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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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23 mars 2017 4 23 /03 /mars /2017 21:04
INSOLITE 17. LES PEUPLES DE LA MER DE LA CȎTE OUEST DE LA THAÏLANDE : MYTHES ET RÉALITÉS.

DEUXIÈME PARTIE.

 

Notre premier article (1) était consacré à ces « peuples de la mer » abusivement qualifiés de « Gitans de la mer. Nous y avons, citant Jacques Ivanoff (2), parlé des bateaux des Moken (3) qui sont leur cadre de vie mais empreints aussi d’un symbolisme lié aux légendes sur leurs origines. Ils font également l’objet d’une littérature « à sensation » sur laquelle nous allons revenir.

 

Les embarcations

 

INSOLITE 17. LES PEUPLES DE LA MER DE LA CȎTE OUEST DE LA THAÏLANDE : MYTHES ET RÉALITÉS.

Jacques Ivanoff, le premier à avoir analysé leur caractère sacré, nous dit « …Les marques de Ia condamnation, ce sont les échancrures des bateaux, toujours existantes de nos jours. Celle de l'avant symbolise Ia bouche et celle de l'arrière, l'anus. Le bateau est donc symboliquement un corps humain condamné au cycle infernal et éternel, ingestion/digestion ».

 

Quels sont-elles ou plutôt quelles étaient-elles encore dans le dernier quart du siècle dernier ? Nous en avons une ancienne mais brève description de Jacques de Bourges en 1688 (4) qui nous dit en tous cas qu’elles sont parfaitement adaptées au type de navigation de ces populations.

 

Il y a comme nous allons le voir une évidente contradiction entre le caractère « primitif » de ce peuple et son architecture navale. Nous avons un intéressant début d’explication en 1841 ; tout est dit ou presque : « Chez les peuples même les plus sauvages, ce qui a trait à la navigation dénote un degré d’intelligence que souvent on chercherait en vain dans la manière dont ils bâtissent leurs habitations ou subviennent à leurs propres besoins : cela se conçoit aisément car de misérables aliments et de pauvres cabanes leur suffisent tandis que, pour affronter les dangers de la mer d’où ils tirent leur subsistance, il leur faut des embarcations solides et capables de résister au mauvais temps » (5).

 

En 1884, nous avons la vision similaire d’un explorateur qui insiste sur cette contradiction pour ces peuples « … placés au dernier degré de l'échelle de la civilisation… »  (6). 

 

Nous avons plus de précisions sur la construction de ces embarcations par la description plus récente et surtout plus précise qu’en firent les auteurs que nous avons cité dans notre précédent article, Bernatzik, Hogan, White, Anderson et, bien sûr Ivanoff. D’une longueur de 25 pieds, environ 8 mètres, c’est pendant 9 ou 10 mois de l’année le lieu où les Moken, les vrais nomades, vivent leur vie. Le bateau appelé Kabang dans leur langue servira de véhicule, de maison, d’outil de pêche, de lieu où cuisiner, dormir - ils ont besoin du bruit des vagues pour bien dormir - donner naissance et, éventuellement, mourir.


La base de ce bateau est un tronc d'arbre creusé et étalé au milieu jusqu'à ce qu'il soit très large et presque plat, mais en remontant aux extrémités (double guibre) à l’avant et à la poupe pour y monter. Seules quelques espèces d’arbres conviennent à cette fonction, essentiellement le rakam (ระกำ -Salacca wallichiana),

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... une espèce de palmier fréquente sur les iles, dont de surcroît, le fruit est comestible.

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Si la forêt est un environnement moins familier que la mer, ils savent utiliser bois et plantes à des fins différentes, arbre pour construire le bateau, lames de bambou pour le caillebotis et le sol des huttes, feuilles de palmier pour les toits et les cloisons, feuilles de toeinam (เตยทะเล - pandanus) pour tresser les voiles et les nattes, rotin et lianes pour attacher ou lier les éléments de leur embarcation.

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Le tronc dûment choisi sera grossièrement taillé en forme de bateau puis immergé dans de l’eau et chauffé, afin qu’il s’élargisse. Il sera ensuite « grillé » sur un feu de bois d’une espèce de sapotaceæ,

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ce qui noircira la partie inférieure et la protègera des dégâts causés par les anatifes, une espèce de crustacé qui se fixe sur la coque des navires une fois en service.

