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  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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4 mai 2016 3 04 /05 /mai /2016 23:48
229-1 - LES ÉVÉNEMENTS POLITIQUES DE 1973 A 1976 : DU 14 OCTOBRE 1973 AU 6 OCTOBRE 1976, TROIS ANS DE CHAOS : PREMIER ÉPISODE.

Comment en est-on arrivés là ?

 

Quand on parle de « démocratie » à cette époque, encore faut-il savoir ce que l’on entend par « démocratie » ! Le but premier des « révolutionnaires » de 1932 n’était pas – au moins pour la grande majorité d’entre eux – de donner le pouvoir au peuple mais de le retirer au roi en abolissant la monarchie absolue et de libérer la caste dirigeante du pouvoir royal. C’est en ce seul sens que le système est « démocratique ». Il demeure sous-jacente l’idée que le peuple, parce que non éduqué, n’est pas encore capable de se gouverner de façon responsable par le moyen de représentants élus. Ce jugement se comprend parfaitement en 1932 du fait d’une éducation nationale balbutiante : Seule la portion minoritaire éduquée de la population revendique pour elle, contre le roi, son droit « démocratique » à se donner le régime qui lui convenait. Mais 40 ans sont passés. 

229-1 - LES ÉVÉNEMENTS POLITIQUES DE 1973 A 1976 : DU 14 OCTOBRE 1973 AU 6 OCTOBRE 1976, TROIS ANS DE CHAOS : PREMIER ÉPISODE.

D’autres couches de la population ont commencé à revendiquer ce même droit. Il n’y a peut-être pas que du marxisme dans cette attitude. Lorsque le régime des maréchaux Thanom et Praphat s’effondra, à la suite des émeutes étudiantes de 1973, le nouveau régime, civil celui-là, va essayer, par souci démocratique, de mettre en place un gouvernement issu d’une Assemblée élue, et contrôlé par elle. La libéralisation qui en fut la conséquence irrémédiable amena justement le développement des mouvements ouvriers, paysans et étudiants, et l’apparition de revendications sociales, avec grèves et manifestations de rue de plus en plus fréquentes. L’échec de ce régime, auquel la Thaïlande n’était pas encore prête, était en fait inévitable : le genre d’activités qu’il engendrait était « dommageable à la sécurité du royaume et à l’économie du pays », c’est-à-dire dommageable à la classe dirigeante de 1932, fort satisfaite de sa « démocratie absolue ».

 

Un bref rappel de nos articles précédents : Rappels historiques

 

Thanom Kittikachorn (ถนอม กิตติขจร) était devenu premier ministre en 1963 à la mort de Sarit Thanarat

229-1 - LES ÉVÉNEMENTS POLITIQUES DE 1973 A 1976 : DU 14 OCTOBRE 1973 AU 6 OCTOBRE 1976, TROIS ANS DE CHAOS : PREMIER ÉPISODE.

En 1971, il consolide son pouvoir par un coup d’état « administratif », sur l’armée, sur la police et sur l’administration. Il annule la Constitution qui n’a que trois ans, dissout l’Assemblée et proclame la loi martiale, sous l’autorité d’une junte militaire. En décembre 1972, une nouvelle Constitution provisoire est promulguée qui donnait le plein pouvoir aux trois « tyrans » Thanom - Praphat (ประภาส จารุเสถียร) 

229-1 - LES ÉVÉNEMENTS POLITIQUES DE 1973 A 1976 : DU 14 OCTOBRE 1973 AU 6 OCTOBRE 1976, TROIS ANS DE CHAOS : PREMIER ÉPISODE.

– Narong Kittikachorn (ณรงค์ กิตติขจร fils de Thanom et gendre de Praphat) ...

229-1 - LES ÉVÉNEMENTS POLITIQUES DE 1973 A 1976 : DU 14 OCTOBRE 1973 AU 6 OCTOBRE 1976, TROIS ANS DE CHAOS : PREMIER ÉPISODE.

.... au prétexte d’une menace d’insurrection communiste. Tous trois promettent la bouche en cœur qu’ils ramèneront le pays vers la voie démocratique dès que la sécurité intérieure serait rétablie. Notons au passage que la nomination de Praphat au rang de « field marshal » de l’armée le 29 mai  est considérée par le mouvement étudiant comme une provocation.

