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  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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22 juillet 2016 5 22 /07 /juillet /2016 18:29
200. 2 - L’ARMÉE THAÏE ENTRE EN BIRMANIE LE 10 MAI 1942

Il nous arrive parfois de trouver des documents qui nous permettent d’éclairer une période déjà étudiée. C’est le cas aujourd’hui.

 

On lit (trop) souvent que la Thaïlande a « envahi les États Shans de Birmanie aux côtés des Japonais » en 1942. C’est une erreur de terminologie qu’il convient de rectifier. Elle n’a pas « envahi » les États Shans, elle est entrée en Birmanie dans DEUX états shans qui présentent des caractéristiques spécifiques, dans des circonstances qui méritent d’être précisées, et pas « aux côtés » des Japonais. Pour les Thaïs, il s’agit de « la campagne du nord » une opération de la « Phayap Army » (ทัพพายัพ c’est-à-dire l’armée du nord-ouest) ainsi qu’elle est qualifiée par un site officieux de l’armée thaïe (1) « Thailand and second world war ».

200. 2 - L’ARMÉE THAÏE ENTRE EN BIRMANIE LE 10 MAI 1942

Il est plus précis de parler de l’occupation par l’armée thaï de Kengtung, c’est le nom birman de cet état, pour les Thaïs, c’est Mueang Chiang Tung – เมืองเชียงตุง (2).

 

Quelques brefs rappels

 

Phibun prend le pouvoir en 1938 et le conservera jusqu’au 1er août 1944. Nous savons que son désir très irrédentiste était de rétablir le « Grand Siam » dans ses frontières d’antan, c’est-à-dire tout simplement le Siam d’avant  l’emprise coloniale sinon celui de Naresuan.. 

200. 2 - L’ARMÉE THAÏE ENTRE EN BIRMANIE LE 10 MAI 1942

Pour se préserver d’une colonisation forcenée, nous savons aussi que Rama V essentiellement, avait dû consentir au profit des puissances coloniales qui le cernaient géographiquement (France et Angleterre) à des abandons substantiels de territoires et des abandons non moins substantiels de ses pouvoirs régaliens, judiciaire et fiscal, tout simplement se couper une main pour n’avoir pas à se couper les deux bras. L’écrasement militaire de la France et la signature de l’armistice le 22 juin 1940 fut évidemment pour Phibun une « divine surprise ».

 

Alors qu’il avait signé avec la France un pacte de non-agression le 12 mai 1940, il engage les hostilités par voie de terre essentiellement sur la rive gauche du Mékong et par air, bombardements massifs sur les provinces du Cambodge situées sur la rive gauche du Mékong. Selon la rive du Mékong où l’on se situe, ce peut être avoir le sens de l’opportunité ou de la félonie (3). Le gouvernement de Vichy réagit brutalement et ordonne à l’amiral Decoux gouverneur de l’Indochine, de résister.  Si les opérations sur terre et sur air conduites par Phin Chunawan tournent à l’avantage des Thaïs, la marine française lors de la fameuse bataille de Koh Chang anéantit la flotte siamoise. Les Japonais calment alors le jeu et imposent un armistice qui conduit au traité de Tokyo en mai 1941 aux termes duquel la Thaïlande obtient les territoires qu’elle avait dû cédés à la France « coloniale » en 1867 et en 1893 : les provinces cambodgiennes de Battambang, de Siem Réap, de Kompong-Thom  et de Stung Treng  et celles laotiennes de Sayaburi et Champassak, toutes situées sur la rive droite du Mékong. Pour Phibun, c’est un triomphe. Il parade à Bangkok derrière un drapeau pris « à l’ennemi » sur lequel nous reconnaissons la grenade de la légion étrangère...

200. 2 - L’ARMÉE THAÏE ENTRE EN BIRMANIE LE 10 MAI 1942
 

... et y fait défiler des colonnes de prisonniers. 

200. 2 - L’ARMÉE THAÏE ENTRE EN BIRMANIE LE 10 MAI 1942

Il réalise la cohésion nationale et assure son régime (4). Ce fut, toutes proportions gardées, le retour de l’Alsace et des départements germanophones de Lorraine à la France. L’accord franco-anglais de janvier 1896 sur l’ « indépendance du Siam », en réalité sur le partage des zones d’influence, devient évidement un mauvais souvenir (5).

