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  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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11 juin 2016 6 11 /06 /juin /2016 18:22
A 216- LES « YEUX DU BONHEUR » EN BAMBOU TRESSÉ.

 

Peut-être avez-vous rencontré au hasard de promenades dans les campagnes de la Thaïlande profonde ces curieuses petites constructions en bambou tressé adoptant diverses formes, en général plantées en bordure d’une rizière ?

 

Elles ont suscité (1) il y a un demi-siècle la curiosité de Phraya Anuman Ratchathon (พระยาอนุมานราชธน), cet infatigable collecteur des vieilles traditions de son pays en passe de se perdre et auquel nous avons souvent fait référence. 

A 216- LES « YEUX DU BONHEUR » EN BAMBOU TRESSÉ.

Lui-même avait dû faire appel à un érudit bavarois, Herr Doktor Hans E. Kauffmann qui leur avait consacré une étude que nous n’avons malheureusement pas pu nous procurer (2) et s’est livré à une enquête serrée auprès de ses érudits correspondants locaux.

Notons que le qualificatif de « thread-square » (fil-carré) est parfaitement inapproprié comme l’admet d’ailleurs Ratchathon à la fin de son article. Ces bâtonnets portent un nom dans sa langue natale. Les orthographes divergent : tamleo (ตำเหลว) taleo (ตะเหลว ou ตาเหลว). Pour le Dictionnaire de l’académie royale la bonne orthographe est taleo (ตาเหลว) mais « dialectique » (probablement du nord-ouest et du nord-est mais il ne le précise pas ?). En « beau langage », c’est chaleo ou chalio (เฉลว ou ฉลิว). Taleo, ta-leo  (ตา- เหลว) c’est tout simplement « œil-bonheur », l’œil du bonheur. Pour notre érudit bavarois, ce serait une déformation de ta-yiao (ตาเหยี่ยว), l’œil du faucon mais ces discussions sémantiques nous dépassent.

A 216- LES « YEUX DU BONHEUR » EN BAMBOU TRESSÉ.

Il s’agit d’un bâtonnet de bambou planté dans le sol autour duquel sont tressées diverses formes également en branches de bambou,  carré, losange,  triangle, étoile à cinq, six ou sept branches ou encore en cercle ou en hexagone.

A 216- LES « YEUX DU BONHEUR » EN BAMBOU TRESSÉ.

Le Dr Kauffmann avait précisé à Ratchathon avoir constaté l’utilisation de ces bâtonnets dans des rites mortuaires tribaux de l'ouest des Indes, dans les tribus Naga de Birmanie de l'Ouest, chez les Kachin de la Haute-Birmanie et les Lawas du Nord-Ouest de la Thaïlande – voilà qui nous rapproche de chez nous – et dans des tribus Radhés et Djarais de la chaine annamitique entre Siam et Vietnam. Les bâtonnets y auraient alors été utilisés comme une protection contre les esprits de la mort.

 

Mais les recherches alors entreprises par Ratchathon dont la curiosité avait été excitée ne donnèrent que de maigres résultats. Il rencontra un vieillard (il écrit, rappelons-le en 1967) qui se souvenait avoir vu « dans sa jeunesse » ces bâtonnets suspendus dans un temple bouddhiste sans que celui-ci puisse préciser lequel mais il le situe dans la région de Nakhon Sawan dont le vieillard était originaire. Un autre de ses informateurs les avait observés dans sa province d’origine, Khon Kaen, sous le nom taleo saicho (ตะเหลวไส้จ่อ)Ces bâtonnets servaient alors le plus souvent comme un charme contre les mauvais esprits. Dans la région de Chiangmai, le taleo était  utilisé pour empêcher l'esprit du défunt de venir perturber les habitants de la maison où le décès avait eu lieu. Une fois la dépouille mortelle conduite sur les lieux de la crémation, les habitants de la maison plaçaient par mesure de précaution un taleo près de l’entrée  pour empêcher le retour le fantôme du défunt. Toujours selon Rachathon, il y avait  quelques 70 ans ou plus (donc dans le dernier quart du XIXème siècle) cette pratique était courante à Bangkok et peut-être partout en Thaïlande.

 

A 216- LES « YEUX DU BONHEUR » EN BAMBOU TRESSÉ.

