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  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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4 septembre 2016 7 04 /09 /septembre /2016 01:26
A  219 -  QUE PENSER DU RÉFÉRENDUM DU 7 AOÛT 2016 ?

Le dimanche 7 août, les Thaïs ont été appelés aux urnes pour répondre par voie de référendum à une double question. On ne pouvait évidemment pas s’attendre à ce qui est ici un évènement majeur fasse la « une » de la presse francophone d’information ou d’opinion (pour autant qu’il en reste une) et encore moins celle de « La Provence » ou de « La dépêche du midi ». Mais lorsque près de 30 millions d’électeurs se pressent dans les bureaux de vote, nous pouvions nous attendre à ce que la presse francophone locale se livre à la fois un examen un peu sérieux de l’environnement, du texte soumis au scrutin et de ses résultats. Las !

A  219 -  QUE PENSER DU RÉFÉRENDUM DU 7 AOÛT 2016 ?

Nous avons lu quelques observations sur le projet de constitution qui n’était pas un secret (1), elles frisaient le néant. Nous avons, au fil de nos lectures, relevé quelques bourdes qui relèvent ou de la mauvaise foi ou de l’incompétence ou des deux à la fois. Nous n’avons pas à prendre parti, « invités » dans un pays qui n’est pas sur le point de nous accorder le droit de vote mais avons souhaité apporter quelques informations que vous ne trouverez probablement pas toutes ailleurs, au vu de ce que nous avons lu et analysé en tout sérénité dans la presse locale (2).

 

Quelques précisions nécessaires.

 

La constitution de 1997 (3) prévoyait que la chambre haute, le Sénat, était élu au suffrage universel direct sur un certain nombre de critères (âge, qualification, honorabilité, etc…) repris à peu près intégralement par le projet, tout allégeance à un parti politique (comme en 1997) étant prohibé. Ce n’est plus le cas puisque les sénateurs seront nommés.

A  219 -  QUE PENSER DU RÉFÉRENDUM DU 7 AOÛT 2016 ?
C’est un recul, certes, il fallait évidemment le souligner mais là où il faut s’irriter, c’est lorsque des organes de presse que l’on pouvait croire sérieux affirment que les deux cent membres de la haut-assemblée seront désignés « par la Junte ». On croit rêver. Sept articles du projet (107 à 113) concernent le Sénat. Ils précisent que la désignation se fait par « décret royal ». Est-il nécessaire d’en dire plus ? Le Roi prend ses décisions avec l’aide éventuelle de son conseil privé qui est toujours en place. On ne peut à priori – à peine de faire un procès d’intention -  le soupçonner de devenir l’homme-lige du « National Council for Peace and Order » (คณะรักษาความสงบแห่งชาติ). 
A  219 -  QUE PENSER DU RÉFÉRENDUM DU 7 AOÛT 2016 ?
Quant aux cinq-cents membres de la chambre des représentants, ils seront élus sur une procédure similaire à celle de la constitution de 1997 : trois cent cinquante au scrutin uninominal par circonscription, et cent cinquante sur un scrutin proportionnel sur une liste nationale présentée par les partis.

 

Une observation nous a également étonnés : « Le projet est trop long pour être compris par l’électeur ».

 

Il comporte effectivement 279 articles, 137 pages dans notre exemplaire : l’électeur qui est donc présumé un être inculte ne l’aura probablement pas lu ? (Nous, si !). Or, la constitution de 1997, « modèle de démocratie » qui a prétendument été soumise à une « vaste consultation des populations » et ensuite votée par les élus et les sénateurs (alors désignés par le Roi) d’une façon presque unanime comporte 336 articles,  est démocratique, et celle qui en comporte 279 ne l’est pas ? L’argument est grotesque.

A  219 -  QUE PENSER DU RÉFÉRENDUM DU 7 AOÛT 2016 ?

 

Il est permis de supposer que de nombreux électeurs n’ont probablement pas lu le texte mais ils ont tous reçu une petite brochure en 12 pages qui nous semble une excellente synthèse même si on n’en apprécie pas forcément les termes puisqu’elle est évidemment « orientée ». Ce qui est consternant, c’est de lire de doctes considérations tombées de la plume de personnes qui n’ont de toute évidence pas pris le soin de lire le projet.

A  219 -  QUE PENSER DU RÉFÉRENDUM DU 7 AOÛT 2016 ?

