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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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24 février 2016 3 24 /02 /février /2016 18:06
221. LES GOUVERNEMENTS DE PHOT SARASIN (21 SEPTEMBRE 1957-1er JANVIER 1958) ET DU GENERAL THANOM KITTIKACHORN  (1ER JANVIER - 20 OCTOBRE 1958).

Du  coup d’Etat du maréchal Sarit du 16 septembre 1957 à un autre coup d’Etat du même maréchal Sarit, du 20 octobre1958.

 

Rappel.

 

Le général Phao, le chef de la police et patron du Parti gouvernemental Manangkasila sortait vainqueur des élections truquées du 26 février 1957. Une campagne fut menée contre lui qui provoqua une crise (Loi martiale le 2 mars 1957), qui aboutit  à la formation d’un nouveau gouvernement (le 26ème) le 21 mars, composé essentiellement de militaires établi avec un savant équilibre entre l’armée, la police, la marine et l’aviation.

 

Mais les  hostilités entre les différentes factions vont vite se manifester, avec le duel au sommet entre le maréchal Sarit et le général Phao, entre l’armée et la police. Le 21 août, le maréchal Sarit donnait sa démission, ainsi que ses deux fidèles lieutenants, le général Thanom et le général Phaphat et les deux représentants de l’aviation. Ils seront soutenus le 11 septembre, par les 62 députés non élus qui donneront leur démission du parti gouvernemental et par les députés du Parti unioniste (Pro-Sarit).

 

Ensuite tout ira très vite, puisque le 12 septembre, le général Phao donnait sa démission du gouvernement, ainsi que le maréchal Phin et le ministre de l’Industrie, le major-général Phraman Adireksan.  Le 13 septembre, les 62 députés lançaient un ultimatum et réclamaient la démission de Phibun et de Phao de son poste de directeur de la police.  Et le 16 septembre, le maréchal Sarit effectuait un coup d’Etat, qui provoquait la fuite du maréchal Phibun et du Général Phao à l’étranger.

 

Extrait du Bangkok post :

221. LES GOUVERNEMENTS DE PHOT SARASIN (21 SEPTEMBRE 1957-1er JANVIER 1958) ET DU GENERAL THANOM KITTIKACHORN  (1ER JANVIER - 20 OCTOBRE 1958).

C’était la fin du régime du maréchal Phibun qui avait régné 9 ans et 5 mois du 08/04/1948 au 16/09/1957, disions-nous, et le début d’une ère nouvelle.

 

En suivant, une fois de plus Pierre Fistié, in « L’évolution de la Thaïlande contemporaine » (pp. 244- 247), nous apprendrons que le maréchal Sarit annoncera le 17 septembre, dès le lendemain du coup d’Etat, « qu’il tenait les élections du 26 février pour irrégulières et que le Parlement allait être dissous, ce qu’un décret royal fit aussitôt en vertu de l’article 65 de la Constitution. De nouvelles élections devaient avoir lieu trois mois plus tard. » (Fistié)

 

(On peut remarquer avec ironie, cette « coutume » des coups d’Etats militaires en Thaïlande, qui évoquent la Constitution et des nouvelles élections aussitôt le coup fait. En attendant, la constitution de 1952 avait été suspendue le 17 septembre et la Constitution de 1932 remise en vigueur. De l’art d’user des Constitutions !)

 

Si le maréchal Sarit avait réalisé le coup d’Etat militaire avec ses hommes de confiance, les lieutenants généraux Thanom et Praphat, d’anciens compagnons d’arme lors de la campagne dans les États Shans, il choisit de ne pas participer au gouvernement, et le 21 septembre 1957 laissa une « Assemblée provisoire » composée des députés nouvellement nommés de désigner le nouveau premier ministre Pote Sarasin. Ce même jour, un décret royal signait la liste du 27ème gouvernement de la monarchie constitutionnelle. (21/09/1957-01/01/1958) 

 

On se doute que cette Assemblé provisoire avait suivi les « instructions » données par le maréchal Sarit pour choisir Pote Sarasin, qui était une caution apportée à la Grande-Bretagne et aux Etats-Unis. Il venait de prendre ses fonctions de secrétaire général de l’OTASE et Il avait été ministre des Affaires étrangères de 1949 à 1950 et ambassadeur à Washington.