200. 2 - L’ARMÉE THAÏE ENTRE EN BIRMANIE LE 10 MAI 1942

Phibun doit également résoudre deux autres questions frontalières, celle de l’appréhension par l’Angleterre des quatre sultanats du nord de la Malaisie, Kelantan, Terengganu, Kedah et Perlis et toutes les îles associées, sur lesquels elle avait reconnu la suzeraineté du Siam par les traités antérieurs mais qu’elle s’était fait attribuer par le traité du 9 juillet 1909, on se demande de quelle côté se situait la félonie ?

200. 2 - L’ARMÉE THAÏE ENTRE EN BIRMANIE LE 10 MAI 1942

La question frontalière entre le Siam et la Birmanie est moins limpide (6) mais non insoluble.

 

Une convention du 8 février 1868 à laquelle n’est assortie aucune carte concerne le Tenasserim n’est déjà pas d’une clarté absolue. L’Angleterre s’empare de la Birmanie en 1885 et cherche dès lors à rejoindre le Mékong au travers des États Shans dont les liens avec la Birmanie sont douteux et plus encore. Traversés par un géographe et explorateur anglais en 1890, Hallet qui s’est longuement entretenu au cours d’un invraisemblable périple avec les chefs locaux, les états Shans étaient devenus tributaires du Siam en 1778, donc sous le règne de Taksin le grand (7) mais les Siamois ne revendiquaient leur suzeraineté que sur les états shan situés à l'est de la rivière Salouen, laquelle sépare effectivement les états Shans du nord au sud en deux régions géographiquement bien distinctes, nous y reviendrons; Cette affirmation est reprise par le Prince Henri d’Orléans qui a fait un long périple dans ces régions (8). Une docte étude publiée en 1894 dans la « Revue générale de droit international public : droit des gens, histoire diplomatique, droit pénal, droit fiscal, droit administratif » (9) fait état d’une convention non publiée passée entre le Siam et l’Angleterre l’année précédente aux termes de laquelle la rive gauche de la Salouen restait acquis au Siam à la condition expresse que celui-ci ne la cède à aucune autre puissance, c’est-à-dire la France ce que l’on conçoit aisément compte tenu des rapports pathologiques qui existaient alors entre la France et le Siam.

 

L’ouvrage enfin de SIR CHARLES CROSTHWAITE, commissaire en chef de la Birmanie est particulièrement intéressant (10). Il rappelle que, dès l’occupation de la Birmanie par l’Angleterre, en 1885, le royaume a confirmé ses prétentions sur les territoires situés à l’est de la Salouen et que le royaume de Kongtung avait historiquement été en conflit permanent avec le royaume birman. Il est évident pour lui que le droit d’occupation l’emporte sur ceux du Siam. Mais, constatation intéressante, il nous confirme que les Shans ne sont pas des Birmans. La description de la suite des opérations politiques et militaires nécessite de brèves explications pour tenter de comprendre dans quel cadre elles vont se dérouler.

 

Les populations

200. 2 - L’ARMÉE THAÏE ENTRE EN BIRMANIE LE 10 MAI 1942

Notre propos n’est évidemment pas de vous donner des leçons d’ethnographie mais d’énoncer quelques vérités nécessaires. Si les états Shans sont une mosaïque ethnique, la majorité des habitants sont des « Shan » (le mot serai dérivé de Siams ?), des Thaïs yaïs (ไทย ใหญ่), une ethnie très proche cousine de nos Thaïs et que l’on retrouve en immense majorité dans les deux provinces situées à l’est de la Salouen mais aussi dans les provinces thaïes du nord-ouest et celles limitrophes du Laos. Ils sont essentiellement bouddhistes theravada et leur langue est très proche du thaï, beaucoup plus que du birman en tous cas. Ils avaient ou auraient eu une écriture spécifique actuellement perdue.