Une critique encore démontre tout autant de mauvaise foi que d’incompétence : Point n’est besoin, dit le texte, d’être élu pour devenir Premier Ministre ou Ministre ?

 

Voilà qui serait un outrage à la démocratie ? Et alors ? Où se situe l’atteinte à la démocratie ? Cette disposition n’est pas – sauf erreur de notre part – une nouveauté dans la constitution numéro X. Ceci dit, que l’on y voit le désir caché du chef de la junte de devenir premier ministre vient directement à l’esprit mais nous ne pouvons pas anticiper. Cela relève d’une question aussi vieille qu’il existe des théoriciens du droit constitutionnel depuis avant même Montesquieu et n’a strictement rien à voir avec le caractère « démocratique » du pacte constitutionnel dans la mesure où, élu ou pas, le ministre reste responsable devant les chambres (4).

 

Notons enfin, ce qui est au minimum, une insuffisance dans l’information : le référendum ne comportait pas une seule question, mais deux, la première était tout simplement l’approbation du texte. La seconde n’était pas innocente puisqu’il s’agissait tout simplement de répondre à la question de savoir si les sénateurs nommés devaient dans certaines situations prendre part au choix du premier ministre. Il suffit pour en être convaincu de son importance de constater que les réponses favorables à la deuxième question sont très sensiblement moins nombreuses qu’à la première.

A  219 -  QUE PENSER DU RÉFÉRENDUM DU 7 AOÛT 2016 ?

La campagne électorale

 

Elle a effectivement été interdite, atteinte évident à une saine conception de la démocratie mais il ne faut pas non plus sous-estimer l’esprit critique des Thaïs et l’importance considérable des réseaux sociaux. Que pèsent les 150.000 lecteurs de nos deux quotidiens anglophones ou le petit million de ceux qui préfèrent le « Thai Rath » par rapport aux 2 436 211 « j’aime » du site de Thaksin et aux 2 377 765 de celui d’Abhisit ? Et encore, nous ne sommes pas allés approfondir leurs comptes « Twiter » ou « Linked-in ». Il ne semble pas qu’ils soient restés inactifs, bien au contraire. D’ailleurs, deux voix se sont élevées, celle de Yingluk qui a appelé les électeurs à participer au scrutin sans donner de consignes mais en pensant tout fort et celle d’Abhisit appelant curieusement à voter « non ». Même les électeurs de Bangkok, une base de soutien importante pour lui, ne l’ont pas suivi et ont massivement exprimé leur soutien au projet : plus de 1 500 000 contre moins de 400 000, de quoi selon le « Post » faire vaciller son étoile et faire pâlir son avenir politique. Le général Prayut pour sa part a – évidemment – annoncé, mais très tardivement, deux jours avant – qu’il voterait un double « oui ». Y eut-il des pressions ?

A  219 -  QUE PENSER DU RÉFÉRENDUM DU 7 AOÛT 2016 ?

On peut évidemment le supposer et ne pas sous-estimer l’influence des chefs de village dans les circonscriptions où les résultats (« oui » ou « non ») sont sans équivoque. Pour l’instant, nous n’avons trouvé que des affirmations, l’avenir nous dira si des situations précises sont soumises à la commission. Il ne semble pas (certains ont pu le regretter) que les agents électoraux soient passé dans les chaumières distribuer les billets de banque ? Que nous ne l’ayons pas constaté comme lors de précédents scrutins ne veut pas dire que cela ne se soit pas pratiqué mais ne généralisons pas faute d’éléments concrets.

 

Le déroulement du scrutin

 

Il a eu lieu de 8 heures à 16 heures et sans être massive, la participation a été importante, plus en tous cas que ce qu’annonçaient nos augures occidentaux : 58,79 %, à comparer avec la participation aux élections depuis 30 ans (5). Il y eut des incidents, nous en parlons puisqu’ils ont été soumis à la Commission électorale et relatés dans la presse. Une première question fut posée, celle  de savoir si les bulletins qui ne comportaient qu’une seule réponse devaient être considérés comme blancs ou nuls.

