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  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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14 septembre 2016 3 14 /09 /septembre /2016 09:43
243 - LE SECOND GOUVERNEMENT DE CHUAN  LIKPAI (9 NOVEMBRE 1997 – 17 FÉVRIER 2001) : LE TEMPS DES SCANDALES.

Nous avons rencontré Chuan Likpai lors de son premier gouvernement du 23 septembre 1992 au 12 juillet 1995 (1). Il « tombe » après les élections du 2 juillet 1995, un  premier mandat qui prit fin dans des circonstances humiliantes à la suite en particulier des transactions foncières illégales de Suthep Thueaksuban (สุเทพ เทือกสุบรรณ) son ministre des Transports et des communications.  

243 - LE SECOND GOUVERNEMENT DE CHUAN  LIKPAI (9 NOVEMBRE 1997 – 17 FÉVRIER 2001) : LE TEMPS DES SCANDALES.

Bahan Sinlapa-acha lui succède qui forme une coalition de sept partis détenant 233 sièges. Il ne restera premier ministre guère plus de 16 mois (2). La coalition hétéroclite de Bahan éclate et il doit dissoudre le parlement le 27 septembre 1996. Les élections du 17 novembre 1996 donnent une majorité toute relative au parti du général Chawalit Yongchaiyut  qui sera conduit à la démission le 6 novembre 1997 faut d’avoir su ou pu résoudre les problèmes qu’affrontait le pays suite à la crise de 1997 (3). C’est toutefois sous son gouvernement que fut promulguée la constitution trop souvent et abusivement baptisée « la constitution du peuple ». ( Nous lui avons consacré trois longs articles (4)). Elle fut adoptée à une écrasante majorité par l’Assemblée nationale en place (518 voix pour, 16 contre et 17  abstentions) le 15 août 1997 et promulguée par le roi le 11 octobre 1997.

 

Il ne faut pas chercher à cette écrasante majorité de profondes raisons métaphysiques : la constitution précise en son article 315 que les membres de l’Assemblé nationale et du Sénat précédemment nommés ou élus resteraient en place jusqu’au terme de leur mandat, ce qui leur laissait un confortable répit.  En effet, les élections sénatoriales eurent lieu le 24 mars 2000 et les élections législatives le 6 janvier 2001 ;  un beau cadeau qui accordait, deux ans et demi pour les sénateurs et un peu plus de trois ans pour les députés sans avoir à prendre le risque d’un nouveau scrutin.

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L’ÉQUIPE

 

Chuan ne bénéficie pas d’une onction électorale directe mais se trouve toutefois une majorité, avec toujours et encore une coalition hétéroclite sinon contre nature, entre les 123 députés de son parti, avec ceux du  Prachakon Thai (พรรคประชากรไทย - Thai Citizen Party) de Samak Sundaravet (สมัคร สุนทรเวช) qui a changé de camp ...

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...et le Chat Pattana Party (พรรคชาติพัฒนา - National Development Party) de Wannarat Channukul (วรรณรัตน์ ชาญนุกูล). 

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123 + 18 + 52 = 193 et quelques défections qui lui assurent une majorité fragile mais le compte est bon  (393 députés, majorité 197).

 

Un décret royal le désigne donc comme premier ministre le 14 novembre 1997. Nous savons (4) que la nouvelle constitution (article 201) limite le nombre des ministres à 35 (trois douzaines en comprenant le premier) mais elle prévoit aussi (articles 314 à 336) de très longues dispositions transitoires et celle-ci n’est pas d’application immédiate. Chuan va donc en profiter pour former le même jour un cabinet de 47 ministres, lui-même se réservant la défense.

 

C’est un gouvernement de techniciens ; ils sont tous bardés de diplômes obtenus dans les plus prestigieuses des universités anglaises ou américaines. 

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Son premier vice-premier ministre est Phichit Rattakun (พิจิตต รัตตกุล), à tout seigneur, tout honneur, puissant homme d’affaires, il est gouverneur de Bangkok, ville ayant donné au parti de Chuan 38 de ses 123 députés. 

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Son second vice-premier ministre est Supphachai Phanitphak (ศุภชัย พานิชภักดิ์), à la tête de la Thaï military bank  (ธนาคารทหารไทย) qui devint en 1999 président de l’Organisation mondiale du commerce (O. M.C. World Trade Organization) et auteur prolifique d’ouvrages d’économie politique. 

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Les affaires étrangères sont confiées à Surin Pitsuwan (สุรินทร์ พิศสุวรรณ). 

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Son vice-ministre est le très médiatique Sukhumphan Boriphat (สุขุมพันธุ์ บริพัตร) tout aussi bardé de diplômes que les précédents, la seule altesse royale du cabinet (5). 

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L’intérieur enfin revint à un militaire, le seul du gouvernment, le général Sanan Khachonprasat (สนั่น ขจรประศาสน์) formé dans les prestigieuses académies américaines. 

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« Démissionné » le 11 avril 2000 à la suite d’une affaire de corruption dont nous reparlerons, il fut remplacé, un choix curieux, par Sontaya Kunpluem (สนธยา คุณปลื้ม), tout jeune fils de Somchai Khunpluem, (สมชาย คุณปลื้ม), parrain de Chonburi  connu sous le nom de Kamnan Po (กำนัน เป๊าะ – « chef de village Po ») qui sombrera en  2004 dans une sombre affaire de meurtre et de corruption. 

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Mais à cette date il est à la tête d’affaires énormes et règne en maître sur la politique de sa région. Notons la présence, comme Ministre de l’éducation, de Chumpon Sinlapa-Acha (ชุมพล ศิลปอาชา), jeune universitaire, frère de Banhan Sinlapa-Acham, qui démissionnera le 1er octobre 1998. 

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Notons enfin que son vice-ministre Somsak Pritsanananthakun (สมศักดิ์ ปริศนานันทกุล) sombrera dix ans plus tard sur un question d’enrichissement illicite commis lorsqu’il était ministre.

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Mais indépendamment de ces changements nécessités par les circonstances, ce gouvernement n’a, pour les remaniements, rien à envier à son prédécesseur : septembre et octobre 1998, quatre démissions (forcées ou de convenance ?) ; Le 4 octobre 1998, 7 démissions ; Le 5 octobre, 17 désignations ou mutations ; Entre janvier et juin 1999, encore 6 démissions ; En juillet 1999, 8 démissions volontaires ou provoquées et 11 désignations de nouveaux. Nous relevons la désignation d’une femme (enfin !) comme ministre de l’éducation, la ravissante Kanchana Sinlapa-Acha (กาญจนา ศิลปะอาชา) fille de Banhan Sinlapa-Acham, toujours défenseur ardente de la protection de la nature. 

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En mars et avril 2000, en sus de l’éviction de Sanan Khachonprasat, encore 7 changements. En juin 2000, deux démissions et 4 désignations ; En septembre, une démission et 7 changements.

