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  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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15 juin 2016 3 15 /06 /juin /2016 18:03
233 - CHAITCHAI CHUNHAVAN, 1er MINISTRE (8 AOÛT 1988 - 9 DÉCEMBRE 1990), « MISTER NO PROBLEM ».

Chatchai  Chunhawan  (ชาติชาย ชุณหะวัณ) fut premier ministre du 4 août 1988 au  9 décembre 1990 et du 9 décembre 1990 au 9 janvier 1991, moins de deux ans et demi, après avoir été vice-premier ministre de Prem son prédécesseur. Le 15 avril 1988, une motion de censure avait été déposée à la Chambre des représentants par les partis d'opposition et les débats fixés au 9 mai. Cependant, le 29 avril, le roi dissout le parlement à la demande probable de Prem qui n’était plus assuré de la cohésion dans son propre camp divisé par un différend concernant un projet de loi sur les droits d'auteur. Prem a quitté ses fonctions le 3 août 1988 assurant la gestion des affaires courantes jusqu’à la désignation de son successeur, lui-même ayant probablement décliné l’offre de Chatchai de le faire se succéder à lui-même.

 

Nous connaissons (1) le résultat de ces élections qui se sont déroulé le 29 juillet. Il est difficile de parler de « triomphe » du parti « de la nation thaïe » (พรรคชาติไทย)...

233 - CHAITCHAI CHUNHAVAN, 1er MINISTRE (8 AOÛT 1988 - 9 DÉCEMBRE 1990), « MISTER NO PROBLEM ».

... de Chunhavan puisqu’il ne fait élire que 87 députés sur les 357, mais il a des alliés, le « parti de l’action sociale » (พรรคกิจสังคม) ...

233 - CHAITCHAI CHUNHAVAN, 1er MINISTRE (8 AOÛT 1988 - 9 DÉCEMBRE 1990), « MISTER NO PROBLEM ».

... en recueille 53, « le parti des Thaïs » (พรรครวมไทย)...

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...en a 34,  le  « Parti de la population (ratsadon) » (พรรคราษฎร)....

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..en obtient 21, le « parti de la Thaïlande » (พรรคประชากรไทย)...

 

233 - CHAITCHAI CHUNHAVAN, 1er MINISTRE (8 AOÛT 1988 - 9 DÉCEMBRE 1990), « MISTER NO PROBLEM ».

...31, et le nouveau « Palang Dharma » - la force de la vertu – (พรรคพลังธรรม)...

 

233 - CHAITCHAI CHUNHAVAN, 1er MINISTRE (8 AOÛT 1988 - 9 DÉCEMBRE 1990), « MISTER NO PROBLEM ».

... y ajoute 15 nouveaux venus, ce qui va lui assurer un solide majorité aux assises beaucoup plus rurales que citadines. La participation a en tous cas été massive (16.944.931 sur 26.658.637 soit 63,56 %). Il faut noter que malgré la présence de 16 partis en lice et celle de plus de 3.606 candidats dont 366 femmes (dont seules 5 seront élues), il s’est tout de même trouvé près de 600.000 électeurs ayant voté blanc ou nul ce qui peut être considéré comme un signe de rejet au moins sur le plan local ? Ce n’est pas une assemblée de jeunes (2) et sa composition sociologique ne semble pas la rapprocher de la « Thaïlande d’en bas » (3).

233 - CHAITCHAI CHUNHAVAN, 1er MINISTRE (8 AOÛT 1988 - 9 DÉCEMBRE 1990), « MISTER NO PROBLEM ».

Chatchai devint donc premier ministre à la suite d’une élection régulière par une chambre des députés élue au bénéfice d’une participation électorale flatteuse, le premier depuis 12 ans.

 

En remontant à la source, peut-on dire que ces élections ont été régulières au sens où nous l’entendons mais avec nos yeux d’occidentaux et un recul de près de trente ans ?

 

Les candidats sont élus au bénéfice de leur influence personnelle, et d’un « relationnel », les chefs de village, les chefs de district, les notables locaux - usuriers, propriétaires d'usines, propriétaires de maisons de jeu, grands propriétaires terriens - aux positions économiques et sociales dominantes eux-mêmes bien connectés avec les électeurs locaux par le biais de la parenté et des liens d'amitié. Il faut aussi parler des « distributions de cadeaux », que ce soit des billets de banque ou des distributions en nature (fournitures de produits agricoles), sans parler des distributions de faveurs mais aussi des menaces ou des violences physiques qui ne sont pas inexistantes (4). 

233 - CHAITCHAI CHUNHAVAN, 1er MINISTRE (8 AOÛT 1988 - 9 DÉCEMBRE 1990), « MISTER NO PROBLEM ».
Il est bien évident que NON mais cela ne semble apparemment choquer personne. Ce que nous appellerions chez nous de « graves irrégularités » appartient alors aux règles du jeu, et il est probable que celles de Pierre contrebalancent celles de Paul. Nous n’avons pas connaissance qu’il y ait existé un contentieux pour contester les résultats et les pays porteurs de la « bonne conscience universelle » n’ont pas alors pris l’habitude d’envoyer des observateurs dans les pays « émergents » pour s’interroger sur le déroulement des scrutins. La population vit encore dans son immense majorité (80 %) dans l’un des 50 ou 60.000 villages dont la population dépasse rarement quelques centaines d’habitants (5). L’influence des notables, des élus locaux, des abbés du temple, les liens de famille, d’amitié ou de subordination ont une importance qu’ils ont perdue dans nos campagnes depuis des décennies (6). Gardons-nous de l'erreur qui consiste à examiner les mœurs des campagnes thaïes en se référant aux nôtres, il faut pour en parler faire abstraction de nos préjugés. Nous sommes ici – curieusement – proches de la « gens » romaine, groupe social beaucoup plus étendu qu’une famille ou du « génos » (γένος) des Grecs. Les Thaïs qui quittent leurs rizières pour aller chercher fortune dans les villes retournent encore systématiquement, et toujours, au village pour participer aux élections (quand il y en a évidemment).
233 - CHAITCHAI CHUNHAVAN, 1er MINISTRE (8 AOÛT 1988 - 9 DÉCEMBRE 1990), « MISTER NO PROBLEM ».

