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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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13 décembre 2016 2 13 /12 /décembre /2016 22:50
INSOLITE 5. L’ABBÉ DU CHEYLA, MISSIONNAIRE ET MARTYR AU SIAM, BOURREAU ET MARTYR DANS LE GÉVAUDAN.

La lecture d’un article de Michael Smithies dans le Journal de la Siam Society nous a rappelé l‘existence de ce personnage controversé et plus encore : « L'abbé de Chaila 1648-1702 : touriste au Siam et persécuteur dans les Cévennes ».

 

Nous nous sommes intéressés à l’épisode siamois de l’abbé au vu de quelques souvenirs littéraires : L’immortel Alexandre Dumas bien sûr, mais aussi le très subversif Eugène Sue qui en fait le tortionnaire sadique des protestants cévenols dans « Les mystères du peuple », et qui en rajoute dans « Jean Cavalier ou le fanatique des Cévennes »,

INSOLITE 5. L’ABBÉ DU CHEYLA, MISSIONNAIRE ET MARTYR AU SIAM, BOURREAU ET MARTYR DANS LE GÉVAUDAN.

Robert-Louis Stevenson qui a traversé les Cévennes et notamment le Gévaudan, aujourd’hui la Lozère, à dos d’âne en 1878, qui en fit un martyr de la foi chrétienne « en Chine » devenu persécuteur dans  son pays...

INSOLITE 5. L’ABBÉ DU CHEYLA, MISSIONNAIRE ET MARTYR AU SIAM, BOURREAU ET MARTYR DANS LE GÉVAUDAN.

puis le duc de Saint-Simon pour qui il fut simplement « un ancien missionnaire au Siam » dont l’assassinat en 1702 fut à l’origine de la campagne féroce contre les camisards. 1929.

INSOLITE 5. L’ABBÉ DU CHEYLA, MISSIONNAIRE ET MARTYR AU SIAM, BOURREAU ET MARTYR DANS LE GÉVAUDAN.

 », son imagination féconde faisait un roman en dehors le plus souvent de toute vérité historique :nègres. Laissons-nous aller à la lecture de la version de Dumas dont nous savons qu’au vu d’une anecdote récoltée par l’un de ses multiples « nos romanciers en font d’abord un martyr au Siam », simplement parce qu’il fut bourreau et mort martyr mais martyr puis bourreau puis martyr, historien reconnu des Cévennes, dépouillée de toute passion à laquelle nous empruntons, en l’inversant, notre titre. Pourquoi « Robert PoujoulIl fait enfin l’objet d’une étude de

 

 

 

»L’abbé Duchayla était un fils puiné de la noble maison de Langlade, et, par le malheur de sa naissance, malgré l’instinct courageux qui veillait en lui, il avait été contraint de laisser à son aîné l’épaulette et l’épée et de prendre le petit collet et la soutane ; aussi, en sortant du séminaire, il s’était jeté avec toute l’ardeur de son tempérament dans l’église militante ; car à ce caractère de feu, il fallait des périls à courir, des ennemis à  combattre, une religion à imposer ; or comme à cette époque tout était tranquille en France, il avait tourné les yeux vers l’Inde, et s’était embarqué avec la fervente résolution d’un martyr. Le jeune missionnaire était arrivé aux Indes orientales dans des circonstances merveilleusement en harmonie avec les espérances célestes qu’il avait conçues : quelques-uns de ses prédécesseurs  ayant porté trop loin leur zèle religieux, le roi de Siam après en avoir fait périr plusieurs au milieu des tortures avait défendu aux missionnaires l’entrée dans ses états : cette défense, comme on le pense bien, ne fit qu'exciter le désir convertisseur de  l'abbé ; il trompa la surveillance des soldats, et, malgré les défenses terribles du roi, commença de prêcher la religion catholique parmi les idolâtres, dont il convertit un grand nombre. Un jour, il fut surpris par des soldats dans un petit village qu'il habitait depuis trois mois, et dont presque tous les habitants avaient abjuré leur fausse croyance ; conduit devant le gouverneur de Bankan ( ??), le noble défenseur du Christ, au lieu de renier sa foi, avait glorifié le saint nom de Dieu, et avait été livré aux bourreaux pour être torturé; là, tout ce que le corps de l'homme peut supporter sans mourir, l'abbé l'avait souffert avec résignation ; si bien que la colère s'était lassée avant la patience, et que les mains mutilées, la poitrine sillonnée de blessures, les jambes presque brisées par les entraves, il s'était évanoui ; alors on l'avait cru mort , et on l'avait suspendu par les poignets à un arbre; là, il avait été recueilli par un paria, et comme le bruit de son martyre s'était répandu, l'ambassadeur de Louis XIV avait hautement demandé justice; de sorte que le roi de Siam,  trop heureux que les bourreaux se fussent lassés si vite, avait renvoyé un homme mutilé, mais vivant, à M. de Chaumont, qui ne réclamait qu'un cadavre. Au moment où Louis XIV songeait à révoquer l'édit de Nantes, l'abbé Duchayla était un homme précieux pour lui ; aussi, vers 1682, fut-il rappelé de l'Inde, et un an après, envoyé à Mende, avec le titre d'archiprêtre et d'inspecteur des missions dans les Cévennes. Là, de persécuté qu'il avait été, l'abbé devint à son tour persécuteur.« 

