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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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27 février 2016 6 27 /02 /février /2016 18:24
A 211- L’ÉGLISE CATHOLIQUE A-T-ELLE CANONISÉ PAR ERREUR BOUDDHA EN 1583 ?

Catholiques romains et catholiques orthodoxes célèbrent saint Josaphat sans savoir, du moins l’ont-ils fait pendant des siècles, que ce saint chrétien, était peut-être Bouddha, le 27 novembre pour les catholiques romains, le 26 août pour les grecs et le 19 novembre pour les Russes (le 2 décembre de notre calendrier). Il est entré dans le martyrologue de 1583, compilation de martyrologues antérieurs.

 

Il apparait dans l’énorme « encyclopédie théologique » de l’abbé Migne comme « fils d’un roi des Indes, sur les frontières de la Perse, eut pour maitre Saint Barlaam, ermite. L’ouvrage qui nous donne le détail de leurs actions admirables, et qui est regardé par plusieurs critiques comme un roman, est cependant attribué par le martyrologue romain à Saint Jean Damascène, et cette imposante autorité ne permets pas de regarder comme imaginaire ces deux saints personnages qui sont nommés le 27 novembre ».  

A 211- L’ÉGLISE CATHOLIQUE A-T-ELLE CANONISÉ PAR ERREUR BOUDDHA EN 1583 ?

Saint Barlaam est ainsi qualifié « solitaire en Perse, s’étant déguisé en marchand, pénétra dans un royaume des Indes, ou il convertit le fils d’un roi nommé Josaphat. Ce jeune prince, après avoir régné, du vivant de son père, sur une partie de ses états, renonça au trône pour aller passer le reste de sa vie dans la solitude sous la conduite de Barlaam qui avait été obligé de se sauver pour échapper aux persécutions du père de Josaphat. Les détails de sa vie se trouvent dans un ouvrage attribué à Saint Jean Damascène, mais ils ne sont pas regardés comme authentiques. Quoiqu’il en soit, Saint Barlaam est nommé dans le martyrologue romain sous le 27 novembre » (1).

 

Nous retrouvons « Saint Barlaam et Saint Josaphat, ermites, au désert de Sennaar (Mésopotamie), époque incertaine » dans l’encyclopédie de l’abbé Guérin « Les petits Bollandistes » à la date du 27 novembre dans une plus longue et plus pieuse  version qui est un résumé de l’œuvre de Saint Jean Damascène (2). C’est Saint Jean Damascène qui nous conduit vers l’orient et  – hypothétiquement –- vers Bouddha. Qui est Saint Jean Damascène ? C’est un chrétien de Syrie (« Damascène » parce qu’il était originaire de Damas) qui vécut entre le septième et le huitième siècle auquel on attribue  une « Histoire de Barlaam et de Josaphat » écrite initialement soit en grec soit en arabe, traduite en latin puis en langue romane et répandue en occident à partir du moyen-âge.

 

La très longue version de Saint Jean Damascène (3) a été reprise par Jacobus de Voragine au XIIIème siècle dans sa « légende dorée » (« legenda aurea »), une vie de nombreux saints, (4) et s’est répandue comme une trainée de poudre dans tout le moyen-âge chrétien.  

A 211- L’ÉGLISE CATHOLIQUE A-T-ELLE CANONISÉ PAR ERREUR BOUDDHA EN 1583 ?

Le « Barlaam et Josaphat » devint le récit hagiographique le plus répandu au moyen âge et le moins connu à l'époque moderne. Rien qu'en ancien français, on trouve une quarantaine de manuscrits représentant neuf versions indépendantes de cette légende répandus dans les bibliothèques occidentales (5). Mais s’agit-il bien de l’appropriation de l’histoire de Gautama Bouddha ?

 

Dès le XIXème siècle, de nombreux érudits se sont penché sur la question. Pour Léonard R.  Mills, c’est une certitude (6). 

A 211- L’ÉGLISE CATHOLIQUE A-T-ELLE CANONISÉ PAR ERREUR BOUDDHA EN 1583 ?

Il est suivi par partie de la critique selon laquelle l'histoire de « Barlaam et Josaphat » est ou serait une version christianisée et tardive de l'histoire de Siddhartha Gautama, qui devint le Bouddha. Toutefois, le fait que ce soit le Bouddha lui-même —  mort plusieurs siècles avant Jésus-Christ — qui ait été considéré comme un chrétien est aléatoire. Il pourrait s'agir d'un parallèle effectué entre la vie de celui qui est appelé Josaphat — présenté comme un saint chrétien — et le Bouddha. On ne dispose en réalité d'aucune donnée qui pourrait permettre d'identifier ce personnage dont le nom a beaucoup varié au fil des versions pas plus que pour le personnage de Barlaam. Essayons de résumer en quelques lignes la légende qui ressemble singulièrement et en la forme à l’histoire de Bouddha :

 

Le roi Abenner des Indes (un nom d’origine grecque Αβεννηρ) persécutait l'Église chrétienne, fondée dans son royaume par l'apôtre Thomas en 52. Lorsque les astrologues ont prédit que son propre fils serait un jour chrétien, Abenner a alors isolé Josaphat de tout contact extérieur. Malgré ce, Josaphat a rencontré l'ermite Saint Barlaam et s'est converti au christianismeJosaphat a gardé sa foi face à la colère de son père et à ses tentatives pour le convaincre. Finalement, Abenner s'est converti, a remis son trône à Josaphat, et s'est retiré dans le désert pour devenir ermite. Plus tard, Josaphat lui-même abdique et se cache avec Barlaam, son ancien professeur. L'histoire contée par Jacobus de Voragine ressemble donc bel et bien à celle du Bouddha Gautama telle qu'elle se transmet dans la tradition bouddhique. Les noms seuls changent mais en Chine le Maître Kongzi ne pouvait pas imaginer un seul instant qu'il se nommerait un jour Confucius en Occident !

