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  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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17 août 2016 3 17 /08 /août /2016 18:08
241. LE GOUVERNEMENT DU GÉNÉRAL CHAWALIT YONGCHAIYUT (25 NOVEMBRE 1996 – 9 NOVEMBRE 1997)  ET LA GRAVE CRISE FINANCIÈRE ET ÉCONOMIQUE  DE 1997.

Le 1er ministre Banhan Sinlapa-Acha, après seulement 14 mois de pouvoir, s’était donc vu contraint de dissoudre le Parlement le 27 septembre 1996. Le 17 novembre 1996, les Thaïlandais sont appelés à voter pour la 4ème fois en 4 ans et 8 mois. Le Parti Démocrate obtient le plus d’électeurs, comme le montre le tableau des résultats ci-dessous, mais le système électoral donne la victoire au parti New Aspiration avec 125 élus (Contre 123 au  Parti Démocrate sur 393). Leur leader, le général Chawalit devenait le nouveau 1er ministre.

 

241. LE GOUVERNEMENT DU GÉNÉRAL CHAWALIT YONGCHAIYUT (25 NOVEMBRE 1996 – 9 NOVEMBRE 1997)  ET LA GRAVE CRISE FINANCIÈRE ET ÉCONOMIQUE  DE 1997.

On n’oublie pas que le système inclut l’achat de votes, comme par exemple le rappelle le New York Times du 18 novembre 1996, citant l’ancien ministre Mechai Viravaidya disant que dans une démocratie commerciale, il faut acheter les votes, sachant que nous appliquons le capitalisme à tout, ce qui inclut la démocratie ; et l’agence gouvernementale  pour les élections Pollwatch estimera d’ailleurs que 20 à 30 billions de bath ont été dépensés par les 2.310 candidats pendant les 45 jours de la campagne pour acheter les votes. (Cf. Notre article 235 pour les élections de 1988 qui n’étaient guère exemplaires sur ce sujet)

 

Résultats des élections :

 

Partis

Votes

    %

 Sièges

+/–

Democrat Party

18.087.006

    31,8

 123

+37

New Aspiration Party

16.585.528

    29,1

 125

+68

National Development Party

  7.044.304

    12,4

   52

–1

Thai Nation Party

  5.621.890

      9,9

   39

–53

Social Action Party

 3.036.544

      5,3

   20       

–2

Thai Citizen Party

 2.330.135

      4,1

   18

  0

Palang Dharma Party

 1.550.170

      2,7

     1

–22

Solidarity Party

 1.011.299

     1,8

     8

  0

Liberal Party

    708.430

     1,2

     4

 –7

Mass Party

     680.204

     1,2

     2

 –1

Thai Party

    164.464

     0,3

     1

Nouveau

Liberal Democracy Party

      56.804

     0,1

     0

Nouveau

Labour Party

      40.798

     0,1

     0

Nouveau

Invalid/blank votes

    632.502

       –

     –

  –

Total

24.070.750

   100

  393

+2

 

241. LE GOUVERNEMENT DU GÉNÉRAL CHAWALIT YONGCHAIYUT (25 NOVEMBRE 1996 – 9 NOVEMBRE 1997)  ET LA GRAVE CRISE FINANCIÈRE ET ÉCONOMIQUE  DE 1997.

On peut évidemment, à la lecture du tableau des résultats des élections se  demander pourquoi le parti New Aspiration gagne 68 sièges, alors que celui-ci faisait partie de la coalition soutenant le gouvernement Banhan, et que leur leader, le général Chawalit en était  vice-1er ministre et ministre de la Défense ! En tous cas le Parti National Thaï (Thai Nation Party) de Banhan qui avait gagné les élections précédentes, est sévèrement sanctionné et perd 53 sièges, pour se retrouver avec 39 sièges. Il ne fera pas  partie de la nouvelle coalition et se retrouvera dans l’opposition. On peut aussi remarquer la déroute du Palang Dharma Party qui se retrouve avec un élu (sur 22 auparavant).

 

Le général Chawalit formera une coalition avec 5 partis, à savoir : Chart Pattana, Social Action, Thai Citizen, Seri Dhamma et le Mass Citizen.  Mais nous allons voir que cette nouvelle coalition ne résistera pas à la terrible crise financière de 1997 qui va toucher le pays et la Région, et qui va contraindre le général Chawalit à donner sa démission le 6 novembre 1997, après seulement 11 mois de pouvoir.