 

Les Shans ont une longue histoire. On les appelait indifféremment Shan ou Thai mais ils auraient préféré le terme de « Thaï » qui signifie « libre », pour sa part, le mot Shan signifierait « Siam ». Ils étaient constitués en royaumes plus ou moins vastes et plus ou moins puissants dirigés par des « Shao Pha », l’équivalent des « Chao Fa » (เจ้าฟ้า) thaïs, liés entre eux par des liens d’allégeance, les plus petits payant tribut aux plus grands et le plus grand, celui de Taunggyi, au roi de Birmanie. Il est probable que les états situés à l’est sur la rive gauche de la Salouen, plus ou moins inaccessibles depuis le centre des états, payaient par contre tribut aux seigneurs de Chiangmaï ou du Lanna, ce qui explique les revendications de Rama IV et de Rama V. Mais ils ont toujours conservé leur indépendance et n’ont jamais été « birmanisés ». Ils conservèrent cette relative indépendance sous la colonisation et n’ont jamais non plus été « britannisés »

 

La géographie

200. 2 - L’ARMÉE THAÏE ENTRE EN BIRMANIE LE 10 MAI 1942

Notre propos n’est évidemment pas non plus de vous donner des leçons de géographie, nous n’en avons pas la capacité, mais simplement quelques éléments pour mieux comprendre la suite des opérations. Les états Shans (รัฐ ฉาน) dont la capitale est Taunggyi sont bordés par la Chine au nord, le Laos au nord-est  et la Thaïlande vers l’est sur une superficie de 155.800 km², en grande partie rurale, avec seulement trois villes de taille significative : Lashio, seule ville relié depuis 1903 par chemin de fer à Mandalay qui est à 178 km, la capitale, Taunggyi à 150 km de la capitale qui n’a été reliée par chemin de fer qu’en 1995 et Kengtung qui n’est à ce jour encore pratiquement accessible que par un aéroport construit récemment. Lors du dernier recensement avant-guerre, les états Shans étaient peuplés d’environ 4 millions d’habitants.

 

Les deux états Shans qui nous intéressent sont Kengtung, 31.079 km2, guère plus que la Belgique avec (toujours selon le recensement de 1935) 225.000 habitants seulement et 5.508 dans la capitale et Mongpan qui a une superficie de 7.508 km2 et abritait alors 20.712 habitants. A cette date, il fallait de trois à cinq jours pour rejoindre Taunggyi depuis Kengtung, un peu plus de 480 kilomètres (11).

 

Les deux provinces revendiquées par le Siam sont donc isolées du reste des pays Shans par la Salouen. C’est un fleuve qui prend sa source au Tibet et se jette dans la mer d’Andaman partageant les états Shans du nord au sud et à l’est au travers d’étroites vallées. Il sert partiellement de frontière (sur 81 miles c’est-à-dire 130 kilomètres dans la convention frontalière du 3 juillet 1868) entre la Thaïlande et la Birmanie mais beaucoup plus au sud. Particulièrement torrentiel dans sa partie supérieure et médiane, il traverse les montagnes et reçoit essentiellement sur sa rive orientale des affluents tout aussi torrentiels dans des gorges aussi sauvages que profondes, traversés par des ponts de fortune détruits à chaque crue.

200. 2 - L’ARMÉE THAÏE ENTRE EN BIRMANIE LE 10 MAI 1942

La première description sérieuse que nous en avons ne date que de 1936, elle est impressionnante (12). A cette date en tous cas, les Anglais n’ont pas fait plus d’efforts d’infrastructure que 40 ans auparavant (13)En 1988 encore, nous lisons sous la plume d’un missionnaire (13) « Les routes sont si mauvaises que voyage est pas facile. Pendant saison des pluies, il est presque impossible de voyager … Les routes et les voyages dans les villages Shan sont difficiles et dangereux. Les jungles des états Shan sont infectés par le paludisme ». Dans la carte qu’il dessine, nous trouvons beaucoup plus de sentiers que de routes. Aujourd’hui encore, les sites touristiques nous apprennent que pour visiter la province de Kengtung, les autorités « conseillent vivement » sinon « imposent » d’utiliser les services de guides professionnels.

