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  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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10 août 2016 3 10 /08 /août /2016 23:05
240 - LE GOUVERNEMENT DE BANHAN SINLAPA-ACHA. (13 JUILLET 1995 - 24 NOVEMBRE 1996)

Le Roi dissout le parlement par décret du 19 mai 1995. Le 2 juillet 1995, les Thaïlandais sont appelés à voter pour la 3ème fois en 3 ans et 4 mois. Les résultats voient la victoire du Parti de la Nation Thaïe (พรรคชาติไทย - Thai Nation Party ou Chat Thai Party),  dont le leader est Banhan Sinlapa-Acha (บรรหาร ศิลปอาชา). Un décret royal le nomme 1er ministre le 13 juillet, et son gouvernement est formé officiellement le 18 juillet. Il durera jusqu’au 24 novembre 1996, alors que le 27 septembre 1996, un décret royal annonçait la dissolution du parlement.

 

Nous avons déjà là plusieurs éléments à préciser, à savoir : Qu’en est-il du Parti de la nation thaïe  (ou Thai Nation party) ? De son leader Banhan Sinlapa-Acha? Des élections ? Et de la formation de son gouvernement ?

 

Le  Parti de la Nation Thaïe ?

240 - LE GOUVERNEMENT DE BANHAN SINLAPA-ACHA. (13 JUILLET 1995 - 24 NOVEMBRE 1996)

Nous avions déjà vu dans notre article 234, que  « Le  Parti de la nation thaïe (พรรคชาติไทย - Thai Nation Party ou Chat Thai Party), parfois appelé « le parti des généraux » a été fondé en 1974 par le major général Chunhawan,  le fils unique du maréchal Phin (ผิน ชุณหะวัณ) (Il avait fomenté le coup d’Etat qui avait installé le maréchal Phibun en 1948, il sera ministre ensuite), et sa belle-famille : Praman Adireksan (ประมาณ อดิเรกสาร) marié à sa sœur Charoen (เจริณ) qui sera vice premier-ministre et ministre plusieurs fois et favorable à l’élimination du mouvement étudiant en 1976) et de Siri  Siriyothin (ศิริ สิริโยธิน), également majors généraux. 

240 - LE GOUVERNEMENT DE BANHAN SINLAPA-ACHA. (13 JUILLET 1995 - 24 NOVEMBRE 1996)

Sa sœur Udomlak (อุดมลักษณ์avait épousé Phao, patron puissant de la police du temps de la dictature de Phibun (เผ่า ศรียานนท์)puis son ministre de l’intérieur en 1957. (Cf. Articles 218 et 220). Le parti sera dirigé jusqu’en juillet 1986 par Praman (Il était aussi le président de l’Association des industries thaïes et de celle de l’Association du textile thaï) et après les élections de 1986 par Chatichai Chunhawan.

 

Mais le Parti de la Nation Thaïe c’est avant tout un parti familial, un klum,  constituant un clan puissant, le « Rajakhru clan » tant au niveau militaire, économique et politique. Il sera le deuxième parti aux élections de 1983 et de 1986 et dans l’opposition ; il gagnera les élections  de 1988 et leur leader le major général Chunhawan deviendra  premier ministre (du 4 août 1988 jusqu’au coup d’état militaire des généraux de la « 5ème classe du 24 février 1991). Son gouvernement fut désigné par les opposants comme le « gouvernement buffet » où la famille et les « amis » (De nombreux businessmen  avaient rejoint le Parti et avaient été élus) purent se servir allégrement dans les fonds publics ; enfin jusqu’au nouveau coup d’Etat du 23 février 1991, condamnant – bien sûr - la fortune mal acquise, et installant d’autres factions au pouvoir. (Cf. Son portrait dans l’article 233)».

 

 

240 - LE GOUVERNEMENT DE BANHAN SINLAPA-ACHA. (13 JUILLET 1995 - 24 NOVEMBRE 1996)

On peut remarquer – bien sûr - dans le gouvernement Chatchai Chunhawan, le  beau-frère Praman Adireksan au poste clé de ministre de l’intérieur jusqu’au  9 janvier 1990, où il sera remplacé par Banhan Sinlapa-Acha. Celui-ci devient en décembre 1990  ministre des finances.

