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  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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3 février 2016 3 03 /02 /février /2016 18:02
218.  LE GOUVERNEMENT PHIBUN DU 24 MARS 1952 À SEPTEMBRE 1955. DE LA DICTATURE À LA LIBÉRALISATION DU RÉGIME.

Nous avions vu que le maréchal Phibun avait bénéficié du second coup d’Etat du 8 avril 1948 dirigé par le général Phin Chunhawan et le colonel Luang Kat Songkram, pour devenir le premier ministre du 23ème et du 24ème gouvernement, du 8 avril 1948 au 24 mars 1952 et instaurer un nouveau régime dictatorial avec le général Phao, le chef de la police, et le général Sarit, le chef de fait des armées. 

218.  LE GOUVERNEMENT PHIBUN DU 24 MARS 1952 À SEPTEMBRE 1955. DE LA DICTATURE À LA LIBÉRALISATION DU RÉGIME.

Pour ce faire, ils avaient du mater trois coups d’Etat  (Celui du 1er octobre 1948 par des pro-Pridi ; celui du 26 février 1949, mené par Pridi ; celui du 31 mars 1951 entrepris par la marine), ce qui leur avaient permis d’éliminer politiquement Pridi, les Free Thais, et la marine. Un autre coup d’Etat ensuite du 29 novembre 1951, « interne » cette fois-ci mené par Sarit et Phao avec  un « comité exécutif » de neufs généraux, avait permis à l’armée et à la police de mieux contrôler le gouvernement, de dissoudre le Parlement, d’abolir la Constitution de 1949 et de mettre à l’écart le roi, de retour à Bangkok, le 2 décembre 1951.

 

218.  LE GOUVERNEMENT PHIBUN DU 24 MARS 1952 À SEPTEMBRE 1955. DE LA DICTATURE À LA LIBÉRALISATION DU RÉGIME.

Ensuite, les élections truquées du 26 février 1952 forçaient  leur principal  parti d’opposition, les Démocrates, à ne pas participer aux élections, et se mettre ainsi hors-jeu du champ politique. La nouvelle constitution du 8 mars 1952 couronnera le tout en « constitutionalisant » la dictature.

 

Désormais, la politique gouvernementale, disions-nous, après avoir éliminé toute opposition pouvait s’employer pleinement à mener une politique antichinoise et anticommuniste, qui ne pouvait se comprendre que dans le contexte de la guerre froide, qui allait – entre autre - modifier la géopolitique de l’Asie du Sud et du Sud-Est.

 

La guerre froide ?

218.  LE GOUVERNEMENT PHIBUN DU 24 MARS 1952 À SEPTEMBRE 1955. DE LA DICTATURE À LA LIBÉRALISATION DU RÉGIME.

Nous avions déjà en notre article 15. Notre Isan : les bases US en Isan, les Américains en Isan  indiqué que « la guerre froide » était le concept essentiel  pour comprendre la politique thaïlandaise de cette période. (Cf.Note*)

 

La  guerre froide est la période de tensions et de confrontations idéologiques et politiques entre les deux super puissances, les États-Unis et l’URSS et leurs alliés entre 1947 et 1991, année de l'implosion de l'URSS et de la dissolution du pacte de Varsovie.

218.  LE GOUVERNEMENT PHIBUN DU 24 MARS 1952 À SEPTEMBRE 1955. DE LA DICTATURE À LA LIBÉRALISATION DU RÉGIME.
 

Ainsi la guerre froide s’ « exprimera»  dans de nombreux conflits, comme la crise irano-soviétique, la première crise de Berlin (1948-1949), la guerre de Corée (1950 -1953), dans le cadre de la « Coexistence pacifique » avec les  nouvelles crises (1953 - 1962) comme l’insurrection de Budapest (1956), la  crise de Suez (1956), la deuxième crise de Berlin (1961), le conflit Indonésie/Pays-Bas (1962), la crise des missiles cubains (1962) et…. la guerre du Vietnam. 

