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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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22 juin 2016 3 22 /06 /juin /2016 18:03
234. LES LIMITES DE LA DÉMOCRATIE DES ANNÉES 1980 EN THAÏLANDE

Nous avons vu que le gouvernement de Prem, du 3 mars 1980 au 4 août 1988 (8 ans 5 mois) ne fut pas facile, non seulement parce qu’il dut subir deux tentatives de coups d’Etat, quatre tentatives d’assassinats, mettre un terme à l’insurrection communiste thaïlandaise sur son sol, faire face aux menaces communistes laotiennes et vietnamiennes aux frontières, mais aussi parce qu’au niveau de la politique intérieure, il dut sans cesse composer et négocier avec les différents partis pour soutenir son action gouvernementale, encadrés et contrôlés par les différentes factions militaires, au fil des cinq gouvernements, et de trois élections générales. 

234. LES LIMITES DE LA DÉMOCRATIE DES ANNÉES 1980 EN THAÏLANDE

Il s’agira – ici - de montrer que la vie politique thaïlandaise est mouvementée, complexe, et échappe bien souvent à nos catégories occidentales ; que « la démocratie thaïlandaise » est  particulière, spécifique à l’histoire de ce pays, et ce, même dans la période des années 80.  

 

1/ Les limites de la démocratie, la prolifération des partis. 

234. LES LIMITES DE LA DÉMOCRATIE DES ANNÉES 1980 EN THAÏLANDE

Il faut déjà se rappeler que la période démocratique qui s’est exercée depuis la chute du maréchal Thanom le 14 octobre 1973 jusqu’au coup d’Etat d’octobre 1976, ne fut pas de tout repos. 

 

Certes, il y eut des élections, mais c’est oublier qu’il y eut 42 partis qui ont  participé aux élections de 1975, et 39 l’année suivante. C’est oublier la difficulté voire l’impossibilité de gouverner avec tant de partis. On verra d’ailleurs, après le gouvernement de Sanya (14/10/73-15/02/75), le 1er ministre Seni Pramot (15/02/1975-14/03/1975) démissionner au bout de 27 jours et son successeur, son  frère Kukrit (14/03/75-20/04/76) dissoudre le parlement un an après pour procéder à de nouvelles élections, pour retrouver son frère Seni (20/04/76-06/10/76) renversé par un coup d’Etat six mois après, pour de nouveau retrouver une dictature, celle  de Thanin (06/10/75-20/10/77) qui décidera de dissoudre  le parlement, d’interdire les partis politiques et les manifestations et de mettre hors circuit les membres actifs des syndicats, des associations d’étudiants progressistes et des paysans. (Cf. Notre article 230). Une dictature qui sera suivie d’un nouveau coup d’Etat du général Kriangsak, qui va de nouveau autoriser les partis, procéder à des élections  en avril 1979, où se présenteront 39 partis. (7 partis auront 70% des 301 sièges) ! 

 

Bref,  quand le général Prem prend le pouvoir le  3 mars 1980, il sait que la prolifération des partis nuit à l’exercice de la démocratie. Il fait voter en juillet 1981 une loi pour l’éviter.  Elle spécifiait qu’un parti qui voulait participer aux élections devait avoir au moins 5.000 membres, répartis  sur 4 régions ; et qu’il devait avoir au moins 50 membres dans 5 provinces à l’intérieur de chaque région. La loi stipulait également que chaque parti devait présenter au moins la moitié des postes offerts ou 174 candidats. La loi  fut effective aux élections de 1983. 

234. LES LIMITES DE LA DÉMOCRATIE DES ANNÉES 1980 EN THAÏLANDE

2/ Une démocratie sans illusion.

