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  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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27 octobre 2016 4 27 /10 /octobre /2016 01:46
INSOLITE 2 - LE DOCTEUR CHIRAC A-T-IL GUÉRI LE « MAL DE SIAM »  (MAL NOMMÉ) ?

Des « sueurs de sang dans la fièvre jaune » ont été observées dans les premiers temps de l’établissement des Français aux Antilles, en 1627 dans l'île appelée, Saint-Christophe ...

INSOLITE 2 - LE DOCTEUR CHIRAC A-T-IL GUÉRI LE « MAL DE SIAM »  (MAL NOMMÉ) ?

(aujourd’hui État de Saint-Christophe-et-Niévès), huit ans après à la Martinique et à la Guadeloupe et plus tard à Saint Domingue, la perle de nos « iles à sucre ». L'un de nos premiers voyageurs aux Antilles, le R.P Labat, débarqué à la Martinique le 29 janvier 1694, parlant du « mal de Siam », dit «  souvent, il survenait un débordement de sang par tous les conduits du corps, et même par les pores ». Plus loin, racontant l'histoire d'un jeune homme atteint du « mal de Siam » en avril 1695, et qu'il venait d'administrer, il continu ainsi :« Ce qu'il y eut de particulier chez ce malade, c'est qu'environ deux heures avant de rendre l'esprit, et lorsqu'il semblait que son corps devait être épuisé de sang, il lui en vint une sueur si forte, si abondante, qu'on eût pu croire qu'on lui piquait tout le corps avec des aiguilles; car, non-seulement le sang sortait comme l'eau sort des pores dans les sueurs extraordinaires, mais il jaillissait comme il jaillit de la veine quand elle vient d'être piquée par la lancette » (1).

 

Louis XIV signa à Fontainebleau le 25 juillet 1708 l’« Ordonnance concernant les précautions à prendre pour éviter la communication des maladies contagieuses, et notamment de celle de Siam » : « S. M. étant informée des désordres que la maladie de Siam a causés jusques à présent dans les îles de l’Amérique qui sont sous son obéissance, et qu’on peut espérer d’éviter ses fréquents renouvellements, en apportant les précautions nécessaires pour empêcher qu’elle se forme et communique des bâtiments dont les équipages en sont attaqués à d’autres, et en donnant les soins qui conviennent pour en arrêter les suites; et voulant y pourvoir,  elle a ordonné et ordonne ce qui suit… ». Ce règlement prescrivait des mesures sanitaires détaillées pour contrôler les navires et tout particulièrement « Les bâtiments faisant la traite des nègres, étant les plus sujets à la maladie… » (2).

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Quelques dizaines d’années plus tard, « L’encyclopédie » de Diderot et d’Alembert parle encore de « mal de Siam » : « …Au Cap et à la Martinique, on y donne le nom de maladie de Siam à certaines espèces de fièvres continues, ardentes, qui attaquent les nouveaux débarqués dans ces pays et qui, outre les symptômes ordinaires, sont accompagnés d’hémorragies plus ou moins abondants par différentes parties du corps. Ces symptômes sont plus fréquents pendant les chaleurs brulantes de l’été que les autres saisons… Du reste, il ne paraît pas que ces fièvres soient plus dangereuses que les autres…  (3)

 

Dès le début de l’arrivé des européens aux Amériques diverses fièvres « putrides et pestilentielles » exercèrent sur eux de terribles ravages, plus d’ailleurs sur les Européens que sur les nègres comme on disait alors. Initialement, la maladie n'est pas bien délimitée, souvent confondue avec la peste depuis l’arrivée de Colomb en 1493 jusqu’à l’occupation des Antilles dans le premier tiers du XVIIème siècle.

 

Par la suite et jusqu’à l’ordonnance de 1708, la maladie est mieux connue, on l‘appelle « mal de Siam », parce que l'on crut, alors, qu'elle avait été transportée à la Martinique par la frégate « l’Oriflamme » venant du Siam. A ce moment cependant elle faisait des ravages dans toute la mer des Antilles. On reconnaissait nettement son caractère contagieux et on savait la distinguer clairement d’autres fièvres « putrides et pestilentielles » (4). La maladie sera ensuite bien distinguée avec précisions de toutes les autres putrides fièvres tropicales, et de « mal de Siam », « Vomito negro » (l’un des symptômes) 

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... ou parfois « maladie des nègres de Guinée », deviendra la fièvre jaune (5).