 

 

218.  LE GOUVERNEMENT PHIBUN DU 24 MARS 1952 À SEPTEMBRE 1955. DE LA DICTATURE À LA LIBÉRALISATION DU RÉGIME.

Il faut savoir que  « l'appui militaire et économique des Etats-Unis, de par son ampleur, a constitué l'équivalent d'un plan Marshall pour l'Asie. La croissance dans les années 1950-70 a été soutenue par l'aide extérieure américaine qui crevait tous les plafonds imaginables » (elle n'est dépassée, en terme relatifs, que par l'aide reçue par Israël, pour des raisons stratégiques analogues). De 1945 à 1978, la Corée du Sud a reçu quelques 13 milliards de dollars, soit 600 par tête, et Taiwan 5,6 milliards, soit 425 par tête. Entre 1953 et 1960, l'aide étrangère contribue pour environ 90 % à la formation du capital fixe de la Corée du Sud. L'aide fournie par les Etats-Unis atteignait 14 % du PNB. en 1957. A Taiwan entre 1951 et 1965, l'aide « civile » américaine s'élevait à 6 % du PNB, et l'aide militaire à 10 % ».

 

Et la Thaïlande ?

 

Pierre Fistié, une fois de plus avec « L’évolution de la Thaïlande contemporaine » sera notre principale source.

218.  LE GOUVERNEMENT PHIBUN DU 24 MARS 1952 À SEPTEMBRE 1955. DE LA DICTATURE À LA LIBÉRALISATION DU RÉGIME.

Dès sa prise de pouvoir en avril 1948, le gouvernement Phibun ne pouvait qu’être inquiet par les bouleversements qui étaient en train de se produire en Chine, en Indochine et en Malaisie, causés par les mouvements de décolonisation et l’action des partis communistes soutenus par l’URSS.

 

Le premier rapprochement se fera avec la Grande-Bretagne.

 

Le mouvement d’indépendance malais était né en 1946 et avait eu des répercussions dans les provinces « malaises » au sud de la Thaïlande. Après le coup d’Etat de novembre 1947 à Bangkok, la situation s’était détériorée, surtout quand on constata que le conseiller (malais) auprès des affaires islamiques, s’était enfui à Singapour, et que le leader malais Haji Sulong demanda au nouveau gouvernement qu’une large autonomie fut accordée aux quatre provinces (malaises) du Sud. Il fut arrêté en janvier 1948 avec plusieurs de ses partisans. La situation s’aggrava et le 26 avril, une manifestation fut réprimée et fit de nombreux morts. De même en mai, une révolte fut également réprimée dans  la province de Narathivat et provoqua la fuite de 2.000 personnes en Malaisie. Le fait que « La presse malaise réclamait le rattachement des quatre provinces à la « Fédération de Malaisie » instaurée en février 1948 sous l’administration britannique » ne pouvait pas rassurer le gouvernement Phibun, surtout qu’en juin 1948, une insurrection communiste chinoise se manifesta avec des « guérilléros » qui prirent refuge en territoire siamois.

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Il était opportun pour Phibun d’obtenir de la Grande Bretagne sa  neutralité dans le conflit contre les autonomistes (malais) de Thaïlande, et pour celle-ci d’obtenir l’appui thaïlandais contre les communistes chinois. Au milieu de novembre 1948, une conférence fut organisée à Singapour, sous la présidence de M. Malcolm Mac Donald, avec tous les responsables politiques et militaires de la région, pour examiner la situation qui s’était aggravée avec les victoires successives remportées en Chine par Mao Tsé-toung. M. Malcolm Mac Donald se rendit ensuite en décembre à Bangkok pour établir une coopération qui aboutissait à un accord en février 1949, qui devait permettre de mieux contrôler la frontière et qui accordait à la Thaïlande du matériel militaire pour équiper huit bataillons et des facilités d’entrainement à la lutte antiguérilla.

 

La coopération avec les Etats-Unis ?

