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  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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28 mai 2016 6 28 /05 /mai /2016 18:07
A 214.3 -  L’ARCHITECTURE RELIGIEUSE SIAMOISE ET SON HISTOIRE. III - LES AUTRES BÂTIMENTS.

Nous avons consacré nos précédents articles aux bâtiments les plus sacrés de l’enceinte du temple, les saints Chédis contenant des reliques de Bouddha et les Ubosot, chapelles d’ordination ou se déroule la cérémonie d’ordination des moines, l’une des plus importantes du bouddhisme (1). Un temple (Vat วัด) est un ensemble complexe clos par un mur à l’intérieur duquel sont alignés les cénotaphes contenant l’urne ayant recueilli les cendres des défunts. Tous les temples ne comportent pas de chédi ou de stupa compte tenu à la fois du coût de la construction puisqu’ils sont toujours majestueux et de la difficulté à se procurer des reliques. Tous non plus ne comportent pas de chapelle d’ordination dont la construction nécessite l’autorisation royale et un minimum de moines permanents par l’intermédiaire du département des affaires religieuses, aussi on construira  le plus souvent un Vihan (วิหาร), surtout dans nos temples de province.

 

Vihan en construction en 2003 (temple de Plaïlaem à Koh Samui) :

A 214.3 -  L’ARCHITECTURE RELIGIEUSE SIAMOISE ET SON HISTOIRE. III - LES AUTRES BÂTIMENTS.
 

LE « VIHAN »

 

Le Vihan, parfois transcrit Vihara (forme sanscrite) est une salle de réunion et de prière dont la construction ressemble souvent à celle de l’Ubosot, mais elle n’est pas entourée des bai séma qui marquent l’enceinte sacrée. C’est la salle qui accueille les laïcs pour les cérémonies religieuses en présence des prêtres et celles où ils viennent prier. C’est donc un lieu de prêches, de prières et de méditations Il abrite évidemment une ou plusieurs statues de Bouddha et comporte éventuellement une galerie où sont également érigées ces statues.

 

Historiquement à l’époque de Sukhothai les artistes se contentaient de quatre positions classiques : Bouddha assis jambes croisées « prise de la terre à témoin », par sa main droite, il exprime le moment suprême de sa victoire contre les forces du chaos avant d’atteindre le parfait éveil... 

A 214.3 -  L’ARCHITECTURE RELIGIEUSE SIAMOISE ET SON HISTOIRE. III - LES AUTRES BÂTIMENTS.
 

... Bouddha couché, Bouddha debout et Bouddha marchantElles montrent qu’il accomplissait ses activités quotidiennes avec dignité, une conscience et un contrôle parfait.

 

C’est sous le règne de Rama III (1824 – 1851) que les artistes imaginèrent de nouvelles positions et de nouveaux gestes pour illustrer les épisodes de sa vie. Pour tout bon bouddhiste, créer ou donner une image de Bouddha est un acte de mérite et les souverains protecteurs du bouddhisme n’y ont jamais manqué.

 

Le fondateur de la dynastie Rama Ier et son successeur Rama II ont surtout fait restaurer les statues ruinées des temples d’Ayuthaya et les ont fait transférer et installer dans les monastères de Bangkok et alentours. Rama III continua ce programme de restauration mais demanda à un dignitaire de l’église bouddhiste, le prince Paramanuchita Chinorasa (ปรมานุชิตชิโนรส), fils de Rama Ier, de collationner les textes bouddhistes et d’établir une liste illustrée des gestes ou attitudes pouvant servir d’exemple aux artistes. 

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Ces efforts se continuèrent sous Rama IV. Ils trouvent leur aboutissement dans les 80 statues de bronze de la galerie du Phra Pathom Chedi (พระปฐมเจดีย์) à Nakon Phatom (นครปฐม)monument découvert dans la jungle par Rama IV, qui le fit ensuite restaurer. Elles ont été offertes en 1983-84 par de pieux bouddhistes dont les noms sont inscrits sur les socles dans un style directement inspiré de Sukhothai et servent actuellement de modèle (2).

A 214.3 -  L’ARCHITECTURE RELIGIEUSE SIAMOISE ET SON HISTOIRE. III - LES AUTRES BÂTIMENTS.

Comme l’Ubosot, le Vihan est couvert d’une toiture télescopique aux acrotères crochues soutenue par des corbeaux en bois, représentant des figues mythiques (Nagas ou Garudas) qui semblent caractériser la dernière période de l'art hindou au Cambodge et au Siam. Les frontons et les encadrements des fenêtres et des portes, en bois ou en stuc avec de rutilantes sculptures polychromes ou parfois des incrustations de verroteries ou de faïence que l’on trouve nulle part ailleurs dans le monde bouddhiste. Remarquable similitude dans le temps ? Les ruines de Sachanalai (สัชนาลัย) et de Sukhothai montrent que les Vihan à toits multiples sinon télescopiques existaient déjà aux XIIIème et XIVème siècles et avaient des piliers stuqués et probablement aussi une ornementation de céramique fabriquée dans les célèbres fours de Sukhothai.

 

Les déductions de Fournereau ayant été effectuées au vu de ruines, tout ce qui était précieux ayant été pillé par les Birmans avant la mise à sac, il est évidemment difficile d’en savoir plus mais on put supposer que le goût actuel des Thaïs pour tout ce qui brille vient en droite ligne de leurs ancêtres siamois.

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Ces réalisations architecturales modernes ne sont pas toujours d’un goût assuré mais sont souvent d'une réelle grandeur et d'une richesse qui nous laisse à penser ce que devait être l'aspect des monuments d'Ayuthya avant leur dévastation. L’art est souvent raffiné, beauté des lignes et chatoiement des couleurs, portes et fenêtres en bois massif délicatement sculptées et polychromées de scènes représentant la vie de Bouddha. L'intérieur du temple est couvert de fresques et de panneaux muraux polychromes du même style. Ils sont l'œuvre d'artistes anonymes qui ont œuvré tels des bâtisseurs de cathédrales, virtuosité, qualité de l'inspiration, un magnifique témoignage de la vitalité de l'art thaï moderne, soigneusement étrangère à toute influence occidentale.