 

Après les élections de 1992,  le Parti de la Nation Thaïe devient le principal parti de l’opposition du gouvernement Chuan Lipkai, leader du parti Démocrate. Adireksarn (leader de l’opposition au Parlement du 23 décembre 1992 au 7 mai 1994) cédera la direction du Parti  en 1994 à Banhan, qui devenait alors le chef de l’opposition (27 mai 1994 - 19 mai 1995), avant donc de devenir 1er ministre après la victoire de son parti aux élections du 2 juillet 1995.

 

Banhan Sinlapa-Acha a donc déjà une longue carrière politique avant d’accéder au poste de premier ministre, mais il est aussi connu pour être le « parrain » de Suphanburi.

240 - LE GOUVERNEMENT DE BANHAN SINLAPA-ACHA. (13 JUILLET 1995 - 24 NOVEMBRE 1996)

Il entre en politique au niveau national en 1976, comme député pour la province de Suphanburi, au sein du Parti de la Nation Thaïe. (Bien qu’en 1974, il est membre du Conseil National de la Législation ( ?)) Il est élu en 1977 au Sénat, mais rejoint le Parlement en 1978.

 

Son parti va soutenir le gouvernement Prem en 1980-83 et Banhan va obtenir son 1er poste de ministre, comme  ministre de l’agriculture. (En 1981, il devient aussi le secrétaire général du Parti).  En 1986, Prem le rappelle au gouvernement comme ministre du transport et des communications (1986-1988). En 1988, le Parti de la Nation Thaïe gagne les élections.  Leur leader Chatichai Chunhawan devient 1er ministre et Banhan, ministre de l’industrie (1988-1990). Le 9 janvier 1990 – nous l’avons vu-   il prend le poste clé de ministre de l’intérieur occupé par le  beau-frère de Chatichai Chunhawan, Praman Adireksan, qui le remplace  au ministère  de l’industrie. En décembre il devient ministre des finances. Sa carrière est brièvement interrompue par le coup d’Etat du 23 février 1991. Mais en avril 1992, il redevient ministre du Transport du gouvernement du général Suchinda (7/04/1992-24/05/1992)     

Après les élections de septembre 1992, et la victoire du Parti Démocrate et le gouvernement Likpai (23/09/1992-23/07/1995), le Parti de la Nation Thaïe entre de nouveau dans l’opposition au Parlement dont le chef n’est autre qu’Adireksarn du 23 décembre 1992 au 7 mai 1994, qui  -nous l’avons dit- cède la direction du Parti  en 1994 à Banhan, qui devient alors le chef de l’opposition (27 mai 1994- 19 mai 1995). La suite, vous la connaissez, retour à la case départ.  

 

Mais Banhan n’avait pas attendu d’être au gouvernement pour s’enrichir.

 

Certes, après son passage au gouvernement « buffet » de Chatichai Chunhawan (04/08/88-23/02/91) désigné comme un des plus corrompus d’une histoire déjà longue, Banhan devait être plus  riche surtout  qu’une fois que les 9 membres du gouvernement furent jugés, « La Cour suprême statuera quelques temps plus tard, ordonnant la restitution des richesses saisies considérant que la procédure avait été illégale et que le comité d'enquête avait travaillé en dehors de tout contrôle judiciaire puisqu’il était composé des membres de la junte. » (Cf. in 236) (Il est vrai que les juntes ne suivent pas les procédures. Hi hi)

 

Banhan le « parrain ».

240 - LE GOUVERNEMENT DE BANHAN SINLAPA-ACHA. (13 JUILLET 1995 - 24 NOVEMBRE 1996)

Chris Baker et Pasuk Phongpachit  dans leur « Une histoire de la Thaïlande » (Cambridge University Press, 3ème édit, 2014) nous expliquent comment dans les années 60, des entrepreneurs chinois de la 2ème ou 3ème génération ont  fait fortune en province en étant bien souvent à la limite de la légalité ou même dans la contrebande et/ou les jeux clandestins et ont dû apprendre non seulement à obtenir les protections nécessaires de l’administration, mais aussi son « assistance » pour emporter des marchés. Ils ont su partager leurs énormes bénéfices, soutenir les campagnes gouvernementales, la politique de contrôle locale par les militaires (Ils furent les principaux soutiens des « villages  Scouts » ) et en même temps se constituer en pouvoir  local, se faire des clientèles en « parrainant » des funérailles, en contribuant à la construction d’écoles, etc., en aidant aussi  les gens malades, suppléant ainsi les services sociaux défaillants.  De façon plus claire,  Chris Baker et Pasuk Phongpachit précisent  que certains  sont devenus de véritables « parrains » dans une version thaïe des films d’Hollywood, n’hésitant pas à utiliser des tueurs pour asseoir leur pouvoir. Les plus puissants des « parrains provinciaux » (surtout chinois) passèrent à l’échelon supérieur en se faisant élire député par l’achat de votes et en s’alliant avec  les riches familles et partis de Bangkok qui se partageaient le pouvoir. Et à chaque élection (1979, 1983, 1986, 1988) on vit de plus en plus de députés qui venaient de province.