 

Nous voilà replongés dans notre épopée siamoise à la fin du XVIIème siècle et sa désastreuse liquidation. En janvier 1688, « l’Oriflamme » quittait Brest avec des lettres de Louis XIV pour Desfarges et Du Bruant, qui pourraient compter désormais sur l'arrivée annuelle des vaisseaux du roi. Deux cents soldats étaient à bord pour la relève de nos garnisons. II arriva au Siam en septembre, à temps pour coopérer non pas à la relève, mais à l'évacuation de notre petit corps expéditionnaire. Notre influence au Siam était ruinée. 

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De retour en France après avoir laissé les rescapés de l’expédition dans un port, probablement Rochefort, la frégate repart pour les Antilles (6). Elle effectue une escale à Pernambouc au Brésil ou la maladie sévissait depuis 1686 ou 1687, bien reconnue comme la véritable fièvre jaune (« vomito negro ») telle qu'elle est de nos jours (7). 

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Elle atteint la Martinique en 1694 avec le mal dans ses flancs. Du reste, qu'à la Martinique on l'ait appelée « mal de Siam », puisqu'elle était apportée par des gens venant de Siam, fort bien; mais au Brésil avait-elle le même nom ? Était-elle réellement venue de Siam au Brésil ? Le père Tachard, l'abbé de Choisy, M. de Chaumont, Laloubère, Desfarges, d'Orléans, Dechalles, Kaempfer lui-même, ne l'ont point observée dans son pays natal. Ils n'en parlent pas; et leur silence sur un fléau si meurtrier prouve assez qu’il n'y existait pas de leur temps… celui où le mal prétendu de Siam se montra pour la première fois aux Antilles.

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Nous avons donc une certitude, c’est que le mal de Siam n’est pas venu du Siam.

 

Notre propos n’est évidemment pas de disserter sur une maladie tropicale, nous n’avons aucun compétence pour cela, mais une fois éliminée l’hypothèse d’un qualificatif négatif sinon injurieux, de rappeler en quelques lignes quelques détails insolites.

 

D’où vient le « mal de Siam » ?

 

Il est acquis par les recherches modernes ayant conduit à la découverte du vaccin dans les années 30 que le mal provient d’un moustique africain infecté qui vit dans les forêts tropicales, 

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.... transmets le mal aux singes, les singes à l’homme puis l’homme à l’homme. Ni cette espèce de singes, 

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.... ni cette espèce de moustique ne sont connus des forêts tropicales d’Asie. Le passage d’Afrique en Amérique s’est très certainement effectué par les navires négriers comme le sous-entend l’ordonnance de 1708 ou le qualificatif alors utilisé dans d’autres ouvrages de l’époque de « mal des nègres de Guinée ». On sait dans quelles conditions ces malheureux effectuaient le passage : « … il suffit de rappeler que, dans plusieurs occasions, on a saisi des négriers dans lesquels les esclaves se roulaient au milieu de leurs ordures. De là, pourriture du bois, du goudron, et de tout ce qui est de l'intérieur du navire, et production d'un foyer d'infection qui ne s'éteint qu'après avoir parcouru tous les degrés de la décomposition putride… Les armateurs voulant gagner beaucoup d'argent encombrèrent l'entrepont et la cale d'esclaves, ne leur permettant pas même de monter sur le pont pour satisfaire leurs nécessités, et les enchaînèrent par groupes dans lesquels, si un homme venait à mourir, les survivants avaient souvent à rester un jour ou plus, près du cadavre (8).

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Pouvait-on en réchapper ?

 

Il pouvait selon la plus ou moins grande virulence des épidémies y avoir entre 20 et 50% de rescapés. Les premiers frappés, ce sont évidemment les européens « nouveaux débarqués », les plus faibles, vieillards ou enfants, non habitués aux rudesses du climat tropical. Le mal frappe plus volontiers les européens que leurs esclaves : lors de la désastreuse expédition du général Leclerc à Saint-Domingue en 1802, beaucoup plus de la moitié du corps expéditionnaire fut anéantie par la maladie (208 officiers sur 300, même proportion dans la troupe) alors que celle-ci ne touchait pas les esclaves révoltée de Toussaint Louverture (9). 

