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  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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25 mai 2016 3 25 /05 /mai /2016 18:01
230. LA DICTATURE « CIVILE » DE THANIN KRAIVICHIEN (6 OCTOBRE 1976-20 OCTOBRE 1977.

Contexte.

 

La Thaïlande vient de vivre un chapitre important et mouvementé de son histoire entre  le 14 octobre 1973 qui vit la  fin de la longue dictature des maréchaux Thanom et Prapat (9 ans et 10 mois), après les manifestations étudiantes réprimées dans le sang et le coup d’Etat du 6 octobre 1976, qui mettait fin aux espoirs démocratiques, aux revendications sociales des ouvriers, des paysans et des étudiants. Ce nième coup d’Etat annonçait « la reprise en main » du pays par l’Armée, avec l’aide des mouvements d’extrême droite et paramilitaires, au nom « des trois Institutions sacrées du Peuple thaï » que sont la nation, le roi et le bouddhisme, dans le contexte international de la guerre du Vietnam et de  la guerre civile au Laos et au Cambodge.

230. LA DICTATURE « CIVILE » DE THANIN KRAIVICHIEN (6 OCTOBRE 1976-20 OCTOBRE 1977.

Notre précédent article vous a décrit l’échec de cette période de trois ans gouvernée par les civils Sanya Thammasak (Du 14/10/1973 au 15/02/1975) ;  

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Seni Pramot (Du 15/02/1975 au 14/03/1975) ; 

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Kukrit Pramot (Du 14/03/1975 au 20/04/1976) ; 

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... et de nouveau Seni Pramot (Du 20/04/1976 au coup d’Etat du 6 octobre 1976), qui loin de rétablir la « démocratie » dans « le calme et la sérénité » comme le souhaitait le roi, va être le théâtre de crises sociales, d’ assassinats politiques, de répressions policières, des combats des ouvriers, des étudiants , de la révolte des paysans, et de la « guerre » des militaires contre les zones contrôlés par les communistes.

 

(In 229 : En janvier 1975, le gouvernement donne les renseignements suivants : villages entièrement sous contrôle ou fortement sous contrôle communiste : 412. Villages sous influence sérieuse : 6.000, avec 3,9 millions de personnes (10 % de la population totale), dont 1,9 million dans le Nord-est et 1,3 million dans le sud »).

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Nous vous avons également montré les conséquences de la chute de Saigon et de Phnom Penh en avril 1975, avec la remise en cause de l’alliance avec les Etats-Unis, et la montée des mouvements nationalistes de droite, comme « Nawaphon », « Protection de la Nation », « Protection de la Justice », « l’éléphant Blanc », les « Red Gaurs », qui voulaient en découdre avec les mouvements de gauche, les étudiants, et surtout les communistes qui  menaçaient « réellement » le pays. Nous vous avons donné quelques exemples de ces luttes pendant que l‘armée en 1975-76 reprenait l’offensive avec l’aide des « scouts villageois », contre les villages contrôlés par les activités étudiantes et/ou communistes.

230. LA DICTATURE « CIVILE » DE THANIN KRAIVICHIEN (6 OCTOBRE 1976-20 OCTOBRE 1977.

La campagne pour les élections (janvier - mars 1976) va exacerber les positions et les luttes engagées, au milieu d’affaires de corruption, de grèves, d’exactions de policiers, de généraux qui protestent, et des violences des groupes d’extrême droite … Les élections du 4 avril 1976 seront très différentes de celles de janvier 1975 et verront la victoire de la droite, mais « le parti démocrate, vainqueur à la majorité relative, ne pourra former un gouvernement majoritaire qu’avec l’appui des partis militaires. 

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On en reviendra donc à un gouvernement de Seni Pramot (21 avril - 23 septembre 1976) de coalition hybride civile - militaire, comme le précédent ! » (In 229) et tout aussi inefficace que le précédent, empêtré dans ses divisions politiques, pendant qu’une lutte sans merci s’engagera entre la « gauche » (les ouvriers et les paysans syndiqués, les étudiants radicalisés, les communistes) et les mouvements nationalistes et paramilitaires, soutenus par une propagande militaire très virulente à la radio, comme celle de la station de l’unité des blindés « Yan Kro » ou celle du bonze Kittivudho Bhikkhu par exemple pour qui un bon communiste est un communiste mort.