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Mais, les mois passant, le niveau des activités de guérillas ne diminuait pas et, de plus, il apparaissait clairement que le trio n’avait aucunement l’intention de revenir à un régime démocratique.

 

Un mouvement politique prit alors naissance, qui se proposait, par des moyens pacifiques et légaux, de faire pression sur le gouvernement pour hâter la promulgation d’une Constitution permanente. Ce groupe était constitué étudiants des universités, de professeurs, d’anciens membres du Parlement et de citoyens influents soutenus au moins à Bangkok par une partie de la population, qui en avait assez de l’exploitation, de la corruption et de la concussion de ce régime militaire. Personne cependant ne prévoyait les événements qui allaient suivre.


Les « Dix Jours » (6-15 octobre 1973).


Les manifestations étudiantes avaient commencé en juin à l’université Ramakhamhaeng. Le samedi 6 octobre, la police spéciale, sur ordre du ministre de l’intérieur, le field marshal Praphat, arrêtait le leader étudiant du « Centre national des étudiants » (« National Student Center of Thailand »  ศูนย์กลางนิสิตนักศึกษาแห่งประเทศไทย -ศ.น.ท.), Thirayut Boonmee (ธีรยุทธ บุญมี) ... 

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... ainsi que 12 autres « activistes » distribuant distribuaient des tracts réclamant la promulgation rapide d’une Constitution permanente (1). Ces arrestations déclenchèrent une épreuve de force entre les étudiants et le gouvernement. Le Centre national des Etudiants réclamait la libération immédiate des 13 détenus, et le gouvernement, bien sûr, refusait ; il accusait même ces 13 activistes d’avoir voulu profiter de ce mouvement constitutionnel pour renverser le gouvernement. Le mouvement s’était d’ailleurs signalé quelques mois auparavant en appelant à un boycott de 10 jours contre les produits japonais, pour protester contre les investissements japonais en Thaïlande.

 

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A partir du 10 octobre la pression des étudiants devint préoccupante pour le triumvirat. Depuis le 8, les étudiants ne cessaient d’arriver à l’Université Thammasat, venant de toutes les autres universités. Ils étaient déjà 2.000 le 10, campant sur place malgré la pluie. Leur nombre va en augmentant jusqu’à atteindre 200.000 les 12 et 13 octobre. Sur le campus, les discours des leaders se succèdent entrecoupés de mimes sur scène ridiculisant les hautes personnalités du régime : Ces jeux de scène font en effet traditionnellement partie des grandes manifestations étudiantes. Mais alors que cette forme d’action contestataire leur a réussi ce mois d’octobre 73, c’est précisément elle qui va causer leur perte trois ans plus tard, en octobre 76 comme nous le verrons dans les articles suivants.

 

 

 

229-1 - LES ÉVÉNEMENTS POLITIQUES DE 1973 A 1976 : DU 14 OCTOBRE 1973 AU 6 OCTOBRE 1976, TROIS ANS DE CHAOS : PREMIER ÉPISODE.

Conscients maintenant de leur force, ils prennent une attitude de plus en plus dure face aux refus successifs du gouvernement : le vendredi 12, le Centre national lance un ultimatum de vingt-quatre heures, commençant à midi, exigeant la libération sans condition des 13 détenus. A 20 heures, le gouvernement semble faire une concession : il accepte la libération, mais sous caution. Refus, cette fois, du côté des étudiants. Alors qu’à Thammasat, au milieu d’un meeting monstre, les leaders égrènent heure par heure le compte à rebours de l’ultimatum, le gouvernement, très inquiet, met la police en état d’alerte générale à Bangkok, ainsi que l’armée, dans tout le pays.

 

Samedi 13, quand arriva l’heure fatidique de midi, les 200.000 étudiants se mirent en marche vers le monument de la Démocratie, situé au milieu de l’avenue Rachdamnoen

229-1 - LES ÉVÉNEMENTS POLITIQUES DE 1973 A 1976 : DU 14 OCTOBRE 1973 AU 6 OCTOBRE 1976, TROIS ANS DE CHAOS : PREMIER ÉPISODE.

