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  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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19 août 2017 6 19 /08 /août /2017 18:04
A 229 - UN ESPION SIAMOIS A PARIS EN 1751

Nous avons découvert par hasard une petite brochure de 150 pages intitulée « Lettres siamoises, ou le Siamois en Europe » ... Le sujet était bien susceptible de nous intéresser : Un espion est envoyé en Europe par le roi de Siam, il entretient une correspondance avec ses proches et des officiels et il porte témoignage de ce qu'il voit des mœurs et coutumes européens.

 

Il nous a semblé de la même veine que ce « Voyageur Siamois » de Dufresny dont nous avons parlé il y a quelques semaines (1). Depuis Dufresny, peut-être précédé par « l’espion turc » du Génois Marana quelques années auparavant, imités par Montesquieu dans ses « lettres persanes », il n’est point d’auteur qui, reprenant ce fil n’ait fait voyager un étranger en France pour parler de nous comme s’il était l’explorateurs, et nous les indigènes. Ce choix de parler du réel par le biais de la fiction – fût-elle exotique – constitue la part d’innovation la plus grande et va assurer le succès de l’œuvre de Dufresny qui connut une foule de réédition et, après Montesquieu, d’imitations reproductibles jusqu’à l’usure. Ce scénario, qui est simple – un étranger visite la France et la découvre d’un œil neuf – donnera naissance à une foule d’ouvrages (2).

A 229 - UN ESPION SIAMOIS A PARIS EN 1751

Nos « Lettres siamoises » sont – ou seraient d’un certain Joseph Landon, parfois prénommé Jean, de Soissons, dont nous ne savons rien.

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QUI EN EST L’AUTEUR ?

 

La Bibliothèque Nationale qui donne comme dates 1725(?) – 1769, enregistre de lui quelques ouvrages, une édition des « lettres siamoises » de 1751 et une autre de 1761, il n’y en a apparemment eu aucune autre. Il est ou serait par ailleurs l’auteur d’une comédie en vers « Le Faux indifférent ou l'Art de plaire » de 1750, qui n’aurait jamais été jouée, ce qui n’en fait pas l’éloge et d’une autre comédie « Le Tribunal de l'Amour » qui aurait été représentée par les Comédiens français pendant le voyage de Fontainebleau en 1750, publiée en 1751.

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Son théâtre en tous cas a sombré dans un oubli total. La lecture de la première pièce nous a rapidement fait comprendre pourquoi elle n’a été jouée qu’une fois. Un petit opuscule de 88 pages intitulé « Réflexions de Mademoiselle***, comédienne française » en 1750 lui est également attribué. C’est un recueil de platitudes et de lieux communs (3).

A 229 - UN ESPION SIAMOIS A PARIS EN 1751

Ces ouvrages publiés sans nom d’auteur lui sont attribués à la fois par les notices de la Bibliothèque nationale et par ce qui constitue une bible en la matière, le monumental ouvrage de Edmond-Denis Manne « Nouveau dictionnaire des ouvrages anonymes et pseudonymes : avec les noms des auteurs ou éditeurs » 1868.

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Il est inconnu des quelques ouvrages de référence fondamentaux (4). Les seuls maigres renseignements que nous ayons sur lui proviennent du « Dictionnaire des journalistes 1600-1789 » en son édition numérisée : Jean (ou Joseph) LANDON (?-1769) est né à Soissons et serait mort à Paris en 1769. Il était jeune homme au moment de la publication des « Réflexions de Mlle *** » en 1750. Sa participation journalistique au « Mélange littéraire ou Remarques sur quelques ouvrages nouveaux » publié à Berlin en 1752 est sujette à caution.

