp.214-219)

 

Le 1er octobre 1948, une nouvelle tentative de coup d’Etat a lieu, sur fond de l’ouverture du procès des prétendus meurtriers du roi Ananda, dans lequel les pro-Pridi restés dans le pays voyaient une manœuvre pour les réprimer. Ils trouvent des alliés parmi des cadres de l’armée comme le major-général Net Khemayothin qui n’avaient pas participé aux coups d’Etat de novembre 1947 et d’avril 1948. La marine  promit son concours, mais se désista le jour venu. Mais si les insurgés réussiront à occuper le ministère de la Défense, ils durent se rendre dès le lendemain. Le major-général Net Khemayothin réussit à s’enfuir.  « La police opéra aussitôt des arrestations dont celle de Thawi Bunyaket, de Nai Direk Chayaman, et du général Luang Sinat Yothorak, ancien ministre de l’intérieur du gouvernement Khuang » ; ils furent relâchés  un mois après, faute de preuves.

215. LE NOUVEAU RÉGIME DU MARÉCHAL PHIBUN DU 8 AVRIL 1948 AU 24 MARS 1952.

Le 26 février 1949, eut lieu une autre tentative de coup d’Etat,  plus sérieuse, menée par Pridi (Fistié précise que l’on n’est pas sûr que Pridi fut présent à Bangkok, néanmoins, il ne reviendra plus en Thaïlande jusqu’à sa mort  le 2 mai 1983 en France). Il obtint la coopération du corps des fusiliers marins qui entrèrent en action simultanément à Bangkok, Thonburi, et à Paknam, à l’embouchure du Chao Praya. Ils occupèrent la position stratégique du Palais royal face aux ministères de la Défense et des Affaires étrangères, mais une annonce prématurée du coup d’état à la radio, permit au gouvernement de s’assurer du contrôle des chars d’assaut. Le combat cessa au bout de 36 heures par une trêve signée entre l’armée et la marine. Phibun évoqua un «  malentendu » avec la marine, mais n’épargna pas les partisans de Pridi qui subirent une répression sanglante. « L’ancien chef de la police de sécurité, le colonel Banchongsak, député de Petchaburi, fut tué à son domicile (…) Quatre anciens ministres de Pridi, originaires du Nord-Est, dont Thong In Phuripat, furent abattus alors qu’on les transférait d’une prison à une autre. D’autres personnalités en vue telles que Duang Bunnag, ancien chef du parti Sahacheep et ancien ministre de l’Education (…) Wichit Lulitanon (…) et le maire de Bangkok Praphat Watanasan furent arrêtées (…) Au total, une vingtaine d’adversaires politiques de Phibun furent incarcérés. La tentative avortée de Pridi se soldait par la liquidation de tout l’ancien mouvement Free Thai. » L’état d’urgence fut proclamé.

 

Les deux piliers du régime étaient plus que jamais l’armée et la police.

215. LE NOUVEAU RÉGIME DU MARÉCHAL PHIBUN DU 8 AVRIL 1948 AU 24 MARS 1952.

Il faut savoir que la police thaïe peut être considérée, comme une seconde armée. Son organisation est analogue, les structures, le recrutement comparables, à celle de l’armée et son armement léger identique (Fusils, révolvers, mitrailleuses) et leurs attributions se recouvrent largement. Selon les périodes, leurs luttes d’influences joueront un rôle, mais à la fin de 1949, l’armée est entièrement contrôlée par le général Phin et la police par le général Phao Siyanon, son gendre. L’estimation de leur effectif est différente selon les analystes, mais en 1949, Steele dans un article du New York Times donnait « 40.000 hommes pour la police, 30.000 pour l’armée, et 15.000 pour la marine ». (Pasuk et Baker** nous informent, que grâce à une aide importante des Etats-Unis en 1955-1956, les effectifs de la police du général Phao étaient de 48.000 hommes contre 45.000 à l’armée régulière.)