 

Artisan  au travail  dans le temple de Phralam à Maenam (Koh Samui) en 2008 :

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La beauté d’un temple réside moins dans son architecture toujours pyramidale mais dans les décorations des portes, des volets et des murs « et dans les toitures aux étages superposés, dont les tuiles à surface vernissée reflètent les mille feux du soleil, terminent leurs lignes courbes par des éperons dont les silhouettes dorées émergent de la verdure pour se dessiner sur le fond bleu du ciel » (Aymonier).

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Parfois aussi, une exception qui confirme encore la règle architecturale normative de la hiérarchie de Bangkok, surgit du sol un Vihan hors normes tel celui du temple de Dongraï (วัดดงไร่) à quelques kilomètres du site historique de Bangchiang (บ้านเชียง)  qui est posé comme une fleur de lotus d’un blanc immaculé au milieu d’un lac artificiel ...

 

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... et dont les parois intérieures sont ornées de fines peintures retraçant la vie de Bouddha.

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LE « MONTHOP »

 

Le Monthop  que l’on doit qualifier de « saint » (พระมณฑป phramontohp) parfois mal transcrit sous le terme de Mondop ou de Mandapa (forme sanscrit) se retrouve dans l’enceinte de certains temples. C’est un bâtiment autonome que l’on ne trouve pas dans tous les temples (probablement venu des Indes) qui abrite des objets sacrés sans que ce soient à proprement parler des « reliques » au sens strict.  Il abrite souvent (mais pas seulement) tel celui du Wat Phra Phutthabat (วัดพระพุทธบาท) à Saraburi (สระบุรี), une « sainte empreinte » du « pied de Bouddha » (Phra Phutthabat พระพุทธบาท).

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Ce bâtiment a été construit en 1624 par le roi Songtham (ทรงธรรม) d’Ayutthaya après sa découverte miraculeuse par un chasseur. 

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Les Siamois n’étaient point crédules au point de croire qu’elles sont la trace du pied de Bouddha lors de l’un de ses passages, d’autant que nous en trouvons partout en des endroits où incontestablement il n’est jamais passé. 

 

Ces divines empreintes sont fort différentes les unes des autres soit par leur taille (d’un petit mètre à plus de deux) soit par les nombreux signes dont elles sont ornées mais qui sont en principe et de façon immuable au nombre de 108. Ils sont de toute évidence d’origine liturgique sinon magique peut-être antérieure au bouddhisme puisque, aux Indes notamment, elles sont attribués à Vichnou dans une intention magique, mais on ne sait trop laquelle.  Elles sont pour les plus anciennes évidement impossibles à dater mais il s’en sculpte ou s’en moule tous les jours. Citons, moins connue évidemment que celle de Saraburi, celle du phra phoutha bat khaôlé (พระพุทธบาทเขาเล่) sur l’île de Koh Samui. Située à l'abri d'un modeste petit monthop, au sommet d'une butte, à côté du temple de Khaôlé, mal signalé et d’accès plus ou moins facile. 

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Elle serait venue à dos d'homme de Birmanie il y a plusieurs centaines d'années et présente l'originalité d'être d'une taille exceptionnelle et de comporter – ce qui est exceptionnel aussi - quatre sculptures en superposition symbolisant la succession des quatre Bouddha. Elle a aussi retenu l'attention du grand Roi Rama V lors d'une visite à Samui en 1888. Dans une lettre à son épouse principale relatant son pèlerinage, il précise qu'elle serait vieille de 500 ans (Voir สมุยที่รัก (« Samui thirak ») à Bangkok,  2003, ISBN 2546ISBN 974 9112717)

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Disons pour clore le débat sur ces empreintes qu’il ne s'agit évidemment pas de l'empreinte du pied de Bouddha comme pourrait le laisser entendre la stupide traduction anglophone Bouddha footprint mais de la représentation symbolique de la marche vers le Nirvana : le pied est le fondement du corps et dans ses titulatures, le Roi est aussi qualifié de « Saint pied royal » au sens de « fondement sacré de la nation » : พระบาทสมเด็จ ...

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LE CLOCHER

 

On trouve volontiers, pratiquement dans tous les temples, une Ho Rakang  (หอระฆัง « la tour de la cloche ») puisque sa construction est de toute évidence fort peu couteuse. C’est un échafaudage qui comporte deux étages, celui des tambours et celui des cloches destinés à rappeler aux fidèles les heures de la prière. Les plus anciens, simples échafaudages de bois, ont évidemment disparu. Actuellement construites à ciel ouvert sur des piliers en maçonnerie, le premier étage contient le tambour de bronze et l’étage supérieur, accessible par une échelle de perroquet. Le tambour donne le son grave thoum et les clochettes le son aigu ti. Nous vous avons parlé du système horaire traditionnel siamois (3). « Ti » sonne les heures de la prière du matin et « Thoum » celle de la soirée. 

 

La tour de la cloche du Vat Klang (temple du milieu) à Huaymek (Kalasin) :

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Il semble qu’actuellement les moines préfèrent appeler à la prière – modernisme oblige – par l’intermédiaire des haut-parleurs installés (dans nos villages tout au moins) à chaque carrefour et qui nous diffusent indifféremment des appels à la prière, des discours du chef de village ou l’hymne national.

 

Notons que les églises catholiques imitent en cela les temples thaïs puisqu’elles ne comportent jamais de clocher mais toujours une Ho Rakang  à quelques distances du lieu de culte.