A 229 - UN ESPION SIAMOIS A PARIS EN 1751

Faute d’avoir la moindre précision sur ce mystérieux Landon, nous avons, avant de le lire, cherché à savoir comment l’ouvrage avait été accueilli lors de sa parution. Le premier à en parler est le « journal de Trévoux » (« Mémoires pour l'histoire des sciences et des beaux-arts ») dans son numéro de septembre 1751. La notice en est écrite au jus de mancenillier : « On nous a adressé un ouvrage intitulé « Lettres siamoises » et une lettre ou on se plaint beaucoup de celui qui mis ce livre au jour. On prétend que c’est un vol fait au véritable auteur qui avait prêté son manuscrit. On trouve dans ces lettres telles qu’on les donne une multitude d’altérations. On dit qu’elles ne présentent rien d’intéressant pour la politique, pour les mœurs. Nulle attention à bien prendre le style oriental etc… Il faut juger de l’étendue de ces reproches sans partialité. Nous pouvons affirmer qu’après avoir lu ce volume de lettres siamoises, nous avons été peu satisfaits et que le véritable auteur n’aura aucune peine à donner quelque chose de mieux. Nous osons le prier de supprimer tous les petits rapports tendres et passionnés entre le Siamois Nadazir et la Siamoise Abensalida, de ménager partout les intérêts des mœurs et de la religion, d’écrire avec plus de feu que son plagiaire et de faire en sorte qu’on ne s’ennuie pas à la lecture de son ouvrage ».

 

Quoique cette revue fût alors qualifiée de « Revue des Jésuites » et que ses opinions ne fussent jamais cachées, elle restait de grande qualité mais – avant de lire l’ouvrage – nous avons souhaité » en savoir plus par-delà l’opinion des Jésuites.

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Le « Mercure de France » dans son numéro de juin 1751 avait été plus insidieusement féroce en écrivant « Lettres Siamoises, ou le Siamois en Europe » : Ces lettres font des observations sur nos mœurs & sur nos usages. On pourra juger de l'ouvrage, parle morceau que nous allons copier »… et de citer une page de la brochure qui n’est effectivement pas du meilleur aloi, le galimatias amoureux, nous y reviendrons.

A 229 - UN ESPION SIAMOIS A PARIS EN 1751

Notre pauvre Landon, s’il n’a jamais existé, ne fut pas mieux traité dans la revue « CORRESPONDANCE LITTÉRAIRE, PHILOSOPHIQUE ET CRITIQUE » en son tome IV : « Lettres siamoises, ou le Siamois en Europe, brochure de 150 pages environ. Depuis les Lettres persanes de l'immortel président de Montesquieu, il n'y a point de nation en Asie ni en Amérique dont nous n'ayons fait voyager quelques individus en France pour leur faire tracer un tableau de nos mœurs. Ainsi le seigneur siamois ou mexicain est ordinairement un pauvre diable qui, relégué dans un quatrième, a besoin de quelques écus pour ne pas mourir de faim. Dans le choix, je vous conseille de faire l'aumône au seigneur siamois, sans vous exposer à lire le recueil de ses platitudes ». Cet appel à notre charité a sa raison, nous allons le voir !

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Les Lettres

 

A l’inverse du visiteur de Dufresny, ce Siamois n’est pas un ectoplasme. Quantum mutatus ab illo Hectore ! (5). Il a un nom, il s’appelle Nadazir, il a une maitresse nommée Abensalida, deux patronymes qui ne nous ont pas semblé très siamois, il a même un visage singulier ....

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qui nous rappelle étrangement le « Chinois fourbe et cruel » dessiné par Hergé bien plus que les mandarins siamois de l’ouvrage de La Loubère. Mais brisons-là ! Cette figurine ne figure d’ailleurs plus dans la seconde édition de 1761.

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L’ouvrage se présente sous forme de 36 lettres. 17 d’entre elles sont de la correspondance amoureuse, de Nadazir à Abensalida, d’Abensalida à Nadazir et l’une d’entre elle de Nadazir à la mère d’Abensalida. Nadazir a en effet égratigné le lien amoureux lors de son séjour à Paris et il lui fallut se faire pardonner.  Notre espion arrivé au lieu où il doit être « l’œil vigilant de son Roi », c'est-à-dire à Paris, écrit aussitôt à sa chère Abenzalida, et lui dit tout ce qui s'est dit beaucoup mieux un million de fois en pareille occasion.