La tension est extrême. Alors le Roi prend l’initiative, il fait appeler le premier ministre et les membres de son cabinet, l’entretien dure une heure. A même suite, pendant quatre-vingts minutes de 16 h à 17 h 20 il reçoit une délégation de 9 étudiants du Centre national. L’arbitrage du Roi semble avoir été déterminant. En effet, à 20 heures, le gouvernement annonce la libération des 13 activistes et, de plus, promet de promulguer une Constitution permanente au mois d’octobre de l’année suivante. Les étudiants sont majoritairement satisfaits et rentrent à Thammasat pour fêter leur victoire. Mais une partie d’entre eux, 80.000, doute encore de la sincérité des décisions gouvernementales. Ils veulent aller au Palais Royal pour demander des éclaircissements au Roi. A 23 heures, ils sont réunis le long du mur d’enceinte du Palais. Et c’est le drame. A 1 heure, des rafales d’armes automatiques tuent 3 filles et blessent 2 garçons. La foule reflue vers l’avenue Rachdamnoen, qui va devenir le théâtre de combats très durs.

 

Le 14 octobre, c’est « Jour de Grande Tristesse » comme l’a appelé le Roi.

 

Que s’est-il alors passé ? Ces événements échappent à une analyse sereine. En réponse aux tirs de l’armée, de la police et peut-être d’extrémistes de droite, les étudiants et surtout les groupes de choc des écoles techniques attaquent plusieurs bâtiments officiels, dont certains sont incendiés. Des commandos-suicide, armés de bâtons et de barres de fer, chargent par vagues successives derrière des voitures en marche. Les morts sont remplacés, et on avance toujours. Durant toute la journée, sur l’avenue Rachdamnoen et à Thammasat, c’est la terreur parmi les étudiants enfermés dans le campus. La police et l’armée tirent à balles (on parle même de mitrailleuses) sur la foule entassée à terre. L’Université est située au bord du fleuve, et les étudiants cherchent à s’enfuir à la nage : on tire sur eux du haut des hélicoptères. Les journaux du lendemain parlent de 400 morts et de plusieurs centaines de blessés. Des jeunes pour la plupart. Le chiffre officiel, publié beaucoup plus tard, ne retient que le nombre de 76 tués mais le Roi parlera de « plusieurs centaines de morts » dans son discours du lendemain.

 

Qui est responsable ? Cela n’a jamais pu être tiré au clair mais l’opinion publique rejette la faute sur Prahpat et surtout sur Narong que certains affirment avoir vu tirer sur la foule du haut de son hélicoptère, beaucoup plus d’ailleurs que sur Thanom

229-1 - LES ÉVÉNEMENTS POLITIQUES DE 1973 A 1976 : DU 14 OCTOBRE 1973 AU 6 OCTOBRE 1976, TROIS ANS DE CHAOS : PREMIER ÉPISODE.

De toute façon, ce qui s’est passé en ce 14 octobre a provoqué la colère générale de la population et aussi la stupeur. Comment était-ce possible ? Jamais, jusque-là, un coup d’état ou une révolution de palais n’avaient fait couler une goutte de sang thaï. Le soir du 14 octobre, il devient évident que le régime ne pourra survivre qu’en multipliant la violence. Le Roi intervient alors une deuxième fois. Dans la nuit du 14 au 15, il s’adresse à la nation dans un discours maintenant historique. Après avoir désigné ce jour du 14 octobre 1973 comme le « Jour de grande tristesse, le plus douloureux de notre histoire », il annonce au pays que le maréchal Thanom lui a remis sa démission et qu’il a désigné Sanya Thammasakti (สัญญา ธรรมศักดิ์) pour le remplacer. Est-ce la fin ? Le triumvirat Thanom – Praphat - Narong est encore là et la menace que représente leur présence ne cesse d’effrayer. 