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La voile est fabriquée à partir de feuilles de toei naam qu’ils utilisent également pour tisser des nattes et servir de toiture à leurs habitations provisoires. Ces kabangs ont un bordage en général de bambou ou en branches de salacca qui gonflent à l’humidité ce qui rend le calfatage souvent inutile. Mais si besoin est, le sapotaceae déjà utilisé fournit le gutta percha, une espèce de gomme. Tout est fixé et solidement assujetti avec des lianes de rotin. Le mat est un bambou et une toiture en pente de nattes amovibles est inclinée vers l’extérieur. Il n’y a pas de quille. Les noix de coco permettent d’écoper. Le foyer élémentaire est en pierres et les jarres de terre grossières contiennent l’eau douce. Ils se lavent à l’eau de mer. La voile ne permet de naviguer que vent arrière, à défaut ils utilisent les pagaies.

 

Ils ont donc su adapter leur construction à leurs ressources par des procédés ingénieux et des techniques transmises de génération en génération, perpétuant l’expérience et le savoir-faire ancestraux. Le résultat : un bateau très léger construit avec les produits de la jungle avec un minimum absolu d'outils. L’assemblage des pièces demande beaucoup d’ingéniosité, surtout là où le fer est sinon inconnu au moins plus rare que l’or : liens, perçage et emboitement.


Photographies de David Hogan (1971) en quatre étapes :

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Rappelons que lorsqu’il voulut construire une embarcation pour quitter l’enfer de son ile, Robison Crusoë fit de même, creusant un tronc au feu tout simplement pour économiser les rares outils récupérés sur l’épave de son navire. Le feu est tout aussi gratuit que les lianes et le rotin. 

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Dans son ouvrage (note 5), Pâris démontre que continent par continent, des Kayaks des Eskimos, aux pirogues africaines ou aux pirogues à balancier des Polynésiens, toutes les populations dites « primitives » ont su adapter à partir d’un simple tronc d’arbre une embarcation conforme à leurs besoins.

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Cela ne permet évidemment pas comme on peut le lire dans de la littérature « à mystère » virtuelle ou non d’en faire des « génies » de l’architecture navale. Leurs embarcations, fruit d’une longue expérience, sont parfaitement adaptées à leurs nécessités. Toutefois celles de leurs « cousins » des Célèbes leur permettait d’aller jusque sur les côtes australiennes – 1.000 kilomètres – troquer les produits de la mer alors que leurs embarcations non quillées ne peuvent pas affronter la haute mer, une aventure qui ne les intéresse probablement pas, ni les grandes mers de mousson du sud-ouest.

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Ils naviguent soit en cabotant le long de la côte, soit à vue. Toutes les îles ou ils s’implantèrent sont plus ou moins montagneuses. N’oublions pas qu’en mer, si l’horizon à hauteur d’homme se limite à 4 ou 5 kilomètres, un sommet de 100 mètres est visible de 35 kilomètres, 50 kilomètres pour un sommet de 300 mètres et 80 pour un somme de 500 mètres. Leur installation le plus lointaine à l’ouest se situe dans les iles entourant Adang (เกาะอาดัง) à environ 70 kilomètres au large de Satun mais entre Adang et Satun, il y a Tarutao (เกาะตะรุเตา) au large mais à vue de Satun, ses sommets sont probablement visibles de la côte. De là jusqu’au chapelet d’iles entourant Adang,  il y a environ 30 kilomètres mais avec quelques îles au milieu, l’un au nom parlant, Ko Tangah ou Koh Klang (เกาะตังห์  - เกาะ กลาง) l’ « ile du milieu » également rocheuse et donc probablement visible de loin en mer. Ils se sont par ailleurs très certainement aperçus qu’il y avait la nuit dans le ciel une étoile autour de laquelle tournait toutes les autres et pour rejoindre la côte, il suffisait de pagayer dans la direction d’où se lève le soleil.

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Mais il fallut attendre les travaux d’Ivanoff pour que le bateau ne soit plus considéré comme un simple objet constituant leur cadre de vie mais comme un objet lourd de symboles, liant symbolique et technologie (voir notre article précédent, note 14 bis).

 

Indépendamment des ouvrages signés de Jacques Ivanoff que nous détaillons dans nos sources, citons quelques sites Internet qui pourront intéresser ceux que l’architecture marine passionne (7).

