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  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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24 mai 2017 3 24 /05 /mai /2017 18:05
A 222. « LES LADY BOYS EN THAILANDE », UN DOCUMENTAIRE DE CARMEN BUTTA.

Diffusé sur la chaîne Arte, 360°-GEO, le 26 mars 2017 et en avril 2017.

A 222. « LES LADY BOYS EN THAILANDE », UN DOCUMENTAIRE DE CARMEN BUTTA.

Depuis l’origine de ce blog, notre motivation est d’apprendre à connaître le pays que nous avons choisi pour notre retraite, de chercher à mieux comprendre nos épouses isan avec lesquelles nous avons décidé de nous marier « pour le meilleur et pour le pire » ;  - enfin - pour le meilleur.

A 222. « LES LADY BOYS EN THAILANDE », UN DOCUMENTAIRE DE CARMEN BUTTA.

La deuxième motivation est de partager ce que nous estimons intéressant, instructif, captivant, attachant, étonnant, etc., sur l’histoire de ce pays, sa culture, sa diversité, ses spécificités … Nous avons donc un jour « rencontré » des minorités diverses, auxquelles nous avons consacré un article, comme par exemple  les travailleurs illégaux birmans du sud, les "populations montagnardes du nord-ouest.  Cf. Le lien *).

 

Mais il existe aussi d’autres minorités, d’un tout autre genre, à l’intérieur de la famille thaïlandaise, comme celles des homosexuels et des « lady boys » (Terme en anglais) ou en thaï, kathoei, ou encore kathoey ou  katoey.***

 

Nous avons déjà, à l’occasion du débat en France sur « le mariage pour tous » ....

A 222. « LES LADY BOYS EN THAILANDE », UN DOCUMENTAIRE DE CARMEN BUTTA.

... fait le point sur la situation des homosexuels en Thaïlande. (Cf. Notre article sur « La famille thaïlandaise **) Un documentaire récent de Carmen Butta diffusé sur Arte en mars 2017 ayant pour sujet  « Les lady boys en Thaïlande » est le prétexte pour rappeler certaines réalités les concernant, qui vont au-delà des clichés et des contre-vérités véhiculés en France par des reportages recherchant trop le «sensationnel ».

A 222. « LES LADY BOYS EN THAILANDE », UN DOCUMENTAIRE DE CARMEN BUTTA.

La particularité du reportage de Carmen Butta est de laisser parler les intéressé(e)s et plus particulièrement « Mimie » qu’elle va filmer à Bangkok, où elle réside, en colocation  avec un autre kathoei, Nita Bountou, 24 ans; mais aussi chez ses parents dans un village du nord-est près d’Ubon et dans le temple où il (elle) fut moine de 7 ans à 17 ans, ou bien encore avec son ami(e) kathoei Tonta de 25 ans qui enseigne la danse et l’histoire à Petchaboun, et avec qui, elle (il) va se rendre à Pattaya pour participer à une conférence de presse organisée par Doy Harper la responsable kathoei de la plus grande association « transgenre » qui se bat pour l’égalité entre les sexes.

A 222. « LES LADY BOYS EN THAILANDE », UN DOCUMENTAIRE DE CARMEN BUTTA.

Elles (ils) rendront visite à cette occasion à la célèbre chorégraphe Niwat Charoen,  du music-hall kathoei « Le Tiffany », bien connu en Thaïlande, pour son élection de miss Tiffany, qui passe à la télévision en direct. Autant de témoignages différents de kathoeis avec des situations personnelles différentes, mais qui ont (ou ont eu) en commun un parcours de souffrances et d’humiliations pour faire admettre leur particularité de « transgenre » - le fait de se sentir femme dans un corps d’homme -  auprès de leur famille d’abord, puis de leur milieu, dans leur recherche d’un travail, dans leur quête de reconnaissance et d’égalité auprès de la société et des institutions.