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Il y a des raisons d’évidence : tout d’abord la population d’origine africaine ou fraichement débarquée porte en elle les gènes multimillénaires de la vie sous les tropiques. On peut ensuite supposer que, compte tenu des conditions du transport ou de leur vie sur place, il ne subsistait que les plus robustes. Il en est un autre qui ne semble pas à ce jour avoir fait l’objet d’une étude scientifique : Depuis que Bertrand d'Ogeron avait fait au milieu du XVIIème siècle d’un repère de flibustiers – Saint Domingue -  

 

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... la plus prospère de nos colonies jusqu’à l’indépendance d’Haïti en 1803, 800.000 esclaves y furent débarqués (10). Sur cette population combien de « quimboiseurs » avaient conservé de générations en générations la science occulte de leurs grands-parents, que les marchands de bois d’ébène raflaient sur les côtes de Guinée ? S'ils guérissaient avec des plantes de la fièvre jaune ou en atténuaient au moins les effets, ils n’avaient aucune raison d’en transmettre le secret à leurs maîtres, 

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... ils savaient également aussi supprimer savamment leur ennemis ce qui envahit tellement les esprits qu'une ordonnance royale de Louis XV du 30 avril 1764 portant règlement pour l'exercice de la chirurgie, dans les différentes colonies françaises refusait même aux mulâtres affranchis d'exercer la profession de médecin ou d'apothicaire (11). La sanction de ce que l’on appelle le « code noir » de 1685 (12) avait de quoi décourager nos magiciens-sorciers-guérisseurs puisqu’on les brûlait tout vifs afin de leur donner sur terre un avant-goût du purgatoire. Ne nous attardons pas sur cette « médecine » traditionnelle qui aurait pu venir d’Afrique et épargner au moins partiellement les esclaves, relevant d’une connaissance approfondie des substances que l’on trouve dans les plantes et de leurs divers pouvoirs curatifs, feuilles, graines, tiges, d’écorces, racines ou des substances animales ou des minéraux sont également employés. Si l’on en croit l’OMS, 85 % des Africains lui feraient confiance, à tort ou à raison, nous ne pouvons en juger. La question que nous allons nous poser est maintenant de savoir si les médications utilisées chez nous proviennent d’une étude approfondie de Galien, de Celse ou d’Hippocrate ou si nos « guérisseurs » ont eu directement ou pas accès à cette médecine traditionnelle assurément millénaire ?

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Les remèdes

 

Nous trouvons une première recette, un lavement d’une décoction de jus de citron et d’ « eau de casse ». La casse, c’est le séné qui a ou aurait des vertus purgatives mais le « mal de Siam » n’est pas la constipation. 

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Lavements et saignées étaient les deux remèdes miracle des Diafoirus de l’époque de Molière. On connait leurs exploits. 

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« L’Encyclopédie » (3) conseille les saignées, les antiphlogistiques (Anti-inflammatoire, probablement à base d’opium ?), les tisanes nitreuses émulsionnées (acides ?) les boissons acides (nous retrouvons le jus de citron), en un mot sur tous les rafraîchissants. Là encore nous ignorons le résultat de cette médication sur le terrain.

 

La première recette expérimentée sur le terrain est celle du docteur Pierre Chirac qui a eu le courage de l’expérimenter sur lui-même.

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Qui est-il ? Personnage controversé s’il en fut, plus connu pour ses ambitions personnelles que pour ses apports à la science médicale disaient ses détracteurs, mais les avis sont partagés, il est la gloire de la médecine française de la seconde moitié du XVIIème et des premières années du XVIIIème (13). « Ses ouvrages ne justifient pas l’immense réputation qu’il eut de son vivant » dit Larousse qui a parfois la dent trop dure. Originaire de Conques dans l’Aveyron, né en 1650, il enseigne la médecine et l’anatomie à la faculté de Montpellier, il est nommé médecin des armées de Catalogne en 1692 où il guérit une épidémie de dysenterie. En 1694, il est appelé à Rochefort-sur-mer où sévit une épidémie de « fièvre pestilentielle » que l’on reconnait comme avoir été le « mal de Siam » venue de tout évidence ou d’un navire négrier ou d’un navire venu des Antilles (14) ? Il déploie incontestablement un dévouement et un courage au-dessus de tout éloge. Persuadé que l'autopsie pouvait seule lui révéler les causes et la nature d'une maladie jusque alors peu étudiée, il ouvrit ou fit ouvrir sous ses yeux quatre à cinq cents cadavres. 