 

Il est difficile dans cette « valse à mille temps » de faire la part du feu : des démissions par conviction ? Pourquoi pas ? Des démissions forcées ? C’est certain. Mais tous les scandales qui ont pu les susciter n’ont pas forcément laissé de traces ou tout au moins de traces auxquelles nous ayons eu accès. Par ailleurs, des démissions « forcées » ont pu entraîner des sanctions judiciaires, par exemple l’interdiction temporaire d’exercer à temps une activité politique. Certains ont payé leur dette, nous les retrouvons dans la vie politique actuelle, est-il séant de rappeler des péchés de jeunesse oubliés depuis 15 ou 20 ans ? Dernière hypothèse enfin, peut-être est-elle la plus plausible compte tenu des circonstances de l’époque, les rats quittent le navire.

 

Tel fut le cas en particulier de Supachai Panitchpak (ศุภชัย พานิชภักดิ์) ministre du commerce et de l’industrie.

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LE PROGRAMME

 

La déclaration de politique générale est livrée au Parlement le jeudi 20 Novembre 1997.

 

Après les sempiternelles et pieuses introductions, une première partie est consacré aux généralités : un premier chapitre intitulé « réformes politiques » consiste essentiellement à prévoir une amélioration des nouvelles institutions créés ou modifiés par la constitution de 1997 notamment au niveau de la lutte contre la corruption et à organiser une « réforme de l’administration » dans le sens de l’amélioration de la protection des libertés publiques.

 

Le second chapitre est consacré à la « politique sécuritaire » par un soutien sans failli à l’armée et à la police et un troisième à la « politique étrangère » dans lequel nous ne lisons rien d’original.

 

La seconde partie concerne la « politique de développement économique et social ». Il importe en effet de parer aux conséquences de la crise à la fois à court terme et à moyen terme. Pour le court terme, l’essentiel est de permettre au pays de retrouver sa stabilité financière et de réduire l’impact économique de la crise. Pour le moyen terme, les mesures envisagées « visent à apporter une amélioration continue et la restauration de l'économie thaïlandaise avec retour à la normale dans un délai raisonnable » (6). On peut penser qu’elles sont l’œuvre de Wiraphong  Ramangkun  (วีรพงษ์ รามางกูร), le conseiller de Chuan Lipkai en matière économique (7) qui fut très brièvement ministre des finances de Chunawan du 26 août au 9 décembre 1990.

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SUR LE TERRAIN

 

Les réformes économiques ont été sévèrement critiquées et qualifiées de « bitter medicine » (« médecine amère ») pour n’avoir apporté que peu de soulagement à l’économie dans les années qui ont suivi la crise de 1997, en particulier au niveau local. Certes, le produit intérieur brut retrouve sa croissance en 1999 mais au profit de qui ? Le niveau du PIB de 1996 ne sera d’ailleurs retrouvé qu’en 2002. En 2000, 28 % pour cent de la population est encore classée comme en dssous du seuil de pauvreté contre seulement 7 % dans le centre : le revenu moyen annuel par habitant  était de 26.317 baths contre 208.434 à Bangkok. Les opinons sont largement divergentes, et une partie de l’opinion éclairée (ou prétendue telle) accuse le gouvernement de n’avoir aidé que les grandes institutions financières et d’avoir rendu le pays encore plus dépendant des investisseurs étrangers au profit duquel il l’aurait hypothéqué, et met en doute l’efficacité des mesures préconisées par le FMI (8). 

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Ne nous livrons pas – nous n’en avons guère les compétences – à de doctes considérations sur les raisons qui ont permis au pays de sortir de la crise (9). Toujours est-il qu’en mai 1998, l’organisation « Palang thai » (พลังไท) qui n’est pas un parti politique (10) annonce qu’elle va joindre ses forces à « telecommunications tycoon Thaksin Shinawat » pour former un nouveau parti politique au sang nouveau. Thaksin ajoute qu’il ne sera pas un feu de paille et peint les démocrates comme manifestant un mépris souverain pour la « Thaïlande d’en bas ».

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LES SCANDALES

 

Alors que son premier gouvernement fit les frais d’énormes scandales de corruption (1), celui-ci ne fera pas mieux. Il est d’ailleurs permis de penser que les pouvoirs plus étendus de la « Commission de lutte contre la corruption » par rapport à l’ancienne (11) ont contribué pour beaucoup à ce déballage (12).

 

Le scandale du parc national de la Salouen

 

Il éclate en février 1998. Probablement entre 15 et 20.000 tecks géants ont été abattus illégalement dans le parc national de la Salouen (อุทยานแห่งชาติสาละวิน) situé dans la province de Mae Hong Son. Véritable sanctuaire de plus de 720 kilomètres carrés abritant des espèces animales et végétales rarissimes, le parc a été ravagé par ces coupes clandestines massives (un tiers au moins des tecks) mettant en cause des fonctionnaires locaux et le bureau au parti démocrate de  Phichit (13).

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Le scandale des semences

 

On est presque dans le domaine de la farce. Elle est née dans la province de Yasothon. Le ministère de l’agriculture proposait aux paysans hilares des paquets contenant des semences soigneusement emballées accompagnés d’un livret explicatif. La seule réaction paysanne fut des hurlements de rire, comme s’il fallait des explications du ministre pour apprendre comment faire pousser tomates, piments, courges, maïs, papaye et qu’il faille un kit pour cela. Pourtant le ministère de l’agriculture, fier de son initiative, avait lancé une campagne de publicité télévisée annonçant la fin de la crise en zone rurale. Il s’avéra simplement que le kit était vendu dix ou quinze fois la valeur. La « Commission de lutte contre la corruption » conclut à l’existence d’une collusion massive impliquant 47 fonctionnaires. Le vice-ministre de l’agriculture Wirach Ratanasate démissionna le 1er octobre 1998. Les 47 fonctionnaires furent sanctionnés par une baisse de salaire de 5 % pendant trois mois. Le ministre a déclaré l'affaire close mais l’escroquerie s’était élevée à environ ¼ million de bahts au détriment du Ministère. Naturellement aucun paysan n’avait été assez sot pour tomber dans le panneau et acheter cette poudre de perlimpinpin. La Commission refusa toujours de rouvrir le dossier.