 

 

 

 

 

 

 

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Voilà un tableau qui fut repris par ses panégyristes les plus fervents qui oublient ses « talents » ultérieurs de persécuteur. Toujours selon Dumas,  les supplices qu’il avait subi au Siam consistaient en roseaux taillés en sifflets, que l'on faisait  glisser sous les ongles, de pinces de fer avec lesquelles on arrachait les poils de la barbe, des paupières et des sourcils, de mèches graissées qui enveloppaient les doigts des patients, et qui, allumées, faisaient de chaque main un candélabre à cinq flambeaux, d'un étui tournant sur pivot, où l'on enfermait le malheureux et dans lequel on le faisait  tourner si rapidement qu'il finissait par perdre connaissance; enfin, d'entraves perfectionnées dans lesquelles les prisonniers qu'on transportait d'une ville à l'autre ne pouvaient rester assis ni debout. Ayant bravé les plus atroces supplices, il en portait la trace indélébile sur sa face mutilée et sinistre nous disent ses détracteurs, bien que le seul portrait que nous connaissions de lui, d’un anonyme au Musée départemental de Mende, n’en laisse rien paraître ?

 

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Où se situe la vérité ?

 

 

Nous savons que l'abbé de Choisy était ambassadeur coadjuteur du chevalier de Chaumont dans l'ambassade envoyée en 1685 par Louis XIV au Siam. En plus de Choisy, il y avait trois missionnaires français des Missions Etrangères de Paris, les RR.PP. Vachet, Basset, et Manuel, aumônier personnelle de Chaumont, l’abbé de Jully, et l’aumônier du navire le RP. Le Dot avec outre six jésuites mathématiciens en route vers la Chine, leur supérieur le RP. de Fontaney et les RR.PP, Bouvet, Gerbillon, Le Comte, Tachard et de Visdelou. Parmi les ecclésiastiques à bord se trouvait aussi l'abbé François de Langlade du Chayla (ou du Chaila), qui apparemment voyageait sans but particulier sinon la curiosité ou le désir de devenir missionnaire. Contrairement à ce qu’a écrit Forbin qui ne fait que citer sa présence, il n’appartenait pas aux missionnaires et contrairement à ce qu’écrivent la quasi-totalité de ses biographes, il n’appartenait pas non plus aux Missions étrangères de Paris. Smithies cite une lettre adressée à Monseigneur Pallu, évêque d'Héliopolis, par l’Intendant de la société des Missions étrangères à Paris le 16 février 1685 lui conseillant d’être prudent à l’égard de l’abbé du Chayla. Dans son « histoire de la mission de Siam », Adrien Launay, archiviste de l‘ordre, cite un courrier du père Vachet faisant état de la présence de l‘abbé à bord mais ajoute en note « François de Langlade du Chayla, d’une famille noble du Gévaudan né en 1645 (à Saint-Chely d’Apcher ?) partit avec l’ambassade de Chaumont et revint avec elle. Quoiqu’en disent plusieurs dictionnaires, il ne fit jamais partie de la société des Missions  étrangères et il ne travailla point à la conversion  des infidèles dans le royaume de Siam où il ne resta que quelques mois. Il retourna dans son diocèse en 1686, fut curé de Saint-Germain de Calberte (Lozère)…. »

