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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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12 octobre 2016 3 12 /10 /octobre /2016 18:16
UN FRANÇAIS, « MARIE Ier », ROI « IN PARTIBUS » DES MOÏS ET DES SÉDANGS, « GLORIA IN EXCELSIS MARIA » !

Auguste Jean-Baptiste Marie Charles DAVID dit  « de Mayrena », « Marie Ier, roi des Sédangs ».

 

Il y avait encore place au XIXème siècle pour ces pittoresques aventuriers qui tentèrent de se créer un royaume. Le plus connu est James Brooke devenu sultan de Sarawak vers 1840, inspirateur de Rudyard Kipling dans son roman « The Man Who Would Be King » (1). Qui se souviendrait encore d’Antoine Tounens, avoué à Périgueux et roi de Patagonie de 1860 à 1862 sous le nom d’ « Orélie Ier roi d’Araucanie-Patagonie » s’il n’avait été immortalisé par Jean Raspail (2) après l’avoir été plus confidentiellement par Saint-Loup (3) ? Même à Montmartre, on a oublié Paul Ganier, ancien commandant en chef des armées siamoises, élu en 1873 Président à vie de la république de Saint Domingue… pendant quelques semaines. Nous lui avons consacré une chronique (4). André Malraux s’est passionné pour tous ces « aventuriers » qui ont pu, au cours de l’histoire, donner l’impression qu’ils voulaient changer de civilisation, c’est-à-dire d’identité : pour cette raison, il s’est intéressé à Mayréna, notre « héros du jour » et héros de son roman inachevé « Le Règne du Malin ». Qui était-il ?

UN FRANÇAIS, « MARIE Ier », ROI « IN PARTIBUS » DES MOÏS ET DES SÉDANGS, « GLORIA IN EXCELSIS MARIA » !

A 200 kilomètres au sud de Hué, à 100 kilomètres du port de Binh-Dinh, entre la chaîne annamitique et le Mékong, entre le 14° et le 15° parallèle, entouré par les Phuthaïs et les Moïs se trouve l’habitat des Sédangs. D‘après le capitaine Cotte (5) : « ce sont des pillards bien différents de leurs paisibles voisins. « Hauts, bien charpentés, au regard d’aigle dur et perçant, au nez aquilin, avec ses cheveux en chignon piqués de plumes et d’un peigne à larges cornes débordantes souvent dorées, la lance à la main, le bouclier au bras, sur le dos une légère hotte à trois poches, le Sédang est un guerrier altier toujours prêt à partir en expédition. Les villages perchés sur des signes communiquent entre eux par des signaux optiques. Ils ont tous une maison commune au toit très élevé et très incliné, sorte de temple des sacrifices où l’on tient conseil et se partage le butin au milieu d’orgies. 

UN FRANÇAIS, « MARIE Ier », ROI « IN PARTIBUS » DES MOÏS ET DES SÉDANGS, « GLORIA IN EXCELSIS MARIA » !

Des captifs cultivent les rizières du Sédang… L’anarchie règne non seulement entre les divers groupes ethniques mais encore entre les villages de même race qui souvent même sont en état d’hostilité réciproque. La tribu à proprement parler n’existe pas, la société se réduit au hameau qui forme une petite république ». Etienne Aymonier nous en donne une description similaire (6) « La population de ces peuplades peut être évaluée à 7.000 habitants. Leur seule industrie consiste en quelques forges où ils fabriquent de bonnes armes ».

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En 1840, les missionnaires fuyant les persécutions de l’Annam fondèrent dans cette région la mission des Banhars situé sur le Sé-San, affluent du Mékong sur la rive gauche. Cet établissement devint si prospère que les bonzes commencèrent à s’émouvoir des nombreuses conversions qu’il opérait et poussèrent les Moïs à le piller. La mission dut songer à se défendre pour éviter d’être détruite. Elle obtint de l’évêque d’entreprendre une campagne. On permit à un missionnaire de la diriger sans y prendre part. C‘est ainsi que le chapelet en mains, il repoussa la première confédération des Sédangs, les mêmes qui firent leur soumission aux pères lorsque Mayrena arriva à Kon-thum.

 

Venons-en à l’histoire de cet aventurier de haute envolée qui parvint à se créer un royaume presque imaginaire de ces quelques villages.

