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  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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20 avril 2016 3 20 /04 /avril /2016 18:02
227 - LA THAÏLANDE ENTRE EN GUERRE SECRÈTE AU LAOS AUX CȎTÉS DES ÉTATS-UNIS (1964 – 1975)

 

Dans notre article « 226 -  LA THAÏLANDE ENTRE EN GUERRE OUVERTE AU VIETNAM AUX CȎTÉS DES ÉTATS-UNIS (1965 – 1970) » nous avons cité d’abondance l’ouvrage d’un universitaire américain, Ruth, sur la participation de (environ) 12.000 volontaires Thaïs (l’équivalent d’une division) aux côtés des Américains au Sud-Vietnam. Cet ouvrage a l’immense mérite d’être fondé sur des documents d’archives, tant américains que siamois et d’avoir recueilli les souvenirs de nombre d’entre eux.

 

Mais nous avons conclu sur une question : « … il nous parle de l’engagement  de 37.644 volontaires thaïs « au Vietnam », alors que nous avons une estimation à 12.000. Où sont passés les 25.644 qui manquent au décompte ? Ils ne sont pas perdus. Ce sont tout simplement ceux qui ont participé à la « guerre secrète » non plus au Vietnam mais essentiellement au Laos.

 

Les volontaires thaïs du Vietnam ont été indemnisés, récompensés et décorés par les Américains. 

227 - LA THAÏLANDE ENTRE EN GUERRE SECRÈTE AU LAOS AUX CȎTÉS DES ÉTATS-UNIS (1964 – 1975)

Les participants thaïs à la « guerre secrète » au Laos sont les oubliés de l’histoire. Le mémorial du cimetière national d’Arlington est gravé à la mémoire - et à la seule mémoire - des vétérans Hmong et Lao.

227 - LA THAÏLANDE ENTRE EN GUERRE SECRÈTE AU LAOS AUX CȎTÉS DES ÉTATS-UNIS (1964 – 1975)

Cette guerre fut la guerre des plus infâmes mensonges aux plus hauts niveaux de l’état américain :

 

Mensonges de Kennedy « … Ce que nous voulons au Laos, c’est la paix, pas la guerre… » ;

227 - LA THAÏLANDE ENTRE EN GUERRE SECRÈTE AU LAOS AUX CȎTÉS DES ÉTATS-UNIS (1964 – 1975)

Mensonges de  Johnson « …Des actions hostiles et répétées contre des navires américains … » faisant allusion au fameux incident du golfe du Tonkin dont la réalité est douteuse et plus encore…

 

227 - LA THAÏLANDE ENTRE EN GUERRE SECRÈTE AU LAOS AUX CȎTÉS DES ÉTATS-UNIS (1964 – 1975)

Mensonges de Nixon « … à l’heure actuelle aucune troupe américaine n’est stationnée au Laos … ».

227 - LA THAÏLANDE ENTRE EN GUERRE SECRÈTE AU LAOS AUX CȎTÉS DES ÉTATS-UNIS (1964 – 1975)

Or nous avons un aperçu de  cette armée de l’ombre, l’armée de la CIA, mise est en place depuis 1961 dans un reportage effectué en 2003 par une équipe de journalistes allemands de Arte dirigée par l’australien Philip Blenkinsop, diffusé sur la chaine l’année suivante et présentement disponible sur Youtube : https://www.youtube.com/watch?v=mWz9E95HZVI (1).

 

Le film « Air America » qui date de 1990, rehaussé par la talentueuse  présence de Mel Gibson, n’est pas un film historique proprement dit mais il nous éclaire sur une certaine ambiance au sein de ces combattants (2). Tourné avec l'aide officielle de l'Armée de l'Air thaïlandaise (3) il était difficile à son réalisateur, pour autant qu’il en ait eu connaissance, de faire allusion à la participation de volontaires thaïs, sujet tabou à l’époque au moins du côté thaï. 

227 - LA THAÏLANDE ENTRE EN GUERRE SECRÈTE AU LAOS AUX CȎTÉS DES ÉTATS-UNIS (1964 – 1975)

Jamais la Thaïlande n’a violé les accords internationaux sur la neutralité du Laos.

 

Quel que soit le plaisir que procure un reportage fouillé ou celui de regarder un bon film d’aventure, nous avons tout de même cherché à en savoir plus.

 

Or, les sources sont squelettiques. Ruth a consulté les archives thaïes nous dit-il, mais compte tenu de la qualité de son étude, nous pensons qu’il n’aurait pas manqué de faire allusion à cette participation « de l’ombre » s’il en avait trouvé trace dans des archives accessibles.

 

Les archives américaines ont certes été « déclassifiées » en 2006 à la demande en particulier de ces vétérans qui revendiquaient une indemnisation à la suite de leur contamination par les défoliants et le fameux « agent orange » (Voir notre article republié R 14 (A 46) )

 

Ceci-dit, les archives déclassifiées ou partiellement déclassifiées concernant la guerre du Vietnam sont non seulement accessibles mais numérisées sur le site officiel de la NSA (4).  « L'AGENT « ORANGE » EN ISAN (THAÏLANDE)  PENDANT LA GUERRE DU VIETNAM  » mais cette déclassification peut sembler tout simplement et au moins pour partie de la poudre aux yeux pour une double raison :

 

Elle n’a pas au premier chef empêché la destruction probable sinon certaine de documents « sensibles » notamment ceux qui pouvaient mettre directement en cause les agents de la CIA dans le trafic d’opium dont il n’est pas inutile de rappeler qu’il constitue aux États-Unis un crime imprescriptible. 

 

Il est symptomatique de noter que toutes les pilotes interrogées (ils se nomment entre eux les « Ravens », les « Corbeaux »), que ce soit par les journalistes de l’équipe d’ Arte ou les enquêteurs de l’équipe du professeur Alfred W. McCoy (voir nos sources note 5), narrent la bouche en cœur qu’ils savaient parfaitement ce qu’ils transportaient à l’aller (armement et vivres) et ignoraient  tous ce que contenaient les sacs qu’ils transportaient au retour.

227 - LA THAÏLANDE ENTRE EN GUERRE SECRÈTE AU LAOS AUX CȎTÉS DES ÉTATS-UNIS (1964 – 1975)

– Elle comporte par ailleurs de nombreux « blancs » : Nous avons sous les yeux un document déclassifié du 19 février 2009 intitulé « Secret M/R - Undercover armies – CIA and surrogate warfare in Laos »  de plus de 600 pages. 