229-1 - LES ÉVÉNEMENTS POLITIQUES DE 1973 A 1976 : DU 14 OCTOBRE 1973 AU 6 OCTOBRE 1976, TROIS ANS DE CHAOS : PREMIER ÉPISODE.
La journée du 15 verra encore des émeutes et du sang versé jusqu’à 20 h 45. A cette heure-là, la radio annonce enfin le départ pour l’exil des trois dictateurs. On pense que c’est le Roi qui les a pressés de partir. Le 16 Thanom qui a obtenu sans difficultés un visa américain s’envole pour Boston avec sa famille, PraphatNarong et leur famille sont partis pour Taïwan. Alors, à l’instant même, le calme revient. Définitivement. Et la joie explose. Les étudiants sont devenus des héros. La province a peu participé à tous ces événements. Chiang Mai est la seule ville où il y ait eu des manifestations violentes : les étudiants se sont emparés de l’Hôtel de Ville, et il y a eu des affrontements. Malgré tout, au moins dans les tout derniers jours, les étudiants de toutes les villes un peu importantes, ont organisé des meetings de soutien et collé des affiches. Certains ont réquisitionné des cars pour aller à Bangkok soutenir l’action des étudiants. A Bangkok même, la population n’a pas pris grande part aux événements. On aidait bien, au besoin, les étudiants ; on leur manifestait une grande sympathie, mais on ne marchait pas à leurs côtés. Seuls à faire leur révolution, ils en ont supporté tous les morts, à quelques exceptions près ce qui explique qu’ils aient été consacrés héros à part entière de ces journées sanglantes, et d’autre part, cela révèle aussi – et surtout - leur isolement de fait au sein de l’ensemble de la population thaï. Et leurs erreurs d’après la révolution ne feront qu’accroître cet isolement. Une propagande habilement menée aura alors vite fait de présenter cette cellule isolée comme cancéreuse. La victoire des étudiants signifiait la défaite des dictateurs militaires et donc de tout le corps des militaires par la même occasion, auxquels il faut joindre les policiers. « Journée des héros » pour les étudiants : « journée d’humiliation » pour tout Thaï portant un uniforme. Et, de fait, dans les jours qui suivirent, il n’y eu pas beaucoup d’uniformes dans les rues des villes de Thaïlande. A Bangkok, le trafic des voitures aux carrefours fut réglé par les scouts des écoles, aux pieds desquels la population venait déposer de nombreux cadeaux.

 

Les élèves des écoles techniques avaient fait corps avec les étudiants des universités mais ce sont eux qui ont fourni les commandos de choc et qui ont eu le plus de morts. Et pourtant, seulement un an plus tard, ils devinrent les instruments des partis militaires dans la lutte anti-étudiants ?

 

Le premier gouvernement Sanya (15 octobre 1973 – 22 mai 1974)

 

Sanya Dharmasakti (สัญญา ธรรมศักดิ์), né en 1907, est un intellectuel et un juriste, fervent bouddhiste, d’une honnêteté incontestée. 

229-1 - LES ÉVÉNEMENTS POLITIQUES DE 1973 A 1976 : DU 14 OCTOBRE 1973 AU 6 OCTOBRE 1976, TROIS ANS DE CHAOS : PREMIER ÉPISODE.

Il a été formé au collège catholique de l’Assomption puis à l’école de droit du ministère de la justice puis au « Bar middle temple academy » à Londres qui a la réputation de former les meilleurs des avocats anglais. Admis au barreau de Londres, de retour en Thaïlande, il suit une brillante carrière dans le monde judiciaire. Admis à la retraite en 1968, il est, lors des événements d’octobre recteur de l’Université de Thammasat. Désigné comme premier ministre par décret royal du 14 Octobre 1973, il choisit son cabinet le 16. Son vice-premier ministre est Sukich Nimmanhaeminda, c’est aussi un intellectuel qui a deux passions, « two B’S », books and birds, les livres rares et les oiseaux, il participe activement aux activités de la Siam society mais suivit une carrière diplomatique (2). Un autre vice-premier ministre est le lieutenant général Sawaeng Senanarong qui semble avoir été proche de Thanom, question d’équilibre ? Le suivant dans l’ordre de préséance, le commandant de l’armée de l’air, Dawee Chulladrabya, c’est un ancien de la guerre franco-thaï et des « Seri thai ». C’est surtout un pionnier du sport qui participa activement à la participation de son pays aux jeux olympiques. Lui aussi est un proche de Thanom, il s’était spécialisé – autre sport - dans les bombardements au napalm des villages dissidents. Les finances, poste clef, sont confiées à un technicien, Boonma Wongsawan, homme d’affaire avisé et probablement proche du roi puisqu’il appartient au conseil d’administration de la « Siam Cement Public Company Limited », société fondée par Rama VI et incluse dans les avoirs de la couronne gérés par le Crown Property Bureau (3). Nous trouverons un autre militaire, le vice-amiral Chalee Sindhusopon, ministre des transports. La défense est confiée à l’amiral Thavil Rayanananda et au général Surakij Mayalarp. Un cabinet de 27 ministres, 9 militaires « seulement » mais fruit probable de choix difficiles entre les diverses tendances des politiciens de l’époque.