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L’invasion japonaise

 

Elle précède l’entrée des Thaïs et ne portent pas sur la rive gauche de la Salouen., nous n’en dirons que quelques mots : Le 7 décembre 1941, le Japon  attaque Pearl Harbor. Peu après, il s’empare de Hong Kong, de la Malaisie et de Singapour qui tombe comme un fruit mur, et déclenche une offensive sur la Birmanie où se situe la principale voie de ravitaillement de l’armée nationaliste chinoise de Tchang Kaï Chek, en guerre avec les Japonais depuis 1937. L’offensive est lancée en janvier 1942. Le port de Rangoon tombe le 7 mars. L’armée japonaise traverse la Thaïlande à la hauteur de la province de Kanchanaburi probablement par le « col des trois pagodes », pour s’emparer du port de Moulmein à l’embouchure de la Salouen. Les Alliés ne peuvent empêcher les Japonais de conquérir l’ensemble du pays et d’atteindre leur principal objectif stratégique : couper la route vers la Chine et priver Tchang Kaï Chek de tout approvisionnement. Les indépendantistes Birmans du chef communiste Aung San se sont alliés aux Japonais qui leur ont promis l’indépendance (13). 

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Les Japonais installent alors une administration provisoire civile, dirigée par Ba Maw, proche du parti communiste sans en être et transforment l’armée d’indépendance birmane de Aung San en une forme plus régulière, Armée nationale birmaneAung San en demeurant le commandant. En réalité, cette administration ainsi que l’armée sont contrôlées par les autorités japonaises. Le 1er août 1943, afin de conserver l’appui des nationalistes birmans, les Japonais accordent l’indépendance au pays qui devient l’État de Birmanie avec à sa tête Ba Maw (14). 

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Le leader communiste indépendantiste Aung San prend la tête du ministère de la guerre et des forces armées (15). Les Japonais occupent évidemment les états Shan mais restent cantonnés sur la rive droite de la Salouen.

 

Les Thaïs entrent en guerre

 

Le 14 décembre 1941, Phibun a signé un accord secret avec les Japonais  s’engageant à participer à l'invasion de la Birmanie, une semaine plus tard. Le 21 Décembre 1941, Phibun signe un traité formel d'alliance avec le Japon, face au Bouddha d'émeraude, au Wat Phra Kaeo, le lieu le plus sacré du pays. 

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La contrepartie japonais était la garantie du retour à la Thaïlande des provinces malaises cédés aux Britanniques en 1909, ainsi que – sans il est vrai de justifications historiques aussi solides - les « territoires perdus » de l'état Shan de l’est de la Salouen. A cette date, tout le monde peut penser à l’écrasement rapide des alliés et, jour déclaré faste, le 25 janvier 1942, la Thaïlande déclare la guerre à la Grande-Bretagne et les États-Unis. Phibun, dès le 30 avril, avise l’attaché militaire japonais à Bangkok que ses armées, massés dans le nord-ouest, piaffent d’impatience, qu’il entend les engager à l’est de la Salouen que les Anglais qui ont fort à faire à l’ouest ont déserté et confié la défense à l’armée chinoise (55ème, 93ème et 249ème divisions) qu’il se fait fort de pouvoir défaire sans l’aide de son puissant allié. Après hésitations, les Japonais ayant souhaité d’abord accorder l’indépendance aux états Shans et en faire une espèce de Luxembourg asiatique, la Thaïlande va entrer en Birmanie sur la rive gauche de la Salouen où ne sont jamais entré les Japonais.

 

La campagne ne sera pas facile.

 

Les mois de mai à septembre sont les plus pluvieux. 

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Nous avons déjà parlé de l’état du réseau « routier » et de la malaria qui sévit à l’état endémique. La cartographie est sommaire et plus encore : Les deux auteurs anglais que nous avons consulté (notes 7 et 10) ont chacun établi une carte plus ou moins schématique mais elles ne coïncident pas entre elles, l’une situant Monghang sur la rive droite et l’autre sur la rive gauche. Les alliés qui ont de plus sérieux soucis à l’ouest ont laissé le soin à l’armée chinoise de défendre cette région frontalière. C’est à la fois négatif pour l’armée thaïe car elle va se montrer particulièrement combattive. Mais, aspect positif, elle se conduit de la même façon – si faire se peut – que les armées japonaises ce qui ne lui attire pas la sympathie de la population, dès qu’elle est contrainte de reculer devant l‘armée thaïe, elle pratique systématiquement la politique de la terre brulée. Les Thaïs bénéficient d’une importante force aérienne, les  « Curtis Hawks III » ...