 

Les « incidents » proprement dits ont contraint la Commission à procéder à un recomptage : incidents à Chaochoengchao (région centre) lors du dépouillement, incidents à Phuket, incidents dans un bureau de vote du quartier Chomthong de Bangkok, incidents dans un bureau de vote de la province de Kalasin (Isan), incidents à Phitsanulok (Nord-ouest). Tous ces incidents ont été signalés par des observateurs et ont été relatés dans nos journaux. C’est la raison pour laquelle les premiers résultats tombés après la clôture du scrutin à 16 heures – déjà significatifs -  ne portaient que sur 94 % du corps électoral. Les résultats complets ne furent publiés que le mercredi (6). Des incidents (bombes et attaques contre des militaires) dans les provinces musulmans du Sud le jour du scrutin sont probablement plus à mettre à l’actif du quotidien que du référendum ? La question des attentats sanglants commis le jour de la fête des mères et anniversaire de la Reine, qui serait (hypothèse et non certitude) le fait des indépendantistes de ces provinces n’est pas à cette heure élucidée. Nous n’en parlerons donc pas.

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Les résultats

 

La participation :

 

Sans constituer – de loin – un record - elle fut plus importante que généralement prévue : Inscrits : 50.585.118 - Votants : 29.740.677 soit  58,79 % - Blancs ou nuls 3,15 % (1,94 % lors du référendum de 2007), près d’un million. Les trois provinces frontalières du sud se distinguent pour les nuls : 7.43 % à Pattani, 7.11 % à Narathiwat, et 6,54 % à Yala. Il y avait 94.000 bureaux de vote protégés sinon surveillés par 200.000 policiers.

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Globalement :

 

Sur la première question : « oui » 61,35% (16.820.402), « non » 38,65% (10.598.037).

Sur la seconde question : « oui » 58,07% (15.132.050), « non » 41,93% (10.926.648).

Il faut noter que les partisans du « non » aux deux questions sont en nombre sensiblement équivalent mais il y a tout de même un écart de plus de un million et demi de voix entre le premier « oui » et le second « oui ». Il est significatif. Le soutien est clair mais plus étroit.

Assez curieusement, si pratiquement toutes les provinces ont doublement choisi le camp du double « oui », quelques-unes se singularisent : Ubonrachathani répond « oui » à la première question (54,77%) et « non » à la seconde (50,17 %). C’est le cas de Nan : 52,83 % de « oui » à la première question et 51,68 de « non » à la seconde, de Loei (à 400 voix près il est vrai) : 54 ,19% de « oui » à la première question et 49,91 seulement à la seconde,  de Lampang : 51,72 et 48,53, et de Amnatcharoen : 54,69  et  49,88 %.

A  219 -  QUE PENSER DU RÉFÉRENDUM DU 7 AOÛT 2016 ?

Les circonscriptions « clefs » ou considérées comme telles par les politologues locaux :

 

Bangkok répond massivement « oui » : 69.22 % et 65.57 % - Chiangmaï, fief de la famille Thaksin, est nettement hostile : « non » : 54.08 % et 57.37 % - Udonthani, un fief « rouge » l’est plus encore : « non » : 59.34% et 62.49 % - Nakhonrachasima est pour le double « oui » : 64.39% et 60.78 % - Ubonrachathani, nous venons de le voir, s’est partagée – Suratthani est massivement pour le « oui » : 87.29% et 84.22%.

 

Les provinces

 

Là est la surprise : Globalement, le Nord-ouest a lâché Thaksin : 57.58% et 54.01% de « oui », le « non » ne l’emporte que sur Chiangmaï, Chiangraï, Phayao et Phrae. Les autres provinces ont voté « oui » de façon assez massive. La balance est tout de même de 800.000 électeurs sur un total de plus de 5  millions.

 

La région centrale a voté « oui » dans son ensemble et sans équivoque : 69,11% et 65,75%

Le Nord-est, le « bastion rouge » qui avait voté « non » à 62,80 % lors du référendum de 2007, a voté « non » mais de façon beaucoup moins significative : à la première question : 51.34% et de façon un peu plus massive à la seconde : 55,32%. Il s’est est fallu de peu, 200.000 voix sur 8.800.000 votants. Ce résultat a surpris les commentateurs. Le chef d’un petit village ardemment « chemise rouge » dans la province de Kalasin fait part de sa déception à un journaliste, il s’attendait à un résultat négatif à 90 % dans son village alors qu’il fut de 55 %. Le « oui » l’emporte toutefois à Buriram (60,22 %), à Khorat (64,39 %), à Loei (54,19 %) et à Ubonrachathani pour la seule première question (54,77 %).