 

Choisi pour rétablir le calme et la stabilité, il a pour mission de promulguer en six mois une Constitution et d’organiser des élections.  La déclaration de politique générale de son gouvernement du 25 octobre donne pour objectif numéro 1 « Le gouvernement doit respecter le roi et rétablir la Constitution démocratique, loi suprême de la Thaïlande, le plus tôt possible ».

 

Il n’aura évidemment pas le temps de mettre en pratique les 12 autres chapitres de son programme que nous résumons :

 

«  Le gouvernement estime que la sécurité nationale est indispensable pour les développements, par conséquent, mettra en œuvre des mesures efficaces pour maintenir la sécurité nationale par l'armée royale en fonction de la situation économique nationale, pour supprimer les menaces nationales, directes ou indirectes, et soutenir l'indépendance du pays. En outre, le gouvernement doit améliorer l'efficacité de la sécurité nationale, encourager la compréhension par le public de l'armée, améliorer le bien-être militaire …. »

«  Le gouvernement doit maintenir la stabilité financière, augmenter les revenus et le bien-être des agriculteurs, des travailleurs et de la majorité des citoyens thaïlandais, et, à cet égard, mettre en œuvre une politique de réforme fiscale et de la justice sociale ».

« La politique étrangère doit préserver la souveraineté et l'intégrité du pays. À cet égard, le gouvernement doit respecter la charte des Nations Unies et collaborer avec elles …. En outre, le gouvernement doit soutenir la coopération régionale en particulier avec les pays membres de l'Association des Nations du Sud-Est asiatique, afin de parvenir à la paix, la stabilité, le développement économique et social, les progrès régionaux et le bien-être de tous ».

«  Le gouvernement doit augmenter la productivité agricole …. Maintenir un prix raisonnable aux produits agricoles pour augmenter le revenu et le niveau de vie des agriculteurs ».

«  Le gouvernement doit améliorer, développer et soutenir les transports, en particulier sur eau, qui est le moins cher des modes… »

« Le gouvernement doit élargir les marchés nationaux et étrangers, en fonction de la productivité agricole et industrielle. En ce qui concerne la consommation de biens essentiels, le gouvernement doit maintenir la stabilité des prix, assurer la justice sociale pour les producteurs et les consommateurs … ».

« Le gouvernement doit protéger la population … »

« Le gouvernement doit préserver la légalité, respecter la liberté des juges royaux et favoriser les institutions judiciaires… »

«  Le gouvernement doit améliorer l'efficacité du système de santé… »

« Le gouvernement doit améliorer la productivité industrielle pour diminuer les importations et les exportations, prévenir et réprimer productions toxiques industrielles ».

«  Le gouvernement doit soutenir la liberté et la responsabilité des universités…. En outre, le gouvernement doit encourager la collaboration entre les étudiants et les organismes gouvernementaux, soutenir le rôle des universités dans la diffusion du concept d’administration démocratique avec le roi comme chef de l'Etat. »

«  En ce qui concerne la politique économique, le gouvernement doit mettre en œuvre des mesures efficaces, en conformité avec les plans économique et social national, afin de gérer et de distribuer les ressources nationales, en mettant l'accent sur les problèmes urgents en particulier dans les zones les plus touchées … »

 

Ce sont là de fort belles déclarations d’intention sans que soit donnée la moindre précision sur les moyens de mener cette politique à bien. Mais le gouvernement ne parviendra pas même à régler le premier dispositif de son programme, à savoir la rédaction d’une constitution démocratique.