 

Clocher de l'église Saint Pierre à Mukdahan :

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LA BIBLIOTHÈQUE

 

Ho Trai (หอไตร), littéralement « la tour triple », c’est la bibliothèque des saintes écritures (phratraipitaka พระไตรปิฏก) qui sont triples (mais en quelques centaines de volumes)  d’où le nom (ไตร, c’est trois en sanscrit-pali d’où vient notre chiffre trois). Les plus anciennes sont des constructions en bois sur pilotis sur une pièce d’eau pour éviter les attaques des insectes aux attaques desquels les manuscrits traditionnellement sur feuilles de latanier sont sensibles.

 

Modeste bibliothèque du temple des oiseaux à Pathongchaï dans la province de Nakhonrachasima :

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Tous les temples n’en comportent pas probablement pour la seule raison que l’achat des centaines de volumes de la sainte doctrine est une dépense hors de proportion avec leurs ressources et compte non tenu du fait que fort peu de moines dans les temples de village connaissent encore le pali.

 

LE SALA

 

Dans toutes les enceintes des temples nous trouvons ces sala (ศาลา) modestes pavillons de repos sans murs, en général en bois ou en en bambou avec une toiture en paille de riz, les mêmes que ceux placés le long des routes ou dans les jardins particuliers ou ils deviennent alors des « salasuan » (ศาลาสวน tout simplement un « abri de jardin »). Dans les temples, ils sont des salavat (ศาลาวัด). 

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On en trouve aussi de plus vastes appelés salaprian (ศาลาการเปรียญ ) où les moines peuvent à l’occasion, prêcher aux fidèles, enseigner la théologie ou encore donner l’enseignement aux élèves des écoles puisque beaucoup de temples dans les régions reculées comportent encore une école. Traditionnellement en effet les moines étaient les éducateurs des enfants locaux, ces fonctions n’ont pas complétement disparu dans les régions reculées malgré l’instauration  de l'enseignement normalisé. Il peut toutefois subsister les anciens bâtiments à l’abandon. 

 

Ancien bâtiment de l'école du temple de Samret à Koh Samui en 2006 :

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Mais un usage traditionnel subsiste peut-être encore, le ou les salas du temple pouvaient fournir un abri temporaire aux voyageurs de passage. Sans que nous l’ayons tenté, on peut penser qu’en cas de violent orage et circulant en motocyclette, les moines ne verraient aucun inconvénient à ce que nous venions nous y abriter et nous y offrir un bol de riz.

 

LES CELLULES DES MOINES

 

Ce sont les Kuti (กุฎิ) modestes cellules individuelles traditionnellement en bois sur pilotis ainsi que nous les avons vus sur le dessin de La Loubère reproduit dans notre article 214.1 (1). 

 

Cellule monastique du temple de Phralam à Koh Samui :

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Le progrès aidant, ce sont souvent actuellement des petites chambres alignées dans un bâtiment construit en dur, pièces avec des sanitaires qui valent largement ceux des hôtels modestes, le pittoresque y perd peut-être mais le confort des moines certainement pas. 

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Cette photographie prise à la fin du siècle dernier au Vat Yaisuwanaram (วัดใหญ่สวรรณาราม) à Petchaburi devrait suffire à vous en persuader (4).

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LE CRÉMATORIUM

 

Appelé Naponsathan (ณาปนสถาน), le bâtiment est reconnaissable à sa haute cheminée. C’est là où tous les pieux bouddhistes terminent leur vie terrestre. Nous n’avons jamais rencontré un temple, même misérable qui n’en contienne pas un parfois somptueusement décoré.

 

Crématorium du temple de Plaïlaem à Koh Samui :

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Si la crémation sur un bucher a encore été épisodiquement signalée dans la deuxième moitié du siècle dernier, elle a actuellement probablement totalement disparue pour d’évidentes raisons d’hygiène. Nous en conservons une photographie prise dans la cadre de sa mission par Fournereau.
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Nous vous épargnerons la description des actuelles cérémonies funéraires, nous en avons tous connues … avant d’en être le principal acteur. L’inhumation à notre façon est par contre pratiquée par les catholiques, les Chinois et les mahométans.

 

Il fut un temps ou les Siamois pratiquaient l’inhumation en pleine terre mais elle concernait ceux qui étaient morts « de mauvaise mort », enfants mort-nés, victimes de maladies contagieuses, morts de morts violents, femmes mortes en couche. Il semble que cette pratique ait totalement disparue pour une raison assez claire : les conditions de la mise en terre à fleur de sol faisaient que les dépouilles étaient rapidement déterrées par les chiens – l’un des fléaux de la Thaïlande – qui se disputaient ensuite leurs restes avec les vautours. S’ils ne l’étaient pas par les chiens, ils l’étaient par les sorciers avides de cadavres frais pour composer leur pommade magique (5). Monseigneur Pallegoix nous fait une description de la combustion sur le bucher : « ... le cadavre étant mis sur le bucher, on allume le feu. Les nerfs étant contractés,  le mort semble s’agiter et rouler au milieu des flammes. C’est un spectacle horrible à voir… » (6).

 

Une coutume qui semble avoir été spécifique à Bangkok nous est rapportée par Aymonier : « Une pratique, très rare au Cambodge actuel, mais fréquente au Siam, surtout à la capitale, consiste à léguer par piété sa chair à la voracité des vautours. Tous les voyageurs européens signalent le repoussant spectacle qui s'étale presque quotidiennement au Vat Saket de Bangkok, pagode qui a la triste spécialité de cette répugnante coutume » (7). Rama V avait interdit les crémations sur bucher dans la capitale et, surtout, ce qui était beaucoup plus fréquent, l’abandon pur et simple des dépouilles mortelles au bord des voies ou dans les canaux (4). Effectivement, le Vat Saket (วัดสระเกศ) comprenait à la fois un « champ crématoire » proprement dit…. et un charnier (rèng khét แร้งเขต « le champ des vautours ») au bord duquel trépignaient des rangées de vautours faisant claquer leur bec crochu en trépignant. Nous en devons une photographie à Fournereau toujours dans le cadre de sa mission.  

