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  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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21 septembre 2017 4 21 /09 /septembre /2017 01:25
A 235. QU’EN EST-IL DE LA LUTTE DE LA JUNTE CONTRE LES TRAFICS D’ETRES HUMAINS ET LES TRAVAILLEURS ILLEGAUX EN THAÏLANDE EN 2017 ?

Deux récentes informations rapportées par la presse en juillet 2017 pourraient nous montrer la volonté de la junte de lutter contre les trafics d’êtres humains et des travailleurs illégaux.

 

La première relate un procès exceptionnel jugeant 102 prévenus, qui a abouti à la condamnation du général Manas Kongpan, l’ancien Commandement des Opérations de Sécurités Intérieures (ISOC) de tout le Sud, ainsi que tout un réseau de militaires, policiers, hommes politiques locaux et mafieux, pour le trafic d'êtres humains exercé contre les Rohingyas et les Bangladais, désirant émigrer en Malaisie ou en Indonésie, dans des conditions sordides, violentes et meurtrières.*

 

A 235. QU’EN EST-IL DE LA LUTTE DE LA JUNTE CONTRE LES TRAFICS D’ETRES HUMAINS ET LES TRAVAILLEURS ILLEGAUX EN THAÏLANDE EN 2017 ?

La seconde est relative à une loi contre l’immigration clandestine qui a provoqué la panique parmi des milliers d’étrangers en situation irrégulière, notamment birmans. Devant l'exode et l'émoi des entreprises, privées de leurs salariés, le gouvernement a annoncé peu après la suspension de la loi pour six mois.

A 235. QU’EN EST-IL DE LA LUTTE DE LA JUNTE CONTRE LES TRAFICS D’ETRES HUMAINS ET LES TRAVAILLEURS ILLEGAUX EN THAÏLANDE EN 2017 ?

Et une troisième qui voudrait accréditer l’idée que désormais la « Thai Union Frozen Group » (TUF), l’un des plus gros conglomérats producteurs de fruit de mers au monde, était sur le point de revoir ses pratiques de pêche pour éviter les conditions de travail abusives et le chalutage excessif.**

A 235. QU’EN EST-IL DE LA LUTTE DE LA JUNTE CONTRE LES TRAFICS D’ETRES HUMAINS ET LES TRAVAILLEURS ILLEGAUX EN THAÏLANDE EN 2017 ?

Faut-il voir là un changement politique et économique profond  ou trois péripéties  dans une actualité où  « Il n’y a pas un jour sans qu’un journal local ou même international dénonce une pratique illégale, une vente d’êtres humains, un passage interdit de frontière, un système de corruption officielle ». **

A 235. QU’EN EST-IL DE LA LUTTE DE LA JUNTE CONTRE LES TRAFICS D’ETRES HUMAINS ET LES TRAVAILLEURS ILLEGAUX EN THAÏLANDE EN 2017 ?

Rappelons les faits.

 

En mai 2015, le gouvernement issu du coup d’Etat de 2014, avait réagi après les publications de la presse internationale et nationale  révélant l’existence d’une trentaine de cadavres jetés dans quatre fosses dans la province thaïlandaise de Songkhla, dans le sud du pays, ainsi qu’un peu plus tard de cent trente-neuf tombes et 28 fosses communes  du côté malaisien.*

A 235. QU’EN EST-IL DE LA LUTTE DE LA JUNTE CONTRE LES TRAFICS D’ETRES HUMAINS ET LES TRAVAILLEURS ILLEGAUX EN THAÏLANDE EN 2017 ?

Jusqu’à cette date,  les autorités thaïlandaises et malaisiennes avaient minimisé ces trafics et démenti que des camps de détention de migrants ou des fosses communes puissent exister sur leur sol, pourtant dénoncé depuis des années par les ONG, avec son lot d’horreurs (Des milliers de migrants abandonnés par les trafiquants en pleine mer, retenus en otages dans des camps avec demande  de rançons aux familles, passages à tabac, meurtres, viols). Le Courrier international du 13 mai 2015 s’en faisait l’écho : « Thaïlande,  Au royaume du trafic des êtres humains » : « Séduits par le rêve d’une vie meilleure, beaucoup de Bangladais pauvres (On pourrait rajouter : et de Rohingyas)  embarquent sur des cargos pour se rendre en Thaïlande, puis de là rejoindre la Malaisie par la route. Toutefois, avant même de parvenir à leur destination finale, leurs rêves se transforment en un cauchemar collectif. Détenus en pleine jungle dans des lieux surpeuplés et immondes pendant des mois, voire des années, ils sont souvent passés à tabac et privés de nourriture jusqu’à l’obtention d’une rançon.».

