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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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9 février 2016 2 09 /02 /février /2016 18:49
219. L’ÉTUDE DE QUELQUES ASPECTS DES RELATIONS ENTRE LES ÉTATS-UNIS ET LA THAÏLANDE SOUS LE GOUVERNEMENT DU MARÉCHAL PHIBUN, 1948 - 1957.

D’après l’étude de Jan Becka, intitulée « Embracing the « Ennemy », Some aspects of the mutual relations between the United States and Thailand under Field Marschal Phibunsongkhram, 1948-1957», Acta Universitatis Carolinae, Studia Territorialia 3, pages 37-68, 2013

219. L’ÉTUDE DE QUELQUES ASPECTS DES RELATIONS ENTRE LES ÉTATS-UNIS ET LA THAÏLANDE SOUS LE GOUVERNEMENT DU MARÉCHAL PHIBUN, 1948 - 1957.

Il peut être intéressant de rendre compte d’un article qui se donne comme objectif d’étudier les relations entre les Etats-Unis et la Thaïlande sous le gouvernement Phibun entre 1948 et sa chute en 1957, sachant le parcours de Phibun qui avait pendant la deuxième guerre mondiale défendu l’alliance et la collaboration avec les Japonais, déclaré la guerre aux Etats-Unis, et avait pu, dans le contexte de la guerre froide, devenir l’allié des Etats-Unis durant son retour au pouvoir pendant 9 ans.

219. L’ÉTUDE DE QUELQUES ASPECTS DES RELATIONS ENTRE LES ÉTATS-UNIS ET LA THAÏLANDE SOUS LE GOUVERNEMENT DU MARÉCHAL PHIBUN, 1948 - 1957.

En effet, la Thaïlande du  1er ministre Phibun  avait été un allié du Japon pendant la seconde guerre mondiale, jusqu’à sa résignation à la fin juillet 1944, pour être ensuite jugé et acquitté comme criminel de guerre. L’après-guerre avait vu l’installation d’un régime qui se voulait libéral et démocratique dirigé par des résistants dont les deux principaux leaders furent Seni Pramot, ambassadeur aux Etats-Unis, et en Thaïlande, Pridi. Mais si initialement les Etats-Unis avaient voulu aider le nouveau régime, celui-ci était empêtré dans ses querelles internes et n’avait pas pu résoudre ses problèmes socio-économiques, aggravés par l’inflation et la corruption généralisée. Il n’avait même pas pu condamner les anciens collaborateurs des Japonais, qui comme Phibun était encore populaire. Pire en 1947 et 1948, deux coups d’Etat avaient ramené Phibun au pouvoir et chassé Pridi, le plus représentatif (pour les Américains) du libéralisme. 

219. L’ÉTUDE DE QUELQUES ASPECTS DES RELATIONS ENTRE LES ÉTATS-UNIS ET LA THAÏLANDE SOUS LE GOUVERNEMENT DU MARÉCHAL PHIBUN, 1948 - 1957.

On peut alors se demander comment « l’ennemi », le maréchal Phibun avait réussi à changer son image pour devenir un allié des Américains.

 

Jan Becka, revient alors sur l’espoir suscité – pour les Américains et les observateurs occidentaux – par la constitution de 1932 qui installait la démocratie, le suffrage universel, l’éducation du peuple pour accéder aux responsabilités, et par Pridi qui représentait une force de modernisation et de démocratisation du pays, et dont le plan économique avait été apprécié par l’administration Roosevelt. Les Etats-Unis avaient été les premiers, dit Jan Becka, à engager des négociations pour  un nouveau traité commercial, mais la perte d’influence de Pridi, du à ses projets de réformes trop radicales pour cette époque et  l’arrivée de Phibun au pouvoir en 1938 ne purent que décevoir l’administration Roosevelt. Elle put constater comment Phibun installera de fait une dictature, s’inspirant de la doctrine nazie et surtout fasciste. Cette dictature se donnera pour objectifs de créer un Etat moderne à l’instar de l’Occident, de moderniser son armée et de défendre son indépendance face aux colonisateurs anglais et français, sans aucun complexe. Mais la nouvelle politique étrangère pro-japonaise ne pouvait qu’inquiéter les chancelleries de Paris, Londres et Washington, surtout quand le Japon agressa la Chine. 

219. L’ÉTUDE DE QUELQUES ASPECTS DES RELATIONS ENTRE LES ÉTATS-UNIS ET LA THAÏLANDE SOUS LE GOUVERNEMENT DU MARÉCHAL PHIBUN, 1948 - 1957.
Son ambition affichée de créer une vaste Asie du Sud-Est prospère était le signe évident de sa confrontation future avec les puissances coloniales.

 

Phibun n’était pas à-priori un ami du Japon, mais il voyait la possibilité de retrouver les territoires perdus du Cambodge, Laos, Malaisie, et Birmanie. Il engagea d’ailleurs des négociations avec les Etats-Unis et la Grande-Bretagne, mais en juin 1940 il signait un pacte de non –agression mutuel avec le Japon. La défaite rapide de la France face à l’Allemagne avec la signature de l’armistice le 22 juin 1940, incita Phibun à arrêter les négociations avec la France et même d’attaquer les forces coloniales françaises au Laos et au Cambodge en novembre 1940 avec l’aide des Japonais et de réoccuper certains des territoires perdus. Ce fut évidemment jugé comme une agression par Londres et Washington, qui virent en Phibun, non seulement un dictateur réactionnaire mais un opportuniste qui avait profité de la défaite de la France pour poursuivre ses propres ambitions. De plus, un message de la légation américaine de Bangkok indiquait à Washington que le Japon était en train de mettre en place une cinquième colonne pour contrôler le pays. Phibun poursuivit malgré tout des négociations avec les Etats-Unis et la Grande-Bretagne, mais ceux-ci ne s’engagèrent pas craignant qu’une aide militaire serait détournée pour les Japonais. L’invasion de la Thaïlande par les Japonais le 8 décembre 1941 contraignit Phibun à signer un cessez-le-feu immédiat.

