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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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22 février 2017 3 22 /02 /février /2017 18:07
INSOLITE 11 - LES « PEUPLES DES MONTAGNES » DE LA RÉGION DE KHORAT, DERNIERS REPRÉSENTANTS DU DVARAVATI.

Nous vous avons parlé d’eux dans un article précédent (1) en quelques lignes qui méritent à la fois une rectification et quelques précisions, rectification car ces peuples  ne sont apparemment ni khmers ni musulmans.

 

En 1882 et six mois de 1883, Etienne Aymonier a exploré le Cambodge, la partie du Cambodge alors siamoise et le Laos siamois au point de vue épigraphique. Si ses travaux archéologiques ont fait l’objet de volumineuses publications (2), il nous livre plus familièrement les souvenirs de ce long voyage (3).

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Sur le trajet entre Khorat, Phrakonchaï et Buriram, il entendit parler de cette peuplade par un vieux « Kamman » (probablement un chaman ?).  

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Citons-le :

 

« Le bon vieux Kamnan me dit que, droit au sud du Ban Chhêh et à une journée de marche environ, sont trois villages dépendant aussi de l'amphœ de Kathup : Ban Pongro, Ban Yok Phika, Ban Ram Khliek, habités par une peuplade aborigène qu'on appelle Chhao Bon, (prononcez Tchao Bonne) et qui possède encore son dialecte propre. Les hommes ont adopté les usages siamois en ce qui concerne le pagne et la chevelure ; mais les femmes ont gardé la vieille coutume des oreilles largement percées. Elles sont vêtues d'une pièce d'étoffe nouée à la ceinture en forme de jupe dont les deux bouts ne sont pas cousus ensemble. Ce vêtement diffère donc à la fois du langouti siamois et de la jupe laotienne ou cambodgienne.

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De même que la plupart des femmes sauvages elles portent leurs fardeaux dans une hotte sur le dos et en même temps leur enfant en bandoulière sur le côté assis sur la hanche el se cramponnant aux vêtements maternels. Elles vont puiser l'eau en balance à double fardeau comme les femmes annamites.

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Ces sauvages n'ont pas de rizières, ils brûlent les pans de forêts, y plantant le riz une saison seulement et déplaçant ensuite, avec leurs cultures, leurs misérables cases qui sont faites par ménage, par  famille ; ce ne sont pas de grandes constructions communes à tout le village comme chez d'autres peuplades.

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Le mariage a lieu avec festins, rasades d'eau-de-vie de riz et offrandes aux ancêtres que l’on informe de l’événement. Les parents des mariés remplissent un bol de riz, un autre de viandes, les placent sur un plateau de bambous tressés et invitent les nouveaux époux à manger en commun ce repas avant de se retirer dans la case ».

 

Nous savons que Ban Chhêh est à « deux bonnes journées de marche de Khorat »  mais nous n’avons pu le situer sur aucune carte pas plus que les trois autres villages. En ce qui concerne le canton de « Khatup », il s’agit probablement de Khao Kabut (เขา กะบุด) situé à 20 km sud-sud-ouest de Pakthongchai et une cinquantaine de Khorat ?

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Il est possible que ces villages aient depuis lors disparu et par ailleurs la transcription faite par Aymonier des noms thaïs, faite à l’oreille, est souvent difficile à interpréter. Notre explorateur ne prétend pas les avoir visités mais il est le premier à en signaler l’existence et il faudra attendre plus de trente-cinq ans pour mieux connaître ces aborigènes (4) alors même qu’ils étaient déjà en passe d’être assimilés et « siamisés ».

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C’est Erik Seidenfaden, notre infatigable gendarme danois, explorateur, ethnologue philologue et archéologue à ses heures qui aura le premier l’occasion de les rencontrer lors d'une visite d'inspection dans l’amphœ de Pakthongchai (ปักธงไชย์) au mois de mars 1918. Pakthongchai est à environ 25 km plein sud de Khorat.

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Il aura de longues conversations avec deux « anciens » et nous livre ses conclusions (5) : Les « Chaubon », ou comme ils s'appellent, Niakon (6), vivaient jusqu'à il y a environ 60 ans, principalement en tant que chasseurs et nomades errant dans les grandes forêts vierges sur les versants nord des collines de  la  chaine des Dangrek (ดงรัก), qui forment la frontière entre le Korat et la province de Prachinburi. Les limites de leur itinérance étaient à l'ouest la chaine des Dongphayafai (ดงพญาไฟ) et à l'est le district de  Lamplaymat  (ลำปลายมาศ) dans la province de Buriram.

