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  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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25 janvier 2016 1 25 /01 /janvier /2016 18:01
216- MAHIDOL  AYULYADEJ,  «  LE PRINCE  PÉRE », PÉRE DE RAMA VIII, ET DU ROI ACTUEL DE THAÏLANDE, BHUMIBOL  AYULYADEJ.

PRÉCURSEUR DE LA GUERRE SOUS-MARINE, PÉRE DE LA MÉDECINE THAÏE ET ÉPOUX EXEMPLAIRE.

 

Mahidol Adulyadej, Prince de Songkla (สมเด็จเจ้าฟ้ามหิดลอดุลยเดช กรมหลวงสงขลานครินทร์) ou Mahidol Adulyadej «  le Prince père » (สมเด็จพระมหิตลาธิเบศร อดุลยเดชวิกรม อดุลยเดชวิกรม พระบรมราชชนก) ou plus simplement  Mahidol Songkla était le père du roi Ananda Mahidol (Rama VIII) et du Roi Bhumibol Adulyadej (1).

 

Il était le 69ème enfant du roi Chulalongkorn, né le 1er janvier 1892  et le 7ème de la reine Savang Vadhana (สว่างวัฒนา). Sa mère adopta par ailleurs quatre autres princes de mères non princière (Chao Chom Manda เจ้าจอมมารดา) après sa mort; Parmi eux se trouvait le Prince Rangsit Prayulsak (รังสิตประยูรศักดิ์) devenu un ami très proche du prince pendant son enfance et qui jouera un rôle central dans sa future carrière.

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Comme les autres fils du roi Chulalongkorn, le prince Mahidol a commencé ses études à l'Ecole Royale du Grand Palais et reçut le titre de Prince de Songkla à 13 ans. Il a alors été envoyé en Angleterre en 1905 où il passe un an et demi dans la très distinguée Harrow School, la prestigieuse école anglaise fondée en 1572 par la reine Elizabeth Ière (2).

 

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Dans la marine, un précurseur.

 

Son père l’envoie alors en Allemagne pour rejoindre la très prestigieuse Académie militaire supérieure des Cadets, à Grosz-Lichterfelde dont étaient issus tous les nobles officiers prussiens, princes en tête (3). 

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Peut-être y rencontra-t-il Herman Goering qui en sortit en 1911 

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ou Von Richtofen, le fameux « baron rouge » qui en sortit en 1912 ?

 

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Mais son demi-frère, le roi Vajiravudh, va diriger sa carrière vers la marine. Il en est des raisons fondamentales qui n’avaient certainement pas échappé au souverain.

 

***

 

L’histoire de la marine royale thaïe est en effet marquée par un premier événement tragique : le 31 mai 1880, la barque à bord de laquelle la reine Sunandha Kumariratana (สุนันทากุมารีรัตน์) fille du roi Mongkut et l’une des épouses Rama V et l’une de ses filles, se rendaient, à la suite du roi, au palais d'été de Bang Pa In (พระราชวังบางปะอิน - situé sur les rives du fleuve Chao Phraya, dans le district de Bang Pa In, au sud de la province d'Ayutthaya) chavira et elles périrent toutes deux noyées (4).

 

La stèle commémorative :

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Elle le fut en 1893 ensuite lors de l’incident de Paknam, lorsque les canonnières françaises menacèrent le palais royal de leur artillerie sans que la marine commandée par l’amiral danois auto-baptisé « de Richelieu » ait pu s’y opposer.

 

Cette histoire a été écrite par le Prince Damrong (5) : A l’époque du monarque, elle est pratiquement inexistante. Si l’on en croit le très classique ouvrage de référence, celui de Capitaine de Balincourt  en 1914 encore (6) il n’y a que trois bâtiments de guerre dignes d’intérêt, le Mahachakri construit en Angleterre en 1891 qui sert également d’embarcation royale, le Mahut Rajakumar construit aux Philippines et refusé par l’Espagne « pour être sans protection et son manque de vitesse » et le Suriya Mouthom utilisé par les douanes pour la surveillance côtière.

 

La marine manque de moyens, elle manque aussi d’officiers compétents.

 

***

Le prince entre alors à l'Académie navale impériale allemande de Flensburg-Mürwik (anciennement à Kiel). 

 

 

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Il y remporta un concours sur la conception des sous-marins. Vivant comme ses camarades lieutenants dans la marine impériale, en plus de ses études, il est affecté à un cuirassé allemand sur lequel il doit nettoyer les ponts et pelleter le charbon, et formellement dans la marine royale thaïe en 1912. 

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Il dut revenir en Thaïlande en 1914 au début de la première guerre et fut affecté à un poste d'enseignant à l'Académie de la Marine royale, manifestant son intérêt pour les petites unités, les sous-marins et les torpilleurs. Précurseur assurément … Les écoles traditionnelles attribuent alors un rôle prépondérant aux grosses unités, les cuirassés. L’expérience ultérieure donna malheureusement raison au Prince : Les Allemands ont démontré à partir de 1917 sur décision tardive de l’empereur Guillaume II et malgré l’état-major sclérosé de la Kriegsmarine l’efficacité diabolique de leurs U-Boote, petites unités discrètes, pratiquement invisibles, furtives avant la lettre, bien moins coûteuses que les cuirassés, franchissant facilement les lignes britanniques pour porter la guerre dans l'océan Atlantique (7). 

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Il entra alors en conflit avec des officiers supérieurs, la plupart diplômés des écoles britanniques favorables aux grosses unités. Le prince préféra alors démissionner 9 mois après avoir rejoint la Marine. Une nouvelle carrière allait commencer.

 

Le père de la médecine thaïe :

 

Curieuse mais sympathique reconversion qui conduit le prince non plus à chercher de nouveaux moyens pour détruire des vies humaines mais à les sauver. Son demi-frère et ami le Prince Rangsit était directeur du collège médical royal (Rajapaethayalai ราชแพทยาลัย). 

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La pratique médicale était alors en retard par rapport aux normes occidentales. Le Collège et l'hôpital Sirirat (โรงพยาบาลศิริราช) était petits, bondés, sous-financés, en sous-effectif et mal équipés (8). 

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Rangsit, prince de « classe inférieure » pensait que la présence  d’une personne prestigieuse comme le prince Mahidol (prince « de première classe » né d'une mère fille de roi) soutiendrait ses efforts pour améliorer la pratique médicale et la santé publique en permettant de recueillir plus facilement des financements. Voyant la réaction indignée de Mahidol lors d’une visite de l'hôpital, Rangsit lui a demandé s’il voulait aider. N’ayant pas la moindre connaissance médicale, le prince fut d’abord réticent. Mais il finit par accepter  et  décida d’étudier cette science toute nouvelle pour lui : Nous le retrouvons alors à Cambridge dans le Massachusetts pour étudier la santé publique dans la prestigieuse université d’Harvard

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Il demanda alors au Prince Rangsit de sélectionner quatre élèves pour le rejoindre : deux étudiants en médecine financés par lui et deux étudiants en soins infirmiers financés par sa mère. Arriva alors une étudiante en soins infirmiers de 18 ans, Sangwal Talabhat, sa future épouse dont il devint rapidement « très proche ». Elle revint avec lui en Thaïlande pour assister aux funérailles de la reine Saovabha (เสาวภาผ่องศรี), la mère de Rama VI, en 1919. Ils s’y marièrent avec la bénédiction royale au Palais Sapatham avant de retourner à Harvard. Il y reçut son diplôme en 1921. Après un passage en Angleterre, leur premier enfant, la princesse Galyani Vadhana (กัลป์ยาณิวัฒนา), naquit à Londres le 6 mai 1923.

