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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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21 décembre 2016 3 21 /12 /décembre /2016 18:09
H 6 - L’ABBÉ BÉNIGNE VACHET, UN OUBLIÉ DE LA PREMIÈRE AMBASSADE FRANÇAISE AU SIAM EN 1685.

Trois succès de librairie ont contribué à rendre familier au grand public la triste histoire de l’aventure française au Siam en 1685. Prolixes sur les personnages « clefs », le roi  Naraï, le favori  grec du roi Constantin Phaulkon faisant office d’un véritable premier ministre, le chevalier de Chaumont, principal ambassadeur, l’abbé Timoléon de Choisy son second, le provençal et truculent chevalier Claude de Forbin et enfin le jésuite retors, le père Guy Tachard, ils sont tous trois fort discrets sur celui qui joua pourtant un rôle majeur et fut en réalité à l’origine de cette malheureuse expédition, le père Bénigne Vachet, des Missions étrangères (1).

 

On a, à cette occasion, beaucoup commenté sinon péroré sur la volonté de Louis XIV de « coloniser le Siam ». Voilà qui est fort mal s’exprimer. On ignore au temps de Louis XIV ce qu’est la « colonisation » comme on l’entendra au temps de Jules Ferry, à savoir faire connaître aux populations primitives les bienfaits de notre civilisation. Il est révélateur de constater que le mot « coloniser » ou « colonisation » est inconnu du vocabulaire alors que celui de « colonie » est bien connu  (2).

 

H 6 - L’ABBÉ BÉNIGNE VACHET, UN OUBLIÉ DE LA PREMIÈRE AMBASSADE FRANÇAISE AU SIAM EN 1685.

La France avait certes des colonies en Amérique et en Afrique, mais nullement au sens où nous l’entendrions aujourd’hui, (3). L’Asie fut initialement ignorée puis devint un objectif via la « route des Indes » qui fut d’abord une opération commerciale jusqu’aux florissants comptoirs de Pondichéry pour gagner d’autres marchés, ce qui va nous conduire au Siam. Á ces marchands, se joignent évidemment les missionnaires lorsqu’ils ne les ont pas depuis longtemps précédé, alors fidèles à la vocation de l’église qui est d’évangéliser le monde et non de le conquérir (4).

H 6 - L’ABBÉ BÉNIGNE VACHET, UN OUBLIÉ DE LA PREMIÈRE AMBASSADE FRANÇAISE AU SIAM EN 1685.

Qui est ce missionnaire oublié et resté modestement dans l’ombre ?

 

C’est un personnage au destin peu ordinaire.

 

Bourguignon, il est né à Dijon le 31 octobre 1641, la veille de la fête de Saint Bénigne, martyr évangélisateur de la Bourgogne (1er novembre) d’où il tient probablement son prénom.

H 6 - L’ABBÉ BÉNIGNE VACHET, UN OUBLIÉ DE LA PREMIÈRE AMBASSADE FRANÇAISE AU SIAM EN 1685.

Nous savons peu de choses sur sa famille : ses parents sont de petite bourgeoisie, son père est « Maître » dans sa profession, son parrain avocat et sa marraine femme de médecin (5).

 

Il eut le désir d’être bénédictin, fut clerc chez un procureur (sous l’influence probable de son parrain ?), faillit être soldat, et finalement entra au séminaire de Dijon. Pendant qu’il s’y trouvait, il entendit parler de Monseigneur de Bourges qui traversait cette ville et des Missions étrangères. Il résolut d’entrer dans cette Société récemment fondée, et passa quelque temps au Séminaire de la rue du Bac. Il fut ordonné prêtre en décembre 1668, et partit le 13 février suivant pour le Siam. Il y resta jusqu’en 1673, et fut chargé par Mgr Lambert de la Motte de porter des présents au Chua (chao) de Cochinchine, Hien-Vuong. Débarqué à Quang-ngai, il se rendit ensuite à Hué et enfin à Faïfo (aujourd’hui Hôi-an) où il s'installa.

H 6 - L’ABBÉ BÉNIGNE VACHET, UN OUBLIÉ DE LA PREMIÈRE AMBASSADE FRANÇAISE AU SIAM EN 1685.

Vers 1680, il regagna le Siam, puis revint en Cochinchine, et assista au synode de Faïfo en 1682 (6). De là, il se rendit sans doute en pays Cham. Entre 1678 et 1682, il voyagea entre Cochinchine et Siam.

 

De retour au Siam, il fut chargé d’accompagner comme interprète la deuxième ambassade siamoise envoyée en France en 1684. Il repartit avec les ambassadeurs siamois en 1685, et revint avec la troisième ambassade en 1686.