A 235. QU’EN EST-IL DE LA LUTTE DE LA JUNTE CONTRE LES TRAFICS D’ETRES HUMAINS ET LES TRAVAILLEURS ILLEGAUX EN THAÏLANDE EN 2017 ?

Ce trafic d’êtres humains existait effectivement depuis des années pour des milliers de migrants fuyant, chaque année,  le Bangladesh pour des raisons économiques et la Birmanie pour éviter les violences et la politique d’apartheid à l’égard des musulmans rohingyas. Mais cette fois-ci la junte militaire thaïlandaise, soucieuse de débarrasser le pays de sa réputation de plaque tournante du trafic d'êtres humains, avait affiché sa résolution de désorganiser les filières, d’arrêter les coupables et de faire de leur procès un exemple. Surtout que le gouvernement savait que le Rapport sur les Trafics de Personnes du Département d'Etat américain (rapport TIP) allait déclasser la Thaïlande et tombé dans la catégorie Tier 3,  entraînant de fait des sanctions économiques et la perte de l’aide au développement.

A 235. QU’EN EST-IL DE LA LUTTE DE LA JUNTE CONTRE LES TRAFICS D’ETRES HUMAINS ET LES TRAVAILLEURS ILLEGAUX EN THAÏLANDE EN 2017 ?

Nous avions d’ailleurs signalé dans notre article 185 « La junte militaire face aux trafics d’ êtres humains en Thaïlande » qu’ « En ce début de mai 2015, la junte a lancé une vaste opération de police  contre les trafiquants d’êtres humains dans la province de Songkhla, près de la frontière avec la Malaisie. Le 1er ministre a fait de multiples déclarations montrant la volonté du gouvernement de faire face à cette vague d’immigration clandestine qui a doublé depuis l’année dernière, comme le confirme un rapport du Haut-commissariat aux réfugiés (HCR) à Bangkok qui indique que, « quelques 25.000 Rohingyas et Bangladais ont pris la mer pour émigrer grâce à des passeurs entre janvier et mars de cette année - presque le double par rapport à l'an dernier. » Et « de nombreux journaux, magazines, reportages de télévision, reprenaient les déclarations des autorités thaïlandaises censées montrer l’efficacité  de la répression des trafiquants de chair humaine, avec la découverte des camps-prisons, l’arrestation de trafiquants, de fonctionnaires corrompus, des poursuites contre des policiers, et le transfert d’autres policiers « suspects ». ***

A 235. QU’EN EST-IL DE LA LUTTE DE LA JUNTE CONTRE LES TRAFICS D’ETRES HUMAINS ET LES TRAVAILLEURS ILLEGAUX EN THAÏLANDE EN 2017 ?

Mais nous avions rappelé « que les trafics d’êtres humains ne se réduisaient pas  au transit des migrants bangladais et rohingyas traversant la Thaïlande, comme le prétendait le chef de la junte, mais « s’exerçait au sein d’un système de trafics d’êtres humains généralisé qui touchait près de cinq millions de travailleurs étrangers légaux et illégaux, employés dans de nombreux secteurs de l’économie thaïlandaise, comme la pêche hauturière, l’aquaculture de la crevette, les usines de transformation du poisson, les plantations d’hévéas, le bâtiment, la prostitution, etc. ». (in A 185 ***)  Nous avions d’ailleurs tenté de présenter en 2013 avec  l’étude de Jacques Ivanoff, Histoire des migrations et ethnicité à partir d’une réflexion en Asie du Sud-Est, Vers une anthropologie des frontières ? (Cf. 128****), ces différents  trafics qui  ne pouvaient se comprendre que dans le contexte (historique, économique et politique) plus large des migrations transfrontalières, et  « l’ancrage historique des réseaux et leurs structures, fondées sur l’histoire, les relations familiales et les rapports de forces au sein d’un même groupe. » Ancrage qui expliquait les difficultés, voire l’impuissance des différents gouvernements à contrôler ces frontières, malgré les règles administratives contraignantes, les border-pass, visa, passeport, double nationalité, illégalité acceptée sur les lieux de travail, tant ces réseaux anciens se « reconstruisaient », se « modernisaient » en intégrant les nouvelles réalités politiques et économiques, en s’appuyant sur la corruption des élus et des agents de l’Etat (police, militaire) et des mafias locales. L’impuissance est d’autant plus grande qu’elle concerne plus de  4 millions de Birmans et des milliers de Cambodgiens.