219. L’ÉTUDE DE QUELQUES ASPECTS DES RELATIONS ENTRE LES ÉTATS-UNIS ET LA THAÏLANDE SOUS LE GOUVERNEMENT DU MARÉCHAL PHIBUN, 1948 - 1957.
Le  21 décembre 1941, il signait un traité avec le Japon qui établissait une coopération économique, militaire et politique avec une clause secrète qui lui promettait une aide pour retrouver ses territoires perdus non seulement en Indochine mais aussi en Malaisie et en Birmanie. Le 25 janvier 1942,  Phibun déclarait la guerre aux Etats-Unis et à la Grande-Bretagne. Cette décision provoquera une forte opposition en Thaïlande et à l’étranger, dont la plus visible fut celle de l’ambassadeur thaï à Washington, Seni Pramoj, qui  refusera de transmettre la déclaration de guerre. Il impulsera immédiatement un mouvement de résistance, les Seri Thai, aux Etats-Unis, pendant qu’un autre se formera en Grande-Bretagne, et qu’en Thaïlande, le régent Pridi animera un mouvement  clandestin.
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Jan Becka, n’en dira pas plus, pour passer de suite à l’été 1944, à la résignation de Phibun, mis en minorité au Parlement et devant céder le pouvoir à la nouvelle force politique composée des anciens résistants, qui désignèrent Khuang  Aphaiwong, comme premier ministre, en attendant l’arrivée de Seni Pramoj des USA. Les leaders Seri Thai  durent engager des difficiles négociations avec la Grande-Bretagne et la France pour retrouver leur prestige international.

 

(Pour le moins, Jan Becka aurait pu être ici plus explicite et évoquer le traité entre le Siam et la Grande Bretagne signé à Singapour le 1er janvier 1946, in notre article 208, et l’accord tripartite signé entre le Siam, les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et l’Australie le 7 décembre 1946.)

 

Phibun, déclaré criminel de guerre par les Alliés put échapper non seulement à toute sanction, mais fut même acquitté en avril 1946. Les Etats-Unis en furent choqués, mais s’en tinrent à leur politique de non-intervention dans les affaires intérieures de la Thaïlande. Mais ils regardèrent avec approbation, le retour du roi Ananda au royaume, la promulgation de la nouvelle constitution démocratique, et la prise de pouvoir comme premier ministre par Pridi en avril 1946, bien connu pour son attachement à la démocratie. Mais son gouvernement fut incapable de faire face à la corruption, l’inflation, le coût de la vie, et  la pénurie du riz. Il fut  également accusé de communisme par son opposition, pour le soutien qu’il apportait au mouvement anticolonial en Indochine ; ce qui dégrada ses relations avec la France et inquiéta les Etats-Unis. La mort suspecte du jeune roi le 9 juin 1946 fut exploitée avec des rumeurs initiées par l’opposition des Démocrates dirigée par Khuang Aphaiwong et par l’armée, avec en sous-main Phibun. 

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La pression fut telle qu’il démissionna le 23 août et mis un pro-Pridi, le vice-amiral Thamrong comme nouveau 1er ministre. Pridi alla ensuite aux Etats-Unis et en Europe pour obtenir un soutien au gouvernement Thamrong.

 

En mars 1947,  le président Truman confirmait à l’ambassadeur siamois, la nécessité pour le Siam d’être un pays démocratique et stable pour assurer un progrès pacifique en Asie du Sud-Est, et qu’il regrettait tous ces changements fréquents de gouvernements.

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Il est sûr que l’instabilité politique en Thaïlande la rendait vulnérable aux actions communistes, et ne pouvait qu’inquiéter les Etats-Unis,  surtout que le gouvernement Thamrong avait dû abroger une loi anticommuniste d’avant-guerre en novembre 1946 pour obtenir le lever du véto des Soviétiques pour son entrée à l’ONU. En juillet 1947, le gouvernement siamois ne donnait aucun signe favorable pour les USA, avec son refus de la proposition émanant de la commission de conciliation franco-siamoise voulant créer une union avec l’aide des USA pour contrer les mouvements insurrectionnels des nationalistes au Cambodge et au Laos. De plus, les rumeurs qui circulaient  présentaient Pridi comme un allié du Parti communiste thaïlandais, qui voulait installer une république. Alors que dans le même temps, Phibun représentait avec l’armée une force clairement conservatrice et anticommuniste.

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Après le coup d’Etat militaire du 8 novembre 1947, dirigé par le groupe Ratthaprahan effectué au nom de la Nation, du bouddhisme et du roi, pour promouvoir une administration plus efficace, et lutter contre le communisme, Phibun estima qu’il n’était pas encore crédible auprès des Américains et qu’il était plus prudent de confier le pouvoir au leader des « Démocrates » Khuang Aphaiwong. Si les officiels américains furent plutôt inquiets par la tournure que prenaient ces nouveaux événements, le New York Times émettait l’espoir que Phibun avait peut-être changé et était prêt à prendre une voie plus démocratique. Mais Londres et Washington n’avaient pas encore oublié la collaboration de Phibun avec les Japonais pendant la guerre et l’ambassadeur américain à Bangkok exprimait sa déception et annonçait la possibilité d’une guerre civile. Mais nulle action ne fut prise par Londres et Washington.

 

Pendant que le gouvernement Khuang essayait de régler le problème de la pénurie de riz, Phibun dénonçait la menace communiste dans  le pays en informant que 800 révolutionnaires préparaient un coup dans le Nord-Ouest, soutenu par la Chine, et que certains  leaders  Free Thai  (Le mouvement de résistance pendant la guerre) soutenaient ce mouvement insurrectionnel.