 

Entre 1689 et 1691, il fit un séjour en Perse. A partir de cette date, il resta au séminaire des Missions étrangères, rue du Bac, jusqu'à sa mort le 17 janvier 1720. Il se plaisait à rapporter ses expériences non pour la postérité mais pour l’instruction des futurs missionnaires. Toutefois, la plupart de ses écrits, dont ses volumineux Mémoires, sont restés partiellement inédits. Nous savons par un détail pittoresque qu’elles ont failli, en 1909, être perdues à tout jamais (7). Tout ce que nous connaissons de lui et ce que nous citons de ses écrits provient essentiellement des publications de l’archiviste des Missions étrangères, Adrien Launay et du site des Missions étrangères.

H 6 - L’ABBÉ BÉNIGNE VACHET, UN OUBLIÉ DE LA PREMIÈRE AMBASSADE FRANÇAISE AU SIAM EN 1685.

Le Siam est alors pour les Français celui de marchands et des missionnaires et pour les Siamois celui du Roi Naraï. Tous les témoignages concordent pour confirmer la dilection que celui-ci éprouve pour Louis XIV et pour la France qui est alors le pays le plus peuplé d’Europe et le plus puissant, encore renforcé par l'action de Phaulkon.

 

C’est vers la France qu’il regarde sur les conseils de Phaulkon, alors que  les missionnaires français sont déjà installés depuis 1662, plutôt que vers les Hollandais et les Anglais, avec lesquels les relations sont tendues. Il est difficile d’imaginer qu’il ait voulu délibérément entretenir les Français dans le doute quant à sa possible conversion au catholicisme sauf à lui prêter une duplicité qui n’était pas dans son caractère, mais son attitude de tolérance et son écoute bienveillante ont certainement bercé d’illusions le père Vachet bien avant Tachard ...

H 6 - L’ABBÉ BÉNIGNE VACHET, UN OUBLIÉ DE LA PREMIÈRE AMBASSADE FRANÇAISE AU SIAM EN 1685.

ainsi que l’entregent et l’incontestable pouvoir de persuasion que tous prêtent à Phaulkon.

H 6 - L’ABBÉ BÉNIGNE VACHET, UN OUBLIÉ DE LA PREMIÈRE AMBASSADE FRANÇAISE AU SIAM EN 1685.

A la fin de l'année 1680, il dépêcha une ambassade en France composée de trois hauts mandarins accompagnés du père Claude Gayme des Missions-Etrangères, chargés d'une lettre du roi destinés à Louis XIV. L'ambassade quitta le Siam le 24 décembre 1680, sur le navire le Vautour et arriva à Bantam (en Indonésie) le 10 janvier. On y attendit un vaisseau plus important. Ce sera le Soleil d'Orient de la Compagnie française des Indes. L'ambassade prit la mer en août 1681 et n'arriva jamais en France, pris dans une tempête et naufragé entre Madagascar et le cap de Bonne-espérance dans les derniers jours de décembre (8).

 

H 6 - L’ABBÉ BÉNIGNE VACHET, UN OUBLIÉ DE LA PREMIÈRE AMBASSADE FRANÇAISE AU SIAM EN 1685.

Quatre ans plus tard, sans nouvelle de ses envoyés, le monarque nomme deux nouveaux émissaires, Khun Pichaï Walit et Khun Pichit Maïtri et demande à Monseigneur Louis Laneau, évêque de Métellopolis, de lui désigner deux ecclésiastiques pour accompagner en France cette délégation. Seront choisis ; le père Antoine Pascot, âgé de 50 ans, il souffre du mal du pays et souhaite son rapatriement, et Bénigne Vachet, nommé par Phra Naraï chef de la délégation, qualifié pour la circonstance de « mandarin », il parle couramment le siamois et servira d’interprète. Après quelques péripéties, la délégation arrive à Calais en octobre 1684. Pendant les quatre mois et demi que la délégation passe en France, Bénigne Vachet va s’évertuer à persuader le roi, par l'intermédiaire de ses ministres, de l'importance qu'il y aurait pour la France à envoyer à son tour une ambassade vers le Siam. Vachet ne connaissait personne à la cour mais avait fait la connaissance de Choisy expiant ses turpitudes au séminaire des Missions étrangères.

H 6 - L’ABBÉ BÉNIGNE VACHET, UN OUBLIÉ DE LA PREMIÈRE AMBASSADE FRANÇAISE AU SIAM EN 1685.

Il lui expliquera que Naraï était prêt à se convertir et que l’envoi d’une ambassade permettrait l’aboutissement de cette pieuse décision. Choisy est enthousiaste comme tous les récents convertis. Il obtient à ce modeste missionnaire des audiences non auprès du roi (tout de même !) mais auprès du père de La Chaize, le confesseur du roi...

H 6 - L’ABBÉ BÉNIGNE VACHET, UN OUBLIÉ DE LA PREMIÈRE AMBASSADE FRANÇAISE AU SIAM EN 1685.

et ensuite du marquis Charles Colbert de Croissy, ministre des Affaires étrangères, frère du grand Colbert...

H 6 - L’ABBÉ BÉNIGNE VACHET, UN OUBLIÉ DE LA PREMIÈRE AMBASSADE FRANÇAISE AU SIAM EN 1685.