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Nous avions d’ailleurs dans un autre article évoqué « cette birmanisation » du sud  de la Thaïlande avec l’étude de Jacques Ivanoff et de Maxime Boutry,  intitulée « La Monnaie des frontières, Migrations birmanes dans le Sud de la Thaïlande, réseaux et internationalisation des frontières » (In Carnet de l’IRASEC, Série observatoire 02, déc. 2009)**** qui essaie de définir la structure des filières et des réseaux,  identifie les différents éléments clandestins, les différents acteurs de cet espace régional, légaux et illégaux qui assurent le développement du sud de la Thaïlande.  Jacques Ivanoff et Maxime Boutry montreront que l’illégalité fait partie du système social, politique et économique, que le gouvernement ne peut légaliser, car « La légalisation systématique des travailleurs immigrés équivaudrait à reconnaître l’existence d’une autre minorité ethnique et sa nécessité sur le territoire national, dont l’unité et la cohérence sont déjà bien malmenées par le sud ».  (Cf. Le développement et la complexité du problème in notre article A130****)

A 235. QU’EN EST-IL DE LA LUTTE DE LA JUNTE CONTRE LES TRAFICS D’ETRES HUMAINS ET LES TRAVAILLEURS ILLEGAUX EN THAÏLANDE EN 2017 ?

Une autre excellente étude d’une trentaine de pages de  Supang Chantavanich et Jacques Ivanoff, « Le trafic humain en Thaïlande : situation actuelle et défis », mis en ligne le 12 janvier 2015*****, émettait des doutes sérieux sur la possibilité même pour la junte de remettre en cause les divers trafics humains et cette économie souterraine et illégale tant de nombreux secteurs de son économie avait besoin de cette main d’œuvre liées aux trafics ; Une économie « construite sur des bastions régionaux aux mains de maffieux et de cliques politiques intouchables. Il est donc difficile d’envisager l’application de politiques de répression ou de sensibilisation alors même que ceux qui sont en charge de les créer sont partie prenante dans le trafic. ». « Il y a (toujours) un gouffre entre la volonté officielle (si tant est qu’elle existe) de réguler ces flux et la réalité locale. […] ce qui n’empêche pas quelques coups d’éclat contre la drogue, les trafiquants d’êtres humains ou pour la protection de l’environnement », qui peuvent rassurer  l’opinion publique thaïlandaise et internationale, mais qui touchent peu les trafics humains en place.

A 235. QU’EN EST-IL DE LA LUTTE DE LA JUNTE CONTRE LES TRAFICS D’ETRES HUMAINS ET LES TRAVAILLEURS ILLEGAUX EN THAÏLANDE EN 2017 ?

Par exemple, « on (va) se féliciter d’avoir libéré 14 Birmans illégaux ! (Mais)  En fait les victimes sont plus souvent capturées par les officiels de la police et de l’immigration (quand le passeur n’a pas voulu payer ou alors pas assez ou encore qu’il s’agisse de faire un exemple) qui les revendent généralement aux trafiquants ou maffieux, propriétaires d’usines. Ils vont jusqu’à les ramener dans les camps de rapatriement et, sur la route, leurs camions « tombent en panne » à des lieux précis ou un marché est organisé. Les Birmans « évadés » sont en fait revendus. Ils se retrouvent à nouveau dans le circuit des marchands d’hommes ; certains ont été revendus 4 fois, sans même le savoir. Leur dette devient ingérable, ils n’ont aucun avenir, pourtant la plupart des victimes sont jeunes, autour de 20 ans. ».