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Cette partie de la chaîne des Dangrek, généralement appelée Phukhaokhamphaeng Muang (ภูเขากำแพงเมือง – le nom est significatif « la montagne – mur du pays »), représente la partie la plus haute et la plus sauvage de toute la chaîne. Elle est revêtue de forêts vierges luxuriantes. Il existe des cols ou des passes praticables aux seuls piétons et animaux de bât conduisant vers les plaines du plateau de Korat, le plus connu état celui de Sakaerat (ชง สะแกราช) au sud de Pakthungchai. Avant la construction du chemin de fer Korat cette passe connaissait un trafic intense de bœufs de charge entre Khorat et Prachinburi en direction de Bangkok. De nos jours, ces montagnes sont rarement visitées par l’homme à l'exception de voleurs de bétail ou de patrouilles de gendarmerie. Dans la forêt abondent le tigre et l’éléphant, le sambar,

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... le cerf aboyeur, le bœuf sauvage et parfois avec de la chance comme cela est arrivé à Seidenfaden, un rhinocéros. On y trouve le  précieux bois de rose (maï phayoung – ไม้พยุง ou ไม้พะยู)...

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le rotin, les lianes et de superbes orchidées en abondance. Entre d’énormes roches couvertes de mousse jaillissent des myriades de ruisselets de cristal pur ...

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... qui descendent vers la plaine alimenter au loin la rivière Mun (แม่น้ำมูล).

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C’est dans cet environnement que vivaient et chassaient les Niakon, plantant le riz, le maïs, le tabac et les courges, vivant dans des abris primitifs en feuillage jusqu'à il y a environ 60 ans, quand ils ont été contraints de descendre dans les plaines et s’installer dans des villages. On les trouve actuellement à environ 15 kilomètres au sud-ouest de Pakthungchai dans cinq villages regroupant environ 700 âmes parlant encore leur langue, dans le district de Chae (เชะ) – amphoe de Khon Buri (ครบุรี) et dans l’amphoe de Kratok (กระทอก). Ils sont assimilés par les Thaïs environnants, perdent leur spécificité et seuls 500 connaissant encore leur langue. La plupart des enfants l’ignorent. Ils préfèrent d’ailleurs être appelés « thaïs » de peur d’être pris pour des sauvages.

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Seidenfaden n’a pas plus que nous pu identifier les villages cités par Aymonier. Partout  la langue se mélange de Taiicismes. Le nom Chaubon (ชาว บน) que leur donnent les Thaïs signifient « les gens d’en haut ». Dans leur langue, « kun » signifie « la montagne » et « nia » « les gens ». Seidenfaden tente de trouver quelques lumières sur leurs origines. Ils ont – nous dit-il -  la peau noire ou brun chocolat, certains encore plus sombre. Ils présentent des ressemblances avec les Kui (กูย - autre population des montagnes) de la région d’Ubon (กูย). Certains d'entre eux sont nettement négroïdes avec des bouches lourdes, des narines dilatées et les cheveux frisés (7).

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Leur taille est de taille moyenne et leur langue, ressemble en partie à celle des Mon, en partie au Khmer et en partie au Kui.

 

Seidenfaden en conclut qu'ils appartiennent à la grande famille mon-khmer.

 

Il y a peu à dire sur leur mode de  vie actuel, ils cultivent le sol, élèvent des buffles et pratiquent la même religion que leurs voisins thaïs et laos. Sa description des femmes ne diffère en rien de celle d’Aymonier. Mais, belles et travailleuses, elles sont généralement convoitées par les jeunes Thaïs des villages voisins. Ces mariages permettent l'assimilation rapide de toute la tribu.

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Leur disparition et celle de leur langue n'est désormais qu'une question de temps. Seidenfaden va joindre à cette première description un lexique anglais- niakun - talaing (langage des Mons toujours parlé en Birmanie) du vocabulaire qu’ils utilisent, deux cent cinquante mots, en soulignant les ressemblances avec les mots mons, khmers ou kui. Nous n’avons malheureusement  aucune photographie.

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Nous étions, rappelons-le, en 1918.

 

L’année suivante, après d’’autres rencontres et d’autres investigations, Seidenfaden va nous donner de plus amples précisions.