 

Le plus important d’entre eux, estiment Chris Baker et Pasuk Phongpachit, fut justement  Banhan, un Chinois de la seconde génération (p.245). Il fit fortune en commençant avec le monopole de vente de la chlorine pour l’eau de Suphanburi ; puis dans la construction, l’achat de terres (parfois domaniales), les transports, les stations essences, etc. Il devint de fait le véritable « parrain » de Suphanburi et rejoignit en 1975 à sa création, le Parti Nation Thaïlandaise dirigé par le klum de la rue Ratchakhru de la famille Chunhawan  qui a porté au pouvoir Chatchai Chunhawan le 4 août 1988.

 

Banhan fut donc élu en 1976 et contribua à obtenir  beaucoup de fonds gouvernementaux pour sa ville, ce qui fut apprécié par les électeurs qui revotèrent pour lui à chaque élection. (Il sera l’un des mieux élus de la nation à toutes les élections auxquelles il participera et parfois avec même 90 % des votants !)

240 - LE GOUVERNEMENT DE BANHAN SINLAPA-ACHA. (13 JUILLET 1995 - 24 NOVEMBRE 1996)

Le Parlement étant le lieu idéal pour faire des affaires, obtenir des protections, et accéder aux ministères, Banhan put ainsi augmenter sa fortune et faire une belle carrière ministérielle avant de devenir 1er ministre.

 

Nous avions déjà vu avec Jean Baffie, dans son article  « Une « démocratie » entre populisme et défiance envers le peuple : La politique en Thaïlande depuis la Seconde Guerre mondiale » (in Thaïlande contemporaine), ce que représente les klum dans la politique thaïlandaise, dirigés par un général influent, un  chef d’une riche famille, un potentat voire un parrain local, utilisant tous  les moyens légaux et illégaux pour arriver à obtenir un ou plusieurs postes ministériels (sources d’influence et d’enrichissement ). Dans la période étudiée le klum de la rue Ratchakhru de la famille Chunhawan  fut un des plus puissants.  Cf. Notre lecture de cet article in A 50. Clés pour comprendre la politique en Thaïlande.)

 

Wikipédia même, souvent édulcoré, signale que Banhan  avait déjà fait fortune avant de devenir membre du Parlement. Il contribuait à la construction d’écoles, de ponts, de diverses infrastructures et aides diverses au peuple, et il se disait que la province de Suphanburi lui appartenait. La presse locale l’avait surnommé M. ATM (Distributeur automatique de billets) tant il distribuait de billets pour acheter soutien politique et vote. 

240 - LE GOUVERNEMENT DE BANHAN SINLAPA-ACHA. (13 JUILLET 1995 - 24 NOVEMBRE 1996)

Il devint le principal financier de son parti, acquérant là aussi une énorme influence qui lui permit en 1981 de devenir le secrétaire général de son parti et d’avoir la carrière politique et gouvernementale que l’on sait.

 

Les élections générales du 2 juillet 1995.

 

9 partis se présentent au suffrage, dont deux nouveaux, le Leading Thai Party (Le « parti de la Thaïlande » พรรคประชากรไทย) de Samak  Sunthonwet (สมัคร สุนทรเวช) qui obtiendra 18 sièges) 

240 - LE GOUVERNEMENT DE BANHAN SINLAPA-ACHA. (13 JUILLET 1995 - 24 NOVEMBRE 1996)

... et le Safeguard Thai Party (qui n’aura aucun siège). Les élections seront populaires avec 31 % d’électeurs de plus que les précédentes élections, pour atteindre 23.462.746 votants (62% du corps électoral). Elles seront considérées  comme celle ayant eu le plus d’achats de votes.

240 - LE GOUVERNEMENT DE BANHAN SINLAPA-ACHA. (13 JUILLET 1995 - 24 NOVEMBRE 1996)

Quoi qu’il en soit, les résultats voient la victoire du Parti de la Nation Thaïe qui obtient 92 sièges sur 391. Le Parti démocrate, bien que gagnant 7 sièges pour obtenir 86 sièges est  contraint de laisser la formation du gouvernement à Banhan Sinlapa-Acha, le leader  du Parti de la nation thaïe, qui va arriver à former une coalition avec 7 partis. Le grand perdant est le parti du Palang Dharma qui perd 24 députés et n’en obtient que 23.