A 222. « LES LADY BOYS EN THAILANDE », UN DOCUMENTAIRE DE CARMEN BUTTA.

Certes, il y a déjà eu maints reportages des télévisions françaises sur les kathoeis, mais le plus souvent ils étaient centrés sur les kathoeis prostitué(e)s arpentant les lieux chauds touristiques ou travaillant dans les bars, ou sur les célébrités kathoeis ayant réussi dans la mode et le cinéma comme  la très populaire et magnifique Ploy Trichana, ou Nung Tum, l’ancienne boxeuse thaïe dont la vie a été portée à l'écran dans le film « Beautiful Boxer ».

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La plupart de ces reportages évoque leur supposée intégration à la société ou l’étonnante tolérance à leur égard qui s’expliqueraient par la religion bouddhiste et  - plus surprenant  - par « le fait que la Thaïlande n’a jamais été colonisée » (sic) (On pense à un reportage de 7 à 8 sur TF1 ****) S’il est vrai qu’elles sont « visibles » comme par exemple,  dans les lieux chauds,  les hypermarchés et les boutiques, dans les rues des grandes villes, et même dans certains villages, cela ne signifie pas, comme le montre le film, que leur intégration est réalisée et que leur vie et leur quotidien échappent aux rejets, insultes, humiliations, discriminations  … 

A 222. « LES LADY BOYS EN THAILANDE », UN DOCUMENTAIRE DE CARMEN BUTTA.

En effet, les protagonistes du film n’ignorent pas comme Mimie, sa (son) colocataire Nita, son ami(e) Tonta et d’autres, qu’une minorité de kathoeis a « réussi » dans le monde de la mode, des cosmétiques, du mannequinat, ou du cinéma, mais  que « Les kathoeis sont souvent cuisinières ou vendeuses, au mieux gérante d’une boutique. Elles sont rarement dans l’administration, médecins, ou dans les banques. ». Tonta, l’enseignante kathoei se bat pour que : « Les kathoeis ne doivent plus être confinées dans les cages à paillettes   du monde du spectacle et de la beauté. On doit montrer qu’on est parfaitement capables d’être fonctionnaires, médecins ou enseignantes », même si elles doivent subir humiliations (Mon sourire cache en réalité un très long combat. Avant de rentrer à l’université, on m’a obligé à avoir des cheveux très courts et à porter des vêtements masculins. Les douleurs que j’ai ressenties après avoir changé de sexe n’étaient rien comparé à tout ce que j’ai souffert comme  humiliations avant mon opération. » ou discriminations comme le dit Doy Harper : « A la fin de mes études universitaires, j’étais la mieux placée pour obtenir un poste de directrice à la banque, mais quand ils ont vu monsieur sur ma carte d’identité, ils ont refermé mon dossier. »

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Il est effectivement très difficile pour elles de trouver un travail, surtout dans les métiers dits de prestige reconnus comme tels par la société. Nonta en est consciente ; elle est  fière  de porter l’uniforme d’enseignante, « Le métier d’enseignante jouit d’une grande estime en Thaïlande » et « cet uniforme est  (…) important pour moi ; le fait de pouvoir le porter est la preuve que la société et les institutions m’ont accepté (…) La preuve ultime que je suis femme »). Elle (il) sait qu’elle (il) est un exemple, mais une exception,  tant les discriminations à l’embauche sont légions. (Elle (il) a utilisé un concours de beauté  télévisé   qui a beaucoup de succès en Thaïlande pour faire passer son message). Le film montre aussi le courage, la volonté de Mimie (Le personnage central)  pour  trouver un emploi fixe mais qui en attendant, va de petit boulot en petit boulot, inquiète de ne pas pouvoir payer le loyer et  d’envoyer de l’argent à sa famille et à son neveu et sa nièce.