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Leur vie

 

Elle se déroule 8 ou 9 mois de l’année sur l’eau dans les embarcations sur lesquelles vivent une famille, deux ou trois enfants et en général un chien plus ou moins apprivoisé. Les enfants qui y naissent savent probablement nager avant de savoir marcher. Les jeunes couples y restent le temps du moins de construire leur propre embarcation. L’amélioration de leur technologie navale au fil des siècles n’a pu qu’accroitre leur nomadisme. Ce n’est qu’en période de mousson qu’ils se réfugient sur la côte est de leurs iles pour se protéger des vents, procéder à l’entretien de leurs embarcations abrités dans de très sommaires cabanes de feuilles. Des flottes de cinq à dix bateaux s’unissent alors en groupe plus nombreux pour construire des huttes temporaires sur des baies protégées contre la tempête qui, après quelques mois, sont à nouveau abandonnées.

 

Photographies de David Hogan (1971)  :

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Bien qu'ils dépendent des produits de la mer, ils n'utilisent aucun des procédés de pêche pourtant les plus élémentaires : nasses, filets, hameçons, ignorant tout des méthodes de conservation du poisson. Ils en attrapent avec des harpons simples en eaux profondes et des tridents en eaux peu profondes. Pour le reste, oursins, escargots, coquillages ...

 

Hoïchaktin (หอยชักตีน – « oreilles de diane » - Strombus canarium) :

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... et moules, céphalopodes et tortues, tubercules, ignames et fruits de la forêt, algues de mer, miel sauvage, forment leurs principale sources de nourriture. Ils consomment, lorsqu’ils sont sur leurs iles, du petit gibier ou des cochons sauvages que leur rabattent leurs chiens. Réfractaires aux technologies extérieures, ils rejettent historiquement l’accumulation des possessions matérielles. Mais ils sont contraints à l’échange avec des Chinois appelés Taukés qui leur procurent le riz, le tabac, et outils. En contrepartie, ils leur fournissent des holothuries (pling thalé - ปลิงทะเล) ramassées dans la mer ...

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et des nids d’oiseau (rangnok - รังนก) collectés dans les grottes, dont les Chinois sont friands (8)

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ainsi que l’ambre gris (Khiplawan – ขี้ปลาวาฬ) (9),

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... les perles et les œufs des tortues de mer. C’est une singulière « indépendance dans l’interdépendance » que nous décrit longuement Ivanoff (10).

 

Ainsi vivaient-il dans une idéologie nomade poussée à son paroxysme en rejetant toute forme d’accumulation, refusant toute forme d’agriculture, s’organisant selon une structure dictée par les conditions climatiques, l’exogamie et les échanges économiques, pendant la saison sèche, sur les Kabang, leurs bateaux maisons, flottilles éparses et système d’interdépendance inégalitaire avec les Taukès. La mousson les poussait ensuite vers leurs îles de résidence temporaire abritant les esprits des ancêtres, époque des cérémonies rituelles décrites là aussi par Ivanoff.

 

Un choix de civilisation associé à des codes culturels révélés en partie par les mythes. Ils vivaient essentiellement sur la mer, de la mer et par la mer, elle suffisait à leurs besoins leur procurant de quoi se nourrir et de quoi se procurer par troc  quelques produits essentiels sans la moindre arrière-pensée de cupidité que l’on pouvait prêter non sans raisons à leurs intermédiaires chinois. Parler comme le fait une certaine littérature « à sensation » de souci de préserver l’équilibre naturel et écologique est un bien grand mot. Leur souci primordial était de vivre de la mer et sur la mer au jour le jour : ils trouvent au quotidien  les poissons frais et les fruits de mer (11), tout simplement, sans penser une seconde qu’elle pourrait être un jour saccagée par la pèche à la dynamite qui cause des dommages irrémédiables à la flore, à la faune et au récif corallien, par les chaluts dérivant, le raz de marée de 2004 et plus encore …le tourisme de masse.

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Toujours dans le cadre de cette littérature en sensation (« le mystère de Moken » « les extraordinaires Moken » etc…) nous avons pu consulter quelques textes qui nous font sourire par leur exagération sur « les enfants Moken qui voient mieux que les dauphins ». Que faut-il en penser ? Il est évident que les gamins nagent avant de marcher et plongent avec les adultes à la recherche des coquillages, des céphalopodes, des holothuries ou des petits poissons avec leur trident ou des gros avec leur lance, ils sont « comme des poissons dans l’eau ». Cela a suscité la curiosité d’une scientifique suédoise, Anna Gislen, qui a passé 15 ans de sa vie à constater – en dehors de tout « sensanionalisme » - que les enfants Moken avaient un « regard de dauphin » s’étonnant qu’ils puissent aller ramasser sans masque à plusieurs mètres de profondeur de minuscules coquillages. C’est faire trop peu de cas des comportements acquis progressivement. Faut-il rappeler l’existence depuis des centaines sinon des milliers d’années des pécheurs de perle (pas ceux de Bizet),