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Le retour des maréchaux exilés Praphat (Le 19 août) et Thanom (Le 19 septembre)  va mettre le feu aux poudres, provoquant des manifestations étudiantes et des actions violentes des « Red Gaurs », qui entraînera la démission du gouvernement Séni le 23 septembre 1976. Celui-ci tentera bien de reformer un autre gouvernement le 25 septembre 1976, mais les désaccords et les divisions demeuraient et la propagande anticommuniste et anti-étudiante était encore plus virulente, Ainsi la station Yan Kro, et le « Réseau », par la voix du colonel Uthan, lanceront les 4, 5 et 6 octobre,  des appels aux groupes de « Scouts Villageois » de province à venir à Bangkok pour « balayer » les étudiants hors de Thammasat, et purger ainsi le pays des communistes.

 

Nous vous avons également raconté dans notre précédent article, les manifestations et les événements tragiques qui se sont déroulés du  2 au 5 octobre avec en point d’orgue, ceux du  6 octobre, où des mouvements de droite et d’extrême droite au milieu de la « foule » avec sinon la complicité de la police, du moins son inertie, vont en découdre avec les étudiants retranchés  à l’université de Thammasat. Le bilan sera « officiellement » de 46 morts dont 2 policiers, 190 blessés dont 10 policiers. 3.300 étudiants arrêtés dont 640 étudiantes environ. D’autres sources annonceront des centaines de morts.

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Le coup d’Etat du 6 octobre1976.

 

A 19 heures, l’amiral  Sangad Chaloyoo annonçait à la radio le coup d’Etat, la mise en place du « Conseil National de Réforme Administrative », avec l’installation de  la loi martiale dans tout le pays.

230. LA DICTATURE « CIVILE » DE THANIN KRAIVICHIEN (6 OCTOBRE 1976-20 OCTOBRE 1977.

La télévision et la presse nationale et internationale relateront cet événement tragique avec force images et photos de scènes atroces, d’étudiants abattus, achevés à terre, lynchés, brûlés …

 

Ainsi par exemple le journal « Le Guardian » du 7 octobre 1976 titrait : « Brutal thai coup »  (***).

230. LA DICTATURE « CIVILE » DE THANIN KRAIVICHIEN (6 OCTOBRE 1976-20 OCTOBRE 1977.

(La quantité d’articles, de lettres, de récits, publiés dans la presse à propos des événements du 6 octobre et du procès des étudiants, est énorme. Cf. En note ****)

 

Le journal reprenait les déclarations faites à la télévision : le couvre-feu imposé à Bangkok de minuit à 5 heures ; le premier ministre Seni Pramot arrêté ; la constitution de 1974 abolie ; les partis politiques interdits ; les journaux interdit de publication ; la radio et la télévision soumis à la censure ; les commerçants interdit d’augmenter les  prix de leurs produits ; la loi anti-communiste, supprimée il y a 24 ans, réintroduite ; la littérature communiste bannie …

 

Le journal rappelait une annonce de l’amiral Sangad faite également à la télévision, qui assurait que les militaires ne voulaient pas le pouvoir et allaient rétablir la « démocratie » sous l’autorité du roi … dans le futur ! Il justifiait le coup d’Etat des militaires par le fait qu’un groupe d’étudiants avait insulté le roi et résister à leurs arrestations en utilisant des armes de guerre fournis par les terroristes vietnamiens communistes ! Il reprochait à la coalition du gouvernement Seni d’avoir mis la barre trop  à gauche et mis ainsi en danger le pays. Il déclarait qu’il avait agi pour la survie du pays et pour éviter que la Thaïlande tombe sous les coups de l’impérialisme communiste. L’amiral ne fera aucune référence à la violence brutale exercée contre les étudiants mais mentionnera  la mort de civils et de policiers.

 

 

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L’article se terminait en disant que désormais la lutte anticommuniste était le principal objectif du gouvernement et signalait que de nombreux étudiants relâchés avaient rejoint les rangs de l’insurrection dans le Nord-Est du pays.