215. LE NOUVEAU RÉGIME DU MARÉCHAL PHIBUN DU 8 AVRIL 1948 AU 24 MARS 1952.

L’activité communiste qui va s’intensifier va entrainer la Grande Bretagne au milieu de 1949, et les Etats-Unis, à partir de l’automne 1950 à fournir une assistance militaire (matériel, entraînement, crédits) répartis entre l’armée et la police. « Cette dernière, en particulier, eut bientôt des avions de reconnaissance, des hélicoptères, des voitures blindées, des canons de campagne et même l’unique école de parachutisme  du pays » (Fistié, op. cit.).  A cette puissance accrue, on verra se confirmer la tendance des élites militaires a « contribuer à la « bonne marche » d’au moins quarante et une firmes majeures et (de) bénéficier de participations dans plus de cent entreprises » entre 1948 et 1957, sans oublier leur « parrainage » dans la création de grands consortiums. (Dovert, p. 246 **) Phin et Phao, on s’en doute, ne s’oublièrent pas, dans leur « participation » dans ces nouvelles entreprises commerciales. (Nous reviendrons -bien sûr-  sur ce complexe militaro-économique.)

215. LE NOUVEAU RÉGIME DU MARÉCHAL PHIBUN DU 8 AVRIL 1948 AU 24 MARS 1952.

Seule la marine ne bénéficia pas de cette nouvelle aide et fut tenue à l’écart, d’une part, parce que son utilité n’était pas évidente dans la lutte anticommuniste pour les Alliés, et d’autre part, on n’avait pas oublié sa participation  à la tentative de coup d’Etat du 26 février 1949. Elle crut bon de préparer un coup d’Etat dirigé par l’amiral Thahan Kamhiran, mais qui fut découvert au début de mars 1951.

 

Par contre, la marine allait entreprendre le 31 mars 1951, un coup d’Etat audacieux, qui faillit coûter la vie à Phibun.

 

Phibun assiste à une cérémonie à bord du USS Manhattan, pendant laquelle, l’ambassadeur des Etats-Unis, en présence de tout le corps diplomatique, doit lui remettre solennellement une drague destinée à creuser un chenal à l’embouchure du Chao Praya.

215. LE NOUVEAU RÉGIME DU MARÉCHAL PHIBUN DU 8 AVRIL 1948 AU 24 MARS 1952.

Alors que Phibun monte sur la drague, plusieurs marins s’emparent de lui et l’emmènent en chaloupe sur la canonnière « Sri Ayuthia », la principale unité de la flotte thaïlandaise. Phibun refuse de donner sa démission, mais accepte de lancer un message demandant aux forces armées de s’abstenir de réagir.

 

Mais l’artillerie de l’armée de terre passa outre, et ouvrit le feu sur le bâtiment et l’aviation bombarda. La canonnière commença à brûler et Phibun s’échappa à la nage avec trois de ses gardiens sous le feu de l’artillerie. Il parvint sur la rive et le soir venu, il put envoyer un message à la police et rejoindre le Palais du gouvernement. Les combats durèrent trois jours dans les rues de Bangkok, avant que  les « rebelles » déposent les armes. 

 

Une des rares photos du bombardement du Sri Ayuthia :

215. LE NOUVEAU RÉGIME DU MARÉCHAL PHIBUN DU 8 AVRIL 1948 AU 24 MARS 1952.

Ce coup d’Etat avorté aura des  conséquences majeures pour la marine.

 

Elle mettait définitivement la marine hors du jeu politique et en ressortait considérablement affaiblie. 70 officiers supérieurs et 1319 officiers étaient arrêtés, y compris leur chef, l’amiral Sinthu. Le général Kat Songkram qui avait dirigé les officiers de marine également. 9 amiraux étaient destitués et  75% du personnel de la Marine sera suspendu pour 6 mois. Au cours du bombardement, 68 personnes dont 44 civils, avaient été tués. La marine fut amputée de ses unités de fusiliers marins, de ses services de douane côtière et de tous ses établissements à terre voisin de Bangkok.