234. LES LIMITES DE LA DÉMOCRATIE DES ANNÉES 1980 EN THAÏLANDE

Barbara Leitch LePoer**, rappelle qu’ils étaient nombreux à ne pas croire à la démocratie à cette époque. Elle cite Chawalit Yongchaiyut (ชวลิต ยงใจยุทธ), le nouveau commandant en chef de l’armée en 1986, qui n’hésitait pas à dénoncer les politiciens véreux et hypocrites, ou en février, à soutenir que la Constitution et les élections ne suffisaient pas pour faire une démocratie, surtout que le système était contrôlé par peu de gens qui pensaient beaucoup plus aux profits qu’ils pouvaient en retirer. Mais ses propos avancés devant un comité parlementaire  en avril 1987 montraient également ses propres illusions, quand il espérait une vraie démocratie de style thaïlandais (sic), avec le roi à la tête de l’Etat, qui réduirait en priorité les inégalités, et où on verrait les hommes politiques, les gouvernements, et les militaires travailler «  main dans la main et dans la même direction. » Vaste programme ! (On verra plus tard ce qu’il fit de ses sages propos)

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3/ Une  autre difficulté à l’exercice de la démocratie : Les partis changent de majorité et/ou se divisent.

234. LES LIMITES DE LA DÉMOCRATIE DES ANNÉES 1980 EN THAÏLANDE

Les majorités changent de coalition non seulement à cause des résultats des élections, mais aussi des  ambitions de leurs leaders, au milieu des rivalités à l’intérieur de leur parti.

 

Ainsi par exemple, si le Parti d’action sociale (พรรคกิจสังคม - Social Action Party) soutient le 1er gouvernement, il est dans l’opposition dans le second pour revenir dans la coalition les trois suivants; 

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Si le Prachakon Thai – Parti des citoyens de la Thaïlande  (พรรคประชากรไทย ou Party of Thailand) est l’opposant principal dans les trois premiers gouvernements, il est dans la coalition gouvernementale dans le 4ième, pour retourner dans l’opposition dans le 5ième

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Il est vrai qu’il n’est pas aisé pour un observateur « étranger » de s’y reconnaître. Prenons les exemples des trois principaux partis durant cette période, comme  le Parti d’action sociale (พรรคกิจสังคม Social Action Party), le Parti de la nation thaïe  (พรรคชาติไทย - Thai Nation Party)... 

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...le Parti démocrate (พรรคประชาธิปัตย์ - Democrat Party).

Le Parti démocrate est le plus vieux parti de Thaïlande fondé par Khuang Aphaiwong (ควง อภัยวงศ์) le 6 avril 1946 après les élections de janvier 1946, gagné par Pridi. C’est un parti royaliste et conservateur, dont la base électorale est au sud de la Thaïlande et à Bangkok. Le mini-parti des frères Seni et Kukrit Pramot le rejoindra jusqu’en 1974, année à laquelle Kukrit fondera le Parti d’action sociale avec les plus libéraux du Parti Démocrate.

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Nous avons déjà rencontré le Parti démocrate, puisque ses deux premiers présidents, Aphaiwong (1946-1968) et ensuite  Seni Pramot (1968-1979) furent 1er ministres. Le 3ème président du parti, fut le Colonel Thanat Korman (ถนัด คอมันตร์), ancien ministre des affaires étrangères, (1979-1982), le 4ème sera M. Phichai Rattakun (พิชัย รัตตกุล), un homme d'affaires, qui prendra la direction du parti le 3 avril 1982. On se doute - comme dans tous les partis - qu’il y eut de nombreuses crises internes, surtout en juillet 1986 et en janvier 1987, où Phichai Rattakun fut reconfirmé, et qu’ensuite l’ex-lieutenant-colonel Sanan Khachonprasat (สนั่น ขจรประศาสน์)  devint secrétaire général du parti à la place de  Wirakan Musikaphong (วีระกานต์ มุสิกพงศ์), pourtant soutenu par le puissant businessman Chaloemphan  Siwikon (เฉลิมพันธ์ ศรีวิกรม์).

