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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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29 juin 2016 3 29 /06 /juin /2016 18:29
235 – QUE POUVAIENT SIGNIFIER LA « DÉMOCRATIE » ET LES ÉLECTIONS DE 1988 EN THAÏLANDE ?

 

Cet article n’est pas un article d’ « actualité » mais un article d’histoire même si cette histoire n’a guère plus d’un quart de siècle. La situation qu’il décrit a été bouleversée dans les dernières années du XXème et les premières du XXIème siècle. On peut avoir quelques peines à imaginer l’évolution fulgurante des moyens d’information et de communication depuis lors, quelle modeste maison de village n’a pas actuellement un ou plusieurs postes de télévision, autant de téléphones portables que d’occupants sinon plus, des ordinateurs ou des tablettes avec un accès à Internet pratiquement généralisé sur l’ensemble du pays ?

235 – QUE POUVAIENT SIGNIFIER LA « DÉMOCRATIE » ET LES ÉLECTIONS DE 1988 EN THAÏLANDE ?

Imaginez qu’au début du siècle seulement, un étranger n’avait droit à un téléphone ou une ligne téléphonique que s’il justifiait d’un permis de travail, que les accès Internet était rares et couteux, que – hors zones touristiques – l’accès aux télévisions étrangères nécessitait de couteux abonnements. Imaginez qu’à la même époque la couverture de la téléphonie portable était défaillante dans la plus grande partie des campagnes thaïes et qu’ils n’avaient accès – lorsqu’ils avaient la télévision qu’à de rares chaines qu’ils accrochaient avec une antenne – râteau. La « conscience politique », qui n’existait alors que dans les villes et chez les étudiants, a cru de façon tout aussi exponentielle que les nouvelles technologies. Nous avons souvenir de la déclaration à la télévision d’une électrice rurale lors d’une manifestation « rouge » en 2010 « Les gens de Bangkok ont déjà la belle vie,  ils n'ont pas besoin des élections ni de changement, nous, si ! ».

235 – QUE POUVAIENT SIGNIFIER LA « DÉMOCRATIE » ET LES ÉLECTIONS DE 1988 EN THAÏLANDE ?

Dans un article précédent (1), nous avons abordé la question des élections du 29 juillet 1988 qui ont conduit à la victoire du parti de Chatchai et à son élection par le parlement comme premier ministre. C’est, à cette date, la participation la plus massive de l’histoire de la « démocratie thaïe » (2). Nous nous sommes alors posé brièvement la question de savoir dans quelle mesure il était possible de parler de la « sincérité » de ce scrutin, résultat essentiellement d’un vote massif des campagnes en faveur du parti de Chatchai et de ses alliés. Nous disions alors « Gardons-nous de l'erreur qui consiste à examiner les mœurs des campagnes thaïes en se référant aux nôtres, il faut pour en parler faire abstraction de nos préjugés ». Nous avions abordé de façon sommaire cette question à la suite d’un article de « The Nation » selon lequel beaucoup plus de la moitié des Thaïs étaient disposés à monnayer leur vote et près de 80 % confirmaient l’existence de cette pratique ?  Tel était le sens de notre article 10 publié avant les élections de 2011 «  Corruption ou coutume ?  Il y a corruption et corruption » (3).

235 – QUE POUVAIENT SIGNIFIER LA « DÉMOCRATIE » ET LES ÉLECTIONS DE 1988 EN THAÏLANDE ?

