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  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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9 mars 2016 3 09 /03 /mars /2016 18:00
222.1– LE GOUVERNEMENT DU « FIELD MARSHAL» SARIT. (9 FÉVRIER 1959 - 8 DÉCEMBRE 1963). 1ère partie.

Nous avons quitté le pays (1) sur le coup d’état du « field marshal » Sarit en écrivant « Le maréchal Sarit estima que le gouvernement ne contrôlait plus la situation, et crut bon d’effectuer un nouveau coup d’Etat dans la nuit du 20 octobre 1958, au nom de la nécessité de faire face à une grave menace communiste, à l’intérieur et à l’extérieur. La loi martiale fut proclamée, la constitution fut abolie, l’Assemblée fut dissoute, les Partis interdits, et les opposants « du front  socialiste » arrêtés, dont le chef Thep Chotimichit. La démocratie n’était plus d’actualité ». Une fois encore, « l’armée est au pouvoir » (2).

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ll est – nous a-t-il semblé – difficile de parler de ces 5 ans au cours desquels Sarit exerça un pouvoir brutal sinon sanglant sans dire quelques mots du personnage. Le « field Marshal » (chomphon จอมพล) Sarit Thanarat (สฤษดิ์ ธนะรัชต์) est né à Bangkok le 16 Juin 1908. Son père, Thongdi Thanarat (ทองดี ธนรัชต์) puis Luang Ruangdetanan, son nom de plume (หลวงเรืองเดชอนันต์), sur lequel nous connaissons peu de choses était un militaire « sorti du rang » qui finit sa carrière avec le grade de major (commandant) dans la province de Nakonphanom (3). Né à Bangkok, Sarit grandit toutefois à Mukdahan (qui n’a pas alors le statut de province), ville natale de sa mère, Thongdi Thanarat (ทองดี ธนะรัชต์).
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 Celle-ci est proche parente du général lao Phoumi Nosavan, né à Savanakhet sur la rive française du Mékong, figure de proue de la lutte contre les communistes du Pathet Lao et homme-lige de la C.I.A. Sarit soutiendra d’ailleurs activement son cousin lors de son coup d’état de décembre 1959. 

 

 

 

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Sarit se plaisait volontiers à rappeler sans fausse honte ses modestes origines Isan-Lao qui le rendaient plus accessibles aux problèmes des « petites gens ». Il débute ses études à l’école primaire de Mukdahan (โรงเรียนประจำจังหวัดมุกดาหาร). 

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Nous le suivons ensuite à l’école du monastère, le Wat Mahanaparam (วัดมหรรณพาราม) à Bangkok, 

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nous le trouvons ensuite à l’école d’infanterie (โรงเรียนทหารราบพระนคร

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et enfin à l'Académie militaire royale thaïlandaise (Chulachomklao military academy โรงเรียนนายร้อยพระจุลจอมเกล้า). 

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Ses études militaires terminées, il est nommé sous-lieutenant en 1928 puis lieutenant et servi comme capitaine dans un bataillon d'infanterie de la garde du roi Prajadhipok (Rama VII). 

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Il participera à la répression de la tentative de coup d’état de Boworadej et y gagnera sa première décoration (la « médaille de la constitution »). Nous le trouvons sur le terrain comme commandant un bataillon d'infanterie au sein duquel il prend une part active à l'invasion et à l'occupation des États Shan en Birmanie qui ne passe pas pour avoir été une partie de plaisir. Nous le retrouverons ensuite en avril 1945 commandant militaire de la province de Lampang puis commandant du 1er régiment d'infanterie de la garde basé à Bangkok.  Lors du coup d’état de 1947, il est alors colonel et « protégé » de Pridi. Il participe à la répression de la tentative de coup d’état de 1951. Il est élevé au grade de général en 1952,  commandant en chef de l’armée royale le 23 Juin 1954. Cette date marque le début de ses ambitions politiques. Il est élevé au rang de « field marshal » en 1956 à 48 ans. Il est alors et toujours à ce jour le plus jeune « field marshall » de sang roturier de l’histoire de l’armée thaïe (4).

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Sarit à l’inverse des auteurs du coup d’état de 1932, créateurs d’un « parti du peuple » qui n’avait rien de populaire, est issu d’un milieu modeste. Il ne cherche point, comme Pridi, probablement le plus « démocrate » sinon le plus « républicain » des comploteurs, à se trouver des ascendances réelles (ou supposées) dans la haute noblesse (5). Partiellement Isan, se flatte d’en parler la langue qui fut probablement sa langue maternelle et n’en a nulle honte alors que la tendance dans le « sérail » est (toujours) à considérer ceux du nord-est comme des « ban nok » (บ้านนอก) que l’on peut traduire tout simplement par « bouseux » (6). C’est un vrai militaire qui a connu le combat, y a gagné au moins partiellement ses galons et n’a pas eu le privilège de suivre une formation prestigieuse à l’étranger. C’est enfin, nous le verrons, très certainement un pieux bouddhiste même s’il ne fut de loin pas un strict observateur des commandements de sa religion. Il n’est pas non plus totalement désintéressé puisque, lors du coup d’état de 1957, nous savons qu’il est directeur de 22 sociétés dont la Banque d’Asie (7), fondateur et porteur de parts de la Thai military bank.

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Sarit en tête, les meneurs du coup d'Etat diffèrent donc fondamentalement de ceux du groupe de 1932. Pas d’aristocrates issus des prestigieuses universités anglaises, pas de princes formés dans les académies militaires anglaises, françaises ou prussiennes, pas de boursiers, juristes rompus aux principes juridiques occidentaux comme Pridi. Ce sont des officiers de l'armée sortis du rang, formés dans leur pays, dont les perspectives politiques sont celles de ceux qui connaissent l’histoire de leur pays. Ils sont totalement étrangers sinon réfractaires aux idées de leurs prédécesseurs sur les vertus (supposées) de la démocratie occidentale, objectif suprême de la modernisation du pays.

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Est-ce ce aspect qui complut au jeune monarque (il a alors 30 ans) ? Nous avons vu qu’il avait salué l’éviction de Phibun en 1957, ce à quoi rien ne le contraignait (8). Sarit l’avait-il rencontré avant l’opération d’octobre ? Rien ne permet de le dire ni de le contredire.

 

C’est d’abord un conseil révolutionnaire (กองบัญชาการปฎิวัติ) présidé par Sarit qui prend le pouvoir. Sa première annonce publiée dans la gazette royale du 20 octobre 1958 (9) est sibylline (10).

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Entre 1932 et 1957, la Thaïlande a fait l’expérience d’une marche tortueuse vers la démocratie. Sarit écrit en décembre 1958 (11) « Il faut admettre que la démocratie occidentale n’est pas un système de gouvernement tel qu’il puisse être adopté et mis en vigueur immédiatement par tous les pays quel que soit leur stade de progrès économique ou politique. En ce qui concerne la Thaïlande, il est grand temps que nous mettions à profit les leçons de notre expérience passée de la démocratie pour adapter notre système démocratique aux conditions de fait » (12).

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Le 28 janvier 1959 – après que Sarit soit retourné aux USA discuter avec le président Eisenhower et recueillir des subsides de la C.I.A (13) – une constitution provisoire est promulguée. Elle répond à la phrase que l’on prête à Napoléon selon laquelle une bonne constitution doit être « courte et vague ». Courte, elle l’est (20 articles) mais point vague. Elle est probablement la plus répressive de l’histoire de la Thaïlande, intérimaire peut-être, mais elle est celle qui a cette heure – 2016 - a eu la vie la plus longue. Elle confère en fait au premier ministre le pouvoir absolu, y compris celui d’ordonner des exécutions sommaires, interdit les partis politiques, crée une chambre unique composée de 240 personnes nommées (articles 6 et 7). Ce seront tous des militaires haut-gradés et des fonctionnaires.

 

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Mais le roi redevient le symbole de la nation et le palladium du peuple thaï même si ses pouvoirs ne sont pas plus étendus que dans les constitutions précédentes. Si les « tensions » entre la monarchie et la direction du Parti dit « populaire » avait été sous-jacente de 1932 à 1957, Sarit va les atténuer : Phibunsongkhram avait tenté de saper la position déjà précaire du trône de par l’impéritie de Rama VII. Son portrait, de façon très mussolinienne, était affiché partout et en tous lieux...

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il sera désormais, il l’est toujours plus que jamais, remplacé par celui du roi et de la reine. Le roi est systématiquement invité à participer à toutes les cérémonies publiques. Sarit l’envoie visiter les provinces, participer aux projets de développements économiques, remettre les diplômes universitaires. La pratique de prosternation et de prosternement, la tête touchant le sol avant les audiences royales, interdites des décennies auparavant par le roi Chulalongkorn, est rétablie dans certaines conditions.

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Le couple royal effectue en 1960 un tour du monde. Aux yeux du monde, la Thaïlande, ce n’est pas Sarit mais un jeune monarque au regard un peu vague (n’oublions pas qu’il a accidentellement perdu un œil) avec un demi sourire et une reine dont le charme incontestable a séduit jusqu’au Général De Gaulle lui-même. Elle passe alors pour être « la femme la mieux habillée du monde ».

 

 

 

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La monarchie a le mérite de défrayer les chroniqueurs de notre presse. Ce fut le début d’un mariage probablement plus de raison et de convenance que d’amour entre le roi Bhumibol et son armée dont il est constitutionnellement le chef (article 2 de la constitution intérimaire). En 1960, le jour de la fête national est déplacé, ce ne sera plus l’anniversaire de la révolution de 1932 mais celui du roi, le 5 décembre. Retour à la tradition : พบกันใหม่เมื่อชาติต้องการ (« je veux retrouver mon pays ») a dit Sarit.

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En vertu de la constitution, Sarit est nommé Premier ministre, par décret royal du 9 février 1959, le lendemain, il désigne son cabinet. Il est restreint à 13 personnes. Le Général Thanom Kittikachorn (ถนอม กิตติขจร) est nommé vice-premier ministre et ministre de la défense. C’est un camarade de combat dans la guerre des états Shans et coauteur de tous les coups d’état. Il lui succédera à son décès.

 

Le  Major général H.R.H. Prince Krom Muen Naradhip Bongsprabandh  est nommé vice-premier ministre (วรรณไวทยากร กรมหมื่นนราธิปพงศ์ประพันธ์), c’est un diplomate et un cousin du roi (petit fils de Rama IV).

 

Le lieutenant-général Praphat Charusathien  (ประภาส จารุเสถียร) obtient le ministère de l’intérieur. Ils se sont connus à l’académie militaire.

 

Le poste des affaires étrangères est attribué à  Thanat Khoman (ถนัด คอมันตร์) un diplomate qui avait négocié quelques années auparavant le traité avec le Japon avant de rejoindre les rangs des « Free Thai ».

 

Nous retrouvons  à l’Education Mom Luang Pin Malakul (หม่อมหลวงปิ่น มาลากุล), à l’Economie Sunthorn Hongladarom (นายสุนทร หงส์ลดารมภ์), à l’industrie Bun Charoenchai (นายบุณย์ เจริญไชย). La santé publique est confiée à Long (ลง เวชชาชีวะ) (14).

 

Il y aura quelques changements au cours de cette législature qui ne nous semble pas avoir été significatifs (15).

 

De l’avis du « New York Times » cité par Fistié (11), indépendamment des militaires qui assurent et consolident le pouvoir de Sarit, c’est un cabinet composé de jeunes techniciens civils compétents, nous parlerions aujourd’hui de « technocrates ».

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Sarit présente alors le programme de son cabinet au « Parlement » le 12 février précision étant donné qu’en vertu de la constitution provisoire, il n’a pas à être approuvé. Le parlement n’est qu’une chambre d’enregistrement. Il est ainsi rappelé, ce sont les trois piliers du régime, le roi, le bouddhisme et l’armée :

 

- que le gouvernement doit prêter serment d'allégeance au roi de la dynastie Chakri, protéger le trône royal, et respecter la famille royale.

 

- que le gouvernement doit chérir le bouddhisme, apporter son soutien aux autres religions, ainsi que de se consacrer à l’éducation morale du peuple.

 

- que le gouvernement doit soutenir l'armée et organiser un service militaire adéquat.

 

La suite représente une suite de vœux et de ces bonnes intentions dont nous savons que l’enfer en est pavé (16). Nous jugerons de la suite.