A 211- L’ÉGLISE CATHOLIQUE A-T-ELLE CANONISÉ PAR ERREUR BOUDDHA EN 1583 ?

Peut-on suivre avec un minimum de certitudes le long cheminement de cette histoire qui nous conduit des Indes à la Méditerranée ? Tout commence en Inde, bien évidemment. L’historicité de Bouddha ne peut être mise en doute. Des biographies apparaissent dès les débuts de l’être chrétienne. Le bouddhisme se répand en Asie centrale, grâce, notamment, au grand empire Kushan qui s’étend depuis la vallée du Gange jusqu’aux confins du désert de Takla-Makan, véritable porte d’entrée des célèbres « routes de la Soie ». Entre Chine et Perse, ces routes sont jalonnées de nombreuses villes-oasis par où transitent les marchandises de toute l’Asie mais aussi les religions et leurs légendes. Alexandre-le-grand a rencontré le bouddhisme en Bactriane.

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Dans la ville de Tourfan (dans la province actuelle du Xinjiang chinois) aurait été découvert un fragment d’un manuscrit d’origine manichéenne, écrit en vieux persan, rapportant un dialogue entre deux personnages appelés Bylwhr et Bwdysf (Budasf ?), qui correspondrait à un passage connu de la légende de saint Barlaam et de saint Josaphat (7). Le Perse Mani, fondateur du manichéisme au IIIème siècle se serait lui-même  rendu aux Indes mais en tous cas, chrétien d’origine, il se prétendait inspiré par l’apôtre Thomas qui aurait évangélisé les Indes et souhaitait réaliser une synthèse du christianisme, du zoroastrisme persan et du bouddhisme. 

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La connaissance de Bouddha pénètrera plus tard le monde arabe et parviendra sur les rives de la Méditerranée :

 

Si les musulmans sont peu sensibles aux vertus ascétiques du bouddhisme, leurs savants et leurs érudits nous  ont transcrit nombre de textes qui sans eux seraient perdus. Mais comment Bouddha serait- -il devenu saint Josaphat ? Située à la frontière de l’Europe et de l’Asie, entre la Mer Noire et la Mer Caspienne, la Géorgie est l'une des premières nations européennes à avoir adopté la religion chrétienne comme religion officielle, au début du IVème siècle de notre ère (330) et c’est sur ces terres que l’histoire du Bouddha commence à devenir chrétienne. On connait avec certitude des manuscrits géorgiens relatant l’histoire de Balahwar et Iodasaph (IXème, XIème et XIIème siècles).

 

 

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Les chrétiens, beaucoup plus que les musulmans, sont alors sensibles aux éloges de l’ascétisme. Le monachisme est considéré par les chrétiens comme la meilleure manière de vivre sa foi en Jésus-Christ et la vie de Bouddha – christianisée – devient alors un modèle.  Entrée en territoire chrétien, l’histoire de Bouddha (ou d’un autre monarque devenu ascète ?) va connaître encore de multiples traductions et adaptations avant même le récit de Jacobus de Voragine. Nous avons évidemment une certitude, c’est que de nombreux contacts furent établis très tôt entre le catholicisme des origines et les religions, ou philosophies, orientales et notamment le Bouddhisme. Il est donc permis de penser, sans certitude, que Saint Jean Damascène puis Jacobus de Voragine firent connaître aux chrétiens la philosophie du Bouddha désigné alors par Saint Josaphat (altération possible de Bodhisat(tva) puis Bodhiphat ?).

 

 

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Mais il est tout aussi plausible, l’histoire de l’Eglise en est surabondamment pourvue, qu’un prince oriental ou occidental ait suivi l’enseignement du Christ en suivant la voie difficile choisie par les apôtres (« tu quitteras ton père et ta mère … ») pour mener une vie ascétique ou érémitique (8). Prétendre que l’Eglise catholique a pu un jour canoniser Bouddha, ce n’est pas le prouver. Nous avons, dans un précédent article, au titre, il est vrai un peu provocateur (9) rappelé que pour le Bouddha, il n'y a pas de Dieu créateur de l'Univers, pas de paradis, pas d'enfer, pas de Messie, pas de Résurrection. 

 

Le bouddhisme ne s'intéresse pas à la métaphysique, à l'origine du monde, aux notions de bien et de mal. C'est une doctrine finalement très pragmatique qui part d'un constat évident : tout est souffrance. Pessimisme total qui rejette même la notion d'âme et rend caduque toute attitude religieuse. Dans la mesure où Dieu n'existe pas, à quoi bon la mystique, les sacrifices, les sacrements ou n'importe quelle forme de culte? Le salut dépend uniquement de la causalité du karma et des moyens de sortir du cycle infernal du samsara. Le Bouddha est authentiquement athée. Sa doctrine vise un seul but : la délivrance. Nous avons à ce propos cité le Pape Jean Paul II (10).

A 211- L’ÉGLISE CATHOLIQUE A-T-ELLE CANONISÉ PAR ERREUR BOUDDHA EN 1583 ?

La légende de saint Josaphat, prince hindou, fils d'Abenner, converti par le moine Barlaam, peut-elle être l'histoire de Bouddha, transportée en Occident sous forme christianisée ?