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Rattakun démissionnera en 1991 pour ouvrir la voie à M. Chuan Likpai (ชวน หลีกภัย), que l’on retrouvera par la suite (puisqu’il sera 1er ministre de 1992 à 1995 et de 1997 à 2001)… Autant dire que ce Parti a joué un rôle majeur dans l’histoire du pays, du moins quand les dictatures n’interdisaient pas les partis ou  se cachaient derrière des paravents « démocratiques ». Il sera le 3ème parti en termes d’élus aux élections de 1983 derrière le Parti d’action sociale (Social Action Party), le Parti de la nation thaïe (Thai Nation Party), le 1er en 1986 devant le Parti de la nation thaïe (Thai Nation Party)  et le Parti d’action sociale (Social Action Party) pour s’effondrer aux élections de 1988 et perdre 52% d’élus, et de nouveau être derrière le Parti de la nation thaïe (Thai Nation Party) et le Parti d’action sociale (Social Action Party). 

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Le Parti d’action sociale a été formé en 1974 avec les plus libéraux du Parti Démocrate sous la direction de Kukrit Pramot, qui a cédé sa place  en décembre 1985 au ministre des affaires étrangères (Il le sera de 1980 à 1990) Sitthi Sawetsila (สิทธิ เศวตศิลา). Aux élections de 1986, les résultats décevants (Le parti perd 41 % d’élus) créent un conflit interne - augmenté par la rumeur que le général Athit Kamlang-ek  (อาทิตย์ กำลังเอก) - qui en  mai 1986 provoque le départ de Buntheng Thongsawatdi  (บุญเท่ง ทองสวัสดิ์)  et de plusieurs membres pour former un nouveau parti, le Parti démocratique uni (พรรคสหประชาธิปไตย - United Democraty Party). 

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Le  Parti de la nation thaïe (พรรคชาติไทย - Thai Nation Party ou Chat Thai Party), parfois appelé « le parti des généraux » a été fondé en 1974 par le major général Chunhawan,  le fils unique du maréchal Phin (ผิน ชุณหะวัณ) (avait fomenté le coup d’Etat qui avait installé le maréchal Phibun en 1948, ministre ensuite), et sa belle-famille : Praman Adireksan (ประมาณ อดิเรกสาร) marié à sa sœur Charoen (เจริณ) qui sera vice premier-ministre et ministre plusieurs fois ensuite et favorable à l’élimination du mouvement étudiant en 1976) et de Siri  Siriyothin (ศิริ สิริโยธิน), également majors généraux. Sa sœur Udomlak (อุดมลักษณ์) avait épousé Phao, patron puissant de la police du temps de la dictature de Phibun (เผ่า ศรียานนท์), puis son ministre de l’intérieur en 1957. (Cf. 218 et 220). Le parti sera dirigé jusqu’en juillet 1986 par Praman (Il était aussi le président de l’Association des industries thaïes et de celle de l’Association du textile thaï) et après les élections de 1986 par Chatichai Chunhawan. 

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Autant dire que c’est un parti familial, constituant un clan puissant, le « Rajakhru clan » tant au niveau militaire, économique et politique.  Il sera –évidemment- pro-militaire et se positionnera très à droite, prêt « à tuer » la gauche du pays à sa création, pour  devenir un parti de pouvoir sans idéologie affichée. Il sera le deuxième parti aux élections de 1983 et 1986 et dans l’opposition ; il gagnera les élections  de 1988 et leur leader le major général Chunhawan deviendra  premier ministre. Son gouvernement fut désigné par les opposants comme le « gouvernement buffet » où la famille et les « amis » (De nombreux businessmen  avaient rejoint le Parti et avaient été élus) purent se servir allégrement dans les fonds publics ; enfin jusqu’au nouveau coup d’Etat du 23 février 1991, condamnant – bien sûr - la fortune mal acquise, et installant d’autres factions au pouvoir. (Cf. Son portrait dans l’article précédent)

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4/ De plus, des  nouveaux partis se créent à l’occasion des nouvelles élections, pour disparaître pour certains aux suivantes.

 

(Enfin nouveau ! Nous verrons ci-dessous, comment une partie de certains se retrouve dans des nouveaux partis)

 

Ainsi on compte 9 nouveaux partis lors des élections du 18 avril 1983,  7 lors des élections du 27 juillet 1986, comme par exemple le Parti du peuple (พรรคราษฎร - Ratsadon Party).