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Ce sont les restes d’une insuffisante combustion qui leur étaient livrés pour qu’ils les disputent aux chiens, et – semble-t-il – le cadavre non incinéré des condamnés à mort (8).

 

LES DÉCORATIONS EXTÉRIEURES

 

Les chofa

 

Ils décorent (ช่อฟ้า littéralement fleur-ciel) le sommet des toitures des bâtiments du temple, UbosotVihan, etc…. C’est un oiseau à la forme élancée  qui regarde vers le ciel. Il représente le plus souvent le Garuda  mythique (การูด้า) mi-homme mi- oiseau qui sert de monture au Dieu Vishnu  (พระวิษณุ). 

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Ses ennemis éternels sont les nagas.

 

Les Nagas

 

Le Naga (นาค) est un serpent mythologique géant (cobra) qui protège l’entrée des bâtiments du temple, souvent représenté avec plusieurs têtes. Leurs corps s'étendent le long des balustrades des escaliers qui conduisent à l’entrée du bâtiment. 

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Leur présence est évidement symbolique. Lorsque Bouddha eut atteint l’illumination et qu’il méditait sous un arbre, éclata une violente tempête accompagnée de pluies torrentielles, un naga apparut qui le protégea avec ses sept têtes de la pluie.

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Les Thévada

 

Les Thévada  (เทวดา « créatures célestes ») anges ou démons, fées, sorcières ou sorciers, sexués en tous cas, sont une multitude dans la mythologie venue des Indes. On les trouve souvent gardiens de l’entrée des bâtiments, géants évidemment, aux côtés des Naga. En l’un des quatre qui veille sur l’entrée de l’Ubosot du Vat klang de Huaymek il nous a bien semblé reconnaître le farouche Hamuman (หมุมาน) le fidèle compagnon de Rama. Il nous faudrait une vie d’homme pour faire un inventaire exhaustif de ces créatures célestes que l’on trouve dans le Ramakian, version siamoise du Ramayana.

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La roue de la loi

 

La Thammachak (ธรรมจักร) (parfois transcrite Dhammachakra) symbolise les enseignements de Bouddha. On la retrouve dans les temples : Lorsque Bouddha eut atteint l’illumination il prononça son premier sermon mettant ainsi en mouvement la roue de son enseignement. C’est assurément l’un des plus anciens symboles, apparu aux Indes bien avant Bouddha. Elle comporte en général douze rayons. Elle est omniprésente en Thaïlande, mais tout particulièrement sur les bai séma et tout autant comme motif décoratif à l’intérieur ou à l’extérieur des temples (9).

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Le « figuier des pagodes »

 

Nous ne sommes plus dans la construction proprement dite, mais dans la botanique des temples. Bouddha a atteint l’illumination sous un arbre que l’on trouve souvent planté dans l’enceinte des temples, le Pho (โพ ou  โพธิ์) qui est le ficus religiosa que nous appelons le figuier des pagodes ou encore pipal dont le fruit à quelque ressemblance avec notre figue. Sans être proprement « sacré » Il n’est pas convenable de le cultiver chez soi car il doit se trouver dans l’enceinte des temples. Quand un voyageur en voit un au loin (c’est un grand arbre !), il sait ainsi qu’un temple est proche où il pourra trouver un sala pour s’abriter et un bol de riz pour se nourrir (10).

 

 

 

 

 

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SOURCES

 

Aymonier « Le Cambodge – les provinces siamoises » Paris 1901n le tome II est en réalité consacré au Siam, en particulier chapitre II « l’archéologie siamoise ».

Lunet de la Jonquières « Inventaire descriptif des monuments du Cambodge » 1907 dont le tome II est en réalité consacré au Siam.

 

 

NOTES

 

(1) Voir nos deux articles A 214.1 « L’ARCHITECTURE RELIGIEUSE SIAMOISE ET SON HISTOIRE. I - LES « SAINTS CHÉDIS » et  A 214.2 «   LARCHITECTURE RELIGIEUSE SIAMOISE ET SON HISTOIRE. II - LES CHAPELLES D’ORDINATION »

(2) Voir le très bel ouvrage trilingue (thaï – anglais – français) « Les statues du Buddha en Thaïlande (Siam) » qui n’a malheureusement eu qu’un tirage confidentiel (ISBN 978 974 020 574 6).

(3) Voir notre article A 33 « Le système horaire traditionnel thaï ».

(4) Photographie extraite de l’article « The Politics of Defecation in Bangkok of the Fifth Reign » de Chittawadi Chitrabongs  in Journal of the Siam Society, Vol. 99, 2011. Rama V avait ramené de ses voyages en Europe de solides notions d’hygiène. Bangkok à son époque nous rappelle Chitranongs, et  toutes les descriptions des voyageurs de cette époque, concordent. La ville  puait la crasse, l’urine, la merde, la charogne et le graillon… 

(5) Voir notre article A 207 « LA RECETTE DU PHILTRE D’AMOUR RÉVÉLÉE PAR LE ROI RAMA VI ».

(6) « Description du royaume Thaï ou Siam » volume I page 257.

(7) « Le Cambodge » page 16

(8) « … Wat Sisaket, bâti tout en haut d'une colline artificielle d'où l'on jouit d'un superbe tour d'horizon embrassant la ville entière et se prolongeant jusqu'aux silhouettes indécises des collines lointaines. Au pied du monticule, en face de la porte d'entrée, un ensemble de bâtiments modernes, servant aux crémations, s'élève sur l'emplacement des anciennes cours où l'on jetait aux chiens et aux vautours les cadavres de ceux qui faisaient ainsi, pour s'acquérir des mérites, le sacrifice de leurs dépouilles mortelles. Ces pratiques sont maintenant abolies, probablement au nom de l'hygiène, mais j'ai pu assister, il y a quelques années, à une de ces scènes macabres et j'ai encore présent à la mémoire le spectacle de ce grouillement de bêtes immondes accourues à l'odeur, sous lequel le corps disparaissait en entier; du fouillis des plumes grises, des ailes frémissantes d'avidité, de longs cous rouges, déplumés, sortaient, dressant les têtes souillées de sanies, les becs garnis de lambeaux de chair; on vendait jadis une photographie saisissante de cette scène, le cliché ne doit pas en être perdu ». Lunet de la Jonquières « Le Siam et les Siamois » (1906).