 

Résultats

 

Partis

Votes

  %

Sièges

+/–

Thai Nation Party

12.630.074

  22,8

  92

+ 15

Democrat Party

12.325.423

  22,3

  86

+ 7

New Aspiration Party

6.806.621

  12,3

  57

+ 6

National Development Party

6.612.504

  12,0

  53

- 7

Palang Dharma Party

4.209.135

   7,6

  23

- 24

Leading Thai Party

3.474.142

   6,3

  18

New

Thai Citizen Party

2.476.218

   4,5

  18

+ 15

Social Action Party

2.201.218

   4,0

  22

0

Liberal Party

1.716.786

   3,1

  11

+ 3

Solidarity Party

1.361.719

   2,5

   8

0

Mass Party

1.309.381

   2,4

   3

– 1

Safeguard Thai Party

  195.835

   0,4

   0

New

Invalid/blank votes

  678.716  

   –

 –

Total

23.462.746

  100

  391

+31

 

La formation du gouvernement.

 

Banhan Sinlapa-Acha par un décret royal du 13 juillet 1995 est donc  nommé 1er ministre, et son gouvernement est formé officiellement  le 18 juillet, avec 49 membres. Il faut bien récompenser les alliés et les amis.

 

Il a la caractéristique d’avoir 6 vice-premiers ministres (Un première !), dont le lieutenant-colonel de police, Thaksin Shinawat !  Sinon, les autres sont le maréchal de l’air Somboon Rahong, le général Chavalit Yongchaiyudh, Boonphan Kaewattana, Samak Sundaravej, Amnuay Viravan. Il s’agit sans doute d’un « savant » équilibre pour obtenir une coalition soutenant le gouvernement.

 

On voit aussi une pléthore  de 7 autres ministres affectés à l’Office du 1er ministre !

 

Banhan prend aussi le ministère de l’intérieur aidé par 4 vice-ministres de l’intérieur ! D’autres ministres sont  aidés par deux vice-ministres (Finance, Commerce, Education, Santé, Industrie), voire  par 4 vice-ministres (Agriculture et Transport). Une façon de récompenser les services rendus ?

 

On observe  le 28 février 1996,  7 changements de postes ; Le 3 mai, le vice-ministre  du Travail Prasong Boonpong devient ministre et remplace Pisan Mulasastrasathorn. Poonsawat Mulasastrasathorn est promu vice-ministre du Travail.

 

On observe une grave crise ministérielle en mai ; puisque le 23 mai, 5 ministres sont  poussés à la démission (Newin Chidchob, Acting 2 Lieutenant Pairoj Suwanachawee,  Suchart Tanjaroen, Anusorn Wongwan, Boonchoo Treethong. ; le 24 mai, 5 autres dont  le vice-1er ministre Thaksin ; le 27 mai   Kasem S.Kasemsri, le ministre des Affaires étrangères démissionne également ; le 28 mai , c’est le ministre des finances , mais c’est pour que ce même jour 11 ministres soient désignés dont certains retrouvent leur poste comme Thaksin, toujours vice-1er ministre (qui re-démissionnera le 14 août.) Il y aura d’autres mouvements : 3,  le 15 juin, 2, le 1er juillet, 5, le 3 juillet, 5, le 14 août, 7, le 27 septembre. On comprend que ces remaniements étaient le signe de rivalités et de dissensions au sein de la coalition, qui vont contraindre d’ailleurs Banhan à dissoudre le Parlement. Un décret royal daté du 27 septembre,  le confirmera.

 

On peut constater que si le gouvernement Banhan gouvernera officiellement  du 13 juillet 1995 au 24 novembre 1996; de fait, dès la fin septembre on était dans les affaires courantes, voire dans la préparation des élections qui auront lieu le 17 novembre, en notant que déjà en mai des graves dissensions eurent lieu au sein du gouvernement (14 mouvements, plus 11 le 28 mai, avec les démissions des ministres des finances et des affaires étrangères, puis la démission de Thaksin le  14 août) ; Ce qui laisse peu de temps pour l’action gouvernementale ; 13 , 14 mois ?

 

Economie.