Quel était le contexte en 1988 ? Notons tout d’abord que, si nous disposons des résultats sur le plan national, nous n’avons – malheureusement - pas pu trouver le résultat détaillé province par province mais nous avons tout de même celui de Bangkok qui devait élire 37 députés. Le taux de participation y fut dérisoire : Selon les circonscriptions, 37,50 %, 44,32 % et 31,52 %. Le parti de Chatchai n’y obtient aucun siège mais celui, son allié, Samak Sundaravet (สมัคร สุนทรเวช), le « prachakonthaï » (parti de la Thaïlande - พรรคประชากรไทย) en rafle 20 (sur les 31 qu’il fit élire dans tout le pays) et « Palang Dharma » (la force de la vertu – พรรคพลังธรรม), parti activiste religieux sinon mystique de Chamlong Srimuang (จำลอง ศรีเมือง) autre parti allié, gouverneur de Bangkok, en obtient 10 sur les 15 élus sur le plan national.

235 – QUE POUVAIENT SIGNIFIER LA « DÉMOCRATIE » ET LES ÉLECTIONS DE 1988 EN THAÏLANDE ?

Mais quel est plus généralement le cadre de cette élection ?

 

Le dernier recensement dont nous disposions est celui de 1983 (ils ont lieu en principe tous les 10 ans). Il y a à cette date 75 provinces (จังหวัด), 877 amphœ (อำเภอ), 7.255 tambon (ตำบล) et 74.900 villages (หมู่บ้าน), là où vivent l’immense majorité des 63.389.730 thaïs ! (4). Combien d’habitants dans les villes ? Nous n’avons pas la ventilation détaillée et nous devrons raisonner par extrapolation par rapport au recensement de 1970 qui a fait l’objet d’une étude de Jacques Vallin (5). La population est alors de 34.397.000 et la population citadine de 4.366.000 en ce compris Bangkok (6). En 1983 l’augmentation est de (environ) 54 % en 1983. La population citadine est donc au minimum de - environ 6.725.000. Il y a donc approximativement 55 ou 56 millions d’habitants dans les campagnes, probablement 12 ou 13 % de la population. Pourquoi vous inonder de chiffres ?

 

Tout simplement parce que ce sont ces « ruraux » probablement assistés des ruraux devenus citadins expatriés par nécessité qui retournent systématiquement au village pour voter (7) dans les bureaux de vote de bas des quelques 75.000 villages, « communauté » de base dont la population ne dépasse jamais quelques centaines d’âmes qui firent l’élection de 1988.

235 – QUE POUVAIENT SIGNIFIER LA « DÉMOCRATIE » ET LES ÉLECTIONS DE 1988 EN THAÏLANDE ?

La révolution sans effusion de sang de 1932 a supprimé les 10 monthons (cercles),  aboli les monthon et créé la subdivision administrative actuelle. Il est alors des personnages importants dans l’administration locale : le kamnan (กำนัน), fonctionnaire choisi parmi les chefs de village et responsable du tambon sous emprise directe du nai amphœ (นายอำเภอ) et qui règle les affaires locales de concert avec le phuyaiban (ผู้ไหญ่บ้าน) que l’on traduit habituellement par « chef de village » mais qui signifie littéralement – le terme est parlant – « personne importante du village ». 

235 – QUE POUVAIENT SIGNIFIER LA « DÉMOCRATIE » ET LES ÉLECTIONS DE 1988 EN THAÏLANDE ?

Le kamnan doit rapporter chaque mois à l'officier de district les événements dans sa commune. Il rencontre ses chefs de village à son domicile pour les informer des nouvelles procédures gouvernementales ou pour régler les conflits mineurs dont l'importance est pas assez grand pour être porté à l'attention du responsable du district. Les questions le plus souvent soulevées concernent les problèmes d'irrigation commune, gérés en grande partie par les paysans eux-mêmes. Les chefs de village doivent – sauf urgence – faire rapport de leur activité   au kamnan avant la réunion mensuelle tenue au bureau du nai amphœ. Le kamnan est en charge de l'état civil et des problèmes de santé; il doit signaler les naissances et les décès dans la commune tous les mois à l'officier de district. Le chef de famille est responsable de la déclaration de la naissance d'un enfant dans les quinze jours devant le kamnan dont dépend sa commune, ce qu'il fait en rapportant la naissance à son propre chef de village. Les décès doivent être déclarés dans les vingt-quatre heures. La déclaration des décès est gérée par le « médecin du village » dont nous parlerons plus bas, il constate la mort, puis transmets au chef du village qui transmet à son tour au kamnan. La brièveté du délai de 24 heures relève d la nécessité de prendre toutes mesures utiles en cas de maladie contagieuse.