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Khuang voulait évidemment préserver une forme de démocratie, et  éviter que le pouvoir revienne aux militaires.  Lors des élections en janvier 1948, le Parti des  Démocrates de Khuang remportèrent d’ailleurs une large victoire, alors que le Parti Tharmathipat soutenu par Phibun eut peu de succès. Le nouveau gouvernement Khuang fut reconnu par les Etats-Unis, mais le 7 avril 1948, les auteurs du coup du 8 novembre 1947 avec d’autres généraux, « exigèrent » la démission de Khuang sous les 24 heures, ce qu’il fit, faute d’appuis, le 8 avril pour céder le pouvoir  au maréchal Phibun. Les réactions de Londres et de Washington furent plutôt modérées envers celui qui apparaissait de nouveau, même pour les médias, le nouvel homme fort de la politique thaïlandaise.

 

La chute et le retour de Phibun au pouvoir, nous dit Jan Becka, peuvent s’expliquer par plusieurs facteurs. Les gouvernements Pridi et Thamrong avaient clairement échoué pour résoudre  les problèmes de la population.  De plus, la société siamoise, une société conservatrice, avait une mauvaise perception des nouvelles idées jugées trop radicales et même « communistes », qui rendaient Pridi trop « libéral ». De plus, les Etats-Unis n’avaient pas suffisamment soutenu le mouvement libéral d’après-guerre et n’avait pas tenté d’affaiblir la position de l’armée thaïe, qui était le principal support de l’influence de Phibun, et qui avait su conserver son prestige. De même la Grande-Bretagne qui voulait initialement réorganiser l’armée, avait préféré préserver ses intérêts et sa sécurité, surtout avec la concurrence américaine. Mais ce fut finalement, la guerre froide avec l’insurrection communiste qui fit changer les priorités américaines.

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Le progrès, la démocratie et le libéralisme furent mis au second plan au profit de la stabilité et de la lutte anticommuniste. De nombreux officiels américains estimèrent que les difficultés économiques, la corruption, la mort mystérieuse du roi Ananda Mahidol avaient amené de nombreux thaïs à aspirer à un nouveau gouvernement, et que Phibun représentait plus d’espoir de stabilité, et plus d’efficacité pour lutter contre le communisme, surtout après l’insurrection communiste en Chine et dans  les Etats coloniaux français et anglais.

 

Effectivement, quand Phibun redevint 1er ministre le 8 avril 1948, après un nouveau coup d’Etat,  la situation internationale allait décider les Etats-Unis à des compromis et à donner un rôle à Phibun dans sa stratégie en Asie. En Europe, les communistes avaient pris le pouvoir en Tchécoslovaquie en février; En Italie, les communistes risquaient de gagner les élections ; En Chine, le Kuomintang perdait bataille sur bataille face aux forces de Mao, qui contrôlaient déjà une partie du pays ; Et en Indochine les insurgés communistes devenaient plus forts.   

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A Bangkok, Phibun n’ignorait pas la situation internationale et savait que malgré ses succès dans l’élimination de son opposition, sa position n’était pas inattaquable. Il avait besoin de l’appui  américain et de son aide économique et militaire face aux « Démocrates » et d’une partie de son armée. Il le constatera avec la série de coups d’Etat, comme la tentative du 1er octobre 1948, et plus tard avec l’autre coup d’Etat dirigé  par Pridi et ses partisans le 26 février 1949, et encore avec celui fomenté par la marine, le 31 mars 1951, qui faillit coûter lui coûter la vie.

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En octobre 1950 en tous cas, le département d’Etat confirmait que le principal objectif des Etats-Unis était d’inclure la Thaïlande dans sa politique anticommuniste,  et donc de renforcer les liens avec la Thaïlande, de l’aider économiquement, de lui transmettre des nouvelles technologies, et de l’aider à mener sa propre lutte contre les communistes. Cette politique américaine  ne pouvait que renforcer  la situation de Phibun.

 

Mais déjà la coopération entre les deux pays avait commencé en mai 1949, quand la Thaïlande était devenue un membre de la Banque Mondiale et du Fonds International Monétaire, la rendant ainsi plus forte au plan international. En février 1950, une mission dirigée par l’ambassadeur Philippe C. Jessup arrivait à Bangkok, à l’issue de laquelle les Etats-Unis accordait 10.000.000 de dollars pour une aide militaire plus d’autres fonds plus économiques. En juillet et août 1950, trois accords étaient signés pour l’éducation, l’aide économique et technologique, et militaire. Cette aide militaire entre 1950 jusqu’à la chute de Phibun en 1957, sera estimée à 200.000.000 de dollars, et pour la coopération technique entre 1952 et 1955 à 27.000.000 de dollars. Il est évident que la décision de Phibun (21 juillet 1950) d’envoyer des troupes sous l’égide de l’ONU combattre les communistes en Corée ne pouvait que renforcer la coopération entre les deux pays. (Cf. En note ** un tableau de l’aide américaine à la Thaïlande de 1950 à 2011)

 

Dans un document déclassifié du 29 juin 1951, l’ambassadeur américain en Thaïlande Edwin F. Stanton confiait à Dean Acheson*... 

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qu’il avait informé le Secrétaire d’Etat, qu’il existait une intense activité communiste parmi les travailleurs, étudiants et instituteurs chinois avec un succès important dans les sociétés chinoises et dans les médias qu’ils contrôlaient. Il mettait en garde contre leur tentative de convaincre des intellectuels, politiciens et même bonzes siamois. Il réaffirmait que leurs activités subversives étaient une menace sérieuse pour le gouvernement et le peuple et qu’ils manifestaient leur volonté de contrôler la Thaïlande comme les autres pays d’Asie du Sud-Est. Edwin F. Stanton rappelait que malgré cette menace, la Thaïlande avait répondu très rapidement à l’appel de l’ONU pour lutter contre l’agression communiste en Corée et qu’il était urgent d’intégrer la Thaïlande dans la stratégie américaine en Asie du Sud-Est. Il révélait à Dean Acheson que le Secrétaire d’Etat l’avait assuré que les amis thaïs ne seraient pas oubliés.