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Il retourna en Thaïlande la même année pour occuper un poste de directeur général du Département de l'Université au ministère de l'Education. En dehors de ses fonctions administratives, il enseignait également son art aux du Collège médical royal. En 1925, il se rend à Heidelberg, en Allemagne pour subir un traitement des reins avant de retourner à Harvard pour continuer à étudier la médecine. C’est à Heidelberg que naquit son premier fils, Ananda, le roi Rama VIII, le 20 septembre 1925. 

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Son plus jeune naquit dans le Massachusetts le 5 décembre 1927. 

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Muni de tous ses diplômes, il retourne en Thaïlande en décembre 1928. Il s’empressa alors d’organiser un système de bourses pour les étudiants en médecine et en soins infirmiers. Souhaitant retourner à l'hôpital Sirirat pour y effectuer un stage, son statut princier lui posa un problème puisque considéré comme trop prestigieux. Sans se décourager, il choisit un autre hôpital dans un environnement moins guindé, l'hôpital missionnaire McCormick à Chiang Mai. Il y a travailla jour et nuit, comme médecin permanent. Ses patients l'appelaient affectueusement « หมอเจ้าฟ้า Mo Chao Fa » (« le prince médecin »). 

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Ses problèmes rénaux refirent alors surface. Trois semaines après avoir commencé à travailler, il se rendit à Bangkok pour assister aux obsèques d’un oncle et n'a jamais été en mesure de retourner à Chiang Mai. Il souffrait en réalité d’un abcès du foie. Il  mourut le 24 septembre 1929, au Palais Sapatham. Il n’était âgé que de 37 ans. Il reçut à titre posthume en 1934 le titre de « prince Père » (Somdejphra mahittalathibet Adulyadejvikromphraborommarajachanok - สมเด็จพระมหิตลาธิเบศอดุลยเดช วิกรม พระบรมราชชนก).

 

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Un époux exemplaire.

 

La Princesse Srinagarindra (ศรีนครินทรา) naquit le 21 octobre 1900 dans la province de Nonthaburi sous le nom de Sangwan Talapat (สังวาลย์ ตะละภัฏ) devenue officiellement Somdet Phra Srinagarindra Boromarajajonani (สมเด็จพระศรีนครินทราบ รมราช ชนนี) et affectueusement Somdet Ya (สมเด็จ ย่า), « la grand-mère royale ». Troisième de quatre enfants, son frère aîné et sa sœur moururent jeunes.

 

 

 

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A 9 ans, elle et son jeune frère perdent leurs parents. Ils sont confiés à la tutelle d’une tante, Suay, qui gagnait sa vie en faisant des bonbons et roulant des cigarettes. Circonstance exceptionnelle en cette époque, la mère de Sangwan savait lire et avait appris à sa fille. Elle l’inscrivit à l'école de filles du Wat Anongkharam (วัดอนงคาราม) dont l'abbé avait reconnu la nécessité pour les filles de recevoir une éducation.

 

 

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Elle a ensuite étudié à l’école Suksanari (ศึกษานารี) à Bangkok mais dû abandonner ses études faute de payement des frais de scolarité. 

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Elle lisait toutefois beaucoup en fréquentant un ami de sa tante qui tenait une bibliothèque de livres à louer. Nous la trouvons présentée à la cour royale où elle semble tenir un rôle de demoiselle de compagnie. Elle est alors envoyée à l’école Satri Wittaya (สตรีวิทยา) et vivait chez l’ancienne nourrice du Prince Mahidol

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Un malheureux accident avec une aiguille à coudre va changer le sort de son existence : envoyée chez le médecin de la cour, celui-ci l’héberge et lui demande si elle serait intéressée à suivre des études d'infirmière. Elle accepte. Elle se retrouve alors à l’école d’infirmière de l’hôpital Sirirat où, en guise d’incitation, chaque élève recevait 15 bahts par mois, somme alors modeste mais suffisante pour vivre. Elle n’avait alors que treize ans, trop jeune de deux ans mais ses qualifications lui permettent d’obtenir une dispense. Le durée des études est de trois ans et les élèves doivent s’engager ensuite envers l’hôpital pour une durée de trois ans. Elle obtient son diplôme en 1916 et rejoint l’équipe hospitalière. L’année suivante elle est choisie pour appartenir à l’équipe recrutée par le Prince Rangsit à la demande de son demi-frère Mahidol. Les préparatifs de ce voyage incluent six mois de cours intensifs d'anglais. Pour son passeport, elle a aussi besoin d'un nom de famille, dont l'utilisation n'est pas encore généralisée. Elle a adopté celui de Talapat. Elle quitte Bangkok le 13 août 1917 avec d’autres étudiants. Un voyage de six semaines les conduit à SingapourHong Kong, le JaponHawaii, et enfin San Francisco. Elle est hébergée un an dans une famille américaine, les Adamsens à Berkeley, qui la font assister au catéchisme du dimanche pour y apprendre la foi chrétienne. En 1918, elle rejoint Boston dans le Massachusetts avec d’autres étudiants. A la gare de Boston le 21 septembre 1918, le prince Mahidol est à l’accueil incognito. 

 

 

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Sangwan ignore qui il est. Mais à deux heures du matin, le jeune prince arrivé à la maison dit à son colocataire, Pradit Soukhoum (plus tard Luang Soukhoum Nayapradit) en le réveillant : « Les deux filles sont arrivés. Sangwan est vraiment très belle, sais-tu ? ». 

 

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Elle est effectivement ravissante et resta jusqu’à sa mort une vieille Dame d’une beauté surprenante. 

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Le Prince est épris, il participe aux cours de perfectionnement en anglais et se promène avec sa future dans les parcs pour observer les fleurs. Sangwan aime la nature et l'environnement naturel. L'approbation royale à cette union est accordée, et en 1919, lors d'une cérémonie privée, le prince Mahidol Adulyadej offre  une bague en diamant en forme de cœur. Après leurs fiançailles et le mariage, célébré en 1920 lors d’un voyage-éclair à Bangkok, le prince Mahidol fait apprendre à son épouse l'algèbre, le latin et le français. Il confie à une gouvernante américaine la charge de l'emmener visiter les musées et les galeries d'art. Le mariage fut suivi  d’un voyage de noces, un long périple dans divers pays européens avant le retour aux États-Unis. Le Prince Mahidol reprend ses études à Harvard et au « Massachusetts Institute of Technology » (MIT) à Boston ...