 

Nous sommes dans cette légende telle qu’elle nous a été relatée à l’opposé de l'ancienne sagesse indienne qui a exercé un incontestable pouvoir de séduction sur nombre de fervents chrétiens (11). Le mot « amour », le christianisme en a fait le résumé de sa doctrine (même si ses Églises catholiques romaines ou orthodoxe en ont parfois torturé le sens en leurs formes parfois dévoyées), il est le symbole de la délivrance le bouddhisme ne le prononce jamais se cantonnant dans un ascétisme (que d’aucun considéreront comme stérile) face à la maxime chrétienne qui a guidé toute la vie de Saint Josapha : « Tu aimeras Dieu et ton prochain ». 

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Ces deux mystiques sont antinomiques, la mystique chrétienne est par essence surnaturelle puisqu'elle attend tout de l'action de l'Esprit, les mystiques de l'Orient - hindouisme et bouddhisme - sont naturelles puisqu'elles avancent, par la seule force de leur ascèse. Cinq siècles d’actions missionnaires en Asie  – le Siam en est la preuve (12) –   ont démontré la futilité de l’entreprise.

 

Les théologiens de Grégoire XIII sous le pontificat duquel a été élaboré le martyrologue de 1583 en étaient parfaitement conscients et connaissaient tout aussi parfaitement leur théologie pour être les enfants spirituels du Concile de Trente et se seraient gardé de canoniser ces personnages probablement légendaires s’ils avaient décelé une once de bouddhisme. On ne peut les taxer de syncrétisme ! Mais il est vrai aussi que l’Église catholique s’est parfois emparée de dieux païens ou de ceux que Saint-Paul appelle « les puissances qui sont dans les cieux » (13) pour les annexer et en faire des Saints.

 

A 211- L’ÉGLISE CATHOLIQUE A-T-ELLE CANONISÉ PAR ERREUR BOUDDHA EN 1583 ?
 

Gardons-nous donc de conclure sur des certitudes. Cherchons simplement et sereinement « à apprendre à respirer de nouveau pleinement à deux poumons, le poumon occidentale et le poumon oriental » (14).

A 211- L’ÉGLISE CATHOLIQUE A-T-ELLE CANONISÉ PAR ERREUR BOUDDHA EN 1583 ?

NOTES

 

(1) « Encyclopédie théologique »  en 50 volumes publiée par l’abbé Migne en 1851, volume 40 - première, partie « Dictionnaire hagiographique ou vie des saints et des bienheureux » pages 349-350 et deuxième partie, pages 151-152.

A 211- L’ÉGLISE CATHOLIQUE A-T-ELLE CANONISÉ PAR ERREUR BOUDDHA EN 1583 ?

(2) « Les petits Bollandistes – vie des Saints », édition 1876 en 17 énormes volumes, volume 13, pages 646 et 647. Avant que les curés français ne fassent leur aggiornamento, ces deux ouvrages se trouvaient empilées dans toutes les bonnes sacristies. L’édition que nous citons n’est qu’un résumé des « Acta sanctorum » qui comportent à ce jour (commencés par les Bénédictins au XVIIème siècle et se continuant), 68 volumes (numérisés par la Bibliothèque nationale).

 

 

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Le chiffre  symbolique des 144.000 saints de l’Apocalypse de Saint-Jean est très certainement dépassé. 