 

Elle se fit un an plus tard, après la tournée de M. Philip Jessup en Extrême-Orient en décembre 1949 qui se termina à Bangkok en février 1950 par une Conférence où étaient réunis tous les chefs de mission américains d’Asie du Sud-Est. Phibun reconnut alors le gouvernement Bao Daï comme gouvernement légal du Vietnam et prit des mesures pour expulser le bureau du Vietminh installé alors à Bangkok.

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Mais l’adhésion de la Thaïlande au camp occidental fut plus évidente après le déclenchement de la guerre de Corée à la fin de juin 1950, lorsque Phibun déclara que la Thaïlande soutiendrait activement l’action des Nations-Unis et allait envoyer un petit corps expéditionnaire en Corée.  (Ce fut fait fin  septembre) Elle enverra environ 6.500 soldats avec des navires  de transport et des avions (In Gordon L. Rottman, Korean War Order of Battle. United States, United Nations, and Communist Ground, Naval and Air Forces, 1950–1953 (Westport: Prager Publishers, 2002), 120–21.)

 

La guerre de Corée ?

218.  LE GOUVERNEMENT PHIBUN DU 24 MARS 1952 À SEPTEMBRE 1955. DE LA DICTATURE À LA LIBÉRALISATION DU RÉGIME.

«  Dans la nuit du 24 au 25 juin 1950, à 4 heures du matin, 600.000 soldats nord-coréens franchissent la ligne de démarcation du 38e parallèle qui sépare leur État, sous gouvernement communiste, de la Corée du Sud, sous régime pro-occidental. C'est le début de la guerre de Corée […] La guerre de Corée a opposé, du 25 juin 1950 au 27 juillet 1953, la République de Corée (Corée du Sud), soutenue par les Nations unies, à la République populaire démocratique de Corée (Corée du Nord), soutenue par la République populaire de Chine et l'Union soviétique. Elle résulte de la division de la Corée  à la suite d'un accord entre les Alliés victorieux de la guerre du Pacifique à la fin de la Seconde Guerre mondiale. La péninsule coréenne était occupée par l'empire du Japon depuis 1910. Après la reddition du Japon en septembre 1945, États-Unis et Union soviétique se partagèrent l'occupation de la péninsule le long du 38e parallèle, avec au sud des forces américaines d'occupation et au nord des forces soviétiques ; […]

 

Au total, l'armée sud-coréenne a perdu 147.000 soldats, celle du Nord au moins 520.000. Les forces de l'ONU comptabilisent 55.000 morts, essentiellement des Américains. Les pertes chinoises sont estimées à 200.000 tués. 315 militaires soviétiques sont morts dans ce conflit. Mais les pertes civiles sont plus considérables encore : entre 4 et 5 millions de morts sur les 30 millions d'habitants de la péninsule. » (Wikipédia)

218.  LE GOUVERNEMENT PHIBUN DU 24 MARS 1952 À SEPTEMBRE 1955. DE LA DICTATURE À LA LIBÉRALISATION DU RÉGIME.

L’aide américaine suivi, après la signature à Bangkok, le 17 octobre 1950, du « Military Assistance agreement », avec 10 jours plus tard, l’accord de trois prêts de la Banque mondiale (Contrôlé et financé majoritairement par les Etats-Unis) d’un montant de 25,4 millions de dollars pour des travaux portuaires, la modernisation des chemins de fer et des projets d’irrigation. En janvier 1951, les premières livraisons d’armes et de matériel miliaire arrivaient.

 

Mais l’accord du 17 octobre 1950 n’était pas un traité d’alliance, et il faudra attendre la fin de la guerre d’Indochine, pour que le 8 septembre 1954, la Thaïlande devienne un allié officiel des Etats-Unis avec son adhésion à l’Organisation du traité de l’Asie du Sud-Est (OTASE, SEATO dans son sigle anglais) signé avec la France, l’Australie, la Nouvelle-Zélande, le Pakistan, le Philippines.

