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  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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16 novembre 2016 3 16 /11 /novembre /2016 18:05
INSOLITE 3. BRAHMANISME ET BRAHMANES EN THAÏLANDE ?

Cet article reprend quelques idées d’articles antérieurs pour se recentrer sur le sujet traité.

 

Nous avions été surpris en découvrant dans notre première lecture des « Royales chroniques d’Ayutthaya » traduites par Cushman*, que la cérémonie d’intronisation des nouveaux rois, comportait des rites brahmaniques, la présence de brahmanes à la Cour dont certains avaient une grande influence dans les décisions prises par le roi, et que les titres attribués au nouveau roi intronisé le considéraient non seulement comme le Maître des Dieux,  le seigneur des dieux sur terre ,  le seigneur de la création , le Dirigeant des Rois, l’incarnation de  L'Omniscient et Originel Bouddha, de Asoka « le Maître des Trois Mondes »,  mais aussi de Rama, de Suprême Shiva, du «  Génial et Brillant Agni », et de Brahma « Conquérant du Monde », etc.

 

INSOLITE 3. BRAHMANISME ET BRAHMANES EN THAÏLANDE ?

De fait, la lecture de l’article  de Alain Forest in Le processus traditionnel de légitimation du pouvoir royal dans les pays de bouddhisme theravâda, confirmait que si l’accession au trône ne pouvait se comprendre  que dans le cadre mythico-religieux du bouddhisme theravada, des hommages étaient rendus à Brahma, Shiva, Vishnou, et que la cérémonie d’intronisation suivait un rituel brahmanique dirigé par des brahmanes. ** 

 

Cérémonies de couronnement du roi Vajiravudh en 1926 :

INSOLITE 3. BRAHMANISME ET BRAHMANES EN THAÏLANDE ?

Bref, nous avions été surpris par ce pouvoir accordé aux brahmanes dans un royaume que l’on présente comme un royaume bouddhiste. Nous avons alors cherché les raisons de ce pouvoir et de cette présence auprès des rois du Siam, sachant que l’Histoire devait nous en donner la clé.

 

Nous savions déjà que bien avant l’arrivée des Thaïs dans ce qui deviendra le Siam, la culture indienne s'était répandue en Asie du Sud-Est, d’autant  plus facilement, comme le dit Paul Mus  que l'Inde partageait avec ces peuples un fond commun pré-aryen, qui avait bien des analogies avec  cette culture, et que les moines « indiens » intégraient les divinités locales à leur panthéon.

INSOLITE 3. BRAHMANISME ET BRAHMANES EN THAÏLANDE ?

Et beaucoup de ports, de villages et groupes de villages, profitant de la  « nouvelle » richesse provenant de l’Inde ou de Chine, vont être sensibles avec ce qui pouvait apparaître comme une « modernité », une nouvelle source de prestige : une religion, une langue, une « science », un modèle « politique » et culturel …

 

En Inde, comme dans les nouvelles cités qui vont s’indianiser, les chefs comme les élites vont se rendre compte du profit qu’ils peuvent retirer du prestige des brahmanes. Il s’agit toujours de justifier son pouvoir et ses privilèges, de légitimer son nouveau rang. Et quoi de plus grand pour un Roi (ou un Chef) de devenir une incarnation d’une divinité hindou ou de Bouddha, avec le respect « sacré »  qu’il impose.

 

S’il est difficile de retracer l'histoire et les mécanismes de l'indianisation de la péninsule indochinoise selon les spécialistes, on sait que l’indianisation de cette Région (qui correspond au Viêt Nam,  au Cambodge, à la Birmanie et au centre de la Thaïlande actuels) s’est confirmée, après la formation de cités/Etats de type indien, comme le Champa, le Fou-nan, le Sri Ksetra, et le Dvaravati, du IIème au VIIème siècle.

 

Territoire du Dvaravati :

 

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(Cf. *** Notre article 6 intitulé «Les États indianisés avant l’arrivée des Thaïs » présente quelques données sur la formation de cités/Etats de type indien, (le Champa, le Fou-nan, le Sri Ksetra, et le Dvaravati) et leur évolution.)

 

Au milieu du VIème siècle,  le Tchen-la absorbait le Fou-nan. De nombreux Môns du Fou-nan émigrent alors et viennent renforcer des villages et établir un certain nombre de cités-états môns  au sein de la culture dite de Dvaravati, qui s'étendaient dans la baie de Bangkok et la plaine centrale.