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et les « Vought Corsairs » (dont l’a - soit dit en passant - équipé l’armée américaine) ..
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... qui feront merveille pour effectuer par-dessus les montagnes les reconnaissances aériennes et bombarder massivement les positions chinoises. Si les routes sont difficilement praticables pour les véhicules lourds et les blindés, elles ne le sont pas pour les bataillons de la cavalerie ...
200. 2 - L’ARMÉE THAÏE ENTRE EN BIRMANIE LE 10 MAI 1942
et un peloton de cyclistes. 
200. 2 - L’ARMÉE THAÏE ENTRE EN BIRMANIE LE 10 MAI 1942
Les sapeurs des régiments du Génie auront fort à faire pour réparer les routes et les ponts qui s’effondrent à chaque orage et construire une ligne téléphonique en direction de la Thaïlande que la cavalerie a charge de sécuriser.

 

Le 10 mai, la 2ème  division du général Luang Phairirayordet (infanterie, cavalerie, artillerie et blindés) entre en pays Shan depuis Chiangmaï.

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Elle se heurte à une forte résistance jugulée par les bombardements de ses escadrilles. Elle est suivie par la 4ème division du Colonel Luang Haansongkhram et par le 3ème  du  général  Phin Chunhawan, vétéran de la répression de la révolte Bovoradet et de la campagne d’Indochine l’année précédente. Une première victoire, lourde de symbole, est mise à l’actif de la 2ème division, c’était son objectif non pas stratégique mais symbolique, la prise de Monghang (เมืองหาง), célèbre pour avoir été l'objectif de la campagne finale du Roi Naresuan contre les Birmans en 1605 à la suite de laquelle les « mueang » soumis et alliés à Naresuan payèrent tribut à son royaume. Kengtung tombe le 26 mai sous les coups de la division de Chunawan qui s’était auparavant emparé (à 33 kilomètres au sud) trente-trois kilomètres au sud de la station de montagne (1.600 mètres d’altitude) de Loimwe, autrefois lieu de villégiature des administrateurs coloniaux devenue lieu de défense puissamment fortifié par les Chinois pour protéger les abords de la capitale Shan. 

 

 

 

 

200. 2 - L’ARMÉE THAÏE ENTRE EN BIRMANIE LE 10 MAI 1942

La capitale tombe le 5 juin. Les habitants l’avaient fui pensant que l'armée qui s’avançait était japonaise, forte des souvenirs cuisants qu’elle avait laissé sur l’autre rive de la Salouen, et s’étaient réfugiés dans les forêts. Ils reviennent en masse lorsqu’ils découvrent que ce sont leurs cousins thaïs. Les Thaïs ont trouvé une grande partie de la ville détruit et incendiée, pratique chinoise habituelle. Le Shao Pha de Kengtung vient alors saluer le commandant de la division et le drapeau thaï est hissé devant le palais à 11 heures 30, lors d'une cérémonie largement médiatisée. La suite de la campagne consistera à éliminer des poches de résistance, sécuriser la frontière et poursuivre les Chinois jusqu’à la frontière chinoise. Le 15 janvier 1943, le maréchal Phibun félicite à la radio l'armée Phayap pour ses succès et la semaine du 7 au 14 janvier devient «  La semaine de la Victoire ». (Cette campagne est longuement décrite dans ses moindres détails sur le site cité en note 1.)

 

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Le traité du 22 août 1943

 

Il transfert officiellement une partie des états Shans et de la Malaisie à la Thaïlande, sans opposition du gouvernement central de Ba Maw (2). Il est bref mais comme on sait, ce qui se conçoit bien s’énonce aisément.

200. 2 - L’ARMÉE THAÏE ENTRE EN BIRMANIE LE 10 MAI 1942

« Traité entre la Thaïlande et le Japon concernant les zones de la Thaïlande en Malaisie et les provinces Shan, fait à Bangkok le 22 août 1943 en six articles qui doivent entrer en vigueur à la date de la signature, le général Phibun Songkhram, premier ministre, agissant au nom du roi.

Le Gouvernement du Roi et le gouvernement de l'Empereur du Japon ont la volonté de mener conjointement et étroitement la guerre contre les États-Unis d'Amérique et la Grande-Bretagne jusqu'à la victoire complète et de créer une Grande Asie fondée sur la justice. ..