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Peut-être serait-il tombé dans l’oubli si quarante ans après sa curieuse équipée, il rentra sinon dans la gloire du moins dans la notoriété puisqu’en 1927 et 1928 trois écrivains de talent lui consacrèrent des ouvrages érudits. Ce fut d’abord Jean Marquet, écrivain important de la littérature coloniale (7). Maurice Soulié publie dans la collection « Les aventures extraordinaires » un « Marie Ier, roi des sédangs » et enfin, en décembre 1927, nous trouvons dans le « Bulletin de l’école française d’extrême orient » un article de Marcel Ner. Tous trois se sont intéressés à lui pour la seule raison que son aventure aurait pu réussir comme celle de l’Anglais Brooke, fondateur d’une dynastie à Bornéo… Tous trois sont, dans des proportions différentes, enclins à considérer non sans raisons notre roi de façon très négative ! Des ouvrages plus récents ont remis son souvenir en mémoire, pour ne parler que de ceux en langue française, celui de Michel Aurillac, de l’Académie française, un récit très romancé et dans lequel l’auteur manifeste une sympathie marquée pour cet aventurier (8) et la remarquable biographie d’Antoine Michelland (9) dans laquelle il quitte son rôle habituel de chroniqueur des familles royales dans l’hebdomadaire « Point de vue ». Ce n’est plus un roman, c’est une thèse. La promotion de Mayréna étonna ou plutôt amusa Paris où il avait été très répandu et ceux qui avaient connu le nouveau monarque ne prirent pas trop sa royauté au sérieux. 

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Michelland puise d’abondance et plus encore dans la malveillante presse de l’époque, c’est souvent suave. Cette presse estima à quelques centaines de milliers de francs les sommes empruntées tant aux missions qu’au gouvernement et à quelques naïfs, par ce roi de l’autosuggestion alors qu’une personnalité plus sérieuse eût pu rendre cependant d’immenses services au pays en avançant de quelques années la pénétration française chez les Sedangs.

 

Qui était-il ?

 

Auguste Jean-Baptiste Marie Charles DAVID est né le 31 janvier 1842 à Toulon d’une famille d’origine juive chassée du royaume très catholique au XVème siècle à laquelle l’inquisition valut de se réfugier en France. Devenue de bonne et pieuse bourgeoisie, bien implantée dans l’armée (marine), l’administration et les affaires on s’attache à singer la noblesse comme le montre l’avalanche de prénoms en mémoire des parrain, marraine et aïeux, le dernier étant le prénom d’usage. 

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Le patronyme de « Mayrena » dont Charles, seul de la famille, s’est affublé en y ajoutant lorsque le besoin se fait sentir un titre de baron ou de comte est-il un rappel d’une lointaine origine de la famille dans la ville andalouse de Mairena ? Il l’utilisa systématiquement au cours de sa carrière militaire à une époque où, il est vrai, un patronyme à consonance israélite (surtout dans la marine) était un handicap. Il échoue en 1857 à l’examen d’entrée du « Borda » (indolence ou incompétence ?) qui ouvre les portes de l’école navale. 

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Il s’engage alors à 17 ans le 11 juillet 1859 au 6ème régiment de dragons. Il va de sanction disciplinaire en sanction disciplinaire et nous le retrouverons en 1862 dans les spahis de Cochinchine sans qu’on sache exactement quel fut son grade, sous-officier ou officier et s’il prit – comme il le prétendit – une part active à la prise de Bien Hoa le 16 décembre 1861 qui marque l’ouverture de la Cochinchine à la France. 

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Il quitte  l’armée en 1868 et reprend du service en 1870, il y gagne le grade de capitaine. Interviennent alors deux épisodes au moins obscurs, une sanction disciplinaire pour absence illégale le 14 janvier 1871 et un vol de 400 francs dans la caisse de son général. Accordons-lui le bénéfice du doute. Il est en tous cas fait chevalier de la légion d’honneur le 28 février 1871 et le 1er juillet 1873, les sanctions disciplinaires prononcées contre lui, nous ignorons lesquelles, sont levées, nous n’en saurons pas plus. 

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Son dossier de la  Légion d’honneur contient un avis de recherche du Parquet de la Seine daté de 1909… Il était mort depuis 19 ans ! 

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Son humeur entreprenante l’incita à des grands voyages en Extrême-Orient et en Océanie. Il revenait à Paris, goûtait largement les plaisirs de la vie civilisé puis repartait pour des contrées lointaines. Il retourne en Indochine où il vit à Baria, un petit port près de Saigon. Pendant un séjour à Paris, il aurait obtenu (comment ?) la mission d’aller remettre au Sultan d’Aceh (10) de la part du Président de la république un « magnifique sabre » qui avait disparu lorsque l’envoyé débarquait à Sumatra. Mayréna offrit alors à défaut de sabre ses services au Sultan qui les accepta plus ou moins ? Encore un point obscur de l’histoire de Mayréna, qui en comporte beaucoup d’autres, le sabre n’aurait jamais existé ou il n’aurait jamais été perdu puisque c’aurait été celui avec lequel paradait le roi des Sédangs ?