 

Après la réunification des deux  royaumes khmers de Tchen-la  au début du IXème siècle par Jayavarman II (802-850), l’empire khmer va s’étendre, avec évidemment bien des conflits et des guerres (Cf. On pense par exemple aux Chams qui avaient mis à sac Angkor en 1177, et l’avaient occupé jusqu'en 1181),  pour devenir le royaume dominant de cette Région du IXème au XIIIème siècle, pour décliner ensuite.

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Il va à l’ouest intégrer l’état Môn de Hariphunchai (aujourd’hui au centre de la Thaïlande) et certaines zones frontalières du royaume de Pagan, en vassalisant certaines « tribus » thaïes au Nord, en annexant à l’est plusieurs provinces du Champa, au sud jusqu’au royaume malais de Grahi (correspondant à peu près à l’actuelle province thaïlandaise de Nakhon Si Thammarat) et enfin au nord en poussant jusqu’au sud du Laos.  

 

Mais nous étions dans les généralités et ne savions rien des conquêtes khmères au Siam, ni comment s’exerçaient leur pouvoir, leurs relations avec les pouvoirs locaux en place ; Aucune date, aucun nom de batailles, de généraux, de gouverneurs khmers ; Aucun vestiges de garnisons découverts. Et pourtant ils devaient être bien nombreux si l’on en juge  par les nombreux temples khmers bâtis dans  de nombreuses provinces thaïlandaises et principalement au nord-est, la vallée de la Mun et les provinces de Nakhon Ratchasima, Buri Ram, Surin et Ubon Ratchathani. Dans cette seule vallée, on estime que les Khmers ont construit plus de 300 temples, dont Phimai, qui était relié à Angkor, au sud, par une « voie royale » longue de 225 kilomètres.

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On ne va pas ici retracer l’histoire de l’Empire khmer, mais on sait que la civilisation khmère fut fortement influencée par la culture indienne, et que les religions officielles furent successivement l'hindouisme, le bouddhisme mahayana et enfin le bouddhisme theravada qui s’est  progressivement imposé à côté de l’adoration de Shiva et d’autres divinités hindouistes tout en cohabitant avec le culte du Dieu roi, introduit  par Jayavarman II au IXème siècle. Le roi représentait alors Shiva, un des dieux de la trinité brahmaniste (Brahma, Vishnu, Shiva).

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L’histoire de l’empire indique des allées et retours pour la prédominance de la religion officielle entre l’hindouisme et le bouddhisme ; avec  la présence de nombreux Indiens, lettrés, artistes et brahmanes à la cour d’Angkor.  Mais on peut se souvenir par exemple que la perle d’Angkor, Banteay Srei, sera fondé en 967 par le brahmane Yajnavaraha, guru du futur Jayavarman V et que le temple d’Angkor Vat édifié après 37 années de construction vers 1130 est dédié au dieu Vishnou ; que le dernier grand roi d’Angkor Jayavarman VII, adepte du bouddhisme mahayana, construisit le Bayon, avec ses tours de pierre symbolisant des visages monumentaux du Bodhisattva Avalokitesvara ; que Jayavarman VIII successeur en 1243 à Indravarman  fut adepte de Shiva et imposa un retour à l’ancienne religion de l’empire. Il convertit de nombreux temples bouddhistes en sanctuaires hindouistes, mais son gendre Indravarman III qui le dépose, sera lui un fidèle du bouddhisme theravada, qui s’imposera rapidement dans toute la région.  (Cf. ****)

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On peut donc facilement comprendre que les muang thaïs installés dans la région de Sukhotaï et vassaux de l’Empire khmer subirent ces différentes influences et que les deux princes thaïs, Pha Muang et Bang Klang Hao, qui se révoltèrent en 1238, pour  chasser le gouverneur khmer et fonder le premier royaume thaï héritaient du modèle de la société khmère avec ses bonzes et ses brahmanes et d’une langue, le sanscrit, (langue sacrée de l’hindouisme et du bouddhisme). Bang Klang Hao devenait d’ailleurs le roi de Sukhotai sous le titre brahmanique de Sri Indraditya.