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Il ne semble pas que la population, fatiguée de l'anarchie croissante dans le pays ait  mal accueilli ce régime drastique ? Certains vieillards parlent encore – paraît-il – de l’époque « sans délinquance lorsque le maréchal Sarit était Premier ministre ». Il n’y a en tous cas aucunes traces de mouvements d’indignation ou de protestation, des étudiants en particulier comme sous le régime précédent.

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La question de la presse, sa liberté n’existe évidemment plus, avait été réglée par le précédent gouvernement (17). Compte tenu du tirage confidentiel des journaux à cette époque (quelques milliers voire quelques centaines), il faut attribuer à cette mesure une portée relative et plus encore.

 

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La constitution attribue, avons-nous dit, tous les pouvoirs au premier ministre. Le texte de l’article 17 est brutal : Il donne au premier ministre « Pendant la période d’application de la présente constitution » « le pouvoir  de donner des ordres ou de prendre les mesures qu’il estime nécessaire nécessaires en vue de réprimer les menées d’origine intérieures ou extérieures qui mettent en péril la sécurité nationale ou le trône, qui menacent la loi ou qui tendent à renverser l’ordre établi. Ces ordres et ces mesures sont présumés légaux » (18). C’est lui attribuer le pouvoir de tuer. Il est d’ailleurs permis de se demander si l'exemple français (notre constitution du 20 octobre 1958) n’a pas au moins partiellement inspiré la Constitution provisoire de Sarit ? Cet article 17 ressemble singulièrement à l’article 16 français même si l’usage qu’en fit le Général De Gaulle fut moins brutal : « Lorsque les institutions de la République, l'indépendance de la Nation, l'intégrité de son territoire ou l'exécution de ses engagements internationaux sont menacés d'une manière grave et immédiate et que le fonctionnement régulier des pouvoirs publics constitutionnels est interrompu, le Président de la République prend les mesures exigées par ces circonstances, après consultation officielle du Premier ministre, des Présidents des Assemblées ainsi que du Conseil constitutionnel » et chacun se souvient que les assemblées était composées de ceux que le général qualifiait de « godillots de la république ». Il y a parfois du gaullien chez Sarit. Le parallèle, curieusement, ne semble avoir jamais été établi.

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Sarit utilise ce pouvoir sans partage dans quelques circonstances où – même si nécessité a pu faire loi – l’utilisation en a été féroce brutale.

 

Tel fut le triste sort de Sila Wongsin (ศิลา วงศ์สิน) : Le 26 Juin 1959, les autorités de Bangkok ont annoncé par voie de presse que celui-ci, gourou d’une secte diabolique à Korat, avait été exécuté sans procès (pas même d’un tribunal « d’exception ») sur des accusations de meurtres en série, y compris celui de fonctionnaires provinciaux sacrifiés à sa divinité diabolique (19). « Serial killer » ou malade mental ? Il n’a pas eu droit à un procès régulier mais il est hasardeux de parler d’assassinat politique ! A cette occasion, un raid policier aurait provoqué dans la secte la mort de 11 personnes et l’arrestation de 80 autres ?

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Il fait fusiller sans autre forme de procès en août 1959 quatre Chinois responsables d’avoir causé des incendies par les feux d’artifice lors du nouvel an chinois.

 

Si Sarit engage une lutte sans merci contre les trafiquants d’opium en faisant détruire le 1er juillet 1959 une énorme quantité de drogue et de matériel de fumeries... 

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...s’il entend réprimer la prostitution en criminalisant cette « activité » par une loi du 25 août 1960 (avec le succès que l’on sait !)...

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... il est également responsable de crimes qu’il faut bien qualifier de politiques.

 

Fistié cite le cas de Supphachai Srisati, chef syndicaliste, exécuté dans le courant de l’été 1959 (11). En mai 1960, la presse annonce l’exécution publique de chefs communistes de la région de Sakhonnakon, liés aux communistes laotiens et concoctant un plan de sécession ? Il ne semble pas que ces exécutions aient été ordonnées par une instance judiciaire ?  En mai 1961, c’est au tour de Krong Chandawong qui fut exécuté en public : Né à Sakon Nakhon, fils d'un fermier, camarade de Tiang Sirihkan, devenu enseignant, député de Sakhon en 1957, il avait arrêté en 1961 sous l’accusation de communisme et de séparatisme (20). Le 24 avril 1962, un autre chef communiste responsable du journal « The patriot » est fusillé en public et s’écrit «impérialisme américain et Sarit, allez en enfer ! Vive le peuple ! » 

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Restons-en là, cette liste n’est évidemment pas limitative (21). En tous cas, parlant de ces « procédures accélérées », Sarit a ou aurait déclaré ข้าพเจ้าขอรับผิดชอบแต่เพียงผู้เดียว « Si c’est une faute, j’entends en assumer seul la responsabilité » (22).

 

 

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Mais le « règne » de Sarit ne s’est pas limité  à restaurer la trinité symbolique nation - religion – monarchie sur le modèle non plus des régimes occidentaux mais celui des monarques censés bienveillants du passé de son pays. Ce sera symboliquement marqué par une Loi que son parlement vote le 20 juillet 1959 à une écrasante majorité confirmant que le nom du pays est définitivement celui de « Thaïlande » et le drapeau, symbole de cette trinité, définitivement le drapeau tricolore. 

 

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Il ne s’est pas limité non plus à une utilisation sanglante et féroce de ses pleins pouvoirs pour éradiquer ses adversaires politiques essentiellement communistes ou censés l’être, séparatistes du nord-est ou censés l’être ou pour lutter sans le moindre respect des « droits de la personne » contre le crime organisé. Il a également lancé un programme qu’il qualifie de « révolutionnaire ». 

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C’est le début d’une brève période de stabilité politique qui contraste avec l’ère des coups d’état. Nous en avons compté de 1932 jusqu’à celui de Sarit en 1957 exclu pas moins de 16 au moins au sens large (23).

 

Détesté ? Obéi ? Craint ? En tous cas toujours respecté, ce sera l’objet de notre prochain article. Il n’a pas utilisé ses pouvoirs sans faille qu’à faire le mal.

 

NOTES

 

(1) Voir notre article 221 « LES GOUVERNEMENTS DE PHOT SARASIN (21 SEPTEMBRE 1957-1ER JANVIER 1958) ET DU GENERAL THANOM KITTIKACHORN  (1ER JANVIER -20 OCTOBRE 1958) ».

 

(2) Il ne faut toutefois pas perdre de vue que l’armée en Thaïlande était traditionnellement, de la fin du XVIIIème à la fin du XIXème siècle composée en grande partie de mercenaires étrangers, européens pour les cadres, Cambodgiens dans la marine, Vietnamiens dans l’armée de terre. Elle n’avait pas pour mission d’effectuer des guerres de conquête, elle n’avait pas pour but, elle n’en avait pas les moyens, d’assurer la sécurité extérieure du royaume. Celle-ci est – peu ou prou –garantie par les puissances colonialistes occidentales qui se sont accordées à considérer le pays comme un « état tampon » (accords franco-anglais de 1896) et avaient par ailleurs neutralisé les rivaux traditionnels de Siam. De ce simple fait, une fois modernisée par Rama V, créée ni pour la guerre extérieure ou ni pour la défense de l'intégrité territoriale, elle a irrémédiablement pris le caractère d'une armée interne déployée à des fins internes, jusqu’à devenir l'instrument politique de ses propres officiers, une fonction qui perdure à l'heure actuelle.

 

(3) Il a laissé des traces dans la littérature érudite – qui n’ont probablement fait sa fortune  pour avoir traduit en thaï la littérature cambodgienne : nous connaissons ราชพงษาวดารกรุงกัมพูชา ฉบับหอพระสมุดวชิรญาณ แปลใหม่ แปลจากภาษาเขมรโดย หลวงเรืองเดชอนันต์ « chroniques du Cambodge ».

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(4) Il ne faut pas oublier que l’armée était polluée par le népotisme royal. Pour ne citer que les chiffres de l’année 1910, celle de la mort de Rama V, l’aide de camp du roi est le prince Surawong Watthanasak (เจ้าพระยาสุรวงศ์วัฒนศัก) son cousin, l’armée de terre est dirigée par son demi-frère le field marshal Banubandhu Vongsevoradejprince de Nakhonchaisi, (สมเด็จพระเจ้าบรมวงศ์เธอ เจ้าฟ้าภาณุรังษีสว่างวงศ์ กรมพระยาภาณุพันธุวงศ์วรเดช), la marine par son autre demi-frère le field marshal Paribatra Sukhumbhand, prince de Nakhonsawan (สมเด็จพระเจ้าบรมวงศ์เธอ เจ้าฟ้าบริพัตรสุขุมพันธุ์ กรมพระนครสวรรค์วรพินิต), que seuls des membres de la famille royale ont rang de lieutenant-généraux, que six des treize généraux de corps d’armée étaient de naissance royale et que plus de la moitié des généraux de division étaient issus de familles royales. Si le roi Chulalongkorn avait réussi à sa passer des services de miliaires étrangers (nous avons connu en particulier l’amiral danois « de Richelieu » à la tête de la marine royale) notamment en envoyant sa parentèle et des étudiants méritants effectuer des études dans les académies ou écoles militaires à l’étranger (comme  Phibun), il n’avait pu éliminer ce népotisme qui perdura et qui fut l’une des causes du coup d’état de 1932. 

222.1– LE GOUVERNEMENT DU « FIELD MARSHAL» SARIT. (9 FÉVRIER 1959 - 8 DÉCEMBRE 1963). 1ère partie.

Dans le cadre de la modernisation de son armée, il avait créé le titre de « field marshal » en 1888. Le titre – qui n’a rien à voir avec celui de maréchal français -  ne fut attribué qu’avec parcimonie, à des princes seulement. Les trois premiers roturiers qui y accédèrent furent Sarit, Phin Choonhavan (ผิน ชุณหะวัณ) son compagnon de combat dans la campagne des états Shan et colonel participant au coup d’état de 1947 et Phibun dont le moins que l’on puisse dire est qu’il l’avait gagné ailleurs que sur les champs de bataille. Après eux, il ne fut conféré qu’à la reine Sirikit à titre évidement symbolique... 

 

222.1– LE GOUVERNEMENT DU « FIELD MARSHAL» SARIT. (9 FÉVRIER 1959 - 8 DÉCEMBRE 1963). 1ère partie.

... auto-attribué par lui-même en 1964 à Thanom Kittikachorn (ถนอม กิตติขจร), conféré à Praphat Charusathien, ancien ministre de l’intérieur de Sarit et du précédent et enfin à titre posthume à Kriangkrai Attanan (เกรียงไกร อัตตะนันทน์) qui avait conduit le corps expéditionnaire thaï en Corée.

 

(5) Voir notre article 211 « la vie cachée de Pridi ».

 

(6) La ville de Mukdahan le considère toujours comme l’un des plus prestigieux de ses enfants. Sa statue trône au musée de la tour de Mukdahan au rez-de-chaussée dans le cadre d’une exposition permanente sur sa vie. 

222.1– LE GOUVERNEMENT DU « FIELD MARSHAL» SARIT. (9 FÉVRIER 1959 - 8 DÉCEMBRE 1963). 1ère partie.

Une autre trône toujours au « Ratchada Memorial Park » de Khonkaen (สวนรัชดานุสรณ์) sans qu’il soit venu une seconde aux « rouges » qui l’ont occupé en 2010 l’idée de la déboulonner… Curieux paradoxe siamois, ceux qui prônent la « démocratie » respectent le symbole d’un homme qui en fut l’antithèse.

222.1– LE GOUVERNEMENT DU « FIELD MARSHAL» SARIT. (9 FÉVRIER 1959 - 8 DÉCEMBRE 1963). 1ère partie.

(7) Information tirée de la « Feuille d’avis de Neufchatel » du 18 septembre 1957. Ce journal est le plus ancien quotidien de Suisse en langue française (1738) et reste le plus ancien quotidien français au monde encore publié (sous un autre titre) à ce jour.

 

 

222.1– LE GOUVERNEMENT DU « FIELD MARSHAL» SARIT. (9 FÉVRIER 1959 - 8 DÉCEMBRE 1963). 1ère partie.