 

En tout cas, le 25 novembre 1996, un décret  royal approuve la liste de 49 ministres de son gouvernement.

 

On y trouve les hommes forts du moment, à savoir  5 vice-1er ministres : Sukavit Rangsitpol (et ministre de l’éducation), Amnuay Viravan (et ministre des Finances), Korn Dabbaransi (et ministre de l’Industrie), Montree Pongpanit (et ministre de la santé publique), et Samak Sundaravet ; 2 ministres à l’office du 1er ministre ; et comme il faut bien placer les alliés et amis, on remarquera 3 vice-ministres des Finances, 3 vice-ministres de l’Agriculture et des Coopératives, 4 vice-ministres des Transports ( !), 2 vice-ministres du Commerce, 5 ( !) vice-ministres de l’Intérieur, 2 vice-ministres du Travail et des Affaires sociales, 3 vice-ministres de l’Education, et 3 vice-ministres de la Santé publique. Le général Chawalit s’attribuera aussi la Défense.

 

Il y aura un petit remaniement le 21 juin 1997 : le vice-1er ministre Amnuay Viravan (et ministre des Finances), et le vice-ministre du commerce Narongchai Akrasani démissionnent et sont remplacés par Thanong Pittaya et Narongchai Akrasani. Un remaniement important aura lieu le 15 août 1997 avec 6 démissions, et 4 changements de postes et l’arrivée de 5 ministres dont un certain Lieutenant-Colonel Thaksin Shinawat, de nouveau vice-1er ministre.

 

Mais devant la tragique situation économique et financière que traverse le pays,  le général Chawalit devra faire face à une grave crise ministérielle le 24 octobre 1997.  Il démissionnera 19 ministres (dont le vice-ministre Montree Pongpanit) et nommera 20 ministres (dont Suwit Khunkitti comme vice-1er ministre). Mais cette dernière tentative du général Chawalit sera sans effet, puisque  le 6 novembre 1997, il sera contraint de démissionner.

241. LE GOUVERNEMENT DU GÉNÉRAL CHAWALIT YONGCHAIYUT (25 NOVEMBRE 1996 – 9 NOVEMBRE 1997)  ET LA GRAVE CRISE FINANCIÈRE ET ÉCONOMIQUE  DE 1997.

La carrière ?

 

Il ne s’agit pas ici de rappeler systématiquement la carrière de tout nouveau 1er ministre, mais de montrer qu’une fois de plus, une carrière militaire au plus haut niveau, mène à une carrière politique, en créant pour certains (c’est le cas pour Chawalit) son propre parti politique, (son klum ? ),  en s’associant à des coalitions pour obtenir un portefeuille, en en changeant éventuellement pour se maintenir ou revenir au gouvernement. Une carrière où le militaire, le politique et le monde des affaires s’associent pour faire fortune et asseoir ainsi leur pouvoir. Ce qui ne va pas sans corruption. Ce sera encore le cas.

 

Bref, en 1963, il sort diplômé du RTA Command et du General Staff College, et se spécialise en 1964 aux Etats-Unis à l’ Army Command et au General Staff College à Fort Leavenworth.

241. LE GOUVERNEMENT DU GÉNÉRAL CHAWALIT YONGCHAIYUT (25 NOVEMBRE 1996 – 9 NOVEMBRE 1997)  ET LA GRAVE CRISE FINANCIÈRE ET ÉCONOMIQUE  DE 1997.

Il va ensuite prendre part à la lutte contre les communistes dans la jungle thaïlandaise et entraîner les soldats thaïlandais dans leurs actions au Vietnam. En 1979, il est promu major-général et en 1981, patron des opérations contre  les communistes. Il créé des unités paramilitaires  (Thahan Phran (« hunter soldiers »), formés à la guérilla. 