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Nous pouvons citer la page édifiante qui leur est consacrée : « Fils d'un roi de l'Inde orientale, nommé Abenner, Josaphat était d'une beauté extraordinaire parmi les astrologues consultés sur sa destinée, l’un d’eux ayant dit qu'il serait chrétien, son père, partisan acharné de l'idolâtrie, afin d'empêcher l'accomplissement de cette prédiction, le lit élever dans un château séparé, où on lui donna des officiers et des domestiques, sur la fidélité desquels il se reposait entièrement. Cette prudence humaine fut inutile.  Josaphat sortit de l'enfance, et commença à faire des réflexions judicieuses sur tout ce qu'il voyait. Il en faisait particulièrement sur l'état de contrainte dans lequel on le tenait, et, voulant en savoir le sujet, il s'adressa à l'un de ses précepteurs qu'il aimait plus que les autres et lui demanda pourquoi le roi, son père, le laissait ainsi prisonnier. Celui-ci lui avoua tout. Ses paroles touchèrent le cœur de Josaphat, et le Saint-Esprit, les accompagnant de sa grâce, lui inspira le désir de connaître la vérité. Dieu révéla quelle était la disposition de son cœur à un saint ermite appelé Barlaam, afin qu'il allât l'instruire. Le solitaire obéit à cet ordre du ciel, et, quittant le désert de Sennaar, où il demeurait, il monta sur un vaisseau et se rendit en habit de marchand au château de Josaphat. Là, il fit connaissance avec le précepteur dont nous avons parlé, et lui dit qu'i) avait une importante communication à faire au jeune prince. Celui-ci désira voir le solitaire. Barlaam lui fit une belle et touchante explication de tous les mystères de la religion chrétienne, des maximes de l'Evangile, de la nécessité des sacrements, de l'inconstance de toutes les choses de la terre, de la récompense des justes dans le ciel, des épouvantables châtiments des pécheurs dans les enfers, et enfin de toutes les vérités du salut. A mesure qu'il parlait, Notre-Seigneur versait sa grâce dans le cœur du jeune prince de sorte qu'après plusieurs conférences, il reçut le saint baptême sans craindre l'indignation du roi, son père. Le saint solitaire t'exhorta ensuite à la pratique des bonnes œuvres, au mépris de la vanité, à la persévérance dans l'état qu'il venait d'embrasser et à l'étude de la perfection chrétienne. Le père de Josaphat conçut le plus violent désespoir lorsqu'il apprit la conversion de son fils au christianisme il employa néanmoins tous les moyens pour le ramener à la religion de ses pères. Mais tous ses efforts furent inutiles le jeune néophyte quitta le monde et s'en alla dans le désert à la recherche de son cher Barlaam. II souffrit des fatigues incroyables car, comme il n'avait emporté aucune provision, il ne vivait que d'herbes sauvages, manquait souvent d'eau, et se trouvait, presque à tous moments, réduit à un état digne de compassion. Mais l'amour divin lui faisait surmonter avec joie toutes ces difficultés. Après avoir cherché deux ans entiers ce qu'il désirait, il trouva enfin Barlaam dans le désert de Sennaar. Il le pria de le recevoir comme son disciple et lui promit une parfaite obéissance. Sa vie fut dès lors tout angélique, et il entreprit les exercices de la solitude avec tant de zèle, que son maître, qui y était accoutumé, admirait de se voir surpasser par un jeune prince élevé dans toutes sortes de délicatesses. Comme ils jouissaient ainsi l'un et l'autre des douceurs des solitaires, il plut à la bonté divine d'appeler Barlaam de ce monde pour le récompenser de ses travaux. Il eut révélation du temps de son décès, et il en donna avis à son cher disciple, afin de le disposer à cette séparation. II employa le peu de vie qui lui restait à l'encourager à la persévérance au service de Jésus-Christ. Voyant son heure proche, il célébra les divins mystères, auxquels il le fit participer, et, après lui avoir fait un adieu avec des paroles pleines de tendresse, il mourut dans la joie du Seigneur en faisant le signe de la croix au milieu de la ferveur de sa prière. Dès qu'il eut les yeux fermés, Josaphat embrassa son corps, l'arrosa de ses larmes, et, l'ayant enseveli dans le cilice qu'il avait reçu de lui au temps de sa conversion, il passa un jour et une nuit à chanter des psaumes et l'enterra, avec beaucoup de respect, dans une fosse auprès de sa caverne. A la fin de cette sainte cérémonie il se laissa aller au sommeil, durant lequel il eut une vision, où le bienheureux défunt lui apparut pour lui faire connaître la gloire dont il jouissait dans le ciel, et l'assurer qu'il en recevrait une pareille s'il persévérait jusqu'à la mort dans sa bonne résolution. Cette espérance le combla de joie et lui inspira de nouvelles forces pour pratiquer avec une fidélité inviolable tous les exercices dignes de sa vocation. Il le fit jusqu'à l'âge de soixante ans, dont il en passa trente-cinq dans les déserts. Un ermite, qui lui avait enseigné la grotte de Barlaam, eut révélation de sa mort et prit soin d'enterrer son corps avec celui de son maître ».

 

(3) Nous avons sous les yeux un exemplaire numérise publié à Rouen en 1600 qui fait plus de 600 pages. La bibliothèque nationale a numérisé (au milieu de beaucoup d’autres) un manuscrit arabe de la fin du XVème siècle...

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somptueusement miniaturisé « Histoire de Bilawhar et Yûdâsaf ».

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(4) Elle a été entièrement numérisée sur le site de l’abbaye Saint-Benoît de Port-Valais, un monastère bénédictin dépositaire d’une gigantesque bibliothèque d’ouvrages numérisés :

http://livres-mystiques.com/partieTEXTES/voragine/index.htm

« LA LEGENDE DOREÉ  DE JACQUES DE VORAGINE NOUVELLEMENT TRADUITE EN FRANÇAIS AVEC INTRODUCTION, NOTICES, NOTES ET RECHERCHES SUR LES SOURCES PAR L'ABBÉ J.-B. M. ROZE, Chanoine Honoraire de la cathédrale d'Amiens  ÉDOUARD ROUVEYRE, ÉDITEUR,   76, RUE DE SEINE, 76 PARIS MDCCCCII  ». L’histoire de notre Saint y apparait dans le tome III, beaucoup plus longuement que celle des Bollandistes qui en est le résumé, trop long toutefois pour que nous le reproduisions ici :

http://livres-mystiques.com/partieTEXTES/voragine/tome03/181.htm

 

(5) Voir : Vermette Rosalie. « Léonard R. Mills, L'Histoire de Barlaam et Josaphat (Version champenoise d'après le manuscrit  de la Bibliothèque Apostolique Vaticane) », In Cahiers de civilisation médiévale, 19ème année (n°76), Octobre-décembre 1976. pp. 403-405.

 

(6) Cet érudit a publié en 1973 une version de cette histoire (Librairie Cruz à Genève) dont l’article visé dans la note-ci-dessus critique « certaines imperfections ».

 

(7) Nous vous livrons cette affirmation sans aucune garantie faute de pouvoir la vérifier, prise sur https://fr.wikipedia.org/wiki/Barlaam_et_Josaphat.

 

(8) L’hypothèse d’une transmission manichéenne est soutenue (comme une hypothèse) par un article de Salomon Reinach publié dans la « Revue historique », tome 135, janvier-avril 1920, p. 209 s.

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(9) A 35 – « Le Bouddhisme est-il athée ? »

 

(10)  « ……. L'illumination expérimentée par le Bouddha peut se résumer dans cette conviction que le monde est mauvais, qu'il est une source de malheurs et de souffrances pour l'homme. Pour se délivrer de ces maux, il convient donc de se livrer au monde ; il faut couper nos liens avec la réalité extérieure, donc les liens que nous impose notre constitution humaine, psychique et corporelle. Au fur et à mesure de cette libération, nous devenons de plus en plus indifférents à tout ce qu'il y a dans le monde et nous nous libérons de la souffrance, c'est à dire du mal qui provient du monde. Nous rapprochons-nous de Dieu de cette façon ? Il n'en est même pas question dans l'illumination proposé par le Bouddha. Le bouddhisme est en grande partie un système athée… ».