(8) Voir notre article 220  « DE « LA LIBÉRALISATION » DU RÉGIME   A LA CHUTE DU GOUVERNEMENT DU MARÉCHAL PHIBUN (1955-16/9/1957) » citant la déclaration royale signée « Phumiphon Adunyadet, Rex » : « Compte tenu du fait que le gouvernement du maréchal P. Phibunsongkhram a été incapable de gouverner avec la confiance du peuple et  qu'il a été incapable de maintenir la paix et l'ordre, le Groupe militaire dirigé par le maréchal Sarit Thanarat a pris le pouvoir. Celui-ci a assumé les fonctions d’administrateur militaire spécial pour Bangkok. Nous demandons à la population de rester pacifiques et à tous les fonctionnaires du gouvernement de suivre suivent désormais les instructions du maréchal Sarit Thanarat ».

 

(9) Publié in ประกาศของคณะปฏิวัติ ฉบับที่ ๑ ลงวันที่ ๒๐ ตุลาคม ๒๕๐๑ (Gazette du gouvernement, volume 75 partie  du 20 octobre 1958.

 

(10) « Attendu que le Conseil révolutionnaire composé de l'état-major de l’armée de terre, l'état-major de la marine, celui de la force aérienne, le personnel de la police et l’administration civile, a, au nom du peuple thaïlandais, pris le pouvoir de l'administration du pays ce jour 20 octobre 2501 (1958) à 21 heures, il est par les présentes demandé à tous les citoyens de continuer à mener à bien leurs occupations comme auparavant, à tous les officiers publics de continuer à exercer leurs fonctions comme auparavant, à toute personne de rester calme. Nul n’est autorisé à effectuer tout acte susceptible de mettre la nation en danger. Les forces armées sont autorisés à se déplacer seulement en vertu des ordres du chef du Conseil révolutionnaire et les commandants de toutes les forces armées devront suivre ses instructions ».

 

(11) Cité par Pierre Fistié, in « Lévolution de la Thaïlande contemporaine ».

 

(12) Voir notre article A 194 « Le premier projet de constitution de 1885 » : Nous retrouvons – mutatis mutandis – les conceptions du Roi Rama V lorsqu’il fit étudier par son cousin le prince Prisdang (พระองค์เจ้าปฤษฎางค์) en 1885 la possibilité et l’opportunité de « moderniser » le système constitutionnel en écartant (sans que cette hostilité soit dirigée contre le système lui-même) la possibilité d’appliquer à son pays un modèle de démocratie parlementaire occidentale. Il est en tous cas une constante que les événements du XXème siècle dès la fin de la décolonisation à partir de 1960 et du début du XXIème démontrent à suffisance, c’est que semer les idéologies purement occidentales en terre asiatique (et africaine), véritable et sournois néocolonialisme, a conduit aux pires catastrophes.

 

(13) Voir nos articles 220 « DE « LA LIBÉRALISATION » DU RÉGIME   A LA CHUTE DU GOUVERNEMENT DU MARÉCHAL PHIBUN (1955-16/9/1957) » et 221 « LES GOUVERNEMENTS DE PHOT SARASIN (21 SEPTEMBRE 1957-1ER JANVIER 1958) ET DU GENERAL THANOM KITTIKACHORN  (1ER JANVIER -20 OCTOBRE 1958) ».

 

(14) Par ailleurs grand-père du futur premier ministre Abhisit Vechachiva (นายอภิสิทธิ์ เวชชาชีวะ).

 

(15) Le ministre de l’agriculture retrouvé assassiné dans les bras de sa maitresse au mois d’août 1959 est évidemment remplacé.

222.1– LE GOUVERNEMENT DU « FIELD MARSHAL» SARIT. (9 FÉVRIER 1959 - 8 DÉCEMBRE 1963). 1ère partie.

(16) Le gouvernement doit apporter toute son attention à fournir à tous l'éducation par la création d'établissements d'enseignement, d’en améliorer l'efficacité et le salaire des enseignants, et d'augmenter le nombre et l'efficacité des écoles privées. Le gouvernement doit établir et maintenir les relations diplomatiques avec d'autres pays, respecter ses obligations internationales, collaborer avec les Nations Unies, pour la paix et de la justice sociale. Le gouvernement doit résoudre les problèmes liés au coût de la vie. Le gouvernement doit rétablir la stabilité financière par l'équilibre budgétaire. Le gouvernement doit réduire le coût de la vie, en augmentant la productivité nationale, en soutenant les industries, en facilitant le transport et la distribution. Le gouvernement doit établir et développer le système coopératif, en particulier les coopératives de crédit, les coopératives de distribution du riz et des produits agricoles, les coopératives de consommateurs et les coopératives organisant la location des terres. Le gouvernement doit soutenir les petites et moyennes entreprises, en encourageant l'esprit d'entreprise, et respecter le droit et la liberté des propriétaires. Le gouvernement doit contrôler les entreprises d'Etat dans la mesure où la sécurité nationale est concernée.

 

(17) Le gouvernement précédent agissant en vertu de la loi sur la presse de 1941 avait d’ores et déjà interdit en 1957, avant le coup d’état Sarit, 251 publications comme portant atteinte à « l'ordre et la moralité publics » : 129 en anglais, 113 en chinois, 1 en français (lequel ?) et 8 en thaï. Les publications thaïes interdites comprenaient trois magasines pornographiques, trois autres critiquant le bouddhisme et deux autres marxistes.

 

(18) Cité par Fistié (note 11).

 

(19) Ce paysan de Korat se présentait comme un « Phi Bun » doté de pouvoirs surnaturels et avait établi son royaume aux environs de Korat, un  « royaume » qu’il avait déclaré indépendant du pouvoir central. Nous ignorions cette espèce de « Phi » : voir notre article A 151 « En Thaïlande, nous vivons au milieu des phi ».

 

(20) Voir l’article du Bangkok post du 10 août 2014 « The Isan problem ».

 

(21) Voir la brochure « Day of global Action for People’s Democracy in Thailand -  60 YEARS of OPPRESSION AND SUPPRESSION in THAILAND»  Compiled by Junya Yimprasert for Action for People’s Democracy in Thailand (ACT4DEM) du 19 septembre 2011. Les noms cités pour la période Sarit le sont également par Fistié qui donne ses sources justificatives (articles de la presse de l’époque essentiellement).

 

(22) Cité dans หนังสือประชาธิปไตยบนเส้นขนาน  (« Le paradoxe démocratique ») par วินทร์ เลียววาริณ (Win Liaowarin), ISBN 9748585476.

 

(23) Voir notre article 214 « COMBIEN DE COUPS D’ÉTAT, DE RÉBELLIONS, DE RÉVOLTES ET DE SOULÈVEMENTS EN THAÏLANDE DEPUIS LE DÉBUT DU SIÈCLE DERNIER ? »

 

OUVRAGES ET ARTICLES CONSULTÉS

 

Pierre Fistié « Lévolution de la Thaïlande contemporaine ».

 

Johnson (John J.) et Pierre Fistié « The role of the military in underdeveloped countries » in Revue française de science politique, 13 année, n°3, 1963. pp. 783-787.

 

« Les dynamiques ouvrières en Asie orientale » article de J. Baffie « Travail, ouvriers et syndicats en Thaïlande », pages 149 s. publication de l’ Institut français d'histoire sociale. Le Mouvement social : bulletin trimestriel de l'Institut français d'histoire sociale. 1961.

 

« Bulletin de la société d’histoire moderne » numéro 2 de 1964, pages 23 s.

 

« The constitutional system of Thailand » par Andrew Harding - ISBN-13: 978-1841139722.

 

South East Asian Studies, Vol. 16, No.3, December 1978 : « Reflections on the Sarit Regime and the Process of Political Change in Thailand - Some Conceptual and Theoretical Reassessments » par Thak CHALOEMTIARANA.

 

Pierre  Fistié « Minorités ethniques, opposition et subversion en Thaïlande » in : Politique étrangère, n°3 - 1967 - 32 année pp. 295-323.

 

Pierre  Fistié « Communisme et indépendance nationale : le cas thaïlandais (1928-1968) » In : Revue française de science politique, 18 année, n°4, 1968. pp. 685-714.

« La révolution d'octobre en Thaïlande » par Léon Trivière in Les Études, mai 1974.

 

Louis Gabaude « Politique et religion en Thaïlande : dépendance et responsabilité » In :  Revue d'études comparatives Est-Ouest, vol. 32, 2001, n°1. Politique et religion en Asie orientale. pp. 141-173.

 

Phimmasone Michael Rattanasengchanh  « Thailand’s Second Triumvirate: Sarit Thanarat and the military, King Bhumibol Adulyadej and the monarchy and the United States. 1957-1963 » University of Washington 2012.

 

« Chronicle of Thailand since 1946 », publication du Bangkok Post comportant essentiellement des extraits des articles d’époque.

 

 

SITES CONSULTÉS

 

« Chronik Thailands กาลานุกรมสยามประเทศไทย » von Alois Payer pour les années concernées (http://www.payer.de/thailandchronik/chronik1957.htm et la suite).

 

http://www.soc.go.th/iframe.php?url=http://www.soc.go.th/eng/index.htm

(site gouvernemental officiel, version anglaise).

L***

Il est – nous a-t-il semblé – difficile de parler de ces 5 ans au cours desquels Sarit exerça un pouvoir brutal sinon sanglant sans dire quelques mots du personnage. Le « field Marshal » (chomphon จอมพล) Sarit Thanarat (สฤษดิ์ ธนะรัชต์) est né à Bangkok le 16 Juin 1908. Son père, Thongdi Thanarat (ทองดี ธนรัชต์) puis Luang Ruangdetanan, son nom de plume (หลวงเรืองเดชอนันต์), sur lequel nous connaissons peu de choses était un militaire « sorti du rang » qui finit sa carrière avec le grade de major (commandant) dans la province de Nakonphanom (3). Né à Bangkok, Sarit grandit toutefois à Mukdahan (qui n’a pas alors le statut de province), ville natale de sa mère, Thongdi Thanarat (ทองดี ธนะรัชต์).

 

Celle-ci est proche parente du général lao Phoumi Nosavan, né à Savanakhet sur la rive française du Mékong, figure de proue de la lutte contre les communistes du Pathet Lao et homme-lige de la C.I.A. Sarit soutiendra d’ailleurs activement son cousin lors de son coup d’état de décembre 1959.

 

Sarit se plaisait volontiers à rappeler sans fausse honte ses modestes origines Isan-Lao qui le rendaient plus accessibles aux problèmes des « petites gens ». Il débute ses études à l’école primaire de Mukdahan (โรงเรียนประจำจังหวัดมุกดาหาร). Nous le suivons ensuite à l’école du monastère, le Wat Mahanaparam (วัดมหรรณพาราม) à Bangkok, nous le trouvons ensuite à l’école d’infanterie (โรงเรียนทหารราบพระนคร) et enfin à l'Académie militaire royale thaïlandaise (Chulachomklao military academy โรงเรียนนายร้อยพระจุลจอมเกล้า). Ses études militaires terminées, il est nommé sous-lieutenant en 1928 puis lieutenant et servi comme capitaine dans un bataillon d'infanterie de la garde du roi Prajadhipok (Rama VII). Il participera à la répression de la tentative de coup d’état de Boworadej et y gagnera sa première décoration (la « médaille de la constitution »). Nous le trouvons sur le terrain comme commandant un bataillon d'infanterie au sein duquel il prend une part active à l'invasion et à l'occupation des États Shan en Birmanie qui ne passe pas pour avoir été une partie de plaisir. Nous le retrouverons ensuite en avril 1945 commandant militaire de la province de Lampang puis commandant du 1er régiment d'infanterie de la garde basé à Bangkok.  Lors du coup d’état de 1947, il est alors colonel et « protégé » de Pridi. Il participe à la répression de la tentative de coup d’état de 1951. Il est élevé au grade de général en 1952,  commandant en chef de l’armée royale le 23 Juin 1954. Cette date marque le début de ses ambitions politiques. Il est élevé au rang de « field marshal » en 1956 à 48 ans. Il est alors et toujours à ce jour le plus jeune « field marshall » de sang roturier de l’histoire de l’armée thaïe (4).

 

***

 

Sarit à l’inverse des auteurs du coup d’état de 1932, créateurs d’un « parti du peuple » qui n’avait rien de populaire, est issu d’un milieu modeste. Il ne cherche point, comme Pridi, probablement le plus « démocrate » sinon le plus « républicain » des comploteurs, à se trouver des ascendances réelles (ou supposées) dans la haute noblesse (5). Partiellement Isan, se flatte d’en parler la langue qui fut probablement sa langue maternelle et n’en a nulle honte alors que la tendance dans le « sérail » est (toujours) à considérer ceux du nord-est comme des « ban nok » (บ้านนอก) que l’on peut traduire tout simplement par « bouseux » (6). C’est un vrai militaire qui a connu le combat, y a gagné au moins partiellement ses galons et n’a pas eu le privilège de suivre une formation prestigieuse à l’étranger. C’est enfin, nous le verrons, très certainement un pieux bouddhiste même s’il ne fut de loin pas un strict observateur des commandements de sa religion. Il n’est pas non plus totalement désintéressé puisque, lors du coup d’état de 1957, nous savons qu’il est directeur de 22 sociétés dont la Banque d’Asie (7).