 

De fait, les 23 généraux et amiraux du coup d’état du 6 octobre s’étaient organisés en « Conseil National de Réforme Administrative », avec pour but de sauver le pays du communisme et d’enseigner, par étapes, la vraie démocratie au peuple thaï. (sic)

 

Le préambule de la Constitution publiée le 22 octobre  confirmait :

 

« Le Conseil National de Réforme a averti le roi qu’un groupe de personnes a exercé des activités qui étaient dommageables à la sécurité du royaume et du trône, ainsi qu’à l’économie nationale. Ces activités ont atteint leur sommet dans les violentes émeutes du 6 octobre, qui ont mis en danger l’Etat et la nation. C’est pourquoi le Conseil a pris le pouvoir et abrogé la Constitution du royaume (celle de 1974).


Le peuple a montré clairement sa foi en un régime démocratique avec le roi comme chef de l’Etat, parce qu’il est le meilleur et le plus apte, pour la Thaïlande, à promouvoir la sécurité nationale et le bonheur public. Cependant, pendant les quarante années passées, cette forme de gouvernement n’a pas atteint les résultats souhaités par le peuple, du fait qu’elle manquait de la structure adéquate, préalablement nécessaire à un développement, étape par étape, de la démocratie. Ceux qui avaient été élus plaçaient leur intérêt personnel au-dessus des intérêts nationaux et ont causé l’échec de la démocratie, en menant la nation au bord du désastre. Il devint alors impératif de sauver la démocratie en planifiant progressivement son développement, par le moyen d’une réforme de l’Administration nationale. Les objectifs de cette Constitution provisoire sont la sécurité nationale et le bonheur du peuple, en maintenant les institutions essentielles du pays : Nation, Religion et Royauté ».

 

(C’était la 10 ème constitution depuis 1932. Elle sera abolie le 20 octobre 1977. Elle ne durera donc que 11 mois et 28 jours ! On peut noter que jusqu’à nos jours, les coups d’Etat militaires sont toujours réalisés pour rétablir l’ordre, sauver la démocratie, au nom du roi, de la Nation et du Bouddhisme ! )                                    

230. LA DICTATURE « CIVILE » DE THANIN KRAIVICHIEN (6 OCTOBRE 1976-20 OCTOBRE 1977.

Le gouvernement Thanin Kraivichien (ธานินทร์ กรัยวิเชียร)  (8 octobre 1976 - 19 octobre 1977).

 

Thanin Kraivichien, un civil, est donc nommé premier ministre par décret royal du roi Rama IX le 8 Octobre 1976. A-t-il été choisi par le Conseil des généraux, institution suprême du nouveau régime, ou par le roi comme le pensent certains.

 

C’est un homme du sérail. Il a 50 ans. Son père était propriétaire de l’une des plus grandes boutiques de prêt sur gage à Bangkok. Il étudie le droit à Thammasat dont il sort diplômé en 1948. Il se rend ensuite à la « London School of Economics » poursuivre ses études de droit. Il est diplômé en 1953, et en 1958, est inscrit au barreau de Gray Inn. Il y épouse une danoise. Après son retour en Thaïlande en 1954, il travaille au ministère de la justice, devint juge et rapidement président de la Cour suprême de Thaïlande.

 

En parallèle, il  enseigne le droit à Thammasat, à Chulalongkorn et à l'association du barreau Thaï. Il est l’auteur à cette époque de nombreux ouvrages dénonçant les méfaits du communisme. Après le soulèvement démocratique contre la dictature militaire en 1973, il devient membre de l'assemblée législative « de transition » nommé par le roi. Il est également membre du mouvement Nawaphon. Il anime aussi une émission de télévision dans laquelle il attaque le communisme, le mouvement des étudiants, et les politiciens progressistes.

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Il forme son gouvernement le 22 Octobre 1976.

 

Les militaires y sont minoritaires mais occupent des postes importants : Le Général Boonchai Bamrungphong (บุญชัย เบญจรง) est vice-premier ministre et l’amiral Sangad Chaloryu (สงัด ชลออยู่) organisateur du coup d’état d’octobre 1976 est ministre de la défense. C’est le premier cabinet de l’histoire à comporter des femmes : « Khunying » Lursakdi Sampatisiri (เลอศักดิ์ สมบัติศิริ) devient ministre des transports (elle est l’une des femmes les plus riches de Thaïlande, propriétaire de chaînes d’hôtel de luxe et de plusieurs compagnies de transport !) ...

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et Wimolsiri Chamnarnvej (วิมลศิริ ชำนาญเวชa la charge des universités.