 

 

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et son épouse des cours de soins infirmiers au « Simmons College » dans la même ville, où elle étudie la chimie et la diététique puis la santé scolaire. 

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Boston, ils sont tout simplement connus comme M. et Mme Mahidol de Songkla, vivant dans un appartement de deux chambres au 329 de Longwood Avenue. En dehors de leurs études, ils s’impliquent étroitement dans des activités caritatives au profit des étudiants siamois. Ils accueillent souvent d'autres étudiants thaïlandais - elle faisait la cuisine et lui la vaisselle. Premier prince de haut rang monogame de la dynastie, le prince Mahidol n’ayant aucune vocation ni pour lui ni pour ses descendants à monter sur le trône, ne s’est pas préoccupé de choisir une épouse de sang royal, il n’a pas non plus cherché à assurer sa descendance mâle en multipliant les épouses, principale, secondaire et cachée (9).

 

A sa mort brutale à Bangkok en 1929, les trois enfants sont encore en bas-âge (8, 4 et 2 ans). Une nouvelle vie pour eux et leur mère, difficile, va commencer.

 

Nous en parlerons bientôt.

 

Cette photographie datée de 1929 est probablement postérieure au décès du Prince :

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Les sources relatives aux conceptions « sous-marinières » du prince sont squelettiques.

Le site :

https://th.wikipedia.org/wiki/สมเด็จพระมหิตลาธิเบศร_อดุลยเดชวิกรม_พระบรมราชชนก

donne de nombreuses références (toutes en thaï).

Sur sa carrière médicale, un très bel article :

http://www.bangkokpost.com/learning/learning-from-news/392524/prince-mahidol-medical-education-in-thailand)

et :

http://www.pharmacy.mahidol.ac.th/eng/aboutus.php

Sur son épouse, le site

https://th.wikipedia.org/wiki/สมเด็จพระศรีนครินทราบรมราชชนนี

contient également une foule de références, toutes en thaï.

 

NOTES

 

(1) Nous utilisons pour ces noms propres la « transcription du Palais » qui diffère quelque peu de la transcription officielle. Notons encore, simple question de courtoisie thaïe que les monarques ne portent le nom de « Rama » qu’après leur mort une fois effectuée leur entrée dans le Panthéon bouddhiste. Il n’est pas séant de parler (comme on le lit trop souvent) de Rama IX pour parler du Roi Bhumibol Adulyadej.

 

(2) Simplement « Harrow » pour les initiés, située dans le nord-ouest de Londres, elle existerait depuis 1243, voir le site officiel de l’école : http://www.harrowschool.org.uk/

Elle a une succursale tout aussi huppée à Bangkok depuis 1998 créée en raison des liens étroits entre la famille royale et l’école de Londres qui accueillit 23 princes de la famille royale de la fin XIXème siècle au XXème siècle, compris le prince Mahidol, voir le site http://www.harrowschool.ac.th/.

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(4) On lit souvent que malgré la présence de nombreux témoins, comme il était interdit sous peine de mort de toucher la reine, personne ne serait intervenu. L’historicité de l’anecdote est douteuse et plus encore.

 

(5) « Histoire des bateaux de guerre siamois » traduite en français par Jean-Claude Brodbeck et publiée In « Arts asiatiques », tome 34, 1978. pp. 173-237.

 

(6) « Les flottes de combat » en son édition de 1914, p.703 s. Cet ouvrage, un grand classique, publié annuellement, recense l’ensemble des bâtiments des marines de guerre du monde. Raoul de Balincourt fut un grand marin mais à cette date le rôle potentiel de l’arme sous-marine lui échappe complétement.

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(7) Sur les 345 U-Boots opérant durant la première Guerre mondiale, 274 coulèrent 6.394 navires marchands représentant 12.800.733 tonneaux et une centaine de navires de guerre représentant 366.490 tonnes. Le torpillage du « Lusitania » fut de trop bien que ces cales aient probablement été remplies d’une cargaison d’armes destinée à l’Angleterre ?

 

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(8) L'hôpital a été fondé par le roi Chulalongkorn en 1888, deux ans après une épidémie mondiale de choléra. Il porte le nom de l’un des fils du roi qui perdit la vie lors de l’épidémie.

 

 

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(9) Plutôt que l’expression d’une sexualité débordante ou la manifestation d’un subconscient polygame, ne faut-il pas voir dans la multiplication des épouses principales ou secondaires jusqu’à Rama V le souci primordial d’assurer tout simplement la descendance et la survie de la dynastie ? La mortalité infantile était alors effrayante. Le roi Chulalongkorn a engendré un total de 77 enfants dont 32 fils (un petit nombre ayant atteint l'âge adulte) de 4 reines différents et de 32 reines ​​consorts. Ces simples constatations ne sont peut-être pas étrangères à la passion manifestée par le Prince Mahidol pour la médecine ? Entre les années 1910 et 1920, il ne restait en vie que sept de ces fils ayant rang princier de Chao Fa (เจ้าฟ้า) «seigneur du ciel » :  Cinq de ces fils étaient nés de la reine Saovabha Bongsri (เสาวภาผ่องศรี), Rama VI et Rama VII, morts sans descendance, le Prince Chakrabongse Bhuvanath (จักรพงษ์ภูวนาถ) qui avait perdu pour lui et sa descendance ses droits au trône pour cause de mariage étranger, le Prince Atsadang Dechawut (อัษฎางค์เดชาวุธ) mort à trente ans sans descendance et le Prince Chuthathut Tharadilok (จุฑาธุชธราดิลก) mort à 31 ans avec une descendance illégitime.

Un autre était né de la reine Savang Vadhana (สว่างวัฒนา), le Prince Mahidol.

Un autre enfin était né de la Reine Sukhumala Marasri (สุขุมาลมารศรี), le Prince Paribatra Sukhumbhand (บริพัตรสุขุมพันธุ์), mort en exil politique.

Lors de l’abdication de Rama VII et 1935, il ne restait plus de ces princes ou de leur descendance mâle que quatre lignes, la ligne Chakrabongse, incontestablement non dynaste, la ligne Chuthathut Tharadilok, incontestablement non dynaste, la ligne Mahidol toujours sur le trône et la ligne Paribatra considérée comme non dynaste par une interprétation très casuistique de la loi successorale de 1924 (voir notre article 175  «  La « Loi du palais » pour la succession royale en 1924 ».

 
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Mais son demi-frère, le roi Vajiravudh, va diriger sa carrière vers la marine. Il en est des raisons fondamentales qui n’avaient certainement pas échappé au souverain.

 

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L’histoire de la marine royale thaïe est en effet marquée par un premier événement tragique : le 31 mai 1880, la barque à bord de laquelle la reine Sunandha Kumariratana (สุนันทากุมารีรัตน์) fille du roi Mongkut et l’une des épouses Rama V et l’une de ses filles, se rendaient, à la suite du roi, au palais d'été de Bang Pa In (พระราชวังบางปะอิน - situé sur les rives du fleuve Chao Phraya, dans le district de Bang Pa In, au sud de la province d'Ayutthaya) chavira et elles périrent toutes deux noyées (4).