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Au Nord, le roi Mangrai en 1262, fondait Chiang Rai, la première capitale du royaume thaï du Lan Na, et en 1287 les rois thaïs  de Sukkhotai, de Lan Na et de Phayao formaient la première grande alliance contre les menaces des Birmans et des Mongols …

 

Mais nous n’apprendrons rien sur la présence des brahmanes à la Cour des rois de Sukhotai (1238-1438), tant  les sources sur ce royaume sont minimes, parcellaires, incertaines. Même le grand historien thaï, le Prince Diskul (1923-2003), 

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... dans sa présentation de ce royaume sera dans les  « sans doute », « on pense que », « environ », « Probablement »  « semble-t-il » : « Selon les recherches les plus récentes, « on pense que » neuf rois régnèrent successivement à Sukhothai, de 1240 à 1438 « environ ». Le plus célèbre est « probablement » Ram Khamhaeng le Grand, troisième souverain de la dynastie. » 

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Le Prince, comme d’autres, était  réduit à la fameuse stèle de Ramkhamhaeng de 1292, « trouvée » par le roi Mongkut en 1833, pour donner des informations  sur son règne, ses qualités, ses faits d’armes,  son administration, ses valeurs, sa puissance, la liste des vassaux,  etc. Et qu’on observe dans son royaume les préceptes  de Bouddha, qu’on suit le calendrier, le cérémoniel et les rites  bouddhistes. Mais rien sur les brahmanes.

 

(Cf. ***** Liens de nos articles sur « La stèle de Ramakhamhèng) »

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Il faudra donc attendre la lecture des « Royales chroniques d’Ayutthaya » traduites par Cushman, pour apprendre la place et les rôles joués par les Brahmanes auprès du roi et à la Cour, en sachant que cette histoire laisse dans l’ombre de nombreux rois et de nombreuses périodes. (Le 1er chapitre, avec 23 pages couvre  15 rois sur une période de 197 ans de 1351 à 1548 ; et que seulement 8 rois sur 33, ont droit à un chapitre avec leur nom, dont 66 pages au héros national, le roi Naresuan (1590-1605), qui redonnera son indépendance au royaume d’Ayutthaya en 1584, et 86 pages pour le roi Naraï (1657-1688) ) ; et qu’elles n’offrent le plus souvent qu’une chronologie incertaine ... 

 

 

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... passant d’un événement à l’autre sans transition, sans préciser les causes, les enjeux, le contexte géopolitique, noyant la relation au milieu des rêves, prophéties, interprétations des auspices et augures, rites parfois,  ou de nombreuses pages consacrées à la description des processions de départ à la guerre (ordonnancement, rangs et couleurs, et  musique, le nom des généraux avec le nom de leurs éléphants), les longues descriptions de cérémonies religieuses, de festivités (couronnement ou hommages rendus par les vassaux), de constructions ou inaugurations de temples ou statues du Seigneur Bouddha, sans oublier le rappel incessant des noms et titres des protagonistes.

 

De fait, nous pouvons dire que les Chroniques sont essentiellement là pour démontrer la légitimité du roi en place, religieuse et politique, sa gloire, sa puissance, sa magnificence, sa générosité … » où  la divination, le symbolique, le rituel, le cérémonial tiennent une place essentielle.

 

Nous avons consacrés trois articles sur ces processus de légitimations, aidés par les articles de Louis Gabaude (Cf. ** Articles 92, 93, 94), pour découvrir que la date de couronnement est donnée par les brahmanes attachés à la Cour et que la cérémonie est conduite par le rituel brahmanique.  

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Elle exprime la volonté du nouveau pouvoir d’être intronisé le jour et à l’heure précis, voulus par les dieux et les astres, ainsi par exemple pour la « naissance » sacrée de la ville d’Ayutthaya, le « On friday, the 6th day of the waxing moon, 5th month, at 3 O’ clock and 50 minutes », ou la cérémonie d’intronisation du 1er roi : « En l’an 712 (une année du Tigre), au sixième jour du premier croissant du cinquième mois, un vendredi, à trois nalika et neuf bat après le lever du soleil - soit le vendredi 4 mars 1351, peu avant dix heures du matin - » ou encore pour la cérémonie d’intronisation du roi Naraï « 1018 of the Era, a year of the monkey, eight of the decade, Thursday, the second day of the warning moon, at two nalika in the afternoon ». Le titre du roi est attribué lors de cette cérémonie, montrant la lignée religieuse et prestigieuse, un dhammaraja, un roi selon la Loi bouddhique, mais aussi nous l’avons dit, représentant les dieux indiens, comme  Rama, le Suprême Shiva, le «  Génial et Brillant Agni », et Brahma le « Conquérant du Monde.  