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Il faut voir dans cette difficulté  de trouver un emploi et la situation précaire vécue, le chemin qui poussera nombre d’entre elles (eux) – celles (ceux) qui surtout n’ont pas de formation -  à devenir prostitué(e)s. Le documentaire avance sans d’ailleurs la moindre justification, le chiffre de plus 5.000 kathoeis à Pattaya. « La plupart d’entre elles travaillent comme prostituées ou gogo girls ou danseuses dans les quartiers chauds des boîtes de nuit. ».

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Mais comment chiffrer le nombre de kathoeis en Thaïlande?

 

Le reportage de 7 à 8 cité avance le chiffre de 1.200.000, une émission de France culture donne le même nombre****: « Ces « ladyboys » représentent aujourd’hui 2% de la population du pays soit près de 1,2 millions de personnes. »; pour d’autres, 2% de la population font 1 million ; Pour d’autres plus de 500.000, comme  pour la réalisatrice du reportage Carmen Butta; Pour d’autres encore 300.000 ; On peut même lire entre 10.000 et 100.000. Vous pouvez donc choisir votre nombre, entre 10.000 et 1.200.000 ! Le phénomène est vieux comme le monde, Platon déjà a écrit le mythe de l’androgyne...

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... et Rabelais nous a parlé de l’androgyne de Gargantua.

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Il en est de toute évidence de même ici mais le phénomène n’est devenu apparent que depuis quelques dizaines d’années Tout chiffrage sérieux est en réalité strictement impossible. Ces messieurs (ou ces dames ?) sont administrativement des hommes,

 

Mais quel que soit le nombre, elles  (ils) existent, et doivent assumer leur propre genre,  subir le regard des autres, les insultes, les humiliations (Cf. Lors de la conscription militaire), l’image négative que les médias, les « soap opéras », le cinéma donnent d’elles  (contrastant avec celle de quelques célébrités)…

A 222. « LES LADY BOYS EN THAILANDE », UN DOCUMENTAIRE DE CARMEN BUTTA.

Leur « découverte » de se sentir femme dans un corps d’homme ne va pas de soi ; il faudra décider de prendre des hormones, pour se transformer physiquement. Elles (ils) vont devoir se faire accepter par la famille, et beaucoup seront rejetées. Si notre « héroïne » Mimie est acceptée par son père, sa mère la rejettera au début, ne voulant plus être sa mère. Elle  changera d’avis quand elle se rendra compte que Mimie paye les dettes et soutient la famille. Mais on trouvera toujours des reportages qui se fonderont sur des exceptions  pour indiquer que la société thaïlandaise est tolérante, comme celui - montré dans le reportage de « 7 sur 7 »****-  où on voit à l’école Kamphaeng (Près de Sisaket) des jeunes élèves kathoeis se maquiller, mettre du rouge aux ongles, se parer de colifichets dans les cheveux, avoir leur propre toilettes, et être bien accueilli par la direction, les enseignants et les élèves, sans subir nulle insulte. L’’émission France-Culture, déjà citée, n’hésite-telle pas à proclamer : « la Thaïlande s’enorgueillit d’une très longue tradition dans laquelle choisir son identité sexuelle est un droit tacite que peu remettent en cause, pas même dans les familles ». Affirmation grotesque s’il en est !

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Certes Mimie est aujourd’hui acceptée par sa mère et son village, mais elle en connait le prix et les limites. Elle sait que sa mère a changé d’attitude parce qu’elle est devenue le soutien financier de sa famille ; Elle est consciente que la population du village est gentille avec elle, parce qu’elle a « réussi ». (« ils sont tous gentils avec moi, mais je ne suis pas sûr qu’ils m’acceptent vraiment. Si je n‘avais pas réussi, ils auraient peut-être dit à leurs enfants : regardez, c’est une kathoei, ne devenez pas mauvaise comme elle. »)