 

Les clichés n’ont pas été perdus …. 

A 214.3 -  L’ARCHITECTURE RELIGIEUSE SIAMOISE ET SON HISTOIRE. III - LES AUTRES BÂTIMENTS.
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(9) Il y aurait probablement beaucoup à dire sur la symbolique du chiffre douze : les douze rayons de la roue, les douze apôtres, les douze signes zodiacaux, la loi romaine des douze tables, les douze travaux d’hercule, trois multiplié par quatre, le carré multiplié par le triangle. C'est la racine de la sphère, serait-ce le chiffre de la perfection ? 

(10) Voir notre article A 152 « Traditions siamoises sur certains arbres et plantes ».

LE « VIHAN »

 

Le Vihan, parfois transcrit Vihara (forme sanscrite) est une salle de réunion et de prière dont la construction ressemble souvent à celle de l’Ubosot, mais elle n’est pas entourée des bai séma qui marquent l’enceinte sacrée. C’est la salle qui accueille les laïcs pour les cérémonies religieuses en présence des prêtres et celles où ils viennent prier. C’est donc un lieu de prêches, de prières et de méditations Il abrite évidemment une ou plusieurs statues de Bouddha et comporte éventuellement une galerie où sont également érigées ces statues.

 

Historiquement à l’époque de Sukhothai les artistes se contentaient de quatre positions classiques : Bouddha assis jambes croisées « prise de la terre à témoin », par sa main droite, il exprime le moment suprême de sa victoire contre les forces du chaos avant d’atteindre le parfait éveil, Bouddha couché, Bouddha debout et Bouddha marchantElles montrent qu’il accomplissait ses activités quotidiennes avec dignité, une conscience et un contrôle parfait.

 

C’est sous le règne de Rama III (1824 – 1851) que les artistes imaginèrent de nouvelles positions et de nouveaux gestes pour illustrer les épisodes de sa vie. Pour tout bon bouddhiste, créer ou donner une image de Bouddha est un acte de mérite et les souverains protecteurs du bouddhisme n’y ont jamais manqué.

 

Le fondateur de la dynastie Rama Ier et son successeur Rama II ont surtout fait restaurer les statues ruinées des temples d’Ayuthaya et les ont fait transférer et installer dans les monastères de Bangkok et alentours. Rama III continua ce programme de restauration mais demanda à un dignitaire de l’église bouddhiste, le prince Paramanuchita Chinorasa (ปรมานุชิตชิโนรส), fils de Rama Ier, de collationner les textes bouddhistes et d’établir une liste illustrée des gestes ou attitudes pouvant servir d’exemple aux artistes. Ces efforts se continuèrent sous Rama IV. Ils trouvent leur aboutissement dans les 80 statues de bronze de la galerie du Phra Pathom Chedi (พระปฐมเจดีย์) à Nakon Phatom (นครปฐม)monument découvert dans la jungle par Rama IV, qui le fit ensuite restaurer. Elles ont été offertes en 1983-84 par de pieux bouddhistes dont les noms sont inscrits sur les socles dans un style directement inspiré de Sukhothai et servent actuellement de modèle (2).

 

Comme l’Ubosot, le Vihan est couvert d’une toiture télescopique aux acrotères crochues soutenue par des corbeaux en bois, représentant des figues mythiques (Nagas ou Garudas) qui semblent caractériser la dernière période de l'art hindou au Cambodge et au Siam. Les frontons et les encadrements des fenêtres et des portes, en bois ou en stuc avec de rutilantes sculptures polychromes ou parfois des incrustations de verroteries ou de faïence que l’on trouve nulle part ailleurs dans le monde bouddhiste. Remarquable similitude dans le temps ? Les ruines de Sachanalai (สัชนาลัย) et de Sukhothai montrent que les Vihan à toits multiples sinon télescopiques existaient déjà aux XIIIème et XIVème siècles et avaient des piliers stuqués et probablement aussi une ornementation de céramique fabriquée dans les célèbres fours de Sukhothai.

 

Les déductions de Lunet de La Jonquières ayant été effectuées au vu de ruines, tout ce qui était précieux ayant été pillé par les Birmans avant la mise à sac, il est évidemment difficile d’en savoir plus mais on put supposer que le goût actuel des Thaïs pour tout ce qui brille vient en droite ligne de leurs ancêtres siamois.

 

Ces réalisations architecturales modernes ne sont pas toujours d’un goût assuré mais sont souvent d'une réelle grandeur et d'une richesse qui nous laisse à penser ce que devait être l'aspect des monuments d'Ayuthya avant leur dévastation. L’art est souvent raffiné, beauté des lignes et chatoiement des couleurs, portes et fenêtres en bois massif délicatement sculptées et polychromées de scènes représentant la vie de Bouddha. L'intérieur du temple est couvert de fresques et de panneaux muraux polychromes du même style. Ils sont l'œuvre d'artistes anonymes qui ont œuvré tels des bâtisseurs de cathédrales, virtuosité, qualité de l'inspiration, un magnifique témoignage de la vitalité de l'art thaï moderne, soigneusement étrangère à toute influence occidentale.

 

La beauté d’un temple réside moins dans son architecture toujours pyramidale mais dans les décorations des portes, des volets et des murs « et dans les toitures aux étages superposés, dont les tuiles à surface vernissée reflètent les mille feux du soleil, terminent leurs lignes courbes par des éperons dont les silhouettes dorées émergent de la verdure pour se dessiner sur le fond bleu du ciel » (Aymonier).