A 235. QU’EN EST-IL DE LA LUTTE DE LA JUNTE CONTRE LES TRAFICS D’ETRES HUMAINS ET LES TRAVAILLEURS ILLEGAUX EN THAÏLANDE EN 2017 ?

« Car le constat est sans appel : le sud de la Thaïlande ne pourrait fonctionner économiquement sans les travailleurs birmans, ni même les grandes conserveries du port de Bangkok. »

 

Les « bureaux » et « agences » dédiés au problème de l’illégalité sont donc voués à l’échec, car « toute tentative du pays pour avancer dans le domaine de la régulation des flux de travailleurs immigrés (processus de régularisation, délais, négociations avec les patrons…) se heurte à la bureaucratie locale qui craint le contrôle et verrait sa volonté d’éviter des taxes et la corruption émerger au grand jour ». Les arrestations pour des cas de trafics traduits en justice sont d’ailleurs dérisoires : en 2012 : 78 pour la prostitution, 16 pour le travail forcé, 4 pour la mendicité forcée ! (Chiffres donnés par Ivanoff et Chantavanich) (Nous n’avons pas trouvé de chiffres plus récents !)

A 235. QU’EN EST-IL DE LA LUTTE DE LA JUNTE CONTRE LES TRAFICS D’ETRES HUMAINS ET LES TRAVAILLEURS ILLEGAUX EN THAÏLANDE EN 2017 ?

On peut donc douter que le procès - en ce mois de juillet 2017- au cours duquel ont été jugés 102 personnes, accusés de traite d'êtres humains, de rançon et de meurtre, et condamné le général Manas Kongpan, grande figure de l'appareil sécuritaire dans le sud de la Thaïlande, (promu en 2013 par l'actuel chef de la junte Prayut Chan-O-Cha), un autre gradé de l'armée, des policiers, plusieurs fonctionnaires et politiciens dont le maire de la ville de Pedang Besar, ainsi que des Rohingyas, qui servaient d'interprètes et le parrain Pajjuban Aungkachotephan, alias Ko Tong ou « Grand Frère Tong », sera suffisant pour que la junte puisse démontrer que la Thaïlande a désormais la volonté de s’attaquer à toutes les filières de trafics humains.******

A 235. QU’EN EST-IL DE LA LUTTE DE LA JUNTE CONTRE LES TRAFICS D’ETRES HUMAINS ET LES TRAVAILLEURS ILLEGAUX EN THAÏLANDE EN 2017 ?

On a pu le constater avec une loi contre l’immigration clandestine mis en application en ce même mois de juillet 2017 qui a provoqué la panique parmi des milliers d’étrangers en situation irrégulière, notamment birmans. Devant l'exode et l'émoi des entreprises, privées de leurs salariés, le gouvernement a annoncé peu après la suspension de la loi pour six mois.

 

Dans un éditorial publié le dimanche 16 juillet, le quotidien anglophone thaïlandais The Nation avait critiqué vivement l’annonce de cette nouvelle loi contre l’immigration clandestine, qui a provoqué la panique parmi des milliers d’étrangers en situation irrégulière, notamment birmans. Ces derniers sont nombreux à travailler dans la construction, les industries poissonnières du sud, et l’agriculture dans les zones frontalières, des secteurs vitaux pour l’économie thaïlandaise. Selon le quotidien, environ 50 000 travailleurs migrants auraient fui le royaume en trois semaines – d’autres évaluations font état de 90 000 personnes. » 

A 235. QU’EN EST-IL DE LA LUTTE DE LA JUNTE CONTRE LES TRAFICS D’ETRES HUMAINS ET LES TRAVAILLEURS ILLEGAUX EN THAÏLANDE EN 2017 ?

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/asie-pacifique/article/2017/07/18/des-dizaines-de-milliers-de-migrants-birmans-fuient-la-thailande

De plus on peut se demander comment cette loi pourrait s’appliquer sur les bateaux de pêche thaïlandais, et surtout sur ceux de la pêche hauturière qui peuvent rester au large pendant plusieurs mois, voire plus d’une année.