 

Ce sont ces chefs de village qui sont à la base de la démocratie locale, laquelle devait, selon l’opinion de Rama V constituer un début vers la lente marche de son pays vers une démocratie élective (8). Ce régime fut en vigueur jusqu’aux réformes administratives de 1992 – 1994 (9) et sérieusement battu en brèche par le régime issu du coup d’état du 22 mai 2014 du général Prayuth Chan-ocha (ประยุทธ์ จันทร์ โอชา) (10).

235 – QUE POUVAIENT SIGNIFIER LA « DÉMOCRATIE » ET LES ÉLECTIONS DE 1988 EN THAÏLANDE ?

Le chef de village est élu par les hommes et les femmes du village. Il l’est pour un mandat de 5 ans mais il existe de nombreux exemples d’élection ne fixant pas de terme fixe et de chefs de village continuant à servir tant qu'il conservait la confiance et le respect de ses villageois. Il n’était alors rare pour un chef de village respecté de conserver son poste jusqu'à sa mort ou à la retraite. Mais retiré en général à 60 ans, de concert avec d'autres vieillards du village, il pouvait  servir de conseiller informel au nouvel élu et exercer une grande influence sur la vie du village. L’élection se fait lors d’une réunion de tous les adultes qui souhaitent voter. Chaque ménage sera représenté par au moins un membre adulte. Il n'y a pas de campagne électorale : le chef sortant et son conseil informel des aînés recommandent un ou deux candidats d’expérience, hommes respectés du village et ces conseils sont unanimement suivis. L’élection est publique et à la majorité simple. Habituellement, le candidat le plus populaire sera l'assistant du chef et il est habituellement élu : familier des démarches administratives, en rapport direct avec le kamnan et le nai amphœ, il s’est en général acquis le respect des villageois.

 

Une première observation peut nous étonner sinon choquer, le vote n’est en général jamais secret. N’épiloguons pas sur les avantages respectifs du vote public et du vote à bulletin secret (11). 

235 – QUE POUVAIENT SIGNIFIER LA « DÉMOCRATIE » ET LES ÉLECTIONS DE 1988 EN THAÏLANDE ?

Par ailleurs, si la Chefferie confère prestige et honneur à l’élu, elle comporte de lourdes responsabilités et exige un temps considérable. La rémunération payée par le gouvernement central est notoirement insuffisante. Le chef ne peut se dispenser de faire des contributions fréquentes au temple, pour les mariages et les funérailles, et de fournir de la nourriture, de noix de bétel, des liqueurs, cigarettes et cigares. Seul un villageois relativement prospère peut se permettre d'être chef, un jeune homme compétent a peu de chance d'être élu. Il faut encore signaler l’existence du mouban (หมอบ้าน) littéralement le « médecin du village » qui n’est pas un vrai médecin, il n'a pas de formation médicale moderne, mais il est versé dans la tradition médicale indigène voire la sorcellerie. Son rôle fut pratiquement officiel jusqu’avant la seconde guerre mondiale. Il n’a certainement pas disparu de nos villages à ce jour quoique plus discret. Il était utilisé par les responsables de la santé de district pour diffuser des informations aux villageois sur la santé et les maladies, vacciner les bébés du contre la variole, délivrer des médicaments occidentaux, signaler les cas de maladie grave aux responsables du district. Charlatan peut-être mais le plus souvent assez intelligent pour comprendre les rudiments de la médecine moderne et susceptible de coopérer avec l'agent de santé de district tout en pouvant faire œuvre de guérisseur. 