 

(11) Nous pensons à Lanza Del Vasto, fervent chrétien resté fils spirituel de Gandhi (« le pélérinage aux sources » publié en 1943) 

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ou à Bede Griffiths, ce moine bénédictin qui a passé sa vie monastique aux Indes (« The marriage of east and west » publié en 1982 et traduit en français en 1985 sous le titre « Expérience chrétienne et mystique hindoue »).

 

 

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(12) Voir notre article 88 « L’Échec des missionnaires français au Siam ».

 

(13) « Épitre aux Éphésiens » – III – 10.

 

(14) Homélie de Jean-Paul II à Istanbul en 1979.

 
A 211- L’ÉGLISE CATHOLIQUE A-T-ELLE CANONISÉ PAR ERREUR BOUDDHA EN 1583 ?

 Gardons-nous donc de conclure sur des certitudes. Cherchons simplement et sereinement « à apprendre à respirer de nouveau pleinement à deux poumons, le poumon occidentale et le poumon oriental » (14).

 

NOTES

 

(1) « Encyclopédie théologique »  en 50 volumes publiée par l’abbé Migne en 1851, volume 40 - première, partie « Dictionnaire hagiographique ou vie des saints et des bienheureux » pages 349-350 et deuxième partie, pages 151-152.

 

(2) « Les petits Bollandistes – vie des Saints », édition 1876 en 17 énormes volumes, volume 13, pages 646 et 647. Avant que les curés français ne fassent leur aggiornamento, ces deux ouvrages se trouvaient empilées dans toutes les bonnes sacristies. L’édition que nous citons n’est qu’un résumé des « Acta sanctorum » qui comportent à ce jour (commencés par les Bénédictins au XVIIème siècle et se continuant), 68 volumes (numérisés par la Bibliothèque nationale). Le chiffre biblique symbolique des 144.000 saints de l’Apocalypse de Saint-Jean est très certainement dépassé. Nous pouvons citer la page édifiante qui leur est consacrée : « Fils d'un roi de l'Inde orientale, nommé Abenner, Josaphat était d'une beauté extraordinaire parmi les astrologues consultés sur sa destinée, l’un d’eux ayant dit qu'il serait chrétien, son père, partisan acharné de l'idolâtrie, afin d'empêcher l'accomplissement de cette prédiction, le lit élever dans un château séparé, où on lui donna des officiers et des domestiques, sur la fidélité desquels il se reposait entièrement. Cette prudence humaine fut inutile.  Josaphat sortit de l'enfance, et commença à faire des réflexions judicieuses sur tout ce qu'il voyait. Il en faisait particulièrement sur l'état de contrainte dans lequel on le tenait, et, voulant en savoir le sujet, il s'adressa à l'un de ses précepteurs qu'il aimait plus que les autres et lui demanda pourquoi le roi, son père, le laissait ainsi prisonnier. Celui-ci lui avoua tout. Ses paroles touchèrent le cœur de Josaphat, et le Saint-Esprit, les accompagnant de sa grâce, lui inspira le désir de connaître la vérité. Dieu révéla quelle était la disposition de son cœur à un saint ermite appelé Barlaam, afin qu'il allât l'instruire. Le solitaire obéit à cet ordre du ciel, et, quittant le désert de Sennaar, où il demeurait, il monta sur un vaisseau et se rendit en habit de marchand au château de Josaphat. Là, il fit connaissance avec le précepteur dont nous avons parlé, et lui dit qu'i) avait une importante communication à faire au jeune prince. Celui-ci désira voir le solitaire. Barlaam lui fit une belle et touchante explication de tous les mystères de la religion chrétienne, des maximes de l'Evangile, de la nécessité des sacrements, de l'inconstance de toutes les choses de la terre, de la récompense des justes dans le ciel, des épouvantables châtiments des pécheurs dans les enfers, et enfin de toutes les vérités du salut. A mesure qu'il parlait, Notre-Seigneur versait sa grâce dans le cœur du jeune prince de sorte qu'après plusieurs conférences, il reçut le saint baptême sans craindre l'indignation du roi, son père. Le saint solitaire t'exhorta ensuite à la pratique des bonnes œuvres, au mépris de la vanité, à la persévérance dans l'état qu'il venait d'embrasser et à l'étude de la perfection chrétienne. Le père de Josaphat conçut le plus violent désespoir lorsqu'il apprit la conversion de son fils au christianisme il employa néanmoins tous les moyens pour le ramener à la religion de ses pères. Mais tous ses efforts furent inutiles le jeune néophyte quitta le monde et s'en alla dans le désert à la recherche de son cher Barlaam. II souffrit des fatigues incroyables car, comme il n'avait emporté aucune provision, il ne vivait que d'herbes sauvages, manquait souvent d'eau, et se trouvait, presque à tous moments, réduit à un état digne de compassion. Mais l'amour divin lui faisait surmonter avec joie toutes ces difficultés. Après avoir cherché deux ans entiers ce qu'il désirait, il trouva enfin Barlaam dans le désert de Sennaar. Il le pria de le recevoir comme son disciple et lui promit une parfaite obéissance. Sa vie fut dès lors tout angélique, et il entreprit les exercices de la solitude avec tant de zèle, que son maître, qui y était accoutumé, admirait de se voir surpasser par un jeune prince élevé dans toutes sortes de délicatesses. Comme ils jouissaient ainsi l'un et l'autre des douceurs des solitaires, il plut à la bonté divine d'appeler Barlaam de ce monde pour le récompenser de ses travaux. Il eut révélation du temps de son décès, et il en donna avis à son cher disciple, afin de le disposer à cette séparation. II employa le peu de vie qui lui restait à l'encourager à la persévérance au service de Jésus-Christ. Voyant son heure proche, il célébra les divins mystères, auxquels il le fit participer, et, après lui avoir fait un adieu avec des paroles pleines de tendresse, il mourut dans la joie du Seigneur en faisant le signe de la croix au milieu de la ferveur de sa prière. Dès qu'il eut les yeux fermés, Josaphat embrassa son corps, l'arrosa de ses larmes, et, l'ayant enseveli dans le cilice qu'il avait reçu de lui au temps de sa conversion, il passa un jour et une nuit à chanter des psaumes et l'enterra, avec beaucoup de respect, dans une fosse auprès de sa caverne. A la fin de cette sainte cérémonie il se laissa aller au sommeil, durant lequel il eut une vision, où le bienheureux défunt lui apparut pour lui faire connaître la gloire dont il jouissait dans le ciel, et l'assurer qu'il en recevrait une pareille s'il persévérait jusqu'à la mort dans sa bonne résolution. Cette espérance le combla de joie et lui inspira de nouvelles forces pour pratiquer avec une fidélité inviolable tous les exercices dignes de sa vocation. Il le fit jusqu'à l'âge de soixante ans, dont il en passa trente-cinq dans les déserts. Un ermite, qui lui avait enseigné la grotte de Barlaam, eut révélation de sa mort et prit soin d'enterrer son corps avec celui de son maître ».