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Sa déclaration de politique générale devant le conseil des ministres le 29 octobre est semblable à beaucoup d’autres : Maintien de la trilogie « nation, Religion, Roi »,  sécurité nationale, maintenir l'indépendance du pays et sa souveraineté, supprimer toute menace extérieure, prévenir et réprimer le communisme, la corruption, les malversations, la fabrication et le trafic de stupéfiants, éradiquer la pauvreté, assurer l’indépendance de la Justice, etc ; mais avec une spécificité :  l’annonce d’un retour à la démocratie …………. dans les 12 ans.

 

L’action gouvernementale sera impitoyable contre tous les opposants.

 

De fait, le parlement sera dissous, les partis politiques interdits, les manifestations interdites, les communistes pourchassés, ainsi que les membres actifs des syndicats, des associations d’étudiants progressistes et des paysans. Beaucoup craignant pour leur vie iront rejoindre la guérilla communiste principalement dans le Nord-Est. (Environ 3.000, dit-on. Dans les semaines qui suivent le 6 octobre, une soixantaine de professeurs d’universités, qui se sentaient eux aussi menacés, partent à leur tour.)


Thanin,  comme le maréchal Sarit en son temps, encouragera pour l’exemple, les procès expéditifs des grands criminels. Les fonctionnaires et les enseignants suspects seront renvoyés et/ou subiront des cours d’endoctrinement anti-communistes.

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01Mais Thanin outre le contrôle des médias (Une trentaine de quotidiens sera supprimée) et une censure stricte appliquée, s’en prendra aussi à la littérature en envoyant, dès son entrée en fonction, la police des forces spéciales dans les librairies notoirement libérales, pour se saisir des livres jugés dangereux. 45.000 livres dit-on, seront confisqués et/ou brûlés (Parmi lesquels ceux de Thomas More, George Orwell et Maxime Gorki, dit-on). La police procédera aussi à de nombreuses fouilles  de bureaux et de maisons.

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Thanin, un civil certes, mais un dictateur impitoyable, salué par les uns pour sa politique de « Paix et d’Ordre », et abominé par d’autres, qui considèrent que son gouvernement a été le plus noir de toute l’histoire récente.

 

Mais les mesures répressives et sa campagne anticorruption, outre le fait de s’aliéner de nombreux secteurs de la vie économique, sociale et culturelle, menaçaient les intérêts des milieux d’affaires et des militaires eux-mêmes, sans oublier les « corrompus ».

 

Certes Thanin se révéla très habile, et  sut exploiter, pendant un temps, les divisions à l’intérieur de l’armée en s’appuyant sur les quelques généraux qui demeuraient ses amis. Mais il avait fort à faire, car ses ennemis les plus acharnés, un groupe de jeunes officiers, connus sous le nom de « Jeunes Turcs » ne cessera pas  de critiquer et de contester ses actions gouvernementales. « Ils font paraître régulièrement des communiqués politiques dans la revue hebdomadaire « Tawan Maï » qui leur sert de tribune pour la diffusion de leurs idées » ( In MEP Rapport 1879****).

 

Le mouvement des « Jeunes Turcs » ?

 

Comme il n’est pas aisé de présenter l’origine et l’action  de ce mouvement de façon précise, -au stade de nos recherches actuelles  pour cet article-, il vaut mieux en rester à la présentation qu’en font Chris Baker et Pasuk Phongpaicht, dans leur « A history of Thaïland », pp. 237-238.

 

Après le coup d’Etat d’octobre 1976, l’armée reprend donc le pouvoir, après 40 ans de domination dans la vie politique du pays, interrompue par seulement deux petites périodes « démocratiques ». Mais l’impact de l’aide et de l’alliance avec les Américains et son arrêt en 1975 va prendre des formes diverses. Le nombre des généraux a considérablement augmenté (près de 1000) et a provoqué une sérieuse concurrence et rivalité entre eux. Si de 1930 à 1950, la 1ère armée a su contrôler le pouvoir, elle  a dû ensuite faire face à de multiples centres de pouvoir, comme par exemple  les armées provinciales qui ont vu leur statut et leur taille changés en raison de l’insurrection et le nouveau centre stratégique, l’ISOC (The Internal Security Operations Command). Leurs luttes pour le pouvoir politique a politisé toute l’armée et également les jeunes officiers. Les journaux de l’armée ont publié leurs débats et leurs interrogations sur le rôle que devrait jouer l’armée, face au peuple et au communisme.