La carrière militaire, diplomatique et politique d’un « play boy » atypique.

 

Il est né le 5 avril 1920 à Phlapphlachai (พลับพลาไชย), un district de la province d’Ayuthaya. Son père, d’origine chinoise, appartient aux hautes sphères de la société, « Chomphon » (field masrshal) Phin  Chunhawan (จอมพลผิน ชุณหะวัณ) est l’un des 8 « field marshall » de l’histoire du pays qui n’en compte que 13, chef de file de plusieurs coups d’état notamment celui de 1947 qui cimenta de longues années de dictature militaire. Au cours de la Seconde Guerre mondiale, il est à la tête de la 3ème division « Phayap » (ทัพพายัพ)  qui occupe les États Shan dont il devint gouverneur puis commandant en chef des armées royales de 1948 à 1954. 

233 - CHAITCHAI CHUNHAVAN, 1er MINISTRE (8 AOÛT 1988 - 9 DÉCEMBRE 1990), « MISTER NO PROBLEM ».

Sa sœur est l’épouse du (trop) célèbre Phao Sriyanond (เผ่า ศรียานนท์) que nous avons rencontré à diverses reprises, le féroce autant que corrompu chef de la police, bras droit de Phibun et envoyé en exil en 1957 lors du coup d’état de Sarit.

 

Chatchai semble destiné à suivre la carrière militaire de son père. Après des études à la prestigieuse école Depsirin de Bangkok (เทพศิรินทร์), 

233 - CHAITCHAI CHUNHAVAN, 1er MINISTRE (8 AOÛT 1988 - 9 DÉCEMBRE 1990), « MISTER NO PROBLEM ».

il est diplômé de l’académie royal militaire Chulachomklao en 1940 (โรงเรียนนายร้อยพระจุลจอมเกล้า). 

233 - CHAITCHAI CHUNHAVAN, 1er MINISTRE (8 AOÛT 1988 - 9 DÉCEMBRE 1990), « MISTER NO PROBLEM ».

Il se retrouve contemporain de Prem à l’école de la cavalerie royale en 1946-1947 (กองทัพบกทหารม้าที่เจ้าหน้าที่ของโรงเรียนที่ฉัน). L’année suivante, il complète ses études militaires aux États-Unis à l’ « Armored School of the United States Army ». Il est intervenu (nous ne savons dans quelles conditions) lors de la guerre franco-thaï de 1941, il est alors lieutenant. Il est sous les ordres de son père lors de la campagne dans les Etats Shans qui ne fut pas une partie de plaisir. Il est nommé capitaine en 1943, commandant en 1947, attaché militaire à l’Ambassade de Washington en 1949, lieutenant-colonel en 1951, nous allons le trouver à la tête d’un peloton de cavalerie en Corée - qui ne fut pas non plus une partie de plaisir - 

233 - CHAITCHAI CHUNHAVAN, 1er MINISTRE (8 AOÛT 1988 - 9 DÉCEMBRE 1990), « MISTER NO PROBLEM ».

...en 1953, colonel en 1954 (il dirige le 2ème régiment de cavalerie),  général de brigade en 1956 et général commandant les armées royales en 1973. Il reste à ce jour le plus jeune général de l’histoire thaïe et a gagné ses galons sur les champs de bataille.

 

Le coup d’état de Sarit en 1957 met fin à sa carrière militaire et le conduit à une semi disgrâce et à un exil doré. Le nouveau régime accuse en effet à tort ou à raison le clan « Choonhavan » (également connu sous le nom de clan « Soi Rajakru », ซอยราชครู où se situe la résidence de la famille à Bangkok) d'avoir détourné des millions de dollars de fonds publics et de les avoir abrité dans des comptes bancaires suisses.

233 - CHAITCHAI CHUNHAVAN, 1er MINISTRE (8 AOÛT 1988 - 9 DÉCEMBRE 1990), « MISTER NO PROBLEM ».

Il est successivement ambassadeur en Argentine en 1960, en Turquie, près le Saint-Siège où il reste 8 ans,  en Suisse, en Yougoslavie et aux Nations-Unies.

 

Revenu en Thaïlande en 1972, il est nommé directeur du département politique au Ministère des affaires étrangères sous le premier gouvernement du « Field Marshal » Thanom Kittikachorn qui fera de lui son ministre des affaires étrangères dans le second gouvernement jusqu’à sa chute en octobre 1973.

 

Le parti chatthaï (พรรคชาติไทย) conservateur et farouchement anti-communiste, est fondé le 19 novembre 1974 par lui, ses deux beaux-frères Pramarn Adireksarn (ประมาณ อดิเรกสาร),  Siri Siriyothin (ศิริ สิริโยธิน) et Banharn Silpaarcha (บรรหาร ศิลปอาชา) qui deviendra plus tard premier ministre. Il est élu sous ses couleurs député de Nakhon Ratchasima lors des élections générales de janvier 1975. Nous l’avions rencontré comme ministre des affaires étrangères dans le gouvernement de Sanya Dharmasakti (mai 1974 – février 1975). Il réoccupera ce poste dans le gouvernement de Kukrit Pramot (mats 1975 – janvier 1976). Nous le trouvons ministre de l’industrie dans le gouvernement de Seni Pramot  (avril 1976 – 1976) et enfin vice-premier ministre dans le dernier gouvernement de Prem (août 1986 – aout 1988). Il avait pris définitivement la tête du parti chatthaï qui est dès lors devenu une affaire – sinon une SARL - de famille.

 

Malgré de lourdes accusations – on ne prête qu’aux riches – Chatchai se défendit toujours d’avoir joué le moindre rôle dans les massacres de 1976.