 

La "grande Asie" avant et après (propagande japonaise) :

200. 2 - L’ARMÉE THAÏE ENTRE EN BIRMANIE LE 10 MAI 1942
200. 2 - L’ARMÉE THAÏE ENTRE EN BIRMANIE LE 10 MAI 1942

 Ils ont accepté conjointement les articles suivants :

 

Article 1

Le Japon accepte que les Etats suivants - Kelantan, Terengganu. Kedah et Perlis et toutes les îles associées à ces états doivent deviennent parties du Royaume de Thaïlande.

 

Article 2

Le Japon accepte que Chiang Tung et Mueang Phang états situés dans la province shan deviennent parties du Royaume de Thaïlande.

 

Article  3

Dans les 60 jours de la date effective de ce traité, le Japon cessera toute intervention qui existerait actuellement dans tous les territoires mentionnés aux deux articles précédents.

 

Article 4

Les frontières des zones visées dans les articles 1 et 2 ci-dessus seront mises en place par des bornes marquant les limites de chaque état tels qu'ils existaient à la date de la signature de ce traité

 

Article 5

Les détails nécessaires à la mise en œuvre de ce traité seront mis au point conjointement par les autorités de ces deux pays.

 

Article 6

Ce traité prendra effet à la date sa signature. Pour la bonne forme, les personnes dument habilités par leurs pays respectifs signeront de leur nom et apposeront leur sceau.

Fait en deux exemplaires à Bangkok en thaï et en japonais ce 20 aout 2486

Signé Phibul et Tsubokam Toiji ambassadeur et plénipotentiaire.

 

La zone fut alors placée sous l’administration militaire de Chunawan, basée à Kentung où fut établie une cour de Justice ainsi que 12 autres dans les districts sur le modèle des juridictions thaïes et un service postal fut organisé. Cette administration est connue sous le nom de Saharat Thai Doem (สหรัฐ ไทย เดิม - anciens territoires thaïlandais unifiés). Elle est plus ou moins rudimentaire. Blessés ou atteints par la malaria, les soldats thaïs ne peuvent être soignés sur place et doivent être rapatriés sur Bangkok. Douze amphœ ont été créés dans la zone de Kengtung correspondant aux petites communautés rurales de la montagne peuplées essentiellement de Thaïs yaï. C’étaient des « mong » sous les birmans, ils deviennent des « mueang » et quatre autres dans la zone de Muangphan.

 

200. 2 - L’ARMÉE THAÏE ENTRE EN BIRMANIE LE 10 MAI 1942

Mais dès après la signature du traité, Phibun qui a incontestablement le sens de l’opportunité, est conscient que l’issue du conflit tourne à l’avantage des alliés qui reprennent l’avantage en Méditerranée et en Russie. Il fait alors savoir à Tchang Kaï Chek que les Thaïs et les Chinois ne sont pas des ennemis (« No Longer Enemies »). Mais son gouvernement tombe le 1er août 1944. Le nouveau gouvernement de Khuang Aphaiwong (ควง อภัยวงศ์) fait savoir au gouvernement britannique qu’il renonce à toute prétention sur les états Shan et le nord de la Malaisie et qu'il est disposé à restituer immédiatement ces territoires à la Grande-Bretagne. Le gouvernement Churchill lui oppose une fin de non-recevoir. L’armée thaïe ne quittera donc les états shans que le 16 août 1945 suivie d’une longue théorie de réfugiés civils. Le 1er janvier 1946 est signé le traité de Singapour aux termes duquel les territoires retournent à la Grande-Bretagne (16). Alors que les délégués Thaïs se bâtirent bec et ongles – en vain - face aux délégués français pour maintenir les prétentions de leur pays au moins sur la province de Sayaburi située sur la rive droite du Mékong, il semble qu’ils ne firent rien de tel face aux Anglais à Singapour pour évoquer des « droits historiques » sur les sultanats malais qui avaient incontestablement été tributaires du Siam et moins encore sur les deux états shans pour évoquer des « droits historiques » tout de même plus chancelants puisqu’ils remontaient à Naresuan. ( Allié des Shans ?)  Tel fut le prix à payer pour l’admission de la Thaïlande aux Nations unies.