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Mais si la guerre froide et les nouvelles alliances avec la Grande Bretagne et les Etats-Unis  avaient joué un rôle dans la lutte anticommuniste du gouvernement Phibun, celle-ci avait malgré tout, des spécificités bien thaïlandaises.

 

La lutte antichinoise et anticommuniste dès 1948 en Thaïlande. (Cf. Nos articles sur les Chinois de Thaïlande. Note **)

 

A la fin de 1948, la victoire du Parti communiste en Chine était plus que probable, et pouvait inciter le gouvernement Phibun à voir une nouvelle menace dans les Chinois de Thaïlande, surtout comme nous l’avons vu dans plusieurs articles, que déjà Rama VI (1910-1925), un ardent nationaliste, avait mené une politique antichinoise virulente et  lancé une campagne sur le modèle antisémite européen, pour faire face à une forte immigration (cette population avait augmenté d’un demi-million pour atteindre 1,5  million). (Cf. Nos articles A162, A163, A45, A67)  

 

Phibun d’ailleurs, dès 1938, avait  repris cette politique, en installant un régime autoritaire caractérisé par un nationalisme ouvertement discriminatoire pour les Chinois.  (Et les autres peuples vivant en Thaïlande (doctrine pan-thaïe incarnée par l’idéologue Luang Vichiter Vadhakarn). Cette politique discriminatoire réduira leur place dans la vie publique. Ainsi par exemple, les prix des permis de séjour avaient été augmentés de 600 % en cinq ans ; des conditions plus contraignantes avaient été mises en place  pour l’accès à la nationalité et à la terre ; La quasi-totalité des journaux et des écoles chinoises (230 en 1937-38 et plus que 2 en 1944) avaient été fermées ; et on leur avait interdit d’exercer 27 activités (transformation du riz, la pêche, la marine marchande, la boucherie, le commerce de détail, etc). (Dovert, Cf. in A163.)

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En 1948, il s’agissait toujours de contrôler et de réduire l’immigration chinoise, surtout qu’on pouvait craindre une « infiltration communiste » (Une 5ème colonne ?). Dès son retour au pouvoir, Phibun réduisit de 10.000 à 7.000 le quota annuel ; et en octobre 1948, à 200 (même niveau que pour les autres étrangers). En octobre 1950, une ordonnance appliquée le 1er juillet 1951, imposait une nouvelle carte d’identité pour les étrangers. Bien que tenu par le traité sino-siamois de janvier 1946, Phibun utilisa la condition qui obligeait les écoles chinoises à enseigner le thaï en primaire, pour en fermer de nombreuses. Fistié estime qu’en 1950, il en restait moins de 300 dans le pays pour 80.000 élèves chinois. De 1948 à 1951, près de 50 instituteurs chinois étaient expulsés pour leur propagande communiste.

 

Mais quel était vraiment le nombre de Chinois communistes en Thaïlande ?

 

Fistié estime que les chiffres avancés entre 30.000 et 50.000 sont assez fantaisistes, surtout que le Parti ne déployait aucune autre activité que la propagande. Même si les journaux de langue chinoise passèrent rapidement dans le camp communiste, ils adoptèrent ensuite, vers la fin de 1950, une attitude plus réservée. Il en fut de même pour les hommes d’affaires chinois, membres de la Chambre de commerce chinoise, qui avaient manifesté des signes de ralliement à Pékin, mais dont la majorité revota en début de 1952 à la présidence un adversaire déclaré. La prudence était de mise.

 

Certes, le Parti communiste chinois de Thaïlande avait joué un rôle dans la fondation de la première fédération syndicale siamoise, surtout que 2/5 au début étaient composés de Chinois, mais la direction était tenue par des Thaïlandais pro-Pridi, et on peut se douter que la police de Phibun veillait. Celui-ci avait d’ailleurs créé le Thaï National Trade Union Congress ((TNTUC) pour le concurrencer,  mais il ne put jamais en faire un syndicat de masse, même si le groupe le plus important était constitué par les conducteurs de vélo-pousse. En 1954, rapporte Fistié, un syndicaliste américain donnait le chiffre de 6.000 membres.