240 - LE GOUVERNEMENT DE BANHAN SINLAPA-ACHA. (13 JUILLET 1995 - 24 NOVEMBRE 1996)

Nous n’avons pas trouvé de références précises quant-aux décisions économiques prises par ce gouvernement, sinon comme vous le verrez ci-dessous, plutôt des critiques sur le manque de décisions.

 

Sharma Shalendra dans son livre « The Asian financial crisis : crisis, reform and recovery » attribuera une large responsabilité de ce gouvernement à la grave crise financière de 1997, non sans avoir rappelé les rôles importants joués par la Chine avec la dévaluation de 50 % du yuan opéré le 1er janvier 1994, la récession au  Japon et la hausse du dollar. Laëtitia Guilhot et Jean-Christophe Simon, in « Industrialisation renforcée, Les étapes du sentier de la croissance en Thaïlande »* indiquent qu’en 1994, les décideurs ont mal perçu les transformations de l’économie mondiale, et que « bercés par l’euphorie économique des années précédentes (ont considéré) comme un événement mineur la dévaluation du yuan chinois. » 

240 - LE GOUVERNEMENT DE BANHAN SINLAPA-ACHA. (13 JUILLET 1995 - 24 NOVEMBRE 1996)

« Cette émergence du géant chinois, dopé par une monnaie affaiblie, contribue en partie à la perte de compétitivité des exportations thaïlandaises qui sont principalement libellés en dollars américains. ».  Laëtitia Guilhot et Jean-Christophe Simon,  notent aussi les facteurs internes, comme la faillite bancaire qui s’annonce, la bulle spéculative naissante dans les surinvestissements dans le domaine de l’immobilier, l’instabilité politique, les rotations trop nombreuses des responsables de la politique économique, « reflet des coalitions volatiles » (Qui ne s’arrangera pas avec le gouvernement suivant,  « entre juillet 1996 et novembre 1997, quatre ministres des Finances se sont succédé »).

 

Chris Baker et Pasuk Phongpachit critiquent aussi ces trop nombreuses rotations ministérielles causées par les rivalités entre les factions, qui empêchent la mise en place de réformes. De plus, - certes commencé avant Banhan mais plus visible sous son gouvernement-, on épuise les ressources naturelles pour la nation mais aussi pour des intérêts privés et leurs clients. On crée des parcs « naturels », déniant tout droit aux tribus et paysans qui y résidaient et travaillaient. Les politiques et officiels usent de leur influence pour acquérir des terres (parfois illégalement) et y investir. Banhan a soin de partager le budget entre les différentes factions, mais  pense aussi  à ses propres affaires avant  de se consacrer  aux besoins de l’économie nationale.

 

On est encore dans l’euphorie du boom économique qui commence en 1985 et qui permet une moyenne de la croissance de 9,5 % entre 1987 et 1996. On présente la Thaïlande comme l’enfant chéri des investisseurs internationaux, elle passe pour devenir le « cinquième dragon » après Singapour, Hong-Kong, la Corée du Sud et Taiwan. (Cf. in 236) Mais voilà on ne voit pas la crise arrivée.

240 - LE GOUVERNEMENT DE BANHAN SINLAPA-ACHA. (13 JUILLET 1995 - 24 NOVEMBRE 1996)

Le blog http://redtac.org/asiedusudest/2012/12/29/les-origines-de-la-crise-asiatique-de-1997/  propose une autre analyse.

 

L’essor économique était en grande partie lié à la spécialisation dans la production de produits manufacturiers ainsi qu’à un fort taux d’exportations partout dans le monde. Mais en 1996, la Thaïlande connaît une perte économique de 9,4 % de son taux d’exportations surtout dans le textile. « Toutefois, les autorités considèrent le problème comme étant temporaire et font peu d’actions pour résoudre le ralentissement économique. » (Il est vrai - à décharge - que la Banque mondiale et le FMI ne verront pas non plus la crise qui s’annonce.)

 

Les exportations sont certes en diminution, mais le prix des produits demeurait fixe, notamment à cause de la parité avec le dollar américain. Mais l’appréciation du dollar américain augmentant de 40 % en 1995-96, et va créer un déséquilibre et obliger le gouvernement suivant à dévaluer le bath en 1997.

 

Mais un autre facteur va jouer : la pratique économique qu’est le clientélisme entre le gouvernement et les milieux d’affaires font que les décisions sont prises en privée et qu’elles sont conclues sans la moindre trace officielle.  Ce qui impliquent qu’il n’y ait aucun mécanisme de surveillance et que cela rend impossible la régulation du développement économique, en cas de grand changement macro-économique.