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... des pécheurs d’éponges ou des ramasseurs de corail : ils démontrent – tous et tout simplement - que la contraction de la pupille, chez les humains, peut s’apprendre et s’acquérir par entraînement. Lorsqu’on apprend à nager et plus encore à plonger, la première nécessité est d’apprendre à ouvrir les yeux, ce à quoi on s’habitue en constatant avec étonnement que l’on voit fort bien sous l’eau ! A l’usage évidemment, l’œil s’adapte, à fortiori quand on passe des heures sous l’eau tous les jours à la recherche de sa nourriture. Selon Albert Londres qui a vécu parmi les pécheurs de perle de la mer rouge, ils restent en général entre une minute 30 et deux minutes sous l’eau à une profondeur de 8 à 15 mètres (un immeuble de 5 étages), parfois plus (12). Leur seul outil est un pince-nez – nous allons voir pourquoi – qui leur laisse les mains libres pour vaquer à leur quête. Pourquoi le pince-nez ? Tous les 10 mètres sous l’eau, la pression augmente de 1 bar (1 kilo par centimètre carré). Les tympans sont soumis à cette pression. Il importe au plongeur d’équilibrer la pression à l’extérieure de l’oreille et à son intérieur. La manœuvre est simple : le plongeur a pris sa respiration, il se bouche le nez d’où le pince-nez qui lui permet de garder les mains libres, bouche fermée il fait monter la pression pulmonaire jusqu'à ce que les trompes d'eustache s'ouvrent et que les tympans se rééquilibrent, produisant un petit claquement dans les oreilles. Cette manœuvre probablement pratiquée instinctivement par tous les plongeurs depuis la nuit des temps est connue sous le nom de « manœuvre de Valsalva »

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... du nom du médecin italien qui l’a décrite à la fin du XVIIème siècle sans probablement l’avoir inventée la tenant probablement des pécheurs d’éponge de son pays.

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Enzo Maiorca a atteint son premier record de plongée libre en 1956 à 45 mètres sans lunettes et les yeux ouverts. Sicilien, fils d’un pécheur d’éponges, il plongeait depuis sa tendre enfance dans les eaux de son ile. Il en était de même de son « challenger », Jacques Mayol « le grand bleu ».

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Notre scientifique s’étonne par ailleurs que cette faculté diminue avec l’âge mais elle sera un jour payée pour voir qu’au fil des ans notre capacité visuelle diminue ! Il y a toutefois une différence fondamentale entre la plongée en apnée pour le plaisir qui est déjà un sport dangereux et celle pratiquée par nécessité qui use irrémédiablement l’organisme à terme sans parler des conséquences indirectes qui ont conduit Mayol au suicide. Les pécheurs de perle meurent jeunes si ce n’est d’accident. Quelle est l’espérance de vie des Moken – plongeurs ? Nous n’avons malheureusement trouvé aucun renseignement à ce sujet.

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Cette littérature parfois trop fantastique s’est étoffée après le raz-de-marée de 2004 appelé « Tsunami » qui a fait couler à leur sujet beaucoup d’encre. Ils auraient en effet le don de double vue depuis des millénaires ? On peut lire des fariboles sur les « liens secrets avec la nature que nous avons perdus » transcrivant de façon fantaisiste les déclarations de certains Moken de l’île de Surin Koh Surin (เกาะสุรินทร์) situé au large de la province de Ranong qui avaient échappé à la vague mortelle « ... C’était évident. L’un des petits garçons de la tribu avait été pris de vertiges. Le niveau du ruisseau près de leur village avait soudain baissé… Ils avaient remarqué une agitation inhabituelle chez les plus petits mammifères qui griffaient davantage, une légère altération dans les figures de nage des poissons »


Il faut être sérieux : Un signe immédiat de l'approche d'un tsunami est une diminution rapide et inattendue du niveau de l'eau bien en dessous de ce qui est normal à marée basse. C’est le seul signe observable près des côtes situées trop loin de l'épicentre du tremblement de terre à l’origine du fléau pour l'avoir ressenti. C’est ce qui est arrivé en particulier à Phuket sur la plage de Patong au petit matin du 26 décembre 2004 : Le retrait inhabituel de la mer a piqué la curiosité des touristes qui sont accouru en grand nombre sur la plage et celle des Thaïs qui y virent l’occasion de collecter tous les coquillages que l’on récolte dans le sable à marée basse. C’est alors qu’une vague gigantesque a surgi comme de nulle part et s’est abattue sur le rivage « à la vitesse d’un cheval au galop ».
 