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Le Parti communiste thaïlandais, distinct du Parti communiste chinois de Thaïlande, avait également une influence négligeable, si l’on en juge par ses deux journaux d’après-guerre, le Chon Kammachip (Working People) et le Lok Mai (New world) qui ne tiraient qu’à mille exemplaires. Le Parti communiste possédait également une maison d’édition, « Malachon », qui prétendait  publier un bimensuel à 5.000 exemplaires. Toujours est-il, qu’avant le coup d’Etat de 1947, un seul député (de Surat Thani), Prasoet Sapsunthon, se disait communiste. Il dut d’ailleurs plus tard se réfugier en Chine.

 

Fistié signale qu’après 1947, seul un petit groupe procommuniste s’emploiera à diffuser l’appel de la paix de Stockholm, et d’envoyer des délégués à « la Conférence de la paix » organisée par le PC chinois à Pékin en octobre 1952. Un certain Prasong Wongwiwat y aurait été confirmé secrétaire général du Parti communiste siamois.

 

Mais quel que soit leur nombre, sous-couvert de la lutte anticommuniste, le gouvernement Phibun allait procéder en 1952 à une répression sauvage. Jugez plutôt. (Cf. ***)

 

Le 3 juin, le Ministère de l’Intérieur renforçait la censure sur les journaux. Le 19, il « découvrait » un mouvement subversif qui permettait des arrestations.

 

Le 10 novembre 1952 plus de 200 personnes (principalement chinois et parents) appartenant au Khabuankan Koochat  (ขบวนการคู่ชาติ  Mouvement de libération nationale), furent accusées de propagande et de subversives activités communistes, et avec « les rebelles (soi-disant) pour la paix » (Kabot  Santiphap กบฏ สันติภาพ) furent arrêtées. Des arrestations massives furent également effectuées à la librairie communiste 華僑 (Hua Chiao, Chinois à l'étranger), et la librairie fut interdite, ainsi que celle  du Parti communiste de la Thaïlande. (Cf. En note quelques exemples des personnes arrêtées.)

218.  LE GOUVERNEMENT PHIBUN DU 24 MARS 1952 À SEPTEMBRE 1955. DE LA DICTATURE À LA LIBÉRALISATION DU RÉGIME.

Le 13 novembre 1952 une nouvelle loi anticommuniste était votée par l’Assemblée et promulguée selon la procédure d’urgencequi punissait  les membres du Parti communiste de Thaïlande d'un emprisonnement de 10 ans jusqu'à perpétuité. Ceux qui les soutiennent financièrement, les loge ou les nourrissent ou de toute autre façon étaient passibles d'un emprisonnement d'au moins 5 ans. Mais cette loi visait surtout les Chinois, le chef de la pol Phao ayant déclaré qu’il n’y avait que 2.000 communistes thaïlandais contre 10.000 communistes chinois. Les arrestations de Chinois se poursuivirent en 1952 et 1953 (Combien ?) et ils furent nombreux à être déportés sans jugement ou assignés à résidence à Petchabun. (54 Thaïs furent arrêtés à la suite du « complot du 10 novembre » et furent jugés de février 1953 à mars 1955. Fistié, p. 230)  

                                                                                                                                 

Complots et menaces en Isan et aux frontières avec le Laos.

 

Si Phibun, comme nous l’avons vu, dut faire face au Sud, au mouvement autonomiste des quatre provinces « malaises » de Thaïlande, il dut aussi affronter au Nord-Est, en Isan, des velléités d’autonomie, compréhensibles à partir de la nouvelle situation au Laos, la guerre d’indépendance du Vietminh, et des luttes politique de la Chine communiste. (Cf. Fistié, pp. 304-313)

 

Les dirigeants laos du mouvement « indépendantiste » Lao Issarak, créé  pendant la 2ème guerre mondiale, avaient dû se réfugier en Thaïlande après le retour de troupes françaises au printemps 1946, ainsi que les Vietnamiens établis au Laos. Nombre de ceux-ci rejoignirent leurs compatriotes installés dans un village, près de Nakhon Phanom. On les évaluait alors à environ 40.000. Leur sympathie pour le Vietminh constituait une menace pour le gouvernement Phibun.