Et pourtant, depuis bien des années, les rapports de l’OIT, du département américain d’Etat, des ONG, des organes de presse, des entreprises européennes importatrices, etc,  dénoncent les "graves abus" opérés sur les bateaux de pêche thaïlandais, où les immigrés illégaux cambodgiens et birmans sont à la merci des violences et du travail forcé. Nous pourrions citer des dizaines de témoignages d’anciens esclaves, d’associations de pêcheurs thaïlandaises, d’ONG, d’émissions de TV, de fonctionnaires des Nations-Unies, d’exportateurs et de travailleurs sociaux. Nous avions fin 2013 dans notre article  « Le travail forcé sur les bateaux de pêche thaïlandais. » (A128), exposé l’ampleur de ce cette exploitation inhumaine, et dénoncé l’inefficacité des pressions internationales sur cette industrie. La 1ère ministre Yingluck Shinawatra pouvait encore nier ces trafics  d’êtres humains et déclarer à Cyril Payen dans un reportage pour « France24 » du 27/07/2012, les yeux dans les yeux : « Tous les ouvriers étrangers ont exactement le même droit que nos propres ouvriers". (sic)  

A 235. QU’EN EST-IL DE LA LUTTE DE LA JUNTE CONTRE LES TRAFICS D’ETRES HUMAINS ET LES TRAVAILLEURS ILLEGAUX EN THAÏLANDE EN 2017 ?

(S’il est vrai que le droit thaïlandais décerne aux étrangers, qu'il soit résident ou non-immigrant, exactement les même droits et le même code du travail, l’interview de Cyril Payen  portait sur les trafics de main d’œuvre et l’importance des travailleurs illégaux dans l’économie de la pêche en particulier)

 

Il est vrai que  pour éviter d’être encore classée dans la catégorie infamante Tier 3,  la marine royale thaïlandaise avait fait des « efforts », et n’avait  pas identifiée un seul cas de trafic  sur 1000 inspections à bord de bateaux de pêche. ! (In l’étude de Ivanoff et Chantavanich)

 

En 2015 encore, Hélène Bourges, Chargée de campagne océans pour Greenpeace, reconnaissait que l'esclavage moderne des travailleurs était monnaie courante dans l'industrie de la pêche thaïlandaise, et citait l'Organisation Internationale du Travail, qui estimait qu’un travailleur sur 10 dans les usines de transformation des produits de la mer a rapporté être victime de travail forcé, et 20% des marins à bord des bateaux de pêche thaïlandais sont victimes de traite ou de travail forcé. Greenpeace d’ailleurs dans  un rapport sur les violations des droits humains dans l’industrie thonière mondiale dénonçait  des méthodes de pêche destructrices, la surpêche, les prises massives de thons juvéniles, les prises "accessoires" d’espèces menacées mais aussi le travail forcé dans l’industrie des produits de la mer et plus particulièrement Thaï Union Group, société mère de Petit Navire, et géant de cette industrie. https://www.greenpeace.fr/thon-derriere-une-industrie-globalisee-la-violation-des-droits-humains/

A 235. QU’EN EST-IL DE LA LUTTE DE LA JUNTE CONTRE LES TRAFICS D’ETRES HUMAINS ET LES TRAVAILLEURS ILLEGAUX EN THAÏLANDE EN 2017 ?

Alors que s’est-il passé pour qu’en juillet  2017 Thai Union Frozen Group (TUF), annonce qu’il était sur le point de revoir ses pratiques de pêche pour éviter les conditions de travail abusives et le chalutage excessif, et que Greenpeace crie  « Victoire ! Le géant mondial du thon en boîte recule face à la pression citoyenne ».

 

Greenpeace est persuadé que ses « deux ans de campagne, de travail sans relâche, d'actions de terrain, et près de 700 000 signatures récoltées à travers le monde, (a convaincu) Thai Union, le géant mondial des produits de la mer, de prendre ses responsabilités pour la préservation des océans et le droit des travailleurs. »

 

La déclaration de Greenpeace France.  « Victoire ! Le géant mondial du thon en boîte recule face à la pression citoyenne » https://www.greenpeace.fr/victoire-geant-mondial-thon-boite-recule-face-a-pression-citoyenne/  a de quoi rester pantois, même si après avoir expliqué la campagne et donner les engagements de Thai Union, il appelle « à rester  extrêmement vigilants quant à la mise en place de ces changements majeurs. ».