 

(3) Nous avons sous les yeux un exemplaire numérise publié à Rouen en 1600 qui fait plus de 600 pages. La bibliothèque nationale a numérisé (au milieu de beaucoup d’autres) un manuscrit arabe de la fin du XVème siècle somptueusement miniaturisé « Histoire de Bilawhar et Yûdâsaf ».

 

(4) Elle a été entièrement numérisée sur le site de l’abbaye Saint-Benoît de Port-Valais, un monastère bénédictin dépositaire d’une gigantesque bibliothèque d’ouvrages numérisés :

http://livres-mystiques.com/partieTEXTES/voragine/index.htm

« LA LEGENDE DOREÉ  DE JACQUES DE VORAGINE NOUVELLEMENT TRADUITE EN FRANÇAIS AVEC INTRODUCTION, NOTICES, NOTES ET RECHERCHES SUR LES SOURCES PAR L'ABBÉ J.-B. M. ROZE, Chanoine Honoraire de la cathédrale d'Amiens  ÉDOUARD ROUVEYRE, ÉDITEUR,   76, RUE DE SEINE, 76 PARIS MDCCCCII  ». L’histoire de notre Saint y apparait dans le tome III, beaucoup plus longuement que celle des Bollandistes qui en est le résumé, trop long toutefois pour que nous le reproduisions ici :

http://livres-mystiques.com/partieTEXTES/voragine/tome03/181.htm

 (5) Voir : Vermette Rosalie. « Léonard R. Mills, L'Histoire de Barlaam et Josaphat (Version champenoise d'après le manuscrit  de la Bibliothèque Apostolique Vaticane) », In Cahiers de civilisation médiévale, 19ème année (n°76), Octobre-décembre 1976. pp. 403-405.

 

(6) Cet érudit a publié en 1973 une version de cette histoire (Librairie Cruz à Genève) dont l’article visé dans la note-ci-dessus critique « certaines imperfections ».

 

(7) Nous vous livrons cette affirmation sans aucune garantie faute de pouvoir la vérifier, prise sur https://fr.wikipedia.org/wiki/Barlaam_et_Josaphat.

 

(8) L’hypothèse d’une transmission manichéenne est soutenue (comme une hypothèse) par un article de Salomon Reinach publié dans la « Revue historique », tome 135, janvier-avril 1920, p. 209 s.

 

(9) A 35 – « Le Bouddhisme est-il athée ? »

 

(10)  « ……. L'illumination expérimentée par le Bouddha peut se résumer dans cette conviction que le monde est mauvais, qu'il est une source de malheurs et de souffrances pour l'homme. Pour se délivrer de ces maux, il convient donc de se livrer au monde ; il faut couper nos liens avec la réalité extérieure, donc les liens que nous impose notre constitution humaine, psychique et corporelle. Au fur et à mesure de cette libération, nous devenons de plus en plus indifférents à tout ce qu'il y a dans le monde et nous nous libérons de la souffrance, c'est à dire du mal qui provient du monde. Nous rapprochons-nous de Dieu de cette façon ? Il n'en est même pas question dans l'illumination proposé par le Bouddha. Le bouddhisme est en grande partie un système athée… ».

 

(11) Nous pensons à Lanza Del Vasto, fervent chrétien resté fils spirituel de Gandhi (« le pélérinage aux sources » publié en 1943) ou à Bede Griffiths, ce moine bénédictin qui a passé sa vie monastique aux Indes (« The marriage of east and west » publié en 1982 et traduit en français en 1985 sous le titre « Expérience chrétienne et mystique hindoue »).

 

(12) Voir notre article 88 « L’Échec des missionnaires français au Siam ».

 

(13) « Épitre aux Éphésiens » – III – 10.

 

(14) Homélie de Jean-Paul II à Istanbul en 1979.

 

Gardons-nous donc de conclure sur des certitudes. Cherchons simplement et sereinement « à apprendre à respirer de nouveau pleinement à deux poumons, le poumon occidentale et le poumon oriental » (14).