*** 

De longues années sombres vont suivre pour les Shans. Après des promesses de constitution d’un état sinon indépendant du moins autonome dans le cadre d’un état fédéral, ils furent « birmanisés », martyrisés et colonisés comme jamais les Anglais n’avaient osé le faire. Fuyant le pays en masse, les réfugiés shans connurent le triste sort des réfugiés, Karens chrétiens et Rohingya musulmans de Thaïlande mais en étant – eux – plus ou moins des oubliés de la « bonne conscience universelle » ? Si le régime militaire birman est tombé en novembre 2015 et le pays entré dans une période de « transition démocratique », il semble que depuis lors, rien n’ait été fait en faveur de ces minorités (17).

200. 2 - L’ARMÉE THAÏE ENTRE EN BIRMANIE LE 10 MAI 1942

NOTES

 

(1) Le site

http://web.archive.org/web/20091027105102/http://geocities.com/thailandwwii/shans.html 

« Thailand and second world war »  qui décrit non seulement le baroud d’honneur mené par l’armée thaïe lors de l’entrée des japonais, la guerre de 1941 avec la France mais donne de précieux détails stratégiques et tactiques sur les opérations menées en Birmanie.

 

 

(2) Voir l’article de Alan D. Cameron and Kenneth G. Clark « Revenue Document from Thai-Occupied Kengtung » dans le Journal de la Siam Society n° 89-1 de 2001 qui est le seul (à notre connaissance) à donner une traduction du traité du 20 août 1943 passé à Bangkok entre le Japon et la Thaïlande, évidemment en thaï et en japonais.

 

 

 

(3) Le terme est de l’amiral Decoux « à la barre de l’Indochine » publié en 1950. Remercions notre fidèle lecteur Monsieur Jean-Michel Fournier de nous avoir donné accès à l’ouvrage.

 

 

 

(4) Voir nos articles 199 « LA GUERRE FRANCO-THAÏLANDAISE D’OCTOBRE 1940 AU 9 MAI 1941 » et 204 et 205 « LA QUESTION DES FRONTIÉRES DE LA THAILANDE AVEC L’INDOCHINE FRANÇAISE ».

 

 

 

(5) Voir Chandran Jeshurun « THE ANGLO-FRENCH DECLARATION OF JANUARY 1896 AND THE INDEPENDENCE OF SIAM », conférence présentée à l’ « Institute of Asian Studies », Chulalongkorn University, le 30 janvier 1970.

 

 

 

(6) Voir International Boundary Study , N° 63 du 1er février 1966 « Burma – Thailand Boundary ».

 

 

(7) Halett « A thousand miles on a elephant in the shan states » 1890

200. 2 - L’ARMÉE THAÏE ENTRE EN BIRMANIE LE 10 MAI 1942

(8) Prince Henry d’Orléans « Une excursion en Indochine », Paris, 1892.

 

 

(9) Antoine Pillet et Paul Fauchille, à Paris en 1894.

 

 

(10) « The pacification of Burma » 1912.

 

 

(11) L’accès à ces deux districts n’est pas aisé. Madame Isabelle Massieu (Voir notre article A 192 « A LA DÉCOUVERTE DU SIAM PAR MADAME MASSIEU, UNE « AVENTURIÈRE FRANÇAISE » DE LA FIN DU XIXÈME »), « aventurière » qui émet souvent des considérations géopolitiques le plus souvent fuligineuses, mais dont le récit de son voyage est intéressant tant qu’elle reste dans la narration de ce qu’elle voit. Elle écrit en 1901,  que  voulant se rendre de Bangkok en Birmanie, on lui apprend – nous sommes en novembre – que la saison des pluies ne permet pratiquement pas l’accès aux régions frontalières du nord-ouest par voie de terre. Elle est contrainte de rejoindre la Birmanie par mer d’abord. Elle va donc de Bangkok à Singapour puis de Singapour à Penang, puis de Penang à Moulmein ce qui lui prend 25 jours. (Ne la plaignons pas, nous savons qu’elle bénéficie de puissants appuis et qu’elle n’a pas voyagé à fond de cale). Elle arrive enfin à Rangoon et atteint Mandalay sans trop de difficultés. De Mandalay à Taunggyi, il n’y a qu’une solution : le cheval, sur des routes mal entretenues, 10 jours d’un trajet plus ou moins éprouvant, mais avec ses recommandations, elle reçoit toujours bon accueil. De là, pour rejoindre Kengtung, toujours le cheval non plus sur de mauvaises routes mais sur de mauvais sentiers dans « une région montagneuse et chaotique » accompagné d’une escorte armée.  Il lui  faut 14 jours pour atteindre la Salouen puis la traverser pour atteindre Kengtung où les Anglais viennent seulement – occupation toute symbolique – d’installer en 1895 une petite garnison de 95 Gurkhas. Elle peut rejoindre « enfin » le Mékong à Chiang Sen (เชียงเสน) au bout encore de 10 jours. Elle eut la chance de tomber – nous ne sommes plus en Thaïlande mais en Birmanie – en bonne saison, le mois de décembre dans cette région est le plus frais, température moyenne de 15° et le plus sec, avec pratiquement aucune précipitations. 