A 235. QU’EN EST-IL DE LA LUTTE DE LA JUNTE CONTRE LES TRAFICS D’ETRES HUMAINS ET LES TRAVAILLEURS ILLEGAUX EN THAÏLANDE EN 2017 ?

Nous pouvons en effet émettre quelques doutes sur les engagements de Thai Union, qui serait désormais soucieuse de la protection des océans et des travailleurs de la mer ; qui d’ici 2020, diminuerait de moitié environ le recours aux dispositifs de concentration de poissons (DCP ) dans sa chaîne d’approvisionnement ; mettrait en place un système de traçabilité qui permettra aux consommateurs de vérifier la provenance du thon et la façon dont il a été pêché ; étendrait au niveau mondial le moratoire concernant le transbordement en mer (pratique consistant à décharger une marchandise d’un navire sur un cargo réfrigéré, ce qui permet aux navires de pêche d’éviter de retourner au port et de maximiser leurs prises, et –pourrait-on rajouter- d’exploiter jusqu’à l’esclavage souvent les travailleurs de la mer restant alors sur les navires) ; sauf si sont présents des « observateurs » des fournisseurs.

 

Attendons l’audit prévu en 2018 « effectué par une tierce partie afin d’évaluer l’avancée des mesures prises par Thai Union. », mais nous ne faisons aucune illusion sur la capacité de Greenpeace de  faire cesser les pratiques de pêche destructrices de Thai Union, et le travail forcé de ses travailleurs, alors que le rapport 2017 du  Département d’Etat américain sur les trafics d’êtres humains (TIP Report) maintient laThaïlande pour la deuxième année consécutive au rang de Tier 2 du fait que malgré les efforts engagés (lois, personnels, budget) les résultats sont encore trop insuffisants au regard de l’importance des trafics existants. (Cf. Le développement in

https://www.state.gov/documents/organization/271345.pdf )

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Ainsi, pour les différents trafics en 2016, sur 333 cas (317 en 2015), 301 ont été poursuivis (251 en 2015), impliquant 600 suspects (690 en 2015), et 268 ont été condamnés (205 en 2015). Et pour le travail forcé, le gouvernement n’a pu signaler que 83 enquêtes (72 en 2015) qui ont abouti à 62 poursuites. (Le rapport ne dit rien sur les condamnations ).

 

Quant-aux investigations menées auprès des propriétaires de navires de pêche, des capitaines, courtiers,  43 cas de trafics  ont été découverts, qui ont mené à l’arrestation de 5 propriétaires, 36 capitaines ; sur 37 personnes poursuivies, 1 seul propriétaire fut condamné à 14 ans de prison. C’était la première fois en Thaïlande qu’un propriétaire de navire de pêche était condamné, précise le rapport.

 

Il est noté que des observateurs d’ONG s’étonnent que les interviews des travailleurs des mers au port soient menés devant les capitaines des navires et que les inspections ne consistent le plus souvent qu’à des vérifications des documents des navires, et que certains ne montent même pas à leur bord.

 

 Le centre de commandement pour combattre la pêche illégale (Le CCCIF) ont inspecté, d’octobre à novembre 2016,  415 usines de transformation de fruits de mer et n’ont trouvé que 66 cas d’emploi illégal ( !) et que 35 usines ayant enfreint des lois sur le travail et des salaires impayés. Le rapport aurait pu évaluer le nombre de salariés de ces différentes usines.

 

Sinon, on peut encore signaler que le département de protection du travail et de l’aide sociale (DPLW) a réalisé 1 346 inspections en 2016 dans différentes entreprises, comme des fermes de canne à sucre, de cochons, de poulets, d’usines de vêtements, de transformation de crevettes et de poissons. Il a constaté 136 violations et perçu 45 000 baths d’amende. Vous avez bien lu 45 000 baths d’amende en un an !