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Ce parti, le 4ème membre de la coalition gouvernementale, avait été formé en mai 1986, remplaçant alors le Parti d’union nationale (พรรคสหชาติ National Union). Son leader était Thianchai Sirisamphan (เทียนชัย ศิริสัมพันธ์), ex- vice-commandant en chef de l’armée. Ratsadon était connu en tant que parti militaire, puisque ceux qui avaient les postes de responsabilité étaient tous des généraux à la retraite, qui espéraient ainsi entrer au Parlement. 

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Ou en 1986,  le Parti des Thaïs unis (พรรครวมไทย - Ruam Thai Party) ... 

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... et le Parti de la communauté (พรรคกิจประชาคม).  

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Formés aussi en 1986. Le leader  du Parti des Thaïs unis était Narong Wongwan (ณรงค์ วงศ์วรรณ), un ancien membre du Parti d’action sociale et avait été récemment ministre de l’agriculture. 

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Le Parti de la communauté était dirigé par son fondateur Bunchu Rojanasathien (บุญชู โรจนเสถียร), ancien vice-premier ministre, et un des  leaders du Parti d’action sociale, et ex-président  de la Bangkok Bank. (In Barbara Leitch LePoer**)

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Ou bien le nouveau Parti de la force de la vertu (พรรคพลังธรรม - Palang Dharma Party) formé lors des élections du 24 juillet 1988, (PDP) qui obtiendra 14 élus, sans compter les petits partis qui n’auront peu ou pas d’élus.

 

Nous retrouverons le Parti de la force de la vertu, associé à la secte bouddhiste Santi Asoke (สันติ อาโสเก), et dont de nombreux membres viennent du Parti des forces unies (รวมพลัง - Ruam Phalang). Un certain  Thaksin Shinawatra rejoindra le Parti de la force de la vertu en novembre 1994, mais cela est une autre histoire).  

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De plus, on peut remarquer que ces nouveaux partis trouvent toujours des électeurs, comme par exemple pour les élections de 1983, sur les 9 nouveaux partis, 4 représenteront 16,7 % des électeurs ; Pour celles de 1986, le Parti de l’union démocratique  (สหพรรคประชาธิปัตย์ - United Democrat Party) aura 38 élus, le Parti du peuple thaï (พรรคปวงชนชาวไทย - People Party, 18 élus) ; le Community Action, 15 élus ; l’United Thai Party,19 élus. Ils  totaliseront 30 % des électeurs.

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5/ Une « démocratie » avec les militaires, maître du jeu politique ?

 

Nous savions donc que  les années 1980 considérées comme démocratiques avec trois élections,  n’avaient pas enlevé – par miracle - la puissance des militaires (enfin des différentes factions militaires) dans le jeu politique.

 

Après tout, le 1er ministre Prem était l’ancien chef des armées. Son prédécesseur, le général Kriangksak Chamanan était également chef des armées, et devint premier ministre aux termes d’un coup d’état. (11/11/ 1977 – 3/3/1980) Et c’est un autre général, le général Chunhawan qui lui succédera le 4 août 1988, certes à l’issu d’élections générales. (Mais surtout, rappelons-nous, fils du maréchal Phin et membre du clan puissant, le « Rajakhru clan »)

 

Prem, nous l’avons vu, n’a pu prendre et exercer le pouvoir qu’avec l’appui de certaines factions de l’armée, même celle des jeunes Turcs, du moins au début. (Dont les principaux membres venaient de la classe 7 (gradués de 1960) de l’académie militaire royale Chulachomkhlao). S’ils tentèrent par la suite deux coups d’Etat (En avril 1981 et en septembre 1985), c’est parce qu’ils eurent le sentiment que Prem s’appuyait sur d’autres factions militaires. D’ailleurs le général Athit Kamlang-ek (อาทิตย์ กำลังเอก), qui fit échouer le 1er coup fut promu commandant de la 1ére armée (Poste stratégique pour fomenter et les coups et contre-coups; Il deviendra même commandant en chef de l’armée en octobre 1982. Une promotion rapide appuyée par le roi), et de nombreux membres de la classe 5 (Gradués de 1958) (Faction rivale des »Jeunes Turcs) furent également promus à des postes clés.