241. LE GOUVERNEMENT DU GÉNÉRAL CHAWALIT YONGCHAIYUT (25 NOVEMBRE 1996 – 9 NOVEMBRE 1997)  ET LA GRAVE CRISE FINANCIÈRE ET ÉCONOMIQUE  DE 1997.

outefois, proche du maréchal  1er ministre Prem, et comprenant que les armes seules ne peuvent venir à bout de cette insurrection, Il participera à la mission d’amnistie offerte aux insurgés. En 1982, il est  promu lieutenant-général et  second du chef d’Etat-major des opérations, et en 1983, vice-chef d’État-major des Armées ; En 1985, il devient le chef d’Etat-major des Armées.

 

Désormais il est devenu un personnage important. Il est  en 1986, le nouveau commandant en chef de l’Armée ;  En 1987-1990, il est le commandant en chef du quartier général des armées.

 

Mais dès 1986, le nouveau chef des Armées, va également participer à des programmes de développement des zones rurales comme l’Isan (Isan Khiao (« Green Isan ») ou au Sud (Khwam Wang Mai (« New Hope »)) afin d’améliorer la situation économique, lutter contre les disparités régionales et assurer la sécurité nationale. (Cf. Order no. 66/2523) Ces programmes seront l’occasion pour Chawalit de signer des contrats importants avec les corporations de l’agro-business, dont la plus importante, le  Charoen Pokphand (Dont le patron Chearavanont était classé par Forbes en 2013 comme la 58ème personne la plus riche du monde avec 14,3 milliards de $ et la plus riche de l’Asie du Sud-Est.) On peut se douter qu’en 1990, quand Chawalit prit sa retraite militaire, son compte en banque était déjà bien fourni.

241. LE GOUVERNEMENT DU GÉNÉRAL CHAWALIT YONGCHAIYUT (25 NOVEMBRE 1996 – 9 NOVEMBRE 1997)  ET LA GRAVE CRISE FINANCIÈRE ET ÉCONOMIQUE  DE 1997.

Il va goûter à la politique en étant nommé sénateur en 1984-1987. Mais  en 1988, il est devenu un homme puissant puisque qu’il commence sa carrière politique, comme ministre de la Défense du 1er gouvernement Chatichai Chunhawan (04/08/1988-21/06/1990) puis vice-ministre (30/03/1990- 09/12/1990). Il ne sera pas dans le 2ème gouvernement Chatichai Chunhawan (09/12/1990-23/02/1991 (Coup d’Etat du général Sundara)). Pour des raisons que nous avons vu dans les articles précédents Il ne  sera pas non plus dans les gouvernements d’Anan (06/03/1991-22/03/1992), du général Suchinda (0704/1992-09/06/1992), et de nouveau Anan (10/06/1992-22/09/1992), pour retrouver le pouvoir après les élections  dans le gouvernement Likpai (23/09/1992-12/07/1995) comme ministre de l’intérieur ( 29/09/1992- 11/12/1994) et vice-ministre (14/07/1994-25/10/1994) (Et aura aussi le poste de  ministre du  Travail et des Services sociaux (23/09/1993-08/01/1994) ; Et de nouveau  vice- 1er ministre et ministre de la Défense dans le gouvernement Banhan (13/07/1995-24/11/1996).

 

Autant dire que Chawalit Yongchaiyut est un homme d’expérience et influent quand il accède au poste de 1er ministre le  25 novembre 1996 à la faveur des élections générales qu’il a gagné avec son parti The New Aspiration Party (Phak Khwam Wang Mai Thai: พรรคความหวังใหม่) qu’il a créé le 11 octobre 1990 après avoir pris sa retraite de commandant en chef de l’Armée, un parti qui sera soutenu par le puissant groupe Charoen Pokphant de Dhanin Chearavanont avec qui il avait « fait affaire » durant  les programmes de développement au Nord-Est (« Green Isan »). 

241. LE GOUVERNEMENT DU GÉNÉRAL CHAWALIT YONGCHAIYUT (25 NOVEMBRE 1996 – 9 NOVEMBRE 1997)  ET LA GRAVE CRISE FINANCIÈRE ET ÉCONOMIQUE  DE 1997.

Il avait alors le contrôle de 126 stations militaires de radio et 2 des 5 télévisions du pays. On peut se douter que ce klum a su alors recruter. On était loin des idéaux du jeune officier du groupe  des « Soldats démocratiques » du début des années 80 sensibles à la volonté du maréchal Prem d’assainir la corruption.

 

La grave crise financière et économique de 1997.