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D’autres formes de légitimation viendront renforcer la fonction royale, avec certes les multiples hommages rendus à  Bouddha, la construction de temples, le pèlerinage annuel à  « L’Empreinte du pied de Bouddha », mais aussi avec les commandes royales de statues de Shiva et de  Brahma, ou encore le rôle  symbolique et politique attribués à la capture d’un éléphant blanc accordant mérites au roi et pouvoir sur ses vassaux. (L’éléphant est la monture d’Indra, qui au sein du védisme ancien, est le dieu guerrier invaincu, et seigneur des .hommes. Il représente un symbole du pouvoir royal. La découverte d’un éléphant blanc est toujours interprétée par les devins de la Cour comme un avènement heureux qui assure prestige, puissance, prospérité au roi et au royaume. Cf. in art. 95, comment le roi Chakkraphat (1549-1568) reçut  le titre de « seigneur des éléphants » par les prêtres du culte brahmanique et les chefs des religieux bouddhistes, unis aux grands mandarins du royaume, et pourquoi il dût faire la guerre au roi birman  Hongsawadi pour lui avoir refusé  deux éléphants blancs ». Depuis, « l’éléphant blanc « a toujours été présent dans l’histoire du pays ; Il fut le drapeau, symbole de la dynastie Chakri jusqu’en 1916 et est encore présent sur le drapeau de la marine de guerre.

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Les prêtres brahmanes et la divination.

 

Dans notre article 95, nous avions aussi mentionné que rien ne peut se faire d’important dans le royaume et dans la vie de chacun, sans avoir consulté les auspices, sans avoir recours à un prêtre-devin. Nous sommes dans un monde  sacré, où des forces du mal et du bien s’affrontent, où les planètes agissent, où des dieux interviennent dans le destin des humains et  dans les phénomènes naturels. Il faut savoir interpréter.

 

Les prêtres brahmanes ont cette fonction à la cour des rois du Siam. Ainsi - nous l’avons vu - ils décident du jour et de l’heure de l’intronisation du nouveau roi et de la cérémonie des funérailles du précédent roi décédé, mais aussi pour tous les actes royaux importants : l’installation d’une statue (Shiva, Brahma, Bouddha) que le roi a commandée, un pèlerinage à l’empreinte du pied de Bouddha à Saraburi, une visite royale dans une cité, la réception d’un éléphant blanc, une guerre, etc … Les Chroniques royales, si imprécises de par ailleurs, donneront la date et l’heure à la minute près, choisis par les brahmanes, de « l’événement » royal à venir.

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Mais les Chroniques montreront aussi que ce pouvoir n’est pas réservé aux seuls brahmanes. Ainsi le roi Naraï, lors de la guerre contre les Birmans de 1662 (?), fait appel à Phra Phimon Tham, le royal abbé du monastère de la Cloche, pour connaître le sort de son phraya Siha Ratcha Decho qui a été capturé par les Birmans, pour savoir s’il est mort ou vivant. On apprendra aussi que ce même phraya Siha Ratcha Decho, enchainé, avait examiné le jeu des nuages et des ombres, pour y lire un bon présage. Il lut alors un mantra bouddhiste qui lui permit de se libérer de ses chaines, de s’évader, et de vaincre. Le roi reçut cette bonne nouvelle pendant qu’il discutait avec le royal abbé, Phra Phimon Tham. Il en fut heureux et fit alors l’éloge de l’abbé, en déclarant que celui-ci avait prédit ce qui était impossible à trouver.

 

Mais M. l’Abbé de Choisy  dans son « Journal de voyage au Siam » indiquait que le roi Naraï savait aussi « composer » avec leur pouvoir et leur influence :

 

« Le jour est pris à jeudi 18 de ce mois (octobre). Les astrologues assurent qu’il fera beau ; on dit qu’ils ne se trompent presque jamais. Il y a pourtant douze ans que le roi ayant marqué un jour pour couper les eaux, il plut, et tous les beaux ballons furent gâtés. Les astrologues en furent chassés, et depuis on n’a pas fait la cérémonie. Les missionnaires sont venus là-dessus et ont prouvé que c’était une superstition. Le roi allait commander aux eaux de se retirer de dessus ses terres et les talapoins ne l’y faisaient aller que quand ils voyaient que les eaux s’allaient retirer, ce qu’ils connaissaient à une certaine marque. »