 

Parfois aussi, une exception qui confirme encore la règle architecturale normative de la hiérarchie de Bangkok, surgit du sol un Vihan hors normes tel celui du temple de Dongraï (วัดดงไร่) à quelques kilomètres du site historique de Bangchiang (บ้านเชียง)  qui est posé comme une fleur de lotus d’un blanc immaculé au milieu d’un lac artificiel et dont les parois intérieures sont ornées de fines peintures retraçant la vie de Bouddha.

 

LE « MONTHOP »

 

Le Monthop  que l’on doit qualifier de « saint » (พระมณฑป phramontohp) parfois mal transcrit sous le terme de Mondop ou de Mandapa (forme sanscrit) se retrouve dans l’enceinte de certains temples. C’est un bâtiment autonome que l’on ne trouve pas dans tous les temples (probablement venu des Indes) qui abrite des objets sacrés sans que ce soient à proprement parler des « reliques » au sens strict.  Il abrite souvent (mais pas seulement) tel celui du Wat Phra Phutthabat (วัดพระพุทธบาท) à Saraburi (สระบุรี), une « sainte empreinte » du « pied de Bouddha » (Phra Phutthabat พระพุทธบาท). Ce bâtiment a été construit en 1624 par le roi Songtham (ทรงธรรม) d’Ayutthaya après sa découverte miraculeuse par un chasseur. Les Siamois n’étaient point crédules au point de croire qu’elles sont la trace du pied de Bouddha lors de l’un de ses passages, d’autant que nous en trouvons partout en des endroits où incontestablement il n’est jamais passé. 

 

Ces divines empreintes sont fort différentes les unes des autres soit par leur taille (d’un petit mètre à plus de deux) soit par les nombreux signes dont elles sont ornées mais qui sont en principe et de façon immuable au nombre de 108. Ils sont de toute évidence d’origine liturgique sinon magique peut-être antérieure au bouddhisme puisque, aux Indes notamment, elles sont attribués à Vichnou dans une intention magique, mais on ne sait trop laquelle.  Elles sont pour les plus anciennes évidement impossibles à dater mais il s’en sculpte ou s’en moule tous les jours. Citons, moins connue évidemment que celle de Saraburi,  celle du phra phoutha bat khaôlé (พระพุทธบาทเขาเล่) sur l’île de Koh Samui. Située à l'abri d'un modeste petit monthop, au sommet d'une butte, à côté du temple de Khaôlé, mal signalé et d’accès plus ou moins facile. Elle serait venue à dos d'homme de Birmanie il y a plusieurs centaines d'années et présente l'originalité d'être d'une taille exceptionnelle et de comporter – ce qui est exceptionnel aussi - quatre sculptures en superposition symbolisant la succession des quatre Bouddha. Elle a aussi retenu l'attention du grand Roi Rama V lors d'une visite à Samui en 1888. Dans une lettre à son épouse principale relatant son pèlerinage, il précise qu'elle serait vieille de 500 ans.

 

Disons pour clore le débat sur ces empreintes qu’il ne s'agit évidemment pas de l'empreinte du pied de Bouddha comme pourrait le laisser entendre la stupide traduction anglophone Bouddha footprint mais de la représentation symbolique de la marche vers le Nirvana : le pied est le fondement du corps et dans ses titulatures, le Roi est aussi qualifié de « Saint pied royal » au sens de « fondement sacré de la nation ».

 

LE CLOCHER

 

On trouve volontiers, pratiquement dans tous les temples, une Ho Rakang  (หอระฆัง « la tour de la cloche ») puisque sa construction est de toute évidence fort peu couteuse. C’est un échafaudage qui comporte deux étages, celui des tambours et celui des cloches destinés à rappeler aux fidèles les heures de la prière. Les plus anciens, simples échafaudages de bois, ont évidemment disparu. Actuellement construites à ciel ouvert sur des piliers en maçonnerie, le premier étage contient le tambour de bronze et l’étage supérieur, accessible par une échelle de perroquet. Le tambour donne le son grave thoum et les clochettes le son aigu ti. Nous vous avons parlé du système horaire traditionnel siamois (3). « Ti » sonne les heures de la prière du matin et « Thoum » celle de la soirée. Il semble qu’actuellement les moines préfèrent appeler à la prière – modernisme oblige – par l’intermédiaire des haut-parleurs installés (dans nos villages tout au moins) à chaque carrefour et qui nous diffusent indifféremment des appels à la prière, des discours du chef de village ou l’hymne national.

 

Notons que les églises catholiques imitent en cela les temples thaïs puisqu’elles ne comportent jamais de clocher mais toujours une Ho Rakang  à quelques distances du lieu de culte.

LA BIBLIOTHÈQUE

 

Ho Trai (หอไตร), littéralement « la tour triple », c’est la bibliothèque des saintes écritures (phratraipitaka พระไตรปิฏก) qui sont triples (mais en quelques centaines de volumes)  d’où le nom (ไตร, c’est trois en sanscrit-pali d’où vient notre chiffre trois). Les plus anciennes sont des constructions en bois sur pilotis sur une pièce d’eau pour éviter les attaques des insectes aux attaques desquels les manuscrits traditionnellement sur feuilles de latanier sont sensibles. Tous les temples n’en comportent pas probablement pour la seule raison que l’achat des centaines de volumes de la sainte doctrine est une dépense hors de proportion avec leurs ressources et compte non tenu du fait que fort peu de moines dans les temples de village connaissent encore le pali.