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Dans le Sud, c’est un « oui » « franc et massif » : 76,14% et 73,90 %. Par contre, les trois provinces musulmanes du Sud qui battent le record des bulletins nuls, votent massivement « non », 65 % en moyenne. Elles pèsent tout de même 850.000 votants. « L'État doit fréquenter et protéger le bouddhisme et les autres religions » dit le projet mais la raison de ce rejet peut s’expliquer au moins en partie par une rédaction (probablement maladroite ?) de l’article 67 qui privilégie ouvertement le bouddhisme en prévoyant que l’Etat doit établir des mesures pour en empêcher sa profanation sous quelque forme que ce soit. Les mahométans du sud sont oubliés et peut-être aussi les catholiques, minoritaires mais nombreux dans des provinces qui ont privilégié le « non » (Mukdahan et Yasothon, respectivement 62,01 et 63,65 % de « non »). En tout état de cause la présence militaire pesante dans ces provinces sudistes explique probablement pour l’essentiel ce résultat négatif.

 

Les records

 

La petite circonscription de Chumphon dans le sud (moins de 230.000 votants) fait triompher le double « oui » à 90,04 % et 87,51%. Toujours dans le Sud, elle est talonnée par Nakhon Si Thammarat, 88,05 % et  Phuket, 88, 03 %.

 

Celui du « non » appartient à Roi Et (64,07 et 67,88 %).

 

Le record de participation appartient à la province de Lamphun (favorable au « non ») avec 76,47 %.

 

Conclusions ?

 

Comme on pouvait s'y attendre, les résultats ont été immédiatement interprétés sous deux angles différents. Ceux qui avaient fait campagne contre ont souligné le faible taux de participation (7) mais sans remettre en question la légitimité des résultats. Ceux qui étaient pour en sont sortis exaltés.

 

Selon nos journaux, ce scrutin manifeste une profonde méfiance des électeurs à l’égard des partis politiques dont les turpitudes ont fini par les lasser. On peut les comprendre. Mais ils attendent tous beaucoup des élections à venir, annoncées pour l’année prochaine.

 

Tout en protestant avec quelques raisons contre le déroulement du scrutin, Jatuporn Prompan (จตุพร พรหมพันธุ์), leader « chemise rouge » du « Front uni pour la démocratie contre la dictature » (แนวร่วมประชาธิปไตยต่อต้านเผด็จการแห่งชาติ) qui a, lui aussi, une page « facebook » sur laquelle il tenait et tient des propos particulièrement virulents a accepté le résultat du référendum et annoncé que le débat aurait lieu lors des prochains élections annoncées pour 2017 : « Luttons pour la démocratie jusqu’à ce que le peuple ait la victoire » (สู้เพื่อประชาธิปไตย จนกว่าประชาชน ประกาศชัย...).

A  219 -  QUE PENSER DU RÉFÉRENDUM DU 7 AOÛT 2016 ?

Des sondages téléphoniques postérieurs (dixit la presse locale) laissent à penser que les électeurs ont d’ores et déjà mis de grands espoirs dans leurs futurs représentants élus et que beaucoup d’abstentionnistes seraient prêts à voter aux prochaines élections générales ?

 

Que pouvons-nous savoir de la motivation des électeurs ? La publication des sondages a été interdite avant le scrutin. Mais un sondage a été réalisé entre le 2 et la 6 août par un organisme officiel, le « National Institute for Development Administration – NIDA » (สถาบันบัณฑิตพัฒนบริหารศาสตร์ - นิด้า) et concerne 5.849 électeurs qui avaient déjà pris la décision de voter pour ou contre. Nous vous le  livrons tel qu’il est analysé dans le « Bangkok post » du 14. Il faut évidemment se méfier des sondages comme la peste, mais celui-ci n’ayant pas été établi pour les besoins de la cause peut échapper à nos soupçons ? Au demeurant, nous le verrons, les conclusions à en tirer ne sont pas d’une grande limpidité.

A  219 -  QUE PENSER DU RÉFÉRENDUM DU 7 AOÛT 2016 ?

La plupart de ceux qui ont décidé de voter (« oui » ou « non ») l'ont fait parce qu'ils croyaient que cette constitution serait meilleure que les précédentes et souhaitaient des changements politiques.