 

Ceci explique la remarque du « Journal de Trévoux » (… Nous osons le prier de supprimer tous les petits rapports tendres et passionnés entre le Siamois Nadazir et la Siamoise…). Ces correspondances sont polluées par un style hyperbolique dont notre Siamois se justifie toutefois de singulière façon « Qu'on n'aille pas s'élever contre les expressions hyperboliques qui font l'essence de cet Ouvrage. Nous naissons tous poètes. Il y aurait autant de difficulté à nous ôter les métaphores, qu'à empêcher un Français d'être vain, inconstant et grand parleur ». Une citation nous suffira pour ne plus y revenir « Quelle voix étendue, quel messager fidèle te pourrait raconter mon désespoir ! Quelles couleurs assez lugubres, pour te peindre, dans toute son horreur le gouffre d'ennuis où m'abîme ton éloignement ! Mon esprit déchiré d'inquiétudes tyrannise mon cœur dévoré par l'amour. Je te l'offre tous les jours ce cœur après la purification du Soleil levant. Je mêle cinq fois par jour mes larmes à celles que tu as déposées dans ce vase que tu m'as donné, triste, mais précieuse marque de ta tendresse : Je me prosterne, à chaque aurore, devant cette urne pour arrêter tous mes désirs à la beauté de ma chère Abenzalida ». La littérature du XVIIIème siècle nous a, en matière de correspondance galante ou amoureuse, habitué à beaucoup plus d’élégance. N’insistons pas car c’est le travail de l’espion qui nous intéresse.

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Son second courrier sera pour son protecteur, l’Oya Lazahyka, il est juste qu’il ne l’oublie pas. II doit même, dans la circonstance où il se trouve, avoir mille choses intéressantes à lui communiquer. Voici ce pendant ce que nous avons trouvé de plus remarquable dans cette lettre : « Je baise avec respect la partie rampante de ton bonnet et je rampe cinq fois à tes genoux ». L’hommage est plaisant et l'on trouve au bas de la page, cette note savante : « ceux quì sont élevés à la dignité de Naïre portent un long bonnet appelle Naïre que leurs inférieurs baisent avec vénération ».

A 229 - UN ESPION SIAMOIS A PARIS EN 1751

Passons la lettre au premier Barcalon Tasooprapoat, le premier Ministre de Siam, lettre qui de l'aveu de l’Auteur … ne dit rien. Nous vous épargnerons une lettre de la tendre Abenzalida, six pages de la même farine que celle de son espion.

 

Tirer sur les Abbés et déclamer contre les Prêtres est un lieu commun de la comédie surtout à cette époque. Notre Siamois n'a pas manqué de saisir cette ressource et dans une Lettre au vénérable Sancrat, Abbé Commendataire des Talapoins de Louvo. Nadazir peint assez ridiculement les abbés mondains et leurs mœurs « relâchés ». Nous nous dispenserons de faire valoir ici son esprit, il est du style de tous les vaudevilles « anticléricaux » (le mot n’existe pas à cette époque) de ce siècle et d’après. Ne citons qu’une note « la langue Balie est un idiome mystérieux dont se servent les Talapoins pour endoctriner le peuple. Le sens de chaque phrase est toujours tortueux: elle est pour les Indiens, ce qu’est l’Alcoran pour les Turcs ». Nous retrouverons d’ailleurs cet athéisme d’époque dans une lettre  que lui adresse Abou – Kaïli, intendant des Magasins du Roi à un réponse à un courrier non  publié : « Cette attente d'un nouveau Dieu, pour me servir de leurs termes, rend le peuple attentif & crédule, toutes les fois qu'on lui propose quelqu'un comme un personnage extraordinaire, surtout  si celui qu'on met devant ses yeux faciès est entièrement stupide, parce que l'entière stupidité ressemble à ce qu'il se figure de l'inaction & de l'impassibilité du Nireupan ». Le « Nireupan est le degré sublime de perfection où les ames peuvent arriver » écrit-il par ailleurs. On peut supposer qu’il s’agit du Nirvana ? C’est bien évidemment là une réflexion qui n’a pas dû faire plaisir aux rédacteurs du Journal de Trévoux ! Diderot fera mieux avec plus de talent (6).