227 - LA THAÏLANDE ENTRE EN GUERRE SECRÈTE AU LAOS AUX CȎTÉS DES ÉTATS-UNIS (1964 – 1975)

Nous y cherchions un document important ? La lettre adressée par l’ambassadeur de Bangkok au premier ministre Sarit est caviardée. 

227 - LA THAÏLANDE ENTRE EN GUERRE SECRÈTE AU LAOS AUX CȎTÉS DES ÉTATS-UNIS (1964 – 1975)
Dans un autre document déclassé de 409 pages, très exactement notre sujet,  intitulé « The war in northern Laos » ....
 
 
227 - LA THAÏLANDE ENTRE EN GUERRE SECRÈTE AU LAOS AUX CȎTÉS DES ÉTATS-UNIS (1964 – 1975)
une vingtaine de pages entièrement blanchies portent la mention « this page is blank ».... 
 
 
227 - LA THAÏLANDE ENTRE EN GUERRE SECRÈTE AU LAOS AUX CȎTÉS DES ÉTATS-UNIS (1964 – 1975)
dix fois plus de paragraphes sont également tout au long du texte blanchis, il n’est fait mention de la CIA que dans la table des matières mais le paragraphe est blanchi :
 
 
 
 
227 - LA THAÏLANDE ENTRE EN GUERRE SECRÈTE AU LAOS AUX CȎTÉS DES ÉTATS-UNIS (1964 – 1975)
Ce qui concerne la base aérienne d’Udonthani dans la table des matières est également caviardé :
227 - LA THAÏLANDE ENTRE EN GUERRE SECRÈTE AU LAOS AUX CȎTÉS DES ÉTATS-UNIS (1964 – 1975)
Il  n’est fait mention que de l’intervention de quatre volontaires thaïs…Un « oubli » des censeurs ?
 
Et Air America y est présentée comme assurant des missions de « réapprovisionnement ».

 

227 - LA THAÏLANDE ENTRE EN GUERRE SECRÈTE AU LAOS AUX CȎTÉS DES ÉTATS-UNIS (1964 – 1975)

Mais plusieurs études effectuées sur la base de recherches sur les dizaines de milliers de pages de ces archives ont été publiés et nous ont permis d’y voir au moins pour une petite partie un peu plus clair (5).

 

Pouvons-nous en faire une synthèse ?

 

La plus grande opération paramilitaire jamais entreprises par la CIA (à cette date, il y en eut d’autres) a eu lieu dans le petit royaume du Laos. L’'Agence a dirigé pendant 13 ans des forces indigènes qui ont combattu les grandes unités nord-vietnamiennes et ont provisoirement arrêté leur progression même si le pays a fini par tomber entre les mains des communistes. En 1962, la « deuxième Convention de Genève » avait réglé de jure la neutralité du royaume du Laos sous couvert des Soviétiques et des Américains. Mais de facto, le Laos était  menacé par le Nord-Vietnam qui apportait un soutien massif au Pathet Lao communiste. La CIA en 1963 fut chargée d’organiser la défense armée de la neutralité du royaume mais la guerre ne pouvait qu’être secrète sauf à constituer une violation des termes de l’accord de 1962. Dès 1960 toutefois, sous l’administration Kennedy, elle avait participé à la formation et à l'armement des forces tribales, surtout les Hmong qui haïssaient tout à la fois les communistes et les Vietnamiens. C’est ainsi qu’au plus fort de la guerre du Vietnam une grande partie du Laos est restée « sous contrôle », bien que sur ses frontières au sud-est court la piste Ho Chi Minh. Les troupes Hmong sous la direction d’un chef de guerre, le général Vang Pao, auraient alors comporté 80.000 soldats. 

227 - LA THAÏLANDE ENTRE EN GUERRE SECRÈTE AU LAOS AUX CȎTÉS DES ÉTATS-UNIS (1964 – 1975)

Cette « guerre secrète» est restée longtemps inconnue du Congrès quoiqu’elle ait été approuvée par trois présidents, Kennedy, Johnson et Nixon. Ces opérations clandestines étaient effectuées via Air America dont la CIA était secrètement propriétaire. Ses employés, tous volontaires, n’étaient donc pas des combattants sous uniforme. Elle disposait au Laos de deux douzaines de bimoteurs et de 30 hélicoptères destinés aux opérations au Laos. Il y avait plus de 300 pilotes, copilotes, mécaniciens de bord, tous « civils » qui depuis le Laos et la Thaïlande parachutaient des vivres et de l’armement, ce que ses pilotes appelaient le « riz dur ». Ils transportaient aussi les combattants Hmongs et effectuaient des missions au-dessus de la piste Ho Chi Minh, reconnaissances photographiques et bombardements. Le trafic d’opium qui servait à financer des opérations que ne pouvait financer le budget officiel est une certitude. L’image qu’a donnée d’eux le film Air America disconvient peut-être aux anciens car de toute évidence quand leurs avions repartaient des zones hmong chargés de sacs, ils ignoraient totalement ce qu’ ils contenaient ! L'objectif principal de la CIA au Laos était de faire une guerre secrète et non pas la police du commerce de la drogue disent les survivants !

 

La CIA opèrait depuis la « ville secrète » de Long Tieng, dans la province de Xieng Khouang, au nord-est du pays et à la frontière du Nord-Vietnam. 

227 - LA THAÏLANDE ENTRE EN GUERRE SECRÈTE AU LAOS AUX CȎTÉS DES ÉTATS-UNIS (1964 – 1975)
C’est à la fois la ville et la base de la CIA qui la désigne sous le nom de code de « Lima Site 98 ». Au plus fort de son activité dans les années 1960, elle a une population de 40.000 habitants, c’est la deuxième ville du Laos à l'époque après Vientiane mais elle n'est jamais apparu sur les cartes officielles à cette époque, l'aéroport étant simplement signalé comme une « piste de dégagement », utilisée pour les atterrissages en urgence. En 1962, la CIA établit le P.C. du général Vang Pao dans la vallée de Long Tieng alors à peine peuplée. En 1964, une piste d'atterrissage de 1.260 m de long est achevée, et en 1966 Long Tieng devient l'une des plus grandes installations américaines sur le sol étranger, et l'un des aéroports les plus fréquentés au monde.
227 - LA THAÏLANDE ENTRE EN GUERRE SECRÈTE AU LAOS AUX CȎTÉS DES ÉTATS-UNIS (1964 – 1975)

Quel fut le rôle de la Thaïlande ?