 

Il eut en effet dès le début, à faire face à de graves problèmes.

 

La liberté retrouvée a déclenché une vague de grèves sans précédent. D’où augmentation des salaires, montée des prix et mise en route de l’inflation : 20 % en 74, contre 5 % en 73. 

229-1 - LES ÉVÉNEMENTS POLITIQUES DE 1973 A 1976 : DU 14 OCTOBRE 1973 AU 6 OCTOBRE 1976, TROIS ANS DE CHAOS : PREMIER ÉPISODE.

Par malchance pour le nouveau gouvernement civil, c’est aussi à ce moment qu’intervient sur la scène mondiale le problème du choc pétrolier qui éclate le 16 octobre 1973.

229-1 - LES ÉVÉNEMENTS POLITIQUES DE 1973 A 1976 : DU 14 OCTOBRE 1973 AU 6 OCTOBRE 1976, TROIS ANS DE CHAOS : PREMIER ÉPISODE.

De leur côté, les étudiants ne restent pas inactifs. Forts de leur succès, ils ont acquis -ou se sont arrogés non sans forfanterie -  le droit quasi officiel –- d’être les « éducateurs du peuple » en fait de démocratie. Ils visitent les villages et organisent des sessions. Au début, tout se passe bien mais la masse des étudiants se trouva vite débordée par des activistes qui transformaient les tournées de formation en propagande de gauche. Assez rapidement, il y eut des plaintes. Certains villages les mirent même à la porte, quelquefois de vive force. Peu à peu l’opinion publique se monta contre eux. Et quand, un peu plus tard, (en 1975-76), l’armée aura repris en main les villages par le moyen de l’organisation des « scouts villageois », c’est la population elle-même qui sera devenue le fer de lance de la répression anti-étudiants, sans qu’on ait eu besoin de les y pousser beaucoup. Par ailleurs, les manifestations des étudiants ne cessent pas : contre la proposition d’un Sénat nommé en premier lieu, contre la visite du Premier Ministre japonais Tanaka en janvier 1974 (4) et contre la présence américaine. Ils marquent aussi des points en mettant au jour une affaire louche de C.I.A. à Sakonnakhon, après avoir monté l’opinion, en novembre, contre l’ambassadeur US, William Kintner, ancien employé de la C.I.A. En ces occasions, ils ont su jouer de la susceptibilité des Thaïs en matière d’indépendance. La révélation d’un autre scandale est aussi à leur actif : En janvier 1974, le village de Ban Na Sai, dans le Nord-Est, a été brûlé, et ses habitants tués. La version officielle parle d’une attaque des communistes. Or, il fut prouvé que la réalité était tout autre : les auteurs sont les soldats des forces gouvernementales, et l’enquête révèle que ce n’était pas un cas isolé. Une autre opération de répression sanglante, également révélée par Thirayut Boonmee, fut appelée le « red drum murders » (5).

 

De là les manifestations des étudiants qui ont seuls dénoncé ces opérations assassines contre le « Communist Suppression Operation Command » (กองอำนวยการรักษาความมั่นคงภายในราชอาณาจักร)

229-1 - LES ÉVÉNEMENTS POLITIQUES DE 1973 A 1976 : DU 14 OCTOBRE 1973 AU 6 OCTOBRE 1976, TROIS ANS DE CHAOS : PREMIER ÉPISODE.

Du côté de l’administration rien ne va plus. Les hauts fonctionnaires de l’ancien régime sont restés en place et la bureaucratie gouvernementale continue à fonctionner sur la base du favoritisme et de la corruption. Aux prises avec toutes ces difficultés, Sanya offre sa démission à plusieurs reprises. Mais le Roi le persuade de rester. Cependant, le 22 mai 1974, les discussions sur la Constitution provoquent une « crise grave », et Sanya démissionne (6).

A suivre…

 

SOURCES

Nous avons utilisé d’abondance le site germanophone « Chronik Thailand », très évènementiel,  de Alois Payer sur les années concernées :

http://www.payer.de/thailandchronik/chronik1973.htm

http://www.payer.de/thailandchronik/chronik1974.htm etc.....  