 

La composition du gouvernement ne laissait aucun doute sur le fait que Sarit contrôlait le gouvernement et avait placé ses hommes aux postes clés. Thanom était nommé à la Défense, Prapass à l’intérieur, et le chef du Parti unioniste M. Sukich Nimmanahaeminda, à l’économie, tandis que 13 autres militaires occupaient d’autres postes.

 

Mais ce gouvernement sera en fait un gouvernement intérim, puisqu’il eut  surtout la tâche d’organiser des nouvelles élections générales qui eurent lieu le 15 décembre 1957.

 

La nouvelle composition de l’Assemblée.

221. LES GOUVERNEMENTS DE PHOT SARASIN (21 SEPTEMBRE 1957-1er JANVIER 1958) ET DU GENERAL THANOM KITTIKACHORN  (1ER JANVIER - 20 OCTOBRE 1958).

Sur 160 postes,  61 furent élus sur l’étiquette des Indépendants, dont la plupart était pro-Sarit et provenait de l’ancien parti Manangkasila qui avait disparu, et comprenait un grand nombre d’officiers en activité. Les autres postes se répartissaient ainsi : 45 pour le Parti Unioniste ; 39 pour le Pari démocrate, 15 pour le Parti socialiste ; 5 pour le parti Démocrate libre ; 6 sièges pour le Parti économiste et le Parti « Hyde Park » perdait un de ses 2 députés.

 

Ses résultats indiquaient des élections libres, qui d’ailleurs s’étaient déroulées dans une relative indifférence avec une participation de moins de 30%. Mais le 19 décembre, Sarit réorganisait sa majorité parlementaire en créant le Parti Chatsangkhom (national-socialiste), qui était composé des 123 députés nommés, de 35 des « Indépendants » et des 45 députés du Parti Unioniste. Son bras droit Thanom et le chef du feu Parti unioniste M. Sukich en devenaient les vice-présidents.

 

Et pour encore verrouiller davantage  toute la vie politique, le maréchal Sarit faisait approuver par décret royal le 1er janvier 1958, la liste du 28ème gouvernement (1er janvier 1958- 20 octobre 1958) dirigé par les mêmes hommes de confiance : avec comme 1er ministre Thanom qui conservait la Défense, comme vice-premiers ministres Prapass, qui conservait l’intérieur, Sukich qui conservait l’économie et l’inamovible Major General H.R.H. Prince Krom Muen Naradhip Bongsprabandh (Le Prince Wan Waithayakon), qui conservait les Affaires étrangères ; la plupart des autres ministres du précédent gouvernement conservaient également leur place.

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Le 27ème gouvernement de  Pote Sarasin avait duré un peu plus de 3 mois (21 septembre 1957- 1er octobre 1958), un « intérim » qui avait servi  au maréchal Sarit à mettre main basse sur le Parlement et à placer ses hommes de confiance au gouvernement ; Pote Sarasin pouvait reprendre son poste de secrétaire général de l’OTASE et le maréchal Sarit pouvait partir aux Etats-Unis se faire soigner et subir une opération abdominale en février ; il séjournera ensuite à Londres. Mais après son retour, le 18 mars 1958...

 

Extrait du Bangkok post :

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il revient aux États-Unis en mai, y rencontre Eisenhower et s’entretient avec lui la nécessité de lutter contre le communisme. 

 

Extrait du Bangkok post :

221. LES GOUVERNEMENTS DE PHOT SARASIN (21 SEPTEMBRE 1957-1er JANVIER 1958) ET DU GENERAL THANOM KITTIKACHORN  (1ER JANVIER - 20 OCTOBRE 1958).

Il avait retrouvé en mars un gouvernement qui ne maîtrisait plus la situation.

 

Fistié nous donne une idée précise de la situation budgétaire : « les recettes budgétaires de 1958 étaient inférieures de 4 % aux prévisions (5.616 millions de baths au lieu de 5.870 millions), les dépenses ordinaires effectives dépassèrent de 6 % le chiffre autorisé (6.019 millions de bath au lieu 5.651 millions). Il en résultait un déficit de plus de 400 millions de bath, phénomène que la Thaïlande ne connaissait pas depuis longtemps, du moins de cette ampleur.» (p.245). Il fallait augmenter les impôts, mais cette augmentation nécessaire rencontra une vive opposition, aggravée par le fait que les parlementaires monnayaient leur soutien au gouvernement, et que Thanom n’avait pas  l’autorité suffisante pour faire taire les exigences contradictoires des factions civiles et militaires qui composaient la majorité.