 

***

Sarit en tête, les meneurs du coup d'Etat diffèrent donc fondamentalement de ceux du groupe de 1932. Pas d’aristocrates issus des prestigieuses universités anglaises, pas de princes formés dans les académies militaires anglaises, françaises ou prussiennes, pas de boursiers, juristes rompus aux principes juridiques occidentaux comme Pridi. Ce sont des officiers de l'armée sortis du rang, formés dans leur pays, dont les perspectives politiques sont celles de ceux qui connaissent l’histoire de leur pays. Ils sont totalement étrangers sinon réfractaires aux idées de leurs prédécesseurs sur les vertus (supposées) de la démocratie occidentale, objectif suprême de la modernisation du pays.

 

***

Est-ce ce aspect qui complut au jeune monarque (il a alors 30 ans) ? Nous avons vu qu’il avait salué l’éviction de Phibun en 1957, ce à quoi rien ne le contraignait (8). Sarit l’avait-il rencontré avant l’opération d’octobre ? Rien ne permet de le dire ni de le contredire.

 

C’est d’abord un conseil révolutionnaire (กองบัญชาการปฎิวัติ) présidé par Sarit qui prend le pouvoir. Sa première annonce publiée dans la gazette royale du 20 octobre 1958 (9) est sibylline (10).

 

Entre 1932 et 1957, la Thaïlande a fait l’expérience d’une marche tortueuse vers la démocratie. Sarit écrit en décembre 1958 (11) « Il faut admettre que la démocratie occidentale n’est pas un système de gouvernement tel qu’il puisse être adopté et mis en vigueur immédiatement par tous les pays quel que soit leur stade de progrès économique ou politique. En ce qui concerne la Thaïlande, il est grand temps que nous mettions à profit les leçons de notre expérience passée de la démocratie pour adapter notre système démocratique aux conditions de fait » (12).

 

***

 

Le 28 janvier 1959 – après que Sarit soit retourné aux USA discuter avec le président Eisenhower et recueillir des subsides de la C.I.A (13) – une constitution provisoire est promulguée. Elle répond à la phrase que l’on prête à Napoléon selon laquelle une bonne constitution doit être « courte et vague ». Courte, elle l’est (20 articles) mais point vague. Elle est probablement la plus répressive de l’histoire de la Thaïlande, intérimaire peut-être, mais elle est celle qui a cette heure – 2016 - a eu la vie la plus longue. Elle confère en fait au premier ministre le pouvoir absolu, y compris celui d’ordonner des exécutions sommaires, interdit les partis politiques, crée une chambre unique composée de 240 personnes nommées (articles 6 et 7). Ce seront tous des militaires haut-gradés et des fonctionnaires.

 

***

 

Mais le roi redevient le symbole de la nation et le palladium du peuple thaï même si ses pouvoirs ne sont pas plus étendus que dans les constitutions précédentes. Si les « tensions » entre la monarchie et la direction du Parti dit « populaire » avait été sous-jacente de 1932 à 1957, Sarit va les atténuer : Phibunsongkhram avait tenté de saper la position déjà précaire du trône de par l’impéritie de Rama VII. Son portrait, de façon très mussolinienne, était affiché partout et en tous lieux, il sera désormais, il l’est toujours plus que jamais, remplacé par celui du roi et de la reine. Le roi est systématiquement invité à participer à toutes les cérémonies publiques. Sarit l’envoie visiter les provinces, participer aux projets de développements économiques, remettre les diplômes universitaires. La pratique de prosternation et de prosternement, la tête touchant le sol avant les audiences royales, interdites des décennies auparavant par le roi Chulalongkorn, est rétablie dans certaines conditions. Le couple royal effectue en 1960 un tour du monde. Aux yeux du monde, la Thaïlande, ce n’est pas Sarit mais un jeune monarque au regard un peu vague (n’oublions pas qu’il a accidentellement perdu un œil) avec un demi sourire et une reine dont le charme incontestable a séduit jusqu’au Général De Gaulle lui-même. Elle passe alors pour être « la femme la mieux habillée du monde ». La monarchie a le mérite de défrayer les chroniqueurs de notre presse. Ce fut le début d’un mariage probablement plus de raison et de convenance que d’amour entre le roi Bhumibol et son armée dont il est constitutionnellement le chef (article 2 de la constitution intérimaire). En 1960, le jour de la fête national est déplacé, ce ne sera plus l’anniversaire de la révolution de 1932 mais celui du roi, le 5 décembre. Retour à la tradition : พบกันใหม่เมื่อชาติต้องการ (« je veux retrouver mon pays ») a dit Sarit.

 

***

 

En vertu de la constitution, Sarit est nommé Premier ministre, par décret royal du 9 février 1959, le lendemain, il désigne son cabinet. Il est restreint à 13 personnes. Le Général Thanom Kittikachorn (ถนอม กิตติขจร) est nommé vice-premier ministre et ministre de la défense. C’est un camarade de combat dans la guerre des états Shans et coauteur de tous les coups d’état. Il lui succédera à son décès.

Le  Major général H.R.H. Prince Krom Muen Naradhip Bongsprabandh  est nommé vice-premier ministre (วรรณไวทยากร กรมหมื่นนราธิปพงศ์ประพันธ์), c’est un diplomate et un cousin du roi (petit fils de Rama IV).

Le lieutenant-général Praphat Charusathien  (ประภาส จารุเสถียร) obtient le ministère de l’intérieur. Ils se sont connus à l’académie militaire.

Le poste des affaires étrangères est attribué à  Thanat Khoman (ถนัด คอมันตร์) un diplomate qui avait négocié quelques années auparavant le traité avec le Japon avant de rejoindre les rangs des « Free Thai ».

Nous retrouvons  à l’Education Mom Luang Pin Malakul (หม่อมหลวงปิ่น มาลากุล), à l’Economie Sunthorn Hongladarom (นายสุนทร หงส์ลดารมภ์), à l’industrie Bun Charoenchai (นายบุณย์ เจริญไชย). La santé publique est confiée à Long (ลง เวชชาชีวะ) (14).

Il y aura quelques changements au cours de cette législature qui ne nous semble pas avoir été significatifs (15).

De l’avis du « New York Times » cité par Fistié (11), indépendamment des militaires qui assurent et consolident le pouvoir de Sarit, c’est un cabinet composé de jeunes techniciens civils compétents, nous parlerions aujourd’hui de « technocrates ».

 

***

 

Sarit présente alors le programme de son cabinet au « Parlement » le 12 février précision étant donné qu’en vertu de la constitution provisoire, il n’a pas à être approuvé. Le parlement n’est qu’une chambre d’enregistrement. Il est ainsi rappelé, ce sont les trois piliers du régime, le roi, le bouddhisme et l’armée :

- que le gouvernement doit prêter serment d'allégeance au roi de la dynastie Chakri, protéger le trône royal, et respecter la famille royale.

- que le gouvernement doit chérir le bouddhisme, apporter son soutien aux autres religions, ainsi que de se consacrer à l’éducation morale du peuple.

- que le gouvernement doit soutenir l'armée et organiser un service militaire adéquat.

La suite représente une suite de vœux et de ces bonnes intentions dont nous savons que l’enfer en est pavé (16). Nous jugerons de la suite.

 

***

 

Il ne semble pas que la population, fatiguée de l'anarchie croissante dans le pays ait  mal accueilli ce régime drastique ? Certains vieillards parlent encore – paraît-il – de l’époque « sans délinquance lorsque le maréchal Sarit était Premier ministre ». Il n’y a en tous cas aucunes traces de mouvements d’indignation ou de protestation, des étudiants en particulier comme sous le régime précédent.

 

***

 

La question de la presse, sa liberté n’existe évidemment plus, avait été réglée par le précédent gouvernement (17). Compte tenu du tirage confidentiel des journaux à cette époque (quelques milliers voire quelques centaines), il faut attribuer à cette mesure une portée relative et plus encore.

 

***

 

La constitution attribue, avons-nous dit, tous les pouvoirs au premier ministre. Le texte de l’article 17 est brutal : Il donne au premier ministre « Pendant la période d’application de la présente constitution » « le pouvoir  de donner des ordres ou de prendre les mesures qu’il estime nécessaire nécessaires en vue de réprimer les menées d’origine intérieures ou extérieures qui mettent en péril la sécurité nationale ou le trône, qui menacent la loi ou qui tendent à renverser l’ordre établi. Ces ordres et ces mesures sont présumés légaux » (18). C’est lui attribuer le pouvoir de tuer. Il est d’ailleurs permis de se demander si l'exemple français (notre constitution du 20 octobre 1958) n’a pas au moins partiellement inspiré la Constitution provisoire de Sarit ? Cet article 17 ressemble singulièrement à l’article 16 français même si l’usage qu’en fit le Général De Gaulle fut moins brutal : « Lorsque les institutions de la République, l'indépendance de la Nation, l'intégrité de son territoire ou l'exécution de ses engagements internationaux sont menacés d'une manière grave et immédiate et que le fonctionnement régulier des pouvoirs publics constitutionnels est interrompu, le Président de la République prend les mesures exigées par ces circonstances, après consultation officielle du Premier ministre, des Présidents des Assemblées ainsi que du Conseil constitutionnel » et chacun se souvient que les assemblées était composées de ceux que le général qualifiait de « godillots de la république ». Il y a parfois du gaullien chez Sarit. Le parallèle, curieusement, ne semble avoir jamais été établi.

 

***

Sarit utilise ce pouvoir sans partage dans quelques circonstances où – même si nécessité a pu faire loi – l’utilisation en a été féroce brutale.

 

Tel fut le triste sort de Sila Wongsin (ศิลา วงศ์สิน) : Le 26 Juin 1959, les autorités de Bangkok ont annoncé par voie de presse que celui-ci, gourou d’une secte diabolique à Korat, avait été exécuté sans procès (pas même d’un tribunal « d’exception ») sur des accusations de meurtres en série, y compris celui de fonctionnaires provinciaux sacrifiés à sa divinité diabolique (19). « Serial killer » ou malade mental ? Il n’a pas eu droit à un procès régulier mais il est hasardeux de parler d’assassinat politique ! A cette occasion, un raid policier aurait provoqué dans la secte la mort de 11 personnes et l’arrestation de 80 autres ?

 

Il fait fusiller sans autre forme de procès en août 1959 quatre Chinois responsables d’avoir causé des incendies par les feux d’artifice lors du nouvel an chinois.

 

Si Sarit engage une lutte sans merci contre les trafiquants d’opium en faisant détruire le 1er juillet 1959 une énorme quantité de drogue et de matériel de fumeries, s’il entend réprimer la prostitution en criminalisant cette « activité » par une loi du 25 août 1960 (avec le succès que l’on sait !), il est également responsable de crimes qu’il faut bien qualifier de politiques.

 

Fistié cite le cas de Supphachai Srisati, chef syndicaliste, exécuté dans le courant de l’été 1959 (11). En mai 1960, la presse annonce l’exécution publique de chefs communistes de la région de Sakhonnakon, liés aux communistes laotiens et concoctant un plan de sécession ? Il ne semble pas que ces exécutions aient été ordonnées par une instance judiciaire ?  En mai 1961, c’est au tour de Krong Chandawong qui fut exécuté en public : Né à Sakon Nakhon, fils d'un fermier, camarade de Tiang Sirihkan, devenu enseignant, député de Sakhon en 1957, il avait arrêté en 1961 sous l’accusation de communisme et de séparatisme (20). Le 24 avril 1962, un autre chef communiste responsable du journal « The patriot » est fusillé en public et s’écrit «impérialisme américain et Sarit, allez en enfer ! Vive le peuple ! » 

 

Restons-en là, cette liste n’est évidemment pas limitative (21). En tous cas, parlant de ces « procédures accélérées », Sarit a ou aurait déclaré ข้าพเจ้าขอรับผิดชอบแต่เพียงผู้เดียว « Si c’est une faute, j’entends en assumer seul la responsabilité » (22).