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De fait, le président Truman par exemple en 1952 devant le Congrès justifiait que l’aide apportée au gouvernement ami de Thaïlande n’était pas seulement dû au fait que celle-ci s’était rangée auprès du monde libre pour maintenir la stabilité dans une région située près de l’armée rouge de Chine et aux frontières de l’Indochine et de la Birmanie, mais aussi parce qu’elle était le premier pays producteur et exportateur de riz pour de nombreux pays du monde libre qui en dépendaient.

 

Après la participation des Thaïlandais à la guerre de Corée, le second  grand moment important pour les relations thaïes-américaines fut l’adhésion de la Thaïlande  le 8 septembre 1954, à l’Organisation du traité de l’Asie du Sud-Est (OTASE, SEATO dans son sigle anglais), destinée – bien entendu - à combattre le communisme et à défendre les adhérents contre toute agression. (Becka aurait pu donner leur nom, à savoir la Grande-Bretagne, la France, l’Australie, la Nouvelle-Zélande, le Pakistan, les Philippines.)  

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Toutefois les motivations des Etats-Unis et de la Thaïlande étaient différentes. Pour les Etats-Unis, il s’agissait avant tout de soutenir les gouvernements non-communistes des colonies françaises. Ainsi, à la conférence de Genève en 1954 un cessez le feu avait été signé pour le Cambodge, le Laos et le Vietnam, lequel avait été divisé – provisoirement - en deux Etats avec au Sud un gouvernement non communiste dirigé par Bao Daï (et plus tard Ngo Dinh Diem), mais les communistes étaient toujours présents. L’administration Eisenhower, guidée par « la théorie des dominos » voulait éviter la victoire communiste dans ces pays mais ne voulait pas intervenir directement, et  elle estimait que la Thaïlande n’était pas sous la menace directe.

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La Thaïlande quant-à-elle espérait un traité bilatéral. Ainsi dès janvier 1951 le prince Wan Waithayakon, ambassadeur à Washington, avait demandé à l’assistant du Secrétaire d’Etat Dean Rusk, si les Etats-Unis étaient prêts à intervenir en cas d’une agression d’un pays communiste dans son pays ou s’ils auraient la même stratégie que lors de la 2ème guerre mondiale. Nulle réponse claire ne fut donnée. Aussi en janvier 1953, Phibun lui-même répétait la même question à la délégation de l’administration Eisenhower venue à Bangkok, surtout au regard de la nouvelle menace constituée par le gouvernement autonome des peuples thaïs du Yunnan, nouvellement établi par les Chinois. Il voyait là, une préparation pour organiser un mouvement de guérilla contre la Thaïlande. Pote Sarasin, ambassadeur alors aux Etats-Unis informait le Secrétaire d’Etat Dulles, que la Thaïlande n’attendait rien de la Conférence de Genève et que les communistes continueront leur insurrection.

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Certes l’administration Eisenhower augmenta son aide militaire et poursuivit ses investissements dans les infrastructures comme les autoroutes, les chemins de fer et les aéroports en Thaïlande, mais Phibun avouait que son armée n’était pas encore assez forte pour contenir une attaque communiste éminente vu la détérioration de la situation en Indochine. (The New York Times, July 16, 1954) Mais beaucoup d’observateurs ou même d’officiels américains sur place, estimaient que l’aide américaine servait surtout les intérêts de l’armée et de la police pour renforcer leurs pouvoirs sur la population et n’atteignaient peu les fermiers. Même en août 1954, John H. Olry, l’assistant directeur de l’Office chargée de l’administration de l’aide américaine en Thaïlande émettait des doutes sérieux sur l’utilisation de l’aide et rapportait des informations qui dénonçaient des trafics organisés par des autorités militaires comme par exemple des échanges d’armes contre du tungstène avec des Karens de Birmanie. 

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Mais les critiques furent ignorées par le Département d’Etat, préférant retenir la stabilité du pays et sa capacité à lutter contre le communisme.

 

D’ailleurs Phibun savait utiliser sa propagande anticommuniste pour justifier sa répression des opposants. Il n’hésita pas, par exemple, lors de la tentative du coup d‘Etat opéré par la marine en novembre 1951 à faire savoir, par la radio, que les communistes avaient infiltré le Parlement et le gouvernement (sic), ce qui justifiait la suspension de la Constitution(Pla Thong, Phak kanmuang thai [Thai Political Parties] (Bangkok: Kaona Press, 1965). Quand ce n‘était pas Phibun, cela pouvait être le chef de la police, le général Phao, comme le rapporte le New York Times (14 nov. 1952), qui mettait en garde contre un complot organisé par les Russes et les Chinois pour faire abdiquer le roi ou le tuer. Quelle que soit la véracité, les arrestations – elles - étaient bien réelles et l’ambassadeur américain ne pouvait que confirmer à ses supérieurs en novembre 1952, l’arrestation de 145 personnes qui comprenaient des journalistes et des étudiants.

 

Mais la politique étrangère des Etats-Unis était basée sur la stabilité de la Thaïlande et sa lutte affichée contre le communisme, même si –bien entendue- elle n’ignorait rien du régime antidémocratique et dictatorial du gouvernement Phibun. L’administration américaine poursuivit donc  son aide militaire, technologique et économique sous l’administration Eisenhower en 1953 malgré toutes les critiques.

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Elle fut certes fondamentale pour le maréchal Phibun dont la position, même après l’élimination politique de Pridi, n’était pas encore assurée. Il sût être assez « habile » pour consolider son pouvoir, et même en 1955 jouer la carte « libérale » et essayer de convaincre les capitales européennes du virage « démocratique » de son régime.