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L’argent joue en effet, un rôle primordial dans le regard que peut porter les familles, sur leur enfant kathoei (Comme sur leurs filles prostituées). On peut passer du rejet absolu, à l’acceptation et ensuite à la reconnaissance quand on constate l’envoi d’argent mensuel, ou quand voit les signes de la réussite (Construction ou embellissement d’une maison, achat d’une voiture ou d’une moto, etc). Et pourtant dans le film de Camille Butta, l’hôtesse du bus kathoei avoue que « Cela fait peu de temps que mes parents ont accepté que je sois kathoei ; Pourtant cela faisait longtemps que je leur envoyais de l’argent. Au début quand j’allais les voir, il fallait d’abord que je me fasse couper les cheveux. »

A 222. « LES LADY BOYS EN THAILANDE », UN DOCUMENTAIRE DE CARMEN BUTTA.

Leur situation est douloureuse entre la soif de reconnaissance et les humiliations subies. Mimie l’exprime : « En fait je suis fatiguée d’être toujours belle pour être reconnue comme une femme. Cela me fait les mêmes effets pour les trois jours à l’armée. On m’a obligé à me déshabiller devant les officiers pour prouver que je ne pouvais pas devenir soldat. Une véritable humiliation. Et aujourd’hui, on me conseille de réduire mes pommettes, faire injecter mes lèvres, rembourrer mes paupières, J’ai l’impression qu’on veut faire entrer un corps étranger en moi ». Une de ses amies kathoeis est également très explicite : « Il y a beaucoup de gens qui nous méprisent, qui nous insultent, qui nous lancent « espèce de monstre », mais j’ai appris à ne plus les entendre ; Le plus important, c’est l’affection que je reçois de mes amis ; ce qui compte aussi c’est la reconnaissance de mon patron ; je travaille dans la mode ; je suis tellement heureuse d’être moi-même. »

A 222. « LES LADY BOYS EN THAILANDE », UN DOCUMENTAIRE DE CARMEN BUTTA.

Elles (ils) doivent en plus affronter les préjugés, largement diffusées dans les médias et plus particulièrement dans  les « soap opéras » très populaires en Thaïlande. Mimie : « Dans les soap opéra, les rôles qu’on nous donne sont toujours caricaturaux ; on joue des employées avides  de sexe,  braillardes, lourdement maquillées et qui harcèlent les hommes. A la télé, on est juste des clones. ».  Ou encore Doy Harper : « Dans les soap opéras, les kathoeis ont toujours le cœur brisé et veulent toujours se suicider. Pas étonnant que mes parents et mes proches ne voyaient aucun avenir  avec une relation avec un homme ».

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(Les soap opéras sont des feuilletons très populaires de la télévision thaïlandaise avec des conventions narratives très stéréotypées, réduites le plus souvent à une belle histoire d’amour entre deux personnes riches et belles, qui va être contrariée par une troisième femme, forcément « méchante » qui va vouloir éliminer sa rivale. On voit souvent  comme adjuvant apparaître des kathoeis jouant un rôle comique grotesque. Ces feuilletons multiplient les situations caricaturales et trop théâtrales, où cris et hurlements sont nombreux. Ils sont aussi le vecteur privilégié pour promouvoir des produits commerciaux.)*****

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Mais cela ne veut pas dire que tous les kathoeis vivent forcément la même vie.

 

Dans le documentaire Mimie se sait différente des autres (« Moi je suis différente, peut-être parce que j’ai été moine. »), mais sa colocataire kathoei Nita qui a un emploi fixe se voit aussi différente de Mimie. « On est  si différente l’une de l’autre. Je préfère travailler dans un bureau et m’imposer dans  le marketing,   grâce à ma voix, mes qualités et mon talent.   Je ne veux pas tout  miser  sur mon physique. J’ai juste envie d’être une femme des plus normales et avoir l’affection de mes parents grâce à ma réussite professionnelle. »

 