235 – QUE POUVAIENT SIGNIFIER LA « DÉMOCRATIE » ET LES ÉLECTIONS DE 1988 EN THAÏLANDE ?

N’ayons garde d’oublier l’abbé du temple qui joue le plus souvent, via l’école du temple, le rôle de l’instituteur du village et celui – en  dehors du système judiciaire – de « juge de paix », tout autant que celui de l’Iman  dans les provinces mahométanes du sud. Lorsqu’il existe une école publique, l’instituteur respecté car instruit.

 

C’est dans ce cadre fortement hiérarchisé et « verticalisé » (13) que vivent les habitants dont la plupart des habitants ne sont jamais allé au-delà du chef-lieu de la province et situent leurs problèmes au niveau du quotidien : entretien de la voirie, amélioration du service de l’électricité, création d’un service de distribution publique de l’eau – problème crucial pour un paysan – notre namprapa (น้ำประปา) beaucoup plus que les questions de politique générale intérieure et encore plus extérieure.

235 – QUE POUVAIENT SIGNIFIER LA « DÉMOCRATIE » ET LES ÉLECTIONS DE 1988 EN THAÏLANDE ?

C’est évidemment toujours dans ce cadre qu’il faut parler des élections de 1988 et d’avant et peut-être dans une moindre mesure de celles d’après. Nous avons vu (note 2) que depuis les premières élections, le taux de participation a augmenté de façon significative. Mais la proportion d’analphabètes chez les personnes âgées reste importante, notamment chez les femmes, probablement encore 70 % dans le dernier quart du siècle dernier, ce sont d’ailleurs elles qui constituent le plus fort des troupes abstentionnistes. Fort peu d’électeurs  voient ou entendent les candidats qui ne font pas « la tournée des popotes », lisent les journaux ou prennent un véritable intérêt pour les élections nationales, le suffrage rural y reste encore étranger. Il y a encore fort peu de radios, encore moins de télévisions et il n’y a guère que les chefs de village, les abbés et les instituteurs qui lisent les journaux. Les instituteurs doivent souvent faute de moyens se mettre à plusieurs pour partager le coût d'un abonnement.

235 – QUE POUVAIENT SIGNIFIER LA « DÉMOCRATIE » ET LES ÉLECTIONS DE 1988 EN THAÏLANDE ?
Quelques semaines avant une élection, les chefs de district donnent instructions aux chefs de village pour encourager leurs villageois à voter; les chefs rassemblent la population pour l’inciter à voter, instruire ceux qui ne l’ont jamais fait de la façon de procéder et attribuer un numéro d'enregistrement à chaque personne ayant le droit de vote. La liste des inscrits est envoyée par le chef du bureau de vote local (le plus souvent l'école primaire la plus proche) et des scrutateurs sont nommés pour le dépouillement. Le jour précédant les élections, le chef de village envoie son assistant dans tous les foyers pour leur rappeler que l'élection aura lieu le lendemain. Si l’électeur n’a jamais ni vu ni entendu ni rien lu des candidats, il lui est constamment rappelé que l'élection aura lieu. 

 

Le plus souvent, aucun des candidats n’a visité le village, aucune « littérature de campagne » n’a été distribuée, et comme la plupart des habitants ne lisent pas les journaux, bien peu ont une idée claire des enjeux de la campagne. Les villageois ont fait leur choix en partie sur la base de ce que le chef de village, l’abbé du temple et le maître d'école leur ont appris au sujet des candidats, en partie aussi sur la proximité de la ville natale du candidat. Même inconnu, un homme de la ville la plus proche, est considéré comme un enfant du pays obligatoirement meilleur que ses rivaux venant des régions les plus éloignées de la province. Les électeurs doivent simplement être âgés de plus de 21 ans. Une technique fort simple est utilisée pour favoriser le choix des illettrés : Chaque candidat reçoit un numéro. Ces numéros sont imprimés en chiffres thaïs (même les illettrés connaissent les chiffres thaïs). Là, le scrutin est secret : L'électeur peut alors passer dans l'isoloir, effectuer son choix, placer le bulletin numéroté dans l’enveloppe officielle, elle doit être scellée pour assurer le secret et aller pointer sur la liste d’émargements avant de mettre l’enveloppe dans l’urne. Le scrutin terminé, les urnes sont envoyées à l’amphœ le plus souvent sous escorte policière, le dépouillement a lieu et les résultats  téléphonés ou télégraphié vers le chef-lieu.