233 - CHAITCHAI CHUNHAVAN, 1er MINISTRE (8 AOÛT 1988 - 9 DÉCEMBRE 1990), « MISTER NO PROBLEM ».

N’oublions pas qu’il avait épousé en 1944 Bunruean Sopot  (บุญเรือน สอปอจ), proche parente du roi puisque proche cousine de sa mère dont elle fut demoiselle d’honneur et appartint au petit groupe de fidèles qui suivit la famille royale dans son semi-exil en Suisse en 1933 jusqu’à son retour en Thaïlande, vécut aux côtés des deux futurs rois Rama VIII et Rama IX pendant de longues années et resta la confidente de la reine mère jusqu’à sa mort (7). Ce mariage, selon leur fils, fut un mariage d’inclinaison, elle était très belle nous dit-il (nous n’ avons trouvé que cette photographie "de famille") mais il a évidemment poussé Chatchaï « vers le haut » dans l’échelle sociale (8).

233 - CHAITCHAI CHUNHAVAN, 1er MINISTRE (8 AOÛT 1988 - 9 DÉCEMBRE 1990), « MISTER NO PROBLEM ».

Il fut un homme courageux et de grand sang-froid aussi comme il le démontra le 28 décembre 1972 : un commando de l’organisation palestinienne « septembre noir » effectua un raid sur l’ambassade  israélienne à Bangkok au cours duquel ils prirent en otage le personnel israélien après avoir relâché les Thaïs présents, exigeant la libération de prisonniers politiques, menaçant de faire sauter l’ambassade après avoir exterminer les Israéliens présents. La situation était difficile pour le gouvernement puisque le pays se préparait à célébrer l’investiture du prince héritier Vajiralongkorn (มหาวชิราลงกรณ). 

233 - CHAITCHAI CHUNHAVAN, 1er MINISTRE (8 AOÛT 1988 - 9 DÉCEMBRE 1990), « MISTER NO PROBLEM ».

Il fallait trouver des volontaires pour mener les négociations, il s’en trouva deux, Chatchaï, ministre des affaires étrangères et Thawi Chunlasap (ทวี จุลละทรัพย์), ancien aviateur combattant de la guerre franco-thaïe qui venait de quitter son poste de ministre de l’agriculture. 

233 - CHAITCHAI CHUNHAVAN, 1er MINISTRE (8 AOÛT 1988 - 9 DÉCEMBRE 1990), « MISTER NO PROBLEM ».

Après 19 heures de négociations, les pirates acceptèrent d'abandonner l'ambassade et de relâcher les israéliens, en échange d'une conduite sécuritaire en Egypte. Chatchaï et Thawi s’étaient offerts en otages et accompagnèrent, sous la menace des armes, les terroristes jusqu’à l’aéroport pour un vol vers le Caire. Le panache n’est pas donné à tous les hommes politiques (9).

233 - CHAITCHAI CHUNHAVAN, 1er MINISTRE (8 AOÛT 1988 - 9 DÉCEMBRE 1990), « MISTER NO PROBLEM ».

Le personnage enfin a beaucoup de charisme. Ce fut probablement un bon diplomate. Dans tous les pays où il fut en poste diplomatique, il étonne les journalistes et les charme par sa faconde, il fume des cigares cubains, est amateur de bons vins, roule en Harley-Davidson...

233 - CHAITCHAI CHUNHAVAN, 1er MINISTRE (8 AOÛT 1988 - 9 DÉCEMBRE 1990), « MISTER NO PROBLEM ».

.. fréquente les établissements de nuit les plus huppés ...

233 - CHAITCHAI CHUNHAVAN, 1er MINISTRE (8 AOÛT 1988 - 9 DÉCEMBRE 1990), « MISTER NO PROBLEM ».

et joue au golf à la perfection. Mais en devenant Premier ministre, il a déclaré aux journalistes: « A partir de maintenant, vous ne devez plus m’appeler « playboy ». C’est un membre de la « Jet set » certes mais on ne le voit pas déployer son énergie à Crans-Montana, même si son « clan » y a ses économies et lui-même une habitation, à Marbella ou à « Saint-Barth ». Son slogan favori est « No problem », associé à « pliansanamroppenpliansanamkankha » (เปลี่ยนสนามรบเป็นเปลี่ยนสนามการค้า) que l’on peut traduire « changer de champ de bataille pour changer le commerce » et l’interpréter comme « je préfère faire du commerce que la guerre ». 

233 - CHAITCHAI CHUNHAVAN, 1er MINISTRE (8 AOÛT 1988 - 9 DÉCEMBRE 1990), « MISTER NO PROBLEM ».

La presse anglophone l’appelle « Mister no problem » car c’était sa réponse standard lorsqu’il était confronté à elle. Carabao dans une chanson satirique l’avait transformé en « no plomplam » (โนพลอมแพลม).

 

 

233 - CHAITCHAI CHUNHAVAN, 1er MINISTRE (8 AOÛT 1988 - 9 DÉCEMBRE 1990), « MISTER NO PROBLEM ».

 

Ce fut probablement sans déplaisir que le roi signa le 4 août 1988 le décret nommant ce petit cousin par alliance premier ministre. Mais malheureusement pour notre « play boy », ses deux gouvernements ne se dérouleront pas sans problèmes comme nous allons le voir.

233 - CHAITCHAI CHUNHAVAN, 1er MINISTRE (8 AOÛT 1988 - 9 DÉCEMBRE 1990), « MISTER NO PROBLEM ».

SOURCES

 

La page Wikipedia thaïe : https://th.wikipedia.org/wiki/ชาติชาย_ชุณหะวัณ est beaucoup plus complète que la page anglaise :  https://en.wikipedia.org/wiki/Chatichai_Choonhavan mais surtout plus riche en références

Orathai Kokpol « Electoral Politics in Thailand » (library.fes.de/pdf-files/iez/01361009.pdf)

Jean-Louis Margolin « Développement et démocratie en Asie du Sud-Est » In : Politique étrangère, n°3 – 1992.pp. 571-583.