 

On le vit également pour les décisions prises par les institutions financières.

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« Au début des années 1990, il y a une rapide accumulation des dettes à court terme, notamment en dollars US, qui sont sous la responsabilité des banques domestiques. C’est également durant cette période que le gouvernement thaïlandais mit sur pied la « Bangkok International Banking Facility » (BIBF), une institution chargée de fournir du crédit à partir de fonds à l’étranger. De même, la Banque de Thaïlande permit aux banques commerciales de faire des opérations à l’étranger. Toutefois, puisque ces institutions (BIBF, Banque de Thaïlande et les banques commerciales) n’étaient pas surveillées, elles firent des opérations qui augmentèrent considérablement la dette du pays et perdre ainsi la confiance des investisseurs. (Finalement, le coup décisif fut porté lorsque le gouvernement annonça soudainement en 1997 la dévaluation du baht. Seize compagnies financières furent déclarées insolvables alors que quarante-deux durent être fermées. Cela eut pour effet que les entreprises locales, qui avaient accès à trop de crédit en 1996 se retrouvèrent dans la situation opposée un an plus tard. »

 

Un rapport de la FAO de 2002 présente la situation ainsi. (Cf. (http://www.fao.org/3/a-y4632f/y4632f2q.htm) :

240 - LE GOUVERNEMENT DE BANHAN SINLAPA-ACHA. (13 JUILLET 1995 - 24 NOVEMBRE 1996)

« À l’échelle macroéconomique, les institutions de gestion, créées en 1959, ont permis une bonne gestion des politiques thaïlandaises, à quelques exceptions près (en 1977-1984, et 1994-1996), de sorte que l’on n’a pas enregistré de distorsion particulière du taux de change réel provenant de politiques susceptibles d’affecter le secteur agricole (Siamwalla and Poapongsakorn, 1995). Les bonnes politiques macroéconomiques ont été suffisamment fortes pour compenser les mauvaises politiques sectorielles (taxes agricoles à l’exportation élevées et fortes protection à l’importation) et ont donc permis à l’agriculture de progresser en maintenant l’avantage comparatif qui existait dans le pays avant 1980.

 

Cet avantage comparatif s’était estompé au cours des années 1980, lorsque les exportations de produits manufacturés ont enregistré un boom. Cette conjoncture ascendante a été suivie par l’expansion du secteur immobilier et par l’effervescence économique du début des années 90, lorsque la Banque de Thaïlande a commencé à libéraliser le secteur financier et à autoriser la libre circulation des capitaux. C’est alors qu’a eu lieu le deuxième épisode de mauvaise gestion macroéconomique. Les autorités ont non seulement maintenu le régime du taux de change fixe (l’une des principales causes de la crise économique de 1997), mais elles ont négligé de prendre les mesures nécessaires pour les excédents financiers (contrôle des mouvements de capitaux), afin de réduire l’excès de demande globale. Au contraire, elles ont opté pour une politique monétaire stricte, totalement inefficace puisque les flux de capitaux ont augmenté du fait d’un taux d’intérêt plus élevé. De ce fait, le taux d’inflation a augmenté au cours de la période 1994-1996. 

240 - LE GOUVERNEMENT DE BANHAN SINLAPA-ACHA. (13 JUILLET 1995 - 24 NOVEMBRE 1996)

Ce problème a été aggravé en 1996, le dollar ayant été temporairement fort, ce qui a provoqué une surévaluation du baht encore indexé au dollar. La compétitivité des exportations thaïlandaises, tant pour les produits agricoles que pour les produits manufactures à forte composante de main d’œuvre, ont baissé nettement. La croissance des exportations, qui était de plus de 10 pour cent par an, s’est soudainement bloquée en 1996, entraînant une série d’attaques sur le baht à la fin des années 1996 et au début de 1997 lorsque les investisseurs ont commencé à retirer leur confiance à l’économie thaïlandaise. »

 

Alors quelle fut la responsabilité du gouvernement Banhan dans la situation économique du pays ?