 

La plupart de ceux qui avaient décidé de voter « oui » à la première question (38.95%) pensaient que cette constitution était meilleure que les précédentes pour avoir été rédigée par des personnes compétentes. 21,12% attendaient des réformes avec des changements politiques et une meilleure gestion de l’économie; 8,51% ont dit qu'ils ont aimé le système de travail de style militaire du Premier ministre Prayut Chan-o-cha et du Conseil national pour la paix et l'ordre (NCPO); 8,02% voulaient y voir un futur gouvernement issu d'une élection démocratique; et 7,83% considéraient que le projet contenait des dispositions aptes à prévenir la corruption et permettant de dépister et de punir les politiciens et les fonctionnaires du gouvernement corrompus.

 

Pour ceux qui avaient décidé de voter « non » à la première question, 50,79% considéraient le texte comme « vague et déraisonnable »; 18,50% lui reprochaient d’avoir été élaboré sans la participation des populations et de façon non démocratique; 10,25% ont déclaré ne pas en comprendre le sens et 8,66% ne pas aimer la façon de travailler du premier ministre et du N.C.P.O.

 

Pour ceux qui avaient décidé de voter « oui » à la seconde question, 27,54% estimaient que c’était une bonne disposition. 26,33% considéraient que les sénateurs autant que les députés représentaient le peuple et connaissaient bien leurs problèmes; 11.01% voulaient voir le pays se développer et aller de l'avant sans être perturbé par des conflits politiques; et 10,88% ajoutaient que cette disposition ouvrirait la voie à un changement du personnel politique en remplacement de la vieille garde des partis.

 

Pour ceux qui ont décidé de voter contre la seconde proposition, 79,24% considéraient que les sénateurs devraient provenir du peuple ou être élu par lui, 7,35% ont dit qu’ils n’avaient pas confiance en des sénateurs militairement nommés, et 4,28% ont déclaré que le Premier ministre devrait être élu par les députés, pas par les sénateurs.

A  219 -  QUE PENSER DU RÉFÉRENDUM DU 7 AOÛT 2016 ?

D’après enfin une tribune libre de « The post » du 16 août, il y aurait eu beaucoup de « oui » de personnes qui détestent le régime mais qui estiment que la meilleure façon de s’en débarrasser sera de mettre les élections en route. Par ailleurs, de nombreux politiciens « chômeurs » (non indemnisés !) depuis plus de deux ans auraient choisi le camp du « oui », impatients de tenter à nouveau leur chance dans une compétition électorale, quelles que soient les règles du jeu, pour retrouver leurs prébendes ? Cet argument ne semble pas totalement dépourvu de fondement.

A  219 -  QUE PENSER DU RÉFÉRENDUM DU 7 AOÛT 2016 ?

Tout ce que nous en déduisons, c’est que d’abord le choix des électeurs fut un choix politique et non le résultat d’une studieuse exégèse du texte (8) et ensuite que nous y trouvons, à peine sous-jacente, une méfiance certaine à l’égard des partis politiques en place : « Nous ne faisons plus confiance aux politiciens ! » dit l’éditorialiste de « The Nation » le 11 août faisant référence en particulier à l’attitude singulière d’Abhisit. La position du « Post » est la même

 

Cette constitution est désormais du droit positif, elle est ce qu’elle est. D’une démocratie « semi cuite » du début des années 80, la Thaïlande est passée à une démocratie pas complétement cuite en 1997 et revenue à la semi cuisson en 2016 dans un texte qui reprend au demeurant des pans entiers de celui de 1997.

 

Mais c’est sur pièce qu’il faudra la juger : « Une constitution, c’est un esprit, des institutions, une pratique » (9).

 

Que doit-on penser du passage d’un Sénat élu à un sénat nommé ? Nous connaissons trois « vraies » démocraties » où les sénateurs ne sont pas élus ni directement ni indirectement mais nommés : Canada, Angleterre et pratiquement en Allemagne et deux que nous aurions beaucoup de peine à qualifier de démocraties, le Laos et la Corée-du-nord où ils sont élus au suffrage universel direct (10).

A  219 -  QUE PENSER DU RÉFÉRENDUM DU 7 AOÛT 2016 ?

En ce qui concerne les « droits et libertés du peuple thaï », le texte les énonce longuement en ses articles 25 à 49 dans pratiquement les mêmes termes qu’en 1997 en y mettant les mêmes limites parfaitement compréhensibles sur le plan du principe « nul ne peut exercer ses droits ou libertés pour renverser le régime démocratique de gouvernement avec le roi comme chef de l'Etat ». Toutes les interprétations deviennent évidement possibles, le meilleur et le pire mais on ne peut engager un procès d’intention en jetant le discrédit sur un texte sans en connaître l’application future ?