 

En mars 1919, il est conduit à effectuer une visite d'inspection dans la province de Chaiyaphum (ไชย์ภูมิ์) et de visiter plusieurs villages peuplés entièrement ou en partie de Chaobon enregistrés Lawa (ลวา) dans le recensement ? C’est à leur langue qu’il les identifie. Mais ceux-ci ne se revendiquent pas comme aborigènes, lui prétendant avoir émigré depuis Phetchabun, où, selon leurs déclarations, vivraient encore un grand nombre de leurs frères ? Est-ce à dire, se demande Seidenfaden que la région occidentale de Khorat était autrefois peuplée par la même population ethnique que Phetchabun, Lopburi, Supanburi et Nakon Sawan ? Comme le démontre la liste des mots et des expressions de Niakun publiée dans son premier article la langue des Chaobon montre beaucoup de similitudes avec le langage mon et le Khmer. Cette langue représente-elle un ancien langage commun dont plus tard ont été issus le mon et le cambodgien ? Les habitants de la vallée de la Maenam étaient-ils des Mon-Khmer probablement plus proche des Mon que des Khmer ?

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Seidenfaden rappelle qu'à Lopburi, on a trouvé une stèle portant une inscription du VIème siècle non traduite à cette heure (elle le fut plus  tard par Coédès) mais d’une langue qui représenterait un lien entre le Mon et le Khmer ? Ce langage est-il celui du Lawa dont la forme primitive pourrait différer de celle de l'inscription, ce que Seidenfaden explique par l'influence des colons hindous dans la vallée de la Maeam ? Celui-ci a cherché en vain à obtenir des précisions sur la langue lawa jusqu’à la Bibliothèque nationale. Le type racial, les habitations et les modes de vie des Chaobun de Chaiyapum ressemblent à ceux des Chaobon méridionaux. Ces villages peuplés par les Chaobon au Nord-Ouest de Khorat se trouvent en partie dans l’amphoe de Chaturat (จตุรัศ), en partie dans celui de Kingamp Ban Chūan (ชวน), anciennement appelé Kingamp Bamnet-narong (บำเหนจนรงค์).

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Mais les questions que se pose Seidenfaden sur les liens éventuels entre les Chaobon de Khorat et ceux de Phetchabun ne vont pas rester sans réponse.

 

Deux ans plus tard le gouverneur de cette dernière province, Phra Phetchabunburi (พระเพ็ชร์บูรณ์บุรี) adresse une communication à la  Siam Society traduite en anglais par notre Danois (8). Le gouverneur, orfèvre en la matière, nous décrit ses administrés Chaobon :

 

« Ces personnes sont d'une couleur rouge-brun, plutôt sombre, mais pas très différent du peuple thaï, de taille moyenne, tendant plus à la corpulence qu'à la misère. Le visage vu de face est rond, en profil le menton est proéminent, mais le nez, qui est grand, est généralement plat. Les oreilles sont grandes, mais pas épaisses, et sont bien collées. Les lèvres sont épaisses, mais la bouche n'est pas plus grande que celle des thaïs de Phetchabun. Les hommes n'ont pas de moustaches, les cheveux sont épais et de couleur noire, jamais bouclés. Le corps est aussi de couleur noire. Les yeux sont de couleur jaunâtre, les pupilles rondes; La partie de la peau exposée au soleil est beaucoup plus foncé. Les bébés ont une tache bleu foncé sur le dos qui disparaît lorsque l'enfant est environ un an. A l'origine, ces gens habitaient la jungle sur les collines et les pentes des montagnes le long des ruisseaux, actuellement dans des villages. Ils se disent Lawa et sont appelé par le voisinage Chaobon mais administrativement ce sont des Lawa. Ils sont présents dans trois districts de la province de Phetchabun, Ban Khok (บ้านโคก), 95 hommes et  94 femmes et deux autres (que nous n’avons pu situer), 71 hommes et 69 femmes et 109 hommes et 90 femmes soit un total de 528 individus… À l'origine, ils vivaient dans des huttes temporaires – krathom (กระท่อม) faites de feuillages et tous les trois ans ils allaient vivre dans un autre endroit, mais maintenant ils sont installés en permanence. Leurs ustensiles sont en partie faits de bambou, en partie en rotin; Leurs vêtements se compose du panung mais les hommes portent souvent des pantalons; Ils achètent tous leurs vêtements, ne sachant pas à tisser; Pour les bijoux, ils utilisent de l'or et des anneaux d'argent comme les Thaï. Les deux sexes coupent les cheveux selon une coupe particulière, les cheveux coupés près du crane en laissant une touffe sur le dessus...Ils se nourrissent essentiellement de riz et de maïs, boivent parfois de l’alcool, connaissent le tabac et le chanvre (กัญชา- Kancha) mais ignorent l’usage de l’opium.