A 229 - UN ESPION SIAMOIS A PARIS EN 1751

Les femmes, éternel sujet de comédies, farces et vaudeville, ne sont pas ménagées. Dans un courrier à son ami Zékioc-Ymy, Officier de Judicature à Siam, il s’élève contre leur passion du jeu : « Ces belles moitiés du monde ne jouent point à Siam ; à Paris le jeu est leur élément; On nous reproche l'adoration des idoles, tandis que chez ces infidèles mille autels sont élevés les jours et les nuits au Génie trompeur du jeu ». Cette réflexion est suave quand on connait la passion morbide des Thaïs pour les jeux d’argent déjà vilipendée par La Loubère un siècle auparavant ! Ailleurs notre Siamois nous dit « les femmes peuvent aller de compagnie avec nos pagodes, que le vulgaire de Siam n’encense qu'à proportion des riches vêtements dont elles sont chargées : leurs maris semblent des Prêtres qui contractent en les épousant la dispendieuse obligation de réchauffer l’éclat de ces idoles de chair des étoffes les plus précieuses & des diamants les plus rares. Mais ce qui différencie ces malheureux époux des Prêtres, c'est que l’entretien de l’idole est à la charge des premiers, & que ce n’est pas toujours de leur part que l’encens est le plus agréablement reçu ».

 

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Les médecins sont évidemment un autre sujet de vaudeville, notre espion a donc eu affaire avec un quelconque Diafoirus, il en fait part à Saïblacouaziz, premier médecin du Roi de Siam dans son style qui ne vaut pas celui de Molière dans « le malade imaginaire » : « Une flamme brulante et volatile circulait dans mes veines. Des fourbes, prévaricateurs ignorants de ton art divin, ont fait sortir de mon sang, cette portion immatérielle … L'espace immense qui me sépare de l'aimable Abenzalida avait jeté sur mon âme une teinture d'inquiétude & de désespoir, qui ne fut pas longtemps sans gagner jusqu'à mon corps. Les Européens qui m'obsèdent, m'offrirent leurs secours trompeurs, Ils m'envoyèrent un escadron lugubre de ces espèces d'êtres destinés à conserver les autres, & qui s'emploient à les détruire…. »

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Les réflexions sur la monarchie, nous les attendions, ne viennent pas de l’espion mais de Ocprasymohosot, Secrétaire du premier Barcalon « La tyrannie est horrible à tous les yeux ; un Roi cruel est un monstre ; un Roi parricide est l'opprobre de l'Univers … »….

 


 

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Le mystérieux Landon va toutefois abonder dans le sens de la plus méprisable et la plus plate flagornerie : « ….Mais nous applaudissons à l’éloge d'un Monarque dont les vertus font toujours présentes à nos cœurs; & nous finirons cet extraits par ce portrait dont notre amour avoue tous traits. „ Le Prince qui donne des lois à ces infidèles, dit notre Espion, est d'une figure faite pour la majesté du Commandement ; petit fils et successeur d'un Roi qui a fait l’admiration de l'univers, ses vertus ont la même supériorité, ses conquêtes le même bonheur, sa Monarchie est aussi florissante, ses peuples font aussi heureux. Quoiqu'assiégé de Courtisans, il aime qu'on lui parle le langage de la nouveauté ; toutes les avenues de son cœur font ouvertes à. la vertu & au désir de faire des heureux : il n'est pas étranger au milieu de ses sujets; & il veut manier, les ressorts les plus secrets de son Empire. L'amour des peuples est l'éloge le moins suspect du Souverain. Celui-ci a mérité des siens le titre attrayant de BiEN AIMÉ, plus flatteur que celui de Grand, dont il n'est pas moins digne ; Et si l'on voit des bouches impures attenter à la gloire de ce Prince par des discours & des écrits, enfants de l'ingratitude & de l'odieuse calomnie, c'est que la vertu qui s'élève, attriste le crime qui s'avilit… ».

 

N’oublions pas que ce texte est écrit en 1751 à une date où Louis XV qui règne depuis 1715 et qui fut un temps « le bien-aimé » était déjà depuis quelques années devenu le monarque le plus impopulaire et certainement le plus haï de notre histoire. Sous le règne de Louis XV, fortement imprégné de l’esprit encyclopédique, la censure était devenue bien élastique et ne nécessitait peut-être pas cette avalanche de basses flatteries ?