 

En matière de droits de l’homme et de libertés publiques, le texte le plus complet et le plus remarquable de l’histoire du droit constitutionnel est et reste toujours la constitution soviétique de 1936, œuvre de Staline.

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Elle institue définitivement le suffrage universel et reconnait des droits collectifs sociaux et économiques, non alors reconnus par les constitutions des pays capitalistes, parmi lesquels le droit au travail, au repos et au loisir, la protection de la santé, le soin aux personnes âgées ou malades, le droit au logement, à l'éducation et aux bénéfices culturels. Naturellement, justice indépendante, liberté de parole, liberté de la presse, liberté des réunions et des meetings, total liberté religieuse, liberté de cortèges et démonstrations de rue, etc…etc… La constitution permit aussi l'élection directe de tous les corps constitués. Les droits – langues et cultures – des minorités ethniques et des républiques indépendantes, autonomes ou fédérées y sont solennellement garantis tout comme leur droit à l’indépendance.

A  219 -  QUE PENSER DU RÉFÉRENDUM DU 7 AOÛT 2016 ?

Résultat de ce texte remarquable et toujours inégalé 80 ans plus tard mais sur le papier ? Probablement entre 10 et 20 millions de morts dans les goulags. « La constitution la plus démocratique du monde » ? En réalité un modèle de mystification !

A  219 -  QUE PENSER DU RÉFÉRENDUM DU 7 AOÛT 2016 ?

NOTES

 

(1) Il est accessible sur le site :

 http://cdc.parliament.go.th/draftconstitution2/main.php?filename=index.

 

(2) Nous n’avons évidemment pas la prétention d’en faire la synthèse : notre lecture a porté sur trois quotidiens : « The Nation », le « Bangkok Post » (alias « The post » pour les « branchés ») et le « Thai rath ». Le premier est un quotidien à capitaux et direction thaïs. Son tirage est d’environ 75.000 à 80.000 exemplaires. Il a l’avantage d’utiliser plus de correspondants que son concurrent principal, le « Bangkok Post ». Il a des liens avec le Parti démocrate et se montre plus royaliste que son concurrent. Il couvre aussi plus volontiers le conflit dans le Sud. Le « Post » dont le tirage est à peu près similaire, emploie plusieurs anciens activistes étudiants et rapporte les événements du point de vue de la classe moyenne urbaine, en se qualifiant de « family newspaper » (journal de la famille). Pendant le mandat de premier ministre de Thaksin entre 2001 et 2006), il suivait la ligne du gouvernement, renvoyant même un journaliste qui avait parlé des fissures des pistes de l'aéroport de Suwanaphum (soutien inconditionnel ou précautions à l’égard des annonceurs ?) alors que « The Nation » faisait férocement campagne pour la démission de Thaksin ce qui lui a valu la perte de nombreux annonceurs. Ils sont tous deux anglophones. Ce sont les deux quotidiens anglophones dont on dit (sans rire) « qu’il faut les avoir lus ». Tout autre est le « Thai Rath » (ไทยรัฐ), quotidien en thaï qui tire à plus d’un million d’exemplaires, il n’est pas celui « qu’il faut avoir lu » mais celui que l’on lit. Très évènementiel (criminalité, accidents mais pas seulement), sa ligne peut se qualifier de « modérément populiste ».

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(3) Nous lui avons consacré trois longs articles. Restée en place près de 10 ans elle a constitué une avance importante (mais non fondamentale) à la marche du pays vers la « démocratie » au sens du moins où nous l’entendons.

 

(4) La question du statut des ministres s’est posée en France (mais pas seulement en France), elle  était de celles auxquelles le général De Gaulle tenait le plus. A ses yeux, membres du gouvernement et parlementaires relevaient de logiques opposées, les premiers étant voués à l’intérêt général, les autres ayant à défendre des intérêts particuliers, ceux de leur parti, de leurs électeurs ou de leur circonscription, les pissotières de Clochemerle ou l’extension du réseau d’eau potable à Kalasin, vaste programme. Il est donc d’une bonne logique de mettre fin à une confusion des genres qui caractérisait les républiques françaises numéro 3 et 4. Le ministre est l’homme de l’Etat et pas celui de « son territoire », le serviteur de l’intérêt général et non le représentant de son parti au sein du gouvernement. Nul n’a jamais songé à contester le caractère « démocratique » de la désignation de Georges Pompidou comme premier ministre, celle de Wilfrid Baumgartner comme ministres des finances, celle de Dominique de Villepin comme ministre des affaires étrangères et moins encore celle de Robert Badinter comme garde des sceaux. S’il avait été élu député de n’importe quelle circonscription française à une époque où l’opinion était très largement favorable à la peine de mort, il eut probablement été lynché par ses électeurs lorsqu’il fit voter son abolition. 