 

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François de Langlade du Chayla naquit au château du Chayla-d'Ance, paroisse de Saint-Paul-le-Froid, un village de Lozère au nom évocateur en 1647 (ou 48 ?). Pour Smithies, sa famille était de la petite noblesse appauvrie de cette région sauvage et inhospitalière. Il semble pourtant que du côté paternel et du côté maternel, il ait appartenu à l’ancienne noblesse (1). La famille était-elle désargentée ? Rien n’est moins sûr. Ce mariage enrichit considérablement sa branche ce qui aurait suscité l’inimitié de la branche ainée (2).

 

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Son père était un homme « de cape et d’épée » querelleur, en difficultés perpétuelles avec ses voisins et perpétuellement endetté. Il mourut dans son lit en 1682 bien qu’ayant été condamné à la fois aux galères en 1660 puis à la décapitation pour une série de forfaits dont nous ignorons tout, condamnation qui auraient dû faire déroger sa famille (perdre la noblesse) et entraîner la « mort civile » (confiscation de tous ses biens) ce qui ne fut pas le cas. Sa mère mourut lorsqu’il avait 12 ans après avoir testé le 2 octobre 1659. Il est à l’âge de 12 ans probablement livré à lui-même si l’on admet que son père soit allé « faucher le grand pré » (ramer sur les galères du roi).

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On ignore tout de ses jeunes années. Il aurait été tonsuré en 1660 et aurait obtenu un doctorat en droit à Avignon en 1673 bien que nous ne le trouvions ni cette année-là ni une autre dans la Chronologie officielle. Il aurait reçu d’un parent le prieuré de Notre-Dame de Molezon (en Lozère) en bénéfice. I

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Il se serait ensuite trouvé en 1679 ou 1681 à Toulouse où il aurait obtenu un diplôme de docteur en théologie. Ce fut en tous cas une vocation tardive.

 

Avant son départ pour le Siam en 1685, son parcours est atypique.


En 1672, il s’attaque manu militari à un huissier venu procéder à des saisies de bétail de son père (aux galères ?). Il enferme l’huissier et ses deux clercs dans les caves du château pendant deux jours.

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Sept ans plus tard, il s’attaque physiquement à un agent de la gabelle ce qui lui vaut une amende de 300 livres réduite ultérieurement à 100 par des interventions familiales.

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Par son tempérament batailleur, il est proche de son frère ainé, Joseph, propriétaire d’un régiment d’infanterie et d’un plus jeune frère, Nicolas, mousquetaire de la garde du roi. En 1683 enfin, alors qu’il joue paisiblement aux cartes avec son frère aîné, le château a été attaqué et incendié par des membres de la famille d'Apchier, celle de sa mère, il y eut mort d’homme mais aucune suites criminelles. Il fait probablement y voir la main du beau-père de son frère aîné.

 

Chicanier aussi, nous le trouvons souvent à Paris pour s’occuper de procédures intéressant sa famille et utilisant probablement l’influence du beau-père de son frère aîné, Nicolas de Bauquemare, président l’une des chambres du Parlement.

 

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C’est probablement l’épouse de ce parlementaire, Catherine Voisin de Saint-Paul qui fréquente les salons littéraires de la capitale qui le fait venir à Paris en octobre 1684 et qui l’aurait présenté à l’abbé de Choisy. La noblesse de notre abbé est assurée mais point assez pour lui permettre d’accéder « aux honneurs de la Cour » alors que Choisy est dans l’intimité du frère du roi. Renonçant à son passé frivole de travesti et après une grave maladie, Choisy décida de renoncer à ses turpitudes et passa quelque temps en convalescence aux Missions étrangères de la rue du Bac sans toutefois se joindre officiellement aux missionnaires. Il a alors 41 ans, et n'a toujours pas été  ordonné prêtre. Chayla en a 37 et avait probablement été ordonné quatre ans auparavant. Il n’avait pas – comme Choisy - de connexions avec la Cour et c’est sans aucun doute grâce à l'influence dudit Choisy qu’il a obtenu une place bord de l' « Oiseau » pour aller à Siam. Mais comme Choisy, il a dû emprunter à Paris le 30 janvier 1685, d’un prêteur d'argent, le sieur Braque, la somme de 1.150 livres, énorme pour l’époque, pour prendre part  à la mission de Siam (3).