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Si pendant la période Pridi, le gouvernement Lao Issarak en exil, dirigé par les trois princes Pethsarath, Souvanna Phouma et Souphanawong, pouvaient organiser une guérilla à l’intérieur du Laos, le coup d’Etat de novembre 1947 changera la donne. Surtout qu’à l’automne 1947, une « Ligue de l’Asie du Sud-Est » réunissant les « progressistes » siamois, des exilés laotiens, khmers et vietnamiens, s’était créée à Bangkok, sous la présidence de Tiang Sirikhan (Le fameux chef résistant Free Thai, ministre de Pramot et de Thamrong, et  député de Sakhon Nakhon. Cf. Notre article 203. « Tiang Sirikhan, le guerrier de Phupan ») avec à ses côtés Thong In Phuripat (Député d’Ubon, ancien ministre de Thamrong). Le colonel Luang Kat n’hésita pas à « révéler » que des armes étaient entreposées au domicile de Thong In et que celui-ci voulait établir une république siamoise.

 

En mai 1949, le prince Souphanouwong pro-vietminh était expulsé. La signature d’un traité le 19 juillet 1949 entre la France et le Laos eut pour conséquence la dissolution volontaire du gouvernement Lao Issarak et le retour à Vientiane de la plupart de ses membres avec le prince Souvanna Phouma. Après la victoire des communistes chinois et des contacts directs établis avec le Vietminh, Phibun reconnut les trois gouvernements indochinois patronnés par la France et décida de fermer le bureau du Vietminh à Bangkok.

218.  LE GOUVERNEMENT PHIBUN DU 24 MARS 1952 À SEPTEMBRE 1955. DE LA DICTATURE À LA LIBÉRALISATION DU RÉGIME.

Fistié signale que des tendances séparatistes agitèrent alors de nombreux « dissidents » laos-siamois - mais sans donner d’exemple - qui pouvaient mieux capter les radios communistes au Nord-Est que les radios de Bangkok. Toutefois en 1949, un complot autonomiste fut découvert à Ubon et Fong Sitthitam, un collaborateur de Tiang Sirikhan suspecté. Dans notre  article 203, nous disions :

 

« De mars à mai 1949, en compagnie de son collègue Thongin Pouriphat, Sirikhan est traduit en justice et accusés à la fois de communisme et d'avoir comploté pour la séparation du Nord-est. Il était probablement en fuite puisque sa tête avait été mise à prix 5.000 baths et qu’il avait été arrêté le 14 mars précédent nous apprend la presse malaise.  Au cours de son procès fut exhibée une photo de lui en compagnie de Ho Chi Minh dont il prétendit qu’elle était un montage ? Vrai ou faux ? Ses rapports avec le Vietminh sont incontestables. On peut enfin supposer qu’il ait pu rencontrer Ho Chi Minh qui resta réfugié dans les environs de Nakhonpanom de 1927 jusqu’au début des années 30 ? Ils furent en tous cas acquittés. Tiang Sirikhan reste député et en 1952, est réélu dans sa province de Sakhon Nakhon.

 

Il y eut de toute évidence à cette époque des complots autonomistes dans le Nord-Est. Un premier complot fut découvert à Ubon en 1949, dans lequel était impliqué un ancien collaborateur de Tiang Sirikan à qui l'on reprochait non seulement de recruter des volontaires pour combattre aux côtés du Viet Minh mais de travailler en liaison avec le Prathet Lao à la création dans le Nord-Est d'un état indépendant. »

 

En décembre 1952, Sirikian disparut de Bangkok. Il aurait été tué par la police de Phao avec plusieurs de ses collaborateurs, selon Fistié.