 

***

 

Mais le « règne » de Sarit ne s’est pas limité  à restaurer la trinité symbolique nation - religion – monarchie sur le modèle non plus des régimes occidentaux mais celui des monarques censés bienveillants du passé de son pays. Ce sera symboliquement marqué par une Loi que son parlement vote le 20 juillet 1959 à une écrasante majorité confirmant que le nom du pays est définitivement celui de « Thaïlande » et le drapeau, symbole de cette trinité, définitivement le drapeau tricolore. Il ne s’est pas limité non plus à une utilisation sanglante et féroce de ses pleins pouvoirs pour éradiquer ses adversaires politiques essentiellement communistes ou censés l’être, séparatistes du nord-est ou censés l’être ou pour lutter sans le moindre respect des « droits de la personne » contre le crime organisé. Il a également lancé un programme qu’il qualifie de « révolutionnaire ». C’est le début d’une brève période de stabilité politique qui contraste avec l’ère des coups d’état. Nous en avons compté de 1932 jusqu’à celui de Sarit en 1957 exclu pas moins de 16 au moins au sens large (23).

Détesté ? Obéi ? Craint ? En tous cas toujours respecté, ce sera l’objet de notre prochain article. Il n’a pas utilisé ses pouvoirs sans faille qu’à faire le mal.

 

NOTES

 

(1) Voir notre article 221 « LES GOUVERNEMENTS DE PHOT SARASIN (21 SEPTEMBRE 1957-1ER JANVIER 1958) ET DU GENERAL THANOM KITTIKACHORN  (1ER JANVIER -20 OCTOBRE 1958) »

 

(2) Il ne faut toutefois pas perdre de vue que l’armée en Thaïlande était traditionnellement, de la fin du XVIIIème à la fin du XIXème siècle composée en grande partie de mercenaires étrangers, européens pour les cadres, Cambodgiens dans la marine, Vietnamiens dans l’armée de terre. Elle n’avait pas pour mission d’effectuer des guerres de conquête, elle n’avait pas pour but, elle n’en avait pas les moyens, d’assurer la sécurité extérieure du royaume. Celle-ci est – peu ou prou – garantie par les puissances colonialistes occidentales qui se sont accordées à considérer le pays comme un « état tampon » (accords franco-anglais de 1896) et avaient par ailleurs neutralisé les rivaux traditionnels de Siam. De ce simple fait, une fois modernisée par Rama V, créée ni pour la guerre extérieure ou ni pour la défense de l'intégrité territoriale, elle a irrémédiablement pris le caractère d'une armée interne déployée à des fins internes, jusqu’à devenir l'instrument politique de ses propres officiers, une fonction qui perdure à l'heure actuelle.

 

(3) Il a laissé des traces dans la littérature érudite – qui n’ont probablement fait sa fortune – pour avoir traduit en thaï la littérature cambodgienne : nous connaissons ราชพงษาวดารกรุงกัมพูชา ฉบับหอพระสมุดวชิรญาณ แปลใหม่ แปลจากภาษาเขมรโดย หลวงเรืองเดชอนันต์ « chroniques du Cambodge ».

 

(4) Il ne faut pas oublier que l’armée était polluée par le népotisme royal. Pour ne citer que les chiffres de l’année 1910, celle de la mort de Rama V, l’aide de camp du roi est le prince Surawong Watthanasak (เจ้าพระยาสุรวงศ์วัฒนศัก) son cousin, l’armée de terre est dirigée par son demi-frère le field marshal Banubandhu Vongsevoradej, prince de Nakhonchaisi, (สมเด็จพระเจ้าบรมวงศ์เธอ เจ้าฟ้าภาณุรังษีสว่างวงศ์ กรมพระยาภาณุพันธุวงศ์วรเดช), la marine par son autre demi-frère le field marshal Paribatra Sukhumbhand, prince de Nakhonsawan (สมเด็จพระเจ้าบรมวงศ์เธอ เจ้าฟ้าบริพัตรสุขุมพันธุ์ กรมพระนครสวรรค์วรพินิต), que seuls des membres de la famille royale ont rang de lieutenant-généraux, que six des treize généraux de corps d’armée étaient de naissance royale et que plus de la moitié des généraux de division étaient issus de familles royales. Si le roi Chulalongkorn avait réussi à sa passer des services de miliaires étrangers (nous avons connu en particulier l’amiral danois « de Richelieu » à la tête de la marine royale) notamment en envoyant sa parentèle et des étudiants méritants effectuer des études dans les académies ou écoles militaires à l’étranger (comme  Phibun), il n’avait pu éliminer ce népotisme qui perdura et qui fut l’une des causes du coup d’état de 1932. Dans le cadre de la modernisation de son armée, il avait créé le titre de « field marshal » en 1888. Le titre – qui n’a rien à voir avec celui de maréchal français -  ne fut attribué qu’avec parcimonie, à des princes seulement. Les trois premiers roturiers qui y accédèrent furent Sarit, Phin Choonhavan (ผิน ชุณหะวัณ) son compagnon de combat dans la campagne des états Shan et colonel participant au coup d’état de 1947 et Phibun dont le moins que l’on puisse dire est qu’il l’avait gagné ailleurs que sur les champs de bataille. Après eux, il ne fut conféré qu’à la reine Sirikit à titre évidement symbolique, auto-attribué par lui-même en 1964 à Thanom Kittikachorn (ถนอม กิตติขจร), conféré à Praphat Charusathien, ancien ministre de l’intérieur de Sarit et du précédent et enfin à titre posthume à Kriangkrai Attanan (เกรียงไกร อัตตะนันทน์) qui avait conduit le corps expéditionnaire thaï en Corée.

 

(5) Voir notre article 211 « la vie cachée de Pridi ».

 

(6) La ville de Mukdahan le considère toujours comme l’un des plus prestigieux de ses enfants. Sa statue trône au musée de la tour de Mukdahan au rez-de-chaussée dans le cadre d’une exposition permanente sur sa vie. Une autre trône toujours au « Ratchada Memorial Park » de Khonkaen (สวนรัชดานุสรณ์) sans qu’il soit venu une seconde aux « rouges » qui l’ont occupé en 2010 l’idée de la déboulonner… Curieux paradoxe siamois, ceux qui prônent la « démocratie » respectent le symbole d’un homme qui en fut l’antithèse.

 

(7) Information tirée de la « Feuille d’avis de Neufchatel » du 18 septembre 1957. Ce journal est le plus ancien quotidien de Suisse en langue française (1738) et reste le plus ancien quotidien français au monde encore publié (sous un autre titre) à ce jour.

 

(8) Voir notre article 220  « DE « LA LIBÉRALISATION » DU RÉGIME   A LA CHUTE DU GOUVERNEMENT DU MARÉCHAL PHIBUN (1955-16/9/1957) » citant la déclaration royale signée « Phumiphon Adunyadet, Rex » : « Compte tenu du fait que le gouvernement du maréchal P. Phibunsongkhram a été incapable de gouverner avec la confiance du peuple et  qu'il a été incapable de maintenir la paix et l'ordre, le Groupe militaire dirigé par le maréchal Sarit Thanarat a pris le pouvoir. Celui-ci a assumé les fonctions d’administrateur militaire spécial pour Bangkok. Nous demandons à la population de rester pacifiques et à tous les fonctionnaires du gouvernement de suivre suivent désormais les instructions du maréchal Sarit Thanarat ».

 

(9) Publié in ประกาศของคณะปฏิวัติ ฉบับที่ ๑ ลงวันที่ ๒๐ ตุลาคม ๒๕๐๑ (Gazette du gouvernement, volume 75 partie  du 20 octobre 1958.

 

(10) « Attendu que le Conseil révolutionnaire composé de l'état-major de l’armée de terre, l'état-major de la marine, celui de la force aérienne, le personnel de la police et l’administration civile, a, au nom du peuple thaïlandais, pris le pouvoir de l'administration du pays ce jour 20 octobre 2501 (1958) à 21 heures, il est par les présentes demandé à tous les citoyens de continuer à mener à bien leurs occupations comme auparavant, à tous les officiers publics de continuer à exercer leurs fonctions comme auparavant, à toute personne de rester calme. Nul n’est autorisé à effectuer tout acte susceptible de mettre la nation en danger. Les forces armées sont autorisés à se déplacer seulement en vertu des ordres du chef du Conseil révolutionnaire et les commandants de toutes les forces armées devront suivre ses instructions ».

 

(11) Cité par Pierre Fistié, in « L’évolution de la Thaïlande contemporaine ».

 

(12) Voir notre article A 194 « Le premier projet de constitution de 1885 » : Nous retrouvons – mutatis mutandis – les conceptions du Roi Rama V lorsqu’il fit étudier par son cousin le prince Prisdang (พระองค์เจ้าปฤษฎางค์) en 1885 la possibilité et l’opportunité de « moderniser » le système constitutionnel en écartant (sans que cette hostilité soit dirigée contre le système lui-même) la possibilité d’appliquer à son pays un modèle de démocratie parlementaire occidentale. Il est en tous cas une constante que les événements du XXème siècle dès la fin de la décolonisation à partir de 1960 et du début du XXIème démontrent à suffisance, c’est que semer les idéologies purement occidentales en terre asiatique (et africaine), véritable et sournois néocolonialisme, a conduit aux pires catastrophes.

 

(13) Voir nos articles 220 « DE « LA LIBÉRALISATION » DU RÉGIME   A LA CHUTE DU GOUVERNEMENT DU MARÉCHAL PHIBUN (1955-16/9/1957) » et 221 « LES GOUVERNEMENTS DE PHOT SARASIN (21 SEPTEMBRE 1957-1ER JANVIER 1958) ET DU GENERAL THANOM KITTIKACHORN  (1ER JANVIER -20 OCTOBRE 1958) ».

 

(14) Par ailleurs grand-père du futur premier ministre Abhisit Vechachiva (นายอภิสิทธิ์ เวชชาชีวะ).

 

(15) Le ministre de l’agriculture retrouvé assassiné dans les bras de sa maitresse au mois d’août 1959 est évidemment remplacé.

 

(16) Le gouvernement doit apporter toute son attention à fournir à tous l'éducation par la création d'établissements d'enseignement, d’en améliorer l'efficacité et le salaire des enseignants, et d'augmenter le nombre et l'efficacité des écoles privées. Le gouvernement doit établir et maintenir les relations diplomatiques avec d'autres pays, respecter ses obligations internationales, collaborer avec les Nations Unies, pour la paix et de la justice sociale. Le gouvernement doit résoudre les problèmes liés au coût de la vie. Le gouvernement doit rétablir la stabilité financière par l'équilibre budgétaire. Le gouvernement doit réduire le coût de la vie, en augmentant la productivité nationale, en soutenant les industries, en facilitant le transport et la distribution. Le gouvernement doit établir et développer le système coopératif, en particulier les coopératives de crédit, les coopératives de distribution du riz et des produits agricoles, les coopératives de consommateurs et les coopératives organisant la location des terres. Le gouvernement doit soutenir les petites et moyennes entreprises, en encourageant l'esprit d'entreprise, et respecter le droit et la liberté des propriétaires. Le gouvernement doit contrôler les entreprises d'Etat dans la mesure où la sécurité nationale est concernée.

 

(17) Le gouvernement précédent agissant en vertu de la loi sur la presse de 1941 avait d’ores et déjà interdit en 1957, avant le coup d’état Sarit, 251 publications comme portant atteinte à « l'ordre et la moralité publics » : 129 en anglais, 113 en chinois, 1 en français (lequel ?) et 8 en thaï. Les publications thaïes interdites comprenaient trois magasines pornographiques, trois autres critiquant le bouddhisme et deux autres marxistes.

 

(18) Cité par Fistié (note 11).

 

(19) Ce paysan de Korat se présentait comme un « Phi Bun » doté de pouvoirs surnaturels et avait établi son royaume aux environs de Korat, un  « royaume » qu’il avait déclaré indépendant du pouvoir central. Nous ignorions cette espèce de « Phi » : voir notre article A 151 « En Thaïlande, nous vivons au milieu des phi ».

 

(20) Voir l’article du Bangkok post du 10 août 2014 « The Isan problem ».

 

(21) Voir la brochure « Day of global Action for People’s Democracy in Thailand -  60 YEARS of OPPRESSION AND SUPPRESSION in THAILAND»  Compiled by Junya Yimprasert for Action for People’s Democracy in Thailand (ACT4DEM) du 19 septembre 2011. Les noms cités pour la période Sarit le sont également par Fistié qui donne ses sources justificatives (articles de la presse de l’époque essentiellement).