 

La marine avait fait une erreur fatale en croyant que le régime ne reposait que sur Phibun. Elle avait pu constater qu’au lieu de négocier avec les rebelles, l'armée avait bombardé le navire où il était détenu et avait lancé une contre-attaque féroce, assiégeant de concert avec la police et l'armée de l'air les bases navales de Bangkok.

 

Toutefois la mutinerie avait permis au général Sarit Thanarat, commandant du corps d’armée de Bangkok, (Ce que Phin avait été en 1947) de jouer un rôle décisif dans la lutte contre la rébellion, et d’augmenter son prestige. Si Phin conservait le commandement nominal de l’armée, Sarit en avait désormais le pouvoir. Mais si Phao, le chef de la police avait pu renforcer son pouvoir, l’harmonie entre la police et l’armée avait cessé.  

Au niveau politique et constitutionnel.

 

(Cf. Ch.3 de Fistié, Traduction constitutionnelle de nouveau régime, pp.220- 230)                                                                                                                                             

Si la vie politique du royaume se caractérisait donc par force complots, coups d’Etat manqués et réussis, et la prise du pouvoir effectif par l’armée et la police, elle se caractérisait aussi, non sans paradoxe, par le désir d’afficher une nouvelle constitution d’inspiration « démocrate ».

 

Ainsi Phibun avait maintenu les deux Assembles du régime provisoire établi en 1947, avec le Sénat pro-monarchiste et une Assemblée élue où les « Démocrates » de Khuang avaient plus de la moitié des sièges. Phibun avait laissé se poursuivre  l’élaboration de la Constitution définitive, qui malgré des débats mouvementés, fut adoptée le 28 janvier 1949 par 125 voix contre 30 et promulguée par le Conseil suprême, le 23 mars 1949, suite à un télégramme du jeune roi Bhumibol Adulyadej, envoyé de Suisse. (Il sera couronné le 5 mai 1950 sous le nom de Rama IX.)

215. LE NOUVEAU RÉGIME DU MARÉCHAL PHIBUN DU 8 AVRIL 1948 AU 24 MARS 1952.

La nouvelle Constitution en son article 3 déclarait : « Le pouvoir émane du peuple siamois (Bien sûr !). Le roi en tant que chef de l’Etat, exerce ce pouvoir en vertu des dispositions de la Constitution ». (Evidemment !)  L’article 11 stipulait qu’il était le chef des forces armées siamoises ; l’article 152, qu’il pouvait proclamer la loi martiale. Le roi nommait et révoquait les membres de son Conseil privé (9 au maximum), choisissait les 100 membres du Sénat.

 

Plusieurs articles étaient plutôt savoureux car ils interdisaient de fait toute intervention de l’armée dans les affaires intérieures, et à tout militaire de devenir membre d’un parti politique.

 

La chambre des représentants devait être élue pour quatre ans au suffrage direct et secret ; On précisait, toujours non sans humour, que les candidats ne pouvaient pas appartenir à une compagnie ou une société où l’Etat avait plus de 50 % des parts. (Article 80)

 

Evidemment, les deux assemblées participaient à la fonction législative, mais seule la Chambre des représentants pouvait exprimer un vote de censure à l’égard de l’ensemble des ministres ou de l’un d’entre eux. (A131) La politique suivie par le  Conseil des ministres devait être également approuvée par la Chambre des représentants (Articles 145, 146, 148).

 

Les élections partielles eurent lieu en juin 1949. La participation ne dépassa pas 10%. (Le dernier recensement de 1947 avait donné le chiffre de 17.443.000 habitants, ce qui pouvait donner en 1949 environ 18.500.000 habitants.) Les « Démocrates » furent battus

215. LE NOUVEAU RÉGIME DU MARÉCHAL PHIBUN DU 8 AVRIL 1948 AU 24 MARS 1952.

Phibun formait un nouveau gouvernement  le 25 juin 1949 (Le 22ème, 25 juin 1949-29 novembre 1951), composé de  10 militaires sur 26 ministres dans lequel il s’octroyait les ministères de la Défense nationale et des Affaires étrangères. La nouvelle constitution n’avait pas mis fin, par magie, à la domination politique de l’armée mené par le général Sarit et de la police par le général Phao, comme nous allons le voir.