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Nous allons le retrouver fixé à Saigon. C’est ainsi qu’il proposa au gouverneur général Ernest Constans le plan d’un voyage d’exploration chez les peuplades disséminés sur la chaine annamitique et au-delà sur lesquelles on n’avait pas à ce moment d’indications précises. Celui-ci lui confia donc en 1887 une mission ou plus exactement autorisa son voyage. Il ne s’agissait que de recueillir des renseignements d’ordre géographique et ethnologique. Il s’agissait aussi de chercher sur le haut Donaï l’existence du caoutchouc. 1700 piastres furent avancées par le gouvernement pour subvenir aux frais de l’expédition. Celle-ci ne dépassa pas Bien-Hoa, les provisions, composées essentiellement de caisses de champagne s’était trouvées presque immédiatement épuisées. 

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Au demeurant, d’autres avaient pénétré chez les Moïs et le but de la mission était simplement de compléter leurs indications. Il ne semble pas que la caravane qu’il conduisit fut très pourvue de ressources. Les autorités annamites durent pendant toute une partie du voyage lui fournir des secours devenus essentiels. Au reste, quelques-uns de ses compagnons abandonnèrent bientôt l’explorateur.

 

L’année suivante, il obtint l’autorisation d’entreprendre la prospection des sables aurifères dans la région d’Attapeu située entre Khong et Tourane. 

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Tel était le but avoué de l’expédition mais en réalité, il était envoyé pour surveiller et au besoin déjouer les intrigues de quelques explorateurs étrangers, probablement des Allemands dont on signalait des menées suspectes dans cette région : Arrivé, malgré des difficultés dont la principale était le manque d’argent, dans le pays des Moïs, il les trouva en guerre avec une autre peuplade. On doit dire équitablement qu’auparavant il avait barré la route, quoiqu’en très modeste équipage, à ces suspects voyageurs allemands beaucoup mieux équipés et fortement escortés. A une attitude résolue, il avait joint quelques artifices arguant de traités qu’il avait –  disait-il – conclu au nom du gouvernement français. Les Allemands battirent en retraite. 

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Il partait en enfant perdu, la plus grande initiative lui était laissée mais il avait été prévenu qu’à la première réclamation diplomatique, il serait immédiatement désavoué. Le caractère officieux de la mission du futur roi des Sédangs ne peut faire aucun doute en dépit des démentis postérieurs de l’administration coloniale et malgré les dénégations intéressées de quelques braves fonctionnaires qui, dupés d’abord officiellement, restèrent un peu trop longtemps flattés de pouvoir s’honorer de l’amitié d’un souverain. Il fit en effet la traversée de Saigon à Qui-Nhon en compagnie du gouverneur Constans et ce fut le résident du port de Binh-Dinh qui réquisitionna les guides et les coolies nécessaires à l’expédition. 

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Dans cette entreprise, il est accompagné d’un singulier « poisson-pilote », Alphonse Mercurol, ancien sous-officier d’infanterie de marine, agent des contributions indirectes en disponibilité, aventurier aux petits pieds à la réputation de parasite. Il ne se déplace qu’un révolver à la main. Sa suite comprend encore quelques boys, un interprète de la sureté de Saigon, une congaï et huit miliciens chargé de lui servir d’escorte. Quatre Chinois envoyés par des commerçants de Saigon pour constater la richesse des mines d’or fermaient la marche. Mayrena portait une tunique bleue très brodée et constellée de décorations, un ample pantalon annamite en soie crème retenu par une large ceinture écarlate et à ses côtés un sabre rival de celui de la grande duchesse de Gerolstein. 

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Sans se préoccuper le moins du monde de l’amicale promesse d’un désaveu officiel, il se dirige sur Kon-Thum, centre de l’importante mission des Banhars. Les missionnaires avaient été avertis de son arrivé aussi l’un d’eux vint-il à sa rencontre avec deux éléphants et des chevaux de bâts. Son arrivée nous est décrit par le Père Guerlach (11) 