 

 

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Le scandale des fournitures hospitalières

 

Rakkiat Sukhthana (รักเกียรติ สุขธนะ), ministre de la santé, fut « démissionné » le 15 septembre 1998 et quelques jours plus tard son vice-ministre Thirawat Sirivansat. Le premier avait reçu 5 millions de baths d’un laboratoire pharmaceutique pour forcer les hôpitaux dans 34 provinces à acheter des médicaments à des prix exorbitants, en général de deux à dix fois le prix du marché. Deux hauts fonctionnaires ont été déplacés et de nombreuses sanctions  prononcées. La Commission conclut sous la pression du public et de la presse qu'il y avait une corruption généralisée dans l'achat de fournitures médicales dans le Ministère de la santé publique impliquant de nombreux fonctionnaires mais qu’il n'y avait aucune preuve pour procéder pénalement contre toute personne impliquée, politiciens ou des fonctionnaires. Seul le secrétaire de Rakkiat fut emprisonné. Rakkiat prit la fuite. Les autorités purent saisir ses avoirs en 2002, dont une somme de 233 millions de baths en banque.

 

 

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Le scandale du barrage de Pak Mun

 

Situé en amont de l’embouchure de la rivière Mun qui se jette dans le Mékong dans la province d’Ubonrachathani, la construction du barrage a commencé en 1994 sous la direction de l’ « Electricity Generating Authority of Thailand ». Indépendamment de dégâts immenses au milieu naturel (faune et flore) et d’une apparente totale inutilité sur le plan pratique, deux écrivains connus, Pira Sutham (พีระ สุธรรม) que nous avons déjà rencontré et Nithi Iaosiwong (นิธิ เอียวศรีวงศ์) se sont élevés contre l'arrestation violente de 223 villageois, femmes, vieillards et enfants compris qui protestaient contre les travaux du barrage de Pak Mun. Pour Nithi « cette situation actuelle est pire que celle des événements de mai. Nous avons un gouvernement tyrannique qui est arrogant et irresponsable. Ceci est dangereux parce que le gouvernement se considère toujours comme légitime et prétend qu'il est démocratique. En fait, il est aussi brutal que le gouvernement militaire ». Nous le citons en lui laissant la responsabilité de cette affirmation.

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Le scandale du barrage Sinakharin à Kanchanaburi .

 

Le Sinagarin Dam (เขื่อนศรีนครินทร์) est situé dans la province de Kanchanaburi. Bien après sa construction on vit surgir trois luxueuses villas sur un terrain ayant vue magnifique sur le lac, mais aussi incontestablement propriété forestière. Mais la propriété des maisons reste un mystère total. Le nom de la fille du chef adjoint de l’administration forestière de la province a été parfois cité  ainsi que celui de l’épouse du ministre de l'Intérieur, le général Sanan Khachonprasat,  un « démissionné ».  (Dont nous avons parlé plus haut mais il n’y a aucune certitude dans tout cela). (14).

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Le scandale du soutien au cours du riz

 

Le gouvernement avait provisionné les meuneries pour acheter le riz aux paysans à des prix garantis. Certains meuniers ont gardé l’argent et conservé les stocks de riz qu’ils avaient acheté beaucoup plus tôt moins cher. Cette astuce s’est répandue dans le Nord-est avec l’aide de responsables locaux. La Presse a dévoilé le scandale mais aucune suite ne fut jamais donnée.

 

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Le scandale de l'aéroport

 

L'aéroport de décharge de Nong Ngu Hao (หนองงูเห่า) aurait tout simplement fait l’objet d’appels d’offres truqués. La Commission a pensé que le prix (6,8 milliards de baths) avait été largement surévalué, en laissant entendre qu’il y avait eu entente entre les entreprises soumissionnaires et implication de politiciens et de fonctionnaires.

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Le « Ya ba »

 

En 1998, le « Conseil de contrôle des stupéfiants » a déclaré publiquement qu'il savait que la participation de fonctionnaires a été un facteur majeur dans la distribution de Ya ba (ยา บ่า). Un peu plus tard, le ministre de la santé publique a annoncé détenir une liste de 871 fonctionnaires sous surveillance dont  386 de la police,  information qui fit l’objet d’une campagne d’information à la télévision. Entre janvier et juillet 1999, 108 fonctionnaires du gouvernement ont été arrêtés pour des délits de drogue, principalement aux fins de vente.

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LES « RIPOUX » ET LES MALFAISANTS

 

Nous en avons cité quelques-uns. Cette liste n’est probablement pas limitative.

 

Le retour d’un malfaisant

 

En mars 1999, Chuan nomme Thanom Kittikachorn (ถนอม กิตติขจร) au poste de commandant la garde royale d'honneur du roi Bhumibol Adulyadej, provoquant un tel tollé que celui-ci refuse sa nomination. Rappelons que Thanom fut l'un des « Trois Tyrans »  qui ont gouverné la Thaïlande de 1963 à 1973 et avait ordonné et peut-être participé au massacre des étudiants du 14 octobre 1973, après lequel il avait par le Roi été contraint à la démission et exilé. « Forgiven ? But not forgotten » titre le Bangkok Post (« Pardonner ? Mais pas oublier »).

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Les pourris

 

Suthep Thaugsuban (สุเทพ เทือกสุบรรณ), Ministre des Transports et des communications, avait par son intervention dans des transactions foncières illégales provoqué la chute du premier gouvernement Chuan (1). Nous le retrouvons dans une affaire d’extorsion de fonds dans  la mise en place d'une coopérative dans sa province méridionale de Surattani. Il échappe à la sanction de la Cour constitutionnelle en abandonnant ses fonctions électives et ministérielles.

 

Sanan Kajornprasat (สนั่น ขจร ประศาสน์), ministre de l'Intérieur, ainsi que 8 autres ministres du cabinet sont convaincus d’avoir sous-estimé leurs actifs déclarés. Par ailleurs en 2000 il est soupçonné de corruption. La « Commission nationale anti-corruption » a ouvert une enquête sur un prêt de 45 millions de baths qui lui aurait été consenti par une société et qui en fait n’était pas un prêt. Le 23 août, la Cour constitutionnelle pour l’ensemble de ces raisons l’interdit de politique pendant 5 ans. Mais curieusement, nous allons le retrouver lors des élections du 6 janvier 2001 en sixième position sur la liste du parti démocrate conduite par Chuan. Il est élu au bénéfice de la proportionnelle.

243 - LE SECOND GOUVERNEMENT DE CHUAN  LIKPAI (9 NOVEMBRE 1997 – 17 FÉVRIER 2001) : LE TEMPS DES SCANDALES.

Restons-en là. Nous voyons à la recrudescence de ces scandales plusieurs causes :

 

La crise économique a rendu les hommes d’affaire moins tolérants et les a incité à réduire leur budget de « pots de vin » plutôt que leurs marges bénéficiaires en mettant, si besoin était, « les pieds dans le plat ».

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La constitution de 1997 avec la création de ses contre-pouvoirs a généré beaucoup d’espoirs. Le scandale des fournitures hospitalières par exemple a été dénoncé par une association des médecins en milieu rural qui réussit à réunir les 50.000 signatures nécessaires à l’ouverture du dossier.

 

La presse a évolué progressivement depuis la censure des années 80 et a résisté à la dictature du début des années 90. Au demeurant elle a découvert que la croustillante dénonciation des scandales faisait de la vente et les médias électroniques sont devenus  plus indépendants et plus audacieux.