 

 Il fut même reçu par le président Eisenhower en mai 1955 qui l’honora de la médaille du mérite pour son opposition résolue au communisme et il put parler devant la Chambre et le Sénat pour les assurer que la Thaïlande serait toujours à leur côté, comme elle l’a été pendant la guerre de Corée, et qu’elle était fière de faire partie des nations libres et démocratiques, comme son peuple pour qui la liberté était fondamentale et qui aspirait au mode de vie américain. Ce fut un vrai succès et de nombreux articles de journaux et des déclarations officielles saluèrent ce remarquable leader  démocratique. (Sic(Cf. New York Times, 11 mai 1955)

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Mais ironiquement, malgré ce grand succès, le retour au pays fut le début de sa chute, malgré les réformes « démocratiques » engagées (conférences de presse régulières, censure levée, critique autorisées, loi pour l’autorisation de création de partis politiques, etc) Loin de le rendre plus populaire, elles furent l’occasion donnée pour ses opposants  d’attaquer son gouvernement, et de dénoncer des mesures qui étaient loin de celles promises après son retour des Etats-Unis.

 

C’est ce que nous verrons dans notre prochain article.

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*Acheson Papers - Secretary of State File.

In :http://www.trumanlibrary.org/whistlestop/study_collections/achesonmemos/view.php?documentid=69-2_27&documentYear=1951&documentVersion=both

 

**L’aide américaine …. En chiffres :

 

Nous pourrions tout simplement aligner des chiffres, il suffit pour les trouver de consulter le site https://www.usaid.gov/thailand. USAID, c’est l’organisme officiel par lequel transitaient ces aides commencées en 1950.

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Ces chiffres sont énormes et encore il nous faut les réajuster à la date à laquelle nous écrivons (2016) : Compte tenu du taux d’inflation, le coefficient multiplicateur est de 10,02, disons 10 pour simplifier. 100  millions de dollars de cette époque équivalent donc à un milliard de dollars de 2016 (voir le site (http://www.dollartimes.com/inflation/inflation.php?amount=10&year=1950) soit l’équivalent de 0,902 milliard d’euros ….. disons un milliard d’euros 2016 pour simplifier. Mais le détail ne l’affectation de ces sommes n’apparait nulle part autrement que sous forme de pieuses généralités ou, s’il apparait, nous ne l’avons en tous cas pas trouvé ! S’agit-il de versements financiers purs et simples, de livraisons de matériel, d’armes et d’armements, de la construction d’usines ou d’infrastructures ? En cette dernière hypothèse, devrait-on considérer que l’implantation de Coca-cola en Thaïlande en 1949 fait partie de l’aide apportée par le bon peuple américain, par exemple ! Bref, on peut se poser bien des questions, en espérant pouvoir donner d’autres informations au fil de nos recherches.
219. L’ÉTUDE DE QUELQUES ASPECTS DES RELATIONS ENTRE LES ÉTATS-UNIS ET LA THAÏLANDE SOUS LE GOUVERNEMENT DU MARÉCHAL PHIBUN, 1948 - 1957.

Son ambition affichée de créer une vaste Asie du Sud-Est prospère était le signe évident de sa confrontation future avec les puissances coloniales.

 

Phibun n’était pas à-priori un ami du Japon, mais il voyait la possibilité de retrouver les territoires perdus du Cambodge, Laos, Malaisie, et Birmanie. Il engagea d’ailleurs des négociations avec les Etats-Unis et la Grande-Bretagne, mais en juin 1940 il signait un pacte de non –agression mutuel avec le Japon. La défaite rapide de la France face à l’Allemagne avec la signature de l’armistice le 22 juin 1940, incita Phibun à arrêter les négociations avec la France et même d’attaquer les forces coloniales françaises au Laos et au Cambodge en novembre 1940 avec l’aide des Japonais et de réoccuper certains des territoires perdus. Ce fut évidemment jugé comme une agression par Londres et Washington, qui virent en Phibun, non seulement un dictateur réactionnaire mais un opportuniste qui avait profité de la défaite de la France pour poursuivre ses propres ambitions. De plus, un message de la légation américaine de Bangkok indiquait à Washington que le Japon était en train de mettre en place une cinquième colonne pour contrôler le pays. Phibun poursuivit malgré tout des négociations avec les Etats-Unis et la Grande-Bretagne, mais ceux-ci ne s’engagèrent pas craignant qu’une aide militaire serait détournée pour les Japonais. L’invasion de la Thaïlande par les Japonais le 8 décembre 1941 contraignit Phibun à signer un cessez-le-feu immédiat. Le  21 décembre 1941, il signait un traité avec le Japon qui établissait une coopération économique, militaire et politique avec une clause secrète qui lui promettait une aide pour retrouver ses territoires perdus non seulement en Indochine mais aussi en Malaisie et en Birmanie. Le 25 janvier 1942,  Phibun déclarait la guerre aux Etats-Unis et à la Grande-Bretagne. Cette décision provoquera une forte opposition en Thaïlande et à l’étranger, dont la plus visible fut celle de l’ambassadeur thaï à Washington, Seni Pramoj, qui  refusera de transmettre la déclaration de guerre. Il impulsera immédiatement un mouvement de résistance, les Seri Thai, aux Etats-Unis, pendant qu’un autre se formera en Grande-Bretagne, et qu’en Thaïlande, le régent Pridi animera un mouvement  clandestin.

 

Jan Becka, n’en dira pas plus, pour passer de suite à l’été 1944, à la résignation de Phibun, mis en minorité au Parlement et devant céder le pouvoir à la nouvelle force politique composée des anciens résistants, qui désignèrent Khuang  Aphaiwong, comme premier ministre, en attendant l’arrivée de Seni Pramoj des USA. Les leaders Seri Thai  durent engager des difficiles négociations avec la Grande-Bretagne et la France pour retrouver leur prestige international.

 

(Pour le moins, Jan Becka aurait pu être ici plus explicite et évoquer le traité entre le Siam et la Grande Bretagne signé à Singapour le 1er janvier 1946, in notre article 208, et l’accord tripartite signé entre le Siam, les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et l’Australie le 7 décembre 1946.)