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A l’ouverture des cadavres « on trouva toujours le cerveau engorgé de sang d’un rouge foncé, ou livide dans toute sa substance ; le foie pareillement enflammé et engorgé de sang ; l’estomac et les intestins rouges, enflammés et parsemés de taches livides. Les ventricules du cœur et la veine cave contenaient du sang plus ou moins caillé ; toutes les ramifications de la veine porte étaient très-apparentes et remplies de grumeaux de sang. Dans plusieurs cadavres, une sérosité sanieuse était répandue entre les membranes du cerveau et dans l’abdomen ». Toujours sur la brèche, notre Esculape ne pouvait échapper au fléau qui faisait tant de victimes autour de lui dont on savait au moins, et lui le premier, qu’il était redoutablement contagieux : il fut frappé; mais d'avance il avait tracé le traitement auquel il voulait être soumis, dont l'exécution devait être confiée à un simple chirurgien auquel il faisait totalement confiance, qui le conduisit à la guérison après une très pénible convalescence. Il connut alors une carrière fulgurante qui lui valut évidemment de mortelles jalousies et rédigea son « traité des fièvres malignes et pestilentielles qui ont régné à Rochefort en 1694 » publié en 1742 dix ans après sa mort. De son vivant, il souhaitait de toute évidence garder son secret. Mais quelle est donc cette recette qui nous semble pouvoir présenter de curieuses analogies avec celles que pouvaient connaître les sorciers de Saint-Domingue ? Elle est en tous cas complexe : 4 onces d’eau de bourrache (15), un gros de confection d’hyacinthe (16), un gros de lilium (Lys), un demi gros de safran, grains de laudanum (opiacé à 10 % !), esprit de sel ammoniaque ou corne de cerf (17), sel volatile de vipère (18), chanvre écrasé (hallucinogène ?) et lessive de sarments. D’où tenait-il cette recette qui – selon lui – lui a sauvé la vie ? Tous les produits qu’elle contient, végétaux, animaux ou minéraux, peuvent avoir des vertus thérapeutiques. Elle mériterait en tous cas une analyse scientifique d’un spécialiste de la chimie organique et médicale ce qui ne semble jamais avoir été fait ? Elle ne lui est pas tombée du ciel : La tenait-il d’un « quimboiseurs » reconnaissant ? Ce sont probablement les recettes de son traité de 1742 qui ne concernent pas seulement le « mal de Siam » grâce auxquelles Bougainville a pu écrire « J’entrais dans le port de Saint-Malo le 16 mars 1769 n’ayant perdu que sept hommes pendant deux ans et quatre mois écoulés depuis notre sortie de Nantes » (19) et, citant Virgile « Puppibus et laeti nautae imposuere coronas » (20).

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Nous nous sommes peut-être éloignés de notre sujet, l’histoire du Siam, mais la vision (prémonitoire ?) de Chirac va irrémédiablement nous y ramener. Peut-être en effet est-il l’initiateur lointain de ce que nous appelons aujourd’hui le massage thaïlandais ? Alors devenu premier médecin de Louis XV, il recommande déjà, comme « remède très efficace contre beaucoup de maladies, le voyage en chaise de poste roulant rapidement sur le pavé ». L'abbé de Saint-Pierre, inspiré par Chirac, invente un fauteuil trépidant auquel il donne le nom de « trémoussoir » ou « tremousseur » qui est, au fond, l'ancêtre direct du « fauteuil trépidant » de Charcot. Ce fut le mécanicien Duguet qui, en 1734, d'après les indications de l'abbé Saint-Pierre, construisit le premier trémoussoir; il eut un succès retentissant. L'achat de cette machine fut surtout recommandé par de grandes réclames, aux gens riches et sédentaires; les moins fortunés pouvaient aussi se la procurer en location chez les chirurgiens. En 1744, Voltaire en fit usage pour le traitement de l'hypocondrie et de la constipation et il loua fort ses effets bienfaisants. Le nom de l'appareil fut adopté et introduit dans l'Encyclopédie de Diderot, où nous trouvons à l'article « Trémoussoir » la description suivante : « Dans une foule de circonstances, où le mouvement paraît être le moyen le plus propre à guérir certaines affections, on a imaginé d'imiter, à l'aide d'une machine, celui que peut faire éprouver une voiture mue avec plus ou moins de rapidité. Cet appareil, nommé trémoussoir ou fauteuil de poste, peut être construit de diverses manières… » (21).