 

On peut avouer ici notre incompétence pour juger du rôle spécifique qu’a pu jouer le gouvernement Banhan dans ce début de crise, surtout que, comme  les autres pays asiatiques qui seront touchés par la crise, la Thaïlande a connu pendant plus de deux décennies des performances économiques notables.  Même si « des déséquilibres de nature microéconomie s'étaient accumulés dans les portefeuilles des créanciers des banques, dans la gestion de risque de change, dans l'endettement de cours terme et dans le comportement des investisseurs. L'arrivée de vagues de capitaux privés dans un environnement financé libéralisé s'était traduite par des bulles boursières et immobilières (…) et déclencher un engrenage de perte de confiance des investisseurs, sorties de capitaux, dépréciation monétaire, difficulté des entreprises et endettés et généralisation de la crise financière. »**

 

D’ailleurs, le prix Nobel Joseph STIGLITZ nous apprend que « Le 2 juillet 1997, quand le baht thaïlandais s'effondra, nul ne savait qu'il s'agissait du coût d'envoi de la crise économique la plus gigantesque depuis la grande dépression : partie d'Asie, elle allait s'étendre en Russie, en Amérique latine, et menacer le Monde entier ». De plus, encore aujourd’hui les causes de la crise sont sujettes à débat. (Cf. Article suivant)

 

II sera de même difficile d’identifier la politique étrangère menée par Banhan.

240 - LE GOUVERNEMENT DE BANHAN SINLAPA-ACHA. (13 JUILLET 1995 - 24 NOVEMBRE 1996)

Un spécialiste comme  Kajit Jittasevi ne peut en donner aucune ligne, comme l’indique son article sur « La politique étrangère de la Thaïlande au XXIème siècle » (In TC*). Il  nous apprend qu’ « Au cours de la seule année 1992 la Thaïlande a vu se succéder quatre gouvernements et deux ministres des Affaires étrangères. Dans ce contexte, il est presque miraculeux qu’Anan Panyarachun, premier ministre nommé deux fois (mars 1991-septembre 1992) ait pu donner quelques impulsions diplomatiques d’envergure. Parmi ses initiatives, on retiendra surtout la création de l’AFTA (Asean Free Trade Area-Zone asiatique de libre-échange) et la proposition faite à la Chine et à la Birmanie de se joindre à l’organisation du Grand Mékong (Greater Mekong Coopération- Coopération du Grand Mékong ou GMC)

 

 

240 - LE GOUVERNEMENT DE BANHAN SINLAPA-ACHA. (13 JUILLET 1995 - 24 NOVEMBRE 1996)

5Le successeur d’Anan, Chuan Likpai (Septembre 1992-juillet 1995), a quant à lui changé de ministre des Affaires étrangères trois fois en trois ans. Il a cependant renforcé la ligne novatrice de son prédécesseur par une nouvelle proposition de coopération régionale : un « quadrilatère de croissance » (Growth quadrangle) formé avec la Chine, la Birmanie et le Laos, et destiné à compléter la GMC (…) Au niveau de l’Asean, la rapide succession des ministres des Affaires étrangères les a empêchés d’entretenir des rapports continus et approfondis avec leurs homologues. Le royaume a  ainsi perdu de son poids au sein de l’organisation régionale.

 

L’instabilité politique interne des gouvernements Banhan Sinlapa-Acha (juillet 1995-novembre 1996) et du général Chavalit Yongchaiyudth (novembre 1996-novembre 1997) n’a rien arrangé. » (pp .570-571) 

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Toutefois, malgré les difficultés et le peu d’influence qu’a pu avoir le gouvernement Banhan Sinlapa-Acha sur l’évolution de l’ASEAN, cette intégration régionale constitue et va constituer l’épine dorsale de la politique étrangère de la Thaïlande, avec sa zone de libre-échange des pays de l’ASEAN signé le 28 janvier 1992 à Singapour mais qui n’entrera en vigueur qu’en 2003, à cause  de la grave crise financière de 1997 ; et  l’élargissement des pays de l’ASEAN (Brunei, Birmanie, Indonésie, Malaisie, Philippines, Singapour, Thaïlande) avec l’entrée du Vietnam le 28 juillet 1995.  Le ministre des Affaires étrangères Kasem S.Kasemsri... 

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.. n’était en poste que depuis 10 jours ! (Rejoint deux années plus tard par le Laos et la Birmanie le 27 juillet 1997 et le Cambodge le 30 avril 1999 après la stabilisation de son gouvernement)).