230. LA DICTATURE « CIVILE » DE THANIN KRAIVICHIEN (6 OCTOBRE 1976-20 OCTOBRE 1977.

Un groupe formé de 90 jeunes officiers vont se réunir sous le nom de Khana thathan num surnommé les « Jeunes Turcs » au début des années 1970 pour faire entendre leur voix et devenir une « force politique »  à la fin des années 1970. La plupart d’entre eux ont été entraînés par les Américains et ont combattu au Vietnam. Ils n’étaient pas qu’anticommuniste(Beaucoup seront impliqués dans la répression du 6 octobre)mais aussi anticapitalistes.

230. LA DICTATURE « CIVILE » DE THANIN KRAIVICHIEN (6 OCTOBRE 1976-20 OCTOBRE 1977.

Ils estimaient que les paysans étaient les producteurs et la colonne vertébrale de la nation, et que le communisme n’avait prospéré que par la voracité des capitalistes, qui avaient causé la misère du peuple, mais aussi détruit la nation et les institutions. Les hommes d’affaires avaient même réussi à manipuler les élections. Ils pensaient que c‘était le droit et le devoir des militaires d’intervenir pour que cela cesse. Ils estimaient que la corruption provenait des relations établies entre les hommes d’affaires et les militaires à l’instar de Thanom et Prapat. Ils joueront un rôle dans les coups d’Etats de 1976 et de 1977.

 

Nota.

 

Nous sommes conscient des limites de cette présentation des « jeunes Turcs » qui est pourtant celle de deux éminents historiens reconnus que sont Chris Baker et Pasuk Phongpaicht. Il faudra revenir sur le rôle des différentes factions de l’armée qui se disputent le pouvoir. Il y aura ensuite celle des « Soldats démocratiques » (Thaban prachathippatai) dont beaucoup venaient de l’ISOC et dont un des principaux leaders  Chavalit Yongchaiyudh jouera un rôle important dans l’histoire de la Thaïlande .. commandant en chef de l'Armée royale thaïlandaise ; ministre de la défense et vice-1er ministre ; et en 1996, premier ministre. 

230. LA DICTATURE « CIVILE » DE THANIN KRAIVICHIEN (6 OCTOBRE 1976-20 OCTOBRE 1977.

Nous le retrouverons donc) ; et puis la classe 5 de l’Académie militaire … La lecture de « The military in thai politics 1981-1986 » de Suchit Bunbongkarn, nous aidera sûrement à comprendre le rôle des différentes factions dans le jeu politique thaïlandais. La lecture du livre « Armée du Peuple, Armée du roi. Les militaires face à la société en Indonésie et en Thaïlande », de Arnaud Dubus et Nicolas Revise (Cf. Nos articles 82 et 83) nous avait déjà permis d’apprendre que l’armée n’était pas monolithique, que les rivalités entre les différentes armes, les factions à l’intérieur de chacune, animaient la vie politique et leur prise de pouvoir lors des nombreux coups d’Etat depuis 1932.

 

Nous avions donc depuis 1970, avec « les jeunes Turcs », un nouvel avatar original : des militaires anti-capitalistes ! Du moins, dans leur idéologie affichée.

 

Toujours est-il, qu’ils sont nombreux en 1977 à vouloir le départ de Thanin.

 

Les jeunes Turcs tentent un premier complot en mars 1977 qui avorte. Thanin essaye bien par le jeu des promotions de se trouver des alliés parmi les généraux,  mais il échoue à nommer son favori – un amiral- au poste de Commandant Suprême de l’Armée à cause de l’opposition de l’armée de terre. Le poste revint finalement au général Kriengsak, qui va ouvertement critiquer le gouvernement. Il ne sera pas le seul. (Cf. un article de la MEP ;  rapport 1879 *****)

 

Le 22 septembre, un attentat a lieu contre le roi et la reine au cours d’une cérémonie royale dans la province de Yala.  Deux bombes artisanales ont explosé à une cinquantaine de mètres de la tribune royale, blessant quarante-trois personnes. Saisissant cette occasion, des groupements de droite provoquent des manifestations dirigées contre le ministre de l’Intérieur, l’ambitieux Samak Sundaravej (Il avait battu Kukrit Pramoj aux élections. Il sera premier ministre 29 ans plus tard, du 29/01/2008 au 09/09/2008).