 

Elle a envoyé des « irréguliers », probablement tous volontaires, appartenant à des unités d’élite de l'Armée royale thaïlandaise. Portant des uniformes de l’armée royale du Laos, munis de faux papiers portant des noms laotiens, sous commandement de leurs officiers, ils étaient rémunérés par le bureau de la CIA d’Udonthani. Randolph, R. Sean évalue leur nombre au plus fort de leur intervention (1972) à 21.143 sans nous donner de précisions sur l’origine de ses calculs mais nous sommes proches de l’évaluation de Ruth (25.644). Arne Kislenko donne le chiffre de 21.400 Leur rôle, nous dit-il, a été fondamental dans la formation des combattants hmong, la couverture d’artillerie et la couverture aérienne.

 

227 - LA THAÏLANDE ENTRE EN GUERRE SECRÈTE AU LAOS AUX CȎTÉS DES ÉTATS-UNIS (1964 – 1975)

Si Sarit avait été plus ou moins réticent, Thanom Kittikachorn ne partageait pas ses réserves sur l'engagement américain. En mars 1964, Thanom autorise formellement les bombardements américains des sanctuaires ViêtCong et des routes d'approvisionnement au Laos à partir de bases thaïlandaises. Plus important encore, peu de temps après l’incident du golfe du Tonkin en août, il lève toutes les restrictions sur les sorties de combat américaines depuis la Thaïlande et donne à Washington la marge de manœuvre nécessaire pour étendre ses opérations secrètes en Indochine. Il autorise ensuite un détachement de la CIA basé à Udonthani (ce fut le projet « Waterpump) à effectuer des vols de reconnaissance et des missions de bombardement sur les avions d’Air America accompagnés de vols thaïs sur des appareils non marquées et sans identification. Mais c’est le ministre thaïlandais des Affaires étrangères Thanat Khoman qui autorise l’envoi de volontaires des forces spéciales thaïes, des unités de rangers, au Laos. 

227 - LA THAÏLANDE ENTRE EN GUERRE SECRÈTE AU LAOS AUX CȎTÉS DES ÉTATS-UNIS (1964 – 1975)

En juillet 1964, les forces anti-communistes, combattants hmong, volontaires thaïs sous uniforme lao attaquent les positions du Pathet lao près de Muong Soui, une position stratégique dans la plaine des Jarres, tous transportés par Air America, avec une couverture aérienne de l'USAF et de l’aviation thaïe dont les appareils sont frappés cette fois de la marque des forces aériennes du Laos. Nous retrouvons les forces thaïes lors d’une attaque de la base de Long Tieng par les forces nord-vietnamiennes à la fin de 1971, ils s'en approchent assez pour la bombarder la 31 décembre à 15 h 30. Quelques jours plus tard 19.000 combattants nord-vietnamiens lancent une attaque concertée à Long Tieng encerclant le site à partir des 4 points cardinaux. Ils capturent plusieurs installations, s’emparent de positions ennemies et installent des batteries antiaériennes. Mais les 10.000 défenseurs de Long Tieng, un mélange de HmongsThaïs et Laos refusent la reddition, ils sont renforcés au milieu du mois par un nouvel arrivage de volontaires thaïs et 1.200 francs-tireurs d'élite (Thaïs ?) venus du sud du Laos pilotés par la CIA. Après avoir subi des pertes évaluées entre un tiers et la moitié des effectifs, ils repoussent définitivement les forces communistes fin janvier.

227 - LA THAÏLANDE ENTRE EN GUERRE SECRÈTE AU LAOS AUX CȎTÉS DES ÉTATS-UNIS (1964 – 1975)

Mais le 27 janvier 1973, est signé l'accord de Paris sur le Vietnam. L'engagement militaire des Etats-Unis au Nord et au Sud-Vietnam a cessé. Les volontaires thaïs engagés au Vietnam sont depuis longtemps rentrés dans leurs foyers mais les combats au Laos ne cessent pas. Le dernier avant-poste défendant Long Tieng est tombé le 22 février 1975. Une évacuation est alors organisée par le général Heinie Aderholt, le dernier officier supérieur américain présent en Asie-du-sud-est. Une flotte hétéroclite d’appareils d’Air America réussit à évacuer une poignée de Hmongs et le Général Vang Pao qui de son exil californien jusqu’à sa mort en 2011 jura qu’il reviendrait. 

227 - LA THAÏLANDE ENTRE EN GUERRE SECRÈTE AU LAOS AUX CȎTÉS DES ÉTATS-UNIS (1964 – 1975)

Une résistance désespérée des derniers combattants hmongs abandonnés sur place s’effondre au bout de deux ans. Cet effondrement a été dévastateur pour eux, des dizaines de milliers ont été tués par les communistes les années qui suivirent. Certains ont réussi à fuir vers les camps de réfugiés en Thaïlande d’où ils ont finalement été rapatriés contre leur gré, et d'autres se sont fondus en Thaïlande comme immigrants illégaux. D’autres ont pu atteindre les États-Unis et il ne subsiste plus qu’une poignée de « Ravens ». Des actes de résistance sporadiques provenant des Hmongs ont toutefois perduré jusqu’au début de ce siècle, maquis misérables dans les hauts-plateaux et une série d’attentats à la bombe commis à Vientiane entre mars et mai 2000 leur ont été attribués (6).

227 - LA THAÏLANDE ENTRE EN GUERRE SECRÈTE AU LAOS AUX CȎTÉS DES ÉTATS-UNIS (1964 – 1975)

Mais notre propos n’est pas de nous attarder sur le sort des tribus hmong, aussi digne d’intérêt soit-il et encore moins sur le véritable génocide ethnique (« nous tirions sur tout ce qui bouge ») et culturel (destruction systématique des mégalithes de la plaine des Jarres) auquel se sont livrés les « Ravens » de la CIA. En ce qui concerne les volontaires thaïs, nous n’avons pu disposer que de quelques éléments épars, leur nombre et quelques opérations auxquels ils ont participé. Combien sont morts au combat ? Combien sont rentrés dans leur pays ? Sont-ils restés jusqu’au dernier combat ? Certains ont-ils rejoint les maquis hmongs ? Furent-ils des volontaires comme leurs camarades du Vietnam ou des mercenaires attirés par la cupidité ? Ces questions restent sans réponse à ce jour.

NOTES

 

(1) Si la guerre du Vietnam fut le premier conflit retransmis à la télévision, c'est le Laos voisin qui constitua entre 1962 et 1975 la cible d'une guerre aérienne interminable et démesurée, devenant le pays le plus bombardé de l'histoire. Cette « guerre secrète », l'opération la plus importante menée par la CIA, reste aujourd'hui encore largement ignorée. Nous y trouvons une allusion, trop brève malheureusement, sur les volontaires thaïs, des troupes d’élites venus encadrés et entraîner les Hmongs et participer en particulier à des opérations de pilonnage aériens contre les troupes du Pathetlao.