 

A  219 -  QUE PENSER DU RÉFÉRENDUM DU 7 AOÛT 2016 ?

« Les fonctions de membre du gouvernement sont incompatibles avec l’exercice de tout mandat parlementaire.  Tout député qui devient ministre doit démissionner » dit l’article 23 de notre constitution…

 

(5) Référendum du 19 août 2007 : 57,00 % - Elections du 27 juillet 1986 : 61,40 % - Elections du 24 juillet 1988 : 63,60 % - Elections du 22 mars 1992 : 59,20 % - Elections du 13 septembre 1992 : 61,60  % -Elections du 2 juillet 1995 : 62,00 % - Elections du 17 novembre 1996 : 62,40 % - Elections du 6 janvier 2001 : 69,95 % - Elections du 6 février 2005 : 70,00  %. Ces deux dernières élections sont celles de la « vague Thaksin ».

 

(6) Nous les avons relevé sur le site du « Thai Rath » : http://www.thairath.co.th/referendum2016

 

(7) Ce genre de raisonnement est de pure morosité, il est surtout stupide : Pour ce référendum, 61,35% des votes favorables représentent 33,25 % des inscrits… Un tout petit tiers, soit !

 

En 2001, les listes « Thai rak thai » de Thaksin ont été élues triomphalement, pourquoi le taire, avec un score de 40,60 % des votants mais 11.634.495 votants sur 40.928.043 inscrits, cela représente (ne représente que ?) 28,42 % du corps électoral...un très gros quart ! En 2005, nouveau et incontestable triomphe, les mêmes listes obtiennent la majorité absolue des sièges avec 15.744.190 de voix sur 32.525.504 votants soit 48,41 % des votants mais 15.744.190 sur 46.465.005 électeurs, cela représente (ne représente que ?) 33,88 % du corps électoral… un gros tiers ! Ce qui était en 2001 et 2005 considéré comme « un blanc-seing donné à Thaksin », le petit tiers devient en 2016 « … Mais ce n’est pas un blanc-seing donné à la Junte »….

 

Faut-il comparer ce qui est (ou n’est pas) comparable ? Lors des élections présidentielles de 2012 en France le candidat élu au second tour l’a été avec la majorité absolue des votants mais 39 % des inscrits.

 

Le pourcentage d’abstention aux États-Unis est difficile à chiffrer mais en tout état de cause d’au moins 40 %. Le chef d’état le plus puissant du monde est élu avec un peu plus de 50 % des votants, qui ne représentent donc qu’environ 30 % des inscrits. Si l’on sait qu’il y a un nombre considérable mais indéterminé d’Américains qui ne s’inscrivent pas sur les listes électorales par négligence ou par principe, on peut penser que le dit président n’est pas représentatif de plus du quart de la population de son pays.

 

(8) Selon une enquête du « King Prajadhipok's Institute » publiée dans « The post » du 16 août, 57% des électeurs du pays n'ont pas lu le projet de constitution et à Bangkok seulement 0,9% l’avaient lu du début jusqu’à la fin ? Ces chiffres nous laissent toutefois un peu sceptiques ?

 

(9) Discours de Michel Debré devant le Conseil d’état le 27 août 1958.

A  219 -  QUE PENSER DU RÉFÉRENDUM DU 7 AOÛT 2016 ?

(10) L' « indice de démocratie » créé en 2006 par « The Economist Group »  prétend évaluer le niveau de démocratie dans les pays membres de l’ONU. Trois d’entre eux sont considérés comme des « démocraties pleines », le Canada (7ème, note de 9,08/10), l’Allemagne (13ème, 8,34/10) et le Royaume Uni (16ème, 8,31/10). Le Laos (146ème, 2,21/10) et la Corée du Nord (156ème et dernière, 1,08/10) sont considérés comme « régimes autoritaires ». Ce classement effectué sur des critères américains qui ne sont pas les nôtres vaut ce qu’il vaut.

 

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