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On vit aussi l’ancien général 1er ministre Kriangsak fonder un parti, le Parti national-démocrate (พรรคประชาธิปัตย์ Chat Prachathipatai)  pour participer aux élections du 18 avril 1983. Il obtiendra d’ailleurs 15 élus. Mais il sera aussi de la tentative du coup d’Etat de septembre 1985. On voit ainsi les différents moyens pour accéder au pouvoir ou pour s’y maintenir, comme ses nombreux généraux et colonels à la retraite qui ont choisi de devenir des élus parlementaires comme par exemple ceux du  Parti de la nation thaïe (ou Chat Thai Party), parfois appelé « le parti des généraux » fondé par le major général Chunhawan, qui obtiendra 73 élus (sur 324) aux élections de 1983.

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Malgré les trois élections des années 80, l’armée conservait donc un pouvoir important sur la scène politique, même si elle était traversée par des rivalités comme celles, par exemple des factions des classes 5 et 7. Le baromètre de l’influence des différentes factions pouvait d’ailleurs s’observer chaque année, en septembre, dans le tableau des promotions. Ainsi, nul doute par exemple qu’en 1983, la classe 5 était la plus influente.

 

Ainsi le nouveau commandant en chef de l’armée Athit (nommé en octobre 1982, effectif en septembre 1983) aura une action politique très active sur le gouvernement, en intervenant par exemple à la télévision pour transmettre son désaccord sur la dévaluation de 1984, en soutenant les élus militaires à la retraite pour amender la constitution en faveur de l’armée, en donnant des injonctions à certains sénateurs et ministres « militaires ». Mais la tension fut telle avec Prem, que le roi va jouer l’apaisement et Athit se fera plus discret, mais ne renoncera pas à agir.

 

Pour d’autres, quand on voit le pouvoir s’éloigner, on oublie la démocratie et on pense, au sein de sa faction, en l’occurrence celle des « Jeunes Turcs », au coup d‘Etat, comme celui tenté en septembre 1985, après l’échec de celui de 1981. On retrouvera le colonel Manunkrit Rupkhachon (มนูญกฤต รูปขจร) ...

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et d’autres plus prestigieux, comme le général, ancien premier ministre Kriangsak, un autre ancien commandant en chef, le général Sem Na Nakhon (เสริม ณ นคร), un ancien vice-commandant en chef, 

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... le général Nat Thephasdin Na Ayutthaya (ณัฏฐ์ เทพหัสดิน ณ อยุธยา); le maréchal de l’air Trairong Intharathat (ไตรรงค์ อินทรทัต); le vice-commandant de l’aviation, le maréchal Arun Prompthep. Excusez du peu.

On peut remarquer également des tensions entre l’armée et des partis politiques comme celle qui va opposer par exemple, le leader du Parti Démocrate, le général Harn Linanond, ancien commandant de la 4ème armée de province, au général Athit. Harn  devra quitter l’armée en 1984, mais s’opposera avec ses collègues à l’extension d’un an d’active pour Athit qui devait prendre sa retraite en septembre 1985. On retrouvera une autre tension lors de la première élection pour un gouverneur à Bangkok en novembre 1985, où l’ex-major général Chamlong Simuang (จำลอง ศรีเมือง), proche de Prem et ex-leader de la promotion 7, fut vivement soutenu par Athit. 

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Athit d’ailleurs devenait trop actif contre Prem, aux yeux du gouvernement, qui le démissionnera  le 27 mai, alors qu’il devait « légalement » se retirer le 1er septembre 1986, pour être remplacé par le général Chawalit Yongchaiyut, un fidèle de Prem. Mais Athit n’en tint pas compte.

 

Quand Chawalit prit effectivement ses fonctions, il déclara que désormais les militaires ne feraient plus de politique ! Il déclarera même qu’il se retirerait en 1988. Parole de soldat !