 

(2) C'est l'histoire imaginaire d’un pilote civil aux USA  privé de sa licence de vol à la suite d'une faute professionnelle, recruté par  la compagnie « Air America », compagnie aérienne privée mais propriété officieuse de la CIA et qui opère en Asie du Sud-Est pendant la Guerre du Viêt Nam. Il débarque au milieu d'une bande de pilotes plus ou moins aventuriers et se comportant volontiers comme des bandits mexicains : Ils effectuent des ravitaillements clandestins au Laos dans des conditions souvent périlleuses et sont impliqués dans le trafic d'héroïne mis sur pied par les responsables militaires américains avec la complicité des autorités locales.

 

(3) La Royal Thai Air Force qui a mis à disposition une base aérienne et du matériel américain utilisé pendant la guerre du Viêt Nam et toujours en service à l'époque du tournage (Fairchild C-123 Provider, Pilatus PC-6, Lockheed C-130 Hercules, Bell UH-1 Huey, Schweizer 300), matériel, repeint aux couleurs d'Air America.

 

(4) « The CIA's Vietnam Histories - Newly-Declassified CIA Histories Show Its Involvement in Every Aspect of the Indochina War National Security Archive Electronic Briefing Book No. 283 6 Posted - August 26, 2009 »  : http://nsarchive.gwu.edu/NSAEBB/NSAEBB284/ et pour la partie qui nous intéresse :  http://nsarchive.gwu.edu/NSAEBB/NSAEBB284/6-UNDERCOVER_ARMIES.pdf  et pour la guerre aérienne et les missions « humanitaires » de la CIA  (« FIGHTING THE WAR IN SOUTHEAST ASIA, 1961-1973 - Air Force Histories Reveal CIA Role in Laos, CIA Air Strike Missions, New Evidence on Nuclear Weapons, Air Force Policy Disputes, During Vietnam War Years») : http://nsarchive.gwu.edu/NSAEBB/NSAEBB248/.

 

(5)

« CIA Air Operations in Laos, 1955-1974 - Supporting the "Secret War” » par William M. Leary, un universitaire et historien américain, une publication de la CIA : https://www.cia.gov/library/center-for-the-study-of-intelligence/csi-publications/csi-studies/studies/winter99-00/art7.html

Randolph, R. Sean : «  The United States and Thailand Alliance dynamics 1950-1985 » («  Les États-Unis et de la Thaïlande: la dynamique de l'alliance, 1950-1985 »). Berkeley : Institut d'études asiatiques, Université de Californie, 1986 - documents de recherche et d'études politiques – ISBN 0-912966-92-0.

Don Moody, un journaliste, « Secret Soldiers-Shadow Warriors - Portraits in Courage - Snapshot of Special Operations from 1966 to 2002 » dont un chapitre est consacré au Laos.

John Stockwell « THE SECRET WARS OF THE CIA », les souvenirs d’un veteran, numérisés: http://www.serendipity.li/cia/stock1.html.

Arne Kislenko, historien et universitaire: « A Not So Silent Partner: 
Thailand's Role in Covert Operations, Counter-Insurgency, and the Wars in Indochina
» in «The journal of the conflict studies » volume 24, n° 1, juillet 2004.

Alfred W. McCoy, autre historien et universitaire, « The Politics of Heroin in Southeast Asia » publié en 1972 (ISBN 0-06-012901-8). La CIA a tenté sans succès en 1972 de faire interdire la publication du livre « pour des raisons de sécurité nationale ». La publication a néanmoins eu lieu et fut à l’origine de la création de commissions d’enquête parlementaires devant lesquelles McCoy a témoigné à titre de témoin. Tous les témoins de la CIA nièrent évidemment toute implication dans des activités illégales.

 

(6) http://laosonline.free.fr/david060500.html

***

Les archives « declassifiées » de la CIA » sont accessibles sans difficultés sur le site de la NSA :  http://nsarchive.gwu.edu/index.html. En particulier : http://nsarchive.gwu.edu/NSAEBB/NSAEBB284/ http://nsarchive.gwu.edu/NSAEBB/NSAEBB248/

 

 

Dans un autre document déclassé de 409 pages, très exactement notre sujet,  intitulé « The war in northern Laos », une vingtaine de pages entièrement blanchies portent la mention « this page is blank », dix fois plus de paragraphes sont également tout au long du texte blanchis, il n’est fait mention de la CIA que dans la table des matières mais le paragraphe est blanchi (page 391), ce qui concerne la base aérienne d’Udonthani dans la table des matières est également caviardé » (page 399) », il  n’est fait mention que de l’intervention de quatre volontaires thaïs…Un « oubli » des censeurs ? Et Air America y est présentée comme assurant des missions de « réapprovisionnement ».

 

Mais plusieurs études effectuées sur la base de recherches sur les dizaines de milliers de pages de ces archives ont été publiés et nous ont permis d’y voir au moins pour une petite partie un peu plus clair (5).

 

Pouvons-nous en faire une synthèse ?

 

La plus grande opération paramilitaire jamais entreprises par la CIA (à cette date, il y en eut d’autres) a eu lieu dans le petit royaume du Laos. L’'Agence a dirigé pendant 13 ans des forces indigènes qui ont combattu les grandes unités nord-vietnamiennes et ont provisoirement arrêté leur progression même si le pays a fini par tomber entre les mains des communistes. En 1962, la « deuxième Convention de Genève » avait réglé de jure la neutralité du royaume du Laos sous couvert des Soviétiques et des Américains. Mais de facto, le Laos était  menacé par le Nord-Vietnam qui apportait un soutien massif au Pathet Lao communiste. La CIA en 1963 fut chargée d’organiser la défense armée de la neutralité du royaume mais la guerre ne pouvait qu’être secrète sauf à constituer une violation des termes de l’accord de 1962. Dès 1960 toutefois, sous l’administration Kennedy, elle avait participé à la formation et à l'armement des forces tribales, surtout les Hmong qui haïssaient tout à la fois les communistes et les Vietnamiens. C’est ainsi qu’au plus fort de la guerre du Vietnam une grande partie du Laos est restée « sous contrôle », bien que sur ses frontières au sud-est court la piste Ho Chi Minh. Les troupes Hmong sous la direction d’un chef de guerre, le général Vang Pao, auraient alors comporté 80.000 soldats. Cette « guerre secrète» est restée longtemps inconnue du Congrès quoiqu’elle ait été approuvée par trois présidents, Kennedy, Johnson et Nixon. Ces opérations clandestines étaient effectuées via Air America dont la CIA était secrètement propriétaire. Ses employés, tous volontaires, n’étaient donc pas des combattants sous uniforme. Elle disposait au Laos de deux douzaines de bimoteurs et de 30 hélicoptères destinés aux opérations au Laos. Il y avait plus de 300 pilotes, copilotes, mécaniciens de bord, tous « civils » qui depuis le Laos et la Thaïlande parachutaient des vivres et de l’armement, ce que ses pilotes appelaient le « riz dur ». Ils transportaient aussi les combattants Hmongs et effectuaient des missions au-dessus de la piste Ho Chi Minh, reconnaissances photographiques et bombardements. Le trafic d’opium qui servait à financer des opérations que ne pouvait financer le budget officiel est une certitude. L’image qu’a donnée d’eux le film Air America disconvient peut-être aux anciens car de toute évidence quand leurs avions repartaient des zones hmong chargés de sacs, ils ignoraient totalement ce qu’ ils contenaient ! L'objectif principal de la CIA au Laos était de faire une guerre secrète et non pas la police du commerce de la drogue disent les survivants !