 

Sous la direction de Khuang, les Démocrates avaient tenté de jouer leur rôle d’opposants et lancé une campagne de critiques sévères contre le gouvernement les accusant, entre autre,  d’avoir faussé les élections, de transformer le pays en un Etat policier, de couvrir des détournements de fond et la participation des militaires à des affaires commerciales privées. Ils réussirent même en novembre à refuser au gouvernement des crédits supplémentaires pour renforcer les forces armées et la police. Mais leur rôle de censeur que leur accordait la Constitution limitait leur action politique. Seule une nouvelle conjoncture pouvait leur donner quelque espoir.

 

Certains la virent dans le retour du jeune roi  en Thaïlande  prévu en novembre pour exercer ses fonctions. 

215. LE NOUVEAU RÉGIME DU MARÉCHAL PHIBUN DU 8 AVRIL 1948 AU 24 MARS 1952.

9 mois plus tôt, à la mort du prince Rangsit, il avait désigné le prince Thani comme Régent contre l’hostilité de Phibun. Il avait également pressé le Conseil Suprême de promulguer la Constitution définitive le 23 mars 1949. A la veille de son retour, il avait fait une proclamation par-dessus la tête du gouvernement. On le sentait résolu à exercer le pouvoir, surtout qu’il pouvait s’appuyer sur le Sénat qu’il nommait et de nombreux Démocrates, voulant changer la donne. La Constitution le faisait de plus chef des armées.

 

Sarit et Phao, en tous cas, virent là un danger sérieux, et oublièrent leur rivalité, pour former un « comité exécutif » de neufs généraux et fomenter un nouveau coup d’Etat le 29 novembre 1951.

 

« Phibun était maintenu au poste de 1er ministre, le Parlement était dissous, la Constitution de 1949 abolie et celle de 1932 remise en vigueur. A son arrivée à Bangkok, le 2 décembre, le roi Bhumibol ne put que ratifier ces décisions. Le 11, le maréchal Phibun remaniait son cabinet pour y inclure sept des neufs leaders du coup d’Etat  du 29 novembre. (Fistié, op. cit., p.225)

215. LE NOUVEAU RÉGIME DU MARÉCHAL PHIBUN DU 8 AVRIL 1948 AU 24 MARS 1952.

C’était le 23ème gouvernement (29 novembre- 5 décembre 1951) composé de  16 ministres dont 9 militaires ; Phibun reprenait également le ministère de la Défense et on voyait réapparaître en outre deux vieilles connaissances, anciens collaborateurs des Japonais, Luang Wichit (vice-ministre aux affaires étrangères de Phibun le 15 décembre 1941 et ultranationaliste et propagandiste du mouvement pan-thaï) qui devenait ministre des Finances et le major général Prayun qui était ministre sans portefeuille. 

 

Le 1er décembre, le contre-amiral Luang Sunavin devenait vice-ministre de la Défense. Nous avions donc 10 militaires et 7 civils.

 

Mais on imagine les tractations, les luttes d’influence, de pouvoir, puisqu’ après  une semaine après la formation officielle du 23ème gouvernement, un nouveau gouvernement était formé ; C’était le 24ème (6 décembre1951-23 mars 1952). Il était composé de 18 militaires sur 25 ministres. Il voyait déjà dès le 11 décembre des arrivées, des changements de poste. On pouvait observer l’arrivée du général Phin comme vice-1er ministre (Un moyen de laisser pleinement l’armée au général Sarit ?) et celle de trois policiers au gouvernement. (Un moyen pour le général Phao de  « surveiller » le gouvernement ?).

 

Et de nouveau, il y eut des élections générales le 26 février 1952 et une nouvelle constitution le 8 mars 1952.