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Ce sont des chasseurs et des pêcheurs; Ils utilisent comme armes des pièges, des fusils et des arcs; ils pêchent avec des filets. Ils chassent le cerf, le porc sauvage, le cerf aboyeur et le bœuf sauvage. Ils ne possèdent pas de véhicules. Ils cultivent leurs champs sur les pentes des collines où ils plantent aussi des citrouilles; Ils ne labourent, tout le travail est fait à la main, leurs outils sont la houe, la bêche, la hache et le couteau. Ils n’ont pas d'animaux domestiques; Ils commencent à comprendre l'utilisation de l'argent ce qui leur permets de vendre des feuilles de bétel, des tapis de rotin ou de bambou tressé, ils sont en effet très habiles pour la vannerie…Depuis 1897, ils sont soumis aux lois ordinaires du royaume… Lorsqu’ils vivaient dans la jungle, ils faisaient des sacrifices à l'esprit du riz et à ceux de la forêt; Ces cérémonies se déroulaient en novembre-décembre et en mai-juin ».  

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Le gouverneur ajoute enfin à son article un très long lexique (plus de 400 mots) thaï, anglais, lawa en écriture thaïe et en transcription romanisée présentant de troublantes analogies avec le lexique anglais-niakun dont nous venons de parler.

 

La conclusion de Seidenfaden est simple, les Lawa qui vivent à Phetchabun et ceux qui vivent dans la province de Khorat appartiennent évidemment au même groupe  ethnique et parlent le même langage même s’il existe des différences consécutives aux taiicismes qui,  par osmose,  ont pénétré les deux groupes : la majorité des mots - y compris presque tous les mots « capitaux » - sont identiques. Pour Seidenfaden, les Lawa-Chaobon sont les vestiges épars d'une nation autrefois puissante occupant, selon toute vraisemblance, l'ensemble de la vallée de la Maenam et le nord du Siam, ainsi que la partie supérieure des rivières Salween et Mekong.

 

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Que sait-on un siècle plus tard de ces minorités et le lien entre les  communautés de Khorat et de Phetchabun, affirmé par Seidenfaden est-il assuré ? Les recherches actuelles confirment de façon éclatante ses hypothèses : Il est aujourd’hui communément admis que les Chaobon sont étroitement liés au peuple Mon, descendants des Mons du Dvaravati qui ont fui vers l’ouest ou ont été assimilés lorsque leur empire est tombé sous l'influence Khmère sous le règne de Suryavarman Ier monté sur le trône au début du 11ème siècle.

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Les Mons sont considérés comme l'un des premiers peuples de l'Asie du Sud-Est continentale et sont à l’origine en particulier de la civilisation du Dvaravati dans le centre de la Thaïlande, Sri Gotapura au Laos, Hariphunchai dans le nord de la Thaïlande et du royaume de Thuwunnabumi en Birmanie. Ils reçurent les missionnaires Theravada du Sri Lanka et adoptèrent l’écriture Pallava venue des Indes à leur langage.

 

Au tournant du premier millénaire, les Mons sous la pression constante des  migrations thaïes venues du nord et des invasions Khmères venues de l‘est lorsque Suryavarman Ier devint maître de l’empire Khmer ont fui à la recherche d’autres terres vers l'ouest ou ont été capturés comme esclaves et assimilés à la culture des envahisseurs. Certains se réfugièrent dans les forêts les plus reculées de la région de Khorat. Leur histoire est mal connue puisqu’ils n’ont été découverts qu’à la fin du XIXème. S’ils ont été alors plus ou moins assimilés aux groupes techniques Lawa ou Kuy, Seidenfaden qui avait une connaissance encyclopédique des langues et dialectes  de l’Asie du sud-est, notamment du talaing, le mon moderne, a immédiatement fait le lien entre la langue des Chaobon et celle des anciens Mons et envisagé l’existence d’un empire unique, celui du Dvaravati dont on ignorait totalement l’existence en 1918.

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Isolés dans les montagnes plus ou moins inaccessibles du centre (Phetchabun) ou de la chaine des Dangrek, ils ont pu longtemps maintenir leur identité ethnique. Aujourd'hui, ils sont descendus de leurs montagnes et vivent dans quelques petits villages d’une bande nord-sud qui traverse Phetchabun, Nakhon Ratchasima et Chaiyaphum, la plupart vivant dans la province de Chaiyaphum.