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« Ainsi que notre évêque nous y invitait je me portais au-devant de notre compatriote envoyé en mission officielle par le gouvernement français … Grande fut ma surprise en constatant que l’explorateur avait arboré un guidon bleu avec trois trèfles blancs en bande. Monsieur de Mayrena me donna alors sur sa mission  les explications suivantes envoyé par le gouvernement français, il ne devait en rien compromettre le drapeau français mais il lui fallait au contraire paraître agir uniquement sous sa responsabilité personnelle en évitant avec soin tout ce qui aurait un caractère officiel. Il devait grouper sous son autorité toutes les peuplades indépendantes et ne s’arrêter qu’à une journée du MékongSi l’entreprise réussissait et ne soulevait aucune difficulté diplomatique de la part d’une puissance européenne, il passerait alors la main à la France et, en récompense, recevrait la concession de mines aurifères… Quand j’arrivais chez Pim, il avait déjà passé deux traités au nom du gouvernement françaisA une distance aussi peu éloigné de la frontière annamite, me dit-il, je puis y aller carrément. Dans les régions où nous serons exposés à rencontrer des étrangers, j’agirai en mon nom personnelLes étrangers auxquels Mayrena faisait allusion étaient des Allemands dont m’avait déjà parlé M. Berger, résident général. Ils venaient par le Siam et le Laos». Le 10 mai l’expédition reprit sa marche. Le 13, elle atteignit les premiers villages chrétiens où elle se reposa quelques jours et le 23 elle campa à Kon Thum ».

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Le 10 mai l’expédition reprit sa marche. Le 13 elle atteignit les premiers villages chrétiens où elle se reposa quelques jours et le 23 elle campa à Kon Thum. Le surlendemain, Mayrena accompagné de Mercurol, du père Guerlach, de deux annamites, de dix Banhars et de quatre Chinois se mit en route à travers la foret. Le père Guerlach continue « La marche devint vite pénible car le terrain était couvert de bambous dont les branches enchevêtrées formaient une voute si basse qu’il fallait pour passer par-dessous se courber jusqu’à terre. Mayrena, d’un taille très élevée souffrait plus que tout autre de cette gymnastique et ne  cessait de s’écrier : « Que le diable emporte tous ces bambous ! ». Le 28 nous étions sur la rive gauche du Poko qui, après son confluent avec le Bla, forme le Sé-San. (actuellement Tonlé-san). 

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A Kon-Goung-Jé, les habitants signent un traité et reconnaissent pour grand chef Mayrena qu’ils prient de tirer quelques coups de carabine. Ils admirent la portée de cette arme mais ils aiment surtout les douilles vides en laiton qui constituent des ornements de première classe pour les tuyaux de pipes…Le 2 juin on nous apprend que le mois précédent trois européens suivis d’une escorte armée sont arrivés jusqu’à Attapeu, mais la fièvre et les grandes pluies les ont forcé à rétrograder. Ils ont annoncé l’intention de revenir à une époque plus favorable. Aux lunettes qu’ils portaient Mayrena crut reconnaître le signalement des explorateurs allemands. Le 3 juin Mayréna établit le « Constitution du royaume Sédang que plusieurs chefs signèrent le même jour : naturellement, je servis de secrétaire-interprète et contresignai comme témoin. Le chef des Keniongs conclut également une alliance et reçut plusieurs présents ; mais le Tao-muong d’Attapeu, instruit de ce qui s’était passé, confisqua les présents et lui infligea un forte amende pour avoir reconnu la juridiction d’une autre puissance que le Siam (le territoire des Keniongs ne fut rattaché aux possessions françaises qu’au mois de novembre 1893). Le 7 nous étions de retour chez moi après avoir reçu des averses diluviennes. Une partie des Saïgonnais et des Chinois avaient la fièvre. Mayrena écrivit aussitôt, pour le secrétaire d’état aux colonies et pour le gouverneur général deux comptes rendus fort détaillés que j’envoyais à Qui-Nhon par express ».

 

La tête lui était venue de se tailler un royaume dans ces régions.

 

Le 3 juin 1888 en se donnant une couronne sous le nom drôlichon de « Marie Ier », il proclamait : « Les territoires qui s’allient aujourd’hui prennent le nom de confédération des Moïs. Les territoires sédangs étant les plus considérables dans cette confédération, celle-ci prendra le nom de royaume sédang ».

 

Se souvenant alors de sa qualité d’ancien élève des jésuites, Mayrena se mit à faire la cour aux Pères et pendant plusieurs mois vécut à leurs crochets. Il employa d’ailleurs utilement ce temps à fonder, premier soin, l’ordre de Sainte-Marguerite, à déterminer sur le papier les limites du royaume des Sédangs et à le doter de diverses constitutions dont la première semble surtout remarquable par sa belle simplicité.