... et du marquis Jean-Baptiste Colbert de Seignelay, ministre de la Marine et fils du grand Colbert.

H 6 - L’ABBÉ BÉNIGNE VACHET, UN OUBLIÉ DE LA PREMIÈRE AMBASSADE FRANÇAISE AU SIAM EN 1685.

Vachet réussit à les convaincre et ceux-ci réussissent à leur tour à persuader le roi lui-même sous l’emprise de son confesseur jésuite François d'Aix de la Chaize et de Madame de Maintenon devenue un ange de vertus chrétiennes et confite en bigoteries.

H 6 - L’ABBÉ BÉNIGNE VACHET, UN OUBLIÉ DE LA PREMIÈRE AMBASSADE FRANÇAISE AU SIAM EN 1685.

Il écrit, cité par Launay « L'on ne peut assez exprimer combien l'on reçoit de lumières des personnes qui, comme M. l'abbé de Choisy, ont toute leur vie pratiqué la cour ».

 

Il avait rédigé un mémoire qui fut probablement soumis au roi dans lequel il examine notamment « les avantages qu'on peut tirer de l'amitié du roi de Siam, tant pour la religion que pour le commerce ». La lecture en est édifiante et vaut d’être citée dans son intégralité (9). Elle tourne autour de trois idées force, «  … le bien de la religion, la gloire du roi et l'avancement du commerce ».  Il n’est bien évidemment pas question de « colonisation ».

 

Bénigne Vachet parvient à ses fins et le 3 mars 1685 l'ambassade du chevalier de Chaumont accompagnée de son coadjuteur, l’abbé Timoléon de Choisy, quitte Brest et ramène les deux ambassadeurs siamois dans leur pays. Le missionnaire est lui aussi du voyage, faisant contre mauvaise fortune bon cœur malgré la présence des Jésuites qu'il déteste.

H 6 - L’ABBÉ BÉNIGNE VACHET, UN OUBLIÉ DE LA PREMIÈRE AMBASSADE FRANÇAISE AU SIAM EN 1685.

Lors de l'arrivée de « l'Oiseau » à la barre de Siam, il descend le premier à terre avec le chevalier de Forbin pour annoncer la venue de l'ambassade.  Le roi Naraï le reçut pendant plus de trois heures pour le remercier du succès  de sa mission… Mais il sera tout au long du séjour évincé par le père Tachard de toutes les négociations politiques (10)…  

 

Nous connaissons la suite et la fin malheureuse, conséquence en partie de l’incompétence du Chevalier Alexandre de Chaumont, protestant fraichement converti ; pourtant Louis XIV qui n’était pas d’une intelligence fulgurante mais était muni d’un énorme bon sens ne devait pas ignorer que l’on ne donne pas de bannière aux convertis.

H 6 - L’ABBÉ BÉNIGNE VACHET, UN OUBLIÉ DE LA PREMIÈRE AMBASSADE FRANÇAISE AU SIAM EN 1685.

Espoirs de colonisation ? Espoirs de conversion ?

 

La conclusion appartient à Forbin qui déclara catégoriquement à Louis XIV avec son franc-parler de corsaire « Sire, le royaume de Siam ne produit rien, et ne consomme rien » et quant aux chances de convertir le roi voilà les propos qu'il réitéra devant le père Lachaise et devant le marquis de Seignelay  « Sire, ce prince n’y a jamais pensé, et nul mortel ne serait assez hardi pour lui en faire la proposition. Il est vrai que dans la harangue que M. de Chaumont lui fit le jour de sa première audience, il fit mention de religion ; mais M. Constance, qui faisait office d’interprète, omit habilement cet article ; le vicaire apostolique qui était présent, et qui entend parfaitement le siamois (l’abbé de Lionne), le remarqua fort bien ; mais il n’osa rien dire, crainte de s’attirer sur les bras M. Constance, qui ne lui aurait pas pardonné s’il avait ouvert la bouche. »

 

H 6 - L’ABBÉ BÉNIGNE VACHET, UN OUBLIÉ DE LA PREMIÈRE AMBASSADE FRANÇAISE AU SIAM EN 1685.

Nous nous étonnons des conclusions de l’historien flamand Dirk Van der Cruysse (11) « Si le père Vachet avait été un homme moins naïf et moins enthousiaste, l'histoire des relations franco-siamoises eût été différente et sans doute moins dramatique. Mais le bon père, qui prenait ses désirs pour la réalité, avait tort d'interpréter la tolérance religieuse de Phra Naraï et l'intérêt qu'il portait à l'Europe comme une intention secrète d'abjurer le bouddhisme theravàda et d'embrasser la religion catholique. On ne comprend guère comment un homme de bon sens qui parlait couramment siamois et qui avait vécu plusieurs années à Ayutthaya où il fréquentait la cour, peut avoir cru un seul moment que Phra Naraï était capable d'une décision aussi inconcevable. Il aurait dû savoir que le roi de Siam était considéré comme Dhammarâja (roi qui fait observer la loi bouddhique) et Dhammacakkavattin (monarque qui fait tourner la roue de la loi bouddhique). Cette erreur de la part de Vachet démontre à quel point les Européens, même ceux qui vivaient au Siam, comprenaient mal la culture politique et religieuse de ce royaume bouddhique ».