 

Elle le fut en 1893 ensuite lors de l’incident de Paknam, lorsque les canonnières françaises menacèrent le palais royal de leur artillerie sans que la marine commandée par l’amiral danois auto-baptisé « de Richelieu » ait pu s’y opposer.

 

Cette histoire a été écrite par le Prince Damrong (5) : A l’époque du monarque, elle est pratiquement inexistante. Si l’on en croit le très classique ouvrage de référence, celui de Capitaine de Balincourt  en 1914 encore (6) il n’y a que trois bâtiments de guerre dignes d’intérêt, le Mahachakri construit en Angleterre en 1891 qui sert également d’embarcation royale, le Mahut Rajakumar construit aux Philippines et refusé par l’Espagne « pour être sans protection et son manque de vitesse » et le Suriya Mouthom utilisé par les douanes pour la surveillance côtière.

 

La marine manque de moyens, elle manque aussi d’officiers compétents.

 

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Le prince entre alors à l'Académie navale impériale allemande de Flensburg-Mürwik (anciennement à Kiel). Il y remporta un concours sur la conception des sous-marins. Vivant comme ses camarades lieutenants dans la marine impériale, en plus de ses études, il est affecté à un cuirassé allemand sur lequel il doit nettoyer les ponts et pelleter le charbon, et formellement dans la marine royale thaïe en 1912. Il dut revenir en Thaïlande en 1914 au début de la première guerre et fut affecté à un poste d'enseignant à l'Académie de la Marine royale, manifestant son intérêt pour les petites unités, les sous-marins et les torpilleurs. Précurseur assurément … Les écoles traditionnelles attribuent alors un rôle prépondérant aux grosses unités, les cuirassés. L’expérience ultérieure donna malheureusement raison au Prince : Les Allemands ont démontré à partir de 1917 sur décision tardive de l’empereur Guillaume II et malgré l’état-major sclérosé de la Kriegsmarine l’efficacité diabolique de leurs U-Boote, petites unités discrètes, pratiquement invisibles, furtives avant la lettre, bien moins coûteuses que les cuirassés, franchissant facilement les lignes britanniques pour porter la guerre dans l'océan Atlantique (7). Il entra alors en conflit avec des officiers supérieurs, la plupart diplômés des écoles britanniques favorables aux grosses unités. Le prince préféra alors démissionner 9 mois après avoir rejoint la Marine. Une nouvelle carrière allait commencer.

 

Le père de la médecine thaïe :

 

Curieuse mais sympathique reconversion qui conduit le prince non plus à chercher de nouveaux moyens pour détruire des vies humaines mais à les sauver. Son demi-frère et ami le Prince Rangsit était directeur du collège médical royal (Rajapaethayalai ราชแพทยาลัย). La pratique médicale était alors en retard par rapport aux normes occidentales. Le Collège et l'hôpital Sirirat (โรงพยาบาลศิริราช) était petits, bondés, sous-financés, en sous-effectif et mal équipés (8). Rangsit, prince de « classe inférieure » pensait que la présence  d’une personne prestigieuse comme le prince Mahidol (prince « de première classe » né d'une mère fille de roi) soutiendrait ses efforts pour améliorer la pratique médicale et la santé publique en permettant de recueillir plus facilement des financements. Voyant la réaction indignée de Mahidol lors d’une visite de l'hôpital, Rangsit lui a demandé s’il voulait aider. N’ayant pas la moindre connaissance médicale, le prince fut d’abord réticent. Mais il finit par accepter  et  décida d’étudier cette science toute nouvelle pour lui : Nous le retrouvons alors à Cambridge dans le Massachusetts pour étudier la santé publique dans la prestigieuse université d’Harvard. Il demanda alors au Prince Rangsit de sélectionner quatre élèves pour le rejoindre : deux étudiants en médecine financés par lui et deux étudiants en soins infirmiers financés par sa mère. Arriva alors une étudiante en soins infirmiers de 18 ans, Sangwal Talabhat, sa future épouse dont il devint rapidement « très proche ». Elle revint avec lui en Thaïlande pour assister aux funérailles de la reine Saovabha (เสาวภาผ่องศรี), la mère de Rama VI, en 1919. Ils s’y marièrent avec la bénédiction royale au Palais Sapatham avant de retourner à Harvard. Il y reçut son diplôme en 1921. Après un passage en Angleterre, leur premier enfant, la princesse Galyani Vadhana (กัลป์ยาณิวัฒนา), naquit à Londres le 6 mai 1923. Il retourna en Thaïlande la même année pour occuper un poste de directeur général du Département de l'Université au ministère de l'Education. En dehors de ses fonctions administratives, il enseignait également son art aux du Collège médical royal. En 1925, il se rend à Heidelberg, en Allemagne pour subir un traitement des reins avant de retourner à Harvard pour continuer à étudier la médecine. C’est à Heidelberg que naquit son premier fils, Ananda, le roi Rama VIII, le 20 septembre 1925. Son plus jeune naquit dans le Massachusetts le 5 décembre 1927. Muni de tous ses diplômes, il retourne en Thaïlande en décembre 1928. Il s’empressa alors d’organiser un système de bourses pour les étudiants en médecine et en soins infirmiers. Souhaitant retourner à l'hôpital Sirirat pour y effectuer un stage, son statut princier lui posa un problème puisque considéré comme trop prestigieux. Sans se décourager, il choisit un autre hôpital dans un environnement moins guindé, l'hôpital missionnaire McCormick à Chiang Mai. Il y a travailla jour et nuit, comme médecin permanent. Ses patients l'appelaient affectueusement « หมอเจ้าฟ้า Mo Chao Fa » (« le prince médecin »). Ses problèmes rénaux refirent alors surface. Trois semaines après avoir commencé à travailler, il se rendit à Bangkok pour assister aux obsèques d’un oncle et n'a jamais été en mesure de retourner à Chiang Mai. Il souffrait en réalité d’un abcès du foie. Il  mourut le 24 septembre 1929, au Palais Sapatham. Il n’était âgé que de 37 ans. Il reçut à titre posthume en 1934 le titre de « prince Père » (Somdejphra mahittalathibet Adulyadejvikromphraborommarajachanok - สมเด็จพระมหิตลาธิเบศอดุลยเดช วิกรม พระบรมราชชนก).

 

Un époux exemplaire.