Il est évident que toutes ne vivent pas la même vie tant les différences familiales, professionnelles sont multiples, mais elles (ils) partagent toutes un parcours contraignant et pénible pour « devenir femme » avec la prise d’hormones au début, puis les différentes opérations chirurgicales qu’elles (ils) comptent réalisées pour  changer de sexe. Ces opérations ont un coût psychologique mais aussi financier. Si  la grande majorité se fera implanter des prothèses mammaires, elles (ils) hésiteront pour la correction de la pomme d’Adam, la chirurgie et l’épilation faciale. Beaucoup en tous cas prennent la pilule contraceptive (délivrée ici sans la moindre ordonnance) qui développe les hormones féminines (poitrine et pilosité). Si les injections au silicone peuvent être réalisées chirurgicalement, notons tout de même – nous l’avons lu – qu’il est porté (en thaï) sur certains tubes de joints que nous utilisons dans nos sanitaires « utilisation corporelle déconseillée » ce qui laisse à penser d’où proviennent certaines poitrines plantureuses.

A 222. « LES LADY BOYS EN THAILANDE », UN DOCUMENTAIRE DE CARMEN BUTTA.

Mais la décision la plus difficile à prendre sera – évidemment - « l’opération »,  celle  qui consiste à « couper » les testicules et la verge pour « construire » un vagin. Mimie, par contre s’y refusera. « J’aurais trop peur des effets secondaires. Mais surtout les parties masculines de mon corps ne me dérangent pas du tout. Je suis né avec, je ne les déteste pas. Si je subissais une opération, j’aurais l’impression de me renier moi-même ; je préfère accepter la réalité telle qu’elle est. », alors que sa colocataire kathoei, Nita Bountou, est en train d’économiser pour « changer de sexe ». Il est vrai que Mimie est ici très minoritaire, un cas particulier dit-elle, car elle (il) ne veut pas devenir une femme, mais s’assumer au milieu. « Je suis quelque part au milieu. Je suis à part, particulier, un peu masculin, un peu féminin. Pour moi, le fait d’être une kathoei, ce n’est pas une punition du destin ; je ne me suis jamais senti prisonnière d’un faux  corps

 

Il n’en demeure pas moins que la décision à prendre pour changer ou non de sexe est non seulement la plus difficile à prendre pour les kathoeis, mais elle (il) est celle  qui suscite le plus de curiosité ; ce qui énerve Tonta, qui lors de la conférence de presse à Pattaya, apostrophera les journalistes « Si les journalistes étaient aussi respectueux et libéraux qu’ils l’affirment, ils ne nous demanderaient pas à tout bout de champ si on a été opéré, si on s’est fait refaire les seins, et le nez. »

A 222. « LES LADY BOYS EN THAILANDE », UN DOCUMENTAIRE DE CARMEN BUTTA.

Mais si les kathoeis de Thaïlande vivent des situations différentes, ont plus ou moins transformé leur corps, elles (ils) aspirent toutes à être reconnu dans leur différence, à pouvoir vivre  comme les femmes normales, comme le dit Tonta, à être reconnu par la société et les institutions comme les autres femmes, en obtenant une nouvelle carte d’identité qui officialise leur nouveau « genre ».

 

En effet, la Thaïlande, comme de nombreux pays, les kathoeis ne sont pas reconnues par les autorités et sont des hommes selon la loi comme nous l’avons vu plus haut.

 

Tonta, se souvient du jour où elle (il) a commencé son métier d’enseignante, bien qu’habillée en femme, « Lors de la levée du drapeau, on m’a présenté comme un monsieur, comme c’était écrit dans mes papiers. Cela m’a choqué car je me sens femme aussi loin que je me souvienne. ».

 

Mimie et Tonta sont conscientes que le combat politique sera long et qu’il est nécessaire de rejoindre des associations comme celle de la sister’s fondation de Pattaya animée par Doy Harper pour obtenir un jour la reconnaissance de leur genre.

A 222. « LES LADY BOYS EN THAILANDE », UN DOCUMENTAIRE DE CARMEN BUTTA.