 

NOTES

 

(1) voir notre article 232

 

(2) 253 ont plus de quarante ans et 39 plus de 60.

 

(3) 132 se qualifient d’ « hommes d’affaire », 72 de « politiciens » (de profession ?), 43 sont avocats et 23 sont paysans, mais curieusement pas de militaires à moins qu’ils ne soient classés sous le vocable « autre » ou « sans indication ». Ces chiffres (2) et (3) proviennent de http://www.ipu.org/parline-e/reports/arc/2311_88.htm

 

(4) Voir deux études significatives et plus encore qui n’ont pas été écrits en 1988 mais en 2008 et 2010 :

 

Katherine A. Bowie « Vote Buying and Village Outrage in an Election in Northern Thailand: Recent Legal Reforms in Historical Context » in : The Journal of Asian Studies Vol. 67, No. 2 (May) 2008: 469–511. » qui cite d’abondantes sources.

Anyarat Chattharakul « Thai Electoral Campaigning: Vote-Canvassing Networks and Hybrid Voting », in: Journal of Current Southeast Asian Affairs, 29, 4, 67-95. 2010.

233 - CHAITCHAI CHUNHAVAN, 1er MINISTRE (8 AOÛT 1988 - 9 DÉCEMBRE 1990), « MISTER NO PROBLEM ».

(5) Voir notre article 4  « Organisation administrative de la Thaïlande et de l'Isan ».

 

(6) Voir à ce sujet la belle étude de l’anthropologue américain John E. de Young « Village life in modern Thailand » publication de UNIVERSITY OF CALIFORNIA PRESS BERKELEY AND LOS ANGELE, 1963.

 

(7) Voir notre article 217 «  LA VIE EN SUISSE DES DEUX FUTURS ROIS DE THAÏLANDE, RAMA VIII ET RAMA IX ».

 

(8) Katja Rangsivek « Trakun, Politics and the Thai State. Social Anthropology and ethnology ». University of Copenhagen, 2013 (en anglais). Kraisak Choonhavan (ไกรศักดิ์ ชุณหะวัณ) est lui-même étroitement impliqué dans la vie politique thaïe.

 

(9) Il est évidemment difficile d’imaginer chez nous un Ministre des affaires étrangères allant s’offrir comme otage en échange de la libération d’autres otages plutôt que de se cacher sous son lit et d’envoyer des policiers d’élite ! Ce fut pourtant également le cas de Sukhumbhand Paripatra (สุขุมพันธุ์ บริพัตร) gouverneur de Bangkok et petit-cousin du roi. En 1999, alors qu’il était lui aussi ministre des Affaires étrangères,  il est allé, accompagné de deux hauts fonctionnaires, prendre la place de 82 otages à l'ambassade du Myanmar à Bangkok tenus par des Birmans lourdement armés, terroristes ou combattants de la liberté ? 

233 - CHAITCHAI CHUNHAVAN, 1er MINISTRE (8 AOÛT 1988 - 9 DÉCEMBRE 1990), « MISTER NO PROBLEM ».

Tous les otages furent libérés sains et saufs après 24 heures de négociations, avant que le ministre, armes pointées sur lui, n’accompagne les terroristes jusqu’à un hélicoptère qui les conduisit nul ne sait où. Il n’y eut pas une goutte de sang versé (http://news.bbc.co.uk/2/hi/asia-pacific/463569.stm)

Il est bien évident que NON mais cela ne semble apparemment choquer personne. Ce que nous appellerions chez nous de « graves irrégularités » appartient alors aux règles du jeu, et il est probable que celles de Pierre contrebalancent celles de Paul. Nous n’avons pas connaissance qu’il y ait existé un contentieux pour contester les résultats et les pays porteurs de la « bonne conscience universelle » n’ont pas alors pris l’habitude d’envoyer des observateurs dans les pays « émergents » pour s’interroger sur le déroulement des scrutins. La population vit encore dans son immense majorité (80 %) dans l’un des 50 ou 60.000 villages dont la population dépasse rarement quelques centaines d’habitants (5). L’influence des notables, des élus locaux, des abbés du temple, les liens de famille, d’amitié ou de subordination ont une importance qu’ils ont perdue dans nos campagnes depuis des décennies (6). Gardons-nous de l'erreur qui consiste à examiner les mœurs des campagnes thaïes en se référant aux nôtres, il faut pour en parler faire abstraction de nos préjugés. Nous sommes ici – curieusement – proches de la « gens » romaine, groupe social beaucoup plus étendu qu’une famille ou du « génos » (γένος) des Grecs. Les Thaïs qui quittent leurs rizières pour aller chercher fortune dans les villes retournent encore systématiquement, et toujours, au village pour participer aux élections (quand il y en a évidemment).

 

 

La carrière militaire, diplomatique et politique d’un « play boy » atypique.

 

Il est né le 5 avril 1920 à Phlapphlachai (พลับพลาไชย), un district de la province d’Ayuthaya. Son père, d’origine chinoise, appartient aux hautes sphères de la société, « Chomphon » (field masrshal) Phin  Chunhawan (จอมพลผิน ชุณหะวัณ) est l’un des 8 « field marshall » de l’histoire du pays qui n’en compte que 13, chef de file de plusieurs coups d’état notamment celui de 1947 qui cimenta de longues années de dictature militaire. Au cours de la Seconde Guerre mondiale, il est à la tête de la 3ème division « Phayap » (ทัพพายัพ)  qui occupe les États Shan dont il devint gouverneur puis commandant en chef des armées royales de 1948 à 1954. Sa sœur est l’épouse du (trop) célèbre Phao Sriyanond (เผ่า ศรียานนท์) que nous avons rencontré à diverses reprises, le féroce autant que corrompu chef de la police, bras droit de Phibun et envoyé en exil en 1957 lors du coup d’état de Sarit.