 

« Avec des si … »

H 6 - L’ABBÉ BÉNIGNE VACHET, UN OUBLIÉ DE LA PREMIÈRE AMBASSADE FRANÇAISE AU SIAM EN 1685.

Reproche injuste s’il en est et bien facile à proférer avec un recul de plus de trois siècles !

 

Nous savons que les voyageurs français de cette époque ont eu du bouddhisme une vision singulière et tronquée. Nous avons écrit en 2011 « Nos missionnaires /voyageurs ayant effectué un séjour ou écrit sur le Siam de 1666 à 1691 ont peu compris le bouddhisme (c’est un euphémisme) et surtout ont voulu, pour la plupart, ne le voir qu’à travers le prisme de la religion chrétienne » au vu d’une étude non publiée de Jean-Marcel Paquette (12). Aujourd’hui encore, qui peut prétendre vraiment comprendre le bouddhisme thaï en dehors des bouddhistes de comptoir ?

 

H 6 - L’ABBÉ BÉNIGNE VACHET, UN OUBLIÉ DE LA PREMIÈRE AMBASSADE FRANÇAISE AU SIAM EN 1685.

Bénigne Vachet est le grand oublié de cette histoire. Le chevalier de Chaumont (13) n’y fait aucune allusion, le père Tachard l‘ignore mais ses œuvres sont écrites à sa propre gloire (14), Choisy et Forbin le citent, Forbin l’appelle « le Vacher », (insouciance orthographique ou humour de plus ou moins bon goût ?) mais ils n’ont pas écrit comme Tachard pour la postérité, seul Monseigneur Pallegoix lui rend un bref hommage (15). Lui-même, modeste, n’a pas cru devoir laisser des mémoires à la postérité, ses écrits étaient destinés à l’enseignement de ses séminaristes et n’ont fait l’objet que de publication très partielle plus de deux siècles après sa mort. L’essentiel en reste inédit. Le seul mauvais portrait que nous avons de lui provient d’une église vietnamienne où il se trouve peut-être encore ?

 

H 6 - L’ABBÉ BÉNIGNE VACHET, UN OUBLIÉ DE LA PREMIÈRE AMBASSADE FRANÇAISE AU SIAM EN 1685.

Mais il reste à l’origine de cette folle aventure. Naïf et crédule ? La naïveté est souvent une vertu fille de l’innocence.

 

H 6 - L’ABBÉ BÉNIGNE VACHET, UN OUBLIÉ DE LA PREMIÈRE AMBASSADE FRANÇAISE AU SIAM EN 1685.

NOTES

 

(1) Le premier fut le roman en trois épisodes de Axel Aylwen  « Le faucon du Siam », « L’envol du faucon » et « Le dernier vol du faucon » traduits en français en 1990. Celui de Morgan Sportés suit en 1993 et enfin celui de Claire Keefe-Fox « Le ministre des moussons » en 1997. Le premier est une fresque romancée dans lequel l’auteur se lance souvent dans des extrapolations d’une grande hardiesse. Le second pour sa part est pollué par des considérations d’un anticléricalisme primaire, le troisième, historiquement le plus sérieux est surtout une remarquable biographie de Phaulkon, romancée certes mais restée plus confidentielle.

Sur Axel Aylwen 

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a99-le-faucon-du-siam-d-axel-aylwen-116169404.html

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a100-la-suite-du-faucon-du-siam-d-axel-aylwen-le-tome-2-116317314.html

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a101-la-fin-de-constance-phaulkon-selon-axel-aylwen-tome-3-116441966.html

Sur Sportès

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a89-louis-xiv-a-t-il-voulu-coloniser-le-siam-113692980.html

Sur Madame Keefe-Fox

http://www.alainbernardenthailande.com/2015/08/a190-constantin-phaulcon-in-le-ministre-des-moussons-de-madame-claire-keefe-fox.html

 

(2) Le premier dictionnaire significatif de la langue française, celui de Pierre Richelet

« Dictionnaire françois : contenant les mots et les choses, plusieurs nouvelles remarques sur la langue françoise, ses expressions propres, figurées et burlesques, la prononciation des mots les plus difficiles, le genre des noms, le régime des verbes » ignore totalement le mot, nous sommes en 1680.

H 6 - L’ABBÉ BÉNIGNE VACHET, UN OUBLIÉ DE LA PREMIÈRE AMBASSADE FRANÇAISE AU SIAM EN 1685.

Il en est de même encore un siècle plus tard de l’ « Encyclopédie » de Diderot en 1782 (Volume III : Chul-Cono).