 

(22) Cité dans หนังสือประชาธิปไตยบนเส้นขนาน  (« Le paradoxe démocratique ») par วินทร์ เลียววาริณ (Win Liaowarin), ISBN 9748585476.

 

(23) Voir notre article 214 « COMBIEN DE COUPS D’ÉTAT, DE RÉBELLIONS, DE RÉVOLTES ET DE SOULÈVEMENTS EN THAÏLANDE DEPUIS LE DÉBUT DU SIÈCLE DERNIER ? »

 

OUVRAGES ET ARTICLES CONSULTÉS

 

Pierre Fistié « L’évolution de la Thaïlande contemporaine ».

Johnson (John J.) et Pierre Fistié « The role of the military in underdeveloped countries » in Revue française de science politique, 13ᵉ année, n°3, 1963. pp. 783-787.

 

« Les dynamiques ouvrières en Asie orientale » article de J. Baffie « Travail, ouvriers et syndicats en Thaïlande », pages 149 s. publication de l’ Institut français d'histoire sociale. Le Mouvement social : bulletin trimestriel de l'Institut français d'histoire sociale. 1961.

 

« Bulletin de la société d’histoire moderne » numéro 2 de 1964, pages 23 s.

 

« The constitutional system of Thailand » par Andrew Harding - ISBN-13: 978-1841139722.

 

South East Asian Studies, Vol. 16, No.3, December 1978 : « Reflections on the Sarit Regime and the Process of Political Change in Thailand - Some Conceptual and Theoretical Reassessments » par Thak CHALOEMTIARANA.

 

Pierre  Fistié « Minorités ethniques, opposition et subversion en Thaïlande » in : Politique étrangère, n°3 - 1967 - 32 année pp. 295-323.

 

Pierre  Fistié « Communisme et indépendance nationale : le cas thaïlandais (1928-1968) » In : Revue française de science politique, 18ᵉ année, n°4, 1968. pp. 685-714.

« La révolution d'octobre en Thaïlande » par Léon Trivière in Les Études, mai 1974.

 

Louis Gabaude « Politique et religion en Thaïlande : dépendance et responsabilité » In :  Revue d'études comparatives Est-Ouest, vol. 32, 2001, n°1. Politique et religion en Asie orientale. pp. 141-173.

Phimmasone Michael Rattanasengchanh  « Thailand’s Second Triumvirate: Sarit Thanarat and the military, King Bhumibol Adulyadej and the monarchy and the United States. 1957-1963 » University of Washington 2012.

 

« Chronicle of Thailand since 1946 », publication du Bangkok Post comportant essentiellement des extraits des articles d’époque.

 

SITES CONSULTÉS

 

« Chronik Thailands กาลานุกรมสยามประเทศไทย » von Alois Payer pour les années concernées (http://www.payer.de/thailandchronik/chronik1957.htm et la suite).

 

http://www.soc.go.th/iframe.php?url=http://www.soc.go.th/eng/index.htm (site gouvernemental officiel, version anglaise).

 

1ère partie.

Nous avons quitté le pays (1) sur le coup d’état du « field marshal » Sarit en écrivant « Le maréchal Sarit estima que le gouvernement ne contrôlait plus la situation, et crut bon d’effectuer un nouveau coup d’Etat dans la nuit du 20 octobre 1958, au nom de la nécessité de faire face à une grave menace communiste, à l’intérieur et à l’extérieur. La loi martiale fut proclamée, la constitution fut abolie, l’Assemblée fut dissoute, les Partis interdits, et les opposants « du front  socialiste » arrêtés, dont le chef Thep Chotimichit. La démocratie n’était plus d’actualité ». Une fois encore, « l’armée est au pouvoir » (2).

 

***

 

Il est – nous a-t-il semblé – difficile de parler de ces 5 ans au cours desquels Sarit exerça un pouvoir brutal sinon sanglant sans dire quelques mots du personnage. Le « field Marshal » (chomphon จอมพล) Sarit Thanarat (สฤษดิ์ ธนะรัชต์) est né à Bangkok le 16 Juin 1908. Son père, Thongdi Thanarat (ทองดี ธนรัชต์) puis Luang Ruangdetanan, son nom de plume (หลวงเรืองเดชอนันต์), sur lequel nous connaissons peu de choses était un militaire « sorti du rang » qui finit sa carrière avec le grade de major (commandant) dans la province de Nakonphanom (3). Né à Bangkok, Sarit grandit toutefois à Mukdahan (qui n’a pas alors le statut de province), ville natale de sa mère, Thongdi Thanarat (ทองดี ธนะรัชต์). Celle-ci est proche parente du général lao Phoumi Nosavan, né à Savanakhet sur la rive française du Mékong, figure de proue de la lutte contre les communistes du Pathet Lao et homme-lige de la C.I.A. Sarit soutiendra d’ailleurs activement son cousin lors de son coup d’état de décembre 1959. Sarit se plaisait volontiers à rappeler sans fausse honte ses modestes origines Isan-Lao qui le rendaient plus accessibles aux problèmes des « petites gens ». Il débute ses études à l’école primaire de Mukdahan (โรงเรียนประจำจังหวัดมุกดาหาร). Nous le suivons ensuite à l’école du monastère, le Wat Mahanaparam (วัดมหรรณพาราม) à Bangkok, nous le trouvons ensuite à l’école d’infanterie (โรงเรียนทหารราบพระนคร) et enfin à l'Académie militaire royale thaïlandaise (Chulachomklao military academy โรงเรียนนายร้อยพระจุลจอมเกล้า). Ses études militaires terminées, il est nommé sous-lieutenant en 1928 puis lieutenant et servi comme capitaine dans un bataillon d'infanterie de la garde du roi Prajadhipok (Rama VII). Il participera à la répression de la tentative de coup d’état de Boworadej et y gagnera sa première décoration (la « médaille de la constitution »). Nous le trouvons sur le terrain comme commandant un bataillon d'infanterie au sein duquel il prend une part active à l'invasion et à l'occupation des États Shan en Birmanie qui ne passe pas pour avoir été une partie de plaisir. Nous le retrouverons ensuite en avril 1945 commandant militaire de la province de Lampang puis commandant du 1er régiment d'infanterie de la garde basé à Bangkok.  Lors du coup d’état de 1947, il est alors colonel et « protégé » de Pridi. Il participe à la répression de la tentative de coup d’état de 1951. Il est élevé au grade de général en 1952,  commandant en chef de l’armée royale le 23 Juin 1954. Cette date marque le début de ses ambitions politiques. Il est élevé au rang de « field marshal » en 1956 à 48 ans. Il est alors et toujours à ce jour le plus jeune « field marshall » de sang roturier de l’histoire de l’armée thaïe (4).

 

***

 

Sarit à l’inverse des auteurs du coup d’état de 1932, créateurs d’un « parti du peuple » qui n’avait rien de populaire, est issu d’un milieu modeste. Il ne cherche point, comme Pridi, probablement le plus « démocrate » sinon le plus « républicain » des comploteurs, à se trouver des ascendances réelles (ou supposées) dans la haute noblesse (5). Partiellement Isan, se flatte d’en parler la langue qui fut probablement sa langue maternelle et n’en a nulle honte alors que la tendance dans le « sérail » est (toujours) à considérer ceux du nord-est comme des « ban nok » (บ้านนอก) que l’on peut traduire tout simplement par « bouseux » (6). C’est un vrai militaire qui a connu le combat, y a gagné au moins partiellement ses galons et n’a pas eu le privilège de suivre une formation prestigieuse à l’étranger. C’est enfin, nous le verrons, très certainement un pieux bouddhiste même s’il ne fut de loin pas un strict observateur des commandements de sa religion. Il n’est pas non plus totalement désintéressé puisque, lors du coup d’état de 1957, nous savons qu’il est directeur de 22 sociétés dont la Banque d’Asie (7).

 

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Sarit en tête, les meneurs du coup d'Etat diffèrent donc fondamentalement de ceux du groupe de 1932. Pas d’aristocrates issus des prestigieuses universités anglaises, pas de princes formés dans les académies militaires anglaises, françaises ou prussiennes, pas de boursiers, juristes rompus aux principes juridiques occidentaux comme Pridi. Ce sont des officiers de l'armée sortis du rang, formés dans leur pays, dont les perspectives politiques sont celles de ceux qui connaissent l’histoire de leur pays. Ils sont totalement étrangers sinon réfractaires aux idées de leurs prédécesseurs sur les vertus (supposées) de la démocratie occidentale, objectif suprême de la modernisation du pays.

 

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Est-ce ce aspect qui complut au jeune monarque (il a alors 30 ans) ? Nous avons vu qu’il avait salué l’éviction de Phibun en 1957, ce à quoi rien ne le contraignait (8). Sarit l’avait-il rencontré avant l’opération d’octobre ? Rien ne permet de le dire ni de le contredire.

C’est d’abord un conseil révolutionnaire (กองบัญชาการปฎิวัติ) présidé par Sarit qui prend le pouvoir. Sa première annonce publiée dans la gazette royale du 20 octobre 1958 (9) est sibylline (10).

Entre 1932 et 1957, la Thaïlande a fait l’expérience d’une marche tortueuse vers la démocratie. Sarit écrit en décembre 1958 (11) « Il faut admettre que la démocratie occidentale n’est pas un système de gouvernement tel qu’il puisse être adopté et mis en vigueur immédiatement par tous les pays quel que soit leur stade de progrès économique ou politique. En ce qui concerne la Thaïlande, il est grand temps que nous mettions à profit les leçons de notre expérience passée de la démocratie pour adapter notre système démocratique aux conditions de fait » (12).

 

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Le 28 janvier 1959 – après que Sarit soit retourné aux USA discuter avec le président Eisenhower et recueillir des subsides de la C.I.A (13) – une constitution provisoire est promulguée. Elle répond à la phrase que l’on prête à Napoléon selon laquelle une bonne constitution doit être « courte et vague ». Courte, elle l’est (20 articles) mais point vague. Elle est probablement la plus répressive de l’histoire de la Thaïlande, intérimaire peut-être, mais elle est celle qui a cette heure – 2016 - a eu la vie la plus longue. Elle confère en fait au premier ministre le pouvoir absolu, y compris celui d’ordonner des exécutions sommaires, interdit les partis politiques, crée une chambre unique composée de 240 personnes nommées (articles 6 et 7). Ce seront tous des militaires haut-gradés et des fonctionnaires.

 

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Mais le roi redevient le symbole de la nation et le palladium du peuple thaï même si ses pouvoirs ne sont pas plus étendus que dans les constitutions précédentes. Si les « tensions » entre la monarchie et la direction du Parti dit « populaire » avait été sous-jacente de 1932 à 1957, Sarit va les atténuer : Phibunsongkhram avait tenté de saper la position déjà précaire du trône de par l’impéritie de Rama VII. Son portrait, de façon très mussolinienne, était affiché partout et en tous lieux, il sera désormais, il l’est toujours plus que jamais, remplacé par celui du roi et de la reine. Le roi est systématiquement invité à participer à toutes les cérémonies publiques. Sarit l’envoie visiter les provinces, participer aux projets de développements économiques, remettre les diplômes universitaires. La pratique de prosternation et de prosternement, la tête touchant le sol avant les audiences royales, interdites des décennies auparavant par le roi Chulalongkorn, est rétablie dans certaines conditions. Le couple royal effectue en 1960 un tour du monde. Aux yeux du monde, la Thaïlande, ce n’est pas Sarit mais un jeune monarque au regard un peu vague (n’oublions pas qu’il a accidentellement perdu un œil) avec un demi sourire et une reine dont le charme incontestable a séduit jusqu’au Général De Gaulle lui-même. Elle passe alors pour être « la femme la mieux habillée du monde ». La monarchie a le mérite de défrayer les chroniqueurs de notre presse. Ce fut le début d’un mariage probablement plus de raison et de convenance que d’amour entre le roi Bhumibol et son armée dont il est constitutionnellement le chef (article 2 de la constitution intérimaire). En 1960, le jour de la fête national est déplacé, ce ne sera plus l’anniversaire de la révolution de 1932 mais celui du roi, le 5 décembre. Retour à la tradition : พบกันใหม่เมื่อชาติต้องการ (« je veux retrouver mon pays ») a dit Sarit.