 

LE SALA

 

Dans toutes les enceintes des temples nous trouvons ces sala (ศาลา) modestes pavillons de repos sans murs, en général en bois ou en en bambou avec une toiture en paille de riz, les mêmes que ceux placés le long des routes ou dans les jardins particuliers ou ils deviennent alors des « salasuan » (ศาลาสวน tout simplement un « abri de jardin »). Dans les temples, ils sont des salavat (ศาลาวัด). On en trouve aussi de plus vastes appelés salaprian (ศาลาการเปรียญ ) où les moines peuvent à l’occasion, prêcher aux fidèles, enseigner la théologie ou encore donner l’enseignement aux élèves des écoles puisque beaucoup de temples dans les régions reculées comportent encore une école. Traditionnellement en effet les moines étaient les éducateurs des enfants locaux, ces fonctions n’ont pas complétement disparu dans les régions reculées malgré l’instauration  de l'enseignement normalisé. Il peut toutefois subsister les anciens bâtiments à l’abandon. Mais un usage traditionnel subsiste peut-être encore, le ou les salas du temple pouvaient fournir un abri temporaire aux voyageurs de passage. Sans que nous l’ayons tenté, on peut penser qu’en cas de violet orage et circulant en motocyclette, les moines ne verraient aucun inconvénient à ce que nous venions nous y abriter et nous y offrir un bol de riz.

 

LES CELLULES DES MOINES

 

Ce sont les Kuti (กุฎิ) modestes cellules individuelles traditionnellement en bois sur pilotis ainsi que nous les avons vus sur le dessin de La Loubère reproduit dans notre article 214.1 (1). Le progrès aidant, ce sont souvent actuellement des petites chambres alignées dans un bâtiment construit en dur, pièces avec des sanitaires qui valent largement ceux des hôtels modestes, le pittoresque y perd peut-être mais le confort des moines certainement pas. Cette photographie prise à la fin du siècle dernier au Vat Yaisuwanaram (วัดใหญ่สวรรณาราม) à Petchaburi devrait suffire à vous en persuader (4).

 

LE CRÉMATORIUM

 

Appelé Naponsathan (ณาปนสถาน), le bâtiment est reconnaissable à sa haute cheminée. C’est là où tous les pieux bouddhistes terminent leur vie terrestre. Nous n’avons jamais rencontré un temple, même misérable qui n’en contienne pas un parfois somptueusement décoré. Si la crémation sur un bucher a encore été épisodiquement signalée dans la deuxième moitié du siècle dernier, elle a actuellement totalement disparue pour d’évidentes raisons d’hygiène. Nous n’en conservons qu’une photographie prise dans la cadre de sa mission par Fournereau.

 

Nous vous épargnerons la description des actuelles cérémonies funéraires, nous en avons tous connues … avant d’en être le principal acteur. L’inhumation à notre façon est par contre pratiquée par les catholiques, les Chinois et les mahométans.

 

Il fut un temps ou les Siamois pratiquaient l’inhumation en pleine terre mais elle concernait ceux qui étaient morts « de mauvaise mort », enfants mort-nés, victimes de maladies contagieuses, morts de morts violents, femmes mortes en couche. Il semble que cette pratique ait totalement disparue pour une raison assez claire : les conditions de la mise en terre à fleur de sol faisaient que les dépouilles étaient rapidement déterrées par les chiens – l’un des fléaux de la Thaïlande – qui se disputaient ensuite leurs restes avec les vautours. S’ils ne l’étaient pas par les chiens, ils l’étaient par les sorciers avides de cadavres frais pour composer leur pommade magique (5). Monseigneur Pallegoix nous fait une description de la combustion sur le bucher : « ... le cadavre étant mis sur le bucher, on allume le feu. Les nerfs étant contractés,  le mort semble s’agiter et rouler au milieu des flammes. C’est un spectacle horrible à voir… » (6).

 

Une coutume qui semble avoir été spécifique à Bangkok nous est rapportée par Aymonier : « Une pratique, très rare au Cambodge actuel, mais fréquente au Siam, surtout à la capitale, consiste à léguer par piété sa chair à la voracité des vautours. Tous les voyageurs européens signalent le repoussant spectacle qui s'étale presque quotidiennement au Vat Saket de Bangkok, pagode qui a la triste spécialité de cette répugnante coutume » (7). Rama V avait interdit les crémations sur bucher dans la capitale et, surtout, ce qui était beaucoup plus fréquent, l’abandon pur et simple des dépouilles mortelles au bord des voies ou dans les canaux (4). Effectivement, le Vat Saket (วัดสระเกศ) comprenait à la fois un « champ crématoire » proprement dit…. et un charnier (rèng khét แร้งเขต « le champ des vautours ») au bord duquel trépignaient des rangées de vautours faisant claquer leur bec crochu en trépignant. Nous en devons une photographie à Fournereau toujours dans le cadre de sa mission.  Ce sont les restes d’une insuffisante combustion qui leur étaient livrés pour qu’ils les disputent aux chiens, et – semble-t-il – le cadavre non incinéré des condamnés à mort (8).

 

LES DÉCORATIONS EXTÉRIEURES

 

Les chofa

 

Ils décorent (ช่อฟ้า littéralement fleur-ciel) le sommet des toitures des bâtiments du temple, UbosotVihan, etc…. C’est un oiseau à la forme élancée  qui regarde vers le ciel. Il représente le plus souvent le Garuda  mythique (การูด้า) mi-homme mi- oiseau qui sert de monture au Dieu Vishnu  (พระวิษณุ). Ses ennemis éternels sont les nagas.

 

Les Nagas

 

Le Naga (นาค) est un serpent mythologique géant (cobra) qui protège l’entrée des bâtiments du temple, souvent représenté avec plusieurs têtes. Leurs corps s'étendent le long des balustrades des escaliers qui conduisent à l’entrée du bâtiment. Leur présence est évidement symbolique. Lorsque Bouddha eut atteint l’illumination et qu’il méditait sous un arbre, éclata une violente tempête accompagnée de pluies torrentielles, un naga apparut qui le protégea avec sa large tête de la pluie.