 

NOTES

 

(1) « Encyclopédie théologique »  en 50 volumes publiée par l’abbé Migne en 1851, volume 40 - première, partie « Dictionnaire hagiographique ou vie des saints et des bienheureux » pages 349-350 et deuxième partie, pages 151-152.

 

(2) « Les petits Bollandistes – vie des Saints », édition 1876 en 17 énormes volumes, volume 13, pages 646 et 647. Avant que les curés français ne fassent leur aggiornamento, ces deux ouvrages se trouvaient empilées dans toutes les bonnes sacristies. L’édition que nous citons n’est qu’un résumé des « Acta sanctorum » qui comportent à ce jour (commencés par les Bénédictins au XVIIème siècle et se continuant), 68 volumes (numérisés par la Bibliothèque nationale). Le chiffre biblique symbolique des 144.000 saints de l’Apocalypse de Saint-Jean est très certainement dépassé. Nous pouvons citer la page édifiante qui leur est consacrée : « Fils d'un roi de l'Inde orientale, nommé Abenner, Josaphat était d'une beauté extraordinaire parmi les astrologues consultés sur sa destinée, l’un d’eux ayant dit qu'il serait chrétien, son père, partisan acharné de l'idolâtrie, afin d'empêcher l'accomplissement de cette prédiction, le lit élever dans un château séparé, où on lui donna des officiers et des domestiques, sur la fidélité desquels il se reposait entièrement. Cette prudence humaine fut inutile.  Josaphat sortit de l'enfance, et commença à faire des réflexions judicieuses sur tout ce qu'il voyait. Il en faisait particulièrement sur l'état de contrainte dans lequel on le tenait, et, voulant en savoir le sujet, il s'adressa à l'un de ses précepteurs qu'il aimait plus que les autres et lui demanda pourquoi le roi, son père, le laissait ainsi prisonnier. Celui-ci lui avoua tout. Ses paroles touchèrent le cœur de Josaphat, et le Saint-Esprit, les accompagnant de sa grâce, lui inspira le désir de connaître la vérité. Dieu révéla quelle était la disposition de son cœur à un saint ermite appelé Barlaam, afin qu'il allât l'instruire. Le solitaire obéit à cet ordre du ciel, et, quittant le désert de Sennaar, où il demeurait, il monta sur un vaisseau et se rendit en habit de marchand au château de Josaphat. Là, il fit connaissance avec le précepteur dont nous avons parlé, et lui dit qu'i) avait une importante communication à faire au jeune prince. Celui-ci désira voir le solitaire. Barlaam lui fit une belle et touchante explication de tous les mystères de la religion chrétienne, des maximes de l'Evangile, de la nécessité des sacrements, de l'inconstance de toutes les choses de la terre, de la récompense des justes dans le ciel, des épouvantables châtiments des pécheurs dans les enfers, et enfin de toutes les vérités du salut. A mesure qu'il parlait, Notre-Seigneur versait sa grâce dans le cœur du jeune prince de sorte qu'après plusieurs conférences, il reçut le saint baptême sans craindre l'indignation du roi, son père. Le saint solitaire t'exhorta ensuite à la pratique des bonnes œuvres, au mépris de la vanité, à la persévérance dans l'état qu'il venait d'embrasser et à l'étude de la perfection chrétienne. Le père de Josaphat conçut le plus violent désespoir lorsqu'il apprit la conversion de son fils au christianisme il employa néanmoins tous les moyens pour le ramener à la religion de ses pères. Mais tous ses efforts furent inutiles le jeune néophyte quitta le monde et s'en alla dans le désert à la recherche de son cher Barlaam. II souffrit des fatigues incroyables car, comme il n'avait emporté aucune provision, il ne vivait que d'herbes sauvages, manquait souvent d'eau, et se trouvait, presque à tous moments, réduit à un état digne de compassion. Mais l'amour divin lui faisait surmonter avec joie toutes ces difficultés. Après avoir cherché deux ans entiers ce qu'il désirait, il trouva enfin Barlaam dans le désert de Sennaar. Il le pria de le recevoir comme son disciple et lui promit une parfaite obéissance. Sa vie fut dès lors tout angélique, et il entreprit les exercices de la solitude avec tant de zèle, que son maître, qui y était accoutumé, admirait de se voir surpasser par un jeune prince élevé dans toutes sortes de délicatesses. Comme ils jouissaient ainsi l'un et l'autre des douceurs des solitaires, il plut à la bonté divine d'appeler Barlaam de ce monde pour le récompenser de ses travaux. Il eut révélation du temps de son décès, et il en donna avis à son cher disciple, afin de le disposer à cette séparation. II employa le peu de vie qui lui restait à l'encourager à la persévérance au service de Jésus-Christ. Voyant son heure proche, il célébra les divins mystères, auxquels il le fit participer, et, après lui avoir fait un adieu avec des paroles pleines de tendresse, il mourut dans la joie du Seigneur en faisant le signe de la croix au milieu de la ferveur de sa prière. Dès qu'il eut les yeux fermés, Josaphat embrassa son corps, l'arrosa de ses larmes, et, l'ayant enseveli dans le cilice qu'il avait reçu de lui au temps de sa conversion, il passa un jour et une nuit à chanter des psaumes et l'enterra, avec beaucoup de respect, dans une fosse auprès de sa caverne. A la fin de cette sainte cérémonie il se laissa aller au sommeil, durant lequel il eut une vision, où le bienheureux défunt lui apparut pour lui faire connaître la gloire dont il jouissait dans le ciel, et l'assurer qu'il en recevrait une pareille s'il persévérait jusqu'à la mort dans sa bonne résolution. Cette espérance le combla de joie et lui inspira de nouvelles forces pour pratiquer avec une fidélité inviolable tous les exercices dignes de sa vocation. Il le fit jusqu'à l'âge de soixante ans, dont il en passa trente-cinq dans les déserts. Un ermite, qui lui avait enseigné la grotte de Barlaam, eut révélation de sa mort et prit soin d'enterrer son corps avec celui de son maître ».