 

Enfin, le système démocratique permet aux partis politiques d'opposition de discréditer ceux qui sont au pouvoir en dénonçant leurs pratiques de corruption et vice versa d’ailleurs. Mais cependant, aucun d'entre eux n'a encore réussi à ce jour à conserver un visage sans la moindre tâche.

 

On peut être surpris que le gouvernement de Chuan qui a la réputation d'être personnellement très propre ait connu une telle intensité de scandales, mais il ne faut pas oublier qu’il est sous pression pour maintenir sa fragile coalition. S’il réussit à se débarrasser d'une partie scandaleuse, il reste accroché à d'autres. Chaque fois qu'un scandale éclate, il apparaît à la télévision et dit de sa voix douce que « tout sera pris en charge par la loi ».

 

C’est dans cette ambiance nauséabonde que sa fragile coalition va exploser et que le 9 novembre 2000 le Roi signe le décret de dissolution. Quelques jours auparavant, quatre des ministres avaient quitté le navire. Les élections de janvier ouvriront-elles une ère nouvelle avec le siècle ?

 

NOTES

 

(1) Voir notre article 239 « LE PREMIER GOUVERNEMENT DE CHUAN LIKPAÏ (23 SEPTEMBRE 1992 – 12 JUILLET 1995) ».

 

(2) Voir notre article 240 « LE GOUVERNEMENT DE BANHAN SINLAPA-ACHA. (13 JUILLET 1995 -24 NOVEMBRE 1996) ».

 

(3) Voir notre article 241 « LE GOUVERNEMENT DU GÉNÉRAL CHAWALIT YONGCHAIYUT (25 NOVEMBRE 1996 – 9 NOVEMBRE 1997)  ET LA GRAVE CRISE FINANCIÈRE ET ÉCONOMIQUE  DE 1997 ».

 

(4) Voir nos articles 242-1, 242-2 et 242-3 « LA « CONSTITUTION DU PEUPLE » DU 11 OCTOBRE 1997 ».

 

(5) Nous avons déjà parlé de lui : Proche cousin du Roi, en 1999, en compagnie de deux fonctionnaires de son ministère, il s’est offert à prendre la place de 82 otages pris à l'ambassade du Myanmar à Bangkok par des étudiants birmans armés. Tous les otages furent libérés sains et saufs, Boriphat accompagna les Birmans jusqu’à un hélicoptère pour qu'ils libèrent tous les otages.

 

(6) La liste en est fort longue, disponible sur le site officiel :

https://www.soc.go.th/eng/bb_main31.htm

 

(7) Il sera plus tard celui de Yingluck Shinawat. Voir le site officiel :

http://www.thaiembassy.sg/announcements/strategic-measures-for-the-country-rehabilitation

 

(8) Voir une bonne étude qui a l’avantage de ne pas être rédigée en langage cabalistique : Jestaz David Ernould  «  Nature, cause et conséquences de la crise asiatique », In: Politique étrangère, n°2 – 1998.

 

(9) On en discutera probablement encore dans 10 ans. Entre 1987 et février 2000, le Directeur général du F.M.I est Michel Camdessus, un énarque auparavant Gouverneur de la Banque de France. Libéral convaincu, il a donné un tournant particulièrement brutal au FMI, en imposant aux pays les plus pauvres des mesures de privatisations ou de réductions des dépenses publique d’éducation et de santé en échange de prêts aux pays concernés, aggravant des crises existantes ou menant ces pays à des crises sans précédent. Il préconisera l’introduction du secteur privé dans les secteurs détenus puissances publiques. « Cet ex-maître à penser du FMI a pour particularité d’être un expert qui se trompe tout le temps.  Là où M. Camdessus est passé, les économies émergentes ont trépassé. Il a même dû démissionner de la direction de l’institution internationale, le 14 février 2000, un an avant la fin de son mandat, en raison des contestations de sa politique ultralibérale. En treize ans de règne sur le FMI, il a pu appliquer son programme. Résultat : une dizaine de crises financières majeures. A chaque fois, les solutions imposées ont aggravé les crises… » (« Le monde diplomatique », janvier 2005 « Les fourberies de M. Camdessus ».

243 - LE SECOND GOUVERNEMENT DE CHUAN  LIKPAI (9 NOVEMBRE 1997 – 17 FÉVRIER 2001) : LE TEMPS DES SCANDALES.

Les experts se déchirent encore et toujours à belles dents pour savoir quelles sont les raisons qui ont permis aux Etats-Unis de sortir de la crise de 1929.

 

(10) Elle se présente sur son site Internet comme suit : « Nous sommes un organisme sans but lucratif basé en Thaïlande qui travaille à faire en sorte que des transformations économiquement rationnelles et durables se produisent dans le secteur énergétique de la région sans porter atteinte à la justice sociale et à l’environnement » (http://www.palangthai.org/docs/PalangThai1-page.pdf)

243 - LE SECOND GOUVERNEMENT DE CHUAN  LIKPAI (9 NOVEMBRE 1997 – 17 FÉVRIER 2001) : LE TEMPS DES SCANDALES.

(11) « Autrefois crocodile sans dents, elle est devenue un crocodile qui a des dents pour mordre ».

 

(12) Voir la synthèse de Madame Pasuk Phongpaichit : « Corruption : Is There any Hope at all » in « Paper for Prajadhipok Institute Workshop on Governance », Pattaya, novembre 1999.

 

(13) On n’est trahi que par les siens. L’affaire est déclenchée par la femme d'un fonctionnaire forestier (Prawat Thanadka) qui va déclarer à la police qu’un homme s’était présenté la veille à leur domicile  et alors qu’elle était dans sa cuisine avait laissé dans un carton une somme de 5 millions de baths. Elle ne l’avait pas regardé et ne pourrait le reconnaître mais le chef de la police locale, le Major Général Wisuth Suwannasuth, déclara avoir des doutes, dit-il à la presse. Madame Prawat ajoutait que lorsque son mari était revenu de son travail, il avait ouvert la boîte et trouvé l’argent. L’affaire remonte au ministère de l’intérieur. Le directeur du département des affaires criminelles, Chanasak Yuwabun, affirme que toute la lumière sera faite et que nul ne sera épargné. Il refuse toutefois de répondre à la question d’un journaliste pour savoir si le gouverneur de la province, Pakdi Chompuming serait interrogé. Celui-ci affirma toutefois que ni lui ni ses collaborateurs n’était concernés. Chanasak rencontra alors le premier ministre qui décida le 28 février 1991 de faire établir un état des dégâts pendant que le gouverneur continuait à protester de son innocence. On trouva encore sur place 10.000 troncs de teck abattus. Le mécanisme était simple : les bucherons opéraient sur les rives du fleuve et déclaraient avoir importé légalement du bois de Birmanie, documents justificatifs à l’appui. L’enquête démontre que l’opération avait commencé en 1997 et que 20.000 arbres avaient été abattus. Des documents compromettant sont découverts dans le bureau du parti démocrate à Phichit. Chuan transmet alors le dossier à son ministre des affaires étrangères puisque tout laisse à penser qu’il y avait des implications de l’autre côté du fleuve. C’est Sukhumphan Boriphat qui va négocier à Rangoon où l’on considère qu’il s’agit d’une affaire intérieure à la Thaïlande. On saura toutefois que les bucherons clandestins sont des Karens venus de Birmanie et travaillaient pour trois importantes sociétés thaïes. En conclusion, Winai Panitchayanuban le fonctionnaire des eaux et Forêts qui avait payé le pourboire de 5 millions fut condamné à deux ans de prison, fit appel mais le verdict fut confirmé et il fut arrêté en juillet.  Prawat  fut condamné à cinq ans de prison mais mourut peu après le verdict. Le montant des préjudices a été évalué à 180 millions de baths.