(3) L’arrivée des Français en Amérique, ce fut d’abord « la nouvelle France », le Canada, pour y exploiter le bois et traiter les fourrures avec les indiens, colonie de peuplement, certes, mais par envoi massif de la lie de la population et de navires entiers de filles de mauvaise vie pour favoriser la natalité ; ce sont ensuite les Antilles, la perle de nos colonies, nos « îsles à sucre » pour le tabac et la canne à sucre.

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La nécessité de main d’œuvre c’est-à-dire le besoin d’esclaves suscita la  création de « comptoirs» et non pas de « colonies » sur les côtes africaines.

H 6 - L’ABBÉ BÉNIGNE VACHET, UN OUBLIÉ DE LA PREMIÈRE AMBASSADE FRANÇAISE AU SIAM EN 1685.

(4) « Et Jésus leur dit : « Allez dans le monde entier, proclamez l'Évangile à toute la création.  Celui qui croira et sera baptisé, sera sauvé ; celui qui ne croira pas, sera condamné. » (Marc XVI, 15-16)

H 6 - L’ABBÉ BÉNIGNE VACHET, UN OUBLIÉ DE LA PREMIÈRE AMBASSADE FRANÇAISE AU SIAM EN 1685.

(5) Son acte de baptême est le suivant : « le mesme jour 31 d’octobre 1641 a esté baptizé Benigne fils d’honorable Jehan Vachet dit Le Bourguignon, Me estuviste de Mgr le Prince, et d’honeste Etiennette Le Liepvre. A esté parrein, Benigne, fils de feu Me Isaac Febvret, advocat au Parlement et mareine damoiselle Denise Clemenceau femme de Mr. Alexandre Rapin, docteur en médecine ». Un « estuviste » (étuviste) est l’ancien nom de ceux qui tenaient autrefois des bains publics (Grand Larousse du XIXème). A cette époque, les parents choisissent généralement pour parrain et marraine des personnes d’un rang social plus élevé que le leur.

 

(6) Sa présence au synode établit son importance dans la hiérarchie. Que sont ces synodes ? Ils ont été créés à l’initiative de Monseigneur de Bérythe (Pierre Lambert de La Motte) :

H 6 - L’ABBÉ BÉNIGNE VACHET, UN OUBLIÉ DE LA PREMIÈRE AMBASSADE FRANÇAISE AU SIAM EN 1685.

« un des meilleurs moyens d'avancer la gloire de Dieu était de convoquer un synode; ou une assemblée où l'on concerterait une conduite uniforme pour travailler avec succès à la conversion des infidèles et à l'édification des chrétien… Entre tous les moyens  qui nous sont  venus à l'esprit, celui de tenir un synode nous ayant paru le meilleur, nous avons convoqué en ce lieu les personnes qui auraient eu la commission d'instruire les fidèles et de travailler à la conversion des gentils depuis plusieurs années, afin d'aviser conjointement aux voies d'exécuter un si juste dessein. » Un compte rendu est rédigé (en latin) et soumis à la censure du Vatican. Il s’en est tenu au moins un au Siam (Ayuthaya) le 31 juin 1966 dont nous n’avons pas retrouvé le texte.

H 6 - L’ABBÉ BÉNIGNE VACHET, UN OUBLIÉ DE LA PREMIÈRE AMBASSADE FRANÇAISE AU SIAM EN 1685.

Celui de Faïfo est toujours le texte de base de l’église catholique vietnamienne ou de ce qu’il en reste mais il concerne également le Siam. Ces « Monita ad Missionarios » (Instructions aux missionnaires) deviendront le vade-mecum des missionnaires jusqu'au Concile Vatican II. 

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(7) Citons le quotidien « L’ouest-éclair » du 12 août 1909 : « OBJETS PERDUS : Le 27 juillet dernier, la gare de Vannes a dû délivrer à des voyageurs venant retirer leurs bagages à la consigne de la gare de Vannes, un colis contenant d'importants manuscrits. Les personnes qui seraient en possession de ce paquet, sont priées d'en aviser soit M. l'abbé Launay, 128 rue du Bac à Paris, soit M. Lafolye, imprimeur à Vannes. Il y aura récompense. Un volume manuscrit relié d'environ 500 pages intitulé Mémoire de Bénigne Vachet… L'adresse de l'abbé Launay se trouve dans le dit colis ». Le précieux colis a probablement été retrouvé et ce que nous connaissons des mémoires tient essentiellement aux nombreuses publications de l’étourdi abbé Adrien Launay, archiviste des Missions :

« Siam et les missionnaires français », 1896.

« Histoire générale de la société des missions étrangères » en 3 tomes, 1894.

« Documents historiques relatifs à la Société des Missions étrangères » annotés par Adrien Launay, 1905.

Et surtout, plusieurs  volumes de documents provenant des archives de la MEP :

 « Histoire de la mission de Siam – 1662-1811 – documents historiques » en deux volumes, 1920.

« Histoire de la mission de Tonkin – documents historiques – 1658-1717 », en deux volumes,1927.