 

Effectivement, « en 1988, il devint ministre de la défense avec rang de vice-premier ministre dans le gouvernement Chatichai Chunhawan, jusqu'en 1991 ;  Il fut ensuite ministre de l'intérieur de 1992 à 1994, puis à nouveau ministre de la défense et vice-premier ministre de 1995 à 1996. Le 25 novembre 1996, il devenait le 22ème Premier ministre de Thaïlande. Il a démissionné un an plus tard, le 8 novembre 1997, au plus fort de la Crise économique asiatique. » (Wikipédia)

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Nous n’avions eu d’ailleurs aucune illusion sur le rôle de l’armée pendant ces années 80.

 

Le livre d’Arnaud Dubus et de Nicolas Revise « Armée du Peuple, Armée du roi », « les militaires face à la société en Indonésie et en Thaïlande »*** nous avait déjà aidé à comprendre  comment l’Armée avait construit son empire économique en monopolisant le pouvoir depuis 1932 et en intervenant sur la scène politique régulièrement par des coups d’états, au nom du roi et de la « sécurité nationale », connaissant cette loi non écrite qui veut que « Pour défendre leurs intérêts acquis, qu’ils soient individuels ou institutionnels, les militaires doivent coûte que coûte maintenir leur emprise politique » (Dubus). (Cf. Nos articles A82 et A83 « Les militaires thaïlandais, maîtres du jeu politique? »)

 

Nous n’avions pas oublié la liste des officiers généraux 1ers ministres, les dictatures du maréchal Phibun de 1938 à 1944 et de 1948 à 1957… du maréchal Sarit en 1957-1963 (Cf. notre article 223. « Les militaires, l’oligarchie dominante à la mort du maréchal Sarit en 1963) ... le long « règne » de 10 ans du maréchal Thanom de 1963 à 1973, aidé de deux autres « tyrans » … la « révolution de 1973 » … le coup d’Etat de 1976 qui installe la dictature civile de Thanin … suivie du coup d’Etat du général Kriangsak en novembre 1977… qui cèdera sa place, comme nous l’avons vu, à son commandant en chef de l’armée, le général Prem, proche du roi. 

 

Dubus et Revise nous montre comment le système s’est installé entre les généraux et les hommes d’affaires, comment ceux-ci  voyaient leurs affaires protégées, bénéficiaient des contacts, des contrats publics, et comment les généraux s’enrichissaient en siégeant au sein des conseils d’administration, comment certaines familles militaires avaient construit des empires économiques.

 

Ainsi le livre décrit comment « le général Sarit a opéré pour s’enrichir (exclusion, association, contrôle, partage avec les fidèles  (Il est dit que son ministre de l’intérieur, le général Praphat, était dans 44 conseils d’administration), nouveaux secteurs d’activités contrôlés par l’Armée …). A l’inverse,  grâce à leurs relations militaires, certains clans comme Sukkree Potiratatangkun, Thaworn Phornphrapa, Uthane Techapaibun et  le clan Rattanarak, propriétaire de la banque d’Ayutthaya … vont s’enrichir et prospérer.

 

« L’empire militaro-économique, bâti sur des mariages d’intérêt, de connivence et de convenance avec les grandes familles industrielles, ne cesse de s’agrandir. Il s’étend à de multiples secteurs d’activités : finance, aviation civile, audiovisuel, assurance, immobilier, textile, cuir, verrerie, batteries et conserves. Les officiers occupent les postes clés des ministères et des entreprises d’Etat. L’armée « institutionnalise » son pouvoir.» (p. 137). Les coups d’Etat seront là pour redistribuer les cartes … politiques et ….. économiques.

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6/ Une autre difficulté pour comprendre la politique thaïlandaise : le modèle des partis politiques.

 

Comme nous le montre Jean Baffie, dans son article  « Une « démocratie » entre populisme et défiance envers le peuple : La politique en Thaïlande depuis la Seconde Guerre mondiale ». (in Thaïlande contemporaine) (Cf. Notre lecture de cet article in A 50. Clés pour comprendre la politique en Thaïlande.**)

 

« En effet, la conception du parti politique en Thaïlande  est très différente de celle des pays occidentaux. Leur nombre ? Leur changement de nom ? Leur composition (les klum - กลุม – un groupe),  le rôle des militaires, l’importance de certaines familles et même de « parrains », le rôle de l’argent (populisme, corruption, achat des votes, intimidation parfois) … font partie des « mœurs » politiques de ce pays.