 

Ainsi donc, ils parlent la langue qu’utilisaient les Mons du Dvaravati.  Une estimation administrative de 2006 évalue leur nombre à « environ » 1.500 et celui des locuteurs à moins de 500 personnes qui utilisent l’alphabet thaï, toutes bilingues (9). Ce sont essentiellement les plus vieux, certains en effet, de crainte de passer pour des sauvages comme nous l’avons dit, préfèrent s’identifier aux Thaïs en parlant le thaï et l’isan. Les jeunes se contentent de porter des tee-shirts plus ou moins provocateurs vantant (en anglais !) les mérites d’une langue qu’ils ne parlent probablement pas

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...  et de participer à des fêtes plus ou moins folkloriques à l’usage de rares circuits touristiques organisés depuis Khorat.

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Il a tout de même fallu attendre 1984 pour que soit publié un dictionnaire (10).

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Les contacts obligés avec la population thaïe, modernisation, migration, intégration et acculturation font peu à peu disparaître leur spécificité. Tous pratiquent le bouddhisme theravada teinté d’animisme.

 

Tout ceci est confirmé dans une longue étude ponctuelle été effectuée en 2014 par deux universitaires dans un village ethnique, Ban Rai, amphœ de Thepsathit (หมู่บ้านไร่เทพสถิต) choisi à la fois parce qu’il  y avait des assistants de recherche qui en étaient originaires et que le village, très ancien, abritait  encore quelques vieillards qui avaient vécu dans les collines, parlaient la langue et avaient connaissance des anciennes légendes (11).

 

Notons que si de nombreux sites Internet, essentiellement en thaï, sont consacrés à cette ethnie en voie de disparition, les  articles de Seidenfaden constituent toujours leur référence de base.

 

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NOTES

 

 (1) A 56 « Isan, le crépuscule des ethnies » « Les  Yahakous ou Chabons (ญัฮกูร ชาวบน) sont des Khmers d’origine parfois musulmane actuellement centrés sur Khorat - Chayaphum et Phetchabun et sont actuellement environ 6.000. Aymonier les considère comme une tribu « aussi sauvage que misérable », http://www.alainbernardenthailande.com/article-a-56-isan-le-crepuscule-des-ethnies-99202030.html

 

(2) « Le Cambodge » en 3 épais volumes, 1901. Ses descriptions couvrent les provinces cambodgiennes alors siamoises et tout ce qu’il est alors convenu d’appeler « le Laos siamois » c’est-à-dire l’actuel Isan.

 

(3) « Notes sur le Laos » en 1885 et, beaucoup plus détaillé « Voyage dans le Laos » en deux volumes, 1897.

 

(4) …au sens de « premiers occupants du pays » ce qu’ils étaient.

 

(5) « SOME NOTES ABOUT THE CHAUBUN. A DISAPPEARING TRIBE IN THE KORAT PROVINCE » In journal de la Siam Society, volume 12-III de 1918 et « FURTHER NOTES ABOUT THE CHAUBUN, Etc. » in journal de la Siam Society, volume 13-III de 1919.

 

 

(6) Ils se nomment eux-mêmes เนียะกูร (Nia Kun), มะนิ่ฮ ญัฮกุร (Mani Yakun) ou ญัฮกุร (Ya Kun ou Ya Kura) .

 

 

(7) N’étant pas généticiens, nous n’aborderons pas le fond d’un sujet  « sensible ». Nous nous bornons à constater que la statuaire du Dvaravati laisse parfois apparaître d’évidents signes de négritude, lesquels étant  selon les généticien, des caractères récessifs ont pu disparaitre au fil des siècles sinon des années au profit des signes dits « mongoloïdes ».

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(8) « THE LAWA OR CHAUBUN IN CHANGVAD PETCHABUN » in journal de la Siam Society, volume14-1 de 1921.

 

(9) https://www.ethnologue.com/language/cbn

(10) Theraphan L. Thongkum : « Nyah Kur (Chao bon)–Thai–English dictionary » en 2 volumes, Bangkok, Université Chulalongkorn, ISBN 974-563-785-8.

 

(11) « จาก มะนิ่ฮ ญัฮกุร” (ชาวญัฮกุร) สู่การเป็นมอญทวารวดี และกระบวนการคืนความรู้สู่ชุมชนบ้านไร่ » « From “Manih Nyakur” (Nyakur People) to Mon Dvaravati and the Process of Bringing Historical Knowledge Back to Ban Rai Villlage par พิพัฒน์ กระแจะจันทร์ และคณะ (Pipad Krajaejun et Et Al) in วารสารอารยธรรมศึกษา โขง-สาละวิน « Mekong-Salween Civilization Studies Journal » Vol 5, No 1 (2014): มกราคม-มิถุนายน 2557

 

 

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