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Les partis de l’opposition et la presse de gauche dénonçaient en vain la corruption ambiante et réclamaient de meilleures relations avec la Chine et de prendre ses distances avec les Etats-Unis, en sortant de l’OTASE et en prônant une politique étrangère plus neutraliste.

221. LES GOUVERNEMENTS DE PHOT SARASIN (21 SEPTEMBRE 1957-1er JANVIER 1958) ET DU GENERAL THANOM KITTIKACHORN  (1ER JANVIER - 20 OCTOBRE 1958).

De plus la situation économique n’était guère brillante.

 

Un rapport de la Banque mondiale (la BIRD) effectué par dix experts de juillet 1957 à la fin de juin 1958 révélait des graves problèmes économiques concernant surtout la production et les  débouchés pour certaines richesses traditionnelles (le teck, l’étain, le caoutchouc), la production de riz en rapport avec l’essor démographique et les problèmes spécifiques du Nord-Est, liés en plus  aux changements politiques au Laos. (Cf. Fistié, pp. 289- 314)

 

Le bois de teck dans les montagnes du Nord était depuis longtemps une ressource importante, mais son exploitation abusive produisit des effets dramatiques. « Pour la période 1930-1945, la quantité de teck arrivée à maturité et par conséquent exploitable, était évaluée à 1.300.000 arbres. Pour la période 1955-1970 elle n’était plus que de 460.000 », voire moins pour la BIRD. La production chutait chaque année ; de 359 t en 1954, on était passé à 188 t en 1957, 181 t en 1958.  

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De même, l’exploitation de l’étain qui était la seconde ressource d’exportation avant la guerre, après le riz, commençait à donner des signes d’épuisement. La production record de 1940 à 24.000 t (concentré à 72%) était passée à 14.000 t en 1950. Certes elle s’était progressivement relevée au cours des années 1955-1957, mais l’International Tin Agreement avait réduit le quota pour la Thaïlande à 10.000 t en 1958.

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Quant-au caoutchouc, la situation était différente. La production était devenue la deuxième source d’exportation et celle-ci augmentait chaque année. Elle était passée de 120 t en 1954, à 137 t en 1956, 141 t en 1958, mais elle commençait à être en concurrence avec le caoutchouc synthétique et les rendements n’arrivaient pas à progresser. En 1956, par exemple, sur une superficie de 1889 milliers de rai, on avait un rendement 72 kg par rai, et en 1958, nous étions encore à 69 kg par rai (sur une superficie de 2039 milliers de rai, il est vrai). Le gouvernement ne voyait pas l’effet de vieillissement sur les arbres et n’avaient aucun plan pour  mettre en place des infrastructures, des nouvelles formations, lancer des plantations nouvelles en variétés et en rendements, contrairement à ce qui s’était fait en Malaisie après la guerre. La catastrophe était annoncée à long terme. (Le 25 août 1960 une loi fut bien promulguée pour venir en aide aux plantations, mais Moussy note que par exemple la taxe sur l’exportation avait fourni jusqu’en décembre 1962, 189,8 millions de baths, mais qu’un tiers fut effectivement redistribué. Note 12,  p. 294)

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Les gouvernants et les factions politiques, militaires et policières, nous l’avons vu, étaient plus préoccupés par leur lutte pour le pouvoir et pour profiter financièrement des circuits économiques et des divers trafics (aide américaine, subventions diverses, opium, armes,  etc.), que par la bonne santé économique du pays.

 

Mais le problème majeur était en fait le taux d’accroissement démographique par rapport à la production de riz.

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Explication.

 

L’exportation de riz, depuis l’inclusion de la Thaïlande dans les circuits mondiaux, était la première source financière du royaume. Après la 2ème guerre mondiale,  on pouvait même observer une progression spectaculaire. Ainsi, si la moyenne en 1935-1939 était de 86,5 millions de bath, on avait en 1952,  3.870 millions de bath, et en 1957, 3.943 millions de bath (Contre 1689 pour le caoutchouc, et 531 pour l’étain par exemple).