241. LE GOUVERNEMENT DU GÉNÉRAL CHAWALIT YONGCHAIYUT (25 NOVEMBRE 1996 – 9 NOVEMBRE 1997)  ET LA GRAVE CRISE FINANCIÈRE ET ÉCONOMIQUE  DE 1997.

Dans l’article précédent, nous avons déjà vu que le gouvernement Banhan n’avait pas anticipé la grave crise financière et économique qui allait frapper la Thaïlande et les autres pays d’Asie et s’étendre à de nombreux pays du monde. On était encore dans la satisfaction justifiée d’une moyenne de croissance de 9,5 % entre 1987 et 1996. A décharge, les grandes institutions comme la Banque mondiale et le FMI n’avaient aussi rien vu arriver.

 

La Banque mondiale avait même  jugé en 1993 les politiques asiatiques vertueuses, encourageant à l’épargne (crédit à la consommation, taux d’intérêts élevés pour éviter l’inflation, préservation de l’agriculture, effort de formation de la main d’œuvre et que l’OMC et du FMI, encourageaient les pays asiatiques à  déréglementer leurs marchés financiers, pour faciliter les mouvements de capitaux, développant ainsi la dette de ces pays.). (Source  wikipédia)

241. LE GOUVERNEMENT DU GÉNÉRAL CHAWALIT YONGCHAIYUT (25 NOVEMBRE 1996 – 9 NOVEMBRE 1997)  ET LA GRAVE CRISE FINANCIÈRE ET ÉCONOMIQUE  DE 1997.

Certes à postériori, il est plus aisé pour les économistes d’identifier les présages de la crise (Croissance déséquilibrée, déficit de la balance des paiements courants de 8 % du PIB, main d’œuvre peu qualifiée, concurrence chinoise, collusion entre l’État et les milieux des affaires faisant entrave à la mise en place de mesures efficaces, détournement de l’objectif de la Bangkok International Banking Facilities, devant en principe  servir aux investisseurs étrangers, aveuglement des investisseurs, opacité des circuits de financement, complaisance des agences de notation, libéralisation financière menée trop rapidementetc)

 

 (Vous trouverez facilement de nombreux articles spécialisés sur ce sujet sur internet, comme par exemple  Navarro Marion, « Retour sur la crise asiatique », Regards croisés sur l'économie p. 273-275 URL : www.cairn.info/revue-regards-croises-sur-l-economie-2008-1-page-273.htm. DOI : 10.3917/rce.003.0273  ou http://www.cepii.fr/IE/PDF/EI_76-8.pdf ).

 

Mais quand Chawalit prend le pouvoir, il peut constater à la fin 1996 que la Thaïlande connaît une perte économique de 9,4 % de son taux d’exportations. Mais Chawalit ne va pas  modifier les pratiques économiques de ses prédécesseurs, à savoir le clientélisme avec les milieux d’affaires (Cf. par exemple la proximité de Chawalit avec le groupe Charoen Pokphand), l’absence de mécanisme de surveillance des décisions prises par les institutions financières. Ainsi « Bangkok International Banking Facility » (BIBF) (une institution chargée de fournir du crédit à partir de fonds à l’étranger créé en 1993), la  Banque de Thaïlande et les banques commerciales, par exemple, purent allègrement continuer leurs opérations qui augmentèrent considérablement la dette du pays, notamment en dollars US, entraînant une série d’attaques sur le baht à la fin des années 1996 et au début de 1997, lorsque les investisseurs ont commencé à retirer leur confiance à l’économie thaïlandaise.

241. LE GOUVERNEMENT DU GÉNÉRAL CHAWALIT YONGCHAIYUT (25 NOVEMBRE 1996 – 9 NOVEMBRE 1997)  ET LA GRAVE CRISE FINANCIÈRE ET ÉCONOMIQUE  DE 1997.

Face à la fuite des capitaux et aux ventes de bath, les autorités tentent de défendre leur monnaie (23 milliards de dollars épuisés par la Banque centrale thaïlandaise), mais rien n’y fait et le 2 juillet le gouvernement décide de laisser flotter sa monnaie, en raison du manque de devises étrangères pour soutenir un taux de change fixe au dollar américain(Dont l’appréciation avait augmenté  de 40 % en 1995-96)

241. LE GOUVERNEMENT DU GÉNÉRAL CHAWALIT YONGCHAIYUT (25 NOVEMBRE 1996 – 9 NOVEMBRE 1997)  ET LA GRAVE CRISE FINANCIÈRE ET ÉCONOMIQUE  DE 1997.