« Histoire de la mission de Cochinchine – documents historiques – 1658-1823 », en trois volumes, 1930.

Le père L. Cadière des Missions étrangères a fait imprimer une petite partie de ces mémoires, mais uniquement en ce qui concerne la Cochinchine (Bulletin de la Commission archéologique de l'Indochine, 1913, p. 6-80) reproduit dans l’article de Henri Froidevaux « La Cochinchine à la fin du XVIIème, d’après Benigne Vachet » in « Revue de l’histoire des colonies françaises  - Revue française d’histoire d’outre-mer », 2d semestre 1914.

L’œuvre encyclopédique de Louis Moreri « Le grand dictionnaire historique, ou Le mélange curieux de l'histoire sacrée et profane » ne lui consacre dans son Xème et dernier volume, édition de 1759, malheureusement que quelques lignes.

 

(8) Nous avons parlé de la légende, entretenue par des journalistes en mal de copie et des aigrefins, des trésors qu’aurait contenu ce navire dans notre article R2. 84 « Le trésor englouti de la première ambassade du roi Naraï auprès de Louis XIV en 1681 ».

http://www.alainbernardenthailande.com/article-84-la-1ere-ambassade-du-roi-narai-aupres-de-louis-xiv-en-1681-118035147.html

 

L'élément le plus précieux de ce trésor perdu est la lettre sur feuille d'or adressée par Naraï à Louis XIV dont celle adressée à Napoléon III nous donne une idée : 

H 6 - L’ABBÉ BÉNIGNE VACHET, UN OUBLIÉ DE LA PREMIÈRE AMBASSADE FRANÇAISE AU SIAM EN 1685.