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Choisy, dans son « Journal d'un voyage à Siam » (1687) nous en parle de façon purement anecdotique à diverses reprises :

 

Le 4 mars 1685 : « …Nous avons eu toute la journée vent arrière. La frégate a peine à nous suivre : il faut qu'elle n'ait pas encore trouvé son assiette. Le père Tachard, jésuite, a dit la messe : il a été aux îles de l'Amérique et a le pied marin. Monsieur l'ambassadeur, qui donne l'exemple à tout le monde, a fait ses dévotions. M. Vachet se moque de la mer : mais l'abbé du Chayla, les missionnaires et la plupart des jésuites rendent la moitié de leur âme …».

 

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Le 26 février 1686 sur le chemin du retour « M. l’Abbé du Chayla vient de faire une conférence sur la restitution. La matière est importante, et M. l’abbé de Lionne ne laisse rien passer : il ne faut pas broncher devant lui » (4).

 

Le 25 mars 1686 : « M. l'abbé de Chayla a fait l'exhortation : elle était de fort bon sens, familière, propre à des matelots à qui il faut se faire entendre. C'est un homme jusqu'ici admirable, qui se donne à tout, toujours après les autres. Nous ne savons point encore le parti qu'il prendra dans les Indes : mais s'il se consacre aux missions, ce sera un bon ouvrier ; il a le zèle et la capacité » (5).

 

Le 12 avril 1686 « M. l’abbé du Chayla vient de faire une fort belle Passion. Je dis qu’il aurait pu la prêcher à Saint-Paul » (6).

 

La teneur de ses homélies nous laisse à penser que ses connaissances en théologie étaient solides. 

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Nous ne savons donc rien des activités de l'abbé du Chayla au Siam. Il a vraisemblablement été inclus dans tous les festivités organisées par  Phaulkon pour les Français.

 

Tout ce que nous apprenons est qu’il a rempli à bord ses devoirs avec compétence.

 

 

». quatre missionnaires, parmi lesquels étaient MM. Le Vacher et du Chayla, et une suite nombre de jeunes gentilshommes qui firent volontiers le voyage, ou par curiosité, ou comme nous avons dit, dans la vue de faire plaisir à M. l'ambassadeur » se contente de citer ses prêches et le père Tachard n’en dit pas un mot le considérant probablement comme insignifiant. Forbin, avons-nous dit, lorsqu’il nous parle de la préparation de l’expédition signale la présence de « Chailar Le chevalier de Chaumont qui l’appelle « 

Chayla à son retour ne reviendra pas évangéliser le Siam comme il l‘avait peut-être envisagé, il n’en supportait pas le climat nous disent ses biographes, ce que l’on peut comprendre quand l’on connaît celui de son Gévaudan natal.

 

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Il n’aura plus aucun rapport avec les Missions étrangères mais il partira à la recherche d’une position, ce en quoi sa naissance et les relations de son frère aîné vont probablement l’aider. Il sollicita un emploi, dans son diocèse d'origine, de Monseigneur  Placide de Baudry de Piencourt, évêque de Mende. Nous sommes à la fin de l'année 1686. La situation religieuse résulte de la révocation de l'édit de Nantes du 13 Avril 1598 par lequel Henri IV avait donné  aux protestants le droit de pratiquer leur  culte. La révocation est signée à Fontainebleau le jour même où le chevalier de Chaumont présentait au Roi Narai la lettre de Louis XIV, très probablement en présence de l'abbé du Chayla.