 

La CIA opèrait depuis la « ville secrète » de Long Tieng, dans la province de Xieng Khouang, au nord-est du pays et à la frontière du Nord-Vietnam. C’est à la fois la ville et la base de la CIA qui la désigne sous le nom de code de « Lima Site 98 ». Au plus fort de son activité dans les années 1960, elle a une population de 40.000 habitants, c’est la deuxième ville du Laos à l'époque après Vientiane mais elle n'est jamais apparu sur les cartes officielles à cette époque, l'aéroport étant simplement signalé comme une « piste de dégagement », utilisée pour les atterrissages en urgence. En 1962, la CIA établit le P.C. du général Vang Pao dans la vallée de Long Tieng alors à peine peuplée. En 1964, une piste d'atterrissage de 1.260 m de long est achevée, et en 1966 Long Tieng devient l'une des plus grandes installations américaines sur le sol étranger, et l'un des aéroports les plus fréquentés au monde.

 

Quel fut le rôle de la Thaïlande ?

 

Elle a envoyé des « irréguliers », probablement tous volontaires, appartenant à des unités d’élite de l'Armée royale thaïlandaise. Portant des uniformes de l’armée royale du Laos, munis de faux papiers portant des noms laotiens, sous commandement de leurs officiers, ils étaient rémunérés par le bureau de la CIA d’Udonthani. Randolph, R. Sean évalue leur nombre au plus fort de leur intervention (1972) à 21.143 sans nous donner de précisions sur l’origine de ses calculs mais nous sommes proches de l’évaluation de Ruth (25.644). Arne Kislenko donne le chiffre de 21.400 Leur rôle, nous dit-il, a été fondamental dans la formation des combattants hmong, la couverture d’artillerie et la couverture aérienne.

 

Si Sarit avait été plus ou moins réticent, Thanom Kittikachorn ne partageait pas ses réserves sur l'engagement américain. En mars 1964, Thanom autorise formellement les bombardements américains des sanctuaires Viêt-Cong et des routes d'approvisionnement au Laos à partir de bases thaïlandaises. Plus important encore, peu de temps après l’incident du golfe du Tonkin en août, il lève toutes les restrictions sur les sorties de combat américaines depuis la Thaïlande et donne à Washington la marge de manœuvre nécessaire pour étendre ses opérations secrètes en Indochine. Il autorise ensuite un détachement de la CIA basé à Udonthani (ce fut le projet « Waterpump) à effectuer des vols de reconnaissance et des missions de bombardement sur les avions d’Air America accompagnés de vols thaïs sur des appareils non marquées et sans identification. Mais c’est le ministre thaïlandais des Affaires étrangères Thanat Khoman qui autorise l’envoi de volontaires des forces spéciales thaïes, des unités de rangers, au Laos. En juillet 1964, les forces anti-communistes, combattants hmong, volontaires thaïs sous uniforme lao attaquent les positions du Pathet lao près de Muong Soui, une position stratégique dans la plaine des Jarres, tous transportés par Air America, avec une couverture aérienne de l'USAF et de l’aviation thaïe dont les appareils sont frappés cette fois de la marque des forces aériennes du Laos. Nous retrouvons les forces thaïes lors d’une attaque de la base de Long Tieng par les forces nord-vietnamiennes à la fin de 1971, ils s'en approchent assez pour la bombarder la 31 décembre à 15 h 30. Quelques jours plus tard 19.000 combattants nord-vietnamiens lancent une attaque concertée à Long Tieng encerclant le site à partir des 4 points cardinaux. Ils capturent plusieurs installations, s’emparent de positions ennemies et installent des batteries antiaériennes. Mais les 10.000 défenseurs de Long Tieng, un mélange de HmongsThaïs et Laos refusent la reddition, ils sont renforcés au milieu du mois par un nouvel arrivage de volontaires thaïs et 1.200 francs-tireurs d'élite (Thaïs ?) venus du sud du Laos pilotés par la CIA. Après avoir subi des pertes évaluées entre un tiers et la moitié des effectifs, ils repoussent définitivement les forces communistes fin janvier.

 

Mais le 27 janvier 1973, est signé l'accord de Paris sur le Vietnam. L'engagement militaire des Etats-Unis au Nord et au Sud-Vietnam a cessé. Les volontaires thaïs engagés au Vietnam sont depuis longtemps rentrés dans leurs foyers mais les combats au Laos ne cessent pas. Le dernier avant-poste défendant Long Tieng est tombé le 22 février 1975. Une évacuation est alors organisée par le général Heinie Aderholt, le dernier officier supérieur américain présent en Asie-du-sud-est. Une flotte hétéroclite d’appareils d’Air America réussit à évacuer une poignée de Hmongs et le Général Vang Pao qui de son exil californien jusqu’à sa mort en 2011 jura qu’il reviendrait. Une résistance désespérée des derniers combattants hmongs abandonnés sur place s’effondre au bout de deux ans. Cet effondrement a été dévastateur pour eux, des dizaines de milliers ont été tués par les communistes les années qui suivirent. Certains ont réussi à fuir vers les camps de réfugiés en Thaïlande d’où ils ont finalement été rapatriés contre leur gré, et d'autres se sont fondus en Thaïlande comme immigrants illégaux. D’autres ont pu atteindre les États-Unis et il ne subsiste plus qu’une poignée de « Ravens ». Des actes de résistance sporadiques provenant des Hmongs ont toutefois perduré jusqu’au début de ce siècle, maquis misérables dans les hauts-plateaux et une série d’attentats à la bombe commis à Vientiane entre mars et mai 2000 leur ont été attribués (6).