 

Mais si la  prospérité de la Thaïlande dépendait donc de la production du riz et de sa capacité à dégager un excédent exportable, on observait une chute de ses exportations en 1958. (1957, 24.205 milliers de piculs de 60 kg, 16.669 en 1958), avec une population qui  avait presque doublé au cours des 30 dernières  années (11.506.207 habitants (1929), 22.811.701 (1956)).

 

Il fallait donc accroître les superficies irriguées. La principale zone d’irrigation de l’ancien régime au klong Rangsit datait ; Le « Greater Chao Phya Project » (Près de 1.000.000 ha) comportant un barrage situé à environ 160 km de Bangkok,  avait commencé en 1950, mais la mission de la BIRD (1957-1958) constatait que le creusement des canaux de distribution était encore en cours. Un autre projet, avec le grand barrage de Yanhee sur la rivière Ping, à 320 km au Nord-Est de Bangkok, n’avait commencé qu’en 1957 (Il ne sera inauguré qu’en 1964) et on connaissait les pressions politiques et les pratiques budgétaires fantaisistes qui accordaient  les crédits nécessaires une année pour les oublier l’année suivante, ou se trouvaient amputés par la corruption.

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La cacophonie régnait et Thanom ne contrôlait plus la situation. Il   procéda le 7 août à un remaniement ministériel (6 ministres furent limogés, 2 changèrent de poste et 6 nouveaux arrivèrent) mais cela fut sans effet, voire empirait.

 

Mais c’est surtout au Nord-Est que la situation était la plus grave. Cette région comportait 35 % de la population agricole, et l’essor démographique y avait été légèrement supérieur que l’ensemble du pays, ce qui avait incité à mettre en culture des terres de moins en moins favorables avec des rendements qui ne pouvaient être que décroissants. La population restait attachée à la riziculture, qui constituait toujours l’activité agricole de base, dans une économie d’auto-subsistance. De plus, beaucoup pratiquaient  la culture itinérante par incendie, et provoquaient ainsi la déforestation, l’épuisement et l’aridité des sols, avec des risques accrus d’inondation. Les projets entrepris entre 1950 et 1957 (Une école à Ubon pour la formation des instituteurs, le projet FAO avec la construction d’une centaine de réservoirs, de digues en terre barrant les cours d’eau) n’avaient aidé qu’à irriguer  10.000 ha sur 33.000 prévus ; ce qui étaient déjà insignifiant par rapport aux 15,5 millions de rais de riz cultivé dans le Nord-Est (1956).

221. LES GOUVERNEMENTS DE PHOT SARASIN (21 SEPTEMBRE 1957-1er JANVIER 1958) ET DU GENERAL THANOM KITTIKACHORN  (1ER JANVIER - 20 OCTOBRE 1958).

Mais les dirigeants du pays, basés à Bangkok étaient plus préoccupés par la situation politique que par les problèmes économiques de cette région du Nord-Est.

 

En effet, après le coup d’Etat de septembre 1957 qui mettait fin au gouvernement Phibun, la situation au Laos allait de nouveau inquiéter le nouveau gouvernement avec surtout en novembre 1957, l’accord entre le prince Souvanna Phouma, le 1er ministre laotien et son demi-frère le prince Souphanouwong, chef du Pathet Lao, qui entrait au gouvernement  et dont l’organisation allait devenir un parti politique et  se présenter aux élections du printemps 1958.

 

« À l'origine indépendantiste et nationaliste, le Pathet Lao s'est progressivement affirmé comme un mouvement communiste durant la guerre froide, via son alliance étroite avec le Việt Minh, puis le Nord Viêt Nam.) 

221. LES GOUVERNEMENTS DE PHOT SARASIN (21 SEPTEMBRE 1957-1er JANVIER 1958) ET DU GENERAL THANOM KITTIKACHORN  (1ER JANVIER - 20 OCTOBRE 1958).

(Nous avons déjà évoqué cette situation en nos articles 203 et 218. (Cf. Aussi 11. « L’Isan  était lao au XIX ème siècle »Note *)

 

Le Pathet Lao avait  désormais une légitimité électorale, mais cela représentait  un camouflet pour la droite nationaliste et pour les États-Unis, et bien sûr pour le gouvernement anticommuniste   thaïlandais.

 

Certes, le gouvernement du prince  Souvanna Phouma allait chuter en juin 1958, et le nouveau gouvernement  de Phoui Sananikone se disant neutraliste  allait  tenter de rassurer les capitales les plus anticommunistes de la région comme Taïpeh, Saïgon et Bangkok. Mais la situation était instable.