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Le rapport nous informe aussi sur le cas de 10 officiers de la police, suspectés de  complicité dans  des trafics de femmes; l’un fut démis et les 9 autres sont toujours soumis à une enquête. De janvier à mars 2017, le gouvernement a enquêté sur le cas de 6 policiers et d’un politicien local et sur une affaire de trafic sexuel d’enfants incluant des fonctionnaires de haut rang et des officiers de police dans une province. (Aucun nom n’est donné). Ou encore, le rapport signale (avec imprécision) des enquêtes menées à l’encontre de 34 officiels où  seulement 2 furent condamnés (l’un prit 36 ans d’emprisonnement et l’autre 16 ans).

A 235. QU’EN EST-IL DE LA LUTTE DE LA JUNTE CONTRE LES TRAFICS D’ETRES HUMAINS ET LES TRAVAILLEURS ILLEGAUX EN THAÏLANDE EN 2017 ?

Bref, si le rapport ne cache pas les efforts engagés par le gouvernement dans la lutte menée contre les trafics humains en termes de nombre d’hommes engagés, d’interprètes (115 de plus en 2016 pour atteindre le nombre de 265), de formation (En 2016, plus de 2000 officiers de police ont reçu une formation spécifique, ainsi que 300 juges et procureurs) ; de budget ( 58.15 millions de $ pour l’année fiscal 2016, et 72.1 pour 2017, avec un budget additionnel de  17.49 millions de $ en 2017 pour le CCCIF (Le centre de commandement pour combattre la pêche illégale), de campagnes menées dans les journaux, télévision, radio, panneaux publicitaires, etc, de lois renforcées dans la répression, il constate que peu sont arrêtés et encore moins condamnés.

 

D’ailleurs, l’organisation Transparency International, qui tente de mesurer les taux de corruption des pays du monde, a rétrogradé la Thaïlande du 76ème rang au 101ème rang parmi les 176 pays évalués en 2016.  Elle peut malgré tout se réjouir d’être à la 5ème place parmi les 10 pays de l’Asean, et au même niveau que les Philippines. ********

A 235. QU’EN EST-IL DE LA LUTTE DE LA JUNTE CONTRE LES TRAFICS D’ETRES HUMAINS ET LES TRAVAILLEURS ILLEGAUX EN THAÏLANDE EN 2017 ?

Ce qui n’inaugure pas, vous l’avouerez, un crédit plus important accordé à la junte pour une lutte plus efficace contre les trafics d’êtres humains,  les travailleurs illégaux et la corruption en 2017, non ?

A 235. QU’EN EST-IL DE LA LUTTE DE LA JUNTE CONTRE LES TRAFICS D’ETRES HUMAINS ET LES TRAVAILLEURS ILLEGAUX EN THAÏLANDE EN 2017 ?

Notes et références.

*En savoir plus sur

http://www.lemonde.fr/asie-pacifique/article/2015/05/24/migrants-des-fosses-communes-decouvertes-en-malaisie_4639525_3216.html#BJ1t76zU6jCxAmTK.99

http://www.lepetitjournal.com/bangkok/accueil/actualite/286579-justice-un-general-thailandais-emprisonne-pour-trafic-d-etres-humains

 

Tribune de Genève du 19.07.2017, http://www.tdg.ch/monde/Traite-humaine-le-verdict-tombe/story/15990860

 

**Cf. M.G. avec l’AFP (http://www.lepetitjournal.com/bangkok) jeudi 13 juillet 2017

 

*** A185. La junte militaire face aux trafics d’êtres humains en Thaïlande. http://www.alainbernardenthailande.com/2015/05/a185-la-junte-militaire-face-aux-trafics-d-etres-humains-en-thailande.html

 

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/asie-pacifique/article/2017/07/18/des-dizaines-de-milliers-de-migrants-birmans-fuient-la-thailande

 

**** En 2013 : A128. Le travail forcé sur les bateaux de pêche thaïlandais. http://www.alainbernardenthailande.com/article-a128-le-travail-force-sur-les-bateaux-de-peche-thailandais-120167502.html  

 

A129. Travailleurs illégaux ou « birmanisation » du sud de la Thaïlande ? http://www.alainbernardenthailande.com/article-a129-travailleurs-illegaux-ou-birmanisation-du-sud-de-la-thailande-120218930.html

 

 A.130. La « birmanisation » du sud de la Thaïlande est-elle inéluctable ?