 

Chatchai semble destiné à suivre la carrière militaire de son père. Après des études à la prestigieuse école Depsirin de Bangkok (เทพศิรินทร์), il est diplômé de l’académie royal militaire Chulachomklao en 1940 (โรงเรียนนายร้อยพระจุลจอมเกล้า). Il se retrouve contemporain de Prem à l’école de la cavalerie royale en 1946-1947 (กองทัพบกทหารม้าที่เจ้าหน้าที่ของโรงเรียนที่ฉัน). L’année suivante, il complète ses études militaires aux États-Unis à l’ « Armored School of the United States Army ». Il est intervenu (nous ne savons dans quelles conditions) lors de la guerre franco-thaï de 1941, il est alors lieutenant. Il est sous les ordres de son père lors de la campagne dans les Etats Shans qui ne fut pas une partie de plaisir. Il est nommé capitaine en 1943, commandant en 1947, attaché militaire à l’Ambassade de Washington en 1949, lieutenant-colonel en 1951, nous allons le trouver à la tête d’un peloton de cavalerie en Corée -qui ne fut pas non plus une partie de plaisir -en 1953, colonel en 1954 (il dirige le 2ème régiment de cavalerie),  général de brigade en 1956 et général commandant les armées royales en 1973. Il reste à ce jour le plus jeune général de l’histoire thaïe et a gagné ses galons sur les champs de bataille.

 

Le coup d’état de Sarit en 1957 met fin à sa carrière militaire et le conduit à une semi disgrâce et à un exil doré. Le nouveau régime accuse en effet à tort ou à raison le clan « Choonhavan » (également connu sous le nom de clan « Soi Rajakru », ซอยราชครู où se situe la résidence de la famille à Bangkok) d'avoir détourné des millions de dollars de fonds publics et de les avoir abrité dans des comptes bancaires suisses.

 

Il est successivement ambassadeur en Argentine en 1960, en Turquie, près le Saint-Siège où il reste 8 ans,  en Suisse, en Yougoslavie et aux Nations-Unies.

 

Revenu en Thaïlande en 1972, il est nommé directeur du département politique au Ministère des affaires étrangères sous le premier gouvernement du « Field Marshal » Thanom Kittikachorn qui fera de lui son ministre des affaires étrangères dans le second gouvernement jusqu’à sa chute en octobre 1973.

 

Le parti chatthaï (พรรคชาติไทย) conservateur et farouchement anti-communiste, est fondé le 19 novembre 1974 par lui, ses deux beaux-frères Pramarn Adireksarn (ประมาณ อดิเรกสาร),  Siri Siriyothin (ศิริ สิริโยธิน) et Banharn Silpaarcha (บรรหาร ศิลปอาชา) qui deviendra plus tard premier ministre. Il est élu sous ses couleurs député de Nakhon Ratchasima lors des élections générales de janvier 1975. Nous l’avions rencontré comme ministre des affaires étrangères dans le gouvernement de Sanya Dharmasakti (mai 1974 – février 1975). Il réoccupera ce poste dans le gouvernement de Kukrit Pramot (mats 1975 – janvier 1976). Nous le trouvons ministre de l’industrie dans le gouvernement de Seni Pramot  (avril 1976 – 1976) et enfin vice-premier ministre dans le dernier gouvernement de Prem (août 1986 – aout 1988). Il avait pris définitivement la tête du parti chatthaï qui est dès lors devenu une affaire – sinon une SARL - de famille.

 

Malgré de lourdes accusations – on ne prête qu’aux riches – Chatchai se défendit toujours d’avoir joué le moindre rôle dans les massacres de 1976.

 

 

N’oublions pas qu’il avait épousé en 1944 Bunruean Sopot  (บุญเรือน สอปอจ), proche parente du roi puisque proche cousine de sa mère dont elle fut demoiselle d’honneur et appartint au petit groupe de fidèles qui suivit la famille royale dans son semi-exil en Suisse en 1933 jusqu’à son retour en Thaïlande, vécut aux côtés des deux futurs rois Rama VIII et Rama IX pendant de longues années et resta la confidente de la reine mère jusqu’à sa mort (7). Ce mariage, selon leur fils, fut un mariage d’inclinaison, elle était très belle nous dit-il (nous n’ avons trouvé que cette photographie "de famille") mais il a évidemment poussé Chatchaï « vers le haut » dans l’échelle sociale (8).

 

 

Il fut un homme courageux et de grand sang-froid aussi comme il le démontra le 28 décembre 1972 : un commando de l’organisation palestinienne « septembre noir » effectua un raid sur l’ambassade  israélienne à Bangkok au cours duquel ils prirent en otage le personnel israélien après avoir relâché les Thaïs présents, exigeant la libération de prisonniers politiques, menaçant de faire sauter l’ambassade après avoir exterminer les Israéliens présents. La situation était difficile pour le gouvernement puisque le pays se préparait à célébrer l’investiture du prince héritier Vajiralongkorn (มหาวชิราลงกรณ). Il fallait trouver des volontaires pour mener les négociations, il s’en trouva deux, Chatchaï, ministre des affaires étrangères et Thawi Chunlasap (ทวี จุลละทรัพย์), ancien aviateur combattant de la guerre franco-thaïe qui venait de quitter son poste de ministre de l’agriculture. Après 19 heures de négociations, les pirates acceptèrent d'abandonner l'ambassade et de relâcher les israéliens, en échange d'une conduite sécuritaire en Egypte. Chatchaï et Thawi s’étaient offerts en otages et accompagnèrent, sous la menace des armes, les terroristes jusqu’à l’aéroport pour un vol vers le Caire. Le panache n’est pas donné à tous les hommes politiques (9).