 

(3) Nous avons sous les yeux un exemplaire numérise publié à Rouen en 1600 qui fait plus de 600 pages. La bibliothèque nationale a numérisé (au milieu de beaucoup d’autres) un manuscrit arabe de la fin du XVème siècle somptueusement miniaturisé « Histoire de Bilawhar et Yûdâsaf ».

 

(4) Elle a été entièrement numérisée sur le site de l’abbaye Saint-Benoît de Port-Valais, un monastère bénédictin dépositaire d’une gigantesque bibliothèque d’ouvrages numérisés :

http://livres-mystiques.com/partieTEXTES/voragine/index.htm

« LA LEGENDE DOREÉ  DE JACQUES DE VORAGINE NOUVELLEMENT TRADUITE EN FRANÇAIS AVEC INTRODUCTION, NOTICES, NOTES ET RECHERCHES SUR LES SOURCES PAR L'ABBÉ J.-B. M. ROZE, Chanoine Honoraire de la cathédrale d'Amiens  ÉDOUARD ROUVEYRE, ÉDITEUR,   76, RUE DE SEINE, 76 PARIS MDCCCCII  ». L’histoire de notre Saint y apparait dans le tome III, beaucoup plus longuement que celle des Bollandistes qui en est le résumé, trop long toutefois pour que nous le reproduisions ici :

http://livres-mystiques.com/partieTEXTES/voragine/tome03/181.htm

 (5) Voir : Vermette Rosalie. « Léonard R. Mills, L'Histoire de Barlaam et Josaphat (Version champenoise d'après le manuscrit  de la Bibliothèque Apostolique Vaticane) », In Cahiers de civilisation médiévale, 19ème année (n°76), Octobre-décembre 1976. pp. 403-405.

 

(6) Cet érudit a publié en 1973 une version de cette histoire (Librairie Cruz à Genève) dont l’article visé dans la note-ci-dessus critique « certaines imperfections ».

 

(7) Nous vous livrons cette affirmation sans aucune garantie faute de pouvoir la vérifier, prise sur https://fr.wikipedia.org/wiki/Barlaam_et_Josaphat.

 

(8) L’hypothèse d’une transmission manichéenne est soutenue (comme une hypothèse) par un article de Salomon Reinach publié dans la « Revue historique », tome 135, janvier-avril 1920, p. 209 s.

 

(9) A 35 – « Le Bouddhisme est-il athée ? »

 

(10)  « ……. L'illumination expérimentée par le Bouddha peut se résumer dans cette conviction que le monde est mauvais, qu'il est une source de malheurs et de souffrances pour l'homme. Pour se délivrer de ces maux, il convient donc de se livrer au monde ; il faut couper nos liens avec la réalité extérieure, donc les liens que nous impose notre constitution humaine, psychique et corporelle. Au fur et à mesure de cette libération, nous devenons de plus en plus indifférents à tout ce qu'il y a dans le monde et nous nous libérons de la souffrance, c'est à dire du mal qui provient du monde. Nous rapprochons-nous de Dieu de cette façon ? Il n'en est même pas question dans l'illumination proposé par le Bouddha. Le bouddhisme est en grande partie un système athée… ».

 

(11) Nous pensons à Lanza Del Vasto, fervent chrétien resté fils spirituel de Gandhi (« le pélérinage aux sources » publié en 1943) ou à Bede Griffiths, ce moine bénédictin qui a passé sa vie monastique aux Indes (« The marriage of east and west » publié en 1982 et traduit en français en 1985 sous le titre « Expérience chrétienne et mystique hindoue »).

 

(12) Voir notre article 88 « L’Échec des missionnaires français au Siam ».

 

(13) « Épitre aux Éphésiens » – III – 10.

 

(14) Homélie de Jean-Paul II à Istanbul en 1979.

 

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commentaires

FARGETTE JEAN-PIERRE 11/03/2016 13:33

IL EUT ÉTÉ EXHAUSTIF D'AJOUTER DANS VOS NOTES L'EXCELLENTE TRADUCTION DE JEAN MARCEL (PAQUETTE) PROFESSEUR CANADIEN SPÉCIALISTE DU MOYEN ÂGE ET PROFESSEUR EMERITE A CHALULONGKORN RÉSIDENT A BANGKOK. "Baarlaam et Josaphat ou le Bouddha christianisé, Lanctôt éditeur, 2004, Récit du XIIe siècle traduit en français moderne.
Dr JEAN-PIERRE FARGETTE

grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-b 11/03/2016 23:03

Nous n’avons pas la forfanterie de prétendre être exhaustif et n’avions effectivement pas connaissance de cet ouvrage. Mais s’il s’agit comme il le semble d’une nouvelle traduction de Voragine ou de Saint Jean Damascène, s’il nous avait fallu citer toutes les éditions existantes à cette heure, dix pages de notre blog n’y aurait pas suffi !

Cécile 28/02/2016 19:12

Passionnant... Je me posais bien des questions sur les liens spirituels entre la Méditerranée et l'Orient non chrétien... Quelques belles pistes d'exploration. Merci!