 

(14) D'ailleurs, ce scandale fit boule de neige. Sur la route d’accès au barrage, 2 ou 3.000 autres parcelles furent lotis sur un terrain forestier, certaines étaient censées être la réinstallation des villageois déplacés. Mais on y trouverait beaucoup de très grands noms de Bangkok ou d’ailleurs. Les mêmes constatations ont été effectuées aux environs de réservoir de Khao Laem (เขื่อนเขาแหลม), toujours dans la même province et encore dans un parc national aux environs de Ranong mais tout cela ne parait pas avoir donné lieu à enquête ?

 

L’ÉQUIPE

 

Chuan ne bénéficie pas d’une onction électorale directe mais se trouve toutefois une majorité, avec toujours et encore une coalition hétéroclite sinon contre nature, entre les 123 députés de son parti, avec ceux du  Prachakon Thai (พรรคประชากรไทย - Thai Citizen Party) de Samak Sundaravet (สมัคร สุนทรเวช) qui a changé de camp et le Chat Pattana Party (พรรคชาติพัฒนา - National Development Party) de Wannarat Channukul (วรรณรัตน์ ชาญนุกูล). 123 + 18 + 52 = 193 et quelques défections qui lui assurent une majorité fragile mais le compte est bon  (393 députés, majorité 197).

 

Un décret royal le désigne donc comme premier ministre le 14 novembre 1997. Nous savons (4) que la nouvelle constitution (article 201) limite le nombre des ministres à 35 (trois douzaines en comprenant le premier) mais elle prévoit aussi (articles 314 à 336) de très longues dispositions transitoires et celle-ci n’est pas d’application immédiate. Chuan va donc en profiter pour former le même jour un cabinet de 47 ministres, lui-même se réservant la défense.

 

C’est un gouvernement de techniciens ; ils sont tous bardés de diplômes obtenus dans les plus prestigieuses des universités anglaises ou américaines. Son premier vice-premier ministre est Phichit Rattakun (พิจิตต รัตตกุล), à tout seigneur, tout honneur, puissant homme d’affaires, il est gouverneur de Bangkok, ville ayant donné au parti de Chuan 38 de ses 123 députés. Son second vice-premier ministre est Supphachai Phanitphak (ศุภชัย พานิชภักดิ์), à la tête de la Thaï military bank  (ธนาคารทหารไทย) qui devint en 1999 président de l’Organisation mondiale du commerce (O. M.C. World Trade Organization) et auteur prolifique d’ouvrages d’économie politique. Les affaires étrangères sont confiées à Surin Pitsuwan (สุรินทร์ พิศสุวรรณ). Son vice-ministre est le très médiatique Sukhumphan Boriphat (สุขุมพันธุ์ บริพัตร) tout aussi bardé de diplômes que les précédents, la seule altesse royale du cabinet (5). L’intérieur enfin revint à un militaire, le seul du gouvernment, le général Sanan Khachonprasat (สนั่น ขจรประศาสน์) formé dans les prestigieuses académies américaines. « Démissionné » le 11 avril 2000 à la suite d’une affaire de corruption dont nous reparlerons, il fut remplacé, un choix curieux, par Sontaya Kunpluem (สนธยา คุณปลื้ม), tout jeune fils de Somchai Khunpluem, (สมชาย คุณปลื้ม), parrain de Chonburi  connu sous le nom de Kamnan Po (กำนัน เป๊าะ – « chef de village Po ») qui sombrera en  2004 dans une sombre affaire de meurtre et de corruption. Mais à cette date il est à la tête d’affaires énormes et règne en maître sur la politique de sa région. Notons la présence, comme Ministre de l’éducation, de Chumpon Sinlapa-Acha (ชุมพล ศิลปอาชา), jeune universitaire, frère de Banhan Sinlapa-Acham, qui démissionnera le 1er octobre 1998. Notons enfin que son vice-ministre Somsak Pritsanananthakun (สมศักดิ์ ปริศนานันทกุล) sombrera dix ans plus tard sur un question d’enrichissement illicite commis lorsqu’il était ministre.

***

Mais indépendamment de ces changements nécessités par les circonstances, ce gouvernement n’a, pour les remaniements, rien à envier à son prédécesseur : septembre et octobre 1998, quatre démissions (forcées ou de convenance ?) ; Le 4 octobre 1998, 7 démissions ; Le 5 octobre, 17 désignations ou mutations ; Entre janvier et juin 1999, encore 6 démissions ; En juillet 1999, 8 démissions volontaires ou provoquées et 11 désignations de nouveaux. Nous relevons la désignation d’une femme (enfin !) comme ministre de l’éducation, la ravissante Kanchana Sinlapa-Acha (กาญจนา ศิลปะอาชา) fille de Banhan Sinlapa-Acham, toujours défenseur ardente de la protection de la nature. En mars et avril 2000, en sus de l’éviction de Sanan Khachonprasat, encore 7 changements. En juin 2000, deux démissions et 4 désignations ; En septembre, une démission et 7 changements.

Il est difficile dans cette « valse à mille temps » de faire la part du feu : des démissions par conviction ? Pourquoi pas ? Des démissions forcées ? C’est certain. Mais tous les scandales qui ont pu les susciter n’ont pas forcément laissé de traces ou tout au moins de traces auxquelles nous ayons eu accès. Par ailleurs, des démissions « forcées » ont pu entraîner des sanctions judiciaires, par exemple l’interdiction temporaire d’exercer à temps une activité politique. Certains ont payé leur dette, nous les retrouvons dans la vie politique actuelle, est-il séant de rappeler des péchés de jeunesse oubliés depuis 15 ou 20 ans ? Dernière hypothèse enfin, peut-être est-elle la plus plausible compte tenu des circonstances de l’époque, les rats quittent le navire. Tel fut le cas en particulier de Supachai Panitchpak (ศุภชัย พานิชภักดิ์) ministre du commerce et de l’industrie.