 

 

Le personnage enfin a beaucoup de charisme. Ce fut probablement un bon diplomate. Dans tous les pays où il fut en poste diplomatique, il étonne les journalistes et les charme par sa faconde, il fume des cigares cubains, est amateur de bons vins, roule en Harley-Davidson, fréquente les établissements de nuit les plus huppés et joue au golf à la perfection. Mais en devenant Premier ministre, il a déclaré aux journalistes: « A partir de maintenant, vous ne devez plus m’appeler « playboy ». C’est un membre de la « Jet set » certes mais on ne le voit pas déployer son énergie à Crans-Montana, même si son « clan » y a ses économies et lui-même une habitation, à Marbella ou à « Saint-Barth ». Son slogan favori est « No problem », associé à « pliansanamroppenpliansanamkankha » (เปลี่ยนสนามรบเป็นเปลี่ยนสนามการค้า) que l’on peut traduire « changer de champ de bataille pour changer le commerce » et l’interpréter comme « je préfère faire du commerce que la guerre ». La presse anglophone l’appelle « Mister no problem » car c’était sa réponse standard lorsqu’il était confronté à elle. Carabao dans une chanson satirique l’avait transformé en « no plomplam » (โนพลอมแพลม).

 

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https://www.youtube.com/watch?v=veTp5u0rLlA

Ce fut probablement sans déplaisir que le roi signa le 4 août 1988 le décret nommant ce petit cousin par alliance premier ministre. Mais malheureusement pour notre « play boy », ses deux gouvernements ne se dérouleront pas sans problèmes comme nous allons le voir.

 

SOURCES

La page Wikipedia thaïe : https://th.wikipedia.org/wiki/ชาติชาย_ชุณหะวัณ est beaucoup plus complète que la page anglaise :  https://en.wikipedia.org/wiki/Chatichai_Choonhavan mais surtout plus riche en références

Orathai Kokpol « Electoral Politics in Thailand » (library.fes.de/pdf-files/iez/01361009.pdf)

Jean-Louis Margolin « Développement et démocratie en Asie du Sud-Est » In : Politique étrangère, n°3 – 1992.pp. 571-583.

 

NOTES

(1) voir notre article 232

(2) 253 ont plus de quarante ans et 39 plus de 60.

(3) 132 se qualifient d’ « hommes d’affaire », 72 de « politiciens » (de profession ?), 43 sont avocats et 23 sont paysans, mais curieusement pas de militaires à moins qu’ils ne soient classés sous le vocable « autre » ou « sans indication ». Ces chiffres (2) et (3) proviennent de http://www.ipu.org/parline-e/reports/arc/2311_88.htm

(4) Voir deux études significatives et plus encore qui n’ont pas été écrits en 1988 mais en 2008 et 2010 :

Katherine A. Bowie « Vote Buying and Village Outrage in an Election in Northern Thailand: Recent Legal Reforms in Historical Context » in : The Journal of Asian Studies Vol. 67, No. 2 (May) 2008: 469–511. » qui cite d’abondantes sources.

Anyarat Chattharakul « Thai Electoral Campaigning: Vote-Canvassing Networks and Hybrid Voting », in: Journal of Current Southeast Asian Affairs, 29, 4, 67-95. 2010.

(5) Voir notre article 4  « Organisation administrative de la Thaïlande et de l'Isan ».

(6) Voir à ce sujet la belle étude de l’anthropologue américain John E. de Young « Village life in modern Thailand » publication de UNIVERSITY OF CALIFORNIA PRESS BERKELEY AND LOS ANGELE, 1963.

(7) Voir notre article 217 «  LA VIE EN SUISSE DES DEUX FUTURS ROIS DE THAÏLANDE, RAMA VIII ET RAMA IX ».

(8) Katja Rangsivek « Trakun, Politics and the Thai State. Social Anthropology and ethnology ». University of Copenhagen, 2013 (en anglais). Kraisak Choonhavan (ไกรศักดิ์ ชุณหะวัณ) est lui-même étroitement impliqué dans la vie politique thaïe.

(9) Il est évidemment difficile d’imaginer chez nous un Ministre des affaires étrangères allant s’offrir comme otage en échange de la libération d’autres otages plutôt que de se cacher sous son lit et d’envoyer des policiers d’élite ! Ce fut pourtant également le cas de Sukhumbhand Paripatra (สุขุมพันธุ์ บริพัตร) gouverneur de Bangkok et petit-cousin du roi. En 1999, alors qu’il était lui aussi ministre des Affaires étrangères,  il est allé, accompagné de deux hauts fonctionnaires, prendre la place de 82 otages à l'ambassade du Myanmar à Bangkok tenus par des Birmans lourdement armés, terroristes ou combattants de la liberté ? Tous les otages furent libérés sains et saufs après 24 heures de négociations, avant que le ministre, armes pointées sur lui, n’accompagne les terroristes jusqu’à un hélicoptère qui les conduisit nul ne sait où. Il n’y eut pas une goutte de sang versé (http://news.bbc.co.uk/2/hi/asia-pacific/463569.stm)

Il est bien évident que NON mais cela ne semble apparemment choquer personne. Ce que nous appellerions chez nous de « graves irrégularités » appartient alors aux règles du jeu, et il est probable que celles de Pierre contrebalancent celles de Paul. Nous n’avons pas connaissance qu’il y ait existé un contentieux pour contester les résultats et les pays porteurs de la « bonne conscience universelle » n’ont pas alors pris l’habitude d’envoyer des observateurs dans les pays « émergents » pour s’interroger sur le déroulement des scrutins. La population vit encore dans son immense majorité (80 %) dans l’un des 50 ou 60.000 villages dont la population dépasse rarement quelques centaines d’habitants (5). L’influence des notables, des élus locaux, des abbés du temple, les liens de famille, d’amitié ou de subordination ont une importance qu’ils ont perdue dans nos campagnes depuis des décennies (6). Gardons-nous de l'erreur qui consiste à examiner les mœurs des campagnes thaïes en se référant aux nôtres, il faut pour en parler faire abstraction de nos préjugés. Nous sommes ici – curieusement – proches de la « gens » romaine, groupe social beaucoup plus étendu qu’une famille ou du « génos » (γένος) des Grecs. Les Thaïs qui quittent leurs rizières pour aller chercher fortune dans les villes retournent encore systématiquement, et toujours, au village pour participer aux élections (quand il y en a évidemment).