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C’est une lettre de notre espion à Mogla, Trésorier  Général des Finances du Roi, qui va nous permettre de conclure « Déja le lumineux Tavan (le soleil) a deux fois décrit sa course invariable, & je n'ai point reçu cette paye essentielle au succès de ma mission et à ma subsistance. Apprends que sous cet hémisphère, on achète jusqu'à l'air que l'on respire … ». Il crie misère.

 

Nous aurions dû suivre le conseil de la  « CORRESPONDANCE LITTÉRAIRE, PHILOSOPHIQUE ET CRITIQUE » : Dans le choix, je vous conseille de faire l'aumône au seigneur siamois, sans vous exposer à lire le recueil de ses platitudes
 

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Ce style emphatique qui nous exaspère en a exaspéré d’autres avant nous, Lesage en 1715 déjà s’en gaussait dans le dialogue entre Gil Blas et Fabrice, son ami poète qui nous rappelle singulièrement Landon  (7).

 

Dufresny nous disait s’être fort amusé à écrire son « voyageur siamois », nous l’avons lu sans déplaisir, nous nous sommes fort ennuyé à lire « l’espion siamois  ».

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 NOTES

 

(1) voir notre article A 227 – « LE « VOYAGEUR SIAMOIS » VISITE PARIS EN 1699 EN COMPAGNIE D’UN PETIT COUSIN DE LOUIS XIV ».

 

(2) aux « Lettres d’une Turque écrite à sa sœur au sérail » par Poullain de Saint Foix (1730), « Lettres juives » (Lettres juives ou Correspondance philosophique, historique et critique entre un Juif voyageur à Paris et ses correspondants en divers endroits) de Boyer d’Argens (1736), « Lettres moscovites » de Francesco Locatelli (1736), « Lettres saxonnes » d’un anonyme (1738), « Lettres d’un sauvage dépaysé contenant une critique des mœurs du siècle et des réflexions sur des matières de politique et de religion »« de Joubert de la Rue (1738), « Lettres chinoises ou correspondance philosophique, historique et critique, entre un chinois voyageur à Paris et correspondants à la Chine, en Moscovie, en Perse et au Japon, par l'auteur des Lettres juives et des Lettres cabalistiques » de Boyer d’Argens (1739), « Lettres d'une Péruvienne »  de Mme de Graffigny, (1747), « Lettres iroquoises » de Maubert de Gouvest (1752), Lettres d’Amabed de Voltaire (1769), une liste qui est loin d’être limitative et où l’on peut trouver du médiocre, du talent et du génie.

 

(3) Il y en a quelques extraits dans le numéro du « Mercure de France » d’octobre 1750.

 

(4) Nous avons consulté le monumental « Catalogue de pièces choisies du répertoire de la Comédie française, mis par ordre alphabétique, avec les personnages de chaque pièce et les nombres des lignes ou vers de chaque rôle » (1775), l’« Histoire générale du théâtre en France » quatre volumes. 1904-1910 d’Eugène Linthillac, les quatre volumes de l’ouvrage de Jacques-Charles Brunet, « Manuel du Libraire et de l'Amateur de Livres », 1861 et enfin les quatre énormes volumes de l’ouvrage de Gustave Lançon « Manuel bibliographique de la littérature française moderne : XVIe, XVIIe, XVIIIe et XIXe siècles » 1921 qui a pourtant catalogué pratiquement tout ce qui s’est écrit en France depuis l’invention de l’imprimerie et même avant, ces deux derniers ouvrages passant néanmoins pour être exhaustifs.

 

(5) « Combien différent de cet Hector d’autrefois », in Énéide de Virgile, II, 274.

 

(6) « La religieuse » est de 1780. 

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(7) « … Ton sonnet n’est qu’un pompeux galimatias et il y a dans ta préface des expressions trop recherchés, des mots qui ne sont point marqués au coin du public, des phrases entortillées pour ainsi dire… Les livres de nos bons en anciens auteurs ne sont pas écrits comme cela. Pauvre ignorant s’écria Fabrice ! Tu ne sais pas que tout prosateur qui aspire aujourd’hui à la réputation d’une plume délicat affecte cette singularité de style, ces expressions détournées qui te choquent… » (Gil Blas, livre VII, chapitre 13).

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