La crise explose et provoque un séisme.*

 

Les spéculateurs se reportent alors sur les autres monnaies de la zone (peso philippin, ringgit malais, roupie indonésienne) et les capitaux fuient. La situation financière des banques et des entreprises locales, qui étaient fortement endettées à court terme en dollars et en yens, se détériore rapidement. Seize compagnies financières sont déclarées insolvables alors que quarante-deux doivent être fermées (Sur un total de 91).

 

La dévaluation du bath va donc entraîner dans sa chute les monnaies indonésienne, malaise et philippine, et la crise va s’étendre à la Corée, à Taïwan, à Singapour et à Hong Kong. Entre le début juillet et la mi-octobre 1997, la dépréciation des taux de change de la zone atteignait 30% à 50%, celle des cours des actions entre 20% et 30%. La crise thaïlandaise devenait une crise asiatique.

 

Pourtant le gouvernement avait réagi en août en sollicitant une aide du FMI qui lui avait accordé une aide d’urgence de  16g $ pour mettre en œuvre un plan d’austérité et en faisant appel à l’aide étrangère comme celle du Japon par exemple. Il avait même levé «  les restrictions imposées aux investisseurs étrangers dans le secteur financier (dont les participations étaient jusque-là limitées à 25% du capital) en y autorisant jusqu’à 100 % de participation étrangère. » (p. 408, in Marie-Sybille de Vienne, « Thaïlande contemporaine »). Mais en attendant les premiers effets, la Thaïlande était sous le choc et les conséquences étaient terribles.

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Les conséquences humaines et sociales

 

La dévaluation va entraîner une baisse du crédit, des faillites, une récession. En 1998, la croissance du PIB est nulle. Le taux de chômage triple mais reste à un taux modéré de 3,4 %. Les prix augmentent en relation avec la dépréciation monétaire. Le gouvernement accaparé par la dette coupe dans les dépenses sociales. Ces mécanismes classiques touchent les nouvelles classes urbaines attirées à Bangkok par le boom économique.

 

Quant aux travailleurs non qualifiés venus des périphéries rurales, ils se retrouvent sans emploi. Le secteur de la construction perd 1/3 de ses emplois dans les deux années qui suivent la crise. L'industrie est moins touchée, bien qu'elle soit concurrencée par la Chine qui a dévalué sa monnaie en 1994. Le commerce au contraire se développe en absorbant une partie de la main d'œuvre dans des activités plus ou moins informelles. La crise touche inégalement les régions ; Bangkok est plus touchée que les régions touristiques du sud. Autre signe manifeste de la crise, le nombre de ménages endettés s'est accru et dépasse 60 % du total. Le prix du riz double dans les zones urbaines et augmente de 50 % en zone rurale. (Source http://fresques.ina.fr/jalons/fiche-media/InaEdu05020/consequences-en-thailande-du-krach-financier-de-1997.html)

 

Des dizaines de milliers de travailleurs retournent dans leur village. (La Banque mondiale a évalué à 800.000 les pertes d’emploi au 1er janvier 1998.) ;  Plus de 600.000 travailleurs étrangers doivent retourner dans leurs pays.

 

Un remaniement important aura lieu le 15 août 1997, comme nous l’avons dit,  avec 6 démissions, et 4 changements de postes et l’arrivée de 5 ministres dont un certain Lieutenant-Colonel Thaksin Shinawat, de nouveau vice-1er ministre. Mais on se doute que cela ne sera pas suffisant. 

 

Par contre, malgré la grave situation économique et sociale  du pays, le gouvernement Chawalit va soutenir la  nouvelle Constitution de 1997, initiée pour la première fois par des citoyens élus au sein d’une Assemblée devant rédiger la Constitution (CDA), qui prendra effet le 11 octobre 1997.

 

La « Constitution du peuple » de 1997 ?

241. LE GOUVERNEMENT DU GÉNÉRAL CHAWALIT YONGCHAIYUT (25 NOVEMBRE 1996 – 9 NOVEMBRE 1997)  ET LA GRAVE CRISE FINANCIÈRE ET ÉCONOMIQUE  DE 1997.