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Il aurait même participé à la confection d’un hymne national sur une musique (probablement) de l’un de ses frères musicien, dont nous n’avons pu retrouver les paroles mais le seul refrain, quelle belle humilité, « Gloria in excelsis Maria ». Cette déclaration constituait la royauté héréditaire et donnait au roi un pouvoir absolu. Il voulut bien toutefois accepter un conseil privé. Un article spécifiait la couleur du drapeau, bleu uni avec une croix blanche à étoile roue au centre. 

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Sa majesté devenue Marie Ier prenait pour capitale le village de Kou-Gung. La devise du royaume était « toujours Sédang, jamais cédant ». Ce qui est assez plaisant, c’est qu’il fit authentifier cet acte par le père Jean-Baptiste Guerlach qui regretta plus tard la facilité avec laquelle il avait reconnu le royaume, attestant que cette monarchie s’était fondée sans contrainte ! De son côté Mercurol, promu ministre des affaires étrangères s’efforçait en vain d’apprendre à signer.

 

Les Sédangs, habitant des régions fort peu accessibles se trouvaient alors au moins de fait pratiquement indépendants. Pendant quelques temps, tout marcha selon les désirs de sa Majesté et une première expédition au cours de laquelle il défit les Jaraïs, ennemis irréconciliables des Sédangs et des Banhars lui valut un grand prestige auprès des sauvages : Il avait été officier, il était énergique, il avait le sens du commandement. Par malheur, pendant qu’il se reposait à Kon-Thum son escorte fondit comme par enchantement. Le souverain ayant émis la prétention de payer sa troupe en billets de sa fabrication, boys et miliciens se hâtèrent de regagner la côte en maugréant. Ingratitude encore plus noire, sa congaï disparut avec un billet de 100 piastres, sa seule fortune. Comble de malheur, une seconde campagne pendant laquelle son armée de guerriers prit la fuit vint ébranler sérieusement sa gloire. 

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Ne le considérant alors plus comme un demi-Dieu, les Sédangs refusèrent de l’écouter. A la suite de cet échec, il réduisit son ambition à ne régner plus que sur les Banhars, peuplade annamite paisible et déjà convertie. 

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Mais les pères à leur tour prirent ombrage de ses projets et s’empressèrent de lui couper les vivres d’autant que leur protégé cherchait à les engager dans des dépenses de plus en plus considérables : Ne venait-il pas de commander à de naïfs Chinois de Hanoï 300 uniformes kakis pour vêtir son armée ? Ils en furent pour leurs frais et ne virent jamais un sous de leur facture de 5.500 francs. Il engagea ou aurait ensuit engagé une nouvelle campagne contre les Jaraïs en juin 1888 sur la rive droit du Poko à la suite de laquelle les Hmongs l’auraient accepté comme roi ? Au cours enfin d’une dernière expédition chez les Sédangs, il en profita pour rédiger la constitution définitive du royaume. Cette fois, le père Irigoyen qui lui servait de guide consentit à le signer : « Un village près du Laos signa un traité spécial par lequel le chef en présence de plusieurs notables Sédangs s’engageait à ne reconnaître aucun autre roi que Mayrena ».

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Nous ne sommes pas dans une totale pantalonnade puisqu’il recevait de Lemire, résident de Qui-Nhon un courrier daté du 19 septembre 1888 le félicitant des résultats obtenus. En septembre 1888, il quitte son royaume et prend le chemin d’Haïphong pour rencontrer le résident général. Celui-ci s’empressa de lui remettre quelques subsides tout en lui faisant comprendre que ses bons offices semblaient désormais inutiles, il lui serait agréable qu’il allât régner sur un autre point du globe. Rendu furieux par la ladrerie de l’administration, le monarque fait savoir que dans ces conditions, il entendait bien conserver en propre le royaume qu’il avait pris la peine de fonder. A Haïphong il se hâta de faire imprimer et distribuer d’innombrables brevets de son royal ordre de chevalerie. Pour conforter la réalité de ses droits allégués, il joue aux pères le mauvais tour d’affirmer qu’ils avaient accepté d’en assumer la gérance en son absence et que ses sujets étaient prêts à prendre les armes contre n’importe qui au premier signal donné par lui. Les  pères démontrèrent facilement au résident le ridicule de cette insinuation. Mayréna avait pris la précaution de s’embarquer sur un navire danois, le Freidj battant son pavillon pour rejoindre Hong-Kong. Il s’y retrouve totalement désargenté bien que porteur de nombreuses traites portant la signature bien imitée de Monseigneur François-Xavier Van Camelbeke des missions étrangères. Il obtient par sa faconde une audience spéciale du gouverneur anglais. En même temps, il propose aux consuls d’Allemagne et d’Angleterre de leur vendre son royaume. Ces derniers préviennent alors charitablement leur collègue français qu’un de leur compatriote a été victime d’une insolation, probablement frappé d'un sérieux coup de soleil provençal ?.