 

Un bureau de vote dans la campagne (2008) :

 

 

235 – QUE POUVAIENT SIGNIFIER LA « DÉMOCRATIE » ET LES ÉLECTIONS DE 1988 EN THAÏLANDE ?

Fort curieusement, la question de la sincérité des scrutins ne fut guère agitée avant les années 1990 mises à part, ponctuellement, les fraudes massives alléguées probablement non sans raison à l’occasion des élections de 1957 (2). Peut-être simplement parce que les problèmes – réels – se sont surmultipliés à partir de cette époque de façon spectaculaire. Il est vrai aussi que le nombre des élections a été multiplié - parlement, sénat, municipalités, conseil provincial, conseil de sous-district, etc…  Les Thaïs et surtout les candidats sont devenus les plus expérimentés au monde tant dans la façon de voter que dans celle de « faciliter » les résultats.

 

Nous savons que le clan « Choonhavan » (« Soi Rajakru ») est richissime, ses alliés Samak Sundaravet et Chamlong Srimuang ne le sont pas moins même s’ils prêchent la vertu. Cela a pu lui permettre de constituer un réseau relationnel puissant au niveau des gouverneurs de province et par eux des responsables des tambon et des amphœ et par ces derniers encore sur les chefs de village. Dans un contexte de petites ou toutes communes rurales, de toute évidence le chef de village pouvait raisonnablement prédire le comportement des électeurs. Ce n’est pas la politique du futur gouvernent à l’égard du Cambodge ou de la Chine qui préoccupe nos paysans, mais, beaucoup plus importante, la question de l’installation de l’eau courante ou du pavage des chemins de terre impraticables en saison des pluies. Nous n’entendrons parler que beaucoup plus tard de manœuvres tortueuses, inscription d’électeurs fictifs, campagnes violentes et « persuasives » par l’intimidation. Un rapport de synthèse significatif (13) sur les élections de 2001 (nous ne sommes plus en 1988) établi par un membre de la commission électorale et du « Réseau asiatique pour des élections libres (ANFREL) », organisme privé créé à Bangkok en 1997 et dépendant de l’ « International  Institute for Democracy and Electoral Assistance » est effrayant…à tel point que l’auteur – qui a examiné les 1920 plaintes soumises à la commission électorale à la suite des élections de 2011 a cru devoir préciser en fin d’article qu’il préférait laisser son vrai nom de côté  et « The Asia Foundation » préciser que ses propos n’engageaient que lui. On peut le comprendre lorsqu’il cite le nom d’un « parrain » politique d’une province proche de Bangkok qui aurait dit volontiers « Je n’ai pas d’ennemis, ils sont tous morts ». Mais selon lui, ces turpitudes se sont surtout développées dans le cadre de la constitution de 1997 (actuellement obsolète) et à l’avènement de la décentralisation et le développement d’une administration locale élective. Pour lui, opinion que l’on n’a pas l’obligation de partager a donné lieu à des distorsions et des écarts de voix énormes que l’on ne saurait connaître dans une démocratie avancée : Dans le nord-est, le parti « phua thaï » de Yingluck Shinawatra obtient 60 % des suffrages et le « parti démocrate » de Abhisit Vejjajiva moins de 10 %, dans le nord, la distorsion est moins flagrante, 50 % et 20 %. Mais la proportion s’est inversée dans le sud, 60 % pour le « parti démocrate » et 10 % pour le « phua thaï ». 