LE PROGRAMME

La déclaration de politique générale est livrée au Parlement le jeudi 20 Novembre 1997.

Après les sempiternelles et pieuses introductions, une première partie est consacré aux généralités : un premier chapitre intitulé « réformes politiques » consiste essentiellement à prévoir une amélioration des nouvelles institutions créés ou modifiés par la constitution de 1997 notamment au niveau de la lutte contre la corruption et à organiser une « réforme de l’administration » dans le sens de l’amélioration de la protection des libertés publiques.

Le second chapitre est consacré à la « politique sécuritaire » par un soutien sans failli à l’armée et à la police et un troisième à la « politique étrangère » dans lequel nous ne lisons rien d’original.

La seconde partie concerne la « politique de développement économique et social ». Il importe en effet de parer aux conséquences de la crise à la fois à court terme et à moyen terme. Pour le court terme, l’essentiel est de permettre au pays de retrouver sa stabilité financière et de réduire l’impact économique de la crise. Pour le moyen terme, les mesures envisagées « visent à apporter une amélioration continue et la restauration de l'économie thaïlandaise avec retour à la normale dans un délai raisonnable » (6). On peut penser qu’elles sont l’œuvre de Wiraphong  Ramangkun  (วีรพงษ์ รามางกูร), le conseiller de Chuan Lipkai en matière économique (7) qui fut très brièvement ministre des finances de Chunawan du 26 août au 9 décembre 1990.

SUR LE TERRAIN

Les réformes économiques ont été sévèrement critiquées et qualifiées de « bitter medicine » (« médecine amère ») pour n’avoir apporté que peu de soulagement à l’économie dans les années qui ont suivi la crise de 1997, en particulier au niveau local. Certes, le produit intérieur brut retrouve sa croissance en 1999 mais au profit de qui ? Le niveau du PIB de 1996 ne sera d’ailleurs retrouvé qu’en 2002. En 2000, 28 % pour cent de la population est encore classée comme en dssous du seuil de pauvreté contre seulement 7 % dans le centre : le revenu moyen annuel par habitant  était de 26.317 baths contre 208.434 à Bangkok. Les opinons sont largement divergentes, et une partie de l’opinion éclairée (ou prétendue telle) accuse le gouvernement de n’avoir aidé que les grandes institutions financières et d’avoir rendu le pays encore plus dépendant des investisseurs étrangers au profit duquel il l’aurait hypothéqué, et met en doute l’efficacité des mesures préconisées par le FMI (8). Ne nous livrons pas – nous n’en avons guère les compétences – à de doctes considérations sur les raisons qui ont permis au pays de sortir de la crise (9). Toujours est-il qu’en mai 1998, l’organisation « Palang thai » (พลังไท) qui n’est pas un parti politique (10) annonce qu’elle va joindre ses forces à « telecommunications tycoon Thaksin Shinawat » pour former un nouveau parti politique au sang nouveau. Thaksin ajoute qu’il ne sera pas un feu de paille et peint les démocrates comme manifestant un mépris souverain pour la « Thaïlande d’en bas ».

LES SCANDALES

Alors que son premier gouvernement fit les frais d’énormes scandales de corruption (1), celui-ci ne fera pas mieux. Il est d’ailleurs permis de penser que les pouvoirs plus étendus de la « Commission de lutte contre la corruption » par rapport à l’ancienne (11) ont contribué pour beaucoup à ce déballage (12).

Le scandale du parc national de la Salouen

Il éclate en février 1998. Probablement entre 15 et 20.000 tecks géants ont été abattus illégalement dans le parc national de la Salouen (อุทยานแห่งชาติสาละวิน) situé dans la province de Mae Hong Son. Véritable sanctuaire de plus de 720 kilomètres carrés abritant des espèces animales et végétales rarissimes, le parc a été ravagé par ces coupes clandestines massives (un tiers au moins des tecks) mettant en cause des fonctionnaires locaux et le bureau au parti démocrate de  Phichit (13).

Le scandale des semences

On est presque dans le domaine de la farce. Elle est née dans la province de Yasothon. Le ministère de l’agriculture proposait aux paysans hilares des paquets contenant des semences soigneusement emballées accompagnés d’un livret explicatif. La seule réaction paysanne fut des hurlements de rire, comme s’il fallait des explications du ministre pour apprendre comment faire pousser tomates, piments, courges, maïs, papaye et qu’il faille un kit pour cela. Pourtant le ministère de l’agriculture, fier de son initiative, avait lancé une campagne de publicité télévisée annonçant la fin de la crise en zone rurale. Il s’avéra simplement que le kit était vendu dix ou quinze fois la valeur. La « Commission de lutte contre la corruption » conclut à l’existence d’une collusion massive impliquant 47 fonctionnaires. Le vice-ministre de l’agriculture Wirach Ratanasate démissionna le 1er octobre 1998. Les 47 fonctionnaires furent sanctionnés par une baisse de salaire de 5 % pendant trois mois. Le ministre a déclaré l'affaire close mais l’escroquerie s’était élevée à environ ¼ million de bahts au détriment du Ministère. Naturellement aucun paysan n’avait été assez sot pour tomber dans le panneau et acheter cette poudre de perlimpinpin. La Commission refusa toujours de rouvrir le dossier.

Le scandale des fournitures hospitalières

Rakkiat Sukhthana (รักเกียรติ สุขธนะ), ministre de la santé, fut « démissionné » le 15 septembre 1998 et quelques jours plus tard son vice-ministre Thirawat Sirivansat. Le premier avait reçu 5 millions de baths d’un laboratoire pharmaceutique pour forcer les hôpitaux dans 34 provinces à acheter des médicaments à des prix exorbitants, en général de deux à dix fois le prix du marché. Deux hauts fonctionnaires ont été déplacés et de nombreuses sanctions  prononcées. La Commission conclut sous la pression du public et de la presse qu'il y avait une corruption généralisée dans l'achat de fournitures médicales dans le Ministère de la santé publique impliquant de nombreux fonctionnaires mais qu’il n'y avait aucune preuve pour procéder pénalement contre toute personne impliquée, politiciens ou des fonctionnaires. Seul le secrétaire de Rakkiat fut emprisonné. Rakkiat prit la fuite. Les autorités purent saisir ses avoirs en 2002, dont une somme de 233 millions de baths en banque.