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Le gouvernement de l’Indochine, craignant que les indigènes n’aient été dupés par Mayréna envoie en mars 1889 un certain Guiomard les informer que leur ancien roi avait abusé leur confiance et que tous les chefs devaient lui remettre tous les drapeaux, insignes et proclamations et leur donne le choix ou d’élire un chef indigène ou de rejoindre la confédération Bahnar-Reungao (de 1888) dont le président Krui était déjà officiellement reconnu comme protecteur par la France. Sédangs et Hmongs choisirent ce dernier parti et échangèrent sans regret leurs étendards bleus contre le drapeau tricolore. Cette confédération dite « des sauvages » disparut définitivement lors de l’installation d’un commissaire français à Attapeu.

 

Incompris alors chez les siens, Mayréna retourne à Paris, commande des timbres-poste sur lesquels se jettent de naïfs « timbromanes » comme on disait alors, 

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puis, fuyant quelques anciens créanciers et les suites d’un faillite plus ou moins frauduleuse datant de sa jeunesse (12), il part s’installer à Bruxelles, crée des ministres, des comtes et des marquis, des actions de mines d’or et surtout, ce qui était d’un meilleur rapport, vendre le plus grand nombre possible de décorations, sa liste civile étant mince. 

 

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Mais en 1889, la justice le rattrape en Belgique pour vérifier la signature de quelques traites provenant soit disant de la mission des Banhars.

 

Il se décide à retourner dans ses états pour éviter d’avoir trop de démêlées avec des gens dont la profession est d’être assez gênants pour ceux qui se mettent au-dessus des simples et bonnes vieilles lois mais après avoir obtenu d’un « financier », Léon S. dont il fait un Duc de Sepyr et de Seydron, un prêt de 200.000 francs lui permettant de noliser un bateau. Il s’embarque avec quelques belges devenus pour la circonstance ministres ou officiers de sa maison royale. Mais le navire affrété à Anvers contenait en réalité une telle cargaison d’armes qu’il est arraisonné à Singapour par le gouvernement anglais qui met l’embargo sur le bâtiment et le chargement. Par ailleurs, le consul de France à Singapour l’avertit charitablement qu’il serait imprudent de débarquer en Annam par mer (ou de tenter d’y pénétrer par le Siam) puisqu’y circulent à son nom des mandats qui ne sont pas postaux, le gouvernement français ayant par ailleurs trouvé la plaisanterie un peu forte. 

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Il se réfugie alors, abandonné de tous, y compris de Mercurol dont il avait pourtant fait en tout modestie un «  marquis de Hanoï », sur la petite île de Tioman (aujourd’hui paradis touristique) au nord-est de Singapour et cherche à faire des affaires avec quelques sultans locaux tout en étant étroitement surveillé par les autorités anglaises, en survivant de chasse et de pèche tout en étant à l’abri de la horde de ses créanciers. 

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Confiné dans l'île avec quelques boys chinois, deux Egyptiens, un Anglais, M. Scott, et un Français, M. Villeroy, iIls habitaient la partie est de l'île et recevaient leurs provisions de Singapour. Les fonctions de chacun étaient parfaitement définies. Ainsi, M. Villeroy était le médecin du pseudo-roi, M. Scott remplissait la charge de ministre des travaux publics et avec l'administration du budget imaginaire de l'île. Au début de son installation à Tioman, le gouvernement anglais avait soupçonné Mayrena de vouloir créer un repaire de pirates, son installation coïncidant avec une certaine effervescence chez les Malais. Mais, interrogé sur ses intentions, Mayrena avait, dit un journal anglais, daigné répondre qu'il était venu à Tioman pour sa santé et rien de plus. On ne l'avait pas inquiété. Déjà M, Villeroy était mort. M. Scott l'avait abandonné et il se trouvait dans le dénuement le plus absolu. Il meurt le 11 novembre 1890 dans des circonstances demeurées mystérieuses (duel ? morsure de serpent ? assassinat ou suicide ? à moins qu’il n’ait finalement été retrouvé par un créancier rancunier ?). (« L’armée coloniale » du 20 janvier 1893). Il est inhumé par un belge qui lui était resté le dernier fidèle au cimetière musulman de Campong Javier à Kuala Rompin, dans le sultanat de Pahang dont dépendait son île. Sa tombe serait resté entretenue jusqu’à l’indépendance de la Malaisie 

 

Ses compagnons de gloire veillaient sur sa sépulture :

UN FRANÇAIS, « MARIE Ier », ROI « IN PARTIBUS » DES MOÏS ET DES SÉDANGS, « GLORIA IN EXCELSIS MARIA » !