 

La Princesse Srinagarindra (ศรีนครินทรา) naquit le 21 octobre 1900 dans la province de Nonthaburi sous le nom de Sangwan Talapat (สังวาลย์ ตะละภัฏ) devenue officiellement Somdet Phra Srinagarindra Boromarajajonani (สมเด็จพระศรีนครินทราบ รมราช ชนนี) et affectueusement Somdet Ya (สมเด็จ ย่า), « la grand-mère royale ». Troisième de quatre enfants, son frère aîné et sa sœur moururent jeunes. A 9 ans, elle et son jeune frère perdent leurs parents. Ils sont confiés à la tutelle d’une tante, Suay, qui gagnait sa vie en faisant des bonbons et roulant des cigarettes. Circonstance exceptionnelle en cette époque, la mère de Sangwan savait lire et avait appris à sa fille. Elle l’inscrivit à l'école de filles du Wat Anongkharam (วัดอนงคาราม) dont l'abbé avait reconnu la nécessité pour les filles de recevoir une éducation. Elle a ensuite étudié à l’école Suksanari (ศึกษานารี) à Bangkok mais dû abandonner ses études faute de payement des frais de scolarité. Elle lisait toutefois beaucoup en fréquentant un ami de sa tante qui tenait une bibliothèque de livres à louer. Nous la trouvons présentée à la cour royale où elle semble tenir un rôle de demoiselle de compagnie. Elle est alors envoyée à l’école Satri Wittaya (สตรีวิทยา) et vivait chez l’ancienne nourrice du Prince Mahidol. Un malheureux accident avec une aiguille à coudre va changer le sort de son existence : envoyée chez le médecin de la cour, celui-ci l’héberge et lui demande si elle serait intéressée à suivre des études d'infirmière. Elle accepte. Elle se retrouve alors à l’école d’infirmière de l’hôpital Sirirat où, en guise d’incitation, chaque élève recevait 15 bahts par mois, somme alors modeste mais suffisante pour vivre. Elle n’avait alors que treize ans, trop jeune de deux ans mais ses qualifications lui permettent d’obtenir une dispense. Le durée des études est de trois ans et les élèves doivent s’engager ensuite envers l’hôpital pour une durée de trois ans. Elle obtient son diplôme en 1916 et rejoint l’équipe hospitalière. L’année suivante elle est choisie pour appartenir à l’équipe recrutée par le Prince Rangsit à la demande de son demi-frère Mahidol. Les préparatifs de ce voyage incluent six mois de cours intensifs d'anglais. Pour son passeport, elle a aussi besoin d'un nom de famille, dont l'utilisation n'est pas encore généralisée. Elle a adopté celui de Talapat. Elle quitte Bangkok le 13 août 1917 avec d’autres étudiants. Un voyage de six semaines les conduit à SingapourHong Kong, le JaponHawaii, et enfin San Francisco. Elle est hébergée un an dans une famille américaine, les Adamsens à Berkeley, qui la font assister au catéchisme du dimanche pour y apprendre la foi chrétienne. En 1918, elle rejoint Boston dans le Massachusetts avec d’autres étudiants. A la gare de Boston le 21 septembre 1918, le prince Mahidol est à l’accueil incognito. Sangwan ignore qui il est. Mais à deux heures du matin, le jeune prince arrivé à la maison dit à son colocataire, Pradit Soukhoum (plus tard Luang Soukhoum Nayapradit) en le réveillant : « Les deux filles sont arrivés. Sangwan est vraiment très belle, sais-tu ? ». Elle est effectivement ravissante et resta jusqu’à sa mort une vieille Dame d’une beauté surprenante. Le Prince est épris, il participe aux cours de perfectionnement en anglais et se promène avec sa future dans les parcs pour observer les fleurs. Sangwan aime la nature et l'environnement naturel. L'approbation royale à cette union est accordée, et en 1919, lors d'une cérémonie privée, le prince Mahidol Adulyadej offre  une bague en diamant en forme de cœur. Après leurs fiançailles et le mariage, célébré en 1920 lors d’un voyage-éclair à Bangkok, le prince Mahidol fait apprendre à son épouse l'algèbre, le latin et le français. Il confie à une gouvernante américaine la charge de l'emmener visiter les musées et les galeries d'art. Le mariage fut suivi  d’un voyage de noces, un long périple dans divers pays européens avant le retour aux États-Unis. Le Prince Mahidol reprend ses études à Harvard et au « Massachusetts Institute of Technology » (MIT) à Boston et son épouse des cours de soins infirmiers au « Simmons College » dans la même ville, où elle étudie la chimie et la diététique puis la santé scolaire. A Boston, ils sont tout simplement connus comme M. et Mme Mahidol de Songkla, vivant dans un appartement de deux chambres au 329 de Longwood Avenue. En dehors de leurs études, ils s’impliquent étroitement dans des activités caritatives au profit des étudiants siamois. Ils accueillent souvent d'autres étudiants thaïlandais - elle faisait la cuisine et lui la vaisselle. Premier prince de haut rang monogame de la dynastie, le prince Mahidol n’ayant aucune vocation ni pour lui ni pour ses descendants à monter sur le trône, ne s’est pas préoccupé de choisir une épouse de sang royal, il n’a pas non plus cherché à assurer sa descendance mâle en multipliant les épouses, principale, secondaire et cachée (9).

 

A sa mort brutale à Bangkok en 1929, les trois enfants sont encore en bas-âge (8, 4 et 2 ans). Une nouvelle vie pour eux et leur mère, difficile, va commencer.

 

Nous en parlerons bientôt.

 

***

Les sources relatives aux conceptions « sous-marinières » du prince sont squelettiques.

Le site :

https://th.wikipedia.org/wiki/สมเด็จพระมหิตลาธิเบศร_อดุลยเดชวิกรม_พระบรมราชชนก

donne de nombreuses références (toutes en thaï).

Sur sa carrière médicale, un très bel article :

http://www.bangkokpost.com/learning/learning-from-news/392524/prince-mahidol-medical-education-in-thailand)

et :

http://www.pharmacy.mahidol.ac.th/eng/aboutus.php

Sur son épouse, le site

https://th.wikipedia.org/wiki/สมเด็จพระศรีนครินทราบรมราชชนนี

contient également une foule de références, toutes en thaï.

 

NOTES

 

(1) Nous utilisons pour ces noms propres la « transcription du Palais » qui diffère quelque peu de la transcription officielle. Notons encore, simple question de courtoisie thaïe que les monarques ne portent le nom de « Rama » qu’après leur mort une fois effectuée leur entrée dans le Panthéon bouddhiste. Il n’est pas séant de parler (comme on le lit trop souvent) de Rama IX pour parler du Roi Bhumibol Adulyadej.

 

(2) Simplement « Harrow » pour les initiés, située dans le nord-ouest de Londres, elle existerait depuis 1243, voir le site officiel de l’école : http://www.harrowschool.org.uk/

Elle a une succursale tout aussi huppée à Bangkok depuis 1998 créée en raison des liens étroits entre la famille royale et l’école de Londres qui accueillit 23 princes de la famille royale de la fin XIXème siècle au XXème siècle, compris le prince Mahidol, voir le site http://www.harrowschool.ac.th/.

 

(3) Voir http://lasabretache.fr/la-carriere-des-officiers-prussiens/

 

(4) On lit souvent que malgré la présence de nombreux témoins, comme il était interdit sous peine de mort de toucher la reine, personne ne serait intervenu. L’historicité de l’anecdote est douteuse et plus encore.

 

(5) « Histoire des bateaux de guerre siamois » traduite en français par Jean-Claude Brodbeck et publiée In « Arts asiatiques », tome 34, 1978. pp. 173-237.