« La Constitution de 1997 fut initiée par les citoyens thaïlandais. Les graines du changement furent plantées en mai 1992, durant « mai noir », un soulèvement des classes moyennes principalement, qui mobilisa la population autour de demandes en faveur d'une profonde réforme politique et sociale. Une Assemblée rédaction de la Constitution (CDA), composé de quatre-vingt-neuf membres, soixante-six qui ont été élus dans toutes les provinces, a été nommé à réécrire la constitution. Surnommée « Constitution du peuple », la Constitution de 1997 fut largement saluée, tant dans le pays qu'à l'étranger, en raison de la nature participative de sa rédaction, de son soutien aux droits de l'homme et de ses avancées en matière de réformes politiques. L'une des modifications les plus importantes fut le passage d'une démocratie représentative à une démocratie participative, qui se traduisit par la participation de la population au processus de nomination de commissions indépendantes, ainsi que de la Commission électorale, de la Cour administrative et de l'« ombudsman ». D'autres innovations consistèrent à séparer les branches exécutive et législative, à entreprendre une réforme électorale, à reconnaître les droits de l'homme et à renforcer l'équilibre des pouvoirs. (Content from ConstitutionNet.org. Find the full article here: http://www.constitutionnet.org/fr/country/constitutional-history-thailand)

 

Une lecture plus minutieuse de cette Constitution 1997 vous sera proposée dans les prochains articles.

241. LE GOUVERNEMENT DU GÉNÉRAL CHAWALIT YONGCHAIYUT (25 NOVEMBRE 1996 – 9 NOVEMBRE 1997)  ET LA GRAVE CRISE FINANCIÈRE ET ÉCONOMIQUE  DE 1997.

Politique étrangère.

 

En pleine crise financière, le gouvernement Chawalit va poursuivre la politique de ses prédécesseurs pour intégrer au sein de l’ASEAN (Brunei, Birmanie, Indonésie, Malaisie, Philippines, Singapour, Thaïlande), les autres pays de la Région avec l’apaisement des conflits politiques locaux et l’évolution des principaux pays communistes vers l’économie de marché, ainsi après  l’entrée du Vietnam le 28 juillet 1995 signé sous  le gouvernement Banhan, il pouvait être satisfait de l’adhésion du Laos et de la Birmanie le 23 juillet 1997. (Malgré les critiques exprimées par les Etats-Unis et l’Union européenne). Ceux-ci signaient dans le même temps l’accord sur le «tarif préférentiel effectif commun», socle de la zone de libre échange des pays de l’ASEAN (AFTA), comme tous les autres nouveaux entrants.

 

Chawalit va poursuivre également les discussions informelles avec la Chine, le Japon et la Corée, à Singapour et Kuala Lumpur (Quand ?) pour renforcer la coopération du Sud, au sein de  l’ASEAN Plus Trois (APT).

 

(Cf. Notre article A148. La politique étrangère de la Thaïlande et l’ASEAN. (1948-2009). http://www.alainbernardenthailande.com/article-a148-la-politique-etrangere-de-la-thailande-et-l-asean-1948-2009-123507177.html)

241. LE GOUVERNEMENT DU GÉNÉRAL CHAWALIT YONGCHAIYUT (25 NOVEMBRE 1996 – 9 NOVEMBRE 1997)  ET LA GRAVE CRISE FINANCIÈRE ET ÉCONOMIQUE  DE 1997.

La fin du gouvernement Chawalit.

 

Si « la Constitution du peuple » de 1997 fut bien accueillie, elle ne résolvait aucun des problèmes économiques du peuple qui ne voyaient nul espoir à l’horizon, surtout qu’en septembre le FMI, accordant 17 milliards de $, avait réclamé des mesures d’austérité importantes. La population ne croyait plus en la capacité du gouvernement Chawalit de résoudre la crise, constatant ses atermoiements comme cette taxe sur l’essence annoncée mi-octobre et retiré trois jours après. Le 20 et le 21 octobre une manifestation importante composée de fermiers, d’ouvriers  et de cadres de la classe moyenne, d’hommes d(affaires même, réclama la démission du 1er ministre.