Mais indépendamment de ces fonctions magiques, le taleo était également utilisé comme symbole à des fins pratiques. Ratchathon se souvenait « dans son enfance » (il était né en 1888) avoir constaté cette utilisation non plus magique mais terre à terre. Les populations étaient alors analphabètes et chaque forme de taleo avait un sens, un panneau indicateur en quelque sorte : signaler l’existence d’un commerce ou d’une maison en vente, marquer les quatre coins des limites d’une parcelle de terrain vacante comme mise en garde contre les intrusions, en bordure et autour d’une parcelle de riz pour inviter les propriétaires de bovins de ne pas y laisser leurs animaux y pénétrer

A 216- LES « YEUX DU BONHEUR » EN BAMBOU TRESSÉ.

Ils avaient aussi une utilisation fiscale, annoncer à ceux qui circulaient sur les canaux un prochain octroi : le panneau avisait alors les pilotes de bateaux qu’ils allaient devoir s’arrêter pour se soumettre à un contrôle douanier.

 

Une plaisanterie de potache comme une autre, alors que nous allions gamins, sonner aux portes pour réveiller la bignole, Ratchathon et ses amis plaçaient des taleo qui n’étaient pas bien difficiles à confectionner pour tromper les passants. 

A l’époque où il écrit, il constatait encore une utilisation magique, la présence d’un taleo de forme simple et de petite taille placé sur la couverture en feuilles de bananier d'un pot de terre contenant une décoction médicinale traditionnelle ce qui signifiait portez-vous bien et que ce soit doux au goût (you di kin huan อยู่ดี กิน หวาน). La présence du taleo avertissait alors les consommateurs qu’ils pouvaient retirer sans risque puisque la décoction avait été bénie avec certaines formules magiques. Cette pratique semble encore perdurer ?

A 216- LES « YEUX DU BONHEUR » EN BAMBOU TRESSÉ.

L’utilisation pratique n’a à cette heure plus de raison d’être puisque les Thaïs savent lire, que les panneaux de signalisation – quoique moins pittoresques – sont tout aussi parlant et que leurs parcelles sont bornées au GPS. Il est permis de penser que les taleo que l’on trouve épisodiquement en bordure de champs l’ont été pour des raisons mystiques ou magiques venues – encore – de la nuit des temps ? Œil de faucon pour surveiller les malfaisants ? Œil du bonheur pour s’attirer les bienfaits des créatures célestes et écarter les maléfices ?

A 216- LES « YEUX DU BONHEUR » EN BAMBOU TRESSÉ.
SOURCES

 

« เครื่องจักสานไทย 6 (ความเชื่อ) มีผสมผสานกันไปทุกภาค » une remarquable étude (en thaï) est numérisée sur le site de la faculté des beaux-arts de l’Université de Chiangmaï :

http://www.finearts.cmu.ac.th/e_doc/52/kreakjaksan%206.pdf

 

NOTES.

 

(1) « Notes on the thread-square in Thailand » in journal de la Siam Society volume 55-2 de 1967.

(2) Publiée in Ethnologica vol 82, 1960, pages 36-69. Nous n’avons malheureusement aucun renseignement sur cet érudit bavarois qui avait apparemment arpenté toute l’Asie-du-sud-est.

SOURCES

 

« เครื่องจักสานไทย 6 (ความเชื่อ) มีผสมผสานกันไปทุกภาค » une remarquable étude (en thaï) est numérisée sur le site de la faculté des beaux-arts de l’Université de Chiangmaï :

http://www.finearts.cmu.ac.th/e_doc/52/kreakjaksan%206.pdf

 

NOTES.

 

(1) « Notes on the thread-square in Thailand » in journal de la Siam Society volume 55-2 de 1967.

(2) Publiée in Ethnologica vol 82, 1960, pages 36-69. Nous n’avons malheureusement aucun renseignement sur cet érudit bavarois qui avait apparemment arpenté toute l’Asie-du-sud-est.

SOURCES

 

« เครื่องจักสานไทย 6 (ความเชื่อ) มีผสมผสานกันไปทุกภาค » une remarquable étude (en thaï) est numérisée sur le site de la faculté des beaux-arts de l’Université de Chiangmaï :

http://www.finearts.cmu.ac.th/e_doc/52/kreakjaksan%206.pdf

 

NOTES.

 

(1) « Notes on the thread-square in Thailand » in journal de la Siam Society volume 55-2 de 1967.

(2) Publiée in Ethnologica vol 82, 1960, pages 36-69. Nous n’avons malheureusement aucun renseignement sur cet érudit bavarois qui avait apparemment arpenté toute l’Asie-du-sud-est.

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