 

(6) « Les flottes de combat » en son édition de 1914, p.703 s. Cet ouvrage, un grand classique, publié annuellement, recense l’ensemble des bâtiments des marines de guerre du monde. Raoul de Balincourt fut un grand marin mais à cette date le rôle potentiel de l’arme sous-marine lui échappe complétement.

 

(7) Sur les 345 U-Boots opérant durant la première Guerre mondiale, 274 coulèrent 6.394 navires marchands représentant 12.800.733 tonneaux et une centaine de navires de guerre représentant 366.490 tonnes. Le torpillage du « Lusitania » fut de trop bien que ces cales aient probablement été remplies d’une cargaison d’armes destinée à l’Angleterre ?

 

(8) L'hôpital a été fondé par le roi Chulalongkorn en 1888, deux ans après une épidémie mondiale de choléra. Il porte le nom de l’un des fils du roi qui perdit la vie lors de l’épidémie.

 

(9) Plutôt que l’expression d’une sexualité débordante ou la manifestation d’un subconscient polygame, ne faut-il pas voir dans la multiplication des épouses principales ou secondaires jusqu’à Rama V le souci primordial d’assurer tout simplement la descendance et la survie de la dynastie ? La mortalité infantile était alors effrayante. Le roi Chulalongkorn a engendré un total de 77 enfants dont 32 fils (un petit nombre ayant atteint l'âge adulte) de 4 reines différents et de 32 reines ​​consorts. Ces simples constatations ne sont peut-être pas étrangères à la passion manifestée par le Prince Mahidol pour la médecine ? Entre les années 1910 et 1920, il ne restait en vie que sept de ces fils ayant rang princier de Chao Fa (เจ้าฟ้า) «seigneur du ciel » :  Cinq de ces fils étaient nés de la reine Saovabha Bongsri (เสาวภาผ่องศรี), Rama VI et Rama VII, morts sans descendance, le Prince Chakrabongse Bhuvanath (จักรพงษ์ภูวนาถ) qui avait perdu pour lui et sa descendance ses droits au trône pour cause de mariage étranger, le Prince Atsadang Dechawut (อัษฎางค์เดชาวุธ) mort à trente ans sans descendance et le Prince Chuthathut Tharadilok (จุฑาธุชธราดิลก) mort à 31 ans avec une descendance illégitime.

Un autre était né de la reine Savang Vadhana (สว่างวัฒนา), le Prince Mahidol.

Un autre enfin était né de la Reine Sukhumala Marasri (สุขุมาลมารศรี), le Prince Paribatra Sukhumbhand (บริพัตรสุขุมพันธุ์), mort en exil politique.

Lors de l’abdication de Rama VII et 1935, il ne restait plus de ces princes ou de leur descendance mâle que quatre lignes, la ligne Chakrabongse, incontestablement non dynaste, la ligne Chuthathut Tharadilok, incontestablement non dynaste, la ligne Mahidol toujours sur le trône et la ligne Paribatra considérée comme non dynaste par une interprétation très casuistique de la loi successorale de 1924 (voir notre article 175  «  La « Loi du palais » pour la succession royale en 1924 ».

 

Mais son demi-frère, le roi Vajiravudh, va diriger sa carrière vers la marine. Il en est des raisons fondamentales qui n’avaient certainement pas échappé au souverain.

 

***

 

L’histoire de la marine royale thaïe est en effet marquée par un premier événement tragique : le 31 mai 1880, la barque à bord de laquelle la reine Sunandha Kumariratana (สุนันทากุมารีรัตน์) fille du roi Mongkut et l’une des épouses Rama V et l’une de ses filles, se rendaient, à la suite du roi, au palais d'été de Bang Pa In (พระราชวังบางปะอิน - situé sur les rives du fleuve Chao Phraya, dans le district de Bang Pa In, au sud de la province d'Ayutthaya) chavira et elles périrent toutes deux noyées (4).

 

Elle le fut en 1893 ensuite lors de l’incident de Paknam, lorsque les canonnières françaises menacèrent le palais royal de leur artillerie sans que la marine commandée par l’amiral danois auto-baptisé « de Richelieu » ait pu s’y opposer.

 

Cette histoire a été écrite par le Prince Damrong (5) : A l’époque du monarque, elle est pratiquement inexistante. Si l’on en croit le très classique ouvrage de référence, celui de Capitaine de Balincourt  en 1914 encore (6) il n’y a que trois bâtiments de guerre dignes d’intérêt, le Mahachakri construit en Angleterre en 1891 qui sert également d’embarcation royale, le Mahut Rajakumar construit aux Philippines et refusé par l’Espagne « pour être sans protection et son manque de vitesse » et le Suriya Mouthom utilisé par les douanes pour la surveillance côtière.

 

La marine manque de moyens, elle manque aussi d’officiers compétents.

 

***

Le prince entre alors à l'Académie navale impériale allemande de Flensburg-Mürwik (anciennement à Kiel). Il y remporta un concours sur la conception des sous-marins. Vivant comme ses camarades lieutenants dans la marine impériale, en plus de ses études, il est affecté à un cuirassé allemand sur lequel il doit nettoyer les ponts et pelleter le charbon, et formellement dans la marine royale thaïe en 1912. Il dut revenir en Thaïlande en 1914 au début de la première guerre et fut affecté à un poste d'enseignant à l'Académie de la Marine royale, manifestant son intérêt pour les petites unités, les sous-marins et les torpilleurs. Précurseur assurément … Les écoles traditionnelles attribuent alors un rôle prépondérant aux grosses unités, les cuirassés. L’expérience ultérieure donna malheureusement raison au Prince : Les Allemands ont démontré à partir de 1917 sur décision tardive de l’empereur Guillaume II et malgré l’état-major sclérosé de la Kriegsmarine l’efficacité diabolique de leurs U-Boote, petites unités discrètes, pratiquement invisibles, furtives avant la lettre, bien moins coûteuses que les cuirassés, franchissant facilement les lignes britanniques pour porter la guerre dans l'océan Atlantique (7). Il entra alors en conflit avec des officiers supérieurs, la plupart diplômés des écoles britanniques favorables aux grosses unités. Le prince préféra alors démissionner 9 mois après avoir rejoint la Marine. Une nouvelle carrière allait commencer.