230. LA DICTATURE « CIVILE » DE THANIN KRAIVICHIEN (6 OCTOBRE 1976-20 OCTOBRE 1977.

Le but de la manœuvre était de le rendre responsable de l’attentat, ainsi que le gouvernement, par son incapacité à assurer efficacement la protection du roi. On espérait par-là vaincre l’opposition du roi à l’éviction de Thanin, ou au moins, de le forcer à démissionner.

 

Il faut attendre le 14 octobre, pour qu’un groupe d’officiers du mouvement des « Jeunes turcs » lance un ultimatum demandant la démission de neuf ministres. Thanin refusa. Le 18 octobre, Kriengsak rencontre Thanin et le met en demeure d’accepter la démission des neuf ministres ou de démissionner lui-même. Thanin s’entête et refuse encore.

 

Les « Jeunes Turcs » décident alors de fomenter un coup d’Etat, mais à la condition formelle que Kriengsak devienne Premier ministre. Mais le général adjoint du chef de l’armée de terre, change de bord au dernier moment et se met à soutenir l’amiral Sangad, qui rappelons-le est le chef du « Conseil National de Réforme Administrative » dirigeant le pays avec le gouvernement Thanin.

 

L’amiral prend de vitesse les « Jeunes Turcs » et annonce à la radio, le nouveau coup d’Etat  le 20 octobre 1977. Il informe le roi du changement de pouvoir, mais celui-ci –apprend-t-on- le reçoit très froidement et manifeste son mécontentement.

 

Mais les « Jeunes Turcs » sont furieux et s’opposent catégoriquement à ce que l’amiral Sangad devienne Premier ministre. Il fallut alors attendre vingt et un jours pour que le 11 novembre 1977, les deux factions se mettent d’accord sur un compromis qui délimitait une délicate balance de pouvoir. Sangad et ses généraux, constitués cette fois en Conseil Politique, restaient l’instance suprême du régime, avec pouvoir cette fois de démettre le Premier ministre. Et le général Kriengsak devint premier ministre et ministre de l’Intérieur, tout en conservant son poste de Commandant Suprême de l’Armée.

230. LA DICTATURE « CIVILE » DE THANIN KRAIVICHIEN (6 OCTOBRE 1976-20 OCTOBRE 1977.

Les militaires justifièrent leur intervention en affirmant que le gouvernement de Thanin avait divisé le pays, et ne bénéficiait d’aucun soutien public, et que la situation économique avait empiré. Ils n’hésiteront même pas à dire  que la population était hostile à la suspension à long terme de la démocratie.

 

Le roi Bhumibol nomma immédiatement Thanin à son Conseil privé.

 

Nous venions d’assister à une dictature « civile » entre deux coups d’Etat. (6 octobre 1976- 10 octobre 1977). Allions-nous aller vers un retour de la « démocratie », si souvent  évoquée et si rarement vécue ? En tous cas, un nouveau chapitre de l’histoire allait s’écrire …

230. LA DICTATURE « CIVILE » DE THANIN KRAIVICHIEN (6 OCTOBRE 1976-20 OCTOBRE 1977.

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*Cf. Notre article 228. « COMPRENDRE LA RÉVOLTE POPULAIRE DU 14 OCTOBRE 1973 EN THAÏLANDE QUI MIT FIN À LA DICTATURE DU MARÉCHAL THANOM. »

 

** Notre article 229 : « LES ÉVÉNEMENTS  POLITIQUES DE 1973 A 1976 : DU 14 OCTOBRE 1973 AU 6 OCTOBRE 1976, TROIS ANS DE CHAOS » :

 

http://www.alainbernardenthailande.com/2016/05/229-1-les-evenements-politiques-de-1973-a-1976-du-14-octobre-1973-au-6-octobre-1976-trois-ans-de-chaos-premier-episode.html

 

http://www.alainbernardenthailande.com/2016/04/229-2-les-evenements-politiques-du-14-octobre-1973-au-6-octobre-1976-trois-ans-de-chaos-suite.html

 

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/asie-pacifique/article/2014/06/03/le-coup-d-etat-une-specialite-thailandaise_4430619_3216.html#1zyj6gd0zQ1ipTti.99

 

URI : http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article3073 Histoire des  luttes populaires > La gauche thaïlandaise et le PCT…

 

***Le journal « Le Guardian » du 7 octobre 1976 « Brutal thai coup » : http://www.theguardian.com/theguardian/1976/oct/07/fromthearchive