 

Mais notre propos n’est pas de nous attarder sur le sort des tribus hmong, aussi digne d’intérêt soit-il et encore moins sur le véritable génocide ethnique (« nous tirions sur tout ce qui bouge ») et culturel (destruction systématique des mégalithes de la plaine des Jarres) auquel se sont livrés les « Ravens » de la CIA. En ce qui concerne les volontaires thaïs, nous n’avons pu disposer que de quelques éléments épars, leur nombre et quelques opérations auxquels ils ont participé. Combien sont morts au combat ? Combien sont rentrés dans leur pays ? Sont-ils restés jusqu’au dernier combat ? Certains ont-ils rejoint les maquis hmongs ? Furent-ils des volontaires comme leurs camarades du Vietnam ou des mercenaires attirés par la cupidité ? Ces questions restent sans réponse à ce jour.

 

NOTES

 

(1) Si la guerre du Vietnam fut le premier conflit retransmis à la télévision, c'est le Laos voisin qui constitua entre 1962 et 1975 la cible d'une guerre aérienne interminable et démesurée, devenant le pays le plus bombardé de l'histoire. Cette « guerre secrète », l'opération la plus importante menée par la CIA, reste aujourd'hui encore largement ignorée. Nous y trouvons une allusion, trop brève malheureusement, sur les volontaires thaïs, des troupes d’élites venus encadrés et entraîner les Hmongs et participer en particulier à des opérations de pilonnage aériens contre les troupes du Pathetlao.

 

(2) C'est l'histoire imaginaire d’un pilote civil aux USA  privé de sa licence de vol à la suite d'une faute professionnelle, recruté par  la compagnie « Air America », compagnie aérienne privée mais propriété officieuse de la CIA et qui opère en Asie du Sud-Est pendant la Guerre du Viêt Nam. Il débarque au milieu d'une bande de pilotes plus ou moins aventuriers et se comportant volontiers comme des bandits mexicains : Ils effectuent des ravitaillements clandestins au Laos dans des conditions souvent périlleuses et sont impliqués dans le trafic d'héroïne mis sur pied par les responsables militaires américains avec la complicité des autorités locales.

 

(3) La Royal Thai Air Force qui a mis à disposition une base aérienne et du matériel américain utilisé pendant la guerre du Viêt Nam et toujours en service à l'époque du tournage (Fairchild C-123 ProviderPilatus PC-6Lockheed C-130 Hercules, Bell UH-1 HueySchweizer 300), matériel, repeint aux couleurs d'Air America.

 

(4) « The CIA's Vietnam Histories - Newly-Declassified CIA Histories Show Its Involvement in Every Aspect of the Indochina War National Security Archive Electronic Briefing Book No. 283 6 Posted - August 26, 2009 »  : http://nsarchive.gwu.edu/NSAEBB/NSAEBB284/ et pour la partie qui nous intéresse :  http://nsarchive.gwu.edu/NSAEBB/NSAEBB284/6-UNDERCOVER_ARMIES.pdf  et pour la guerre aérienne et les missions « humanitaires » de la CIA  (« FIGHTING THE WAR IN SOUTHEAST ASIA, 1961-1973 - Air Force Histories Reveal CIA Role in Laos, CIA Air Strike Missions, New Evidence on Nuclear Weapons, Air Force Policy Disputes, During Vietnam War Years») : http://nsarchive.gwu.edu/NSAEBB/NSAEBB248/.

 

(5)

« CIA Air Operations in Laos, 1955-1974 - Supporting the "Secret War” » par William M. Leary, un universitaire et historien américain, une publication de la CIA : https://www.cia.gov/library/center-for-the-study-of-intelligence/csi-publications/csi-studies/studies/winter99-00/art7.html

Randolph, R. Sean : «  The United States and Thailand Alliance dynamics 1950-1985 » («  Les États-Unis et de la Thaïlande: la dynamique de l'alliance, 1950-1985 »). Berkeley : Institut d'études asiatiques, Université de Californie, 1986 - documents de recherche et d'études politiques – ISBN 0-912966-92-0.

Don Moody, un journaliste, « Secret Soldiers-Shadow Warriors - Portraits in Courage - Snapshot of Special Operations from 1966 to 2002 » dont un chapitre est consacré au Laos.

John Stockwell « THE SECRET WARS OF THE CIA », les souvenirs d’un veteran, numérisés: http://www.serendipity.li/cia/stock1.html.

Arne Kislenko, historien et universitaire: « A Not So Silent Partner: 
Thailand's Role in Covert Operations, Counter-Insurgency, and the Wars in Indochina
 » in «The journal of the conflict studies » volume 24, n° 1, juillet 2004.

Alfred W. McCoyautre historien et universitaire, « The Politics of Heroin in Southeast Asia » publié en 1972 (ISBN 0-06-012901-8). La CIA a tenté sans succès en 1972 de faire interdire la publication du livre « pour des raisons de sécurité nationale ». La publication a néanmoins eu lieu et fut à l’origine de la création de commissions d’enquête parlementaires devant lesquelles McCoy a témoigné à titre de témoin. Tous les témoins de la CIA nièrent évidemment toute implication dans des activités illégales.

 

(6) http://laosonline.free.fr/david060500.html

 

Dans un autre document déclassé de 409 pages, très exactement notre sujet,  intitulé « The war in northern Laos », une vingtaine de pages entièrement blanchies portent la mention « this page is blank », dix fois plus de paragraphes sont également tout au long du texte blanchis, il n’est fait mention de la CIA que dans la table des matières mais le paragraphe est blanchi (page 391), ce qui concerne la base aérienne d’Udonthani dans la table des matières est également caviardé » (page 399) », il  n’est fait mention que de l’intervention de quatre volontaires thaïs…Un « oubli » des censeurs ? Et Air America y est présentée comme assurant des missions de « réapprovisionnement ».

 

Mais plusieurs études effectuées sur la base de recherches sur les dizaines de milliers de pages de ces archives ont été publiés et nous ont permis d’y voir au moins pour une petite partie un peu plus clair (5).

 

Pouvons-nous en faire une synthèse ?