 

Le père de la médecine thaïe :

 

Curieuse mais sympathique reconversion qui conduit le prince non plus à chercher de nouveaux moyens pour détruire des vies humaines mais à les sauver. Son demi-frère et ami le Prince Rangsit était directeur du collège médical royal (Rajapaethayalai ราชแพทยาลัย). La pratique médicale était alors en retard par rapport aux normes occidentales. Le Collège et l'hôpital Sirirat (โรงพยาบาลศิริราช) était petits, bondés, sous-financés, en sous-effectif et mal équipés (8). Rangsit, prince de « classe inférieure » pensait que la présence  d’une personne prestigieuse comme le prince Mahidol (prince « de première classe » né d'une mère fille de roi) soutiendrait ses efforts pour améliorer la pratique médicale et la santé publique en permettant de recueillir plus facilement des financements. Voyant la réaction indignée de Mahidol lors d’une visite de l'hôpital, Rangsit lui a demandé s’il voulait aider. N’ayant pas la moindre connaissance médicale, le prince fut d’abord réticent. Mais il finit par accepter  et  décida d’étudier cette science toute nouvelle pour lui : Nous le retrouvons alors à Cambridge dans le Massachusetts pour étudier la santé publique dans la prestigieuse université d’Harvard. Il demanda alors au Prince Rangsit de sélectionner quatre élèves pour le rejoindre : deux étudiants en médecine financés par lui et deux étudiants en soins infirmiers financés par sa mère. Arriva alors une étudiante en soins infirmiers de 18 ans, Sangwal Talabhat, sa future épouse dont il devint rapidement « très proche ». Elle revint avec lui en Thaïlande pour assister aux funérailles de la reine Saovabha (เสาวภาผ่องศรี), la mère de Rama VI, en 1919. Ils s’y marièrent avec la bénédiction royale au Palais Sapatham avant de retourner à Harvard. Il y reçut son diplôme en 1921. Après un passage en Angleterre, leur premier enfant, la princesse Galyani Vadhana (กัลป์ยาณิวัฒนา), naquit à Londres le 6 mai 1923. Il retourna en Thaïlande la même année pour occuper un poste de directeur général du Département de l'Université au ministère de l'Education. En dehors de ses fonctions administratives, il enseignait également son art aux du Collège médical royal. En 1925, il se rend à Heidelberg, en Allemagne pour subir un traitement des reins avant de retourner à Harvard pour continuer à étudier la médecine. C’est à Heidelberg que naquit son premier fils, Ananda, le roi Rama VIII, le 20 septembre 1925. Son plus jeune naquit dans le Massachusetts le 5 décembre 1927. Muni de tous ses diplômes, il retourne en Thaïlande en décembre 1928. Il s’empressa alors d’organiser un système de bourses pour les étudiants en médecine et en soins infirmiers. Souhaitant retourner à l'hôpital Sirirat pour y effectuer un stage, son statut princier lui posa un problème puisque considéré comme trop prestigieux. Sans se décourager, il choisit un autre hôpital dans un environnement moins guindé, l'hôpital missionnaire McCormick à Chiang Mai. Il y a travailla jour et nuit, comme médecin permanent. Ses patients l'appelaient affectueusement « หมอเจ้าฟ้า Mo Chao Fa » (« le prince médecin »). Ses problèmes rénaux refirent alors surface. Trois semaines après avoir commencé à travailler, il se rendit à Bangkok pour assister aux obsèques d’un oncle et n'a jamais été en mesure de retourner à Chiang Mai. Il souffrait en réalité d’un abcès du foie. Il  mourut le 24 septembre 1929, au Palais Sapatham. Il n’était âgé que de 37 ans. Il reçut à titre posthume en 1934 le titre de « prince Père » (Somdejphra mahittalathibet Adulyadejvikromphraborommarajachanok - สมเด็จพระมหิตลาธิเบศอดุลยเดช วิกรม พระบรมราชชนก).

 

Un époux exemplaire.

 

La Princesse Srinagarindra (ศรีนครินทรา) naquit le 21 octobre 1900 dans la province de Nonthaburi sous le nom de Sangwan Talapat (สังวาลย์ ตะละภัฏ) devenue officiellement Somdet Phra Srinagarindra Boromarajajonani (สมเด็จพระศรีนครินทราบ รมราช ชนนี) et affectueusement Somdet Ya (สมเด็จ ย่า), « la grand-mère royale ». Troisième de quatre enfants, son frère aîné et sa sœur moururent jeunes. A 9 ans, elle et son jeune frère perdent leurs parents. Ils sont confiés à la tutelle d’une tante, Suay, qui gagnait sa vie en faisant des bonbons et roulant des cigarettes. Circonstance exceptionnelle en cette époque, la mère de Sangwan savait lire et avait appris à sa fille. Elle l’inscrivit à l'école de filles du Wat Anongkharam (วัดอนงคาราม) dont l'abbé avait reconnu la nécessité pour les filles de recevoir une éducation. Elle a ensuite étudié à l’école Suksanari (ศึกษานารี) à Bangkok mais dû abandonner ses études faute de payement des frais de scolarité. Elle lisait toutefois beaucoup en fréquentant un ami de sa tante qui tenait une bibliothèque de livres à louer. Nous la trouvons présentée à la cour royale où elle semble tenir un rôle de demoiselle de compagnie. Elle est alors envoyée à l’école Satri Wittaya (สตรีวิทยา) et vivait chez l’ancienne nourrice du Prince Mahidol. Un malheureux accident avec une aiguille à coudre va changer le sort de son existence : envoyée chez le médecin de la cour, celui-ci l’héberge et lui demande si elle serait intéressée à suivre des études d'infirmière. Elle accepte. Elle se retrouve alors à l’école d’infirmière de l’hôpital Sirirat où, en guise d’incitation, chaque élève recevait 15 bahts par mois, somme alors modeste mais suffisante pour vivre. Elle n’avait alors que treize ans, trop jeune de deux ans mais ses qualifications lui permettent d’obtenir une dispense. Le durée des études est de trois ans et les élèves doivent s’engager ensuite envers l’hôpital pour une durée de trois ans. Elle obtient son diplôme en 1916 et rejoint l’équipe hospitalière. L’année suivante elle est choisie pour appartenir à l’équipe recrutée par le Prince Rangsit à la demande de son demi-frère Mahidol. Les préparatifs de ce voyage incluent six mois de cours intensifs d'anglais. Pour son passeport, elle a aussi besoin d'un nom de famille, dont l'utilisation n'est pas encore généralisée. Elle a adopté celui de Talapat. Elle quitte Bangkok le 13 août 1917 avec d’autres étudiants. Un voyage de six semaines les conduit à SingapourHong Kong, le JaponHawaii, et enfin San Francisco. Elle est hébergée un an dans une famille américaine, les Adamsens à Berkeley, qui la font assister au catéchisme du dimanche pour y apprendre la foi chrétienne. En 1918, elle rejoint Boston dans le Massachusetts avec d’autres étudiants. A la gare de Boston le 21 septembre 1918, le prince Mahidol est à l’accueil incognito. Sangwan ignore qui il est. Mais à deux heures du matin, le jeune prince arrivé à la maison dit à son colocataire, Pradit Soukhoum (plus tard Luang Soukhoum Nayapradit) en le réveillant : « Les deux filles sont arrivés. Sangwan est vraiment très belle, sais-tu ? ». Elle est effectivement ravissante et resta jusqu’à sa mort une vieille Dame d’une beauté surprenante. Le Prince est épris, il participe aux cours de perfectionnement en anglais et se promène avec sa future dans les parcs pour observer les fleurs. Sangwan aime la nature et l'environnement naturel. L'approbation royale à cette union est accordée, et en 1919, lors d'une cérémonie privée, le prince Mahidol Adulyadej offre  une bague en diamant en forme de cœur. Après leurs fiançailles et le mariage, célébré en 1920 lors d’un voyage-éclair à Bangkok, le prince Mahidol fait apprendre à son épouse l'algèbre, le latin et le français. Il confie à une gouvernante américaine la charge de l'emmener visiter les musées et les galeries d'art. Le mariage fut suivi  d’un voyage de noces, un long périple dans divers pays européens avant le retour aux États-Unis. Le Prince Mahidol reprend ses études à Harvard et au « Massachusetts Institute of Technology » (MIT) à Boston et son épouse des cours de soins infirmiers au « Simmons College » dans la même ville, où elle étudie la chimie et la diététique puis la santé scolaire. A Boston, ils sont tout simplement connus comme M. et Mme Mahidol de Songkla, vivant dans un appartement de deux chambres au 329 de Longwood Avenue. En dehors de leurs études, ils s’impliquent étroitement dans des activités caritatives au profit des étudiants siamois. Ils accueillent souvent d'autres étudiants thaïlandais - elle faisait la cuisine et lui la vaisselle. Premier prince de haut rang monogame de la dynastie, le prince Mahidol n’ayant aucune vocation ni pour lui ni pour ses descendants à monter sur le trône, ne s’est pas préoccupé de choisir une épouse de sang royal, il n’a pas non plus cherché à assurer sa descendance mâle en multipliant les épouses, principale, secondaire et cachée (9).