 

 

La carrière militaire, diplomatique et politique d’un « play boy » atypique.

 

Il est né le 5 avril 1920 à Phlapphlachai (พลับพลาไชย), un district de la province d’Ayuthaya. Son père, d’origine chinoise, appartient aux hautes sphères de la société, « Chomphon » (field masrshal) Phin  Chunhawan (จอมพลผิน ชุณหะวัณ) est l’un des 8 « field marshall » de l’histoire du pays qui n’en compte que 13, chef de file de plusieurs coups d’état notamment celui de 1947 qui cimenta de longues années de dictature militaire. Au cours de la Seconde Guerre mondiale, il est à la tête de la 3ème division « Phayap » (ทัพพายัพ)  qui occupe les États Shan dont il devint gouverneur puis commandant en chef des armées royales de 1948 à 1954. Sa sœur est l’épouse du (trop) célèbre Phao Sriyanond (เผ่า ศรียานนท์) que nous avons rencontré à diverses reprises, le féroce autant que corrompu chef de la police, bras droit de Phibun et envoyé en exil en 1957 lors du coup d’état de Sarit.

 

Chatchai semble destiné à suivre la carrière militaire de son père. Après des études à la prestigieuse école Depsirin de Bangkok (เทพศิรินทร์), il est diplômé de l’académie royal militaire Chulachomklao en 1940 (โรงเรียนนายร้อยพระจุลจอมเกล้า). Il se retrouve contemporain de Prem à l’école de la cavalerie royale en 1946-1947 (กองทัพบกทหารม้าที่เจ้าหน้าที่ของโรงเรียนที่ฉัน). L’année suivante, il complète ses études militaires aux États-Unis à l’ « Armored School of the United States Army ». Il est intervenu (nous ne savons dans quelles conditions) lors de la guerre franco-thaï de 1941, il est alors lieutenant. Il est sous les ordres de son père lors de la campagne dans les Etats Shans qui ne fut pas une partie de plaisir. Il est nommé capitaine en 1943, commandant en 1947, attaché militaire à l’Ambassade de Washington en 1949, lieutenant-colonel en 1951, nous allons le trouver à la tête d’un peloton de cavalerie en Corée -qui ne fut pas non plus une partie de plaisir -en 1953, colonel en 1954 (il dirige le 2ème régiment de cavalerie),  général de brigade en 1956 et général commandant les armées royales en 1973. Il reste à ce jour le plus jeune général de l’histoire thaïe et a gagné ses galons sur les champs de bataille.

 

Le coup d’état de Sarit en 1957 met fin à sa carrière militaire et le conduit à une semi disgrâce et à un exil doré. Le nouveau régime accuse en effet à tort ou à raison le clan « Choonhavan » (également connu sous le nom de clan « Soi Rajakru », ซอยราชครู où se situe la résidence de la famille à Bangkok) d'avoir détourné des millions de dollars de fonds publics et de les avoir abrité dans des comptes bancaires suisses.

 

Il est successivement ambassadeur en Argentine en 1960, en Turquie, près le Saint-Siège où il reste 8 ans,  en Suisse, en Yougoslavie et aux Nations-Unies.

 

Revenu en Thaïlande en 1972, il est nommé directeur du département politique au Ministère des affaires étrangères sous le premier gouvernement du « Field Marshal » Thanom Kittikachorn qui fera de lui son ministre des affaires étrangères dans le second gouvernement jusqu’à sa chute en octobre 1973.

 

Le parti chatthaï (พรรคชาติไทย) conservateur et farouchement anti-communiste, est fondé le 19 novembre 1974 par lui, ses deux beaux-frères Pramarn Adireksarn (ประมาณ อดิเรกสาร),  Siri Siriyothin (ศิริ สิริโยธิน) et Banharn Silpaarcha (บรรหาร ศิลปอาชา) qui deviendra plus tard premier ministre. Il est élu sous ses couleurs député de Nakhon Ratchasima lors des élections générales de janvier 1975. Nous l’avions rencontré comme ministre des affaires étrangères dans le gouvernement de Sanya Dharmasakti (mai 1974 – février 1975). Il réoccupera ce poste dans le gouvernement de Kukrit Pramot (mats 1975 – janvier 1976). Nous le trouvons ministre de l’industrie dans le gouvernement de Seni Pramot  (avril 1976 – 1976) et enfin vice-premier ministre dans le dernier gouvernement de Prem (août 1986 – aout 1988). Il avait pris définitivement la tête du parti chatthaï qui est dès lors devenu une affaire – sinon une SARL - de famille.

 

Malgré de lourdes accusations – on ne prête qu’aux riches – Chatchai se défendit toujours d’avoir joué le moindre rôle dans les massacres de 1976.

 

 

N’oublions pas qu’il avait épousé en 1944 Bunruean Sopot  (บุญเรือน สอปอจ), proche parente du roi puisque proche cousine de sa mère dont elle fut demoiselle d’honneur et appartint au petit groupe de fidèles qui suivit la famille royale dans son semi-exil en Suisse en 1933 jusqu’à son retour en Thaïlande, vécut aux côtés des deux futurs rois Rama VIII et Rama IX pendant de longues années et resta la confidente de la reine mère jusqu’à sa mort (7). Ce mariage, selon leur fils, fut un mariage d’inclinaison, elle était très belle nous dit-il (nous n’ avons trouvé que cette photographie "de famille") mais il a évidemment poussé Chatchaï « vers le haut » dans l’échelle sociale (8).