 

Phibun, déclaré criminel de guerre par les Alliés put échapper non seulement à toute sanction, mais fut même acquitté en avril 1946. Les Etats-Unis en furent choqués, mais s’en tinrent à leur politique de non-intervention dans les affaires intérieures de la Thaïlande. Mais ils regardèrent avec approbation, le retour du roi Ananda au royaume, la promulgation de la nouvelle constitution démocratique, et la prise de pouvoir comme premier ministre par Pridi en avril 1946, bien connu pour son attachement à la démocratie. Mais son gouvernement fut incapable de faire face à la corruption, l’inflation, le coût de la vie, et  la pénurie du riz. Il fut  également accusé de communisme par son opposition, pour le soutien qu’il apportait au mouvement anticolonial en Indochine ; ce qui dégrada ses relations avec la France et inquiéta les Etats-Unis. La mort suspecte du jeune roi le 9 juin 1946 fut exploitée avec des rumeurs initiées par l’opposition des Démocrates dirigée par Khuang Aphaiwong et par l’armée, avec en sous-main Phibun. La pression fut telle qu’il démissionna le 23 août et mis un pro-Pridi, le vice-amiral Thamrong comme nouveau 1er ministre. Pridi alla ensuite aux Etats-Unis et en Europe pour obtenir un soutien au gouvernement Thamrong.

 

En mars 1947,  le président Truman confirmait à l’ambassadeur siamois, la nécessité pour le Siam d’être un pays démocratique et stable pour assurer un progrès pacifique en Asie du Sud-Est, et qu’il regrettait tous ces changements fréquents de gouvernements.

 

Il est sûr que l’instabilité politique en Thaïlande la rendait vulnérable aux actions communistes, et ne pouvait qu’inquiéter les Etats-Unis,  surtout que le gouvernement Thamrong avait dû abroger une loi anticommuniste d’avant-guerre en novembre 1946 pour obtenir le lever du véto des Soviétiques pour son entrée à l’ONU. En juillet 1947, le gouvernement siamois ne donnait aucun signe favorable pour les USA, avec son refus de la proposition émanant de la commission de conciliation franco-siamoise voulant créer une union avec l’aide des USA pour contrer les mouvements insurrectionnels des nationalistes au Cambodge et au Laos. De plus, les rumeurs qui circulaient  présentaient Pridi comme un allié du Parti communiste thaïlandais, qui voulait installer une république. Alors que dans le même temps, Phibun représentait avec l’armée une force clairement conservatrice et anticommuniste.

 

 Après le coup d’Etat militaire du 8 novembre 1947, dirigé par le groupe Ratthaprahan effectué au nom de la Nation, du bouddhisme et du roi, pour promouvoir une administration plus efficace, et lutter contre le communisme, Phibun estima qu’il n’était pas encore crédible auprès des Américains et qu’il était plus prudent de confier le pouvoir au leader des « Démocrates » Khuang Aphaiwong. Si les officiels américains furent plutôt inquiets par la tournure que prenaient ces nouveaux événements, le New York Times émettait l’espoir que Phibun avait peut-être changé et était prêt à prendre une voie plus démocratique. Mais Londres et Washington n’avaient pas encore oublié la collaboration de Phibun avec les Japonais pendant la guerre et l’ambassadeur américain à Bangkok exprimait sa déception et annonçait la possibilité d’une guerre civile. Mais nulle action ne fut prise par Londres et Washington.

 

Pendant que le gouvernement Khuang essayait de régler le problème de la pénurie de riz, Phibun dénonçait la menace communiste dans  le pays en informant que 800 révolutionnaires préparaient un coup dans le Nord-Ouest, soutenu par la Chine, et que certains  leaders  Free Thai  (Le mouvement de résistance pendant la guerre) soutenaient ce mouvement insurrectionnel.

 

Khuang voulait évidemment préserver une forme de démocratie, et  éviter que le pouvoir revienne aux militaires.  Lors des élections en janvier 1948, le Parti des  Démocrates de Khuang remportèrent d’ailleurs une large victoire, alors que le Parti Tharmathipat soutenu par Phibun eut peu de succès. Le nouveau gouvernement Khuang fut reconnu par les Etats-Unis, mais le 7 avril 1948, les auteurs du coup du 8 novembre 1947 avec d’autres généraux, « exigèrent » la démission de Khuang sous les 24 heures, ce qu’il fit, faute d’appuis, le 8 avril pour céder le pouvoir  au maréchal Phibun. Les réactions de Londres et de Washington furent plutôt modérées envers celui qui apparaissait de nouveau, même pour les médias, le nouvel homme fort de la politique thaïlandaise.

 

La chute et le retour de Phibun au pouvoir, nous dit Jan Becka, peuvent s’expliquer par plusieurs facteurs. Les gouvernements Pridi et Thamrong avaient clairement échoué pour résoudre  les problèmes de la population.  De plus, la société siamoise, une société conservatrice, avait une mauvaise perception des nouvelles idées jugées trop radicales et même « communistes », qui rendaient Pridi trop « libéral ». De plus, les Etats-Unis n’avaient pas suffisamment soutenu le mouvement libéral d’après-guerre et n’avait pas tenté d’affaiblir la position de l’armée thaïe, qui était le principal support de l’influence de Phibun, et qui avait su conserver son prestige. De même la Grande-Bretagne qui voulait initialement réorganiser l’armée, avait préféré préserver ses intérêts et sa sécurité, surtout avec la concurrence américaine. Mais ce fut finalement, la guerre froide avec l’insurrection communiste qui fit changer les priorités américaines.

 

Le progrès, la démocratie et le libéralisme furent mis au second plan au profit de la stabilité et de la lutte anticommuniste. De nombreux officiels américains estimèrent que les difficultés économiques, la corruption, la mort mystérieuse du roi Ananda Mahidol avaient amené de nombreux thaïs à aspirer à un nouveau gouvernement, et que Phibun représentait plus d’espoir de stabilité, et plus d’efficacité pour lutter contre le communisme, surtout après l’insurrection communiste en Chine et dans  les Etats coloniaux français et anglais.