 

A sa mort brutale à Bangkok en 1929, les trois enfants sont encore en bas-âge (8, 4 et 2 ans). Une nouvelle vie pour eux et leur mère, difficile, va commencer.

 

Nous en parlerons bientôt.

 

***

Les sources relatives aux conceptions « sous-marinières » du prince sont squelettiques.

Le site :

https://th.wikipedia.org/wiki/สมเด็จพระมหิตลาธิเบศร_อดุลยเดชวิกรม_พระบรมราชชนก

donne de nombreuses références (toutes en thaï).

Sur sa carrière médicale, un très bel article :

http://www.bangkokpost.com/learning/learning-from-news/392524/prince-mahidol-medical-education-in-thailand)

et :

http://www.pharmacy.mahidol.ac.th/eng/aboutus.php

Sur son épouse, le site

https://th.wikipedia.org/wiki/สมเด็จพระศรีนครินทราบรมราชชนนี

contient également une foule de références, toutes en thaï.

 

NOTES

 

(1) Nous utilisons pour ces noms propres la « transcription du Palais » qui diffère quelque peu de la transcription officielle. Notons encore, simple question de courtoisie thaïe que les monarques ne portent le nom de « Rama » qu’après leur mort une fois effectuée leur entrée dans le Panthéon bouddhiste. Il n’est pas séant de parler (comme on le lit trop souvent) de Rama IX pour parler du Roi Bhumibol Adulyadej.

 

(2) Simplement « Harrow » pour les initiés, située dans le nord-ouest de Londres, elle existerait depuis 1243, voir le site officiel de l’école : http://www.harrowschool.org.uk/

Elle a une succursale tout aussi huppée à Bangkok depuis 1998 créée en raison des liens étroits entre la famille royale et l’école de Londres qui accueillit 23 princes de la famille royale de la fin XIXème siècle au XXème siècle, compris le prince Mahidol, voir le site http://www.harrowschool.ac.th/.

 

(3) Voir http://lasabretache.fr/la-carriere-des-officiers-prussiens/

 

(4) On lit souvent que malgré la présence de nombreux témoins, comme il était interdit sous peine de mort de toucher la reine, personne ne serait intervenu. L’historicité de l’anecdote est douteuse et plus encore.

 

(5) « Histoire des bateaux de guerre siamois » traduite en français par Jean-Claude Brodbeck et publiée In « Arts asiatiques », tome 34, 1978. pp. 173-237.

 

(6) « Les flottes de combat » en son édition de 1914, p.703 s. Cet ouvrage, un grand classique, publié annuellement, recense l’ensemble des bâtiments des marines de guerre du monde. Raoul de Balincourt fut un grand marin mais à cette date le rôle potentiel de l’arme sous-marine lui échappe complétement.

 

(7) Sur les 345 U-Boots opérant durant la première Guerre mondiale, 274 coulèrent 6.394 navires marchands représentant 12.800.733 tonneaux et une centaine de navires de guerre représentant 366.490 tonnes. Le torpillage du « Lusitania » fut de trop bien que ces cales aient probablement été remplies d’une cargaison d’armes destinée à l’Angleterre ?

 

(8) L'hôpital a été fondé par le roi Chulalongkorn en 1888, deux ans après une épidémie mondiale de choléra. Il porte le nom de l’un des fils du roi qui perdit la vie lors de l’épidémie.

 

(9) Plutôt que l’expression d’une sexualité débordante ou la manifestation d’un subconscient polygame, ne faut-il pas voir dans la multiplication des épouses principales ou secondaires jusqu’à Rama V le souci primordial d’assurer tout simplement la descendance et la survie de la dynastie ? La mortalité infantile était alors effrayante. Le roi Chulalongkorn a engendré un total de 77 enfants dont 32 fils (un petit nombre ayant atteint l'âge adulte) de 4 reines différents et de 32 reines ​​consorts. Ces simples constatations ne sont peut-être pas étrangères à la passion manifestée par le Prince Mahidol pour la médecine ? Entre les années 1910 et 1920, il ne restait en vie que sept de ces fils ayant rang princier de Chao Fa (เจ้าฟ้า) «seigneur du ciel » :  Cinq de ces fils étaient nés de la reine Saovabha Bongsri (เสาวภาผ่องศรี), Rama VI et Rama VII, morts sans descendance, le Prince Chakrabongse Bhuvanath (จักรพงษ์ภูวนาถ) qui avait perdu pour lui et sa descendance ses droits au trône pour cause de mariage étranger, le Prince Atsadang Dechawut (อัษฎางค์เดชาวุธ) mort à trente ans sans descendance et le Prince Chuthathut Tharadilok (จุฑาธุชธราดิลก) mort à 31 ans avec une descendance illégitime.

Un autre était né de la reine Savang Vadhana (สว่างวัฒนา), le Prince Mahidol.

Un autre enfin était né de la Reine Sukhumala Marasri (สุขุมาลมารศรี), le Prince Paribatra Sukhumbhand (บริพัตรสุขุมพันธุ์), mort en exil politique.

Lors de l’abdication de Rama VII et 1935, il ne restait plus de ces princes ou de leur descendance mâle que quatre lignes, la ligne Chakrabongse, incontestablement non dynaste, la ligne Chuthathut Tharadilok, incontestablement non dynaste, la ligne Mahidol toujours sur le trône et la ligne Paribatra considérée comme non dynaste par une interprétation très casuistique de la loi successorale de 1924 (voir notre article 175  «  La « Loi du palais » pour la succession royale en 1924 ».

 

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Published by grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-b - dans "Notre" Histoire de la Thaïlande
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commentaires

Cécile de Barbeyrac 25/01/2016 18:29

Ebè, quelle belle histoire! Bravo aux historiens en herbe reconnus dans le métier d'historien! Gros bisous à vous deux. Cécile

grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-b 28/01/2016 01:49

Merci et comme on dit chez nous "e longo maï"