(9) Cité par Launay : « Il faut examiner d'abord les raisons qui ont pu obliger le roi de Siam à envoyer des ambassadeurs au roi, et les avantages qu'on peut tirer de l'amitié de ce prince, tant pour le bien de la religion, la gloire du roi, que pour l'avancement du commerce. La ville de Siam est la ville du monde où l'on voit le plus de différentes nations ; il y a plus de cinquante ans que les Hollandais y ont bâti une belle faiturie (d’après La Loubère, les premiers européens établis au Siam étaient des facteurs et appelaient donc ainsi leurs habitations) pour leur commerce ; les Portugais, obligés d'abandonner plusieurs des terres qu'ils avaient dans les Indes, y ont fait une colonie ; les Anglais n'omettent rien pour s'y bien établir ; la Compagnie de France y a un comptoir. Il y a des Italiens, des Espagnols, des Danois, des Suédois, des Allemands, des Turcs, des Persans, etc. Les évêques français, Vicaires apostoliques, par une providence particulière de Dieu, en ont fait l'entrepôt de toutes leurs missions, et s'y sont appliqués à répandre la bonne odeur de Jésus-Christ par la prédication de l'Evangile, se rendant utiles au public et aux particuliers par des hôpitaux d'hommes, qu'ils entretiennent à leurs frais ; par l'établissement de collèges, où l'on reçoit gratis tous les enfants en qui l'on remarque quelques bonnes dispositions ; et enfin, par l'envoi de plusieurs missionnaires dans les provinces de ce royaume, pour y exercer les mêmes charités. L'abord de tant de nations différentes a rendu le roi de Siam fort curieux des pays étrangers, et afin de les reconnaître quelque peu, il interrogea fort les évêques quand ils arrivèrent dans son royaume, et les obligea à lui donner le caractère des autres nations. Il y a beaucoup d'apparence qu'il fit la même chose à l'égard des Français, et l'on peut croire que les Hollandais lui firent un portrait du roi, conforme à ce qu'ils crurent être de leurs intérêts. Ils voyaient que la nouvelle Compagnie française était capable de ruiner tout leur commerce des Indes, et pour l'empêcher, ils crurent qu'il fallait faire peur au roi de Siam, du roi de France : ils le dépeignirent comme un prince très puissant et très ambitieux, qui seul tenait tête à toute l'Europe et ne faisait la paix ou la guerre que suivant ses volontés. Ces discours firent un effet tout contraire à leur intention ; le roi de Siam eut envie de faire amitié et alliance avec un si grand prince, et depuis ce temps-là, c'est assez d'être Français pour avoir part à ses bonnes grâces. C'est ce qui l'obligea, au mois de décembre 1680, à faire partir la plus solennelle ambassade qui soit jamais sortie de son royaume, pour venir de 5400 lieues rechercher l'amitié du roi. On peut pourtant considérer qu'il y a un peu d'intérêt mêlé, et qu'il espère qu'étant ami et allié du roi, il pourra traiter avec plus de hauteur les autres nations de l'Europe, et surtout les Hollandais qui souvent lui font des insultes, parce qu'ils sont les maîtres de toutes ces mers. Cette conjecture est fondée sur ce qui arriva à Siam il y a quelques années. Les Hollandais, n'étant pas contents des privilèges qu'ils avaient dans le royaume, et ne pouvant venir à bout de les faire augmenter par amitié, se retirèrent la nuit sur leurs vaisseaux, abandonnèrent leurs maisons et toutes leurs marchandises, et s'en allèrent. Ils équipèrent des vaisseaux de guerre et vinrent croiser à l'embouchure de la rivière de Siam, de sorte qu'il n'y pouvait entrer aucun vaisseau sans être pris ou coulé à fond. Le roi de Siam fut obligé de faire la paix et de leur accorder tout ce qu'ils demandaient. Il y a apparence qu'il n'a pas oublié ce traitement, et qu'il espère qu'en faisant alliance avec le roi de France, il n'aura plus rien à craindre de semblable, et en cela il ne se trompe pas, puisque nous avons l'expérience qu'au seul nom du roi, tout tremble jusqu'aux extrémités de l'univers. J'oubliais de dire, que quand le roi de Siam apprit les grandes conquêtes que le roi de France avait faites sur les Hollandais en moins d'un mois, il augmenta d'estime pour lui, et se détermina à lui envoyer des ambassadeurs. Il est si persuadé que le roi répondra à toutes les avances de sa grande amitié, qu'il a déjà fait bâtir une maison à la française pour l'ambassadeur de France, et qu'il a fait faire de la vaisselle d'argent pour le traiter magnifiquement. Il s'attend aussi que plusieurs Français viendront s'établir dans ses Etats, et il prétend se servir d'eux pour le gouvernement de ses places, pour l'administration du commerce, et pour la garde de sa personne. Il parle si hautement, devant toutes les nations, de l'amitié et de l'extrême considération qu'il a pour le roi de France, qu'après le siège de Saint-Thomé, le roi de Golconde lui envoya un ambassadeur, comme à un ami commun, afin de le prier de s'entremettre pour son accommodement avec la France ; et l'ambassadeur avait ordre de voir sur cela les évêques français et de leur demander de s'y employer. Voyons présentement les avantages qu'on peut tirer de l'amitié du roi de Siam, tant pour la religion que pour le commerce. Il semble que tout s'achemine à la conversion de ce prince. Il s'est fait instruire, plusieurs soirs, de la grandeur de notre sainte religion ; il a supprimé, depuis quelques années, la plupart des superstitions païennes, comme celle de couper les eaux et de leur commander de se retirer ; on ne craint plus qu'il se fasse mahométan. La reine d'Achem lui avait envoyé des ambassadeurs pour l'engager à son exemple d'embrasser l'Alcoran ; mais bien loin d'écouter ses propositions, il se défie des mahométans, et leur a ôté le gouvernement de toutes ses places. Son favori est présentement un grec, nommé M. Constance, qui était calviniste, et depuis peu s'est fait catholique ; il s'est marié par l'ordre et du consentement du roi. Ce ministre établit sa fortune sur la ruine des mahométans, qu'il a convaincus de concussion, et à qui il a fait rendre de grandes sommes d'argent. De plus, le roi de Siam, en toutes occasions, favorise les missionnaires français : il leur a fait bâtir, à ses dépens, une très belle église, auprès de leur séminaire ; et comme il est presque toujours à Louvo, sa maison de plaisir, il y fait aussi bâtir une église, et y veut toujours avoir des missionnaires auprès de lui. Il a donné des ordres très précis, pour que l'on fournît aux missionnaires de Ténassérim tout ce qui leur est nécessaire pour le bâtiment de leur église. Enfin, dans la dernière audience qu'il a donnée au sieur Vachet, en présence de toute sa cour, il lui dit en termes fort clairs, qu'à son retour il voulait exécuter un dessein dont il ne s'était expliqué à personne, et qui donnerait bien de la joie à beaucoup. On a lieu d'espérer qu'en l'état où sont les choses, le roi enverra un ambassadeur au roi de Siam pour lui accorder son amitié et son alliance, et qu'il lui proposera d'embrasser la religion chrétienne, comme le véritable moyen d'être unis en ce monde et en l'autre ; on a, dis-je, lieu d'espérer que ce prince pourrait se faire chrétien, et tout son peuple suivrait son exemple, et peut-être les rois voisins. On laisse à juger quelle gloire ce serait pour le roi de France, et quel mérite, devant Dieu, d'avoir tenté une si grande affaire, quand même elle ne réussirait pas. Cette ambassade serait un puissant appui aux Français contre celle que le roi de Portugal a ordonnée à son vice-roi dans les Indes de dépêcher à Siam, au Tonkin, et à la Cochinchine. On avait appris cette nouvelle à Siam, où l'on savait qu'un des ambassadeurs portugais devait arriver au mois de mars de l'année 1684 ; elle a été confirmée au sieur Vachet en Angleterre. Quant au commerce qu'on peut faire à Siam, les marchandises du pays sont : l'étain, le plomb, le fer, la poudre, le salpêtre ; le bois de safran qui sert aux teintures ; le sucre non raffiné ; le cuivre, la cire ; le chevaa, qui est une espèce de gomme dont se fait le vernis ; la cire d'Espagne brute, les nids d'oiseaux et les ailes d'oiseaux (ces deux dernières sortes sont recherchées par les Chinois et les Japonais) ; la gomme-gutte, l'encens, le poivre, l'arec, l'huile de coco, le cuir, le coton. Tous les ans, les navires qui reviennent du Japon y apportent du cuivre en caisse ; le roi le prend tout, et le revend aux étrangers avec un gain notable. Il y a de plus des soies bien travaillées, du thé, de la porcelaine plus grossière que celle de la Chine, des ouvrages d'or et d'argent, et autres curiosités. Il est facile de faire sa charge à Siam pour le Japon, et c'est l'unique endroit des Indes, où les draps de France se débitent bien. Les navires qui y viennent de la Chine apportent des soies brutes et travaillées, de pièces de brocart de toutes manières, du crépon, des porcelaines, du thé, etc. Du Tonkin il y vient de la soie, du musc, des ouvrages de vernis doré. De la Cochinchine, on a l'or du pays, le vrai bois de calamba, les vrais nids d'oiseaux, le poivre, les soies brutes, les nattes, le sucre, l'ébène. Le Chiampa fournit du calamba, la laque. Le Cambodge a les dents d'éléphant, la gomme-gutte, le plus beau et le meilleur benjoin du monde. Toutes ces marchandises se trouvent à Siam ; les Européens et ceux des côtes de Coromandel, Malabar, Surate et Perse en tirent tout autant de cuivre qu'ils en peuvent porter. On pourrait demander au roi de Siam de donner le cuivre à la compagnie française, au même prix qu'il s'achète au Japon, en payant les frais du voyage qui ne sont pas si considérables que quand ils se font sur nos vaisseaux, parce que la paye des officiers et matelots siamois est fort médiocre. On pourrait encore lui demander que sur ses propres navires les Français pussent faire le commerce du Japon et de la Chine, ce qui faciliterait aux missionnaires l'entrée dans ce grand royaume. Voilà à peu près les avantages que le roi de France peut retirer de l'amitié du roi de Siam, tant pour la religion que pour le commerce. On peut avoir quelque idée des choses de France qui lui seraient les plus agréables, par les commissions qu'il a données à ses envoyés ; il les a chargés de plusieurs pièces d'or pour les faire émailler ; il veut avoir une grande salle de miroirs, et a donné la grandeur des tapis de la Savonnerie qu'il veut avoir ; il souhaite des ouvrages de cristal, quelques pièces de brocart, suivant le modèle qu'il en a donné, et des armes à la française. Il est bon de remarquer, que lorsque le roi de Siam voulut envoyer deux mandarins en France, il ordonna à son barcalon ou premier ministre de choisir des personnes irréprochables, et qui n'eussent jamais reçu de châtiment ; et comme M. Constance, son favori, avait envie de faire parler de lui en Angleterre, où il a été élevé, il pria le roi de lui accorder deux de ses gens, pour avoir soin de quelques ouvrages qu'il voulait faire faire en Angleterre. Le roi le voulut bien, à condition que ces deux hommes seraient pris parmi ceux qui sont notés pour avoir reçu quelques châtiments, et qu'ils ne s'adresseraient qu'à un marchand particulier de Londres. M. Constance n'a pas laissé d'écrire au roi d'Angleterre et de lui envoyer quelques présents en son propre nom ; en tout ce qu'il peut, il favorise les Anglais dans le royaume de Siam, et a déjà fait donner le gouvernement de Ténassérim à un Anglais ».