 

(Cela sera confirmé l’année suivante, avec le gouvernement de Phoui Sananikone, qui allait relancer les hostilités dès mai 1959. « Le 12 mai, le gouvernement fait arrêter les dirigeants Pathet Lao présents à Vientiane, dont Souphanouvong lui-même. Le Pathet Lao reprend alors aussitôt le combat et, à l'été, s'empare des provinces du Nord-est tandis que ses unités militaires se séparent de l'armée régulière et reprennent le maquis. (Cf.** Wikipédia)

 

La situation au Laos ne pouvait laisser Sarit indifférent, lui-même à demi Isan et ayant toujours revendiqué son identité Isan : Sa mère était originaire de la province de Nakhonphanom (de Mukdahan qui n’a pas alors statut de province) et parente proche du général Phoumi Nosavan, lui-même originaire de Savannakhet, sur l’autre rive du Mékong, homme-lige de la CIA et figure de proue de la politique laotienne de lutte contre les communistes du Pathet Lao.

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Bref, le gouvernement rencontrait des difficultés sérieuses aussi bien au niveau économique que politique. Le maréchal Sarit estima que le gouvernement ne contrôlait plus la situation, et crut bon d’effectuer un nouveau coup d’Etat dans la nuit du 20 octobre 1958, au nom de la nécessité de faire face à une grave menace communiste, à l’intérieur et à l’extérieur.  La loi martiale fut proclamée,  la constitution fut abolie, l’Assemblée fut dissoute, les Partis interdits, et les opposants « du front  socialiste » arrêtés, dont le chef Thep Chotimichit. La démocratie n’était plus d’actualité. Une nouvelle dictature s’installait (Cf. Note ***).

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NOTES.

 

*11. L’Isan  était lao au XIX ème siècle. 

http://www.alainbernardenthailande.com/article-11-l-isan-etait-lao-au-xix-eme-siecle-72198847.html

 

203 – TIANG SIRIKHAN, LE GUERRIER DE PHUPAN 

http://www.alainbernardenthailande.com/2015/10/203-tiang-sirikhan-le-guerrier-de-phupan.html

 

Cf. Le chapitre « Complots et menaces en Isan et aux frontières avec le Laos. » in notre article 218 « LE GOUVERNEMENT PHIBUN DU 24 MARS 1952 À SEPTEMBRE 1955. DE LA DICTATURE À LA LIBÉRALISATION DU RÉGIME. »

http://www.alainbernardenthailande.com/2016/02/218-le-gouvernement-phibun-du-24-mars-1952-a-septembre-1955-de-la-dictature-a-la-liberalisation-du-regime.html

 

Extrait.

 

Si Phibun, comme nous l’avons vu, dut faire face au Sud, au mouvement autonomiste des quatre provinces « malaises » de Thaïlande, il dut aussi affronter au Nord-Est, en Isan, des velléités d’autonomie, compréhensibles à partir de la nouvelle situation au Laos, la guerre d’indépendance du Vietminh, et des luttes politique de la Chine communiste. (Cf. Fistié, pp. 304-313)

 

Les dirigeants laos du mouvement « indépendantiste » Lao Issarak, créé  pendant la 2ème guerre mondiale, avaient dû se réfugier en Thaïlande après le retour de troupes françaises au printemps 1946, ainsi que les Vietnamiens établis au Laos. Nombre de ceux-ci rejoignirent leurs compatriotes installés dans un village, près de Nakhon Phanom. On les évaluait alors à environ 40.000. Leur sympathie pour le Vietminh constituait une menace pour le gouvernement Phibun.

221. LES GOUVERNEMENTS DE PHOT SARASIN (21 SEPTEMBRE 1957-1er JANVIER 1958) ET DU GENERAL THANOM KITTIKACHORN  (1ER JANVIER - 20 OCTOBRE 1958).

Si pendant la période Pridi, le gouvernement Lao Issarak en exil, dirigé par les trois princes Pethsarath, Souvanna Phouma et Souphanawong, pouvaient organiser une guérilla à l’intérieur du Laos, le coup d’Etat de novembre 1947 changera la donne. Surtout qu’à l’automne 1947, une « Ligue de l’Asie du Sud-Est » réunissant les « progressistes » siamois, des exilés laotiens, khmers et vietnamiens, s’était créée à Bangkok, sous la présidence de Tiang Sirikhan (Le fameux chef résistant Free Thai, ministre de Pramot et de Thamrong, et  député de Sakhon Nakhon. Cf. Notre article 203. « Tiang Sirikhan, le guerrier de Phupan ») avec à ses côtés Thong In Phuripat (Député d’Ubon, ancien ministre de Thamrong). 