Le documentaire « Les lady boys en Thaïlande » de Carmen Butt, loin des clichés habituels révèle bien la situation des katoeis, la diversité des réalités vécues, leur volonté d’être respectées et reconnues au sein de leurs familles, de la société, et par les institutions de leur pays. Il révèle pour le moins de façon touchante le parcours de vie de Mimie qui a bien galéré pour prendre confiance en elle, ne plus se considérer comme bizarre et rester fidèle à ce qu’elle (il) est. Ce sont ses mots, les derniers mots du documentaire. Ce reportage de 45 minutes n’est pas sans intérêt mais peut-on au vu de questions posées à une demi-douzaine de personnes en tirer beaucoup de déductions d’ordre général et affirmer péremptoirement « Elles aspirent toutes … » ?

A 222. « LES LADY BOYS EN THAILANDE », UN DOCUMENTAIRE DE CARMEN BUTTA.

Notes et liens.

 

*A129. Travailleurs illégaux ou « birmanisation » du sud de la Thaïlande ?

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a129-travailleurs-illegaux-ou-birmanisation-du-sud-de-la-thailande-120218930.html

 

**Cf. Notre article sur « LA FAMILLE THAILANDAISE ? » http://www.alainbernardenthailande.com/article-a94-la-famille-thailandaise-114901289.html

 

***Selon le « Dictionnaire de l’académie royale » กะเทย – kathoei – est un mot à triple sens, originairement un « fruit aux graines atrophiées » (ผลไม้ที่เมล็ดลีบ – Phonlamaithi maletlip),

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c’est aussi « une personne qui a des organes masculins et féminins » (คนที่มี อวัยวะเศทั้งชาย และหญิง - Khonthimiawaiyawasethangchailaeying), biologiquement un hermaphrodite comme le sont par exemple les escargots ou de nombreuses plantes et enfin – nous voilà dans le vif du sujet – ce sont des « personnes qui ont l’esprit, le comportement et les symptômes du sexe opposé » (คนที่มีจิตใจ และกิริยา อาการตรงข้ามกันเพศของตน – Khonthimichitchailaekiriyaakantrongkhamkanphetkhongton).

A 222. « LES LADY BOYS EN THAILANDE », UN DOCUMENTAIRE DE CARMEN BUTTA.

Toutefois, kathoey est aussi souvent employé. Ainsi par exemple Sorthong Banjongsawat, dans sa thèse de doctorat « La Thaïlande, pays aux deux visages : Approches sémiologiques d’une identité culturelle ambigüe à travers le miroir de la presse et autres discours publics. » utilise cette orthographe.

 

« 6.2.5 L’identité sexuelle ambiguë.

 

Notre analyse des images évoque la présence du troisième sexe ou kathoey qui est un phénomène propre à la Thaïlande. Cela concerne les deux questions que nous venons d’envisager : l’interférence de deux aspects ou valeurs et l’altérité de rôles, qui entraîne la plupart du temps l’ambiguïté dans l’identité.

 

Plusieurs auteurs étrangers ont essayé d’analyser le phénomène du troisième sexe, kathoey ou ladyboy, dans la culture thaïlandaise. Nous souhaitons emprunter leur point de vue pour restituer, dans les grandes lignes, les tenants et aboutissants de ce fait social et culturel en Thaïlande. Visiblement, les transsexuels sont une catégorie à part des hommes et des femmes : « nous avons trois désignations des sexes en Thaïlande – les hommes, les femmes, et les femmes de la deuxième catégorie. »

A 222. « LES LADY BOYS EN THAILANDE », UN DOCUMENTAIRE DE CARMEN BUTTA.