 

La plus grande opération paramilitaire jamais entreprises par la CIA (à cette date, il y en eut d’autres) a eu lieu dans le petit royaume du Laos. L’'Agence a dirigé pendant 13 ans des forces indigènes qui ont combattu les grandes unités nord-vietnamiennes et ont provisoirement arrêté leur progression même si le pays a fini par tomber entre les mains des communistes. En 1962, la « deuxième Convention de Genève » avait réglé de jure la neutralité du royaume du Laos sous couvert des Soviétiques et des Américains. Mais de facto, le Laos était  menacé par le Nord-Vietnam qui apportait un soutien massif au Pathet Lao communiste. La CIA en 1963 fut chargée d’organiser la défense armée de la neutralité du royaume mais la guerre ne pouvait qu’être secrète sauf à constituer une violation des termes de l’accord de 1962. Dès 1960 toutefois, sous l’administration Kennedy, elle avait participé à la formation et à l'armement des forces tribales, surtout les Hmong qui haïssaient tout à la fois les communistes et les Vietnamiens. C’est ainsi qu’au plus fort de la guerre du Vietnam une grande partie du Laos est restée « sous contrôle », bien que sur ses frontières au sud-est court la piste Ho Chi Minh. Les troupes Hmong sous la direction d’un chef de guerre, le général Vang Pao, auraient alors comporté 80.000 soldats. Cette « guerre secrète» est restée longtemps inconnue du Congrès quoiqu’elle ait été approuvée par trois présidents, Kennedy, Johnson et Nixon. Ces opérations clandestines étaient effectuées via Air America dont la CIA était secrètement propriétaire. Ses employés, tous volontaires, n’étaient donc pas des combattants sous uniforme. Elle disposait au Laos de deux douzaines de bimoteurs et de 30 hélicoptères destinés aux opérations au Laos. Il y avait plus de 300 pilotes, copilotes, mécaniciens de bord, tous « civils » qui depuis le Laos et la Thaïlande parachutaient des vivres et de l’armement, ce que ses pilotes appelaient le « riz dur ». Ils transportaient aussi les combattants Hmongs et effectuaient des missions au-dessus de la piste Ho Chi Minh, reconnaissances photographiques et bombardements. Le trafic d’opium qui servait à financer des opérations que ne pouvait financer le budget officiel est une certitude. L’image qu’a donnée d’eux le film Air America disconvient peut-être aux anciens car de toute évidence quand leurs avions repartaient des zones hmong chargés de sacs, ils ignoraient totalement ce qu’ ils contenaient ! L'objectif principal de la CIA au Laos était de faire une guerre secrète et non pas la police du commerce de la drogue disent les survivants !

 

La CIA opèrait depuis la « ville secrète » de Long Tieng, dans la province de Xieng Khouang, au nord-est du pays et à la frontière du Nord-Vietnam. C’est à la fois la ville et la base de la CIA qui la désigne sous le nom de code de « Lima Site 98 ». Au plus fort de son activité dans les années 1960, elle a une population de 40.000 habitants, c’est la deuxième ville du Laos à l'époque après Vientiane mais elle n'est jamais apparu sur les cartes officielles à cette époque, l'aéroport étant simplement signalé comme une « piste de dégagement », utilisée pour les atterrissages en urgence. En 1962, la CIA établit le P.C. du général Vang Pao dans la vallée de Long Tieng alors à peine peuplée. En 1964, une piste d'atterrissage de 1.260 m de long est achevée, et en 1966 Long Tieng devient l'une des plus grandes installations américaines sur le sol étranger, et l'un des aéroports les plus fréquentés au monde.

 

Quel fut le rôle de la Thaïlande ?

 

Elle a envoyé des « irréguliers », probablement tous volontaires, appartenant à des unités d’élite de l'Armée royale thaïlandaise. Portant des uniformes de l’armée royale du Laos, munis de faux papiers portant des noms laotiens, sous commandement de leurs officiers, ils étaient rémunérés par le bureau de la CIA d’Udonthani. Randolph, R. Sean évalue leur nombre au plus fort de leur intervention (1972) à 21.143 sans nous donner de précisions sur l’origine de ses calculs mais nous sommes proches de l’évaluation de Ruth (25.644). Arne Kislenko donne le chiffre de 21.400 Leur rôle, nous dit-il, a été fondamental dans la formation des combattants hmong, la couverture d’artillerie et la couverture aérienne.

 

Si Sarit avait été plus ou moins réticent, Thanom Kittikachorn ne partageait pas ses réserves sur l'engagement américain. En mars 1964, Thanom autorise formellement les bombardements américains des sanctuaires Viêt-Cong et des routes d'approvisionnement au Laos à partir de bases thaïlandaises. Plus important encore, peu de temps après l’incident du golfe du Tonkin en août, il lève toutes les restrictions sur les sorties de combat américaines depuis la Thaïlande et donne à Washington la marge de manœuvre nécessaire pour étendre ses opérations secrètes en Indochine. Il autorise ensuite un détachement de la CIA basé à Udonthani (ce fut le projet « Waterpump) à effectuer des vols de reconnaissance et des missions de bombardement sur les avions d’Air America accompagnés de vols thaïs sur des appareils non marquées et sans identification. Mais c’est le ministre thaïlandais des Affaires étrangères Thanat Khoman qui autorise l’envoi de volontaires des forces spéciales thaïes, des unités de rangers, au Laos. En juillet 1964, les forces anti-communistes, combattants hmong, volontaires thaïs sous uniforme lao attaquent les positions du Pathet lao près de Muong Soui, une position stratégique dans la plaine des Jarres, tous transportés par Air America, avec une couverture aérienne de l'USAF et de l’aviation thaïe dont les appareils sont frappés cette fois de la marque des forces aériennes du Laos. Nous retrouvons les forces thaïes lors d’une attaque de la base de Long Tieng par les forces nord-vietnamiennes à la fin de 1971, ils s'en approchent assez pour la bombarder la 31 décembre à 15 h 30. Quelques jours plus tard 19.000 combattants nord-vietnamiens lancent une attaque concertée à Long Tieng encerclant le site à partir des 4 points cardinaux. Ils capturent plusieurs installations, s’emparent de positions ennemies et installent des batteries antiaériennes. Mais les 10.000 défenseurs de Long Tieng, un mélange de HmongsThaïs et Laos refusent la reddition, ils sont renforcés au milieu du mois par un nouvel arrivage de volontaires thaïs et 1.200 francs-tireurs d'élite (Thaïs ?) venus du sud du Laos pilotés par la CIA. Après avoir subi des pertes évaluées entre un tiers et la moitié des effectifs, ils repoussent définitivement les forces communistes fin janvier.