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Deux autres faits inquiétèrent le gouvernement Phibun, initiés par la Chine communiste et les Vietminhs.

 

Une conférence eut lieu du  17 au 23 janvier 1953 à Cheli dans le sud du Yunnan, où 146 participants avaient désigné un « gouvernement populaire autonome de la nationalité thaïe » sous la présidence de Chao Ts’un-hin, conférence à laquelle beaucoup prétendirent que Pridi avait participé. Les interprétations furent nombreuses  sur les intentions de la Chine, mais il est évident que cette initiative ne pouvait qu’inquiéter le gouvernement Phibun, surtout qu’en avril 1953, « le Vietminh faisait au Laos une incursion qui amenait ses troupes à 20 km de Luang Prabang et à moins de 100km de la frontière siamoise ». (Fistié, p. 312). Phibun prit la menace au sérieux, envoya des troupes, et entreprit en mai une « visite » des provinces du Nord-Est, pendant laquelle des suspects accusés de séparatisme furent arrêtés. Un recensement des Vietnamiens en Thaïlande fut opéré et certains  furent déportés à l’intérieur du pays. A la fin de 1953, une seconde offensive des Vietminhs atteignit cette fois Thaket sur le Mékong. Phibun envoya de nouveau des renforts, proclama l’état d’urgence dans neuf provinces frontalières, et fit arrêter 98 résidents vietnamiens pour espionnage et incitation à la révolte.

 

De plus, le gouvernement Phibun transmettait le 20 mai 1954, au Conseil de Sécurité de l’ONU, une demande d’observateurs onusiens pour son pays. Le 18 juin, l’URSS opposa son véto. A la fin du mois,  le gouvernement thaïlandais entendait Pridi faire un appel à Radio Pékin, appelant le peuple siamois à lutter « contre les impérialistes et leur fantoche le gouvernement thaïlandais ».

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Le 23 juin, Phibun devait réagir en faisant une déclaration dans laquelle il autorisait des troupes du « monde libre » à venir lutter en Thaïlande dans le cas d’une agression communiste, et en proposant de se joindre à une organisation de défense de l’Asie du Sud-Est qui pourrait se former. Ce qui fut fait, comme nous le savons le 8 septembre 1954 en adhérant au Traité de l’Asie du Sud-Est  (l’OTASE), un pacte militaire pro-occidental qui regroupait les pays du Sud-Est asiatique non-communistes dont le pays membres étaient les États-Unis, la France (jusqu'au 28 mai 1965), le Royaume-Uni, l’Australie, la Nouvelle-Zélande, le Pakistan, les Philippines et la Thaïlande.

 

Le traité fut ratifié par l’Assemblée nationale siamoise le 22 septembre 1954. Et le 23 février 1955, la première conférence des ministres des Affaires étrangères  des pays membres de l’OTASE se tenait à Bangkok, qui était deux jours plus tard, désigné comme le siège des organes permanents de  l’Organisation.

 

Nul doute que cela pouvait constituer une victoire politique pour Phibun. Ce traité en tous cas, installait la Thaïlande dans le camp occidental, la confirmait comme une alliée privilégiée des Etats-Unis et  la plaçait comme une tête de pont dans la lutte anti-communiste. Phibun put d’ailleurs faire un voyage du 14 avril au 22 juin 1955 dans les principales capitales occidentales  pour tenter de convaincre de la démocratisation et de la libéralisation du régime. Le 1er signe  fut à la fin du mois de septembre 1955 la publication de « la loi sur les partis politiques ».

 

Il était temps d’étudier, comment le 25ème gouvernement, qui le 24 mars 1952, avait « institutionnalisé » la dictature, se trouvait contraint à la fin de 1955 de libéraliser son régime.