 

Mais les élections furent truquées par la loi électorale qui interdisait aux partis de patronner des candidats. Les « Démocrates » dans ces conditions ne se présentèrent pas et le gouvernement Phibun obtint une majorité de  70 %. 

215. LE NOUVEAU RÉGIME DU MARÉCHAL PHIBUN DU 8 AVRIL 1948 AU 24 MARS 1952.

Le roi promulguait la nouvelle Constitution le 8 mars 1952, qui reprenait en fait nombre de dispositions de celle de 1932. On retrouvait une période de 10 ans avec une Assemblée à  deux catégories, une nommée et une élue, avec la possibilité dans cinq ans pour une province d’élire des députés, si celle-ci voyait la moitié de ses électeurs atteindre la fin des études primaires. L’article 26 autorisait les partis, mais la loi électorale l’empêchait de fonctionner. Par contre, l’armée et la police pouvait de nouveau participer au pouvoir. Le 24 mars 1952, le maréchal Phibun formait le 25ème gouvernement. (24 mars 1952-26 février 1957).

215. LE NOUVEAU RÉGIME DU MARÉCHAL PHIBUN DU 8 AVRIL 1948 AU 24 MARS 1952.

Ainsi, le nouveau régime du maréchal Phibun du 8 avril 1948 au 24 mars 1952 (23ème et 24ème gouvernement)  avait réussi, en mâtant trois coups d’Etat  (Celui du 1er octobre 1948 par des pro-Pridi ; celui du 26 février 1949, mené par Pridi ; celui du 31 mars 1951 entrepris par la marine) à éliminer politiquement Pridi, les Free Thais, et la marine. Le coup d’Etat « interne » de Sarit et Phao avec  un « comité exécutif » de neufs généraux du 29 novembre 1951, permit à l’armée et à la police de mieux contrôler le gouvernement, de dissoudre le Parlement, d’abolir la Constitution de 1949 et de mettre à l’écart le roi, de retour à Bangkok, le 2 décembre 1951.

 

De plus, par des élections truquées par une loi électorale inique, le 26 février 1952, le gouvernement  força  leur principal  parti d’opposition, les Démocrates, à être hors-jeu du champ politique (Ils ne participeront pas aux élections). La nouvelle constitution du 8 mars 1952 couronnera le tout en « constitutionalisant » la dictature, avec à sa tête un triumvirat, à savoir : le maréchal Phibun, chef du gouvernement, le général Phao, chef de la Police, et le général Sarit, chef des armées de fait.

215. LE NOUVEAU RÉGIME DU MARÉCHAL PHIBUN DU 8 AVRIL 1948 AU 24 MARS 1952.

(Officiellement le général Sarit obtenait le portefeuille du Ministère de la guerre le 27 décembre 1953 ; et était nommé commandant en chef de l’armée le 22 juin 1954 (Il avait 45 ans), à la place de Phin, qui devenait ministre adjoint de la Défense).

 

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Désormais, la politique gouvernementale, après avoir éliminé toute opposition pouvait s’employer pleinement à mener une politique antichinoise et à éliminer les « communistes » ou ceux que l’on soupçonnait tels, avec l’aide des Etats-Unis. Mais auparavant il fallait rappeler le contexte de la guerre froide entre l’URSS et les Etats-Unis, et dans quelles circonstances, la Thaïlande sera amené à choisir le camp américain. Ce sera notre prochain article.

215. LE NOUVEAU RÉGIME DU MARÉCHAL PHIBUN DU 8 AVRIL 1948 AU 24 MARS 1952.

0*22ème gouvernement (25 juin 1949-29 novembre 1951). 23ème  gouvernement (29 novembre1951-6 décembre 1951). 24ème gouvernement (6 décembre 1951-23 mars 1952). 25ème gouvernement (24 mars 1952-26 février 1957). 26ème gouvernement (21 mars- 16 septembre 1957)

 

** Pierre Fistié, « L’évolution de la Thaïlande contemporaine », Armand Colin, 1967

Autres sources :

 

Et B. J. Terwiel, in « Thailand’s Political History », River Books, 2011 

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