235 – QUE POUVAIENT SIGNIFIER LA « DÉMOCRATIE » ET LES ÉLECTIONS DE 1988 EN THAÏLANDE ?

On peut penser sans trop de mauvais esprit que les rivaux se tiennent par la barbichette.

235 – QUE POUVAIENT SIGNIFIER LA « DÉMOCRATIE » ET LES ÉLECTIONS DE 1988 EN THAÏLANDE ?

Que penser enfin des « achats de voix » ?

 

Ont-ils existé de façon massive lors de nos élections de 1988 ? Le sujet a été traité de façon surabondante, des dizaines de pages « Google » sur le sujet « Vote-Buying in Thailand », un peu moins sur les pages francophones. Nous en avons consulté beaucoup et limité notre étude à l’une d’entre elle (14). La question est moins simple qu’il n’y parait.

 

Selon la légende, l'achat de voix aurait commencé de façon spectaculaire dans la province de Roiet en 1981, initiée par les militaires et se serait amplifié les années suivantes. Pauvreté des électeurs sans instructions ? Système de patronage ? Lors des élections, les banques auraient constaté des hausses massives de dépôt d’argent. L’achat des votes fait-il partie de la culture politique; cela ne fait guère de doute. Certes, si un électeur bénéficie de la générosité d’un un candidat, ce pourrait être considéré comme une mauvaise manière de ne pas le « rembourser ». Mais que se passe-t-il si l’électeur reçoit de l’argent de plusieurs candidats avant de voter à leur guise ? Nos auteurs citent un moine bouddhiste qui aurait déclaré qu'il n'y avait rien d’immoral à prendre l'argent d'un candidat et à voter pour un autre. Tout est dit ! Comment le donateur peut-il savoir ce que sera le vote du donataire dans le secret de l’isoloir d’autant que de longue date l’introduction des appareils photos et maintenant des téléphones est interdite dans les bureaux de vote, pas de possibilité de photographier subrepticement l’introduction du bulletin dans l’enveloppe. Il est par contre une certitude, nous la constatons tous les jours, les Thaïs sont sensibles au « paraître ». A peine d’être stigmatisé comme « khiniao » (ขี้เหนียว radin tout simplement) le candidat – surtout dans les élections locales – se doit d’offrir des billets ce qui nous semble relever de la même philosophie (si l’on peut dire) que les impressionnantes tournées d’apéritifs offertes, au moins dans les petites villes, par les candidats à la mairie ou à un poste de conseiller général (15). Mais il est une certitude, c’est que les distributions de billets par les candidats ou leurs représentants locaux reste une pratique massive, peut-on toutefois la qualifier d’ « achats de votes » ? Les électeurs de 1988 ont probablement compris, tout en empochant les billets,  que les candidats avaient le potentiel d'offrir plus d'avantages ayant plus d’impacts que quelques billets rouges ou bleus : dépenses d'infrastructure et projets de développement, sachant que s’ils ne respectaient pas leurs promesses ils en subiraient la sanction au scrutin suivant. C’est bien ce qu’a compris Taksin qui a complétement changé la donne par des promesses nationales attrayantes et surtout tenues.

235 – QUE POUVAIENT SIGNIFIER LA « DÉMOCRATIE » ET LES ÉLECTIONS DE 1988 EN THAÏLANDE ?

Faute d’études sérieuses portant spécifiquement sur la période qui nous intéresse, il nous est difficile d’en dire plus mais nous en tirons une certitude, c’est que la démocratie en Thaïlande n’est pas comme le bon vin, elle ne s’améliore toujours pas avec les années.

235 – QUE POUVAIENT SIGNIFIER LA « DÉMOCRATIE » ET LES ÉLECTIONS DE 1988 EN THAÏLANDE ?