 (Pour comprendre un peu mieux ce qu’est l’ASEAN,  et sa volonté de créer une zone de libre-échange et de maintenir une stabilité régionale durable.  Cf. notre article A148. La politique étrangère de la Thaïlande et l’ASEAN. (1948-2009))***

Son ministère a dû poursuivre des négociations pour fonder l’ASEAN Plus Trois (APT) à savoir  avec la Chine, le Japon et la Corée du Sud. L’APT étant né en 1995 à Singapour, avec également la préparation de la Réunion Asie-Europe (ASEM). Mais la première rencontre APT n’aura  lieu informellement qu’en 1997 lors du sommet de Singapour, (Mais ensuite à tous les sommets de l'ASEAN afin d'établir des positions communes en vue de l'ASEM.****)

Il faut aussi noter le traité de Bangkok (The Southeast Asian Nuclear-Weapon-Free Zone Treaty (SEANWFZ) signé le 15 décembre 1995 sous les auspices de l’ASEAN instituant un moratoire sur l’arme nucléaire et qui interdit toute fabrication ou développement ou acquisition ou possession de l’arme nucléaire. (Le traité devait être effectif le 28 mars 1997, après que tous ses membres l’aient ratifié, mais il faudra attendre la ratification des Philippines, pour qu’il le soit, le 21 juin 2001.).

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La politique étrangère est donc dictée essentiellement par l’économie et la volonté de vivre – enfin – en paix avec ses voisins. L’entrée du Vietnam au sein de l’ASEAN, le 28 juillet 1995, puis du Laos et de la Birmanie le 27 juillet 1997 et du Cambodge le 30 avril 1999 en sont les manifestations les plus probantes. Mais la crise économique de 1997 va bouleverser l’expansion économique de la Région.

 

Tandis qu’au niveau politique, nous l’avons vu, la coalition gouvernementale éclate et Banhan se voit contraint de dissoudre le Parlement le 27 septembre 1996.

 

Les élections auront lieu le 17 novembre à l’issu desquelles le général Chawalit, vice-ministre et ministre de la  Défense du gouvernement Banhan, devenait le nouveau 1er ministre.  Et le parti de la Nation Thaïe retournait dans l’opposition. (Cf. Notre prochain article.)

240 - LE GOUVERNEMENT DE BANHAN SINLAPA-ACHA. (13 JUILLET 1995 - 24 NOVEMBRE 1996)

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*« Thaïlande contemporaine », Sous la direction de S. Dovert et J. Ivanoff, IRASEC, Les Indes savantes, 2011.

 

**(http://www.memoireonline.com/01/09/1837/m_Le-FMI-et-la-crise-financiere-internationale-depuis-les-annees-8014.html)

 

***A148. La politique étrangère de la Thaïlande et l’ASEAN. (1948-2009)

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a148-la-politique-etrangere-de-la-thailande-et-l-asean-1948-2009-123507177.html

 

****L’ASEM ?

«  est un cadre informel de dialogue qui permet d’aborder tous les sujets, sans exclusion a priori. Il s’articule autour de trois « piliers » : i) politique, ii) économique et financier, iii) socio-culturel (éducation, santé, emploi, environnement, science et technologies, culture, contacts entre sociétés civiles). La mise en œuvre de ce troisième pilier est en partie assurée par la Fondation Asie-Europe (ASEF) établie en 1997, dont la France a été à l’origine et reste l’un des principaux contributeurs. » (http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/dossiers-pays/asie/relations-entre-l-europe-et-l-asie/article/dialogue-europe-asie-asem)

L’APT ? (Wikipédia)

« ASEAN Plus Trois (APT : ASEAN Plus Three) est une rencontre entre les pays de l'ASEAN ainsi que la Chine, le Japon et la Corée du Sud. Elle se tient durant les sommets de l'ASEAN.

Il prend ses origines dans la préparation du premier Asia-Europe Meeting (ASEM). La première rencontre APT a lieu informellement en 1997 lors du sommet de Singapour, puis à tous les sommets de l'ASEAN afin d'établir des positions communes en vue de l'ASEM.

En mai 2000 à Chiang Mai, ils s'accordent pour lutter contre une nouvelle crise financière. En 2001, la Chine lance une initiative majeure destinée à établir une zone de libre-échange entre elle et l'ASEAN. Un accord cadre est signé en 2002 en vue d'établir la zone en 2010 pour l'ASEAN 6 et en 2015 pour l'ASEAN au complet. Des initiatives similaires ont été lancées en réponse par le Japon et la Corée du Sud. L'APT a également d'autres projets comme le développement la région du bassin du Mékong, la formation dans les technologies environnementales, la promotion du tourisme. L'APT permet aux pays de l'ASEAN de se renforcer dans les négociations internationales notamment à l'OMC pour contrebalancer l'influence de l'Union européenne et de l'ALÉNA. »

 

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Published by grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-b - dans "Notre" Histoire de la Thaïlande
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