221. LES GOUVERNEMENTS DE PHOT SARASIN (21 SEPTEMBRE 1957-1er JANVIER 1958) ET DU GENERAL THANOM KITTIKACHORN  (1ER JANVIER - 20 OCTOBRE 1958).

Le colonel Luang Kat n’hésita pas à « révéler » que des armes étaient entreposées au domicile de Thong In et que celui-ci voulait établir une république siamoise.

 

En mai 1949, le prince Souphanouwong pro-vietminh était expulsé. La signature d’un traité le 19 juillet 1949 entre la France et le Laos eut pour conséquence la dissolution volontaire du gouvernement Lao Issarak et le retour à Vientiane de la plupart de ses membres avec le prince Souvanna Phouma. Après la victoire des communistes chinois et des contacts directs établis avec le Vietminh, Phibun reconnut les trois gouvernements indochinois patronnés par la France et décida de fermer le bureau du Vietminh à Bangkok.

221. LES GOUVERNEMENTS DE PHOT SARASIN (21 SEPTEMBRE 1957-1er JANVIER 1958) ET DU GENERAL THANOM KITTIKACHORN  (1ER JANVIER - 20 OCTOBRE 1958).

Fistié signale que des tendances séparatistes agitèrent alors de nombreux « dissidents » laos-siamois - mais sans donner d’exemple - qui pouvaient mieux capter les radios communistes au Nord-Est que les radios de Bangkok. Toutefois en 1949, un complot autonomiste fut découvert à Ubon et Fong Sitthitam, un collaborateur de Tiang Sirikhan suspecté.

 

** Le Pathet Lao ?

 

« À l'origine indépendantiste et nationaliste, le Pathet Lao s'est progressivement affirmé comme un mouvement communiste durant la guerre froide, via son alliance étroite avec le Việt Minh, puis le Nord Viêt Nam. […] Mais le Pathet Lao utilise, pour ses activités électorales, un autre visage : en janvier 1956 est fondé le Front patriotique lao (Neo Lao Hak Sat ou Neo Lao Hak Xat, NLHS), qui accède en 1957 au statut de parti politique autorisé. Le 2 novembre 1957Phetsarath Rattanavongsa, revenu de son exil thaïlandais, signe les accords avec Souvanna Phouma.

221. LES GOUVERNEMENTS DE PHOT SARASIN (21 SEPTEMBRE 1957-1er JANVIER 1958) ET DU GENERAL THANOM KITTIKACHORN  (1ER JANVIER - 20 OCTOBRE 1958).

 

Un gouvernement de coalition, dirigé par Souvanna Phouma, est formé le 19 novembre, avec Souphanouvong et Phoumi Vongvichit parmi ses ministres; des élections partielles sont prévues pour assurer la représentation du Pathet Lao. L'Armée de libération et de défense lao, force armée du Pathet Lao, est progressivement intégrée à l'Armée nationale lao. Lors des élections partielles de 1958, le NLHS remporte les provinces de Sam Neua et Phong Saly : bien qu'étant loin d'avoir la majorité à l'assemblée, la vitrine politique du Pathet Lao a désormais une légitimité électorale, ce qui représente un camouflet pour la droite nationaliste et pour les États-Unis, de plus en plus impliqués dans la politique laotienne.

Un gouvernement de coalition, dirigé par Souvanna Phouma, est formé le 19 novembre, avec Souphanouvong et Phoumi Vongvichit parmi ses ministres; des élections partielles sont prévues pour assurer la représentation du Pathet Lao. L'Armée de libération et de défense lao, force armée du Pathet Lao, est progressivement intégrée à l'Armée nationale lao. Lors des élections partielles de 1958, le NLHS remporte les provinces de Sam Neua et Phong Saly : bien qu'étant loin d'avoir la majorité à l'assemblée, la vitrine politique du Pathet Lao a désormais une légitimité électorale, ce qui représente un camouflet pour la droite nationaliste et pour les États-Unis, de plus en plus impliqués dans la politique laotienne.