 

NOTES

 

(1) Article 233 « CHAITCHAI CHUNHAVAN, 1er MINISTRE (08/08/1988-09/12/1990), « MISTER NO PROBLEM ».

 

(2) Un rappel :

Le 15 novembre 1933, premières élections législative de l’histoire, sans partis politiques, tous les candidats sont indépendants. Taux de participation de 41,50 %. (Voir notre article A 182 « Une journée d’élections peu ordinaire ! ») Le 7 novembre 1937, élections générales, sans partis politiques, tous les candidats sont indépendants : Taux de participation de 40,20 %. Le 12 novembre 1938, élections générales, sans partis politiques, tous les candidats sont indépendants : Taux de participation de 35,00 %. Le 6 janvier 1946, élections générales toujours – officiellement – sans parti politiques : Taux de participation de 32,50 %. Le 29 janvier 1948, élections générales toujours – officiellement – sans parti politiques : Taux de participation de 29,50 %. Le 26 février 1952, élections générales toujours – officiellement – sans parti politiques : Taux de participation de 39,00 %. Le 26 février 1957, élections générales qui voient la victoire du parti de Phibun, le Seri Manangkasila  (พรรคเสรีมนังคศิลา), le taux de participation inhabituel (57.50%)  permet de supposer des fraudes massives ? Le 12 décembre 1957, élections générales : Le taux de participation retourne « à la normale », 44,10 %. Le 10 février 1969, élections générales : Taux de participation de 49,20 %. Le 26 janvier 1975, élections générales : Taux de participation de 47,20 %. Le 4 avril 1976, élections générales. Taux de participation de 44,00 %. Le 22 avril 1979, élections générales: Taux de participation de 43,90 %. Le 18 avril 1983, élections générales : Taux de participation de 50,80 %. Le 27 juillet 1986, élections générales : Taux de participation de 61.40 %. Le 24 juillet 1988, nous sommes donc à 63,60 %. Ce taux se maintiendra – mutatis mutandis – lors des élections à venir : 59,20 % le 22 mars 1992, 61.60 % le 13 septembre 1992, 62,00 % le 2 juillet 1995, 62,40 le 17 novembre 1996, 69,94 % le 6 janvier 2001, 72 % le 6 février 2005, 65,20 % le 2 avril 2006, 75,03 % le 3 juillet 2011, 64,08 % le 2 février 2014. 60 % enfin au référendum du 19 août 2007. Notons qu’aux élections locales de Bangkok du 30 avril 2006, la participation citadine varie selon les secteurs entre 35 et 40 % seulement.

 

(3) Voir notre article  10 « Corruption ou coutume ? »

 

(4) Nous avons vu dans notre article 4 « Organisation administrative de la Thaïlande et de l'Isan » que la population des campagnes dès l’origine s’est regroupée – pas d’habitat isolé - et a organisé des communautés de vie autour des points d’eau nécessaire à la vie et à la culture du riz et au centre de ses champs. Les fermes isolées ne se trouvent guère qu’aux immédiats environs des grandes villes. L’onomastique est significative : dans la liste actuelle des quelques 7500 tambon, nous avons relevé 139 Huay (หวั้ย – ruisseau), 435 nong (หนอง  – étang), 50 bo (บ่อ  – puits), 45 bung (บึง  – marais), 78 nam (น้ำ), 13 paknam (ปักน้ำ – estuaire) et 24 Hat (หาด – berges).

 

Cette vue aérienne est significative de la structure des villages en zone rurale. Elle représente sur le terrain 8 km x 6. Il s‘agit du tambon de Huaymek (province de Kakasin) situé dans l’amphœ du même nom (qui en comporte trois). Elle couvre 15 villages pour environ 9.000 habitants, étroitement regroupés autour de lacs créés de main d’homme depuis des temps immémoriaux (1) alimentés par de petites rivières (2). 

235 – QUE POUVAIENT SIGNIFIER LA « DÉMOCRATIE » ET LES ÉLECTIONS DE 1988 EN THAÏLANDE ?