 

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En vertu de la constitution, Sarit est nommé Premier ministre, par décret royal du 9 février 1959, le lendemain, il désigne son cabinet. Il est restreint à 13 personnes. Le Général Thanom Kittikachorn (ถนอม กิตติขจร) est nommé vice-premier ministre et ministre de la défense. C’est un camarade de combat dans la guerre des états Shans et coauteur de tous les coups d’état. Il lui succédera à son décès.

Le  Major général H.R.H. Prince Krom Muen Naradhip Bongsprabandh  est nommé vice-premier ministre (วรรณไวทยากร กรมหมื่นนราธิปพงศ์ประพันธ์), c’est un diplomate et un cousin du roi (petit fils de Rama IV).

Le lieutenant-général Praphat Charusathien  (ประภาส จารุเสถียร) obtient le ministère de l’intérieur. Ils se sont connus à l’académie militaire.

Le poste des affaires étrangères est attribué à  Thanat Khoman (ถนัด คอมันตร์) un diplomate qui avait négocié quelques années auparavant le traité avec le Japon avant de rejoindre les rangs des « Free Thai ».

Nous retrouvons  à l’Education Mom Luang Pin Malakul (หม่อมหลวงปิ่น มาลากุล), à l’Economie Sunthorn Hongladarom (นายสุนทร หงส์ลดารมภ์), à l’industrie Bun Charoenchai (นายบุณย์ เจริญไชย). La santé publique est confiée à Long (ลง เวชชาชีวะ) (14).

Il y aura quelques changements au cours de cette législature qui ne nous semble pas avoir été significatifs (15).

De l’avis du « New York Times » cité par Fistié (11), indépendamment des militaires qui assurent et consolident le pouvoir de Sarit, c’est un cabinet composé de jeunes techniciens civils compétents, nous parlerions aujourd’hui de « technocrates ».

 

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Sarit présente alors le programme de son cabinet au « Parlement » le 12 février précision étant donné qu’en vertu de la constitution provisoire, il n’a pas à être approuvé. Le parlement n’est qu’une chambre d’enregistrement. Il est ainsi rappelé, ce sont les trois piliers du régime, le roi, le bouddhisme et l’armée :

- que le gouvernement doit prêter serment d'allégeance au roi de la dynastie Chakri, protéger le trône royal, et respecter la famille royale.

- que le gouvernement doit chérir le bouddhisme, apporter son soutien aux autres religions, ainsi que de se consacrer à l’éducation morale du peuple.

- que le gouvernement doit soutenir l'armée et organiser un service militaire adéquat.

La suite représente une suite de vœux et de ces bonnes intentions dont nous savons que l’enfer en est pavé (16). Nous jugerons de la suite.

 

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Il ne semble pas que la population, fatiguée de l'anarchie croissante dans le pays ait  mal accueilli ce régime drastique ? Certains vieillards parlent encore – paraît-il – de l’époque « sans délinquance lorsque le maréchal Sarit était Premier ministre ». Il n’y a en tous cas aucunes traces de mouvements d’indignation ou de protestation, des étudiants en particulier comme sous le régime précédent.

 

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La question de la presse, sa liberté n’existe évidemment plus, avait été réglée par le précédent gouvernement (17). Compte tenu du tirage confidentiel des journaux à cette époque (quelques milliers voire quelques centaines), il faut attribuer à cette mesure une portée relative et plus encore.

 

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La constitution attribue, avons-nous dit, tous les pouvoirs au premier ministre. Le texte de l’article 17 est brutal : Il donne au premier ministre « Pendant la période d’application de la présente constitution » « le pouvoir  de donner des ordres ou de prendre les mesures qu’il estime nécessaire nécessaires en vue de réprimer les menées d’origine intérieures ou extérieures qui mettent en péril la sécurité nationale ou le trône, qui menacent la loi ou qui tendent à renverser l’ordre établi. Ces ordres et ces mesures sont présumés légaux » (18). C’est lui attribuer le pouvoir de tuer. Il est d’ailleurs permis de se demander si l'exemple français (notre constitution du 20 octobre 1958) n’a pas au moins partiellement inspiré la Constitution provisoire de Sarit ? Cet article 17 ressemble singulièrement à l’article 16 français même si l’usage qu’en fit le Général De Gaulle fut moins brutal : « Lorsque les institutions de la République, l'indépendance de la Nation, l'intégrité de son territoire ou l'exécution de ses engagements internationaux sont menacés d'une manière grave et immédiate et que le fonctionnement régulier des pouvoirs publics constitutionnels est interrompu, le Président de la République prend les mesures exigées par ces circonstances, après consultation officielle du Premier ministre, des Présidents des Assemblées ainsi que du Conseil constitutionnel » et chacun se souvient que les assemblées était composées de ceux que le général qualifiait de « godillots de la république ». Il y a parfois du gaullien chez Sarit. Le parallèle, curieusement, ne semble avoir jamais été établi.

 

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Sarit utilise ce pouvoir sans partage dans quelques circonstances où – même si nécessité a pu faire loi – l’utilisation en a été féroce brutale.

 

Tel fut le triste sort de Sila Wongsin (ศิลา วงศ์สิน) : Le 26 Juin 1959, les autorités de Bangkok ont annoncé par voie de presse que celui-ci, gourou d’une secte diabolique à Korat, avait été exécuté sans procès (pas même d’un tribunal « d’exception ») sur des accusations de meurtres en série, y compris celui de fonctionnaires provinciaux sacrifiés à sa divinité diabolique (19). « Serial killer » ou malade mental ? Il n’a pas eu droit à un procès régulier mais il est hasardeux de parler d’assassinat politique ! A cette occasion, un raid policier aurait provoqué dans la secte la mort de 11 personnes et l’arrestation de 80 autres ?

 

Il fait fusiller sans autre forme de procès en août 1959 quatre Chinois responsables d’avoir causé des incendies par les feux d’artifice lors du nouvel an chinois.

 

Si Sarit engage une lutte sans merci contre les trafiquants d’opium en faisant détruire le 1er juillet 1959 une énorme quantité de drogue et de matériel de fumeries, s’il entend réprimer la prostitution en criminalisant cette « activité » par une loi du 25 août 1960 (avec le succès que l’on sait !), il est également responsable de crimes qu’il faut bien qualifier de politiques.

 

Fistié cite le cas de Supphachai Srisati, chef syndicaliste, exécuté dans le courant de l’été 1959 (11). En mai 1960, la presse annonce l’exécution publique de chefs communistes de la région de Sakhonnakon, liés aux communistes laotiens et concoctant un plan de sécession ? Il ne semble pas que ces exécutions aient été ordonnées par une instance judiciaire ?  En mai 1961, c’est au tour de Krong Chandawong qui fut exécuté en public : Né à Sakon Nakhon, fils d'un fermier, camarade de Tiang Sirihkan, devenu enseignant, député de Sakhon en 1957, il avait arrêté en 1961 sous l’accusation de communisme et de séparatisme (20). Le 24 avril 1962, un autre chef communiste responsable du journal « The patriot » est fusillé en public et s’écrit «impérialisme américain et Sarit, allez en enfer ! Vive le peuple ! » 

 

Restons-en là, cette liste n’est évidemment pas limitative (21). En tous cas, parlant de ces « procédures accélérées », Sarit a ou aurait déclaré ข้าพเจ้าขอรับผิดชอบแต่เพียงผู้เดียว « Si c’est une faute, j’entends en assumer seul la responsabilité » (22).

 

***

 

Mais le « règne » de Sarit ne s’est pas limité  à restaurer la trinité symbolique nation - religion – monarchie sur le modèle non plus des régimes occidentaux mais celui des monarques censés bienveillants du passé de son pays. Ce sera symboliquement marqué par une Loi que son parlement vote le 20 juillet 1959 à une écrasante majorité confirmant que le nom du pays est définitivement celui de « Thaïlande » et le drapeau, symbole de cette trinité, définitivement le drapeau tricolore. Il ne s’est pas limité non plus à une utilisation sanglante et féroce de ses pleins pouvoirs pour éradiquer ses adversaires politiques essentiellement communistes ou censés l’être, séparatistes du nord-est ou censés l’être ou pour lutter sans le moindre respect des « droits de la personne » contre le crime organisé. Il a également lancé un programme qu’il qualifie de « révolutionnaire ». C’est le début d’une brève période de stabilité politique qui contraste avec l’ère des coups d’état. Nous en avons compté de 1932 jusqu’à celui de Sarit en 1957 exclu pas moins de 16 au moins au sens large (23).

Détesté ? Obéi ? Craint ? En tous cas toujours respecté, ce sera l’objet de notre prochain article. Il n’a pas utilisé ses pouvoirs sans faille qu’à faire le mal.

 

NOTES

 

(1) Voir notre article 221 « LES GOUVERNEMENTS DE PHOT SARASIN (21 SEPTEMBRE 1957-1ER JANVIER 1958) ET DU GENERAL THANOM KITTIKACHORN  (1ER JANVIER -20 OCTOBRE 1958) »

 

(2) Il ne faut toutefois pas perdre de vue que l’armée en Thaïlande était traditionnellement, de la fin du XVIIIème à la fin du XIXème siècle composée en grande partie de mercenaires étrangers, européens pour les cadres, Cambodgiens dans la marine, Vietnamiens dans l’armée de terre. Elle n’avait pas pour mission d’effectuer des guerres de conquête, elle n’avait pas pour but, elle n’en avait pas les moyens, d’assurer la sécurité extérieure du royaume. Celle-ci est – peu ou prou – garantie par les puissances colonialistes occidentales qui se sont accordées à considérer le pays comme un « état tampon » (accords franco-anglais de 1896) et avaient par ailleurs neutralisé les rivaux traditionnels de Siam. De ce simple fait, une fois modernisée par Rama V, créée ni pour la guerre extérieure ou ni pour la défense de l'intégrité territoriale, elle a irrémédiablement pris le caractère d'une armée interne déployée à des fins internes, jusqu’à devenir l'instrument politique de ses propres officiers, une fonction qui perdure à l'heure actuelle.

 

(3) Il a laissé des traces dans la littérature érudite – qui n’ont probablement fait sa fortune – pour avoir traduit en thaï la littérature cambodgienne : nous connaissons ราชพงษาวดารกรุงกัมพูชา ฉบับหอพระสมุดวชิรญาณ แปลใหม่ แปลจากภาษาเขมรโดย หลวงเรืองเดชอนันต์ « chroniques du Cambodge ».

 

(4) Il ne faut pas oublier que l’armée était polluée par le népotisme royal. Pour ne citer que les chiffres de l’année 1910, celle de la mort de Rama V, l’aide de camp du roi est le prince Surawong Watthanasak (เจ้าพระยาสุรวงศ์วัฒนศัก) son cousin, l’armée de terre est dirigée par son demi-frère le field marshal Banubandhu Vongsevoradej, prince de Nakhonchaisi, (สมเด็จพระเจ้าบรมวงศ์เธอ เจ้าฟ้าภาณุรังษีสว่างวงศ์ กรมพระยาภาณุพันธุวงศ์วรเดช), la marine par son autre demi-frère le field marshal Paribatra Sukhumbhand, prince de Nakhonsawan (สมเด็จพระเจ้าบรมวงศ์เธอ เจ้าฟ้าบริพัตรสุขุมพันธุ์ กรมพระนครสวรรค์วรพินิต), que seuls des membres de la famille royale ont rang de lieutenant-généraux, que six des treize généraux de corps d’armée étaient de naissance royale et que plus de la moitié des généraux de division étaient issus de familles royales. Si le roi Chulalongkorn avait réussi à sa passer des services de miliaires étrangers (nous avons connu en particulier l’amiral danois « de Richelieu » à la tête de la marine royale) notamment en envoyant sa parentèle et des étudiants méritants effectuer des études dans les académies ou écoles militaires à l’étranger (comme  Phibun), il n’avait pu éliminer ce népotisme qui perdura et qui fut l’une des causes du coup d’état de 1932. Dans le cadre de la modernisation de son armée, il avait créé le titre de « field marshal » en 1888. Le titre – qui n’a rien à voir avec celui de maréchal français -  ne fut attribué qu’avec parcimonie, à des princes seulement. Les trois premiers roturiers qui y accédèrent furent Sarit, Phin Choonhavan (ผิน ชุณหะวัณ) son compagnon de combat dans la campagne des états Shan et colonel participant au coup d’état de 1947 et Phibun dont le moins que l’on puisse dire est qu’il l’avait gagné ailleurs que sur les champs de bataille. Après eux, il ne fut conféré qu’à la reine Sirikit à titre évidement symbolique, auto-attribué par lui-même en 1964 à Thanom Kittikachorn (ถนอม กิตติขจร), conféré à Praphat Charusathien, ancien ministre de l’intérieur de Sarit et du précédent et enfin à titre posthume à Kriangkrai Attanan (เกรียงไกร อัตตะนันทน์) qui avait conduit le corps expéditionnaire thaï en Corée.