****Reportage du 7 à 8, du 10 juillet 2010 : http://www.telleestmatele.com/article-video-sept-a-huit-18-juillet-2010-ladyboy-en-thailande-54131681.html

ou : http://goodmorningvietnam.fr/blog/les-lady-boys-en-thailande-ca-merite-un-reportage/

 

*****France culture : https://www.franceculture.fr/emissions/sur-les-docks/thailande-23-un-paradis-pour-le-3eme-sexe

Deuxième volet d'une série en trois parties d'Alain Lewkowicz et Rafik Zenine
En Thaïlande, il y a les hommes, les femmes et les kathoeis, des « ladyboys » ou dames-garçons. Ce monde de transsexuels totalement intégré à une société jamais colonisée et où la morale judéo-chrétienne n’a pas eu d’emprise. Le terme « kathoei » suggère que ce sont des hommes qui, à des degrés divers, s’habillent ou se comportent de façon féminine. Ces « ladyboys » représentent aujourd’hui 2% de la population du pays soit près de 1,2 millions de personnes. Le spectre de transformation va de ce qu’on pourrait appeler « efféminé » à la trans-sexualité avec prises d’hormones et interventions chirurgicales. L’imbrication complexe du profane et du sacré dicte les priorités. Avoir un bon karma est la principale : changer de sexe ne saurait être tabou. Aucun texte, administratif ou religieux n’interdit cette pratique séculaire autant rurale qu’urbaine et dans ses écrits le bouddhisme ne régule pas la vie sexuelle des croyants. Si en Occident, la transsexualité est associée au monde de la nuit, des paillettes ou de la prostitution, la Thaïlande s’enorgueillit d’une très longue tradition dans laquelle choisir son identité sexuelle est un droit tacite que peu remettent en cause, pas même dans les familles. Cependant leur statut n’est pas reconnu officiellement. Opéré ou pas, un kathoei est toujours considéré comme un homme. Nourri par l’image banalisée que renvoient les émissions télévisées où le troisième sexe apparaît comme excentrique, volubile et superficiel, ou emprisonné derrière le cliché de ces personnes «sexuellement déviantes» le chemin vers la reconnaissance par le gouvernement semble encore long.

 

*****Article de Dubus : Chronique de Thaïlande : le soap-opéra et le consumérisme roi. http://www.infoasie.net/analyse/26201-chronique-thailande-soap-opera-consumerisme-roi.html

« La marchandise est reine, règne partout suprême et même les espaces supposés de la culture contestatrice – groupes de rock, comédiens et comiques professionnels – ne prennent jamais la culture consumériste pour cible, comme un Coluche l’avait fait naguère en ridiculisant l’imbécilité de nos pubs. Carabao, un des groupes de rock thaïlandais qui cultive le plus son image révoltée, a fructifié ces dernières décennies grâce à une série de contrats commerciaux, d’abord avec Coca-Cola, puis avec Carabao Daeng, une boisson énergétique.

 

Les feuilletons ou soap opéras thaïlandais, suivis avidement par des millions de Thaïlandais tous les soirs, sont un vecteur privilégié de promotion de ces produits commerciaux. On pourrait même dire que la conception d’ensemble de ces séries est guidée par des considérations de promotion de produits supervisés par des professionnels du marketing selon un système sophistiqué.

 

Bien sûr, la base reste l’écriture d’une histoire attractive avec des stars du petit écran sélectionnées pour leur popularité vis-à-vis du public. Dans le cours même du feuilleton, les produits des marques qui sponsorisent la série apparaîtront régulièrement : voitures de luxe, téléphones portables, ordinateurs, produits de beauté – y compris des lieux de tournage comme les hôpitaux cinq étoiles de Bangkok qui figurent obligatoirement dans toute série qui se respecte.

Ces mêmes marques dont les logos défilent durant le générique de fin de chaque épisode recrutent ensuite les stars de la série pour « entériner » leurs produits lors de spots publicitaires. C’est ainsi qu’on peut voir partout à Bangkok Ananda Everingham afficher son amour pour tout type de produit, des crèmes à raser aux voitures de sports, et Araya Hargate déclarer sa passion pour les crèmes à blanchir la peau et les derniers modèles de téléphones sud-coréens. »

 

 

 

 

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