 

Effectivement, quand Phibun redevint 1er ministre le 8 avril 1948, après un nouveau coup d’Etat,  la situation internationale allait décider les Etats-Unis à des compromis et à donner un rôle à Phibun dans sa stratégie en Asie. En Europe, les communistes avaient pris le pouvoir en Tchécoslovaquie en février; En Italie, les communistes risquaient de gagner les élections ; En Chine, le Kuomintang perdait bataille sur bataille face aux forces de Mao, qui contrôlaient déjà une partie du pays ; Et en Indochine les insurgés communistes devenaient plus forts.   

 

A Bangkok, Phibun n’ignorait pas la situation internationale et savait que malgré ses succès dans l’élimination de son opposition, sa position n’était pas inattaquable. Il avait besoin de l’appui  américain et de son aide économique et militaire face aux « Démocrates » et d’une partie de son armée. Il le constatera avec la série de coups d’Etat, comme la tentative du 1er octobre 1948, et plus tard avec l’autre coup d’Etat dirigé  par Pridi et ses partisans le 26 février 1949, et encore avec celui fomenté par la marine, le 31 mars 1951, qui faillit coûter lui coûter la vie.

 

En octobre 1950 en tous cas, le département d’Etat confirmait que le principal objectif des Etats-Unis était d’inclure la Thaïlande dans sa politique anticommuniste,  et donc de renforcer les liens avec la Thaïlande, de l’aider économiquement, de lui transmettre des nouvelles technologies, et de l’aider à mener sa propre lutte contre les communistes. Cette politique américaine  ne pouvait que renforcer  la situation de Phibun.

 

Mais déjà la coopération entre les deux pays avait commencé en mai 1949, quand la Thaïlande était devenue un membre de la Banque Mondiale et du Fonds International Monétaire, la rendant ainsi plus forte au plan international. En février 1950, une mission dirigée par l’ambassadeur Philippe C. Jessup arrivait à Bangkok, à l’issue de laquelle les Etats-Unis accordait 10.000.000 de dollars pour une aide militaire plus d’autres fonds plus économiques. En juillet et août 1950, trois accords étaient signés pour l’éducation, l’aide économique et technologique, et militaire. Cette aide militaire entre 1950 jusqu’à la chute de Phibun en 1957, sera estimée à 200.000.000 de dollars, et pour la coopération technique entre 1952 et 1955 à 27.000.000 de dollars. Il est évident que la décision de Phibun (21 juillet 1950) d’envoyer des troupes sous l’égide de l’ONU combattre les communistes en Corée ne pouvait que renforcer la coopération entre les deux pays. (Cf. En note ** un tableau de l’aide américaine à la Thaïlande de 1950 à 2011)

 

Dans un document déclassifié du 29 juin 1951, l’ambassadeur américain en Thaïlande Edwin F. Stanton confiait à Dean Acheson*, qu’il avait informé le Secrétaire d’Etat, qu’il existait une intense activité communiste parmi les travailleurs, étudiants et instituteurs chinois avec un succès important dans les sociétés chinoises et dans les médias qu’ils contrôlaient. Il mettait en garde contre leur tentative de convaincre des intellectuels, politiciens et même bonzes siamois. Il réaffirmait que leurs activités subversives étaient une menace sérieuse pour le gouvernement et le peuple et qu’ils manifestaient leur volonté de contrôler la Thaïlande comme les autres pays d’Asie du Sud-Est. Edwin F. Stanton rappelait que malgré cette menace, la Thaïlande avait répondu très rapidement à l’appel de l’ONU pour lutter contre l’agression communiste en Corée et qu’il était urgent d’intégrer la Thaïlande dans la stratégie américaine en Asie du Sud-Est. Il révélait à Dean Acheson que le Secrétaire d’Etat l’avait assuré que les amis thaïs ne seraient pas oubliés.

 

De fait, le président Truman par exemple en 1952 devant le Congrès justifiait que l’aide apportée au gouvernement ami de Thaïlande n’était pas seulement dû au fait que celle-ci s’était rangée auprès du monde libre pour maintenir la stabilité dans une région située près de l’armée rouge de Chine et aux frontières de l’Indochine et de la Birmanie, mais aussi parce qu’elle était le premier pays producteur et exportateur de riz pour de nombreux pays du monde libre qui en dépendaient.

 

Après la participation des Thaïlandais à la guerre de Corée, le second  grand moment important pour les relations thaïes-américaines fut l’adhésion de la Thaïlande  le 8 septembre 1954, à l’Organisation du traité de l’Asie du Sud-Est (OTASE, SEATO dans son sigle anglais), destinée – bien entendu - à combattre le communisme et à défendre les adhérents contre toute agression. (Becka aurait pu donner leur nom, à savoir la Grande-Bretagne, la France, l’Australie, la Nouvelle-Zélande, le Pakistan, les Philippines.)  

 

Toutefois les motivations des Etats-Unis et de la Thaïlande étaient différentes. Pour les Etats-Unis, il s’agissait avant tout de soutenir les gouvernements non-communistes des colonies françaises. Ainsi, à la conférence de Genève en 1954 un cessez le feu avait été signé pour le Cambodge, le Laos et le Vietnam, lequel avait été divisé –provisoirement- en deux Etats avec au Sud un gouvernement non communiste dirigé par Bao Daï (et plus tard Ngo Dinh), mais les communistes étaient toujours présents. L’administration Eisenhower, guidée par « la théorie des dominos » voulait éviter la victoire communiste dans ces pays mais ne voulait pas intervenir directement, et  elle estimait que la Thaïlande n’était pas sous la menace directe.

 

La Thaïlande quant-à-elle espérait un traité bilatéral. Ainsi dès janvier 1951 le prince Wan Waithayakon, ambassadeur à Washington, avait demandé à l’assistant du Secrétaire d’Etat Dean Rusk, si les Etats-Unis étaient prêts à intervenir en cas d’une agression d’un pays communiste dans son pays ou s’ils auraient la même stratégie que lors de la 2ème guerre mondiale. Nulle réponse claire ne fut donnée. Aussi en janvier 1953, Phibun lui-même répétait la même question à la délégation de l’administration Eisenhower venue à Bangkok, surtout au regard de la nouvelle menace constituée par le gouvernement autonome des peuples thaïs du Yunnan, nouvellement établi par les Chinois. Il voyait là, une préparation pour organiser un mouvement de guérilla contre la Thaïlande. Pote Sarasin, ambassadeur alors aux Etats-Unis informait le Secrétaire d’Etat Dulles, que la Thaïlande n’attendait rien de la Conférence de Genève et que les communistes continueront leur insurrection.