 

Mais le 27 janvier 1973, est signé l'accord de Paris sur le Vietnam. L'engagement militaire des Etats-Unis au Nord et au Sud-Vietnam a cessé. Les volontaires thaïs engagés au Vietnam sont depuis longtemps rentrés dans leurs foyers mais les combats au Laos ne cessent pas. Le dernier avant-poste défendant Long Tieng est tombé le 22 février 1975. Une évacuation est alors organisée par le général Heinie Aderholt, le dernier officier supérieur américain présent en Asie-du-sud-est. Une flotte hétéroclite d’appareils d’Air America réussit à évacuer une poignée de Hmongs et le Général Vang Pao qui de son exil californien jusqu’à sa mort en 2011 jura qu’il reviendrait. Une résistance désespérée des derniers combattants hmongs abandonnés sur place s’effondre au bout de deux ans. Cet effondrement a été dévastateur pour eux, des dizaines de milliers ont été tués par les communistes les années qui suivirent. Certains ont réussi à fuir vers les camps de réfugiés en Thaïlande d’où ils ont finalement été rapatriés contre leur gré, et d'autres se sont fondus en Thaïlande comme immigrants illégaux. D’autres ont pu atteindre les États-Unis et il ne subsiste plus qu’une poignée de « Ravens ». Des actes de résistance sporadiques provenant des Hmongs ont toutefois perduré jusqu’au début de ce siècle, maquis misérables dans les hauts-plateaux et une série d’attentats à la bombe commis à Vientiane entre mars et mai 2000 leur ont été attribués (6).

 

Mais notre propos n’est pas de nous attarder sur le sort des tribus hmong, aussi digne d’intérêt soit-il et encore moins sur le véritable génocide ethnique (« nous tirions sur tout ce qui bouge ») et culturel (destruction systématique des mégalithes de la plaine des Jarres) auquel se sont livrés les « Ravens » de la CIA. En ce qui concerne les volontaires thaïs, nous n’avons pu disposer que de quelques éléments épars, leur nombre et quelques opérations auxquels ils ont participé. Combien sont morts au combat ? Combien sont rentrés dans leur pays ? Sont-ils restés jusqu’au dernier combat ? Certains ont-ils rejoint les maquis hmongs ? Furent-ils des volontaires comme leurs camarades du Vietnam ou des mercenaires attirés par la cupidité ? Ces questions restent sans réponse à ce jour.

 

NOTES

 

(1) Si la guerre du Vietnam fut le premier conflit retransmis à la télévision, c'est le Laos voisin qui constitua entre 1962 et 1975 la cible d'une guerre aérienne interminable et démesurée, devenant le pays le plus bombardé de l'histoire. Cette « guerre secrète », l'opération la plus importante menée par la CIA, reste aujourd'hui encore largement ignorée. Nous y trouvons une allusion, trop brève malheureusement, sur les volontaires thaïs, des troupes d’élites venus encadrés et entraîner les Hmongs et participer en particulier à des opérations de pilonnage aériens contre les troupes du Pathetlao.

 

(2) C'est l'histoire imaginaire d’un pilote civil aux USA  privé de sa licence de vol à la suite d'une faute professionnelle, recruté par  la compagnie « Air America », compagnie aérienne privée mais propriété officieuse de la CIA et qui opère en Asie du Sud-Est pendant la Guerre du Viêt Nam. Il débarque au milieu d'une bande de pilotes plus ou moins aventuriers et se comportant volontiers comme des bandits mexicains : Ils effectuent des ravitaillements clandestins au Laos dans des conditions souvent périlleuses et sont impliqués dans le trafic d'héroïne mis sur pied par les responsables militaires américains avec la complicité des autorités locales.

 

(3) La Royal Thai Air Force qui a mis à disposition une base aérienne et du matériel américain utilisé pendant la guerre du Viêt Nam et toujours en service à l'époque du tournage (Fairchild C-123 ProviderPilatus PC-6Lockheed C-130 Hercules, Bell UH-1 HueySchweizer 300), matériel, repeint aux couleurs d'Air America.

 

(4) « The CIA's Vietnam Histories - Newly-Declassified CIA Histories Show Its Involvement in Every Aspect of the Indochina War National Security Archive Electronic Briefing Book No. 283 6 Posted - August 26, 2009 »  : http://nsarchive.gwu.edu/NSAEBB/NSAEBB284/ et pour la partie qui nous intéresse :  http://nsarchive.gwu.edu/NSAEBB/NSAEBB284/6-UNDERCOVER_ARMIES.pdf  et pour la guerre aérienne et les missions « humanitaires » de la CIA  (« FIGHTING THE WAR IN SOUTHEAST ASIA, 1961-1973 - Air Force Histories Reveal CIA Role in Laos, CIA Air Strike Missions, New Evidence on Nuclear Weapons, Air Force Policy Disputes, During Vietnam War Years») : http://nsarchive.gwu.edu/NSAEBB/NSAEBB248/.

 

(5)

« CIA Air Operations in Laos, 1955-1974 - Supporting the "Secret War” » par William M. Leary, un universitaire et historien américain, une publication de la CIA : https://www.cia.gov/library/center-for-the-study-of-intelligence/csi-publications/csi-studies/studies/winter99-00/art7.html

Randolph, R. Sean : «  The United States and Thailand Alliance dynamics 1950-1985 » («  Les États-Unis et de la Thaïlande: la dynamique de l'alliance, 1950-1985 »). Berkeley : Institut d'études asiatiques, Université de Californie, 1986 - documents de recherche et d'études politiques – ISBN 0-912966-92-0.

Don Moody, un journaliste, « Secret Soldiers-Shadow Warriors - Portraits in Courage - Snapshot of Special Operations from 1966 to 2002 » dont un chapitre est consacré au Laos.

John Stockwell « THE SECRET WARS OF THE CIA », les souvenirs d’un veteran, numérisés: http://www.serendipity.li/cia/stock1.html.

Arne Kislenko, historien et universitaire: « A Not So Silent Partner: 
Thailand's Role in Covert Operations, Counter-Insurgency, and the Wars in Indochina
 » in «The journal of the conflict studies » volume 24, n° 1, juillet 2004.

Alfred W. McCoyautre historien et universitaire, « The Politics of Heroin in Southeast Asia » publié en 1972 (ISBN 0-06-012901-8). La CIA a tenté sans succès en 1972 de faire interdire la publication du livre « pour des raisons de sécurité nationale ». La publication a néanmoins eu lieu et fut à l’origine de la création de commissions d’enquête parlementaires devant lesquelles McCoy a témoigné à titre de témoin. Tous les témoins de la CIA nièrent évidemment toute implication dans des activités illégales.

 

(6) http://laosonline.free.fr/david060500.html

 

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