Et l’ouvrage tout aussi évènementiel « Chronicle of Thailand: Headline News Since 1946 » de  Nicholas Grossman.

 

Ces trois années troubles ont fait l’objet d’un remarquable travail de synthèse (Rapport n° 1869 à destination de leur hiérarchie) de quatre prêtres des missions étrangères, les R.R.P.P Pierre Dupont, Georges Rassinier, Auguste Tenaud et Monseigneur Germain Berthold, évèque d’Ubon.

 

NOTES

 

(1) Après le massacre des étudiants à l'Université Thammasat, Thirayuth qui a alors 26 ans, ainsi que beaucoup d'autres étudiants et intellectuels prend le maquis dans les bastions communistes de la jungle. Il y devient de plus en plus virulent contre le régime notamment dans les émissions de radio. Après la dissolution du CPT, il se rangea dans la vie civile comme « intellectuel de gauche » (ce mot a-t-il un sens en Thaïlande ?) et devint professeur de sociologie à Thammasat.

 

(2) Voir son éloge funèbre dans Journal de la Siam society (1976-II).

 

(3) Voir le site du CPB qui gère la fortune de la famille royale et les propriétés de la couronne :  http://www.crownproperty.or.th/en

 

(4) Des milliers d'étudiants réservent au Premier ministre japonais Tanaka un accueil hostile à son arrivée à Bangkok pour une visite de deux jours : massés à l'extérieur de son l'hôtel, ils bloquent les entrées avec des bus et exigent départ immédiat. Ils ne se retirèrent qu’après que l'ambassadeur du Japon ait accepté une liste de demandes de leur part :  prêts japonais à la Thaïlande sans conditions – levée des quotas d'importation sur les produits thaïlandais - former tous les investisseurs japonais potentiels en Thaïlande à la tradition et la culture de la Thaïlande. Tanaka put sortir de son hôtel sous les sarcasmes et sous les cris « japanese go home ». La police n'est pas intervenue et seul un service d’ordre estudiantin munis de brassards a évité des débordements devant le « Japanese Trade Center »

229-1 - LES ÉVÉNEMENTS POLITIQUES DE 1973 A 1976 : DU 14 OCTOBRE 1973 AU 6 OCTOBRE 1976, TROIS ANS DE CHAOS : PREMIER ÉPISODE.

(5) Source : (SERAS) Southeast Review of Asian Studies Volume 36  (2014): 91--‐111  « Thailand’s Red Drum Murders Through an Analysis of Declassified Documents »  par MATTHEW ZIPPLE University of North Carolina at Chapel Hill. : Le détail de cette opération meurtrière dans la province de Phathalung restent flous (1000 morts ? 3000 morts ?).  Mais (curieusement) nous en connaissons le détail par les archives déclassifiées de la CIA. Les militaires du CSOC arpentent les villages de la province à la recherche de personnes dont les noms figuraient sur une liste noire des terroristes communistes ou  sympathisants connus et les « invitaient » à se rendre à leur campement pour interrogatoire. Si les soldats ne pouvaient pas localiser leur cible, ils arrêtaient les membres de la famille et les soumettaient à un interrogatoire poussé. Nous vous épargnons la description des tortures, l’une d’entre elle consistait à placer le suspect dans un tonneau métallique chauffé au rouge, d’où le nom de l’opération. En février, 1975 des membres du Centre national des étudiants effectuèrent une enquête et interrogèrent 809 villageois dont des membres de la famille avaient été assassinés, et conclurent à une estimation de 3.000 victimes. Le gouvernement ne nie pas mais cherche à minimiser l'importance des tueries : pas de plus de 100 personnes formellement convaincues de communisme. Une enquête officielle du ministère de l’intérieur conclut à 70 ou 80 morts. La participation des États-Unis à ces meurtres reste discutée mais il est établi que l’Ambassadeur en a eu connaissance. Une autre opération dans la province de Loei (bombardement d’un village au napalm) fait 300 morts.

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(6) Tous les renseignements sur les cabinets ministériels successifs, la liste des ministres et les déclarations de politique général du premier ministre sont accessibles sur le site gouvernemental officiel : https://www.soc.go.th/index.php

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