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Il n’empêche que « L’ambassade siamoise de Kosapan à la cour de Louis XIV en 1686, vue par les « Chroniques royales d’Ayutthaya », raconte « sérieusement » un récit fabuleux, fantastique, magique, surnaturel, mais bien « réel » pour l’ambassadeur Kosapan ; où un habile astrologue avec force bâtonnets, cierges, offrandes et méditations, les sauve de la mort éminente lors d’un cyclone. Où les ambassadeurs siamois déclarent à Louis XIV, lors d’une  démonstration militaire, que  leurs soldats ont des qualités oh combien, supérieures, puisque certains sont invincibles, avec la faculté de se rendre invisibles, d’autres invulnérables, car les coups qu’ils reçoivent demeurent inoffensifs. « Le lendemain, en présence du roi Louis XIV, 16 soldats siamois furent munis de talismans gravés de sentences magiques par l’astrologue et s’assirent devant les 500 soldats français à qui on ordonna de tirer, mais aucune balle ne sortit des mousquets. Après avoir festoyés, l’astrologue proposa alors une autre démonstration, où les balles pourraient partir. Mais si les balles partirent, certaines tombèrent au pied des tireurs, ou pas très loin, et d’autres devant les Siamois assis, et aucun soldat siamois ne fût touché. » (Cf.****** lien de notre article 97)

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Etions-nous encore dans l’hindouisme, le brahmanisme ou le bouddhisme ?

 

Nul doute que ces religions ou « visions du monde » s’imbriquaient et que le pays qui se veut bouddhiste avait  intégré (« thaïsé » ?)  la mythologie hindouiste, comme le montre le « Ramakien », la version thaïe du Ramayana, qui raconte l’épopée de Rama, un roi de l’inde antique ayant vécu 20 siècles avant notre ère, considéré comme le 7ème avatar (incarnation d’une divinité sur terre) de VishnouVishnou étant lui-même l’une des trois divinités suprêmes, avec Brahma et Shiva.

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Ou bien encore Garuda « homme-oiseau fabuleux de la mythologie hindouiste et bouddhiste. Il est l'emblème de la monarchie en Thaïlande ; un drapeau jaune frappé d'un Garuda rouge (appelé en thaï Khruth ครุฑ) flotte sur le palais quand le roi est présent. Il est aussi considéré comme un emblème national, puisqu'il orne les bâtiments officiels, le passeport et les billets de banque. »

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Bref, si le bouddhisme est bien la religion de la nation, l’hindouisme est toujours présent et joue encore un rôle important dans de multiples manifestations de la vie du royaume et des Thaïlandais.

 

De la question « Brahmanisme et brahmanes en Thaïlande ? », surgissait une évidence : l’hindouisme (et ses avatars) est partie intégrante de la culture et de l’esprit thaïlandais, avec ses croyances, sa littérature, son quotidien … Ce sera notre prochain article.

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Liens.

 

*The Royal Chronicles of Ayutthaya: A Synoptic Translation Cushman, Richard D. & Wyatt, David K., 8.2 x 11.4", 556 pp., paper, Bangkok, 2000

 

**92. Le processus de légitimation du pouvoir du roi Naraï, in « Les Chroniques royales d’Ayutthaya ».

L. Gabaude « 1.3. Les légitimations secondaires : stupa, images et ordination royale », in  « Revue d’études comparatives Est-Ouest », Vol. 32, n°1 (mars 2001), pp.141-173

http://www.alainbernardenthailande.com/article-92-le-processus-de-legitimation-du-pouvoir-du-roi-narai-in-les-chroniques-royales-d-ayutthaya-119264251.html 

Alain Forest, « Le processus traditionnel de légitimation du pouvoir royal dans les pays de bouddhisme theravada », Journal des anthropologues [En ligne], 104-105 | 2006. URL : http://jda.revues.org/496

 

5. « Notre » Histoire de la Thaïlande : l’ indianisation de la Thaïlande avant les Thais.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-5-l-indianisation-de-la-thailande-avant-les-thais-91724671.html

***6. Les États indianisés avant l’arrivée des Thaïs.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-6-les-etats-indianises-avant-l-arrivee-des-thais-91725700.html

Paul Mus, « Les cultes indigènes et indiennes au Champa », Bulletin de l’École Française d'Extrême-Orient [BEFEO], no 33/1, 1933, p. 367-410 (lire en ligne [archive])

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