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L’observation de ce signe naturel a permis aux Moken de détecter précocement le phénomène. Pas une personne n’a péri sur l’ile de Surin. Les Moken n’avaient jamais été témoins d’un tsunami mais lorsqu’ils ont vu les eaux se retirer du rivage de façon anormale, ils se sont immédiatement réfugiés sur les hauteurs. Selon des témoignages recueillis par S. Rungmanee cité par Narumon Arunotai (7) peu après la catastrophe auprès des Moken, chacun savait sans l’aide de la technologie moderne que lorsque l’eau se retire brusquement du rivage, il faut courir jusqu’à la montagne pour sauver sa vie. Nous savons aussi par ailleurs que le Tsunami de 2004 a été ressenti jusque sur les côtes de Madagascar et Mayotte. Les précédents dans l’océan indien n’avaient pas dix mille ans :

 

L’un des tsunamis les plus dévastateurs de l’histoire fut consécutif à l’explosion du Krakatoa, un volcan d’Indonésie, en août 1883.

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Il a suscité selon l’heureuse expression de Camille Flammarion (13) un « tremblement de mer » de force supérieure à celui de 2004, dont les effets ont été ressentis jusque dans l’isthme de Panama, aux Seychelles, à la Réunion, au Japon, à Ceylan, à Aden, les vagues arrivant en dehors des heures de marées et jusqu’aux côtes de France. On peut penser que les effets ont également été ressentis sur les côtes siamoises 121 ans avant le Tsunami de 2004 et restaient présents dans la tradition orale des Moken puisqu’il est survenu à l’époque de leurs arrières grands parents.

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Il y eut encore des « tremblements de mer » plus récents dans l’Océan indien, nous en avons l’inventaire publié par le Bureau des recherches géologiques et minières (BRGM) en 2008 qui cite évidemment celui de 1883 et ceux de novembre 1945 sur la côte du Makran au Pakistan, de novembre 1983 dans l’archipel des Chagos (Diego Garcia) et de septembre 2007 à Sumatra. Ils étaient de force moindre et nous pouvons penser - mais n’avons pas d’éléments à ce sujet - que leurs effets ont été également été ressentis sur la côte occidentale de la Thaïlande, le BRGM ne s’intéressant qu’aux effets en territoire français.

 

N’oublions pas que la tradition orale est particulièrement forte dans les sociétés sans écriture.

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Quel avenir pour eux ?

 

Beaucoup ont échappé au Tsunami mais celui-ci a balayé leurs villages temporaires,  leurs embarcations et l’équilibre des fonds marins. Les aides déversées par les ONG ou les organismes « caritatifs » ont essentiellement été utilisées par les autorités thaïes pour les fixer sur le continent alors que beaucoup souhaitaient reprendre leur vie nomade en mer. Beaucoup cependant avaient déjà abandonné leur vie errante vers le milieu des années 90, pour survivre en marge alors que les bandes côtières avaient été investies par les promoteurs. Le franchissement de la frontière entre la Birmanie et la Thaïlande entraînait des risques d'arrestation et, apatrides, ils n'avaient pas de papiers. Le gouvernement thaïlandais a tenté de s'attaquer à ce problème après le tsunami : environ 200 personnes qui purent prouver qu'elles étaient nées dans le pays obtinrent une identité légale. Ceux qui ne purent établir leur lieu de naissance reçurent des cartes d'identité restreignant leur mouvement et une peine de prison pour les nomades. Certains purent continuer à vivre péniblement sur les flots mais avec une liberté restreinte et plus de flottille. Ils finirent par s’établir à Surin suivis par un flot de travailleurs humanitaires, de touristes et de journalistes. Des équipes de cinéma vinrent leur faire organiser leurs cérémonies spirituelles sacrées et les vêtements traditionnels qu’ils ne portaient plus depuis des années ou les faire participer à une émission de « télé-réalité ». Les autorités du parc national de Surin les ont installés dans deux villages mais ils ne furent pas autorisés à suivre leur mode de vie traditionnelle dans des cabanes entre terre et mer. Les nouvelles huttes furent plus loin de la côte près de la jungle alors que selon eux les esprits résident dans la forêt. Pour leur donner une raison de rester et au bénéfice des aides, furent construit un système d'aqueduc, des toilettes publiques et l’installation électrique. Une fondation financée par la princesse Maha Chakri Sirindhorn a installé une école et payé les enseignants.