(5) Jacques Vallin « La population de la Thaïlande » In: Population, 31ᵉ année, n°1, 1976. pp. 153-175; Jacques Vallin est un éminent spécialiste de la démographie.

http://www.persee.fr/doc/pop_0032-4663_1976_num_31_1_15934

 

(6) Quelles sont les villes en 1970 : Zone urbaine de Bangkok 3. 793.000 et, tout étant relatif, Chiangmai 93.000, Nakonratchasima 77.000, Pitsanulok 71.000, Udonthani 70.000, Hatyai 57.000, Ubonratchatani 52.000, Nakonsawan 51.000, Nakonsrithammarat 51.000 et Songkhla  51.000.

 

(7) Comme ils le font toujours non moins systématiquement pour les fêtes importants, Loikratong et nouvel an.

 

(8) Voir notre article A  194 « LE PREMIER PROJET DE CONSTITUTION DE 1885 ».

 

(9) Voir Chaiyan Rajchagool « TAMBON ADMINISTRATION ORGANIZATION: ARE THE PEOPLE IN THE DRAMATIS PERSONAE OR IN THE AUDIENCE ? » publication de l’Université de Chiangmai, 2012.

 

(10) Si les motifs allégués sont louables – lutter contre la corruption – reste à savoir si l’utilisation qui en est ou en sera faire le sera.

 

(11) Les thuriféraires des deux Bonaparte, le 1er et le 3ème se plaisent à rappeler – un peu sommairement - que leurs deux coups d’état, celui du 18 brumaire et celui du 2 décembre reçurent une onction démocratique via le plébiscite. Celui du premier révélait une majorité digne du chef d’état d’une république bananière avec une participation de 20% d’électeurs qui ne votaient pas à bulletin secret mais devaient avoir le courage de signer sur un registre « oui ou non ». Il en était de même pour celui du troisième sous strict contrôle des sous-préfets et des curés. Mais loin de nous l’idée de comparer les deux situations !

 

(12) En Thaïlande rurale la monarchie jouit encore d’un respect qui a été plus ou moins fortement entamé dans les centres urbains; chaque fois que le roi rendait visite dans ses provinces des  régions rurales, les paysans travaillant au bord des routes se mettaient à genoux quand passait la voiture royale passe.

235 – QUE POUVAIENT SIGNIFIER LA « DÉMOCRATIE » ET LES ÉLECTIONS DE 1988 EN THAÏLANDE ?

(13) « Dark Reality to Vote Buying in Thailand » par un « Asia Foundation staff member », publication du 13 juillet 2011.

 

(14) Voir à ce sujet  « Vote-Buying and Reciprocity » par  Frederico Finan (professeur à l’Université de Berkley) et Laura Schechter (professeur à l’université du Winsconsin),  UW Madison, août 2011.

 

(15) Est-ce un bon exemple ? Après diverses péripéties judiciaires, les comptes de campagne de l’un d’entre nous, conduisant une liste aux élections municipales dans une petite ville de province comportaient – sur un total de 77.000 francs – ses factures de frais de « mission réception » pour plus de 15.000 francs et ont été homologués sans barguigner par le Conseil d’état en 1996.

 

AUTRES SOURCES

 

Katherine A. Bowie « Vote Buying and Village Outrage in an Election in Northern Thailand: Recent Legal Reforms in Historical Context » in : The Journal of Asian Studies Vol. 67, No. 2 (May) 2008: 469–511. » qui cite d’abondantes sources.

Anyarat Chattharakul « Thai Electoral Campaigning: Vote-Canvassing Networks and Hybrid Voting », in: Journal of Current Southeast Asian Affairs, 29, 4, 67-95. 2010.

John E. de Young « Village life in modern Thailand » publication de UNIVERSITY OF CALIFORNIA PRESS BERKELEY AND LOS ANGELE, 1963.

 

 

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