 

Mais on peut être aventurière et ignorer la géographie, puisqu’elle nous dit qu’arrivée à Chiang Sen elle est enfin en pays français. Il est également permis d’ignorer la botanique : Une fois passé la Salouen, elle s’étonne que l’on puisse vivre dans un pays aussi déshérité. On peut penser que traversant les champs de pavot qui y fleurissaient et continuent à y fleurir, elle croyait traverser des champs de coquelicots ? 

200. 2 - L’ARMÉE THAÏE ENTRE EN BIRMANIE LE 10 MAI 1942

"La description que firent nos deux anglais de ce pays (7) et (10) au début du siècle dernier ne change guère.  

 

(12) André Guibaut et Louis Liotard (deux explorateurs et amis) « Les gorges de la Salouen moyenne et les montagnes entre Salouen et Mékong »  In: Annales de Géographie, t. 50, n°283, 1941. pp. 180-195.

 

(13) L’ouvrage de Sai Htwe Maungm, missionnaire baptiste « HISTORY OF SHAN CHURCHES IN BURMA (MYANMAR) (1861 – 2001) »  First Edition – août 2007 contient dans son introduction une remarquable analyse de l’histoire, de la langue, de l’écriture, de la littérature, de la géographie, de la religion et de l’ethnographie des pays Shans.

 

(14) Le nouvel état déclare la guerre au Royaume-Uni et aux États-Unis et conclut un traité d'alliance avec l'Empire du Japon. L’attitude du Japon (dont les troupes avaient pourtant été bien accueillies) à l‘égard des populations civiles suscita rapidement l’hostilité générale.

 

(15) Il est le père d’Aung San Su Ky, licône de la bonne conscience universelle qui occulte volontiers le passé de communiste-collaborateur des Japonais de son père. Il faut dire à sa décharge quil engagea tardivement (en mars 1945) ses troupes dans la résistance contre les Japonais lorsqu’il finit par s’apercevoir que les promesses nippones dindépendance étaient fallacieuses. Ce n’est évidemment qu’une coïncidence de dates : Staline avait signé un pacte de neutralité avec le Japon mais à la conférence de Yalta en février 1945, il s’engagea à faire entrer son pays dans le conflit aux côtés des alliés. Aung San attendait-il le feu vert de Moscou ?

 

(16) Voir notre article 208 « LE TRAITÉ DU 1er JANVIER 1946 ENTRE LE SIAM ET LE ROYAUME - UNI DE GRANDE BRETAGNE ET D’IRLANDE DU NORD ET LE GOUVERNEMENT DES INDES ».

 

(17) Sans entrer dans un débat qui ne concerne pas notre blog, citons les titres de quelques articles de presse : « Aung San Suu Kyi tombe de son piédestal », « La chute de l'icône birmane » ou « L'auréole ternie d'Aung San Suu Kyi » D'autres journaux, dont de grands titres de la presse anglo-saxonne, sont plus cinglants et jugent que « son attitude est équivoque » envers les violences, « fait froid dans le dos » et « méprise les droits humains au nom de la politique » (de multiples références que l’on peut présumer exactes sur

 https://fr.wikipedia.org/wiki/Aung_San_Suu_Kyi). 

 

200. 2 - L’ARMÉE THAÏE ENTRE EN BIRMANIE LE 10 MAI 1942

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Published by grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-b - dans "Notre" Histoire de la Thaïlande
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