 

Reprise des hostilités

 

Le gouvernement de coalition ne résiste pas à la pression de ses adversaires politiques : désavoué par le roi et par l'assemblée, Souvanna Phouma doit démissionner en juin 1958. Phoui Sananikone, qui le remplace, relance les hostilités dès mai 1959. Il prend comme prétexte le refus des deux derniers bataillons de l'Armée de libération et de défense lao d'intégrer l'armée régulière car les autorités refusaient la présence des responsables civils Pathet Lao à la cérémonie : le 12 mai, au lendemain de l'incident, le gouvernement fait arrêter les dirigeants Pathet Lao présents à Vientiane, dont Souphanouvong lui-même. Le Pathet Lao reprend alors aussitôt le combat et, à l'été, s'empare des provinces du Nord-est tandis que ses unités militaires se séparent de l'armée régulière et reprennent le maquis … » (Wikipédia)

 
221. LES GOUVERNEMENTS DE PHOT SARASIN (21 SEPTEMBRE 1957-1er JANVIER 1958) ET DU GENERAL THANOM KITTIKACHORN  (1ER JANVIER - 20 OCTOBRE 1958).

Reprise des hostilités

 

Le gouvernement de coalition ne résiste pas à la pression de ses adversaires politiques : désavoué par le roi et par l'assemblée, Souvanna Phouma doit démissionner en juin 1958. Phoui Sananikone, qui le remplace, relance les hostilités dès mai 1959. Il prend comme prétexte le refus des deux derniers bataillons de l'Armée de libération et de défense lao d'intégrer l'armée régulière car les autorités refusaient la présence des responsables civils Pathet Lao à la cérémonie : le 12 mai, au lendemain de l'incident, le gouvernement fait arrêter les dirigeants Pathet Lao présents à Vientiane, dont Souphanouvong lui-même. Le Pathet Lao reprend alors aussitôt le combat et, à l'été, s'empare des provinces du Nord-est tandis que ses unités militaires se séparent de l'armée régulière et reprennent le maquis … » (Wikipédia)

 
221. LES GOUVERNEMENTS DE PHOT SARASIN (21 SEPTEMBRE 1957-1er JANVIER 1958) ET DU GENERAL THANOM KITTIKACHORN  (1ER JANVIER - 20 OCTOBRE 1958).

*** Reçut-il sa « récompense » ? Deux mois plus tard, le  22 décembre, John Foster-Dulles (dont le jeune frère Alan est directeur de la C.I.A) annonce que les États-Unis débloquent 22 millions de dollars pour lutter contre le communisme et participer au développement économique de la Thaïlande.

221. LES GOUVERNEMENTS DE PHOT SARASIN (21 SEPTEMBRE 1957-1er JANVIER 1958) ET DU GENERAL THANOM KITTIKACHORN  (1ER JANVIER - 20 OCTOBRE 1958).

Nous savons (voir notre article précédent  « De la libéralisation du régime à la chute du gouvernement du Maréchal Phibun ») que le coup d’état du mois de septembre reçut immédiatement l’onction royale. Nous n’avons pas trouvé trace d’une déclaration similaire au mois d’octobre 1958. Il est en tous cas certains que le roi entretiendra toujours de très cordiaux rapports avec son premier ministre. Une photographie très répandue mais malheureusement dont datée (avant ou après le coup d’état ?) en est un signe parmi d’autre. 

221. LES GOUVERNEMENTS DE PHOT SARASIN (21 SEPTEMBRE 1957-1er JANVIER 1958) ET DU GENERAL THANOM KITTIKACHORN  (1ER JANVIER - 20 OCTOBRE 1958).

Le retour à la constitution de 1932 qui ne confère pratiquement aucuns pouvoirs au roi ne permet toutefois pas de parler comme il a pu être fait de triumvirat « Roi – Sarit - CIA » mais le gouvernement Sarit qui débute alors sera assurément jusqu’à sa fin celui de la C.I.A

221. LES GOUVERNEMENTS DE PHOT SARASIN (21 SEPTEMBRE 1957-1er JANVIER 1958) ET DU GENERAL THANOM KITTIKACHORN  (1ER JANVIER - 20 OCTOBRE 1958).

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Published by grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-b - dans "Notre" Histoire de la Thaïlande
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