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Nous n'avons pas à apprécier ici cette révocation. Mais la répression est à l‘ordre du jour en particulier dans les zones à haute densité protestantes comme le Languedoc où l’agressivité et les exactions des «  religionnaires » à l’égard des catholiques mets incontestablement en cause l’intégrité du royaume. Le bras séculier du roi sera l’intendant Nicholas de Lamoignon de Basville.

 

Quelle meilleure occupation pour notre abbé que de faire partie de son administration sur le plan religieux. Il fut donc nommé Archiprêtre des Cévennes et Inspecteur des Missions du diocèse avec la bénédiction de l’évêque de Mende. D’après Smithies, celui-ci, traditionnellement hostile à la famille de Langlade, fut convaincu par l’intervention du beau-père de son frère aîné ; le parlementaire, et le règlement d’une vieille dette de la famille de 34.000 livres. On considéra que l'expérience de Chayla au Siam pouvait avoir son utilité. Les Cévennes étaient incontestablement le cœur de l'hérésie en France. La situation était difficile; les protestants dans certaines localités constituaient 95 % de la population, énergiques et souvent soutenus par quelques-unes des grandes familles de la région.

 

 

 

 

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L’abbé prit des fonctions en novembre 1686 et se fixa à Saint-Germain-de-Calberte au cœur du Gévaudan. Il y établit un séminaire. En 1689 son frère aîné devint commandant du régiment d'infanterie provinciale en Gévaudan. Ne nous attardons pas sur les suites qui ne concernant pas directement « notre » histoire. Pour les historiens catholiques, Basville et du Chayla appliquèrent strictement les consignes royales aussi dures fussent-elles. L’époque n’était pas au développement de la théorie des « baïonnettes intelligentes ». Pour les historiens protestants, ce ne fut qu’une longue suite d’exactions ignobles, du Chayla outrepassant allégrement ses ordres. Il aurait été de l'espèce des sous-Torquemada, pourvoyeur d'échafauds, questionneur insidieux et féroce, posant des questions perfides et suscitant les réponses par des tortures, dont quelques-uns étaient de son invention.

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Nous avons parlé de celles qui venaient du Siam. Il y aurait appris l'art de varier les tortures et de faire souffrir s’ingéniant à appliquer aux protestants les tortures auxquelles les barbares d'Orient l’avaient  soumis, ne dédaignant pas de faire lui-même office de bourreau. Le centre de ses activités se situait dans la maison forte qu'il occupait au bourg du Pont-de-Montvert toujours au cœur du Gévaudan.

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Le 24 juillet 1702, alors qu’il détenait des prisonniers dans les caves, la maison fut attaquée par une soixantaine de protestants menés par un « prophète » venu  les libérer. Sommé d’abjurer,  il refusa, fut percé de nombreux coups de poignard et la maison incendiée avec tout ce qu’elle contenait, une boucherie selon Dumas.

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Ce fut l’incident qui déclencha la guerre des Camisards. ».que l’on nous croira quand nous dirons que c’est la mort de l’abbé du Chaila qui nous l’a rendu intelligible et pitoyable. Il a vu venir le martyr et il est courageusement resté à son poste, Robert Poujoulécrit Nous espérons, De faux martyr chrétien au Siam il était devenu tortionnaire dans les Cévennes et y finit ses jours en vrai martyr. Il aspirait probablement à finir ses jours ainsi. «

 

 

 Fut-il vraiment ce « tigre à face d’agneau » ? Les historiens catholiques le contestent avec véhémence, légende dorée. Sa politique rigoureuse à  l’égard des protestants était, pour eux, celle voulue par le roi et il est difficile de s’indigner vertueusement des coups de bâtons qu’il faisait distribuer aux petits protestants n’apprenant pas leur catéchisme alors que la férule était dans tous les établissements d’enseignement d’alors et jusqu’à l’école de Jules Ferry pratique courante.

 

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L’abbé du Chayla,  c’est certain, n’avait passé que quelques mois au Siaml'élaboration romantique de faits.  ensuite ont-ils puisé l’origine de cette histoire ? La licence littéraire a ses limites qu’ils ont tous deux largement outrepassé dans une Stevenson d’abord et Dumas n’auraient pas manqué de nous le narrer. Où donc Chaumontet Forbin ,Choisy, il ne l’avait jamais évangélisé, il n’avait jamais été torturé, si cela était, nous pouvons penser que les mémorialistes,

 

 

C’est bien ainsi que nous ne voulons pas, historiens de hasard, écrire l’histoire !