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Mais ils n’étaient pas habitués à vivre au sein d’une communauté importante et furent incapables de gérer le fonctionnement des installations publiques. La disponibilité soudaine de l'eau courante entraina des abus et des pénuries. Les toilettes, construites à peu de frais s’avérèrent vite insuffisantes. Le niveau des déchets et des eaux stagnantes créa un terrain fertile pour les moustiques, les mouches, les rats et les blattes. Joint à la surpopulation, ceci entraîna une augmentation des maladies comme le paludisme, la dysenterie et la tuberculose. Les organismes de bienfaisance échouèrent à répondre aux besoins éducatifs qui auraient aidé les Moken à s'adapter à leur nouvel environnement, les laissant vulnérables à la commercialisation et la désinformation. Certaines mères allaitaient leurs bébés avec du lait condensé et les enfants buvaient du nescafé comme de l’ovaltine. Ils commencèrent à consommer des produits saturés de sucres, de sel et de graisses ainsi que de l’alcool à bon marché. Il en résulta une recrudescence de maladies cardiaques, de diabète et d’hypertension mais sans possibilité d’accès suffisant aux soins. Exposés aux aléas de la vie moderne ils ne profitèrent pas de ses avantages. Les problèmes avaient déjà commencé lorsque les iles de Surin devinrent Parc national maritime en 1981. Seule alors l'intervention de la reine mère empêcha leur expulsion mais ils restèrent sans protection juridique ni titre de séjour. Au milieu des années 80, le personnel du parc s’établit sur leurs lieux funéraires. Une manifestation pacifique fut dispersée par les armes. Ils ne purent plus collecter les produits de la mer pendant que les chalutiers la vidaient. L'interdiction de l'exploitation forestière interdit l'abattage des arbres pour fabriquer les kabangs. Les compétences nécessaires disparurent au fil des décès des anciens. En réalité, les aides consécutives au tsunami ont accéléré l'érosion de leur culture.


Vint ensuite le tourisme de masse. Tous les jours de la haute saison, les « long tails » de touristes déferlent dans leurs villages. Les plages se remplissent de shorts et de bikinis tandis que les visiteurs se promènent caméras en mains, filmant les mères allaitant leurs bébés ou faisant un zoom sur le visage ravagé des vieillards. Certains villageois tentent de vendre de l'artisanat par exemple des bateaux miniatures, mais les touristes en maillot de bain ne portent pas beaucoup d'argent sur eux.

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L'école était rarement ouverte dans ses débuts, les enseignants thaïlandais passant plus de temps sur le continent bien que la situation semble s’améliorer. Mais pour les parents qui peinent pour nourrir leurs familles, l'école reste un luxe. Ils pensent qu'une fois que l'enfant est assez grand, il pourra les aider. Si les impacts négatifs du tourisme sont certains, une porte est ouverte vers ce que l’on appelle maintenant  l’ « écotourisme », guide de groupes dans la forêt ou conduite de nageurs avec masque et tubas dans leur univers en expliquant aux visiteurs ce que l’on peut prendre de la forêt et de la mer sans en perturber l'équilibre.

 

Le tsunami a néanmoins enseigné aux jeunes Moken une leçon importante : la supériorité des cultures écrites par rapport aux cultures orales, l’écrit permettant tout de même plus facilement la transmission des connaissances traditionnelles survivant encore avant qu’elles ne se perdent.

 

Ils furent longtemps leur propre maître, souhaitons-leur de ne pas devenir des esclaves ou, peut-être pire, des singes savants exhibés dans le cadre de voyages organisés.

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Quelques sources

 

Bernard Koechlin -  David E. Sopher « The Sea nomads. A Study based on the literature of the maritime boat people of Southeast Asia »  In : L'homme, 1967, tome 7 n°1. pp. 113-117.

 

Nous n’avons malheureusement pas pu consulter la thèse de doctorat de Jacques Ivanoff (1989) « Moken : les naufragés de l'histoire : une société de nomades marins de l'archipel Mergui ».

 

Jacques Ivanoff « The Moken Boat: Symbolic Technology », White Lotus, 1999.

INSOLITE 17. LES PEUPLES DE LA MER DE LA CȎTE OUEST DE LA THAÏLANDE : MYTHES ET RÉALITÉS.