 

On a vu – dit-il, depuis 1946, 155 partis alors qu’il n’en reste qu’une douzaine aujourd’hui (En 2010), et encore changent-ils bien souvent de nom. (…) Et la plupart ont une vie brève. « En août 1995, un magazine présentait les dix plus importants. Moins de six ans après trois (avaient) déjà disparu (…) deux autres (n’avaient) plus de députés ». 

 

Mais « l’originalité » de ce système politique réside dans les klum.

 

Le klum n’a rien à voir avec les « courants » existants dans nos partis politiques. Il représente nous dit Baffie, « la véritable unité de base de la politique thaïlandaise ». Le klum  a été créé par un leader (un général influent, le chef d’une riche famille, un potentat voire un parrain local …). Il a ses propres sources de financement, souvent un bulletin de liaison (ou un média pour les plus riches). Son objectif est d’obtenir un ou plusieurs postes ministériels (sources d’influence et d’enrichissement).

 

Il va donc s’associer pour créer un parti, ou négocier son arrivée dans un parti existant, ou quitter un parti pour en rejoindre un autre au pouvoir ou susceptible de l’obtenir. Les exemples sont nombreux où un changement d’alliance a non seulement fait changer de 1er ministre, mais a changé le cours de l’Histoire. » […] Vous pouvez vous demander pourquoi des formations qui sont au pouvoir et ont la majorité décident de changer leur alliance ?  Des nouvelles convictions ? La pression des militaires ? L’achat de leur « alliance » ?  La proposition de postes ministériels ? »

 

« Les klum « animent » donc la vie politique thaïlandaise. Certains  sont si puissants et organisés qu’ils pourraient même se constituer en parti. » Baffie donnera quelques exemples … sans parler des moyens  utilisés : les tueurs, la corruption, « l’achat » des votes. Baffie cite d’ailleurs le général Kriangsak, contraint de démissionner de son poste de 1er ministre en mars 1980, qui employa des grands moyens pour être élu député. « C’est ainsi qu’il engagea 30 millions de baths (env. 730.000 euros) pour sa campagne, dont au moins 10 millions allaient servir à l’achat de voix ».

234. LES LIMITES DE LA DÉMOCRATIE DES ANNÉES 1980 EN THAÏLANDE

 

Finalement, on se rendait compte, que même les années 1980, pourtant souvent présentées comme démocratiques, avec ses trois élections générales, ses partis politiques, ses députés, ses votes de lois, avaient quelques spécificités « thaïlandaises » avec ses familles puissantes, ses clans, ses klum, ses factions militaires, son système militaro-économique, ses achats de vote …

 

Mais soyons plus précis en étudiant le contexte, le cadre hiérarchisé et « verticalisé » des élections de 1988, tant au niveau national que local. Ce sera notre prochain article.

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Sources.

 

*Barbara Leitch LePoer, ed. Thailand: A Country Study. Washington: GPO for the Library of Congress, 1987. (In POLITICAL DEVELOPMENTS, 1980-87) Source: U.S. Library of Congress

 

**Cf. Notre A 50. “Clés pour comprendre la politique en Thaïlande. »

Lecture de l’article de Jean Baffie « Une « démocratie » entre populisme et défiance envers le peuple : La politique en Thaïlande depuis la Seconde Guerre mondiale », (in Thaïlande contemporaine, IRASEC)

 

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a-50-cles-pour-comprendre-la-politique-en-thailande-90647687.html

Cf. Notre A82 « Les militaires thaïlandais face à ou contre  la société? », et A83. Les militaires thaïlandais, maîtres du jeu politique? Lecture de « Armée du Peuple, Armée du roi », « les militaires face à la société en Indonésie et en Thaïlande », de Arnaud Dubus et Nicolas Revise, l’Harmattan, IRASEC, 2002.

 

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a82-les-militaires-thailandais-face-a-ou-contre-la-societe-112050105.html

 

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a83-les-militaires-thailandais-maitres-du-jeu-politique-112148298.html

 

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