 

 

Pour Robert Poujol, saluons cette  conclusion car il ne cache pas sa foi huguenote,  l’abbé du Chayla reste un personnage mythique pour  les uns et pour les autres, il serait salutaire que la simple dalle sous laquelle repose sa dépouille dans l'église de Saint-Germain-de-Calberte soit remise à jour par une inscription qui serait à la fois un geste de souvenir et un signe de réconciliation : « Ici repose François de Langlade du Chayla, dont la mort déclencha la Guerre des Camisards. Cette plaque a été érigée  par  les Cévenols réconciliés, en souvenir de toutes les victimes, en expiation de toutes les haines ». Il est sage en effet de laisser l'abbé du Chayla et les camisards aux historiens et à leur travail que doivent caractériser la patience, la rigueur et l'honnêteté.

 

 

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 » a été introduite par des évêques de combat dans le premier quart du siècle dernier mais sa cause n’est pas allée plus avant. Elle n’irait pas dans le sens d’une Eglise post conciliaire !martyr de la foiLe tricentenaire de son martyr n’a fait l’objet que de cérémonies religieuses catholiques confidentielles et discrètes dans certaines chapelles traditionalistes au cours desquelles il fut rappelé avec complaisance qu’il avait subi le port de la cangue au Siam, la légende perdure ! La cause de sa béatification comme « 

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Notes

 

 

(1) Selon les nobiliaires consultés (voir nos sources), la famille paternelle est une ancienne maison du Gévaudan de noblesse d’extraction connue dès l’an 1400 qui, l’argument était aussi souvent invoqué que commode, comme beaucoup d’autres maisons du Languedoc avait perdu la plupart de ses titres par le fait des guerres de religions. Et ceux qui avaient échappé au désastre par ces temps troubles furent égarés ou brûlés pendant la peste qui en 1720 désola le Gévaudan. Sa mère, épousée le 9 avril 1643, était Françoise d'Apchier, encore une très ancienne famille, veuve de Charles de Louet de Calvisson (d’une famille qui descendait ou prétendait descendre de Guillaume de Nogaret), dame du Chayla, et fille de François, baron de Montauroux, et de Louise de Motier de la Fayette dont la  famille, celle du général, était de respectable  noblesse.

 

 

, quelques souvenirs se trouvent encore dans l’église du village et les pierres ont servi à la construction de bâtiments voisins.èmepuisqu’il n’en reste rien, rasé et pillé au début du XIX   » et aurait comporté 365 fenêtres. Il est difficile d’en jugerle petit Versailles du Gévaudan(2) Le château que fit construire son père passait pour être « 

 

(3) A cette époque, un journalier à Paris gagne environ 20 livres par mois.

 

 », s’opposera violemment à la doctrine laxiste des jésuites. Provincialesdans les « Pascal (4) Il s’agit du problème théologique soulevé par la restitution des biens indûment acquis dans lequel

 

qu’il fallait effectivement beaucoup de talent pour rendre accessible aux marins du roi.Saint Thomas d’Aquin» relève de la casuistique de exhortation apostolique (5) L’ « 

 

(6) Choisy, nous aurions pu nous en douter.Smithies lui-même comme le dit assez naïvement Saint Paul parle probablement ici de l’église Saint Paul- Saint-Louis dans le quartier du Marais à Paris, et non devant

 

 

Sources

 

 

Michael Smithies « The Abbé de Chaila 1648–1702 : from tourist in Siam to persecutor in the Cévennes » « L'abbé de Chaila 1648-1702 : touriste au Siam et persécuteur dans les Cévennes » in Journal of the Siam Society - 2006 Vol. 94.

Alexandre Dumas : « Les crimes célèbres » au chapitre « Les massacres du midi » publié en livraisons à partir de 1839.

Eugène Sue « Les mystères du peuple », tome second, au chapitre « Le marteau de forgeron ou le code paysan », publié en 1849 et « Jean Cavalier ou le fanatique des Cévennes » publié en 1869.