Hugo Adolf Bernatzik - Jacques Ivanoff « Moken and Semang: 1936-2004, Persistence and Change », White Lotus, 2005.

Annie Dupuis et Jacques Ivanoff « Ethnocentrisme et création » 2014 (ISBN-10 2-7351-1298-5).

Maxime Boutry & Olivier Ferrari « DES CATASTROPHES NATURELLES AU DÉSASTRE HUMAIN - CONSEQUENCES ET ENJEUX DE L’AIDE HUMANITAIRE APRES LE TSUNAMI ET LE CYCLONE NARGIS EN THAÏLANDE ET BIRMANIE », carnets de l’Irasec n° 10 de 2009 (numérisé)

http://www.courrierinternational.com/article/2012/11/22/des-nomades-des-mers-echoues-a-terre

Un vaste débat à France-Culture sur le thème « Quel avenir pour les peuples minoritaires et les nomades marins d'Asie du Sud-Est » avec l’intervention en particulier de Jacques Ivanoff sur les Moken que l’on peut réécouter avec intérêt sur le site :

https://www.franceculture.fr/emissions/planete-terre/quel-avenir-pour-les-peuples-minoritaires-et-les-nomades-marins-dasie-du-sud

Rappelons le site animé par Jacques Ivanoff « Moken spirit is alive » (« L'esprit moken est vivant ») : https://mokenspirit.com/ créé, nous disait-il « pour présenter les Moken du point de vue de la renaissance et du patrimoine, l'idée étant d'éviter de faire un musée stupide et quelque chose de plus subtil ». Il mérite la visite !

                                        

INSOLITE 17. LES PEUPLES DE LA MER DE LA CȎTE OUEST DE LA THAÏLANDE : MYTHES ET RÉALITÉS.

NOTES

 

 

(1) INSOLITE 16 -  « LES PEUPLES DE LA MER DE LA CȎTE OUEST DE LA THAÏLANDE : MYTHES ET RÉALITÉS ».

 

(2) « LES MOKEN : Littérature orale et signes de reconnaissance culturelle » in Journal de la Siam society, volume 74 de 1986.

Avec Henri Guillaume « Des ignames au riz. La dialectique du nomade et du sédentaire chez les Moken » In: Études rurales, n°120, 1990 et « Équilibre paradoxal : sédentarité et sacralité chez les nomades marins moken » In : Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient » Tome 79-II, 1992).

 

(3) Rappelons qu’ils s’appellent Selung en Birmanie, répandus dans les îles de l’archipel de Megui et Moken en Thaïlande, navigant dans les quelques centaines d’iles qui longent la côté occidentale sur environ 500 kilomètres entre Ranong à la frontière Birmane au nord et la Malaisie à la ponte sud de la province de Satun. Ils se distinguent des Moklen et des Urak-Lawoi, quoiqu’ethniquement très proches, plus au sud dont les embarcations sont construites avec moins d’ingéniosité.

 

(4) « Relation du voyage de Monseigneur l'Evêque de Beryte, vicaire apostolique du royaume de la Cochinchine, par la Turquie, la Perse, les Indes, jusqu'au royaume de Siam, autres lieux » par M. de Bourges, 1668.

 

(5) Edmond Pâris : « Essai sur la construction navale des peuples extra-européens, ou Collection des navires et pirogues construits par les habitants de l'Asie, de la  Malaisie, du grand Océan et de l'Amérique / dessinés et mesurés par M. Paris, pendant les voyages autour du monde de l'Astrolabe, la Favorite et l'Arté » 1841.

 