La succession :

 

Pouvait-il en avoir une ? Il mourut sans avoir désigné son successeur comme ses constitutions lui en donnaient le privilège. Sa vie personnelle fut agitée. Michelland s’y attarde longuement, nous ne le ferons pas, nous retrouvons là le chroniqueur habituel des familles royales. Il contracta un premier mariage selon les lois de la république et de l’église. Son épouse n’ayant pas souhaité le suivre dans ses pérégrinations asiatiques, il s’en affranchit d’un trait de plume par ordonnance royale du 21 août 1888, ses qualités le dispensant évidemment de faire appel aux tribunaux de la république. Il eut ensuite diverses épouses ou concubines en Indochine puis en Malaisie. 

UN FRANÇAIS, « MARIE Ier », ROI « IN PARTIBUS » DES MOÏS ET DES SÉDANGS, « GLORIA IN EXCELSIS MARIA » !

Il a ou aurait eu de sa première congaï une fille, Yvonne, qui alimenta la chronique boulevardière. 

UN FRANÇAIS, « MARIE Ier », ROI « IN PARTIBUS » DES MOÏS ET DES SÉDANGS, « GLORIA IN EXCELSIS MARIA » !

Connue au début du siècle dernier à Paris comme demi mondaine sous le nom de « Comtesse de Moelly » elle était « très connue des habitués du bois de Boulogne » vivant probablement des subsides d’un généreux commanditaire, un prince russe. Il y eut un « accroc » dans sa carrière : elle aurait délesté quelques bijoutiers de la rue de la Paix de 100.000 francs de bijoux qu’elle avait eu l’étourderie d’oublier de régler. 

UN FRANÇAIS, « MARIE Ier », ROI « IN PARTIBUS » DES MOÏS ET DES SÉDANGS, « GLORIA IN EXCELSIS MARIA » !

Nous reconnaissons bien là la digne fille de son père. Elle bénéficia rapidement d’un non-lieu, le commanditaire ayant probablement désintéressé les victimes ? 

UN FRANÇAIS, « MARIE Ier », ROI « IN PARTIBUS » DES MOÏS ET DES SÉDANGS, « GLORIA IN EXCELSIS MARIA » !

Cette affaire fit naturellement la joie goguenarde des chroniqueurs des boulevards. Nous la retrouverons l’année suivante au cirque russe Bequetow reprenant son nom de « princesse de Mayréna » comme « merveilleuse dresseuse d’éléphants ». 

UN FRANÇAIS, « MARIE Ier », ROI « IN PARTIBUS » DES MOÏS ET DES SÉDANGS, « GLORIA IN EXCELSIS MARIA » !

Nous perdons ensuit sa trace. On aurait retrouvé notre princesse au début des années 40 à Bruxelles, elle avait peut-être retenu l’expérience de son père selon laquelle les pigeons y sont plus faciles à plumer ? Jamais ne prétendit-elle à règne sur le trône paternel ! Notre Marie Ier avait deux frères, Henri et Romaric, qui lui survécurent sans prétendre à la couronne, conservant le nom modeste mais sans tâche que leur avaient légué leurs parents. Nous en serions restés là si ne s’était constitué au Canada il y a une vingtaine d’années un « Conseil de régence du royaume des Sédangs » composé de fantaisistes sinon d’escrocs qui attribue ou cherche à attribuer moyennant payement de substantiels droits de chancellerie décorations et titres de noblesse (13).

 

Cette aventure n'a pas seulement un intérêt anecdotique, elle a un intérêt historique puisqu’elle a posé brutalement à l'Administration française la question de la situation exacte de cet « hinterland » alors menacé par les Siamois, et opposé deux doctrines.

 

D'abord celle des Pères missionnaires qui étaient d'avis de s'appuyer directement sur les Moï plus ou moins indépendants et de signer avec eux des traités qui donneraient à la France une autorité directe en dehors de tout intermédiaire annamite ce qui explique l’appui du père Guerlach.  Mais la doctrine qui finit par triompher fut celle de M. Lemire, résident et de son ami, M. de Kergaradec, Consul au Siam, qui, se plaçant au point de vue international, pensaient que la France ne pouvait étendre sa domination sur l'ensemble de la rive gauche du Mékong, en partie occupée par les Siamois soutenus par l'Angleterre, qu'en s’appuyant sur les droits de l'Annam sur lequel le protectorat était déjà reconnu. Nous en avons rapidement parlé dans des articles précédents (14). La question en droit international est tout simplement celle des « territoires sans maîtres » ce qui était le cas au moins dans cette partie sud du Laos français sur laquelle a régné Marie Ier, où les droits d l’Annam, était encore plus fuligineux que ceux du Siam. Ces territoires sont occupés par des indigènes (sauvages) auxquels on ne reconnait pas le droit de souveraineté même si on respecte les droits de propriété privé. Le droit international alors dégagé par le traité de Berlin en 1885 est clair, la souveraineté sur un territoire s’acquiert par occupation. 