 

(5) Voir notre article 211 « la vie cachée de Pridi ».

 

(6) La ville de Mukdahan le considère toujours comme l’un des plus prestigieux de ses enfants. Sa statue trône au musée de la tour de Mukdahan au rez-de-chaussée dans le cadre d’une exposition permanente sur sa vie. Une autre trône toujours au « Ratchada Memorial Park » de Khonkaen (สวนรัชดานุสรณ์) sans qu’il soit venu une seconde aux « rouges » qui l’ont occupé en 2010 l’idée de la déboulonner… Curieux paradoxe siamois, ceux qui prônent la « démocratie » respectent le symbole d’un homme qui en fut l’antithèse.

 

(7) Information tirée de la « Feuille d’avis de Neufchatel » du 18 septembre 1957. Ce journal est le plus ancien quotidien de Suisse en langue française (1738) et reste le plus ancien quotidien français au monde encore publié (sous un autre titre) à ce jour.

 

(8) Voir notre article 220  « DE « LA LIBÉRALISATION » DU RÉGIME   A LA CHUTE DU GOUVERNEMENT DU MARÉCHAL PHIBUN (1955-16/9/1957) » citant la déclaration royale signée « Phumiphon Adunyadet, Rex » : « Compte tenu du fait que le gouvernement du maréchal P. Phibunsongkhram a été incapable de gouverner avec la confiance du peuple et  qu'il a été incapable de maintenir la paix et l'ordre, le Groupe militaire dirigé par le maréchal Sarit Thanarat a pris le pouvoir. Celui-ci a assumé les fonctions d’administrateur militaire spécial pour Bangkok. Nous demandons à la population de rester pacifiques et à tous les fonctionnaires du gouvernement de suivre suivent désormais les instructions du maréchal Sarit Thanarat ».

 

(9) Publié in ประกาศของคณะปฏิวัติ ฉบับที่ ๑ ลงวันที่ ๒๐ ตุลาคม ๒๕๐๑ (Gazette du gouvernement, volume 75 partie  du 20 octobre 1958.

 

(10) « Attendu que le Conseil révolutionnaire composé de l'état-major de l’armée de terre, l'état-major de la marine, celui de la force aérienne, le personnel de la police et l’administration civile, a, au nom du peuple thaïlandais, pris le pouvoir de l'administration du pays ce jour 20 octobre 2501 (1958) à 21 heures, il est par les présentes demandé à tous les citoyens de continuer à mener à bien leurs occupations comme auparavant, à tous les officiers publics de continuer à exercer leurs fonctions comme auparavant, à toute personne de rester calme. Nul n’est autorisé à effectuer tout acte susceptible de mettre la nation en danger. Les forces armées sont autorisés à se déplacer seulement en vertu des ordres du chef du Conseil révolutionnaire et les commandants de toutes les forces armées devront suivre ses instructions ».

 

(11) Cité par Pierre Fistié, in « L’évolution de la Thaïlande contemporaine ».

 

(12) Voir notre article A 194 « Le premier projet de constitution de 1885 » : Nous retrouvons – mutatis mutandis – les conceptions du Roi Rama V lorsqu’il fit étudier par son cousin le prince Prisdang (พระองค์เจ้าปฤษฎางค์) en 1885 la possibilité et l’opportunité de « moderniser » le système constitutionnel en écartant (sans que cette hostilité soit dirigée contre le système lui-même) la possibilité d’appliquer à son pays un modèle de démocratie parlementaire occidentale. Il est en tous cas une constante que les événements du XXème siècle dès la fin de la décolonisation à partir de 1960 et du début du XXIème démontrent à suffisance, c’est que semer les idéologies purement occidentales en terre asiatique (et africaine), véritable et sournois néocolonialisme, a conduit aux pires catastrophes.

 

(13) Voir nos articles 220 « DE « LA LIBÉRALISATION » DU RÉGIME   A LA CHUTE DU GOUVERNEMENT DU MARÉCHAL PHIBUN (1955-16/9/1957) » et 221 « LES GOUVERNEMENTS DE PHOT SARASIN (21 SEPTEMBRE 1957-1ER JANVIER 1958) ET DU GENERAL THANOM KITTIKACHORN  (1ER JANVIER -20 OCTOBRE 1958) ».

 

(14) Par ailleurs grand-père du futur premier ministre Abhisit Vechachiva (นายอภิสิทธิ์ เวชชาชีวะ).

 

(15) Le ministre de l’agriculture retrouvé assassiné dans les bras de sa maitresse au mois d’août 1959 est évidemment remplacé.

 

(16) Le gouvernement doit apporter toute son attention à fournir à tous l'éducation par la création d'établissements d'enseignement, d’en améliorer l'efficacité et le salaire des enseignants, et d'augmenter le nombre et l'efficacité des écoles privées. Le gouvernement doit établir et maintenir les relations diplomatiques avec d'autres pays, respecter ses obligations internationales, collaborer avec les Nations Unies, pour la paix et de la justice sociale. Le gouvernement doit résoudre les problèmes liés au coût de la vie. Le gouvernement doit rétablir la stabilité financière par l'équilibre budgétaire. Le gouvernement doit réduire le coût de la vie, en augmentant la productivité nationale, en soutenant les industries, en facilitant le transport et la distribution. Le gouvernement doit établir et développer le système coopératif, en particulier les coopératives de crédit, les coopératives de distribution du riz et des produits agricoles, les coopératives de consommateurs et les coopératives organisant la location des terres. Le gouvernement doit soutenir les petites et moyennes entreprises, en encourageant l'esprit d'entreprise, et respecter le droit et la liberté des propriétaires. Le gouvernement doit contrôler les entreprises d'Etat dans la mesure où la sécurité nationale est concernée.

 

(17) Le gouvernement précédent agissant en vertu de la loi sur la presse de 1941 avait d’ores et déjà interdit en 1957, avant le coup d’état Sarit, 251 publications comme portant atteinte à « l'ordre et la moralité publics » : 129 en anglais, 113 en chinois, 1 en français (lequel ?) et 8 en thaï. Les publications thaïes interdites comprenaient trois magasines pornographiques, trois autres critiquant le bouddhisme et deux autres marxistes.

 

(18) Cité par Fistié (note 11).

 

(19) Ce paysan de Korat se présentait comme un « Phi Bun » doté de pouvoirs surnaturels et avait établi son royaume aux environs de Korat, un  « royaume » qu’il avait déclaré indépendant du pouvoir central. Nous ignorions cette espèce de « Phi » : voir notre article A 151 « En Thaïlande, nous vivons au milieu des phi ».

 

(20) Voir l’article du Bangkok post du 10 août 2014 « The Isan problem ».

 

(21) Voir la brochure « Day of global Action for People’s Democracy in Thailand -  60 YEARS of OPPRESSION AND SUPPRESSION in THAILAND»  Compiled by Junya Yimprasert for Action for People’s Democracy in Thailand (ACT4DEM) du 19 septembre 2011. Les noms cités pour la période Sarit le sont également par Fistié qui donne ses sources justificatives (articles de la presse de l’époque essentiellement).

 

(22) Cité dans หนังสือประชาธิปไตยบนเส้นขนาน  (« Le paradoxe démocratique ») par วินทร์ เลียววาริณ (Win Liaowarin), ISBN 9748585476.

 

(23) Voir notre article 214 « COMBIEN DE COUPS D’ÉTAT, DE RÉBELLIONS, DE RÉVOLTES ET DE SOULÈVEMENTS EN THAÏLANDE DEPUIS LE DÉBUT DU SIÈCLE DERNIER ? »

 

OUVRAGES ET ARTICLES CONSULTÉS

 

Pierre Fistié « L’évolution de la Thaïlande contemporaine ».

Johnson (John J.) et Pierre Fistié « The role of the military in underdeveloped countries » in Revue française de science politique, 13ᵉ année, n°3, 1963. pp. 783-787.

 

« Les dynamiques ouvrières en Asie orientale » article de J. Baffie « Travail, ouvriers et syndicats en Thaïlande », pages 149 s. publication de l’ Institut français d'histoire sociale. Le Mouvement social : bulletin trimestriel de l'Institut français d'histoire sociale. 1961.

 

« Bulletin de la société d’histoire moderne » numéro 2 de 1964, pages 23 s.

 

« The constitutional system of Thailand » par Andrew Harding - ISBN-13: 978-1841139722.

 

South East Asian Studies, Vol. 16, No.3, December 1978 : « Reflections on the Sarit Regime and the Process of Political Change in Thailand - Some Conceptual and Theoretical Reassessments » par Thak CHALOEMTIARANA.

 

Pierre  Fistié « Minorités ethniques, opposition et subversion en Thaïlande » in : Politique étrangère, n°3 - 1967 - 32 année pp. 295-323.

 

Pierre  Fistié « Communisme et indépendance nationale : le cas thaïlandais (1928-1968) » In : Revue française de science politique, 18ᵉ année, n°4, 1968. pp. 685-714.

« La révolution d'octobre en Thaïlande » par Léon Trivière in Les Études, mai 1974.

 

Louis Gabaude « Politique et religion en Thaïlande : dépendance et responsabilité » In :  Revue d'études comparatives Est-Ouest, vol. 32, 2001, n°1. Politique et religion en Asie orientale. pp. 141-173.

 

Phimmasone Michael Rattanasengchanh  « Thailand’s Second Triumvirate: Sarit Thanarat and the military, King Bhumibol Adulyadej and the monarchy and the United States. 1957-1963 » University of Washington 2012.

 

« Chronicle of Thailand since 1946 », publication du Bangkok Post comportant essentiellement des extraits des articles d’époque.

 

SITES CONSULTÉS

« Chronik Thailands กาลานุกรมสยามประเทศไทย » von Alois Payer pour les années concernées (http://www.payer.de/thailandchronik/chronik1957.htm et la suite).

 

http://www.soc.go.th/iframe.php?url=http://www.soc.go.th/eng/index.htm (site gouvernemental officiel, version anglaise).

 

***

Il est – nous a-t-il semblé – difficile de parler de ces 5 ans au cours desquels Sarit exerça un pouvoir brutal sinon sanglant sans dire quelques mots du personnage. Le « field Marshal » (chomphon จอมพล) Sarit Thanarat (สฤษดิ์ ธนะรัชต์) est né à Bangkok le 16 Juin 1908. Son père, Thongdi Thanarat (ทองดี ธนรัชต์) puis Luang Ruangdetanan, son nom de plume (หลวงเรืองเดชอนันต์), sur lequel nous connaissons peu de choses était un militaire « sorti du rang » qui finit sa carrière avec le grade de major (commandant) dans la province de Nakonphanom (3). Né à Bangkok, Sarit grandit toutefois à Mukdahan (qui n’a pas alors le statut de province), ville natale de sa mère, Thongdi Thanarat (ทองดี ธนะรัชต์).

 

Celle-ci est proche parente du général lao Phoumi Nosavan, né à Savanakhet sur la rive française du Mékong, figure de proue de la lutte contre les communistes du Pathet Lao et homme-lige de la C.I.A. Sarit soutiendra d’ailleurs activement son cousin lors de son coup d’état de décembre 1959.

 

Sarit se plaisait volontiers à rappeler sans fausse honte ses modestes origines Isan-Lao qui le rendaient plus accessibles aux problèmes des « petites gens ». Il débute ses études à l’école primaire de Mukdahan (โรงเรียนประจำจังหวัดมุกดาหาร). Nous le suivons ensuite à l’école du monastère, le Wat Mahanaparam (วัดมหรรณพาราม) à Bangkok, nous le trouvons ensuite à l’école d’infanterie (โรงเรียนทหารราบพระนคร) et enfin à l'Académie militaire royale thaïlandaise (Chulachomklao military academy โรงเรียนนายร้อยพระจุลจอมเกล้า). Ses études militaires terminées, il est nommé sous-lieutenant en 1928 puis lieutenant et servi comme capitaine dans un bataillon d'infanterie de la garde du roi Prajadhipok (Rama VII). Il participera à la répression de la tentative de coup d’état de Boworadej et

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