 

 

Il fut un homme courageux et de grand sang-froid aussi comme il le démontra le 28 décembre 1972 : un commando de l’organisation palestinienne « septembre noir » effectua un raid sur l’ambassade  israélienne à Bangkok au cours duquel ils prirent en otage le personnel israélien après avoir relâché les Thaïs présents, exigeant la libération de prisonniers politiques, menaçant de faire sauter l’ambassade après avoir exterminer les Israéliens présents. La situation était difficile pour le gouvernement puisque le pays se préparait à célébrer l’investiture du prince héritier Vajiralongkorn (มหาวชิราลงกรณ). Il fallait trouver des volontaires pour mener les négociations, il s’en trouva deux, Chatchaï, ministre des affaires étrangères et Thawi Chunlasap (ทวี จุลละทรัพย์), ancien aviateur combattant de la guerre franco-thaïe qui venait de quitter son poste de ministre de l’agriculture. Après 19 heures de négociations, les pirates acceptèrent d'abandonner l'ambassade et de relâcher les israéliens, en échange d'une conduite sécuritaire en Egypte. Chatchaï et Thawi s’étaient offerts en otages et accompagnèrent, sous la menace des armes, les terroristes jusqu’à l’aéroport pour un vol vers le Caire. Le panache n’est pas donné à tous les hommes politiques (9).

 

 

Le personnage enfin a beaucoup de charisme. Ce fut probablement un bon diplomate. Dans tous les pays où il fut en poste diplomatique, il étonne les journalistes et les charme par sa faconde, il fume des cigares cubains, est amateur de bons vins, roule en Harley-Davidson, fréquente les établissements de nuit les plus huppés et joue au golf à la perfection. Mais en devenant Premier ministre, il a déclaré aux journalistes: « A partir de maintenant, vous ne devez plus m’appeler « playboy ». C’est un membre de la « Jet set » certes mais on ne le voit pas déployer son énergie à Crans-Montana, même si son « clan » y a ses économies et lui-même une habitation, à Marbella ou à « Saint-Barth ». Son slogan favori est « No problem », associé à « pliansanamroppenpliansanamkankha » (เปลี่ยนสนามรบเป็นเปลี่ยนสนามการค้า) que l’on peut traduire « changer de champ de bataille pour changer le commerce » et l’interpréter comme « je préfère faire du commerce que la guerre ». La presse anglophone l’appelle « Mister no problem » car c’était sa réponse standard lorsqu’il était confronté à elle. Carabao dans une chanson satirique l’avait transformé en « no plomplam » (โนพลอมแพลม).

 

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https://www.youtube.com/watch?v=veTp5u0rLlA

Ce fut probablement sans déplaisir que le roi signa le 4 août 1988 le décret nommant ce petit cousin par alliance premier ministre. Mais malheureusement pour notre « play boy », ses deux gouvernements ne se dérouleront pas sans problèmes comme nous allons le voir.

 

SOURCES

La page Wikipedia thaïe : https://th.wikipedia.org/wiki/ชาติชาย_ชุณหะวัณ est beaucoup plus complète que la page anglaise :  https://en.wikipedia.org/wiki/Chatichai_Choonhavan mais surtout plus riche en références

Orathai Kokpol « Electoral Politics in Thailand » (library.fes.de/pdf-files/iez/01361009.pdf)

Jean-Louis Margolin « Développement et démocratie en Asie du Sud-Est » In : Politique étrangère, n°3 – 1992.pp. 571-583.

 

NOTES

(1) voir notre article 232

(2) 253 ont plus de quarante ans et 39 plus de 60.

(3) 132 se qualifient d’ « hommes d’affaire », 72 de « politiciens » (de profession ?), 43 sont avocats et 23 sont paysans, mais curieusement pas de militaires à moins qu’ils ne soient classés sous le vocable « autre » ou « sans indication ». Ces chiffres (2) et (3) proviennent de http://www.ipu.org/parline-e/reports/arc/2311_88.htm

(4) Voir deux études significatives et plus encore qui n’ont pas été écrits en 1988 mais en 2008 et 2010 :

Katherine A. Bowie « Vote Buying and Village Outrage in an Election in Northern Thailand: Recent Legal Reforms in Historical Context » in : The Journal of Asian Studies Vol. 67, No. 2 (May) 2008: 469–511. » qui cite d’abondantes sources.

Anyarat Chattharakul « Thai Electoral Campaigning: Vote-Canvassing Networks and Hybrid Voting », in: Journal of Current Southeast Asian Affairs, 29, 4, 67-95. 2010.

(5) Voir notre article 4  « Organisation administrative de la Thaïlande et de l'Isan ».

(6) Voir à ce sujet la belle étude de l’anthropologue américain John E. de Young « Village life in modern Thailand » publication de UNIVERSITY OF CALIFORNIA PRESS BERKELEY AND LOS ANGELE, 1963.

(7) Voir notre article 217 «  LA VIE EN SUISSE DES DEUX FUTURS ROIS DE THAÏLANDE, RAMA VIII ET RAMA IX ».

(8) Katja Rangsivek « Trakun, Politics and the Thai State. Social Anthropology and ethnology ». University of Copenhagen, 2013 (en anglais). Kraisak Choonhavan (ไกรศักดิ์ ชุณหะวัณ) est lui-même étroitement impliqué dans la vie politique thaïe.

(9) Il est évidemment difficile d’imaginer chez nous un Ministre des affaires étrangères allant s’offrir comme otage en échange de la libération d’autres otages plutôt que de se cacher sous son lit et d’envoyer des policiers d’élite ! Ce fut pourtant également le cas de Sukhumbhand Paripatra (สุขุมพันธุ์ บริพัตร) gouverneur de Bangkok et petit-cousin du roi. En 1999, alors qu’il était lui aussi ministre des Affaires étrangères,  il est allé, accompagné de deux hauts fonctionnaires, prendre la place de 82 otages à l'ambassade du Myanmar à Bangkok tenus par des Birmans lourdement armés, terroristes ou combattants de la liberté ? Tous les otages furent libérés sains et saufs après 24 heures de négociations, avant que le ministre, armes pointées sur lui, n’accompagne les terroristes jusqu’à un hélicoptère qui les conduisit nul ne sait où. Il n’y eut pas une goutte de sang versé (http://news.bbc.co.uk/2/hi/asia-pacific/463569.stm)

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