 

(10) « Perfidie des jésuites » (légendaire ou pas ?) qui conduira environ un siècle plus tard à leur expulsion du pays sur injonction du parlement de Paris.

H 6 - L’ABBÉ BÉNIGNE VACHET, UN OUBLIÉ DE LA PREMIÈRE AMBASSADE FRANÇAISE AU SIAM EN 1685.

(11)  Dirk Van der Cruysse « L'abbé de Choisy, historien du Siam et de l'Asie du Sud-Est » In : Aséanie 1, 1998. pp. 107-122;

 

(12) Voir notre article 15 « Les relations franco-thaïes : Le bouddhisme vu par les missionnaires du XVIIème Siècle »

 

(13) Alexandre de Chaumont « Relation de l'ambassade de Mr. le Chevalier de Chaumont à la Cour du Roy de Siam, avec ce qui s'est passé de plus remarquable durant son voyage », 1733.

 

(14) Les jésuites prononcent quatre vœux, pauvreté, chasteté, obéissance et obéissance absolue au Pape « perinde ac cadaver » mais pas celui de modestie.

H 6 - L’ABBÉ BÉNIGNE VACHET, UN OUBLIÉ DE LA PREMIÈRE AMBASSADE FRANÇAISE AU SIAM EN 1685.

(15) « Histoire du royaume  thaï ou Siam » volume 2 p.169.

 

 

 

 

 

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