Le scandale du barrage de Pak Mun

Situé en amont de l’embouchure de la rivière Mun qui se jette dans le Mékong dans la province d’Ubonrachathani, la construction du barrage a commencé en 1994 sous la direction de l’ « Electricity Generating Authority of Thailand ». Indépendamment de dégâts immenses au milieu naturel (faune et flore) et d’une apparente totale inutilité sur le plan pratique, deux écrivains connus, Pira Sutham (พีระ สุธรรม) que nous avons déjà rencontré et Nithi Iaosiwong (นิธิ เอียวศรีวงศ์) se sont élevés contre l'arrestation violente de 223 villageois, femmes, vieillards et enfants compris qui protestaient contre les travaux du barrage de Pak Mun. Pour Nithi « cette situation actuelle est pire que celle des événements de mai. Nous avons un gouvernement tyrannique qui est arrogant et irresponsable. Ceci est dangereux parce que le gouvernement se considère toujours comme légitime et prétend qu'il est démocratique. En fait, il est aussi brutal que le gouvernement militaire ». Nous le citons en lui laissant la responsabilité de cette affirmation.

 

Le scandale du barrage Sinakharin à Kanchanaburi .

Le Sinagarin Dam (เขื่อนศรีนครินทร์) est situé dans la province de Kanchanaburi. Bien après sa construction on vit surgir trois luxueuses villas sur un terrain ayant vue magnifique sur le lac, mais aussi incontestablement propriété forestière. Mais la propriété des maisons reste un mystère total. Le nom de la fille du chef adjoint de l’administration forestière de la province a été parfois cité  ainsi que celui de l’épouse du ministre de l'Intérieur, le général Sanan Khachonprasat,  un « démissionné ».  (Dont nous avons parlé plus haut mais il n’y a aucune certitude dans tout cela). (14).

Le scandale du soutien au cours du riz

Le gouvernement avait provisionné les meuneries pour acheter le riz aux paysans à des prix garantis. Certains meuniers ont gardé l’argent et conservé les stocks de riz qu’ils avaient acheté beaucoup plus tôt moins cher. Cette astuce s’est répandue dans le Nord-est avec l’aide de responsables locaux. La Presse a dévoilé le scandale mais aucune suite ne fut jamais donnée.

Le scandale de l’aéroport

L'aéroport de décharge de Nong Ngu Hao (หนองงูเห่า) aurait tout simplement fait l’objet d’appels d’offres truqués. La Commission a pensé que le prix (6,8 milliards de baths) avait été largement surévalué, en laissant entendre qu’il y avait eu entente entre les entreprises soumissionnaires et implication de politiciens et de fonctionnaires.

Le « Ya ba »

En 1998, le « Conseil de contrôle des stupéfiants » a déclaré publiquement qu'il savait que la participation de fonctionnaires a été un facteur majeur dans la distribution de Ya ba (ยา บ่า). Un peu plus tard, le ministre de la santé publique a annoncé détenir une liste de 871 fonctionnaires sous surveillance dont  386 de la police,  information qui fit l’objet d’une campagne d’information à la télévision. Entre janvier et juillet 1999, 108 fonctionnaires du gouvernement ont été arrêtés pour des délits de drogue, principalement aux fins de vente.

LES « RIPOUX » ET LES MALFAISANTS

Nous en avons cité quelques-uns. Cette liste n’est probablement pas limitative.

Le retour d’un malfaisant

En mars 1999, Chuan nomme Thanom Kittikachorn (ถนอม กิตติขจร) au poste de commandant la garde royale d'honneur du roi Bhumibol Adulyadej, provoquant un tel tollé que celui-ci refuse sa nomination. Rappelons que Thanom fut l'un des « Trois Tyrans »  qui ont gouverné la Thaïlande de 1963 à 1973 et avait ordonné et peut-être participé au massacre des étudiants du 14 octobre 1973, après lequel il avait par le Roi été contraint à la démission et exilé. « Forgiven ? But not forgotten » titre le Bangkok Post (« Pardonner ? Mais pas oublier »).

Les pourris

Suthep Thaugsuban (สุเทพ เทือกสุบรรณ), Ministre des Transports et des communications, avait par son intervention dans des transactions foncières illégales provoqué la chute du premier gouvernement Chuan (1). Nous le retrouvons dans une affaire d’extorsion de fonds dans  la mise en place d'une coopérative dans sa province méridionale de Surattani. Il échappe à la sanction de la Cour constitutionnelle en abandonnant ses fonctions électives et ministérielles.

Sanan Kajornprasat (สนั่น ขจร ประศาสน์), ministre de l'Intérieur, ainsi que 8 autres ministres du cabinet sont convaincus d’avoir sous-estimé leurs actifs déclarés. Par ailleurs en 2000 il est soupçonné de corruption. La « Commission nationale anti-corruption » a ouvert une enquête sur un prêt de 45 millions de baths qui lui aurait été consenti par une société et qui en fait n’était pas un prêt. Le 23 août, la Cour constitutionnelle pour l’ensemble de ces raisons l’interdit de politique pendant 5 ans. Mais curieusement, nous allons le retrouver lors des élections du 6 janvier 2001 en sixième position sur la liste du parti démocrate conduite par Chuan. Il est élu au bénéfice de la proportionnelle.

***

 

Restons-en là. Nous voyons à la recrudescence de ces scandales plusieurs causes :

La crise économique a rendu les hommes d’affaire moins tolérants et les a incité à réduire leur budget de « pots de vin » plutôt que leurs marges bénéficiaires en mettant, si besoin était, « les pieds dans le plat ».

La constitution de 1997 avec la création de ses contre-pouvoirs a généré beaucoup d’espoirs. Le scandale des fournitures hospitalières par exemple a été dénoncé par une association des médecins en milieu rural qui réussit à réunir les 50.000 signatures nécessaires à l’ouverture du dossier.

La presse a évolué progressivement depuis la censure des années 80 et a résisté à la dictature du début des années 90. Au demeurant elle a découvert que la croustillante dénonciation des scandales faisait de la vente et les médias électroniques sont devenus  plus indépendants et plus audacieux.

Enfin, le système démocratique permet aux partis politiques d'opposition de discréditer ceux qui sont au pouvoir en dénonçant leurs pratiques de corruption et vice versa d’ailleurs. Mais cependant, aucun d'entre eux n'a encore réussi à ce jour à conserver un visage sans la moindre tâche.

On peut être surpris que le gouvernement de Chuan qui a la réputation d'être personnellement très propre ait connu une telle intensité de scandales, mais il ne faut pas oublier qu’il est sous pression pour maintenir sa fragile coalition. S’il réussit à se débarrasser d'une partie scandaleuse, il reste accroché à d'autres. Chaque fois qu'un scandale éclate, il apparaît à la télévision et dit de sa voix douce que « tout sera pris en charge par la loi ».

***

C’est dans cette ambiance nauséabonde que sa fragile coalition va exploser et que le 9 novembre 2000 le Roi signe le décret de dissolution. Quelques jours auparavant, quatre des ministres avaient quitté le navire. Les élections de janvier ouvriront-elles une ère nouvelle avec le siècle ?