 

**** Ces événements du 6 octobre 1976 ont profondément divisé le pays.

 

Cette division s’est manifestée tout particulièrement à l’occasion du procès des étudiants. Les milieux civils et religieux (catholiques compris) ont été fortement secoués par cette affaire. Les trois mille étudiants arrêtés à Thammasat furent relâchés au cours des mois suivants, après examen de leur cas personnel. Les autorités n’en retiennent que 18. Onze mois après leur arrestation, ils sont formellement accusés : neuf chefs d’accusation sont retenus, dont celui d’activités communistes. En raison de la loi martiale, le procès doit avoir lieu à huis clos, sans avocats, devant un tribunal militaire. Mais, dès le début, la pression internationale oblige les autorités à accepter que le procès soit public. La première audience eut lieu le 5 septembre 1977. Des observateurs de différentes ambassades y assistent. Une foule de plusieurs milliers de personnes, dont leurs camarades de classe, sont là pour les acclamer.

 

Mais, à peine six semaines plus tard, a lieu le coup d’Etat qui renverse Thanin. Le procès ne put reprendre que quatre mois plus tard. Or, pendant ces quatre mois, la situation évolue en faveur des accusés et se retourne contre leurs accusateurs.


La quantité d’articles, de lettres, de récits, publiés dans la presse à propos des événements du 6 octobre et du procès, est énorme. Or, ce qui s’écrit dans la presse devient, au fil des mois, une accusation de plus en plus précise contre les assassins des étudiants. Face à cette situation, suivie de très près à l’étranger, les autorités perdent pied peu à peu. Elles acceptent d’abord l’assistance d’avocats ; puis, voyant la mauvaise tournure que prennent les choses, elles sont acculées à l’amnistie.


L’accusation avait retenu 82 témoins. De ceux-ci, 9 seulement auront été interrogés au cours des 35 séances que dura ce procès inachevé. Il aurait pu durer dix ans. Les deux dernières audiences, celles des 7 et 13 septembre 1978, eurent lieu dans un climat de déroute. Les deux témoins de l’accusation n’osent plus parler ; ils ne savent plus rien, ils ont tout oublié. Ce qu’ils savent en réalité, et ont bien compris, c’est que sous peu ce sont eux qui seront accusés par l’opinion publique. Au début de septembre, en effet, la presse est prête à faire des révélations sur les vrais responsables de l’assassinat des étudiants. En fait, nul n’ignore déjà qu’il s’agit des chefs du mouvement « Scouts villageois ». Alors Kriengsak préfère arrêter ce procès devenu par trop dangereux. Le 15 septembre 1978, il fait voter par l’Assemblée une loi d’amnistie. Mais cette loi ne trompe personne : l’amnistie ainsi accordée concerne bien plus les assassins des étudiants que les 18 en principe en cause. En effet, la loi stipule que « toutes les actions commises par qui que ce soit durant les événements des 4-6 octobre 1976, sont amnistiées, et que toute accusation future en rapport avec les événements est irrecevable, en vertu de cette loi d’amnistie ». Les 18 étudiants furent libérés le lendemain. Ils étaient restés deux ans en prison. Mais durant ce procès, et à cause de lui, beaucoup de mal fut fait à ceux qui cherchaient à aider les 18 accusés. Citons le cas du Docteur Koson, président de la « Church of Christ ». Ayant écrit une lettre à Thanin pour lui demander un procès équitable, sa démarche fut jugée de caractère politique par certains groupements protestants. Son cas provoqua de vives discussions dans la presse sur la non-ingérence de la religion dans la politique. Finalement, Koson dut démissionner. Citons encore le cas de
Il y a aussi le cas de Mgr Bunluen, évêque d’Ubon. Membre du comité directeur du « Groupe de coordination pour la religion et la société », il signa plusieurs lettres au nom du groupe, demandant à Kriengsak d’amnistier les 18, comme il l’avait fait pour les auteurs du coup d’Etat manqué du 25 mars 1977 dans un but de réconciliation nationale. Mgr Bunluen fut violemment attaqué pour cette démarche, à l’intérieur de la communauté catholique.

 

*****http://archives.mepasie.org/actualites, Missions Etrangères de Paris (MEP) Rapport 1879 :

 

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Published by grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-b - dans "Notre" Histoire de la Thaïlande
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