 

Certes l’administration Eisenhower augmenta son aide militaire et poursuivit ses investissements dans les infrastructures comme les autoroutes, les chemins de fer et les aéroports en Thaïlande, mais Phibun avouait que son armée n’était pas encore assez forte pour contenir une attaque communiste éminente vu la détérioration de la situation en Indochine. (The New York Times, July 16, 1954) Mais beaucoup d’observateurs ou même d’officiels américains sur place, estimaient que l’aide américaine servait surtout les intérêts de l’armée et de la police pour renforcer leurs pouvoirs sur la population et n’atteignaient peu les fermiers. Même en août 1954, John H. Olry, l’assistant directeur de l’Office chargée de l’administration de l’aide américaine en Thaïlande émettait des doutes sérieux sur l’utilisation de l’aide et rapportait des informations qui dénonçaient des trafics organisés par des autorités militaires comme par exemple des échanges d’armes contre du tungstène avec des Karens de Birmanie. Mais les critiques furent ignorées par le Département d’Etat, préférant retenir la stabilité du pays et sa capacité à lutter contre le communisme.

 

D’ailleurs Phibun savait utiliser sa propagande anticommuniste pour justifier sa répression des opposants. Il n’hésita pas, par exemple, lors de la tentative du coup d‘Etat opéré par la marine en novembre 1951 à faire savoir, par la radio, que les communistes avaient infiltré le Parlement et le gouvernement (sic), ce qui justifiait la suspension de la Constitution(Pla Thong, Phak kanmuang thai [Thai Political Parties] (Bangkok: Kaona Press, 1965). Quand ce n‘était pas Phibun, cela pouvait être le chef de la police, le général Phao, comme le rapporte le New York Times (14 nov. 1952), qui mettait en garde contre un complot organisé par les Russes et les Chinois pour faire abdiquer le roi ou le tuer. Quelle que soit la véracité, les arrestations – elles - étaient bien réelles et l’ambassadeur américain ne pouvait que confirmer à ses supérieurs en novembre 1952, l’arrestation de 145 personnes qui comprenaient des journalistes et des étudiants.

 

Mais la politique étrangère des Etats-Unis était basée sur la stabilité de la Thaïlande et sa lutte affichée contre le communisme, même si –bien entendue- elle n’ignorait rien du régime antidémocratique et dictatorial du gouvernement Phibun. L’administration américaine poursuivit donc  son aide militaire, technologique et économique sous l’administration Eisenhower en 1953 malgré toutes les critiques.

 

Elle fut certes fondamentale pour le maréchal Phibun dont la position, même après l’élimination politique de Pridi, n’était pas encore assurée. Il sût être assez « habile » pour consolider son pouvoir, et même en 1955 jouer la carte « libérale » et essayer de convaincre les capitales européennes du virage « démocratique » de son régime.

 

 Il fut même reçu par le président Eisenhower en mai 1955 qui l’honora de la médaille du mérite pour son opposition résolue au communisme et il put parler devant la Chambre et le Sénat pour les assurer que la Thaïlande serait toujours à leur côté, comme elle l’a été pendant la guerre de Corée, et qu’elle était fière de faire partie des nations libres et démocratiques, comme son peuple pour qui la liberté était fondamentale et qui aspirait au mode de vie américain. Ce fut un vrai succès et de nombreux articles de journaux et des déclarations officielles saluèrent  ce remarquable leader  démocratique. (Sic(Cf. New York Times, 11 mai 1955)

 

Mais ironiquement, malgré ce grand succès, le retour au pays fut le début de sa chute, malgré les réformes « démocratiques » engagées (conférences de presse régulières, censure levée, critique autorisées, loi pour l’autorisation de création de partis politiques, etc) Loin de le rendre plus populaire, elles furent l’occasion donnée pour ses opposants  d’attaquer son gouvernement, et de dénoncer des mesures qui étaient loin de celles promises après son retour des Etats-Unis.

C’est ce que nous verrons dans notre prochain article.

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*Acheson Papers - Secretary of State File.

In :http://www.trumanlibrary.org/whistlestop/study_collections/achesonmemos/view.php?documentid=69-2_27&documentYear=1951&documentVersion=both

 

**L’aide américaine …. En chiffres :

 

Nous pourrions tout simplement aligner des chiffres, il suffit pour les trouver de consulter le site https://www.usaid.gov/thailand. USAID, c’est l’organisme officiel par lequel transitaient ces aides commencées en 1950.

 

 

 

Ces chiffres sont énormes et encore il nous faut les réajuster à la date à laquelle nous écrivons (2016) : Compte tenu du taux d’inflation, le coefficient multiplicateur est de 10,02, disons 10 pour simplifier. 100  millions de dollars de cette époque équivalent donc à un milliard de dollars de 2016 (voir le site (http://www.dollartimes.com/inflation/inflation.php?amount=10&year=1950) soit l’équivalent de 0,902 milliard d’euros ….. disons un milliard d’euros 2016 pour simplifier. Mais le détail ne l’affectation de ces sommes n’apparait nulle part autrement que sous forme de pieuses généralités ou, s’il apparait, nous ne l’avons en tous cas pas trouvé ! S’agit-il de versements financiers purs et simples, de livraisons de matériel, d’armes et d’armements, de la construction d’usines ou d’infrastructures ? En cette dernière hypothèse, devrait-on considérer que l’implantation de Coca-cola en Thaïlande en 1949 fait partie de l’aide apportée par le bon peuple américain, par exemple ! Bref, on peut se poser bien des questions, en espérant pouvoir donner d’autres informations au fil de nos recherches.

 

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