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Ne citons que l’exemple de Stanley qui a conquis le Congo pour le compte personnel du roi des belges en signant 400 traités avec 2000 chefs de tribus (15). Mayréna connaissait évidemment son histoire. De la même façon, homme d’imagination autant que d’action, il prit sur lui de passer des conventions avec les indigènes se donnant avec complaisance les pleins pouvoirs  qu’il n’avait pas. Jusque-là, imprudemment ou pas, il défendait les intérêts français. Michelland a rédigé une véritable thèse, mais il cède malheureusement trop souvent au charme incontestable de l’escroc et a tendance à l’absoudre de toutes ses turpitudes. Laissons conclure de façon plus réaliste le Baron Marc de Villiers du Terrage qui a la charité de lui épargner le vocable d’escroc : « Bohème jusqu’au bout des ongles, Mayréna aurait dû se contenter de fonder sa principauté dans les voisinages de nos boulevards. Toutefois, avec un semblant de royaume, l’appui du Siam, beaucoup d’argent et quelques principes, il eût peut-être créé un petit Sarawak. Remarquablement intelligent, très bel homme, raisonnant, quand il le voulait, avec le plus grand bon sens, prestidigitateur émérite, la seul chose qu’il ne réussit pas à escamoter fut un royaume » (16).

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NOTES

 

(1) « L'Homme qui voulut être roi » publié en 1888, à l’origine du superbe film de John Huston avec les inoubliables Sean Connery et Michael Caine (1975).

 

(2) Jean Raspail « Moi, Antoine de Tounens, roi de Patagonie » 1981. 

 

(3) Saint-Loup, « Le Roi blanc des Patagons » 1964.

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(4) http://www.alainbernardenthailande.com/article-paul-ganier-un-voyou-de-montmartre-commandant-en-chef-des-armees-du-roi-du-siam-87943667.html

 

(5) Maurice  Zimmermann «  Voyage du capitaine Cottes de Hanoï à Saïgon par Luang-pra-bang et la chaîne annamitique ». In : Annales de Géographie, t. 14, n°75, 1905. p. 281 s.

 

(6) « Une mission en Indochine – relation sommaire » in Bulletin de la société géographie de Paris, 1890, p. 216 s.

 

(7) Il publia dans le « Bulletin des amis du vieux Hanoï » puis en tirage à part « Un aventurier du XIXème siècle, Marie Ier Roi des Sédangs, 1888-1890 ».

 

(8) Michel AURILLAC « Le royaume oublié » 1986.

 

(9) Antoine Michelland « Marie Ier, le dernier roi français », 2012.

 

(10) Le sultanat d'Aceh (Achin) était un royaume d'Indonésie situé à la pointe nord de l'île de Sumatra.

 

 

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(11) « L’œuvre néfaste – les missionnaires en Indochine, assassinat de Robert et d’Odnd’hal, Mayréna roi des Sédangs » 1906.

 

(12) Cette faillite est bien réelle n’en déplaise à Michelland et ne fut clôturée que par jugement du Tribunal de commerce de Paris du 29 novembre 1899 : « Archives commerciales de la France » du 6 décembre 1899.

 

(13) www.sedang.org

 

(14) Voir nos deux articles H 1 « L’INCIDENT DE PAKNAM DU 13 JUILLET 1893 :

I - LES PRÉMICES : « L’AFFAIRE GROSGURIN » et H 2 « L’INCIDENT DE PAKNAM DU 13 JUILLET 1893 : II – LE PROCÉS : JUSTICE DES VAINQUEURS OU JUSTICE  DE CONCUSSIONAIRES ? ».

 

(15) Voir Charles Salomon « L'Occupation des territoires sans maître, étude de droit international. La conférence de Berlin, la question africaine, colonies et protectorats, droits des indigènes et droits de la civilisation, traités passés avec les indigènes » 1889.

 

(16) Baron Marc de Villiers du Terrage « Conquistadores et roitelets, rois sans couronne » 1906.

 

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Published by grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-b - dans Personnages - héros connus et inconnus
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