Les Thévada

 

Les Thévada  (เทวดา « créatures célestes ») anges ou démons, fées, sorcières ou sorciers, sexués en tous cas, sont une multitude dans la mythologie venue des Indes. On les trouve souvent gardiens de l’entrée des bâtiments, géants évidemment, aux côtés des Naga. En l’un des quatre qui veille sur l’entrée de l’Ubosot du Vat klang de Huaymek il nous a bien semblé reconnaître le farouche Hanuman (หมุมาน) le fidèle compagnon de Rama. Il nous faudrait une vie d’homme pour faire un inventaire exhaustif de ces créatures célestes que l’on trouve dans le Ramakian, version siamoise du Ramayana.

La roue de la loi

La Thammachak (ธรรมจักร)  (parfois transcrite Dhammachakra) symbolise les enseignements de Bouddha.  On la retrouve dans les temples : Lorsque Bouddha eut atteint l’illumination il prononça son premier sermon mettant ainsi en mouvement la roue de son enseignement. C’est assurément l’un des plus anciens symboles, apparu aux Indes bien avant Bouddha. Elle comporte en général douze rayons. Elle est omniprésente en Thaïlande, mais tout particulièrement sur les bai séma et tout autant comme motif décoratif à l’intérieur ou à l’extérieur des temples (9).

Le « figuier des pagodes »

 

Nous ne sommes plus dans la construction proprement dite, mais dans la botanique des temples. Bouddha a atteint l’illumination sous un arbre que l’on trouve souvent planté dans l’enceinte des temples, le Pho (โพ ou  โพธิ์) qui est le ficus religiosa que nous appelons le figuier des pagodes ou encore pipal dont le fruit à quelque ressemblance avec notre figue. Sans être proprement « sacré » Il n’est pas convenable de le cultiver chez soi car il doit se trouver dans l’enceinte des temples. Quand un voyageur en voit un au loin (c’est un grand arbre !), il sait ainsi qu’un temple est proche où il pourra trouver un sala pour s’abriter et un bol de riz pour se nourrir (10).

 

SOURCES

 

Aymonier « Le Cambodge – les provinces siamoises » Paris 1901n le tome II est en réalité consacré au Siam, en particulier chapitre II « l’archéologie siamoise ».

Lunet de la Jonquières « Inventaire descriptif des monuments du Cambodge » 1907 dont le tome II est en réalité consacré au Siam.

NOTES

 

 (1) Voir nos deux articles A 214.1 « L’ARCHITECTURE RELIGIEUSE SIAMOISE ET SON HISTOIRE. I - LES « SAINTS CHÉDIS » et  A 214.2 «   L’ARCHITECTURE RELIGIEUSE SIAMOISE ET SON HISTOIRE. II - LES CHAPELLES D’ORDINATION »

 

(2) Voir le très bel ouvrage trilingue (thaï – anglais – français) « Les statues du Buddha en Thaïlande (Siam) » qui n’a malheureusement eu qu’un tirage confidentiel (ISBN 978 974 020 574 6).

 

(3) Voir notre article A 33 « Le système horaire traditionnel thaï ».

 

(4) Photographie extraite de l’article « The Politics of Defecation in Bangkok of the Fifth Reign » de Chittawadi Chitrabongs  in Journal of the Siam Society, Vol. 99, 2011Rama V avait ramené de ses voyages en Europe de solides notions d’hygiène. Bangkok à son époque nous rappelle Chitranongs, et  toutes les descriptions des voyageurs de cette époque, concordent. La ville  puait la crasse, l’urine, la merde, la charogne et le graillon…

 

(5) Voir notre article A 207 « LA RECETTE DU PHILTRE D’AMOUR RÉVÉLÉE PAR LE ROI RAMA VI ».

 

(6) « Description du royaume Thaï ou Siam » volume I page 257.

 

(7) « Le Cambodge » page 16

 

(8) « … Wat Sisaket, bâti tout en haut d'une colline artificielle d'où l'on jouit d'un superbe tour d'horizon embrassant la ville entière et se prolongeant jusqu'aux silhouettes indécises des collines lointaines. Au pied du monticule, en face de la porte d'entrée, un ensemble de bâtiments modernes, servant aux crémations, s'élève sur l'emplacement des anciennes cours où l'on jetait aux chiens et aux vautours les cadavres de ceux qui faisaient ainsi, pour s'acquérir des mérites, le sacrifice de leurs dépouilles mortelles. Ces pratiques sont maintenant abolies, probablement au nom de l'hygiène, mais j'ai pu assister, il y a quelques années, à une de ces scènes macabres et j'ai encore présent à la mémoire le spectacle de ce grouillement de bêtes immondes accourues à l'odeur, sous lequel le corps disparaissait en entier; du fouillis des plumes grises, des ailes frémissantes d'avidité, de longs cous rouges, déplumés, sortaient, dressant les têtes souillées de sanies, les becs garnis de lambeaux de chair; on vendait jadis une photographie saisissante de cette scène, le cliché ne doit pas en être perdu ». Lunet de la Jonquières « Le Siam et les Siamois » (1906). Les clichés n’ont pas été perdus ….

 

(9) Il y aurait probablement beaucoup à dire sur la symbolique du chiffre douze : les douze rayons de la roue, les douze apôtres, les douze signes zodiacaux, la loi romaine des douze tables, les douze travaux d’hercule, trois multiplié par quatre, le carré multiplié par le triangle. C'est la racine de la sphère, serait-ce le chiffre de la perfection ? 

 

(10) Voir notre article A 152 « Traditions siamoises sur certains arbres et plantes ».

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Published by grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-b - dans Thaïlande
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commentaires

Cécile de Barbeyrac 28/05/2016 19:31

Toujours aussi bien documenté et passionnant... Encore bravo pour le travail de forumi ou de bénédictin! Toute mon admiration pour ce trzavail remarquable et mon affection.

grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-b 29/05/2016 13:09

On va essayer de faire mieux pour l'avenir !