 

L’Etat d’urgence fut envisagé, mais la coalition au sein du gouvernement était en train d’exploser. De nombreux ministres annoncèrent  publiquement leur démission, comme le ministre des finances Thanong Bidaya ; et Chawalit dut  procéder le 24 octobre 1997,  à la démission de 19 ministres (dont le vice-ministre Montree Pongpanit) et à la nomination de 20 ministres (dont Suwit Khunkitti comme vice-1er ministre).

 

Mais cette dernière tentative du général Chawalit sera sans effet, puisque  le 6 novembre 1997, il sera contraint de démissionner. Il n’aura dirigé le pays que 11 mois !

 

Il partait avec une fortune déclarée de 141 millions de baht et sa femme  Phankrua, gardait son surnom de « coffre-fort de bijoux marchant ». 

241. LE GOUVERNEMENT DU GÉNÉRAL CHAWALIT YONGCHAIYUT (25 NOVEMBRE 1996 – 9 NOVEMBRE 1997)  ET LA GRAVE CRISE FINANCIÈRE ET ÉCONOMIQUE  DE 1997.

Mais sa carrière politique n’était pas terminée et on le retrouvera vice-1er ministre et ministre de la Défense, sous le gouvernement Thaksin (17/02/2001-11/03/2005), comme on va retrouver de nouveau Chuan Leekpaï pour son deuxième gouvernement (09/11/1997-09/02/2001).

 

Mais auparavant, quid de la « Constitution du Peuple » du 11 octobre 1997 ? (Cf. Le prochain article.)

 

*La crise asiatique de 1997. Une autre présentation, mais elles sont légions.

 In http://www.memoireonline.com/01/09/1837/m_Le-FMI-et-la-crise-financiere-internationale-depuis-les-annees-8014.html

« Ainsi le Baht descend aux enfers en quelques semaines, plongeant de 25 B/ $ à 51B/ $ au pire de la crise. Le Ringgit malaisien puis la rupiah indonésienne n'étaient pas non plus épargné par la crise. En octobre, une attaque spéculative massive a eu lieu sur le Hong-Kong dollars, mais elle est contenue par des mesures draconiennes (élévation du taux d'intérêt interbancaire au jour le jour à 300% au plus fort de la semaine noire de mi-Octobre 1997).

La victime de Hong-Kong- dollars sera le Won sud-coréen qui flotte à son tour.[ Jacques Gravereau et Jacques Trauman, 2001, p. 179].

Ces deux auteurs poursuivent leur analyse. L'effet à court terme de dépréciations monétaires aussi profondes est double. D'abord, toutes les dettes en dollars et surtout les dettes privées, deviennent insolvables, d'autant plus que leur structure est en générale à très court terme, la moitié d'entre elles ont une maturité d'environ un an seulement.

Ces dettes privées sont gigantesques : 100 milliards de dollars en Corée, 70 en Thaïlande, 56 en Indonésie, 25 en Malaisie. La plupart de ces crédits bancaires privés se trouvent en situation de créances douteuses, à commencer par les banques locales dont on connaît la fragilité. Le management du risque de crédit est partout pris en défaut.

Le second effet est de restaurer la confiance des marchés financiers pour enrayer la chute. Ce qui relève de la compétence des autorités politiques.

Cette dépréciation serait l'origine des fuites de capitaux massifs dans ces pays comme le montre le tableau 7.

Tableau 7 : Flux de capitaux privés dans cinq pays asiatiques (Corée, Indonésie, Malaisie, Philippines, Thaïlande, en milliards de dollars)

 

1994

1995

1996

1997

 

Titres et investisseurs directs

dont :

Investissements directs

Portefeuille

Créances bilatérales

dont :

Banques commerciales

Non-banques

Total flux nets de capitaux

12, 2

4,7

7,5

28,2

24

4,2

40,4

15,5

4,9

10,6

61,9

49,5

12,4

77,4

19,1

7

12,1

73,9

55,5

18,4

93

-4,5

7,2

-11,7

-7,6

- 21,3

13,7

-12,1

 
 

Source : Radelet et Sachs, 1998

A travers ce tableau, on remarque l'augmentation rapide des entrées de capitaux entre 1994 et 1996, ainsi que la violence extrême du retournement en 1997. »

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Published by grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-b - dans "Notre" Histoire de la Thaïlande
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