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*15. Notre Isan : les bases US en Isan, les Américains en Isan !

http://www.alainbernardenthailande.com/article-14-le-debarquement-des-americains-en-isan-73255213.html

Et

http://www.alainbernardenthailande.com/article-37-decouvrir-l-isan-les-americains-debarquent-en-isan-85622786.html

**Sur les Chinois de Thaïlande, Cf. Nos articles :

 

A162. De l’usage des étrangers dans un processus de construction nationale en Thaïlande.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a162-de-l-usage-des-etrangers-dans-un-processus-de-construction-nationale-en-thailande-124549105.html

 

 

A163. L’usage des étrangers dans un processus de construction nationale en Thaïlande. http://www.alainbernardenthailande.com/article-a163-l-usage-des-etrangers-dans-un-processus-de-construction-nationale-en-thailande-124589511.html

2ème partie. De Rama VII (1925-1935) à Abhisit (2010)

Et :

  • « A67.  L’influence de la communauté chinoise en Thaïlande », d’après « Le Destin des fils du dragon », « L’Influence de la communauté chinoise au Viêt Nam et en Thaïlande », L’Harmatan, IRASEC, collection Un certain regard, 2003.
  • « A45. Les Chinois de Thaïlande », d’après l’article «  La « resinisation » des Chinois de Thaïlande» de Jean Baffie, qui dénonce le mythe de la « thaïsation des Chinois de Thaïlande.

 2ème Congrès du Réseau Asie / 2nd Congress of Réseau Asie-Asia Network, 28-29-30 sept. 2005, Paris, France, http://www.reseau-asie.com/

***Parmi les personnes arrêtées en novembre 1952, nous trouvons :

Kulap Saipradit (กุหลาบ สายประดิษฐ์), écrivain et journaliste, Ari Liwia (อารีย์ลีวีระ), propriétaire du journal Siam Nikon (สยาม นิกร) Supha Sirimanond (สุภา ศิริมานนท์), éditeur et rédacteur en chef du magazine Aksonsarn (อักษร สาส์น), Utthorn Phonlakul (อุทธรณ์ พล กุลéditeur du journal khaophap (ข่าว ภาพ), Sawaeng  Tungkhaborihan (แสวง ตุงคะบริหาร), rédacteur en chef du journal Siam Nikon (สยาม นิกร), Butsima  Sathian (บุศย์สิมะ เสถียร), journaliste et éditeur, Chat  Bunyasirichai (ฉัตร บุณยศิริชัย), éditeur du journal Khaophap (ข่าว ภาพ), Samut Surakhaka (สมุทร สุรักขกะ), rédacteur en chef du journal Kiattisak (เกียรติศักดิ์), Samak Burawat (สมัคร บุราวาศ), rédacteur en chef du journal Khaophap (ข่าว ภาพ), Pleuang Wannasri (เปลื้อง วรรณศรี), éditeur du journal Khaophap (ข่าว ภาพ), Marut Bunnag (มารุต บุนนาค), président des étudiants de l'Association de l'Université Thammasat (มหาวิทยาลัย ธรรมศาสตร์), Liolalong Bunnak (ลิ่วละล่อง บุนนาค), leader étudiant, Suwat Woradilok (สุวัฒน์ วรดิลก), écrivain, Fak Nasongkhla (ฟัก ณสงขลา), avocat,Sun Kijjamnong (สุ่นกิจจำนงค์), syndicaliste, Suphot Dantrakul (สุพจน์ ด่านตระกูล), syndicaliste, Poonsuk Banomyong (ท่านผู้หญิงพูนศุข พนมยงค์), épouse de Pridi Banomyong (ปรีดี พนมยง ค์), Pal Banomyong (ปาล พนมยงค์), fils de de Pridi Banomyong, Suphat Sukhonthaphirom (สุภัทร สุคนธาภิรมย์), Le major général Net Khemayothin (เนตร เขมะโยธิน).

 Sources : https://th.wikipedia.org/wiki/กบฏสันติภาพ

 

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Published by grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-b - dans "Notre" Histoire de la Thaïlande
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