Robert-Louis Stevenson « TRAVELS WITH A DONKEY IN THE CEVENNES » - « Voyage avec un âne dans les Cévennes » publié en 1879.

Duc de Saint-Simon  « Mémoires de Saint-Simon » tome XI, édition de 1924, p. 83, écrites de son vivant, elles ne furent publiées en 1829 que bien après sa mort en 1755.

Robert Poujoul « Bourreau ou Martyr ? L’Abbé du Chaila (1648–1702), Du Siam aux Cévennes, 1986. Mort en 2003, ce haut fonctionnaire est l’auteur d’une trilogie sur le thème du protestantisme cévenol : en 1981, C’est tout d’abord « Vébron, histoire d’un village cévenol », en 1986, « Bourreau ou martyr ? L’abbé du Chaila, 1648-1702. Du Siam aux Cévennes, » et en 1992 Basville, roi solitaire en Languedoc, intendant à Montpellier de 1685 à 1718 ».

 Adrien Launay « histoire de la mission de Siam », volume « documents historiques », publié en 1929.

E. de Teule « Chronologie des docteurs en droit civil de l’université d’Avignon », Paris  1887.

Abbé de Choisy « Journal d'un voyage à Siam »,1687.

Chevalier de Forbin « Mémoires du Comte de Forbin », 1730.

Alexandre de Chaumont  « Relation de l'ambassade de Mr. le Chevalier de Chaumont à la Cour du Roy de Siam, avec ce qui s'est passé de plus remarquable durant son voyage », 1733.

 RP. Guy Tachard « Voyage de Siam des pères jésuites », 1686.

 

Ouvrages hagiographiques


François- Placide de Baudry de Piencourt « Histoire du fanatisme renouvelé, où l'on raconte fidèlement les sacrilèges, les incendies & les meurtres commis dans les Cévennes & les châtiments qui en ont été faits » 1703. 

Rescossier «  Relation de la mort de l'abbé Langlade du Chayla », Toulouse, 1853.

De L'Ouvreleul  «  le Fanatisme renouvelé » Avignon, 1868.

Abbé Jean-Baptiste Couderc  « Victimes des Camisards », 1907.

Abbé Rouquette  « L'Abbé du Chayla et le clergé des Cévennes », 1907.

 

Ouvrages hostiles

 

Ph. Corbières «  La guerre des Camisards et ses historiens » in « Bulletin historique et littéraire de la Société de l'histoire du protestantisme français », tome XXV de 1876.

Dans la même revue, en 1924, E. Hugues reproduit l’acte de décès  de l’abbé :

« Le 24 juillet, Messire François De Langlade Duchaila, cy devant curé de Saint-Germain, inspecteur des missions, la faisant au Pont-de-Montvert  fut attaqué par les fanatiques qui le martyrisèrent de plusieurs coups de baïonnette, de sabre et de fusil. Le 25 on fut prendre son corps et le 26 juillet 1702 on l'enterra dans l'Eglise de Saint-Germain, à l’entrée du chœur vis-à-vis des chapelles de Notre-Dame et Saint-Joseph.  Le RP Louvreleul a prononcé son éloge funèbre. Signé Vernet, curé ».

Ferdinand Rossignol « Les protestants illustres, portraits-biographies », 1863.

Léon Cladel « N'a-qu'un-œil » 1882.

Henriette de Witt  « Scènes historiques du protestantisme français », 1879.

 

Nobiliaires

 

Louis de La Roque  « Armorial de la noblesse de Languedoc », deux volumes, 1860.

 « Dictionnaire universel de la noblesse de France » par J. Bapt. de Courcelles, tome III  et Tome IV de 1821

« Dictionnaire des familles françaises anciennes ou notables » de Chaix d’Este-Ange, tome IV, 1905.

« Nobiliaire du Velay » par le vicomte Jourda de Vaux, tomes  III - V et VIII, 1933.

«  Nobiliaire universel de France » de Saint-Allais, tome VIII et XI.

« Armorial du Gévaudan » par le vicomte de Lescure,

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