(6) Comte A. Mahé de La Bourdonnais « Un français en Birmanie : ouvrage rédigé sur ses notes de voyage » 1884 : « Placés au dernier degré de l'échelle de la civilisation, ils vivent presque continuellement dans leurs embarcations. Durant la saison de l'hivernage, on les voit, au nombre de plus de 200, réunis dans un camp; sur le rivage; mais la mobilité de leur caractère, le sentiment de crainte si bien invétéré depuis tant de générations qu'il est aujourd'hui irraisonné, les porter à ne pas demeurer plus d'une huitaine de jours dans le même endroit. Aussi, ne faut-il pas s'étonner que leurs habitations ne soient on ne peut plus primitives. Ces huttes temporaires sont, faites de quelques pieux coupés dans les bois qui garnissent toutes ces iles d'un fouillis presque inextricable; les nattes en feuilles de palmier qu'ils roulent et emportent avec eux leur servent de toit et de murailles. Souvent aussi, le pont mobile de leurs légères embarcations, est monté sur quelques piquets, et c'est là-dessus qu'ils passent la nuit, ayant pour murailles les branches des arbres voisins et pour toit la voûte étoilée du ciel. Leurs embarcations sont aussi simples que leurs demeures terrestres. Un tronc d'arbre de dix-huit à trente pieds de long en fait tous les frais. On place dessus un feu doux et on le creuse progressivement, en ayant soin de le maintenir ouvert au moyen de traverses. Une partie du bateau est recouverte d'un faux pont en feuilles de palmiers et les cordages sont en rotin. Rien de plus simple, n'est-ce-pas, rien qui dénote un puissant effort d'imagination ? Eh bien, ces embarcations dont rougirait le dernier des canotiers d'Argenteuil, sont admirablement adaptées aux besoins des Selungs et aux parages où ils naviguent. Très rapides, très légères, elles fuient devant la plus petite brise, leur peu de largeur et de tirant d'eau leur permet de circuler à travers les canaux et les hauts fonds qui séparent les petites iles … »

 

(7) En particulier :

http://www.moken-projects.com/site/boat-building/

http://www.moken-kabang.com/

https://tc.revues.org/310 et  https://tc.revues.org/290

https://www.cairn.info/revue-internationale-des-sciences-sociales-2006-1-page-145.htm : un article remarquable sous la signature de Narumon Arunotai, anthropologue de l’Université d’Hawaï : « Les savoirs traditionnels des Moken : une forme non reconnue de gestion et de préservation des ressources naturelles »

 

(8) Les holothuries connues en Méditerranée sous le nom aussi évocateur que vulgaire de « viers de mer » sont mises à sécher puis réhydratées. Elles ne sont utilisées chez nous que comme esches.

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Les nids d’oiseau que nous appelons « nids d’hirondelles » constituent également un sommet ( ?) de la gastronomie chinoise.

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Ni les Thaïs ni les Moken ne les consomment et on peut les comprendre. Vous ne les trouverez que dans les restaurants chinois (phattakhan - ภัดตาคาร) à des prix aussi dissuasifs que cette nourriture est repoussante mais les Chinois lui attribuent des vertus aphrodisiaques.

 

(9) Le mot thaï se traduit tout simplement par « merde de baleine » que l’on trouve peut-être encore flottant dans les vagues. C’est bien ce que dit le mot thaï. Il est utilisé en parfumerie comme fixateur et négocié en Europe plus cher que l’or.


 

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(10) « Chacune des flottilles a son taukè. Les Moken s'en plaignent toujours, mais ils y sont totalement attachés. Etre dépendant d'un taukè assure une certaine protection ; un bon taukè doit protéger ses nomades, les aider en cas de disette. La relation qui unit les deux parties est faite de concessions réciproques. Les taukès avancent riz, moteur, essence et laissent les nomades collecter dans leurs aires de déplacement traditionnelles. Les Moken en échange leur sont entièrement dévoués. Ces intermédiaires ont été longtemps présentés comme des maîtres sans scrupules que l'appât du gain poussait à exploiter le plus possible les minorités. En fait, ils participent à la sauvegarde de la discrétion nomade. En attirant les taukès parmi eux, les Moken préservent leur société de contacts trop dangereux et trop réguliers tout en s'assurant l'approvisionnement en riz, alcool, vêtements, etc. Ainsi le double problème du contact et du stockage est-il résolu…Les taukès se sont installés chez les Moken, ils ont épousé leurs femmes, une, deux ou trois selon les cas. En encastrant les relations économiques extérieures dans les réseaux de solidarité, les Moken pallient les conséquences sociales de l'échange ».

 

(11) Ils ont de la faune marine une connaissance approfondie : White écrit en 1922 « ils prennent soin de distinguer les nombreux petits coquillages et les minuscules créatures vivant dans la mer. Ils ont donc une nomenclature très détaillée, qui s’accompagne d’une connaissance intime des espèces. Pour un conchyliologiste, un tour de l’archipel en compagnie d’un Mawken comme Nbai (guide de White) serait aussi plaisant qu’instructif. Les scientifiques seraient bien avisés de faire appel aux services de gens comme Ngai avant qu’il ne soit trop tard ».

 

(12) Albert Londres « Pécheurs de perle », 1931.

 

 

 

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(13) Camille Flammarion « Les éruptions volcaniques et les tremblements de terre : Krakatoa, la Martinique, Espagne et Italie » 1902.

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