 

 

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Disons pour conclure que la maladie dite aujourd'hui fièvre jaune fut nommée d'abord « mal de Siam »  parce que son apparition à la Martinique, en 1694 coïncida avec la présence dans les ports de cette île de quelques bâtiments venus du golfe Siam, dénomination qui était l'effet d'une erreur que la suite des temps a rendue manifeste, erreur peut-être pas totalement innocente compte tenu de l’opinion négative et néfaste laissée dans l’opinion éclairée de l’époque par la malheureuse expédition de Siam. Il devint intellectuellement confortable d’associer le nom du Siam à cette fièvre putride. La démarche n’est pas nouvelle. Les Français ramenèrent de Naples la syphilis à la fin du XVème et s’empressèrent de la qualifier de « mal de Naples » dont l’origine n’avait pourtant rien de napolitain.

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NOTES

 

(1) R.P. Labat « Nouveau voyage aux îles françaises l’Amérique », Paris, 1722.

(2) Isambert, Decrusy et Taillandier  « Recueil des anciennes lois françaises depuis l’an 420 jusqu’à la révolution de 1789 » tome XX, 1830.

(3) Volume XXXI V° SI-SUBU édition de 1781.

(4) « Etudes sur la fièvre jaune » in Annales de l’Institut Pasteur 1903-1906.

(5) En particulier Allbutt « A system of medicine » Londres 1901 qui l’appelle encore« mal de Siam » ou Juan Guitéras y Gener « Recent Discoveries on Malaria and the Mosquito » La Havane 1900, qui tous deux cherchent l'origine de la maladie dans la transmission aérienne de miasmes provenant d'eaux sales et usées, ou de matières organiques en décomposition, sans faire alors de liens direct avec les moustiques comme il est aujourd’hui établi.

(6) Charles de la Roncière « Histoire de la marine française » tome VI « le crépuscule du grand règne, l’apogée de la guerre de course » 1899.

(7) Nous n’avons pas retrouvé le trajet de retour précis de la frégate. Elle périt corps et bien à la bataille naval de Vigo en 1702 et le journal de bord probablement avec (voir  O. Troude  « Batailles navales de la France », tome I, 1867).

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(8) Audouard « La traite des nègres considérée comme la cause de la fièvre jaune » in Bulletin de l'Académie nationale de médecine 1849 et bulletin de Institut de médecine tropicale du Service de santé des armées - Médecine tropicale, Marseille, 1998.

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(9) Voir Jacques Salés « Haïti, naissance tragique : 1779 – 1803 », 2012.

(10) Voir Jacques Ducoin « Bertrand d’Ogeron, fondateur de la colonie de Saint-Domingue et gouverneur des flibustiers », 2013 et (9).

(11) Isambert, Decrusy et Taillandier  « Recueil des anciennes lois françaises depuis l’an 420 jusqu’à la révolution de 1789 » tome XXIV, 1830.

(12) « Edit du roi touchant la police des îles de l’Amérique Françoise ».

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I(13) Il n’existe apparemment aucun lien de famille avec un ancien président de la république.

(14) Henri Bourru « Épidémie de Rochefort en 1693-1694 » : lecture faite en séance publique de l'Académie de La Rochelle, le samedi 5 février 1881. Du même « Des épidémies qui régnèrent à Rochefort en 1694 » : discours prononcé à la rentrée des cours de l'École de médecine navale de Rochefort, le 3 novembre 1881.

(15) Borrago officinalis, la plante passe pour avoir des vertus médicinales.

(16) La confection d'hyacinthe (confectio de hyacintho) était une « confection », c'est-à-dire un remède, de la famille des électuaires (à base de miel), dont le premier ingrédient était le minéral hyacinthe. Elle appartenait à la pharmacopée maritime occidentale au xviiième siècle et sa composition était complexe : hyacinthe préparée, yeux d'écrevisse, feuilles de dictame de Crète (Origanum dictamnus), feuilles de santal citrin (santalum citrinum)safran pulvérisé, miel de Narbonneterre sigilléecannellemyrrhe choisie, sirop de limon.

(17) La corne de cerf (fortement ammoniaquée) fait partie des ingrédients fondamentaux de la médecine traditionnelle chinoise.

(18) La composition, à base de vipère vivante est extrêmement complexe et pouvait inclure plusieurs dizaines de plantes aromatiques.

(19) Voir Adrien Carr « L'Expédition de Bougainville et l'hygiène navale de son temps »  In: Journal de la Société des océanistes, tome 24, 1968. pp. 63-75 et Etienne Taillemite « Bougainville », 2012.

(20) « Les marins posaient joyeusement des couronnes de fleurs sur la poupe » Les nautoniers avaient coutume d’orner de fleurs la poupe des vaisseaux lorsqu’ils rentraient au port.

 
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(21) J.-E Marfort « Manuel pratique de massage et de gymnastique médicale suédoise », 1907.

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