NOTES

(1) Voir notre article 239 « LE PREMIER GOUVERNEMENT DE CHUAN LIKPAÏ (23 SEPTEMBRE 1992 – 12 JUILLET 1995) ».

(2) Voir notre article 240 « LE GOUVERNEMENT DE BANHAN SINLAPA-ACHA. (13 JUILLET 1995 -24 NOVEMBRE 1996) ».

(3) Voir notre article 241 « LE GOUVERNEMENT DU GÉNÉRAL CHAWALIT YONGCHAIYUT (25 NOVEMBRE 1996 – 9 NOVEMBRE 1997)  ET LA GRAVE CRISE FINANCIÈRE ET ÉCONOMIQUE  DE 1997 ».

(4) Voir nos articles 242-1, 242-2 et 242-3 « LA « CONSTITUTION DU PEUPLE » DU 11 OCTOBRE 1997 ».

(5) Nous avons déjà parlé de lui : Proche cousin du Roi, en 1999, en compagnie de deux fonctionnaires de son ministère, il s’est offert à prendre la place de 82 otages pris à l'ambassade du Myanmar à Bangkok par des étudiants birmans armés. Tous les otages furent libérés sains et saufs, Boriphat accompagna les Birmans jusqu’à un hélicoptère pour qu'ils libèrent tous les otages.

(6) La liste en est fort longue, disponible sur le site officiel :

https://www.soc.go.th/eng/bb_main31.htm

(7) Il sera plus tard celui de Yingluck Shinawat. Voir le site officiel :

http://www.thaiembassy.sg/announcements/strategic-measures-for-the-country-rehabilitation

(8) Voir une bonne étude qui a l’avantage de ne pas être rédigée en langage cabalistique : Jestaz David Ernould  «  Nature, cause et conséquences de la crise asiatique », In: Politique étrangère, n°2 – 1998.

(9) On en discutera probablement encore dans 10 ans. Entre 1987 et février 2000, le Directeur général du F.M.I est Michel Camdessus, un énarque auparavant Gouverneur de la Banque de France. Libéral convaincu, il a donné un tournant particulièrement brutal au FMI, en imposant aux pays les plus pauvres des mesures de privatisations ou de réductions des dépenses publique d’éducation et de santé en échange de prêts aux pays concernés, aggravant des crises existantes ou menant ces pays à des crises sans précédent. Il préconisera l’introduction du secteur privé dans les secteurs détenus puissances publiques. « Cet ex-maître à penser du FMI a pour particularité d’être un expert qui se trompe tout le temps.  Là où M. Camdessus est passé, les économies émergentes ont trépassé. Il a même dû démissionner de la direction de l’institution internationale, le 14 février 2000, un an avant la fin de son mandat, en raison des contestations de sa politique ultralibérale. En treize ans de règne sur le FMI, il a pu appliquer son programme. Résultat : une dizaine de crises financières majeures. A chaque fois, les solutions imposées ont aggravé les crises… » (« Le monde diplomatique », janvier 2005 « Les fourberies de M. Camdessus ».

Les experts se déchirent encore et toujours à belles dents pour savoir quelles sont les raisons qui ont permis aux Etats-Unis de sortir de la crise de 1929.

(10) Elle se présente sur son site Internet comme suit : « Nous sommes un organisme sans but lucratif basé en Thaïlande qui travaille à faire en sorte que des transformations économiquement rationnelles et durables se produisent dans le secteur énergétique de la région sans porter atteinte à la justice sociale et à l’environnement » (http://www.palangthai.org/docs/PalangThai1-page.pdf)

(11) « Autrefois crocodile sans dents, elle est devenue un crocodile qui a des dents pour mordre ».

(12) Voir la synthèse de Madame Pasuk Phongpaichit : « Corruption : Is There any Hope at all » in « Paper for Prajadhipok Institute Workshop on Governance », Pattaya, novembre 1999.

(13) On n’est trahi que par les siens. L’affaire est déclenchée par la femme d'un fonctionnaire forestier (Prawat Thanadka) qui va déclarer à la police qu’un homme s’était présenté la veille à leur domicile  et alors qu’elle était dans sa cuisine avait laissé dans un carton une somme de 5 millions de baths. Elle ne l’avait pas regardé et ne pourrait le reconnaître mais le chef de la police locale, le Major Général Wisuth Suwannasuth, déclara avoir des doutes, dit-il à la presse. Madame Prawat ajoutait que lorsque son mari était revenu de son travail, il avait ouvert la boîte et trouvé l’argent. L’affaire remonte au ministère de l’intérieur. Le directeur du département des affaires criminelles, Chanasak Yuwabun, affirme que toute la lumière sera faite et que nul ne sera épargné. Il refuse toutefois de répondre à la question d’un journaliste pour savoir si le gouverneur de la province, Pakdi Chompuming serait interrogé. Celui-ci affirma toutefois que ni lui ni ses collaborateurs n’était concernés. Chanasak rencontra alors le premier ministre qui décida le 28 février 1991 de faire établir un état des dégâts pendant que le gouverneur continuait à protester de son innocence. On trouva encore sur place 10.000 troncs de teck abattus. Le mécanisme était simple : les bucherons opéraient sur les rives du fleuve et déclaraient avoir importé légalement du bois de Birmanie, documents justificatifs à l’appui. L’enquête démontre que l’opération avait commencé en 1997 et que 20.000 arbres avaient été abattus. Des documents compromettant sont découverts dans le bureau du parti démocrate à Phichit. Chuan transmet alors le dossier à son ministre des affaires étrangères puisque tout laisse à penser qu’il y avait des implications de l’autre côté du fleuve. C’est Sukhumphan Boriphat qui va négocier à Rangoon où l’on considère qu’il s’agit d’une affaire intérieure à la Thaïlande. On saura toutefois que les bucherons clandestins sont des Karens venus de Birmanie et travaillaient pour trois importantes sociétés thaïes. En conclusion, Winai Panitchayanuban le fonctionnaire des eaux et Forêts qui avait payé le pourboire de 5 millions fut condamné à deux ans de prison, fit appel mais le verdict fut confirmé et il fut arrêté en juillet.  Prawat  fut condamné à cinq ans de prison mais mourut peu après le verdict. Le montant des préjudices a été évalué à 180 millions de baths.

 

(14) D'ailleurs, ce scandale fit boule de neige. Sur la route d’accès au barrage, 2 ou 3.000 autres parcelles furent lotis sur un terrain forestier, certaines étaient censées être la réinstallation des villageois déplacés. Mais on y trouverait beaucoup de très grands noms de Bangkok ou d’ailleurs. Les mêmes constatations ont été effectuées aux environs de réservoir de Khao Laem (เขื่อนเขาแหลม), toujours dans la même province et encore dans un parc national aux environs de Ranong mais tout cela ne parait pas avoir donné lieu à enquête ?

 

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