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a130-la-birmanisation-du-sud-de-la-thailande-est-elle-ineluctable-120323933.html

 

*****« Le trafic humain en Thaïlande, situation actuelle et défis » de Supang Chantavanich et Jacques Ivanoff, in « Espace politique, 2014. https://espacepolitique.revues.org/3205

Jacques Ivanoff, Histoire des migrations et ethnicité à partir d’une réflexion en Asie du Sud-Est, Vers une anthropologie des frontières ?, 8/9/2010 : Des migrations aux circulations transnationales Dossier : Des migrations aux circulations transnationales

Jacques Ivanoff et de Maxime Boutry, « La Monnaie des frontières, Migrations birmanes dans le Sud de la Thaïlande, réseaux et internationalisation des frontières », Carnet de l’IRASEC, Série observatoire 02, déc. 2009.

Si vous voulez en savoir davantage sur les Moken, nous conseillons le blog de Jacques Ivanoff : https://mokenalive.wordpress.com/

******Le procès. Cf. Tribune de Genève du 19.07.2017, http://www.tdg.ch/monde/Traite-humaine-le-verdict-tombe/story/15990860 « Un général condamné pour traite d'êtres humains »,Thaïlande. Le général Manas Kongpan, grande figure de l'appareil sécuritaire dans le sud de la Thaïlande, a été reconnu coupable de traite d'êtres humains.

Le Petit journal : http://www.lepetitjournal.com/bangkok/accueil/actualite/286579-justice-un-general-thailandais-emprisonne-pour-trafic-d-etres-humains

******* Thai Union Frozen Group (TUF)

https://www.greenpeace.fr/greenpeace-devoile-le-visage-sombre-de-lindustrie-de-la-peche-thailandaise/

https://www.greenpeace.fr/victoire-geant-mondial-thon-boite-recule-face-a-pression-citoyenne/

 

Thai Union Frozen Group (TUF), parmi les plus gros conglomérats producteurs de fruit de mers au monde, a annoncé mardi qu’il était sur le point de revoir ses pratiques de pêche pour éviter les conditions de travail abusives et le chalutage excessif, une décision saluée par Greenpeace comme étant un "immense progrès". M.G. avec l’AFP (http://www.lepetitjournal.com/bangkok) jeudi 13 juillet 2017 RSE – Le géant Thai Union Frozen s’engage à réformer des pratiques de pêche controversées

******** Transparency International. Pour la Thaïlande, cf. in https://www.transparency.org/country/

L’Indice de perception de la corruption 2016 porte sur les perceptions de corruption dans le secteur public dans 176 pays.

 

Le Danemark et la Nouvelle-Zélande obtiennent les meilleurs résultats avec une note de 90, suivis de près par la Finlande (89) et la Suède (88). Bien qu’aucun pays ne soit exempt de corruption, les pays en haut du classement partagent les caractéristiques suivantes : gouvernement transparent, la liberté de la presse, la garantie des libertés civiles et des systèmes judiciaires indépendants.

 

Pour la dixième année consécutive, la Somalie est le pays le moins performant de l’indice, où elle enregistre cette année une note de 10 seulement. Le Soudan du Sud est en avant dernière position avec une note de 11, précédé de la Corée du Nord (12) et de la Syrie (13). Les pays en bas du classement se caractérisent par une impunité généralisée dans les affaires de corruption, une mauvaise gouvernance et des institutions faibles.

 

Les pays des régions en difficulté, en particulier au Moyen-Orient, ont enregistré les baisses les plus importantes cette année. Le Qatar est le pays qui a perdu le plus de places au classement par rapport à l’indice 2015 avec une baisse de 10 points.

 

 

 

A 235. QU’EN EST-IL DE LA LUTTE DE LA JUNTE CONTRE LES TRAFICS D’ETRES HUMAINS ET LES TRAVAILLEURS ILLEGAUX EN THAÏLANDE EN 2017 ?

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